Une semaine entière passa sans apparitions, sans coups de fil, sans visites. Quand Hyde avait eu Tetsu au téléphone, tous deux s'étaient encore disputés, cette fois à propos de l'absence du chanteur qui s'était bien garder de faire savoir à son ami qu'il vivait une sorte de colocation. Le leader lui avait fait comprendre qu'il y avait un manque important au studio et dans leur vie mais les oreilles de Hyde s'étaient hermétiquement fermées et le dialogue fut vite rompu. Tetsu avait finalement décidé de ne plus appeler son ami tant que ce dernier ne se serait pas repris, ce à quoi le chanteur avait répondu « Avec plaisir ». Ces deux mots avaient été un sacré mensonge. Ses amis étaient son seul lien avec sa famille... Quoique suite à cet épisode fâcheux, Hyde avait songé à questionner Tallula pour savoir si elle était retournée au Japon, mais elle ne lui était effectivement plus réapparue, et de la fierté mal placée faisait qu'il se refusait à lui demander quoi que ce soit de toute façon. Mais alors ce qu'il se sentait seul... Le matin du huitième jour, il se surprit même à vouloir entendre une mélodie venant d'une guitare ou du piano, ou se réveiller avec tous les volets, qu'il laissait ouverts, fermés.
Ce ne fut que dans la soirée que Hyde se décida, installé près du lac paisible, à appeler Tallula, qui ne tarda pas à se montrer.
- Allez dans la maison, plutôt, il va pleuvoir.
Hyde se redressa comme s'il avait reçu une décharge électrique.
- Vous vous étiez déjà habitué à ne plus me voir ? s'amusa la jeune Écossaise en voyant la réaction de l'artiste. Enfin, je dis ça mais je ne sais même pas depuis combien de temps je me suis abstenue de vous apparaître...
- Et vous savez qu'il va pleuvoir ? nota un Hyde perplexe.
Tallula lui expliqua que ce n'était qu'une question d'habitude et qu'à force de vivre en Écosse elle avait pu se faire aux changements de temps. Hyde hésita un instant puis capitula, se rendant presque au pas de course jusque dans le salon. Le temps de franchir la porte que déjà quelques gouttes de pluie lui tombaient sur la tête.
- Rien à voir avec votre état ? voulut-il quand même savoir en rejoignant la jeune fille sur le fauteuil foncé où il avait auparavant piqué un somme.
- Je vous ai dit que c'était une question d'habitude, répondit patiemment Tallula. J'ai vécu ici quelques années, j'ai eu de quoi faire.
Hyde sentit la perche tendue et tenta, une fois encore, d'en savoir d'avantage...
- Pourquoi être venue vivre ici ?
... jusqu'à ce que Tallula le désarçonne :
- Pourquoi vouloir couper tous vos liens avec votre pays ?
Hyde se rendit compte que la fille en face de lui était aussi bornée qu'il l'était lui-même. Si chacun restait sur ses positions, le dialogue était d'office rompu. Mais Tallula tint bon. Elle avait un avantage sur le chanteur.
- Je sais que vous saturez, que vous êtes un dopé du travail, et qu'entant que Japonais la faiblesse est un très mauvais point. Vous avez parfaitement le droit d'en avoir marre, Hyde, je sais ce que c'est pour être passée par-là - la preuve, vous voyez où j'en suis -, mais ce que je trouve anormal, c'est d'aussi faire payer votre fils.
Si elle avait été un homme et un être vivant, probablement Hyde lui aurait envoyé son poing dans la figure. Dans le cas présent, il se contenta de les serrer, ses ongles pourtant courts s'enfonçant dans la chair.
- Je ne fais rien payer à mon fils. J'aime mon fils. Et c'est pour ça que je me suis éloigné. Pour le protéger. Ce n'est pas en étant comme j'étais au Japon que j'aurais pu m'en occuper correctement.
- Alors vous avez préféré fuir vos responsabilités et les gens qui tiennent à vous... ?
Quelques secondes passèrent durant lesquelles les seuls occupants de la maison se défièrent du regard.
- J'ai l'impression de me revoir...
Hyde attrapa cette remarque au vol pour faire remarquer à Tallula qu'elle était ainsi mal placée pour lui faire une leçon de morale, ce à quoi elle répondit qu'il allait bientôt apprendre qu'elle était plus que bien placée pour se le permettre.
- Et avec votre esprit borné, conclut-elle en se levant pour aller voir ailleurs si Hyde s'y trouvait, ça prendra peut-être plus de temps que prévu...
- Où allez-vous ? demanda le musicien, légèrement paniqué à l'idée de rester seul une fois de plus.
- Là où vous refusez de retourner.
- Toujours pas de nouvelles de Hideto ? demanda Megumi en voyant Tetsu sur le pas de la porte de son appartement.
Le bassiste secoua négativement la tête. Megumi se poussa pour le laisser entrer et lui proposa quelque chose à boire.
- Non, merci. Comment va Hiroki ?
- Il n'arrive pas à trouver le sommeil depuis que je l'ai mis au lit. Je suis d'ailleurs désolée de t'avoir appelé aussi tard mais tu es celui qui vit le plus près alors...
Tetsu posa une main affectueuse sur l'épaule de Megumi, lui assurant qu'elle ne l'avait pas dérangé. Il avait quand même promis, ainsi que Yukihiro et Ken, de s'occuper du petit.
- Je vais le voir.
- Merci Tetsu.
Dans la chambre de l'enfant se trouvait Tallula. Elle était venue directement dans cette pièce après avoir laissé un Hyde vraiment sur les nerfs. Elle ne savait pas si c'était une bonne idée - elle pouvait encore se tromper malgré tout - mais elle ne pouvait pas non plus lui coller constamment au train ; déjà qu'elle avait eu du mal à se cacher pendant une semaine...
Le leader de L'Arc entra à son tour pour saluer le petit homme entre deux eaux. La première chose qu'il fit en voyant l'ami de son père fut de demander si ce dernier était rentré.
- Pas encore, lui répondit Tetsu en s'asseyant au bord du petit lit.
- Pourquoi il ne m'appelle pas ?
- Tu sais, Hiroki, que ton papa n'est pas au Japon. Ici, il est tard, mais dans d'autres pays ce n'est pas la même heure que pour nous.
- Mais toi, tu l'as eu au téléphone, non ?
Tallula sourit à cette remarque. Perspicace, ce petit. Tetsu admit que ça avait été le cas et ajouta que tout allait bien. Pas besoin d'inquiéter d'avantage cet enfant. Certes son père était souvent absent lors de tournées mais il donnait toujours de ses nouvelles, et ce sans passer par quelqu'un. Important changement pour un garçon aussi jeune.
- Et d'ailleurs, en parlant d'heure, tu devrais dormir, jeune homme.
- Je n'ai pas sommeil...
- Oh, je connais bien cette phrase, ria Tetsu. Je disais pareil quand j'étais petit. Et je suis sûr que c'était la même chose pour tes parents.
Le musicien avait raison : les yeux d'Hiroki étaient plein de sommeil.
- Je voulais avoir des nouvelles de Papa..., expliqua-t-il en réprimant un bâillement. Pourquoi Maman n'en a pas ?
L'art des enfants pour prendre les grandes personnes au dépourvu... Le sommeil prenant le dessus aida Tetsu à esquiver une réponse qu'il n'avait de toute façon pas. Le musicien borda convenablement le petit Hiroki avant d'aller rejoindre la mère de celui-ci, tout aussi préoccupée, au salon.
- Il dort ?
- Je pense que oui.
Tetsu s'assit sur la table basse de sorte à être face à une Megumi anxieuse. Le bassiste assura une fois de plus qu'il n'avait pas de nouvelles de Hyde, devinant ce que Megumi pensait : qu'il lui cachait quelque chose. Tallula alla s'assoir à-même le sol dans un coin de la pièce, aussi loin que possible pour ne pas paraître indiscrète, même si personne ne pouvait la voir.
- Tu sais, Tetsu, je pensais connaitre Hideto mais... je m'en veux de n'avoir pas remarqué à quel point il allait mal. Pourtant j'ai essayé de le soutenir au mieux...
- On a tous essayé.
- Eh ! Il n'est pas encore mort ! cria presque Tallula - en gaélique -, toujours dans son coin, les avant-bras sur ses genoux remontés.
- Peut-être que si on avait calmé la cadence avec L'Arc il aurait davantage réussi à prendre sur lui... ?
- Tetsu, on sait qu'il n'y a pas que ça. Voyons les choses en face : VAMPS aussi lui pompe l'énergie. Il veut trop faire avec Kazuhito, avec les promos, les lives, et puis l'alcool... Il boit plus que coutume, ça ne lui réussi pas non plus. Tu en penses quoi ?
Tetsu se prit le visage dans les mains. Il ne savait pas quoi répondre. Était-ce de sa faute ? Celle des groupes dont Hyde faisait partie et qu'il gérait pour l'un d'eux ? Le chanteur lui avait simplement dit, avant son départ, qu'il avait « besoin de prendre le large » ; pas de quoi se faire une idée précise. Mais Tetsu avait la nette impression que malgré cet éloignement, la situation n'avait guère évoluée dans le bon sens. Il commençait à être sérieusement inquiet et songeait de plus en plus à en parler à Yukihiro et à Ken qui, eux aussi, se gardaient bien de dire le fond de leurs pensées.
- J'en sais rien, Megumi, répondit Tetsu en se redressant. Tu sais, moi aussi je pensais bien connaître Hyde... surtout que je le connais depuis plus longtemps que toi, ajouta-t-il avec un rire sans joie. Quelle ironie.
- ... J'espère qu'il ne tardera pas à rentrer. On est habitués à ces absences mais là c'est complètement différent... Il est si mal...
Le visage de Megumi passa de grave à extrêmement inquiet. Tetsu s'enquit de lui demander à quoi elle pensait.
- Tu ne crois pas qu'il songe à faire une connerie ? Hein ?
Le leader lui assura, avec un sourire bienveillant, qu'il faudrait plus que du surmenage à ce boulimique de travail pour penser à faire une bêtise qui s'avérait souvent être à sens unique pour les personnes qui s'y risquaient. Mais ce fut à son tour de mentir. Il s'était posé la question après leur dernière dispute en date. Seul et dans cette maison isolée, qui savait de quoi une personne affaiblie pouvait bien être capable ?
Avant de s'en retourner, Tallula passa voir le petit Hiroki qui avait enfin trouvé le sommeil - un sommeil malheureusement agité à en juger par ses faibles gémissement et la sueur qui lui collait les cheveux au front. Si seulement elle avait pu au moins le rassurer à lui...
Enfin, se dit-elle, avant de quitter l'appartement, à défaut de rassurer le fils, peut-être que je pourrai rassurer le père ? S'il daigne se calmer un peu...
Hyde n'avait su quoi faire après le départ de Tallula, aussi était-il allé se réfugier dans le grenier où il avait trouvé, rangée dans un coin, une guitare recouverte d'une épaisse couche de poussière, laquelle cachait la couleur bleue marine de l'instrument. En y passant les doigts, Hyde devina instantanément que la guitare était désaccordée. Il dut se faire violence pour ne pas gratter quelques accords après y avoir effectué des réglages. Ça lui aurait fait plus que mal que de bien de se remettre à jouer... Mais il lui fallut plusieurs minutes pour se décider à quitter l'instrument à cordes des yeux. À la place, il se mit en quête de quelque chose qui pourrait l'aider à satisfaire sa curiosité, mais rien d'intéressant malgré tout le bazar qui peuplait cette immense pièce.
Quand Tallula revint, bien plus tard, le chanteur était allongé sur l'unique lit situé sous le vasistas, dans le noir complet. La pluie avait provisoirement cessée, et le ciel couvert empêchait de voir les étoiles. Cette fois, il ne fut pas surpris en entendant la voix de la jeune fille lui dire, au pied du lit :
- J'ai toujours eu peur du noir. Pas vous ?
- Tout dépend de mon état d'esprit...
- Vu votre état actuel, ce n'est peut-être pas une bonne idée...
- J'ai la flemme de me lever pour allumer la lampe, trancha Hyde.
- Pas de problème.
Il n'y eut qu'un faible bruit de chaînette et la pièce fut légèrement éclairée.
- Comment avez-vous fait ça ? voulut savoir Hyde, redressé sur les coudes.
- Magie-magie, chantonna Tallula en revenant près de lui.
- Sérieusement...
Tallula haussa les épaules.
- Moi-même j'ai du mal à me l'expliquer parfois. Mais il y a un truc que je sais avec certitude.
- Ah oui ? fit Hyde, légèrement ironique devant ce ton assuré.
- Votre fils va bien.
Cette fois, Hyde se releva de sorte à être accroupi. Tout sarcasme et accès de violence sous le coup de l'impulsivité avaient disparu pour laisser place à l'anxiété. Tallula s'assit sur le matelas, prenant soin de garder ses distances pour ne pas provoquer davantage de gêne.
- Vous l'avez vu ?
- Oui. C'est là que je suis allée quand je vous ai quitté ce soir. Il va bien niveau santé mais pour ce qui est du moral, on repassera. Votre ami Tetsu...
- Il était là ? s'écria Hyde.
- Il vous a promis de prendre soin de votre fils pendant votre absence, lui rappela Tallula. Je disais donc : votre ami Tetsu l'a rassuré comme il a pu. C'est votre... femme ?...
- On va dire ça comme ça..., marmonna le chanteur.
- ... C'est elle qui l'a appelé pour qu'il vienne rassurer votre petit. Il se demande pourquoi vous ne lui donnez pas de vos nouvelles.
- Je ne veux pas qu'il s'inquiète pour moi, se défendit Hyde.
- C'est loupé, conclut la jeune fille en s'allongeant. Oh, le ciel se dégage. On va peut-être voir des étoiles. Ça vous gêne si je reste un peu ici ?
- C'est étrange, dit Hyde en tournant le visage vers elle, j'arrive bien à me faire au fait que vous existiez.
- Là, vous me faites plaisir !
- Hm... Je peux... m'allonger, moi aussi ?
- Allez-y.
Hyde hésita un moment, se demandant si c'était une bonne idée avant de décider qu'il ne craignait au final pas grand chose. Cela restait tout de même étrange d'être à côté de quelqu'un qui était là sans l'être...
- Je peux vous demander quelque chose ?
- « Comment c'est d'être dans votre état ? », c'est ça ? devina Tallula.
Hyde se mit à la regarder de nouveau et ajouta :
- Et comment saviez-vous ce que j'allais dire ?
Ce fut à Tallula d'incliner son visage vers Hyde. Elle remarqua enfin à quel point cet homme avait un regard perturbateur. Même non-vivante, elle fut, l'espace de quelques secondes, déstabilisée et en oublia ses explications.
- Alors, pour ce qui est de savoir ce que vous vous apprêtiez à me dire, disons qu'ici, on a une longueur d'avance. Un peu comme des télépathes, vous voyez ?
- Oui... Enfin, je crois... Et pour le japonais ? Vous le parliez de votre vivant ?
- Pas du tout, répondit Tallula un riant brièvement. Je parlais espagnol et anglais. Plus ou moins couramment le gaélique, et un petit peu de français. Maintenant, je parle toutes les langues ! Et une fois de plus je vais vous devancer : je n'ai plus de cerveau, plus de neurones... Juste mon esprit. Et pour en revenir à ce que je vous ai dit en répondant à votre question précédente, c'est le langage télépathique.
- Alors... vous ne me parlez pas, là ?
- Oui... et non. Vous, vous parlez vraiment, mais moi... c'est mon esprit qui parle, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez m'entendre et que je n'ai plus de corps.
- Mais pourtant je vous vois me parler ! s'indigna Hyde, perdu.
- Je sais bien, mais c'est dur à expliquer tout ça. Même pour moi. Et là je vais revenir à votre première question... Hm...
Tallula ne mit pas longtemps à trouver un exemple que Hyde n'aurait pas de mal à comprendre. Du moins, elle l'espérait.
- Vous avez déjà rencontré une personne amputée ?
Le chanteur, prit au dépourvu, répondit qu'il ne s'en souvenait pas.
- J'avais un oncle qui avait été amputé des deux jambes, poursuivit Tallula. Quand les médecins se sont occupés de la première, mon oncle disait que sa jambe le grattait alors qu'il n'avait plus rien au-dessous du genou. J'étais petite et je ne voyais pas de quoi il parlait quand il s'agissait de ça. Mais depuis mon suicide, je n'ai d'autre choix que de comprendre...
- Comprendre quoi ?
- Le prolongement. Cette partie manquante du corps était déjà de mon côté, même en étant rattachée à un être vivant. Cette amputation était un aperçu de ce qu'on est une fois de l'autre côté. Les personnes amputées ressentent leurs membres manquants. Les personnes vivantes - comme vous - nous ressentent.
- Un peu comme si tout votre corps avait subit une amputation ? tenta Hyde, essayant de comprendre ce qui s'avérait être plus compliqué que ce qu'il pensait.
- Exactement. Je suis un concentré d'ondes. Après, selon si elles sont bonnes ou mauvaises de notre vivant, ça nous poursuit jusqu'ici.
- Et vous, qu'êtes-vous ?
Hyde pensait déjà connaître la réponse mais il avait besoin de discuter, quitte à s'y perdre.
- Moi ? Une chieuse.
Cette simple réponse provoqua un fou rire au chanteur. Tallula, elle, se contenta de sourire. L'euphorie de Hyde était un mélange entre l'amusement et la nervosité. S'il ne se calmait pas vite, il allait finir en larmes. À peine Tallula s'était faite cette réflexion qu'elle en vit apparaître une au coin de l'oeil.
- Hyde... calmez-vous...
- C'est vous qui me faites rire !
- On sait tous les deux que même si c'est effectivement moi qui ai provoqué votre crise de rire, c'est surtout nerveux. Je me trompe ?
Le sourire de Hyde s'effaça instantanément. Évidemment qu'elle ne se trompait pas. Dans ce genre d'état de faiblesse le moindre mot, la moindre phrase, était prétexte à craquer. S'il n'avait pas été freiné, il aurait sans doute encore ri jusqu'à n'en plus pouvoir pour finir à ramasser à la petite cuillère. Ce fut à son tour de prendre conscience de quelque chose : ça lui avait fait du bien. Pas sa crise de rire qui aurait pu virer à l'hystérie avec un peu de forcing, mais que quelqu'un n'aille pas dans son sens et lui remette les pendules à l'heure. Depuis le début, il ne faisait que se disputer avec Tallula, et jamais elle ne s'était apitoyée sur lui, préférant au contraire le booster pour qu'il avance. Pourquoi personne ne s'était comporté ainsi quand il était au Japon ? Peut-être qu'il ne serait pas parti. C'était pour ça qu'il s'était senti incompris, pas vraiment soutenu par son entourage qui avait cru bien faire à n'en pas douter.
- Non, vous ne vous trompez pas... Merde, vous arrivez à me faire craquer alors qu'on ne se connait que depuis quelques jours... à moins que... Vous n'étiez jamais venue au Japon avant que je débarque ici ?
- Pour en savoir plus sur vous, vous voulez dire ? Non. La première fois que je vous ai vu c'est quand vous êtes venu avec Kateline.
- Vous la connaissez ?
- Ouais..., marmonna froidement la jeune fille en levant les yeux au ciel.
- Vous n'avez pas l'air de l'apprécier, dit Hyde qui avait remarqué le changement brusque de ton.
- J'ai mes raisons. Et il n'y a pas qu'elle que je n'apprécie pas, d'ailleurs.
- Qui d'autre ? Si ce n'est pas indiscret.
- Je vais faire plus simple : il n'y a que deux personnes que j'adore vraiment ici et qui ont été d'un grand soutien durant des années. Il y a eu Logan, et une amie en commun, Aigneas, qui a été la première à faire amie-amie avec moi. Ma différence faisait peur aux autres. Ou les dégoûtait. Ça leur a fait faire de vraies saloperies.
- Je connais bien ça, assura Hyde en tournant finalement son visage vers la vitre où l'on pouvait voir la pluie qui avait recommencé à tomber, les gouttes y formant d'irréguliers tracés. La différence gêne toujours les personnes qui sont qualifiées ou se qualifient comme étant dans la norme.
Il parlait pour lui. Son enfance et son adolescence n'avaient pas été les meilleures périodes de sa vie. Il avait subit des discriminations : mis à part faute d'avoir les mêmes préoccupations que les autres enfants, ajouté à ça qu'il avait été très sensible et timide - traits de caractère qu'il avait gardé malgré les années d'écoulées, mais envers les adultes, la pilule passait déjà mieux. Alors pourquoi fallait-il qu'il faiblisse après tout ce temps à s'être forgé solidement ?
- Tallula, j'ai vu les photos dont vous m'aviez parlé quand vous m'avez dit ce que vous étiez...
Hyde se tourna sur le côté, ses mains jointes entre sa joue et l'oreiller. Sa voisine fit de même.
- Qu'est-ce que vous aviez ?
- Une maladie. Une maladie très grave et génétique qui s'est déclarée quand j'étais gosse. C'est pour ça que mes parents ont décidé de quitter l'Espagne. Le climat de ce pays était nocif pour moi. Pas qu'être ici m'ait sauvé la vie mais ça m'a fait gagné quelques années.
- J'avoue que je ne comprends pas..., tenta d'articuler le chanteur qui commençait à sombrer.
- Vous ne devriez pas lutter et dormir. Je vous expliquerai plus tard.
- Vous... vous pouvez rester avec moi ? demanda timidement Hyde.
- Je n'avais pas l'intention de bouger.
La lumière s'éteignit, n'étonnant guère plus Hyde, puis tous deux fermèrent les yeux et gardèrent le silence. Hyde s'endormit seulement quelques minutes plus tard, Tallula continua d'écouter la douce musique de la pluie qui tomba jusqu'au petit matin.
