[ N'étant jamais allée en Écosse (malheureusement... J'espère changer ça un jour...) j'ai tenté de faire au mieux en mélangeant un maximum de réalité avec la fiction de la ff, alors si malgré mes recherches sur ce pays je me suis plantée sur quelque détails, je m'en excuse ^^", j'essaie de faire au mieux :) . ]
Pour sa première nuit dans cet endroit inconnu, Hyde avait décidé de dormir sur le canapé, au salon. Il n'était plus un enfant mais cette solution lui avait paru rassurante. Peut-être qu'inconsciemment ce qu'il avait trouvé à la cave avait mis une pression supplémentaire à son léger malaise quelques heures plus tôt ?
Quand il y était descendu pour voir ce qui n'allait pas avec les fusibles, il n'avait rien vu d'anormal. Certes, Hyde n'était pas électricien, mais pas besoin de sortir de Tôdai pour régler ça. Seulement, là, il n'y avait rien eu à régler. Il avait quand même bidouillé quelques fils, sans plus de résultat. Après un détour à l'étage pour vérifier l'état des ampoules, le chanteur était redescendu bredouille : elles étaient toutes en parfait état de marche. Du coup, il avait dormi en bas, avec les volets ouverts - chose légèrement inutile vu que dehors la seule lumière qu'il y avait était celle de la lune qui n'était même pas pleine. Finalement, ça relevait du psychique, mais Hyde s'était dit que du moment que cela lui faisait du bien, qui y verrait un inconvénient ? Il était seul. Et d'ailleurs, pour quelqu'un qui supportait mal ce genre de situation, il ne s'en sortait pas trop mal. Du moins pour le moment. Passé vingt-quatre heures loin de ses repères et de ses proches, qui sait comment un être humain dans un état de fragilité similaire pouvait bien gérer ça sur plusieurs jours, voire semaines ?
Le chanteur de L'Arc se réveilla dans l'après-midi, aux alentours de quatorze heures. Il n'avait rien mangé la veille, contrairement à ses habitudes, si bien qu'à son réveil un léger tournis le força à rester assis quelques secondes. Il devina sans mal que le frigo et les placards devaient être vides. Il ne lui restait plus qu'à faire quelques courses.
Avant son départ, Kateline lui avait donné un plan du coin ainsi que les horaires des bus qui allaient jusqu'à Inverness, et même qui passaient par la ville. S'il se dépêchait, il pourrait prendre celui qui ne mettait qu'une demi-heure à partir de Dores, là où s'était déroulé, d'après ses souvenirs, le festival de musique Rockness. Hyde dut d'ailleurs passer près du terrain qui avait servi pour l'occasion, mais bien entendu, il n'y avait plus rien qu'un champ comme un autre.
Dans le bus, pour lequel il était arrivé juste à temps, le chanteur daltonien se plut à détailler le paysage qui différait d'un kilomètre à l'autre tout en restant libre et sauvage : les hautes herbes, les fleurs des champs, les arbres centenaires... Il y avait aussi des panneaux de signalisation mettant en évidence des cerfs, laissant deviner qu'il y en avait forcément dans les parages en plus d'autres animaux catalogués de gibiers. À mi-chemin, le car passa par une zone habitée pour revenir parmi la nature. À peine les trente minutes prévues furent dépassées qu'il fit entrer certains de ses passagers dans Inverness, après avoir passé le pont qui se trouvait au-dessus d'une partie du Loch Ness.
Tandis que le bus reprenait sa route, après s'être arrêté quelques secondes afin de permettre aux gens de descendre ou de monter à son bord, Hyde repéra où il devait aller pour le chemin du retour. Les rues animées auraient tenté n'importe qui à s'y attarder, mais lui était déjà pressé de retourner à Ailin. Il ne voulait voir que très peu de monde ; du moins pour le moment. Coup de chance pour lui, en regardant un panneau d'affichage près d'un pub, il put constater qu'il y avait une grande surface entre l'endroit où il se trouvait et le pont auquel il tournait le dos. Il lui suffisait de faire demi-tour puis prendre la première à sa gauche. Facile. Comparé à l'endroit où il vivait, le tour de la ville était vite fait. Plus vite qu'il ne l'avait remarqué en voiture.
Le moins à dire était que le magasin déteignait avec le reste de l'environnement : des parois de verre plantées au milieu du bois et des pierres. Cependant, Hyde s'y retrouvait, dans cette modernité, bien qu'il aimât l'ancienneté. En entrant, il remercia mentalement la personne qui avait pensé à mettre les chauffages. Dehors, ça ne devait pas dépasser les 15°C et il n'avait pas pensé à se couvrir assez chaudement. Un caddie à bouts de bras, Hyde déambula parmi les rayons, anonyme, et pensa à se prendre de quoi manger pour tenir quelques jours sans sortir. Des légumes, de la viande, un peu de poisson pané, et quelques sucreries... Il chercha de la nourriture asiatique, en vain.
À son passage en caisse, la facture n'était pas bien élevée. Non pas que ses fins de mois étaient difficiles, mais il ne s'en plaignit pas pour autant.
- Vous n'êtes pas du coin vous ? devina sans mal la dame qui s'occupa de lui et qui était, comme Kateline, du pays.
C'était une femme qui n'était pas loin de la soixantaine, assez ronde, brune aux cheveux frisés avec un visage qui inspirait la sympathie. Hyde fut bien forcé de lui répondre en anglais.
- Non, je suis ici pour quelques temps, seulement, répondit-il en continuant de ranger la marchandise dans deux sacs réutilisables – ce qui se faisait de plus en plus un peu partout.
- Et... ça va, pour le moment ?
Hyde marqua une pause, un paquet de gâteaux à la main.
- « Pour le moment » ? Que voulez-vous dire ?
Une personne attendait son tour mais la dame ne s'en inquiéta pas, préférant répondre au seul Asiatique du coin, sur le ton de la confidence.
- Nous sommes en Écosse. Ce pays n'est pas réputé pour être normal, si vous me comprenez.
- Oh... Si je fais abstraction du fait qu'hier les lumières se sont éteintes seules dans une partie d'Ailin, pour le moment, ça va.
- Vous avez dit Ailin ? Le Manoir d'Ailin ?
- Euh... Oui. Pourquoi ?
- Oh ! non, rien, répondit l'Écossaise en attrapant un produit du client suivant pour le passer à la borne. C'est juste que ça fait quelques années que le manoir n'a plus été habité. Vous savez ce que signifie Ailin ?
- Non, avoua Hyde qui ne s'était pas renseigné, ne se doutant d'ailleurs pas que ce nom avait une signification particulière.
- « Faon » en irlandais. Je ne pense pas que cela vous serve un jour mais un peu de culture générale n'a jamais fait de mal à personne, conclut la dame avec un clin d'œil.
Son nouveau client ne put s'empêcher de sourire en lui disant « au revoir ».
Voilà une personne charmante, conclut-il à son tour en sortant, portant tant bien que mal ses deux sacs pleins.
Pour cette fois, il ne chercha pas midi à quatorze heures et s'en retourna à l'arrêt de bus qu'il connaissait désormais.
- Mais... Je n'avais pas fermé les volets avant de partir ?
Pour autant qu'il se souvînt, non. Hyde n'avait pas touché aux volets puisque c'était Kateline qui les avait ouverts et qu'il avait décidé de les laisser ainsi pour la nuit. Et il les trouvait désormais clos... Peut-être le vent ? Mais le vent ne peut pas aller dans deux sens à la fois, à moins d'une tempête, et là il n'y avait rien de tel, bien évidemment. Peut-être le voisin était venu les refermer ? Mais s'il était au courant que la maison était occupée, quel intérêt ? Hyde se décida à entrer pour voir si les verrous avaient été mis. Il laissa tomber littéralement les sacs dans l'entrée pour aller se rendre compte qu'en fait ils avaient seulement été poussés. Le chanteur ouvrit les fenêtres pour les rabattre vers l'extérieur et les cala. Il avait parlé trop vite, à la réflexion. Et le téléphone sans fil qui sonna près du canapé le fit bondir... comme un jeune faon. Hyde décrocha d'une main tremblante.
- Allô ?
- Hello Doiha-chan !
Le chanteur sentit se dessiner un sourire incontrôlable.
- Ah ! Tet-chan !
- How are you ?
- Parle-moi japonais, s'il te plaît...
Tetsu rit à l'autre bout du fil.
- Seulement quelques heures au pays de Nessie et notre langue te manque déjà. Toi, alors...
- Je ne suis pas si mal, ici, je t'assure.
Hyde se dirigea dans le hall pour récupérer ses courses puis alla à la cuisine où il ouvrit les volets qui, eux, n'avaient pas bougés.
- Mais... Comment sais-tu où je me trouve ? Et comment as-tu eu ce numéro ?
- Je te rappelle que Ken t'a accompagné à l'aéroport. Et puis, j'ai mes sources. Mais je n'en dirais pas plus !
Hyde se résigna. Autant dire qu'entre eux quatre les secrets étaient trop souvent impossibles.
- Alors ? Tu n'as pas encore vu le monstre ? Ou des fantômes ?
- Merci de ton soutien, Tet-chan. J'ai voulu être ici mais je te rappelle au passage que je suis tout seul... Alors si je peux éviter de me prendre des flippes en voyant des trucs... Tu te souviens de notre état, à Ken-chan et moi, quand on a fait l'attraction de la maison hantée ? Imagine ce que ça serait si ça m'arrivait en vrai...
- Je plaisante, Doiha-chan. Tous les châteaux d'Écosse ne sont pas hantés. Il y en a aussi en France...
- Tet-chan..., soupira Hyde, blasé par cet humour gamin.
- Mais c'est vrai ! Tu n'as jamais entendu parler du fantôme de Lucie ?
- Non, et je n'y tiens pas, trancha Hyde en rangeant la viande dans le congélateur. Du moins pas tant que je serai ici.
- Bon. Mais sinon, même si ça fait peu de temps que tu es là-bas, comme te sens-tu ?
- Ça ne va pas trop mal.
Hyde avait en partie menti et un pot de mayonnaise fit les frais de sa nervosité.
- Et merde...
- C'était quoi ce bruit ?
- Rien, j'ai fait tomber un truc. Je nettoierai tout à l'heure, ajouta-t-il pour lui-même avant de reprendre pour Tetsu cette fois. Et vous, de votre côté, comment ça se passe sans moi ?
- On n'est pas au top, je t'avouerai. On travaille, bien entendu, mais sans toi... On évite de se remémorer et de répéter les chansons où tu joues d'un instrument, comme HONEY ou Loreley, tu vois ?
- Ouais... Je vois...
- Haido, je ne voulais pas te faire de peine, je...
- C'est rien, le rassura Hyde en reprenant le contrôle de sa voix. Je suis content que vous continuiez. Sincèrement.
- On ne t'oublie pas, hein ! C'est juste pour continuer de se faire la main...
- Je sais, Tet-chan, je sais. Et je préfère ça plutôt que tu me dises que vous vous mettez en quarantaine, vous aussi.
Je vous aime trop pour ça, pensa-t-il.
- Tu veux parler à quelqu'un en particulier ? On est encore au studio.
- Hm... Plus tard, oui.
- Bien. Je comprends que tu veuilles être tranquille. Ne t'inquiète pas, je ne t'appellerai pas tous les jours. C'est juste que là... ça me démangeait. On voulait aussi savoir si tu étais bien arrivé... Si tout allait bien pour toi...
- Tout va bien, mentit Hyde de nouveau en regardant les fenêtres fermées. Le manoir est simple mais superbe, le terrain est immense, il y a une chapelle juste à côté, et j'ai une superbe vue sur le lac. À l'étage c'est encore mieux.
- Bon. Tu nous rassures. Bien... Je vais te laisser...
- Attends, Tet-chan !
- Oui ?
- Si tu vois mon fils, dis-lui que je pense fort à lui.
- Évidemment que je lui dirai. Je fais passer le message à Ken-chan et Yukki ? S'ils le voient avant moi...
- Oui ! s'empressa de répondre Hyde. S'il te plaît.
- Promis, on le fera.
- Okay. Eh bien... à plus tard ?
- Ouais. Fais attention à toi.
- Promis.
Si ces-deux-là avaient été deux jeunes amoureux, ils auraient sans doute fait le coup de « - Tu raccroches ? - Non, c'est toi qui raccroches ! - Okay, on raccroche au bout de trois ? » tant ni l'un ni l'autre ne voulait s'y coller. Mais ils n'étaient pas ensemble et étaient assez adultes pour ne pas passer par cette étape Ô combien stupide à bien y réfléchir.
Hyde posa le combiné sur la table avec un soupire, après quoi il alla chercher de quoi nettoyer la mayonnaise qui avait maculé le sol et les bouts de verre brisé.
Le reste de la journée où Tetsu avait appelé s'était déroulée sans soucis, et avant d'aller se coucher, Hyde s'était senti plus détendu, même au moment de choisir dans quelle chambre il allait dormir. Cependant, il ne comprenait pas pourquoi il y en avait une coincée entre les deux autres ! Il n'y avait bien deux portes et une salle de bain... mais pas de fenêtres. La chambre qu'il avait pensé être celle des parents (à en juger par la décoration virant au romantique-baroque et à la photo d'un couple en tenues de mariage accrochée à un des murs) avait pourtant d'immenses vasistas en plexiglas décorés de baguettes faisant paraître des carreaux, et qui, malgré le temps couvert, laissait entrer la lumière du jour. D'ailleurs, il en était de même pour l'autre chambre - décorée beaucoup plus sobrement. Idem pour les salles de bains. Mais celles du milieu... Hyde s'y était attardé, intrigué par cet aspect confiné que provoquait le manque de luminosité - sauf si l'on utilisait l'artificielle. Cela n'avait cependant pas empêché la personne qui y avait vécu de décorer la pièce à sa façon. Il y avait tellement de posters qu'on en voyait même plus la tapisserie... Des posters d'animaux qui contrastaient avec ceux de Marilyn Manson, Good Charlotte et Evanescence, sans compter les affiches de films d'horreur. Une immense couverture marron où était représenté un cheval au galop se trouvait accrochée sur l'un des murs, au-dessus du lit double en coin... Se trouvaient aussi, recouverts de poussière, un bureau en désordre, un vieil ordinateur et une chaîne HI-FI qui devait, elle aussi, dater.
C'est peut-être la chambre de la fille des propriétaires... mais... on dirait une chambre d'adolescente... ?
Hyde avait finalement décidé de dormir dans la chambre la plus sobre. Rien sur les murs, peu de meubles, du papier peint clair... Sûrement une chambre d'amis ? Il s'y sentait plus à l'aise. Il y avait déjà des draps, une couverture, ainsi qu'un oreiller. Le chanteur avait passé une excellente nuit et s'était réveillé pour le déjeuner, après lequel il avait décidé de se rendre à la chapelle.
Si les murs intérieurs et extérieurs avaient été enduits à la chaux, les bancs - dix à droite, dix à gauche - et l'autel étaient du même bois que la plupart des meubles de la maison. En face de l'entrée, tout au fond, il y avait une représentation de Jésus-Christ crucifié, et près de Lui, une statue de la Sainte Vierge Marie. Dans des niches se trouvaient des Saints. Curieux (dans le bon sens), Hyde fit le tour de l'unique pièce en longueur pour lire leurs noms écrits en anglais. Il y avait Sainte Anne, Saint François d'Assise, et en face Sainte Rita et Sainte Geneviève. Il continua son investigation pour s'arrêter entre deux bancs, entre la seconde et la troisième rangée. Se trouvait par terre une plaque de marbre aussi claire que le sol en pierre, avec deux dates : « am Faoilteach, 1987 » et au-dessous « an Mhaigh, 2004 ».
- Ça veut dire quoi, ça ?
- Bonjour.
- Oh !
Le cri de surprise de Hyde ricocha sur les murs de la chapelle provoquant ainsi un écho. Il avait fait volte-face, la main sur le coeur qui s'était emballé.
- ... Kami-sama...
- gomen nasai.
- daijôbu... assura l'Asiatique étonné que la jeune fille qui se trouvait encore dans l'entrée sache parler le japonais.
- Je ne voulais pas vous faire peur, continua-t-elle dans la même langue, avec une facilité déconcertante.
Hyde répéta que ça allait avant de demander qui elle était. La jeune fille brune, qui devait avoir une vingtaine d'années au plus, s'approcha pour se placer à sa hauteur. Elle portait un jean, un tee-shirt à manches longues noir et un kéfié vert foncé. Quand elle fut assez près, le quadragénaire vit qu'elle avait les yeux un peu plus clairs que les siens et la peau assez blanche - ce qui n'était guère étonnant par ici.
- Je suis une proche de la famille. Et vous ?
Hyde se remit donc, non sans soulagement, à parler japonais.
- J'occupe la maison pour quelques temps. Takarai Hideto, ajouta-t-il en s'inclinant légèrement, oubliant qu'en Europe l'usage de politesse était de serrer la main ; cependant, la jeune fille ne s'en offusqua pas. Au contraire, elle fit de même. Ou Haido, si vous préférez.
- Enchantée.
Hyde s'était attendu à ce que cette inconnue lui dise son propre prénom mais elle n'en fit rien. Peut-être la timidité ? Ou était-ce aussi dur à prononcer que les mots écris au sol ?
- Je peux vous demander ce que c'est que ça ? demanda-t-il, du coup, en désignant du doigt la plaque de marbre.
- C'est une tombe, répondit la fille, tout naturellement, ce qui déstabilisa quelque peu le chanteur. C'est parfois d'usage d'enterrer les morts dans les chapelles. Mais ça se perd...
- Et... sans vouloir abuser, vous savez ce qui est écrit ?
- Oui, ce sont des mois de l'année. En gaélique.
- Ça a l'air imprononçable..., marmonna Hyde tandis que la jeune Écossaise - à supposer qu'elle l'était - lui montrait le mot du haut du bout de sa Converse au tissu noir.
- Mais si. Celui-là on dit èm faoyll-yèsh, et celui du bas, èn kit-shèn. Ça veut dire « janvier » et « mai ».
- Merci pour ces éclaircissements. Et...
- Vous voulez savoir quoi d'autre ? le devança la jeune fille en sentant qu'il allait lui demander quelque chose.
- Vous connaissez les attributions des Saints qu'il y a ici ?
- Hm... Sainte, Anne c'est la Patronne des ébénistes, Saint François d'Assise des animaux. Ensuite... Sainte Rita c'est pour les causes désespérées, et puis derrière nous c'est Sainte Geneviève, la Patronne de Paris.
- Vraiment ? fit Hyde, très intéressé.
- Elle a sauvé la ville d'Attila, et de la famine aussi, entre autres. Les Cormick avaient du sang français...
- Vous les connaissez bien ?
La jeune prit place sur un des bancs sur sa gauche et s'y décala assez loin pour permettre à Hyde de s'installer à son tour, posant ses avant-bras sur le dossier du siège qui précédait le leur.
- Plutôt, oui. Surtout leur fille.
- Elle vivait au manoir, c'est ça ?
- Elle y a vécu quelques temps. Ses parents ont dû déménager et elle voulait finir ses études ici.
- Mais l'endroit est magnifique ! Comment peut-on partir d'ici ?
Assurément, Hyde ne comprenait pas. Certes c'était éloigné de la ville mais tout le monde n'avait pas la chance d'avoir un tel domaine ! C'était un tort de ne pas en profiter ! Mais sa voisine remit ces pensées-là en question :
- Le climat n'est pas évident quand on n'est pas habitués. Le manoir est bien à la famille depuis... bof, très longtemps, mais les derniers occupants ne sont pas restés ici plus de dix ans. Ils venaient du sud de l'Espagne, alors... Imaginez passer de vingt-cinq degrés en hiver à seulement quinze en été.
- Oui, je vous l'accorde volontiers. Mais quand même..., insista Hyde.
- Vous ne laissez pas tomber facilement, on dirait, dit la jeune fille en se levant pour partir, son voisin de banc pivotant de côté pour la laisser passer. Bien, je dois rentrer. Peut-être à bientôt ?
- Avec plaisir.
Hyde, lui, resta encore un peu dans la chapelle pour réfléchir sur sa propre vie. Il avait toujours bien mené sa barque et n'avait, pour ainsi dire, pas à se plaindre s'il se comparait à la façon dont il avait vécu avant d'être musicien et chanteur. Souvent, il avait entendu que le principal était d'avoir la santé, mais à cette allure, il allait y laisser la sienne. C'était en grande partie pour cette raison qu'il avait pris la décision de s'en aller. Mais...
- Mais pourquoi je pense à ça maintenant ? se demanda-t-il à voix haute, le menton sur ses bras croisés, comme s'il espérait que quelqu'un lui donne la réponse.
Seul le silence fit ce devoir. Un silence qui aurait dû être lourd et qui était, pourtant, reposant. Hyde ne quitta sa place que des heures plus tard, bien après la tombée de la nuit. Il ne s'était d'ailleurs pas rendu compte du temps qu'il avait passé dans ce lieu.
Rentrer dans la maison ne fut pas une mince affaire. Hyde se maudit de ne pas avoir eu la jugeote de vérifier sa montre de temps en temps, sachant qu'ici le soleil se couchait relativement tôt, et que là, il n'avait plus d'autre choix que de quitter la chapelle dans la nuit, sans lumière pour le rassurer. Il courut presque jusqu'au porche en fredonnant une chanson qu'il chantait à son fils quand il était petit. Il conclut que ce n'était pas tant le noir qui l'effrayait désormais, mais le fait de savoir qu'une tombe se trouvait non loin de lui. Si il avait toujours été attiré par le morbide, là, il avait le trouillomètre à zéro.
Une fois les marches montées, Hyde se senti déjà plus en sécurité. Un dernier regard sur le lac qui avait pris une couleur encre, puis il pénétra à l'intérieur de la bâtisse où il se dépêcha d'allumer la première lumière dont l'interrupteur se trouvait à sa portée.
