Bonsoir à toutes !
Troisième chapitre de ce qui devait être un one-shot. Je compte une fois de plus sur votre soutien, car c'est pour vous que je continue cette histoire. Je ne suis pas entièrement satisfaite de ce chapitre, qui est peut-être trop dans la contemplation et change radicalement de ton entre le début et la fin. Mais ainsi sont les pensées humaines, elles vagabondent, interrogent et cherchent la vérité.
Bonne lecture !
Le lendemain, c'était le blackout complet.
Pas étonnant, avec tout ce qu'il avait picolé ! Son gabarit et l'habitude de se prendre des murges lui conférait une étonnante, une inquiétante et peu flatteuse résistance à l'alcool fort, mais il se réveillait dans le même état à chaque fois.
Il y avait encore ce putain de soleil qui le narguait, lui envoyant ses rayons lumineux en pleine gueule comme pour le sommer de se lever. Pourtant, le crabe avait bien aménagée sa tanière pour se prémunir de l'astre du jour. Son temple était sombre. Humide. L'antre parfait pour ne pas être dérangé. Mais aujourd'hui, un peu de soleil filtrait entre ses stores improvisés. Il avait aussi mal au crâne que si un troupeau d'Aldébaran était passé sur sa caboche. Paradoxalement, cela aurait pu être pire, puisque pour une fois il ne s'était ni réveillé dans la cellule froide d'un commissariat, ni face dans le caniveau. Quoi que le commissariat était un endroit assez ténébreux pour agréablement se remettre d'une cuite. Mais il y avait toujours une prostituée à la voix de crécelle pour foutre en l'air l'ambiance lugubre qui y régnait. Heureusement, le meilleur lot de consolation possible, c'était la tête que tirait Shion quand il venait le sortir de là. Le vieux était toujours consterné de voir à quel point le crabe semblait négliger son devoir de chevalier en adoptant une attitude aussi basse. Comme si penchant pour la boisson et chevalerie n'étaient pas compatibles !
Le crabe, encore à moitié assoupi sur son ventre, se redressa et bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Bon, au moins, il était dans son temple, dans son lit. Pas si mal, même s'il ignorait comment il avait bien pu atterrir ici sans encombre. Il ne se souvenait de rien, comme souvent après une bonne lobotomie alcoolisée. Il se frotta les yeux, qui étaient si gonflés et endoloris qu'il risquait de retrouver des épines de roses dedans.
En parlant de rose, il en vit la tige ! Ou plutôt, l'entendit.
« Dééééhèèèèèmmme ? » S'égosilla le poiscaille, plutôt matinal. Enfin, DM pensait que ce n'était pas encore l'après-midi, mais difficile à dire. Et encore plus quel jour on était.
Le cancer se leva à la hâte, mais se recoucha aussitôt : il trébucha sur un amas de vêtements jetés sans considération par terre. Des vêtements qu'il ne reconnaissait pas tous. Depuis quand partait-il des pantalons aussi serrés ?
Hélas, Lady Oscar n'attendit pas de réponse et fit comme chez lui, s'invitant dans les quartiers privés de l'Italien. Il dévala les escaliers quatre à quatre, arrivant rapidement à la chambre du crabe, qui était situé au sous-sol, chose peu commune et très révélatrice. Le sourire radieux du poisson s'évapora un moment, sous le choc de ce qu'il voyait, avant de reprendre sa place sur son visage délicat, s'étirant vicieusement. Cela ne présageait rien de bon. Ne comprenant pas ce qui avait provoqué cette réaction physique, DM lança un regard interrogatif et bovin à son comparse, qui lui répondit en pointant un index inquisiteur vers la cause de son sourire sournois.
Là, dans son lit, le visage détendu et les yeux encore fermés, dormait un ange nu. Ou un démon au visage d'ange, il ne savait plus très bien…
Un frisson électrique lui fouetta l'échine. Milo. Dans son lit. Premier réflexe, le crabe vérifia qu'il avait encore son boxer sur lui. Ben oui, c'était le seul moyen de s'assurer que… l'honneur était sauf et que rien de moralement répréhensible ne s'était passé entre eux ! Rassuré sur ce fait, il ne retint pas un soupir de soulagement et se leva d'un bond pour aller bâillonner le poisson qui gloussait comme une midinette ayant surpris ses parents dans une position compromettante. Rapidement, il le poussa hors de la chambre et referma la porte derrière eux pour ne pas réveiller Milo.
« Hééé ! » Maugréa le maquereau en se faisant bouter hors de là.
Une fois à bonne distance du lieu de repos de Milo, Le cancer fusilla du regard Aphrodite, qui ne sembla pas du tout impressionné.
« A d'autres le regard de tueur sanguinaire, tu sais très bien que je suis immunisé. »
Devant le silence, mais l'air moins agressif de son ami, il se permit d'insister.
« Allez raconte ! »
« Il n'y a RIEN à raconter ! » S'agita le crabe hors de sa coquille.
« Pour qui me prends-tu DM ? Je ne suis pas tombé de la dernière pluie ! Tu ne me feras pas avaler que Milo s'est retrouvé dans TON lit par HASARD ! »
« Je ne sais pas comment c'est arrivé. Je ne me souviens de rien. » Répondit simplement DM, ce qui était vrai.
Mais ne suffisait naturellement pas comme excuse à Aphrodite et encore moins comme explication.
« Fais un effort pour te rappeler ! Je veux savoir, moi ! » Exigea la diva en trépignant.
Connaissant Aphrodite, chaque parole prononcée allait être déformée, amplifiée et colportée. Cependant, DM n'était pas très doué pour s'exprimer, alors même s'il était conscient de la menace qui pesait sur lui, impossible de bien choisir ses mots. Il s'exprima aussi simplement que possible, incapable de pouvoir contrer les commérages futurs du poisson.
« Nous sommes allés boire un verre en ville hier soir. Et on s'en est mis plein la gueule. C'est tout. On était tellement bourrés qu'on a fini dans le même lit par erreur, pas la peine d'en faire un scandale. »
« Tu plaisantes ? Toi et Milo vous abusez de l'alcool, résultat vous couchez ensemble et je devrai garder ça pour moi comme si c'était une banalité ? » S'indigna presque le Suédois.
« T'exagères ! C'est pas comme si on avait baisé ! » Se défendit immédiatement le crabe, rouge comme un homard trop cuit.
« Qu'est-ce que tu en sais, d'abord ? » Répondit le poisson en agitant son index sous ses yeux, sans céder de terrain.
Il n'en fallut pas plus pour qu'il perçoive une furtive lueur de doute dans le regard écarlate de Deathmask. Il avait semé les graines de la discorde dans l'esprit de son pauvre comparse, pour son plus grand plaisir personnel !
« Tu dis n'importe quoi ! » Cria de plus belle DM, piqué au vif.
« Ah oui ? Je croyais que tu ne te souvenais de rien… alors c'est bien possible, tu sais ! »
« Mais j'avais mon caleçon sur moi ! C'est bien la preuve qu'il ne s'est rien passé ! »
« T'as très bien pu le remettre avant que je n'arrive ! Et même si tu disais vrai, Milo est à POIL, lui ! »
« J'y peux rien si c'est un putain d'exhib' ! » Poursuivit le cancer.
« En attendant, j'espère que t'as bien profité de son dard, parce que quand Camus va apprendre ça, il va te congeler sur place ! » Ricana t-il sans vergogne.
« Mais arrête ton délire ! Camus n'en saura rien ! »
« Et pourquoi ? »
« Parce que ni moi, ni Milo n'allons rien lui dire et je te conseille vivement de tenir ta saloperie de langue de vipère également ! »
« Si tu es vraiment blanc comme neige, tu ne devrais pas craindre de représailles ! »
Techniquement, DM n'était pas en tort. Même s'il avait fauté avec Milo, il savait que le scorpion et le verseau ne fricotaient pas ensemble, de toutes façons. Pourtant, il valait mieux éviter de mettre en colère le Seigneur des Glaces inutilement. Personne ne semblait en mesure de pouvoir définir la relation étrange que partageaient Milo et Camus, pas même eux, alors pas question de prendre le moindre risque de froisser l'iceberg !
« Et puis, comment ça se fait que t'es allé boire avec le dard ? Je croyais que tu pouvais pas le saquer ! »
Aphrodite marquait un point. Jusqu'à il y a peu, il pensait le détester, également. Pas étonnant que les voir dormir ensemble ait pu choquer le beau suédois. C'était tellement étrange qu'il n'osait imaginer la réaction du reste des habitants du Sanctuaire s'ils l'apprenaient.
« J'en sais rien. »
« Comment ça, tu n'en sais rien ? »
« Ca s'est fait comme ça, c'est tout. »
Bien entendu, cette nouvelle ne satisfaisait pas Aphrodite, mais DM n'avait aucune envie de rentrer dans les détails avec lui. Il n'avait pas à se justifier et très honnêtement, il ignorait ce qui l'avait rapproché de Milo. Cela restait un mystère qu'il n'était pas sûr de vouloir percer.
« Tu m'agaces à ne rien vouloir me dire ! » S'impatienta t-il en trépignant.
Mais bon, même en le menaçant, pas certain qu'il obtienne quoi que ce soit de l'Italien. Et puis, ce n'était pas pareil qu'avec les autres, Aphrodite ne pouvait pas se résoudre à lui faire du chantage. Ils étaient amis, non ? DM avait été son premier ami quand il était arrivé au Sanctuaire. C'est vrai qu'au début il s'était moqué de lui et l'avait envoyé chier sans état d'âme. Il faut dire que l'apparence androgyne du suédois n'avait pas vraiment joué sa faveur concernant son intégration. Il était souvent hélé et réprimandé parce qu'il ne portait pas de masque, contrairement aux autres filles, pour qui on le prenait. Ses airs fragiles et doux avaient induits le jeune Angelo en erreur et il avait décidé de le martyriser pour tutoyer deux genres sans appartenir à aucun. A ses yeux, il était impossible qu'un homme avec une apparence de femme fasse un bon guerrier.
Pourtant, le Poisson avait su se montrer digne de l'estime du Cancer. Cela avait pris du temps, mais au fur et à mesure, il s'était imposé comme son égal. Aphrodite se rappelait encore avec nostalgie leurs pugilats d'adolescents en mal de reconnaissance et de leurs perfides plans destinés à faire souffrir les plus jeunes. Et à cette époque, justement, Milo était la proie régulière de leurs machinations. Leur plus bel éclat avait été de piéger un pauvre scorpion dans un cercle de flamme et de montrer à Milo comment l'animal acculé avait mis fin à ses jours lui-même pour échapper au feu dévorant. Cela leur avait valu une belle punition de la part de ce tortionnaire d'Aioros, mais au moins le gamin avait été traumatisé et avait pleuré pendant des jours.
« Milo » et « pleurer » allaient de paire. Il ne se passait pas un jour sans qu'il n'aille chouiner dans les jupes de Saga, sa mère de substitution. Jusqu'à la disparition de celui-ci, évidemment. Car oui, Milo faisait un remarquable complexe d'Œdipe et il cherchait à remplacer sa génitrice par tous les moyens. Souvent, c'était en chialant sans vergogne pour attirer l'attention des plus grands et récolter ainsi quelques câlins et autres marques d'affection. Quelque part, Aphrodite n'appréciait pas vraiment se faire voler la vedette par ce mioche dont le lait coulait encore par les narines, si on lui pinçait le nez. Très vite avec DM, ils l'avaient pris en grippe en faisant leur victime préférée. Même si aujourd'hui Milo était devenu si fort qu'il n'était plus possible de le traiter comme un paillasson, il restait une lavette pleurnicharde pour le Suédois. Alors pas étonnant qu'il n'apprécie guère de le retrouver dans le lit de son meilleur ami, dont il pensait partager le point de vue concernant le scorpion.
Il s'éloigna donc en maugréant et en pestant, ce qui faisait prendre une allure inquiétante à son visage d'ordinaire si beau. La contrariété avait le don de le déformer et de le faire ressembler à une vilaine sorcière de contes de fées. Le crabe le regarda donc s'éloigner et quand il fut certain qu'il n'était plus dans son champ de vision, il retourna dans la chambre. Milo était toujours assoupi dans son lit.
Merde.
Comment en était-il arrivé là ?
Non.
Comment en ETAIENT-ILS ARRIVES là ?
Dans cette affaire, ils étaient aussi fautifs l'un que l'autre ! « Fautifs ». Marrant. Comment se faisait-il que ce soit le premier qualificatif auquel il pense pour décrire leur situation ? Pour DM, tout était flou. Ce n'était pas comme s'il avait l'habitude de se réveiller avec quelqu'un d'autre à ses côtés que le clochard du coin lui pissant dessus ! A vrai dire, c'était une première et il ne savait vraiment qu'en penser. Comment interpréter cela ? Les neurones du crabe semblaient tourner dans son crâne et achever difficilement une première révolution. Il ne comprenait pas, il était complètement largué, incapable d'analyser la conjoncture de manière satisfaisante. Les relations humaines n'étaient pas son fort et tout cela lui demandait bien trop de réflexion.
Il soupira.
Merde.
Qu'est-ce que ça allait être quand Milo se réveillerait ? Parce que le cancer doutait qu'il soit capable de lui fournir une explication valable ! Ce ne serait pas étonnant avec tout l'alcool qu'il devait encore avoir dans le sang. Et s'il ne se réveillait pas ? Les autres allaient commencer à le chercher et en le trouvant ici, ce serait la foire aux questions indiscrètes ! Et aux représailles… parce que l'état de Milo serait de sa faute. Encore. Et tel qu'il connaissait ses frères d'armes, l'amnésie ne pourrait lui servir de bouclier.
Le Grec se mit alors à bouger et à froncer des sourcils en gémissant. DM se figea. Il était trop tard pour fuir, puisqu'ils se trouvaient dans son temple. Même s'il se barrait illico, Milo reconnaîtrait où il se trouvait et n'aurait donc aucun mal à remonter jusqu'à lui par déduction.
« Milo ? » Murmura t-il pas trop fort, comme pour s'assurer que son répit allait encore durer.
Mais le scorpion avait l'ouïe fine et le sommeil léger. Il ouvrit les yeux, les frottant comme un chaton encore endormi, puis il se redressa et s'étira pour achever de se réveiller.
« DM ? »
Il semblait surpris, mais sa voix était douce, sans une once d'agressivité ou de reproche. C'était juste de l'étonnement. Et apparemment, le Bel aux bois dormants comptait sur lui pour lui rafraîchir la mémoire, ce dont il était évidemment incapable ! Alors, au lieu de ça… il embraya sur autre chose. Et il n'en fut pas très fier. Ses jolies rougeurs sur les joues, nées de la nudité du scorpion laissèrent place à sa grise mine habituelle.
« Tu comptes toujours te casser au Japon ? »
Milo ne fut pas étonné par la question. Il se rappelait avoir abordé le sujet avec le crabe et il avait saisi le but de ce détournement de sujet.
« Oui. »
Alors c'était ça. Quoi qu'ils aient pu faire cette nuit ensemble, ce n'était pas suffisant pour obtenir que le scorpion repousse ou même abandonne son idée de voyage. Deathmask baissa la tête et fronça des sourcils. Putain ! Il devrait s'en branler ! Mais non ! Au lieu de ça, ça le faisait chier et en plus, il n'arrivait pas à le dissimuler. Milo allait certainement se foutre de sa gueule et ce serait mérité ! Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Il passait une nuit de picole avec le scorpion et voilà qu'il était IN LOVE ! N'importe quoi ! Ce n'était pas digne d'un tueur sanguinaire, merde ! Et connaissant Milo, il n'allait pas manquer de lui en faire la remarque et de se moquer allègrement de lui.
« Tu peux venir avec moi si tu veux. » Proposa simplement le grec en lui attrapant la main.
Cette main dans la sienne. Chaude. Comme son regard plein de tendresse. Le malheureux (ou trop heureux) Deathmask sentit son cœur faire du yoyo dans sa poitrine. Il tambourinait si fort contre son torse, que c'était comme si un alien menaçait d'en sortir ! Il avait bien entendu ? Milo lui faisait le combo regard de biche + proposition qui tue ! Comment refuser ? Au fond de lui, DM en CREVAIT d'envie, mais en surface, c'était bien plus difficile à avouer et à tolérer. Toute cette histoire bizarre allait BEAUCOUP trop vite ! Depuis quand ils étaient potes ? Depuis quand il était français et frigide ? Parce que… c'était le genre de voyage que Milo proposerait normalement à l'iceberg du 11ème temple, pas à lui ! Ils n'avaient pas encore ce degré d'intimité. Quoique… après avoir vu la tenue plus que légère du scorpion, on était en droit de se poser légitimement la question…
En vérité, cela le touchait indéniablement, mais il ne savait pas comment réagir face à ce flot continu d'émotions contradictoires et nouvelles. La seule véritable émotion de laquelle il pouvait s'accommoder était la colère. Un sentiment bien connu avec lequel il était parfaitement à l'aise. Il serra les dents et son visage retrouva son empreinte maléfique habituelle.
« Et pourquoi j'le voudrai connard de scorpion ? Et puis dégage ton cul de mon lit ! » Cria t-il en faisant de grands gestes avec les bras.
Pas question d'être le nouveau toutou de Milo ou de servir de substitut au glaçon ! Parce qu'il était CERTAIN que le grec se servait de lui pour d'obscures raisons ! Après tout, personne ne s'était jamais réellement soucié de lui, ça n'allait pas commencer aujourd'hui ! Il y avait sûrement un beau coup fourré derrière cette gentillesse soudaine. Mais cette fois, il ne serait pas le crabe de la farce !
Milo cligna des yeux, complètement soufflé par un tel vent d'agressivité. Bouché bée au départ, le vaillant invertébré ne préféra pas répondre à DM par de la violence. Dommage, ça aurait plus facile comme ça. Il se contenta juste de se lever et de rassembler ses affaires.
« Tu as raison. »
Il faisait peine à voir. Peine à voir parce qu'il « reconnaissait » que son aîné avait raison, sans même en débattre, ce qui n'était pas habituel de la part de Milo. Mais à quoi bon lutter dans ce cas ? Il ne voulait pas s'imposer. Il était tout simplement venu chercher du réconfort entre les mauvaises pinces.
DM était estomaqué de le voir si pitoyable ! Le flamboyant Milo n'était plus que l'ombre de lui-même et ça foutait les boules ! DM avait l'impression de se voir dans un miroir quand il déprimait. A la différence que lui, avait l'alcool pour oublier ses moments de doute intempestifs.
« Putain, mais qu'est-ce qui t'arrive ? On dirait une loque ! »
Direct, sans détour, droit au cœur.
Et pas de réaction.
Même une droite dans les gencives aurait semblé plus douce à côté de CA ! De cette mascarade ! De ce spectacle misérable ! Impossible ce type ne pouvait pas vraiment être Milo. Son regard était éteint, sans passion ! Même lui, qui n'était pourtant pas un proche de Milo, pouvait le dire !
Et le voir ainsi… traîner difficilement sa carcasse jusqu'à ses fringues pour les enfiler mollement, comme si elles étaient brusquement devenues trop lourdes pour lui, ça faisait remonter à la surface des vapeurs intoxicantes et sanguinaires.
Quel plaisir ce serait que d'avoir sa jolie petite gueule sur son mur. Il n'aurait qu'à le mettre là, juste au dessus de son lit. Personne n'en saurait rien et quand bien même, il mettrait ça sur le compte d'une querelle qui aurait mal tourné. Ce ne serait jamais aussi facile que maintenant. C'était l'occasion rêvée de pouvoir épingler cette faiblesse qu'il ne supportait pas. Aphrodite croyait en la beauté de la victoire, pour DM, c'était la violence qui était belle. C'était tellement tentant d'en faire son trophée.
Le monde n'avait pas besoin des faibles qui enlaidissaient la surface de la planète comme autant de déchets que tous les murs de son temple ne suffiraient même pas à recycler. Mais Milo… ah Milo ! Il serait la pépite d'or parmi le purin. DM essaierait de ne pas trop l'abimer. Que sa mort soit fulgurante et douce, qu'elle le délivre, pour ne pas risquer d'endommager son beau visage. Finalement, il pourrait lui dire merci de lui apporter le repos qu'il désirait tant sans arriver à le nommer.
Quand le chevalier d'or du cancer était pris par ses pulsions meurtrières, il était difficilement raisonnable. Cela l'amusait. C'était tellement jouïssif d'écraser les autres ! Pourquoi avait-il fallu qu'il soit destiné à être un chevalier d'Athéna sensé protéger les humains ? Faire le mal, il n'y avait rien de meilleur. C'était dans sa nature. La torture était une forme d'art, la souffrance son expression la plus pure. Impossible de lutter contre cela. DM se définissait comme un artiste maudit. Et en tant que tel, personne ne comprenait son œuvre. Il était si facile de la qualifier d'abominable, alors que pourtant il avait réalisé un indéniable travail d'orfèvre en captant l'apogée de l'agonie de ses victimes et en figeant cette merveilleuse souffrance pour l'éternité.
Ne faisait-il pas preuve de dévotion et d'une sensibilité exacerbée en acceptant de leur ôter pour toujours cet insupportable fardeau qu'était la vie ? Tous ceux qui ornaient fièrement son mur étaient venus à lui de leur plein gré. L'existence humaine n'est que souffrance. Il avait vu le soulagement dans le regard de ses victimes… non, de ses élus ! Cet air suppliant d'en finir avec la douleur ! C'était ce qui faisait de lui un Saint. C'était ce qui faisait que l'armure sacrée l'avait accepté. Pourquoi d'autre sinon ? Finalement, il leur portait secours en les débarrassant de ce cadeau empoisonné, de ce don encombrant. Oui, le cancer était un humaniste, c'était évident à ses yeux !
Tel était son rôle, il était né et avait été choisi pour cela.
Il l'avait su, il l'avait toujours su…
Les autres appelaient cela « faire le mal ». Mais pour le Cancer, c'était une forme de bien. Un peu tordue, certes.
Pourtant, en réalité, DM était simplement Darwiniste. La théorie de l'évolution. Le fait que seuls les forts survivent par sélection naturelle. Il n'avait rien inventé ! Il ne faisait que suivre une loi vieille comme le monde.
Pourtant, Milo était un scorpion. Les scorpions, tout comme les crabes, tout comme lui, étaient des animaux dotés d'une carapace solide, de pinces puissantes et dans le cas du scorpion, d'un dard mortel. De plus, l'invertébré figurait parmi les êtres vivants les plus anciens de la Terre. Il avait survécu à travers les âges, sans changer, en conservant son apparence hideuse et primaire, véritable machine à résister aux fatalités. DM était admiratif de cela. De cet instinct. De cette perfection dans le design.
Alors pourquoi Milo n'était-il pas comme son signe ?
Après tout, il attendait peut-être trop d'un vulgaire insecte qu'il avait déjà écrasé à maintes reprises à coups de talon de botte quand il était enfant.
Cependant, il n'était pas si loin le temps où Milo était un assassin, comme lui. Un tueur efficace, qu'il respectait pour ses compétences. Mais maintenant, ce n'était plus qu'une lavette ! Cela dégoûtait DM. Une telle dégradation… c'était abominable ! Inadmissible !
Il devait faire quelque chose.
Avant que ses envies de meurtre ne finissent pas lui faire commettre l'irréparable…
Avis bienvenus ! Lynchage, autorisé !
Oui, DM est un fan de Darwin. Ce n'était pas prévu à la base, mais... j'en suis plutôt contente finalement. Ca lui donne un petit côté "Makoto Shishio" (pour la référence) qui ne me déplaît pas et que je souhaite creuser pour lui donner plus de profondeur.
Merci de votre lecture !
