Cet chapitre a été écrit dans le cadre des nuits du fof (un thème, une heure, un texte) pour le thème « billet ».
Disclaimer : Harry Potter appartient à JKR
A la Croisée des Mondes
C'était la nuit après la nouvelle lune. Dans le ciel nocturne, une pâle lueur, partiellement dissimulée par les épais nuages qui parsemaient la voûte céleste comme une nuée de boules de coton, éclairait vaguement la terre en dessous. Dans une des rues de Norwich, les maisons de briques s'alignaient sagement, collées les unes contre les autres, la seule chose les différenciant étant leur numéro et la couleur de leurs porte et volets. Jude Stirling vérifia donc à deux reprises le numéro présent juste au dessus de la boîte aux lettres en fer forgé. Une boîte aux lettres sur laquelle était gravé l'écusson de Gryffondor. Au beau milieu d'une rue tout ce qu'il y a de plus Moldu. C'était bien un Sang-de-Bourbe, se dit Jude. Habiter parmi des Moldus était déjà une insulte au statut de sorcier du propriétaire, mais mettre ainsi en péril le secret qui entourait leur monde ? Ce n'était même plus l'inconscience propre aux têtes brulées de Gryffondor, c'était carrément criminel ! Et Jude allait s'assurer que le Ministère en entendrait parler ! Dès qu'il aurait récupéré tout ce qu'il y avait d'intéressant dans la maison, bien sûr.
Car oui, Jude Stirling était un cambrioleur professionnel. Certains de ses collègues se cherchaient des noms plus aguichants, moins révélateurs, mais Jude avait l'habitude d'appeler un chat un chat et ne s'embarrassait donc pas de tels chichis. Il ne faisait que rarement appel à des potions ou des sorts pour dissimuler son apparence lors de ses petites promenades nocturnes. S'il était assez mauvais pour se faire repérer, ou pire arrêter, c'était de sa faute et il n'avait donc que ce qu'il méritait. Contrairement à certains de ses collègues, Jude avait une c conscience professionnelle, les travaux bâclés, ça n'était pas son genre. Ancien membre de la maison de Serdaigle, il s'enorgueillissait en effet de toujours minutieusement choisir ses cibles, apprenant tout ce qu'il y avait à savoir sur eux, ce qu'ils aimaient ou détestaient, leurs habitudes, leurs petits secrets, combien ils valaient, les plans de leur résidence, ce genre de chose. Puis il préparait avec attention son excursion, choisissant avec soin la date et l'heure de sa visite, sa voir d'entrée et celle de sortie (il se réservait toujours au moins une deuxième issue de secours, on n'était jamais trop prudent), peaufinant les moindres détails. Pour les cibles les plus importantes, il préparait aussi soigneusement son alibi. Cela faisait déjà près de trois décades qu'il pratiquait ce genre de petites expéditions nocturnes (et plus rarement diurnes) et il n'avait jamais eu le moindre problème, que ce soit pendant l'exécution ou après avec le Ministère.
Sa cible ce soir était un sorcier Né-de-Moldus du nom de Tim Hollerton. Ancien Gryffondor, il vivait essentiellement dans le monde Moldu (c'était bien la peine de passer sept ans à dépenser inutilement l'argent du contribuable pour ce genre de résultats, morigéna intérieurement le voleur). Jude n'aurait probablement pas eu l'idée de le cambrioler s'il n'avait pas entendu par hasard sa conquête du moment discuter de lui avec une de ses amies tout aussi idiote qu'elle. Pamela (c'était son nom) n'avait qu'une seule raison d'être encore sa maîtresse : elle commérait comme personne d'autre et fournissait ainsi bien involontairement à Jude des cibles potentielles. Hollerton avait été dans son année à Poudlard et elle avait passé l'après-midi à répertorier avec la blonde évaporée qui lui servait d'amie, ce qu'étaient devenus tous les membres de leur promotion. Apparemment, l'ancien rouge et or était un avocat à succès chez les Moldus et la blonde jurait qu'il avait offert à sa ex-petite amie un bijou de valeur comme cadeau de rupture.
Intéressé, Jude avait fureté ici et là et avait confirmé que oui, Tim Hollerton faisait une cible parfaite. Il vivait seul, donc pas d'autres personnes dont s'inquiéter. Il vivait dans un quartier moldu (Jude avait fait une grimace en l'apprenant, quel sorcier digne de ce nom faisait ce genre de choses ?), donc pas de barrières magiques non plus. C'était un acharné du travail qui adorait apparemment les heures supplémentaires, donc Jude avait plus de temps pour observer tranquillement la maison (il ne se risquerait à y pénétrer que lorsqu'il serait sûr de la durée de l'absence du propriétaire). Et surtout, surtout, il avait une vieille grand-mère malade qu'il allait religieusement visiter tous les premiers week-ends du mois. Une cible bien pratique.
Après avoir jeté un rapide coup d'œil autour de lui, non pas qu'il craigne d'être vu, après tout il était sous un sort de Désillusion et de toutes façons les Moldus étaient aveugles, mais bon même pour des crétins comme eux, une porte qui s'ouvrait toute seule paraîtrait très probablement étrange. Assuré d'être seul, il lança un rapide « Alohomora » à la porte et pénétra discrètement dans la maison.
Le couloir étroit dans lequel il se trouvait donnait sur la cuisine puis au fond la salle à manger-salon. L'escalier face à lui desservait la salle de bain et les deux chambres de l'étage. Une surface habitable ridicule aux yeux du sorcier. Pour la même surface de base, Hollerton aurait pu avoir le double voire le triple d'espace sur le Chemin de Traverse grâce à des sorts d'Aménagement et d'Agrandissement. C'était bien un Sang-de-Bourbe de négliger ainsi des opportunités inestimables. Au moins, il n'aurait pas à rester longtemps dans cet endroit. Sa…moldusité le révulsait.
La cuisine ne donna rien, pas même une misérable cuillère en argent. Déçu, il continua vers le salon. L'horloge qui trônait sur la cheminée disparut rapidement dans son sac sans fond, une antiquité pareille pouvait rapporter gros auprès des amateurs. Les tableaux accrochés aux murs étaient tous quelconques et les dorures d'un des cadres n'étaient que de la peinture. Les canapés du salon étaient en cuir flambant neuf, Jude les Rétrécit et les déposa dans son sac. Le bois des meubles étaient tout à fait ordinaire, il les laissa donc. Et toujours pas d'argenterie, ni même de porcelaine fine, pas même dans le vaisselier.
Sa récolté au rez-de-chaussée laissa Jude quelque peu dépité. Il espérait que l'étage apporterait plus de satisfaction. La salle de bain ne livra pas la moindre chose. Il s'y était plus ou moins attendu, après tout il n'y avait pas de femme dans la maison qui puisse désirer des miroirs délicats ou des peignes d'ivoire comme c'était souvent le cas chez les riches sorciers. La chambre à coucher fut tout aussi décevante. Il y avait bien un cadre en argent sur la table de chevet. Mais c'était tout. Pas de draps fins, pas de vêtements de luxe (d'un autre côté, la seule tenue sorcière dans le placard était une robe tout ce qu'il y a de plus banale, presque cachée au fond derrière les costumes moldus. Comment pouvait-on supporter de s'habiller avec ce genre de choses ? Jude avait dû en mettre ce soir dans l'hypothèse bien improbable où il serait vu par des Moldus, et le tissu le démangeait horriblement et le pantalon était extrêmement inconfortable et bien trop proche de la peau). Rien. Nada.
Il entra dans la dernière pièce avec peu d'espoir mais qui sait, peut-être que…Et il s'avéra apparemment que sa bonne étoile veillait sur lui puisqu'il trouva au fond du placard un coffre-fort. Très différent des coffres-forts de ses compatriotes sorciers, celui-ci s'ouvrit avec simple Alohomora. Assez pathétique du point de vue de Jude, mais certes bien pratique pour lui. A l'intérieur, il trouva une boîte contenant des bijoux, rien de bien extraordinaire, mais les bijoux rapportaient toujours quelque chose et leur banalité assurait une revente facile. Le reste de l'étagère du haut était occupé par des papiers : relevés bancaires, contrat de crédit pour la maison, contrats de propriété pour la maison et un appartement à Londres (pour quoi faire quand la Poudre de Cheminette et le transplanage existent, se demanda Jude, une fois de plus effaré de l'ineptie d'Hollerton) et autres documents du même style. Le cambrioleur les laissa, ils n'étaient que de peu d'intérêt pour lui. L'étage inférieur ne livra pas non plus de clé de coffre à Gringotts, à croire que le propriétaire de la maison n'en avait pas. Ou bien il la gardait sur lui en permanence, comme le faisaient certains sorciers. Par contre, il trouva sur l'étagère d'acier des liasses de rectangles de papier de couleurs variées mais ternes et qui affichaient tous le portrait d'une femme couronnée. Déçu de n'avoir rien trouvé de valeur, Jude reposa les paquets dans le coffre, prenant bien soin de tout replacer à l'identique de ce qu'il avait trouvé en l'ouvrant.
Jetant un dernier coup d'œil comme en espérant trouver un trésor qu'il aurait manqué la première fois, Jude dut se rendre à l'évidence, Tim Hollerton n'était pas, mais alors pas du tout une cible intéressante. Et si ce genre de logement était ce que pouvait s'offrir un avocat à succès dans le monde Moldu, Jude était bien content de vivre dans le monde sorcier où au moins les salaires de cette profession permettaient de vivre convenablement et avec toutes les aménités nécessaires. Dépité, il ne prit même pas la peine de redescendre fermer la porte et se contenta de transplaner chez lui, bien décidé à noyer son échec dans une bouteille de Whisky Pur Feu. Et la première chose qu'il ferait une fois sa gueule de bois passée serait de rompre avec Pamela. Son utilité était visiblement limitée. Et puis ensuite, il enverrait une lettre anonyme au Ministère pour les prévenir que Tim Hollerton mettait en danger le Statut du Secret. Après tout, Jude était un citoyen modèle, non?
N/A : Pour ceux que ça intéresserait, la ville de Norwich est la capitale du comté de Norfolk, à l'est de l'Angleterre. Elle a vu notamment naître Phillip Pullman, le bien connu auteur d'A la Croisée des Mondes (d'où le titre de ce chapitre).
Vu les difficultés d'Hagrid dans le premier tome et de Mr Weasley dans le quatrième, il est évident que les sorciers ne savent pas se servir des billets, quand ils savent même ce que c'est. Je ne pense donc pas qu'il soit si improbable que Jude n'ait pas sur reconnaître les liasses. Quant à sa réflexion sur la pauvreté de Tim Hollerton, cela vient du fait que pour moi, l'artisanat sorcier est essentiellement composé de pièces uniques, faites à la main ou avec l'aide de la magie ou de machines plus ou moins rudimentaires. Par conséquent, nos meubles en série leur semblent être de très mauvaise qualité (et je ne parle même pas de meubles type Ikea…). De plus, s'ils utilisent aussi facilement une monnaie en or et en argent, j'imagine que les sorciers doivent avoir chez eux un certain nombre d'objets de ce type de métal et qui ont donc évidement plus de valeur que nos bijoux fantaisie ou plaqués. Enfin, si un avocat qui gagne apparemment bien sa vie a une maison relativement petite, c'est surtout parce qu'il a un appartement à Londres d'une superficie intéressante et plutôt bien placé. Si Jude avait été là-bas au lieu de Norwich, il aurait probablement fait une récolte plus fructueuse…
