Être enseignant, ce n'est pas une vocation, c'est un sacerdoce

Auteur : titpuce86

Disclaimer : Bethsabée m'appartient, tout le reste est à JKR et toutes les personnes et sociétés à qui elle a vendu les droits.

N/A : Le nom du professeur de Runes n'est indiqué nulle part dans le canon, mais à travers les diverses interviews que JKR a donné, on sait qu'il s'agit d'une femme. Dans une liste qu'elle avait faite au début de la rédaction d'HP, JKR avait appelé cette professeur Bathesba Babble. Mais beaucoup des choses inscrites sur cette fameuse liste ont par la suite été changées dans le canon. Donc au final, on ne sait absolument pas comment cette femme s'appelle. Pour ma part, j'ai repris le prénom en le francisant un peu. Et pour le nom, les adeptes de Tolkien auront sans doute reconnu la version originale de "Sacquet". Sans plus attendre, voici le deuxième OS dans ma série sur les sorciers ordinaires et leur vie quotidienne. La suite sera sans doute un peu plus longue à venir mais ne saurait tarder.

Cet OS est dédié à tous les professeurs que leurs élèves rendent complètement chèvres. Et à en croire ma mère, ça commence très tôt (elle a des CP !!)

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Être enseignant, ce n'est pas une vocation, c'est un sacerdoce

Enseigner les Runes à Poudlard n'avait jamais été la vocation de Bethsabée Baggins. Déjà pour commencer, elle ne se voyait pas devenir enseignante. Lors de son entretien d'orientation avec le professeur Flitwick en cinquième année, elle lui avait confié vouloir être Médicomage. Elle avait les notes et la capacité de travail pour, alors son directeur de maison l'avait encouragée. Et puis pendant les vacances entre sa cinquième et sa sixième années, Bethsabée était tombée dans les escaliers et s'était cassée la jambe droite. Une méchante fracture ouverte que les Médicomages avaient réparée en un coup de baguette à Ste Mangouste. Mais la vocation médicale de la jeune fille s'était envolée. Après tout quel Médicomage digne de ce nom s'évanouissait à la vue du sang ?

Elle avait hésité quelques temps, puis elle avait décidé qu'au vu de ses centres d'intérêt, Maitresse de Potions pouvait être une carrière intéressante. A la rentrée à Poudlard, elle était donc entrée toute guillerette dans la classe de Potions, bien décidée à prouver au nouveau professeur qu'elle avait les capacités et la volonté nécessaires pour parvenir au sommet de l'art délicat mais au combien fascinant de la confection de potions. Deux heures plus tard, elle était ressortie de la salle presque en pleurs, maudissant le nom de Severus Rogue, sa famille et toute sa descendance jusqu'à la douzième génération. S'il était un exemple de l'avenir qui l'attendait en tant que Maitresse des Potions, la Serdaigle préférait y renoncer.

Pendant le reste de sa sixième année et une bonne partie de la septième, Bethsabée avait oscillé entre divers métiers sans vraiment s'intéresser à l'un ou à l'autre. A la veille de ses ASPICs, elle avait décidé qu'elle serait femme au foyer, comme sa mère et comme tant d'autres dans le monde sorcier. C'était un choix plus pragmatique qu'enthousiaste. Non pas qu'elle ait quoi que ce soit contre les femmes au foyer, après tout c'était un emploi des plus honorables dans le monde sorcier et ce quelque soit la classe sociale à laquelle on appartenait. Mais Bethsabée aurait voulu avoir une vie en dehors de son foyer. Enfin, comme disait sa Grand-Mère, il fallait faire avec les cartes que le Créateur nous avait données.

Résolue, elle partit donc affronter ses ASPICs qu'elle obtint en totalité. Elle était particulièrement fière de ses deux Optimal en Métamorphose et en Arithmancie et surtout de son Optimal cum laudes en Runes. Cette dernière note avait été obtenue plus par un coup de chance qu'autre chose puisqu'à l'épreuve orale (qui consistait en une traduction instantanée d'un texte de la littérature runique classique puis à sa présentation historique) elle était tombée sur un passage de l'une de ses légendes norses favorites. Légende qu'elle aurait probablement pu réciter dans son sommeil, aussi bien en anglais qu'en norse. Une note donc qu'elle n'avait peut-être pas méritée mais au final qui s'en souciait ? Elle n'avait pas triché et seule comptait la note finale inscrite dans son dossier scolaire. Quant aux Potions, Severus Rogue l'horripilait à un tel point qu'elle avait plus ou moins laissé tomber cette matière et ne travaillait que pour obtenir la moyenne. Elle avait eu Acceptable à son ASPIC et ça lui allait parfaitement. Bethsabée quitta donc Poudlard plutôt fière d'elle et avec globalement de bons souvenirs de sa scolarité dans ce lieu.

Sa vie de femme au foyer fut avortée avant même d'avoir commencé et ce pour deux raisons. D'abord, un manque chronique de mari potentiel (du moins de son point de vue) et ensuite et surtout parce qu'un de ses amis, venant de faire un joli petit héritage, lui proposait à elle et trois autres de leurs camarades de prendre une année sabbatique pour explorer le monde, le tout à ses frais. Enfin logement, nourriture et transport étaient à ses frais, le reste restait à la charge de ses compagnons de voyage. Si l'un d'entre eux avait préféré rester en Angleterre pour se former à la succession de son père, les trois autres avaient sauté sur l'occasion, Bethsabée en tête. Ca avait une année sublime, probablement la meilleure de sa vie. Mais même les meilleures choses ont une fin et exactement 366 jours, 4 heures, 13 minutes et une poignée de secondes après son départ, la jeune femme s'était de nouveau retrouvée chez ses parents avec le dur dilemme de trouver quoi faire de son existence.

Sa tante paternelle étant une commère invétérée, toujours à l'affut de la moindre occasion de tirer avantage d'une situation, Bethsabée avait rapidement reçu un hibou postal lui décrivant tous les postes auxquels elle pouvait prétendre (et même certains qui étaient clairement hors de sa portée avec en annotation 'Parfois le culot ça marche ma petite !'). Après une série de tris successifs (les métiers dont elle ne voulait pas, ceux dont sa mère ne voulait pas puis finalement ceux que son père refusait de la voir occuper), il resta très exactement trois propositions. Tout d'abord secrétaire juridique au Ministère, Département des Aurors. Bethsabée démissionna avant même la fin de sa période d'essai. D'abord parce que le droit l'ennuyait à mourir et puis aussi parce que son aversion au sang ne faisait pas vraiment bon ménage avec les missions parfois musclées des Aurors et surtout leur propension à venir faire leur rapport sans passer par la case Ste Mangouste.

Puis il y avait eu un poste de vendeuse dans une boutique chic du Chemin de Traverse. Bethsabée alla y faire un tour et renonça immédiatement à poser sa candidature. Les pauvres vendeuses étaient en permanence harcelées, qui par des clientes arrogantes, condescendantes et irritantes, qui par une patronne totalement hystérique à l'idée d'avoir une plainte de l'une de ses clientes. Trop de stress et elle aurait fini par hurler sur les clientes avant de jeter un sort de derrière les fagots à l'horrible mégère qui tenait lieu de patronne.

Restait donc les postes de professeur à pourvoir à Poudlard. Le traditionnel poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal que Bethsabée se refusait même à envisager. Ca n'avait jamais été une de ses matières favorites, la preuve elle avait laissé tomber après ses BUSEs et puis elle n'était pas vraiment motivée pour devenir la énième victime de la malédiction liée au poste, que celle-ci soit réelle ou non. Il y avait également deux autres postes à remplir à la rentrée 1984 : professeur de Runes et professeur d'Arithmancie. A choisir, Bethsabée préférait l'Arithmancie qui avait été une de ses matières préférées à l'école. Ca et la Métamorphose constituaient les deux seules matières qu'elle ait jamais envisagées d'enseigner. Mais McGonagall était indéboulonnable et Septima Vector avait un doctorat en Arithmancie de la très prestigieuse Canadian School of Numerology en plus de son Optimal cum laudes, toutes choses auxquelles Bethsabée ne pouvait pas prétendre. Il y avait deux autres candidats au poste de professeur de Runes : Anthony Hawks qui avoua du tac-au-tac durant son entretien que le salaire proposé était trop faible et qu'à moins d'une augmentation d'au minimum 300 Gallions par an, il était hors de question qu'il travaille à Poudlard, et Tamar Rochnopoulos qu'un élan chauviniste fit écarter par Dumbledore. C'est ainsi que par un enchaînement de faits totalement inattendu, Bethsabée Baggins, qui avait pensé ne jamais remettre les pieds à Poudlard, se retrouva Professeur de Runes du vénérable établissement.

Et c'est pourquoi elle se tenait deux ans plus tard à la table haute de la Grande Salle, assise entre Pomona Chourave et la place récemment laissée vacante par le professeur Aurora Sinistra, finissant tranquillement son petit déjeuner. C'était un vendredi matin et la pièce résonnait des conversations des élèves, enthousiastes à l'approche du week-end. Cinq places sur sa droite, Severus Rogue grimaçait face à l'augmentation sonore que cela induisait.

Les deux années qu'ils avaient passées comme collègues n'avaient pas vraiment amélioré leurs rapports. Bethsabée lui en voulait toujours pour sa vocation ratée de Maîtresse des Potions et le lui faisait particulièrement sentir les jours où elle avait envie de massacrer un peu ses élèves, ne fut-ce que pour les faire enfin taire. D'autant qu'il régnait un silence de mort dans ses classes à lui. Bon ses méthodes étaient déplorables mais on ne pouvait pas nier qu'il obtenait des résultats en matière de discipline. Enfin, suffisait de dire que malgré les ouvertures en ce sens du professeur de Potions, lui et Bethsabée étaient loin, très loin d'être des amis. Ils étaient collègues, un point c'est tout.

Severus Rogue mis à part, Bethsabée s'entendait plutôt bien avec ses collègues, y compris Septima, celle qui lui avait chipée le poste qu'elle convoitait. Bon, il fallait avouer que c'était parfois gênant de travailler avec ses anciens professeurs, surtout quand ceux-ci se mettaient à évoquer les jours décidément maudits de votre propre scolarité. Le pire était peut-être quand ils vous comparaient à certains de leurs élèves actuels. Ce qui vous amenait bien entendu à n'apprécier que très modérément l'élève en question, surtout si son nom revenait régulièrement. Ce qui pouvait s'avérer gênant quand ledit élève était dans l'une de vos classes…Enfin, c'était un des petits aléas de la vie contre lesquels on ne pouvait décidément pas grand-chose. A part ça, la vie à Poudlard était plutôt agréable : la nourriture était délicieuse, le logement de fonction confortable, le service irréprochable et luxe suprême, Bethsabée n'avait à faire ni son ménage, ni sa lessive, deux tâches qui l'horripilaient profondément depuis sa plus tendre enfance. Bref la belle vie.

La cloche rappelant qu'il ne restait que dix minutes avant le début des cours sonna, déclenchant un fracas de couverts posés, de livres hâtivement fermés et jetés dans un sac, de raclements de bancs brutalement repoussés et de cris et appels juvéniles. Effectivement, il y avait à Poudlard un autre petit problème susceptible de vous pourrir la vie : les élèves.

Bon, c'est vrai, j'exagère peut-être un peu, pensa Bethsabée en se dirigeant vers sa salle de cours, s'ils étaient vraiment aussi horribles que ça, je n'aurais pas rempilé déjà deux fois. C'est vrai qu'il y a des jours où j'ai vraiment envie d'en prendre un et de frapper les autres avec mais heureusement ce n'est pas tous les jours. Et puis j'ai la chance d'enseigner une matière optionnelle qui est généralement choisie par des élèves sérieux et motivés.

Ceux qui ne l'étaient pas ou qui, malgré les cours de soutien dispensés par Bethsabée, ne parvenaient pas à suivre étaient priés de choisir une autre option en quatrième année. Au début, elle avait hésité à appliquer cette politique somme toute assez sévère d'autant que la première année de Runes n'était pas nécessairement la plus intéressante. Et puis après quelques conversations avec ses collègues où seule Pomona avait semblé trouver la mesure trop stricte, elle avait décidé de la mettre en œuvre. Sur demande du Directeur, elle en avait cependant fait une option et non une obligation. De toute façon, la majorité des élèves qu'elle aurait voulu voir quitter son cours le faisaient d'eux-mêmes sitôt que l'occasion leur en était offerte. Les quelques rares à s'obstiner étaient soit réellement motivés et réussissaient à s'en sortir l'année suivante, soit là uniquement pour faire plaisir à leur famille et même si par principe Bethsabée s'arrangeait toujours pour que ses élèves n'aient pas à redoubler à cause de sa seule matière, l'envie de leur mettre des T à la pelle la tenaillait parfois. A part ces derniers cas, sa méthode fonctionnait visiblement puisque tous ses élèves avaient leur BUSE dans sa matière. Le nombre qui poursuivait en ASPIC était une autre histoire bien sûr mais l'un dans l'autre, Bethsabée était plutôt fière de sa méthode et des résultats qu'elle produisait. La preuve, Septima avait décidé de l'adopter elle aussi cette année. Nul doute que leurs trois autres collègues allaient voir leurs effectifs grimper. Déjà cette année, Charity Burbage, la professeur d'Etude des Moldus, avait vu arriver dans son cours des Sang-Purs qui en temps normal ne s'y seraient jamais aventuré.

La cloche sonna et les derniers retardataires, toujours les mêmes constata Bethsabée, entrèrent rapidement, fermant la porte et s'installant en silence à leur place. La petite dizaine d'élèves en face d'elle étaient des cinquième année. Comme d'habitude, plus de la moitié d'entre eux étaient des Serdaigles et des Serpentards, avec deux Poufsouffles et pas un seul Gryffondor. Quand elle avait débuté avec cette classe, il y avait eu un Poufsouffle, deux Gryffondors et un Serpentard de plus. Tous étaient partis à la fin de leur troisième année, deux en Etude des Moldus et deux en Divination. Ceux qui étaient restés constituaient un groupe plutôt calme mais au final pas vraiment doué pour les Runes. Elle n'aurait probablement qu'un ou deux de ces élèves en Runes l'année prochaine. A moins qu'elle ne finalise son idée d'une seconde classe d'ASPIC avec un niveau moins exigeant où au final les élèves seraient davantage là pour leur culture générale que pour passer l'examen. Mais la direction n'avait pas l'air vraiment emballée par le projet alors…

Laissant là ses ruminations, Bethsabée fit passer la feuille d'appel aux élèves pour qu'ils y cochent leur nom. D'abord parce qu'elle estimait que c'était une perte de temps de faire l'appel au début de chaque leçon ; vu le nombre d'élèves dans ses classes, elle s'apercevait en un clin d'œil si l'un d'entre eux était absent. Et puis ça responsabilisait les élèves. Un peu. Pendant que la feuille circulait, Bethsabée débuta sa leçon par vingt minutes de révisions sur un point du programme vu les années précédentes. Elle procédait toujours ainsi lors du dernier trimestre avant les BUSEs et les ASPICs. Les élèves avaient l'air d'apprécier ou en tout cas ne se plaignaient pas. Pour les autres niveaux, elle faisait la même chose mais seulement lors du dernier mois de cours.

Après les cinquièmes années, elle enchaînait sur les sixièmes années. Cinq élèves : une Poufsouffle et quatre Serdaigles. Les sixième et septième années étaient bien entendu consacrées à l'étude approfondie des runes vues précédemment et à leur insertion dans des formules et rituels plus complexes. Cependant, une partie du programme était également tournée vers les systèmes runiques et/ou symboliques extra-européens. Les sixièmes années se penchaient sur les hiéroglyphes et le système cunéiforme alors que les septièmes voyaient plutôt les langages amérindiens et ceux d'Extrême-Orient. Il s'agissait là plutôt d'un survol rapide de ces systèmes que d'une véritable étude, le programme se concentrant sur l'Europe et abandonnant le reste du monde aux études supérieures ou à la curiosité naturelle des élèves. Autant dire que les systèmes extra-européens étaient fort peu connus au Royaume-Uni. Et c'était bien dommage. Enfin, le jour où il y aurait des gens avec un minimum de bon sens et d'ouverture d'esprit en charge de l'Education au Ministère serait probablement le jour annonciateur de l'Apocalypse.

Ses sixièmes années partis, Bethsabée en avait fini pour la matinée. Ses cours de l'après-midi étant déjà prêts, elle décida de se rendre à la Salle des Professeurs, histoire de se détendre un peu. S'y trouvaient déjà Aldebert Brulôpot, le professeur de Soins aux Créatures Magiques, qui dormait tranquillement dans un fauteuil devant la cheminée, et Severus Rogue qui biffait rageusement de rouge un tas de copies sur la grande table centrale. Il avait cependant la politesse, eu égard au sommeil de son collègue, de garder son mécontentement envers ses élèves sur leurs copies au lieu de marmonner des imprécations à leur égard comme c'était son habitude. C'était un tic que Bethsabée partageait, tout comme d'ailleurs Aurora Sinistra. Il n'était en effet pas rare de les entendre réfléchir à voix haute ou fustiger (ou féliciter) leurs élèves au fur et à mesure qu'elles corrigeaient leurs copies. Les remarques de ces dames étant cependant bien moins assassines que celles de leur collègue masculin. Minerva McGonagall trouvait tout cela horripilant mais c'était une habitude difficile à perdre. Et puis l'éternel élève à l'intérieur des trois cadets du corps professoral les poussait souvent à asticoter leur doyenne. Pensez, près de vingt-cinq ans d'enseignement déjà ! Il faudrait qu'ils pensent à fêter dignement cet anniversaire… Bethsabée se promit d'en parler aux autres rapidement. Ce n'était sûrement pas le Directeur, toujours à l'affût d'une raison de faire la fête, qui leur mettrait des bâtons dans les roues !

La jeune femme salua son collègue d'un signe de la tête, se versa un thé chaud et prit quelques biscuits avant d'aller s'installer tranquillement près de la cheminée où elle se plongea dans l'observation des flammes, laissant son esprit vagabonder. Puis elle posa sa tasse vide sur la table basse et ferma les yeux, la tête appuyée sur le dossier du fauteuil. Le réveil et départ d'Aldebert fut marqué par le passage à haute voix des imprécations du Maître de Potions mais cela ne gênait pas vraiment la professeur de Runes qui se blottit un peu plus confortablement dans son siège.

« Bethsabée ? Le déjeuner va bientôt commencer. » fut son indication du temps qui avait passé depuis son entrée. S'étirant, elle se leva et remercia Severus. Les deux collègues se dirigèrent paisiblement vers la Grande Salle, échangeant quelques banalités. Une fois parvenus à la table haute, ils se séparèrent avec un signe de la tête comme seul salut.

Son après-midi se composait d'un double cours pour les troisièmes années puis, après la pause, une heure avec les quatrièmes années et elle avait fini sa journée. Cette promotion de troisième année constituait une anomalie comparée à ses autres classes. En effet, elle était composée majoritairement de Poufsouffles qui apparemment désiraient tous continuer sa matière. Par contre ce serait sans le moindre regret qu'elle dirait adieu à ses Serdaigles, trois pipelettes qui n'avaient apparemment toujours pas compris que sa salle de classe n'était pas le dernier lieu de potinage à la mode. Elle soupira de soulagement en les voyant sortir. C'était jour de contrôle pour les quatrièmes années qui remplirent leurs copies sans broncher.

Ensuite, Bethsabée avait dix minutes de pause avant d'enchaîner avec la surveillance de l'étude dirigée. Elle était ouverte à tous les élèves les désirant mais aussi et surtout à ceux qui y étaient forcés par leurs professeurs du fait de leur attitude en classe. Le principe était simple. Deux professeurs surveillaient les élèves réunis dans une salle et lorsque ces derniers le requéraient, leur réexpliquait certains concepts qu'ils n'avaient pas compris durant leurs cours. Le nom des professeurs assurant cette surveillance était bien entendu diffusé à l'avance dans toutes les Salles Communes. Même si au final la majorité des élèves présents durant cette étude étaient ceux ayant des difficultés à se concentrer en cours ou une tendance régulière à oublier de faire leurs devoirs. Bien sûr comme beaucoup d'outils mis en place pour aider les élèves, ces derniers les percevaient comme des moyens de torture.

Apparemment, les élèves du jour avaient décidé d'être des monstres, la proximité immédiate avec le week-end n'aidant absolument pas. En une heure et demie d'étude, Bethsabée corrigea deux copies de ses quatrièmes années, retira trente-et-un points dont vingt-deux à la seule maison de Serpentard, infligea cinq heures de retenue, demanda sept cents lignes pour le lundi suivant, se leva pour réprimander dix-sept élèves et dut élever la voix vingt-neuf fois. Bref un véritable calvaire. Le niveau sonore du repas n'arrangea pas son mal de crâne et la pensée de toutes les copies qui lui restaient à corriger avant d'aller se coucher la rendait positivement malade. Elle savait que Filius et Aldebert avaient organisé une partie de bridge dans la Salle des Professeurs et décida donc plutôt d'aller faire ses corrections dans ses appartements.

En y entrant, elle trouva une malle à moitié vide près de la porte. Apparemment Philip était rentré plus tôt que prévu. Se dirigeant vers la porte entrouverte de leur chambre, elle s'adossa au chambranle et regarda un moment son mari s'affairer à ranger ses vêtements. Levant la tête, il la remarqua, s'approcha avec un grand sourire et l'embrassa doucement. Bethsabée sourit contre ses lèvres, ses soucis désormais bien loin de son esprit, et se dit que finalement cette journée n'était pas si mal que ça.