Merci pour les premiers commentaires. Voici la suite !

~ Héliocore ~

- … et une fois déstabilisés, les ions occuperaient tout l'espace disponible, ce qui permettrait de créer une réaction en chaîne.

Jack ne put empêcher un soupir de lui échapper ; Sam leva la tête du réacteur sur lequel elle travaillait et elle pinça les lèvres. En face d'elle, le général était penché sur le bureau, en appui sur les avant-bras, les mains croisées. Son regard était fixé sur elle.

- Mon général, vous êtes sûr de vouloir connaître le détail de ce que je suis en train de faire ?

Il aurait voulu lui répondre qu'elle aurait aussi bien pu lui lire une liste de courses, il s'en fichait. Il avait besoin de passer du temps dans son labo, de la voir, de l'entendre parler. Ce qui n'était que du bonus lorsqu'ils faisaient encore tous deux partie de SG-1 était devenu vital depuis sa promotion à la tête du SGC. Il pouvait essayer de renoncer à un avenir avec elle, mais il lui fallait quelque chose en contrepartie. Pour le moment, le fait de passer quelques heures par semaine dans son laboratoire était suffisant. A peine suffisant, il est vrai, mais il pouvait vivre avec ça.

- En tant que général, je dois être au courant de toutes les dernières avancées, colonel, dit-il d'un air important qui ne trompait personne – surtout pas elle.

- Le général Hammond se contentait de lire mes rapports, répondit-elle avec un léger sourire.

Non pas qu'elle n'aimait pas le savoir présent à ses côtés. Il mit ses mains dans ses poches. Le nouveau grade de Carter semblait lui avoir fait gagner confiance en elle. Il aimait ça.

- Oh, se contenta-t-il de répondre.

- Oui..., reprit-elle alors qu'un nouveau sourire étirait ses lèvres.

Il sourit à son tour. Il y avait ce jeu qui s'était mis en place entre eux. C'était nouveau, c'était presque du flirt, et ça aidait à combler le manque.

- Eh bien voyez ça comme quelque chose de nouveau. Quelque chose de typique de... l'ère O'Neill.

Elle haussa les sourcils.

- L'ère O'Neill ? répéta-t-elle avec un sourire moqueur sur le visage.

Il grimaça et haussa les épaules.

- Je l'ai trouvé !

Les deux militaires pivotèrent vers la porte pour voir Daniel entrer en trombe dans le laboratoire. Il posa un bloc de feuilles sur le bureau sans prendre la peine de relever la tête.

- Vous avez trouvé le ZPM ? demanda Sam en contournant son bureau pour venir se placer à côté de l'archéologue.

Ils fixaient tous les deux les pages noircies de l'écriture de Daniel.

- Oui ! Apparement un Goa'Uld a cherché à s'emparer du ZPM et les Anciens ont décidé d'intervenir pour une raison qui est... obsure, répondit-il en se passant une main sur le front. Le reste des inscriptions présentes sur le mur indiquait la planète sur laquelle les Anciens auraient transporté le ZPM.

- Vous avez les coordonnées ? demanda le général.

Daniel redressa la tête et remonta ses lunettes.

- Oh, Jack, vous êtes là. Euh... non, ils n'ont pas clairement inscrit les coordonnées, mais il y a des indications assez précises sur la planète de destination, qu'ils nomment Héliocore. Littéralement : le pays du soleil. Le ciel est de la couleur des émeraudes, il y a trois soleils - d'où le nom, je suppose - et les alentours de la porte sont un désert de pierre.

- Et c'est ce que vous appelez « précis » ? Il doit y avoir des dizaines de planètes comme ça dans la galaxie ! N'est-ce pas ? ajouta-t-il en se tournant vers Sam.

- Je crains que le général n'ait raison Daniel. Sans les coordonnées, c'est pour ainsi dire mission impossible.

Teal'c entra à ce moment dans le laboratoire, un dossier à la main.

- Vous aviez raison, Daniel Jackson.

Le visage de Daniel s'éclaira.

- P3C667 ? demanda-t-il au Jaffa.

- En réalité, il s'agissait de P5C667. SG-12 s'y est rendue le mois dernier.

Daniel se tourna de nouveau vers Sam et Jack.

- Lorsque j'ai relu la description de la planète, ça m'a fait pensé à une planète que m'avait décrite le docteur McKinley de SG-12.

- Une minute, coupa Jack. Vous êtes en train de me dire qu'une de nos équipes s'est déjà rendue sur cette planète et qu'elle n'a pas trouvé le ZPM ?

Daniel secoua la tête.

- Non. En fait, SG-12 était sur la planète depuis moins de vingt minutes lorsqu'ils ont été rappelés au SG-C. C'était il y a un mois, lorsque SG-4 a été faite prisonnière et que toutes les équipes en mission non-prioritaire ont été rappelées pour leur porter secours.

Les deux militaires acquiescèrent au souvenir de cette mission qui avait bien failli coûter la vie à l'équipe en question.

- Et la planète correspond à la description, je suppose, intervint Sam.

- Jugez vous-même, répondit Daniel en lui tendant une photo prise par SG-12.

Un large sourire apparut sur le visage du général.

- Bien, dit-il en se frottant les mains. Nous partons dans deux heures.

~O~O~O~

Les trois membres de SG-1 se tenaient côte à côte en bas de la rampe. Sam regarda le vortex se former au moment où la porte de la salle d'embarquement s'ouvrait ; elle tourna machinalement la tête et son esprit s'arrêta de fonctionner quand ses yeux se posèrent sur le général, qui regardait la porte avec les yeux brillants. Non pas qu'elle ait vraiment eu ses propres yeux fixés sur ceux d'O'Neill à ce moment-là. Son regard scannait littéralement son supérieur et elle dut détourner le regard pour ne pas être prise en flagrant délit. Elle avait presque oublié à quel point le treillis lui allait bien.

Il arriva à sa hauteur et ajusta la visière de sa casquette, alors que Siler télécommandait le MALP.

- Comme au bon vieux temps, murmura-t-il plus pour lui-même que pour ses co-équipiers.

Sam sourit et Daniel, qui se trouvait à sa gauche, se pencha en avant pour regarder Jack.

- A propos de ça, intervint l'archéologue. Juste pour être sûr, qui donne les ordres ?

Sam haussa les sourcils et se tourna vers Jack, qui grimaça.

- Considérez-moi comme faisant partie des bagages, dit-il simplement.

Le colonel acquiesça, Walter leur annonça que la route était libre et il s'avancèrent tous les quatre sur la plate-forme, traversant d'un même pas la flaque bleue. Quelques instants plus tard, ils posaient les pieds sur un sol rocailleux.

- Aaaah ça m'avait manqué ! s'exclama O'Neill en émergeant.

Il regarda le vortex disparaître et se tourna vers Carter, qui avait le nez plongé sur son détecteur.

- La source d'énergie qui a été repérée se trouve à sept kilomètres à l'Est, annonça-t-elle. Allons-y.

SG-1 se mit en route sous trois soleils écrasants malgré l'heure déjà avancée. La température, bien qu'élevée, était étrangement modérée malgré la présence des trois astres. L'équipe traversa un désert de pierres ; jusque là, la traduction de Daniel avait été juste. Une heure passa avant que le paysage qui s'étendait devant eux ne change radicalement : ils étaient arrivés au bord d'un ravin recouvert de végétation et une forêt dense s'étendait à perte de vue quelques mètres plus bas. La pente était suffisamment douce pour être descendue à pied, mais il était 17h30 et la nuit commençait déjà à tomber. Il ne servait à rien de risquer de se retrouver coincé au milieu des racines et des ronces en pleine nuit.

- On va s'installer ici pour la nuit, déclara le colonel en regardant sa montre. Mon général, Daniel, préparez le feu. Teal'c et moi on s'occupe de sécuriser le campement.

Jack sourit en suivant Daniel qui se dirigeait vers un petit bois à une centaine de mètres. Il était plus que satisfait de la façon dont Carter dirigeait les choses. Il aimait à penser qu'elle avait appris ça de lui, mais s'il mettait son ego de côté, il devait reconnaître qu'avec ou sans lui, elle était de toutes façons un excellent officier.

Doublée d'une scientifique hors paire.

Triplée d'une femme...

Il secoua la tête et se rappela à l'ordre. S'il avait voulu finir cette dernière phrase, il aurait dû choisir la voie de la retraite.

Il reporta son attention sur les environs. Mis à part la végétation présente dans le bois dense vers lequel il allait, ils n'avaient pour le moment rencontré qu'un sol rocailleux où poussaient ça et là des fleurs mauves. Pendant leur marche, il avait aperçu quelques lézards – ou, du moins, l'équivalent alien des lézards – et des oiseaux avaient parfois fendu le ciel, qui était donc vert émeraude. Peu de traces de vie, donc, et certainement aucune présence humaine pour le moment. Il sortit de ses pensées lorsqu'un cri retentit quelques mètres devant lui. Un large sourire se dessina sur son visage lorsqu'il vit Daniel étalé de tout son long sur le sol. L'archéologue avait trouvé le moyen de se prendre les pieds dans la seule racine à des kilomètres. Vraiment, les missions lui manquaient.

Lorsque Sam et Teal'c rejoignirent le campement, le feu de camp était déjà allumé et une odeur de café flottait dans l'air. Comme avant, songea-t-elle avec un brin de nostalgie. Elle se demanda un instant comment répartir les tours de garde.

Daniel aurait le dernier, parce que Daniel avait toujours le dernier ; il y a huit ans, O'Neill avait instauré ce fonctionnement parce qu'en tant que civil, il était le moins à même de pouvoir récupérer après une nuit fractionnée. Aujourd'hui, Sam gardait ce fonctionnement plus par habitude que par réelle nécessité : l'archéologue n'avait pour ainsi dire rien à envier à la plupart des soldats qu'elle connaissait.

Elle prendrait le premier tour, comme le général le faisait avant. Teal'c prendrait le troisième ; elle savait que le Jaffa serait de toute façon reposé à la moitié de la nuit et qu'il profiterait des premières lueurs de l'aube pour faire un repérage solitaire des environs. Le général aurait donc le deuxième tour de garde.

Le doute s'insinua soudain dans son esprit : devait-elle lui assigner un tour de garde ? Si Hammond était venu en mission avec eux, elle ne se serait même pas posé la question : le général aurait pu profiter de sa nuit ; mais en l'occurrence, il ne s'agissait pas de Hammond. Elle n'avait pas prévu ce dilemme, et c'est donc les lèvres pincées et les sourcils froncés qu'elle s'assit à côté de Daniel.

- Un problème, Carter ?

Elle redressa la tête et attrapa l'assiette qu'il lui tendait.

- Aucun mon général. Je réfléchissais à la répartition des tours de garde.

- Je prends le premier, répondit-il.

Fin du dilemme. Mais il n'allait pas s'en sortir comme ça.

- Négatif, monsieur. Je prends le premier, vous prenez le deuxième. Teal'c, le troisième et Daniel, le quatrième.

Jack haussa légèrement les sourcils mais un petit sourire apparut sur son visage. Il devait bien reconnaître qu'il adorait quand elle donnait des ordres.

~O~O~O~

- Euh... Bonjour ? tenta Daniel en levant les mains.

Il ferma brièvement les yeux en entendant le cliquetis familier des P-90 derrière lui. Il avait beau faire partie de cette équipe depuis des années, il ne s'habituait toujours pas à voir la violence précéder la discussion. Face à lui, les trois hommes qui les menaçaient reculèrent d'un pas.

La descente sur les flancs du ravin n'avait pas été une partie de plaisir : la végétation de plus en plus dense laissait peu de marge de manœuvre. La progression avait été lente et douloureuse – les ronces locales se montraient particulièrement agressives. Comme si cela ne suffisait pas, ils avaient été accueillis en bas de la falaise par un groupe de trois hommes vêtus de toges et armés de hachettes et de couteaux à lame courbée ; s'ils en jugeaient par les paniers remplis de petites branches et de plantes, ils les avaient dérangés en pleine cueillette, activité qui contrastait avec leur tenue plutôt soignée.

- Nous ne vous voulons pas de mal, poursuivit l'archéologue en s'approchant des habitants de la planète, les mains toujours bien en évidence.

Les trois hommes réaffirmèrent leur volonté de se protéger en levant un peu plus leurs armes.

- Daniel... prévint Jack d'une voix ferme qui signifiait à son ami de reculer.

- Je m'appelle Daniel, reprit toutefois ce dernier en se désignant. Et voici le colonel Carter, le général O'Neill et Teal'c.

L'homme le plus âgé portait une barbe et une toge pourpre alors que les deux autres étaient imberbes et portaient des toges blanches. Il s'avança d'un pas.

- Vous êtes des Goa'Uld.

Il n'y avait là aucune question. Sa voix grave était posée, le ton employé menaçant.

- Et c'est reparti, murmura le général en réajustant la position de son arme.

A côté de lui, il sentait Carter tendue ; elle ne savait pas si elle devait ordonner à Daniel de reculer ou laisser faire l'archéologue, dont les talents diplomatiques avaient fait leur preuve par le passé. Combien de fois avait-il lui-même dû faire face à ce dilemme ?

- Nous ne sommes pas des Goa'Uld. Ce sont nos ennemis.

Le vieil homme regarda tour à tour les quatre membres de l'équipe et arrêta sans surprise son regard sur Teal'c.

- Il y a pourtant un Jaffa parmi vous.

- Teal'c était le prima d'Apophis, c'est vrai. Mais il a choisi de venir se battre à nos côtés pour combattre l'oppression des Goa'Uld.

L'homme à la toge pourpre sembla peser le pour et le contre pendant un moment il baissa enfin son poignard. Derrière lui, ses compagnons restèrent en alerte. Daniel savait que du côté de ses amis, aucune arme ne pointait vers le sol.

- Alors qui êtes-vous, vous qui vous prétendez ennemis des faux dieux ?

- Nous sommes des explorateurs venus de la Tau'ri. Nous parcourons la galaxie à travers la porte des étoiles...

Son interlocuteur plissa lentement les yeux.

- Le Shapa'ai ? tenta Daniel.

- Parlez-vous du cercle mystique qui s'élève par-delà le désert de pierres ?

- Oui. Nous l'appelons porte des étoiles. Elle nous permet de voyager à travers la galaxie afin de trouver des alliés qui pourraient nous aider à vaincre la menace Goa'Uld.

De nouveau, le vieil homme prit un instant de réflexion. D'un geste de la main, il ordonna à ses compagnons de baisser leurs armes. Daniel tourna la tête vers Sam qui acquiesça, et les membres de SG-1 cessèrent de tenir les trois hommes en joug.

- Comptez sur Daniel pour vous convaincre de nos bonnes intention, dit Jack à Teal'c et Carter.

- Ce ne sont pas les paroles de votre ami qui nous ont convaincus, général.

Jack haussa les sourcils et se tourna vers le vieil homme, qui n'avait pas bougé.

- Oh... quoi alors ?

- Si vous étiez des Goa'Ulds, général, nous serions morts avant même d'avoir pu lever nos armes. Je m'appelle Païos, je suis l'un des sages de la Cité. Voici mes fils, Kalas et Andres.

Les jeunes hommes inclinèrent la tête.

- Que venez-vous faire sur Héliocore, étrangers ? reprit Païos.

Le ton employé n'était plus aussi belliqueux mais il restait encore distant. Les quatre membres du SGC comprirent que le peuple avait dû essuyer de nombreuses attaques et qu'il accordait difficilement sa confiance.

- Nous pensons que votre planète abrite un objet très précieux pour nous ; un générateur permettant de faire fonctionner des dispositifs puissants qui pourraient nous aider à vaincre nos ennemis, répondit Sam.

Païos plissa les yeux en regardant Sam.

- Un générateur, murmura-t-il.

Puis, contre toute attente, il se fendit d'un sourire bienveillant.

- J'ignore de quoi vous parlez mais je pense que nos deux mondes ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Suivez-nous jusqu'à la Cité.

Daniel lui emboîta le pas, suivi par les deux fils de Païos. Jack retint Sam par le bras alors que Teal'c se trouvait juste derrière eux.

- On reste attentif, murmura le général. Je me méfie des sautes d'humeur de notre hôte.

Sam acquiesça et Teal'c inclina la tête.

Ils marchèrent une vingtaine de minutes à travers la forêt. Les arbres étaient incroyablement hauts et clairsemés, mais leur important feuillage créait un plafond de verdure qui filtrait la lumière du jour et la chaleur. Au sol, de nombreuses racines et des plantes peu élevées ralentissaient leur progression et ça et là, de hauts cactus hérissés d'épines pointues menaçaient d'ajouter quelques griffures aux membres déjà maltraités des voyageurs.

Teal'c regarda d'un œil peu aimable l'un des cactus, qui semblait s'être littéralement jeté sur lui. D'un geste rapide et sûr, il coupa la branche qui entravait sa progression et fut à peine étonné lorsqu'il constata qu'elle commençait à repousser.

Il poursuivit son chemin en se remémorant la route qu'ils avaient dû emprunter depuis la porte : un désert de pierres qui semblait s'étendre à l'infini, les pentes d'un ravin couvertes d'une végétation agressive et maintenant, une forêt peu praticable. Son esprit tactique salua le choix qui avait été fait concernant l'emplacement de la Cité : si des ennemis passaient la porte, il y avait peu de risques qu'ils n'arrivent jusqu'ici. A moins qu'ils ne fussent dotés de vaisseaux, auxquels cas les habitants avaient très peu de chances de s'en sortir.

C'est pourquoi son flegme légendaire fut presque ébranlé lorsqu'il leva les yeux après avoir traversé un rideau de végétation. Au milieu de cette forêt hostile, là où il s'était attendu à trouver un village de quelques maisons faites de pierres et de bois, se dressaient de belles maisons taillées dans le marbre. L'avenue qui s'ouvrait devant eux, noire de monde, menait droit à un temple. De nombreuses artères formaient des angles droits avec cette allée principale, laissant deviner que la ville comptait de nombreuses demeures. Des arbres de la même espèce que ceux qui constituaient la forêt étaient plantés à distance régulière, abritant la cité de leur feuillage. Plusieurs jardins étaient visibles et il crut apercevoir la statue d'une déesse. Cette dernière vision provoqua en lui un sursaut de colère.

Les mâchoires contractées, il reserra son emprise sur sa lance et se fondit avec son équipe au milieu de la foule.

~O~O~O~

- C'est absolument fabuleux !

Sam sourit devant l'air béat de Daniel.

- Ça ne fera jamais que cinq fois que vous le dites !

- Athènes, c'est Athènes ! s'exclama l'archéologue.

- Il me semble que Païos a dit que cette cité se nommait Perséphopolis, Daniel Jackson.

L'intéressé se tourna vers le Jaffa, marquant un temps d'arrêt. Il y a huit ans, il aurait mis une telle remarque sur le compte de la différence culturelle de son ami. Aujourd'hui, il soupçonnait Teal'c de se moquer de lui, ce que lui confirma l'étincelle dans les yeux du guerrier.

- Vous ne comprenez pas, poursuivit-il néanmoins en posant la main sur l'une des colonnes du temple. Ce que vous avez sous les yeux corrobore tous les textes trouvés sur Athènes ; c'est magnifique !

Sam remarqua que le général ne participait pas à leur conversation ; elle savait qu'il restait méfiant. Elle glissa un œil vers lui : les lunettes noires visées sur le nez, les mâchoires crispées, il procédait à un rapide repérage des alentours. Païos les avaient menés jusqu'aux marches du palais et leur avait demandé de l'attendre là, le temps qu'il s'entretienne avec le conseil des sages, seule instance pouvant les autoriser à rester quelques jours à Perséphopolis.

Elle soupira en jetant un œil sur son capteur, priant pour que l'intuition du général soit fausse.

- Carter ?

Cette simple interrogation la ramena quelques mois en arrière, quand il était encore colonel et chef de SG-1. Ça lui manquait, définitivement.

- La source d'énergie est proche, mon général. Moins de sept cents mètres.

- Donc...

- Soit elle est bien cachée, soit ils nous mentent.

Jack acquiesça en grimaçant. Il allait répondre d'un commentaire sarcastique mais s'abstint lorsqu'il perçut une forme pourpre du coin de l'œil. Il se tourna vers Païos, prêt à parler, mais se souvint que ce n'était pas lui le chef de la mission.

- Le conseil accepte-t-il de nous recevoir ? demanda Sam.

Le sage hocha la tête et se fendit de nouveau de ce sourire bienveillant dont se méfiait le général.

- Le conseil vous accorde l'hospitalité. L'assemblée des sages a pensé que vous souhaiteriez sans doute vous restaurer, vous reposer et pratiquer quelques ablutions avant le deipno.

- Le dîner, précisa Daniel en voyant trois paires d'yeux tournées vers lui.

- Pourquoi ne pas nous recevoir tout de suite ?

O'Neill n'avait pas pu empêcher la question qui lui brûlait les lèvres de sortir. Du coin de l'œil, il remarqua le visage impassible de Carter ; elle ne semblait pas s'être formalisée de son intervention et attendait la réponse de Païos avec intérêt.

- L'un des sages est absent. Il est allé rencontrer nos frères de la cité de l'ouest. Le conseil ne peut pas tabler s'il n'est pas complet. Fort heureusement, il sera de retour avant le deipno. Je vous laisse aux bons soins de mes fils, qui vous conduiront dans un premier temps chez votre hôte.

Les quatre membres de SG-1 remercièrent silencieusement le vieil homme et suivirent Kalas et Andres, toujours aussi muets. Il y avait moins de monde dans la rue, mais les quelques citoyens qui déambulaient encore sur les pavés blancs ne manquaient pas de dévisager les étrangers. Deux des membres de l'équipe attiraient particulièrement l'attention : Teal'c, évidemment, du fait de sa carrure et du symbole d'Apophis qui ornerait à jamais son front, et Sam, dont la tenue semblait choquer les hommes et effrayer les femmes. Le colonel accueillit les regards méfiant avec un sourire ; depuis le temps, elle était habituée à ce genre de réactions. Combien de fois avait-elle dû batailler pour pouvoir garder son treillis plutôt que de devoir enfiler la tenue locale ?

Ils arrivèrent rapidement devant une petite auberge, dont l'allure modeste contrastait largement avec les luxueuses demeures qui les entouraient. Kalas et Andres leur firent signe d'entrer. A l'intérieur, un petit homme rond dont le visage poupin était orné d'un collier de barbe – et qui ne fut pas sans leur rappeler Urgo – les accueillit avec un sourire non feint.

- Kalispèra, mes amis ! Bienvenue à Perséphopolis ! Suivez-moi, je vais vous montrer vos chambres !

Les quatre membres de SG-1 échangèrent un regard amusé devant l'enthousiasme de leur hôte et ils le suivirent à l'étage, où on leur attribua chacun une chambre – luxe qu'ils connaissaient rarement pendant les missions.

~O~O~O~

Allongée sur un lit au matelas étonnamment confortable, Sam profitait du temps de repos qui lui était "offert".

Une fois installée, l'équipe avait voulu sortir pour faire le tour de la cité, mais Portegas, leur hôte, leur avait expliqué qu'ils devaient rester dans l'auberge. Ils n'étaient pas prisonniers, mais tant que le conseil n'aurait pas approuvé leur présence, leurs déplacements étaient limités, ce dont s'assuraient Kalas et Andres, qui montaient la garde devant la porte de l'auberge. Le général avait plutôt mal pris la nouvelle et elle-même n'avait pas apprécié d'être ainsi retenue.

Ce détail mis à part – après tout, on ne leur avait pas supprimé leurs armes – elle se sentait plutôt bien ici.

Elle ferma les yeux, se laissant bercer par le murmure des voix qui lui parvenait à travers le plancher ; la grande salle devait se trouver juste sous sa chambre. Daniel et Teal'c s'y trouvaient, en compagnie de Portegas. L'archéologue avait décidé de profiter des quelques heures de captivité pour tenter d'en apprendre plus sur cette civilisation. Le Jaffa, quant à lui, souhaitait comprendre pourquoi une population au fait de la mystification des Goa'Uld pouvait adorer une déesse.

Elle ne savait pas trop où se trouvait le général et elle se rendit compte qu'elle devrait être au courant. Après tout, elle dirigeait la mission. Le connaissant, il était capable de faire le mur juste pour s'opposer à leur captivité, et ainsi leur attirer les foudres des citoyens de Perséphopolis.

Dans un soupir, elle se redressa et sortit de sa chambre, se dirigeant vers celle qui avait été attribuée à son supérieur. Elle frappa trois coups secs. N'obtenant aucune réponse, elle tourna la poignée et un sourire étira immédiatement ses lèvres : le grand Jack O'Neill dormait à poings fermés.