Je suis désolée, je n'ai pas eu le temps jusqu'ici de répondre aux commentaires un par un, mais je vous remercie vraiment de prendre le temps de le faire... ça donne envie de continuer ! J'espère que la suite continuera de vous plaire !

~ Apparences trompeuses ~

Sam rejoignit Daniel et Teal'c au rez-de-chaussée au moment où la porte d'entrée s'ouvrait. Kalas et Andres pénétrèrent dans l'auberge, l'air las. Ils s'installèrent sans un mot à une table et Kalas fit un léger signe de la main à Portegas. Ce dernier se leva et se dirigea vers le buffet sans interrompre sa conversation avec Daniel.

- Perséphone n'est pas vraiment une déesse, dit-il en sortant deux gobelets de terre cuite et une petite amphore. Pas au sens où l'entendent les Goa'Uld en tous cas.

Il servit les deux frères et reprit sa place. Sam vit que Teal'c était pendu aux lèvres de l'aubergiste.

- Elle est plus... une mère protectrice pour nous. Chaque année, nous la célébrons lors de grandes fêtes qui durent trois jours ; elle nous protège et favorise nos cultures.

- Vous parvenez à produire des cultures au milieu de cette forêt ? demanda Sam en prenant place autour de la table, sincèrement étonnée.

Si c'était le cas, il fallait absolument qu'ils mettent en place un partenariat avec le peuple de cette planète ! Portegas eut un petit rire.

- Non ! Répondit-il. Mais Démètriakapolis, la cité de l'ouest, est idéalement située.

- Donc, Perséphone n'est pas une Goa'Uld, dit Daniel, revenant ainsi à la question qu'il avait posée.

- Au contraire ! se récria Portegas.

Il se pencha en avant et les membres de SG-1 l'imitèrent inconsciemment. Derrière lui, Kalas et Andres discutaient à voix basse. Le murmure des voix, la faible luminosité et la position qu'avait adoptée l'aubergiste donnaient l'impression qu'il était sur le point de leur révéler un précieux secret.

- La légende raconte que lorsque Perséphone est arrivée sur la planète, elle a aidé les habitants à se débarrasser d'un Goa'Uld qui voulait les assouvir. Râ, je crois qu'il s'appelait.

Daniel, Teal'c et Sam échangèrent un regard entendu.

- Comment s'y est-elle prise ? demanda Daniel.

L'aubergiste soupira en secouant légèrement la tête.

- La légende n'est pas très claire sur ce point. On parle d'une grande force qui serait parvenue à détruire les vaisseaux. Tout ce que je sais, c'est que Perséphone a disparu suite à la bataille, après avoir confié un seul commandement à notre peuple : si l'ennemi revenait, ils devaient fuir vers les montagnes et sauter dans le puits sans fond.

Daniel leva les sourcils alors que Sam fronçait les siens.

- Votre déesse vous exhorte au suicide plutôt qu'à l'affrontement ? questionna Teal'c.

Le Jaffa n'était clairement pas d'accord avec ce précepte. Portegas haussa les épaules et se leva pour les resservir.

- Elle aurait dit qu'il ne fallait pas avoir peur de la rejoindre, qu'un monde meilleur nous attendrait là-bas. Ceux qui resteraient ici connaîtraient une fin de vie atroce.

- Le schéma classique du Paradis et de l'Enfer, murmura Daniel, perdu dans ses pensée. Pourtant, Perséphone est la déesse des Enfers... On dirait que vous n'y croyez pas vraiment, remarqua-t-il en s'adressant à son hôte.

A nouveau, l'aubergiste haussa les épaules.

- C'était il y a si longtemps que plus personne ne sait si c'est vrai ou pas, répondit-il simplement. Cependant, il y a une chose dont je suis sûr : si les Goa'Uld arrivaient demain, je serais le premier à me jeter dans ce puits !

A peine eut-il fini de parler que la porte de l'auberge s'ouvrit à nouveau. Une grande femme brune d'une trentaine d'années y entra, parcourut la salle des yeux, se dirigea vers Kalas et lui murmura quelques mots à l'oreille. Le jeune homme se leva et sortit de l'auberge, alors que la femme se tournait vers Portegas et SG-1.

- Portegas, dit-elle, j'ai besoin de l'aide de Kalas. Philon s'est perdu en forêt, et tu sais comme j'ai horreur de m'y aventurer seule à la nuit tombée.

L'aubergiste grimaça et se passa une main dans le cou.

- C'est que... ton vénérable père a demandé à Kalas de veiller sur les voyageurs, répondit-il, gêné, en désignant ses trois hôtes.

La femme posa un regard indifférent sur les trois personnes assises autour de la table.

- Eh bien tu diras à mon vénérable père que son petit-fils est perdu en forêt et que j'avais besoin de l'aide de mon frère pour aller le chercher, déclara-t-elle calmement.

Daniel et Sam échangèrent un regard étonné. Cette femme était étrangement calme pour une mère ayant perdu son fils.

- Nous pouvons-vous aider à le retrouver, proposa le colonel.

La femme haussa légèrement les sourcils en regardant Sam.

- Kalas sera avec nous, nous ne tenterons rien, je vous en donne ma parole, poursuivit-elle.

La sœur de Kalas glissa un regard interrogateur vers Portegas ; le petit homme semblait extrêmement mal-à-l'aise. Sam aurait juré qu'elle l'avait entendu couiner de frayeur.

- Gaïa, tenta-t-il, ton père a expressément demandé à ce qu'ils restent à l'auberge...

Cette intervention sembla décider la jeune femme.

- Dans ce cas, répondit-elle avec un léger sourire, qu'ils viennent !

Sam sourit alors que Teal'c inclinait la tête. Daniel annonça qu'il resterait à l'auberge, à la fois pour ne pas affoler Jack et pour ne pas trop endommager les relations diplomatiques avec les membres du conseil.

~O~O~O~

- Comment s'organisent les recherches ? demanda Sam une fois qu'ils eurent rejoint Kalas.

Ce dernier tendit une torche à sa sœur ; son regard s'arrêta un instant sur les deux étrangers, mais il ne fit aucun commentaire. Gaïa fronça les sourcils. Elle sembla considérer la question de Sam quelques instants.

- Je ne comprends pas, dit-elle enfin.

- Les recherches, reprit Sam. Votre fils a disparu, c'est bien ce que vous avez dit...

Le colonel était perdu ; elle trouvait cette femme bien trop sereine et il lui semblait totalement illusoire de penser que quatre personnes pourraient retrouver un enfant dans la forêt en pleine nuit.

- J'ai dit qu'il s'était perdu, pas qu'il avait disparu, fit remarquer Gaïa.

- Je pense que le colonel Carter voulait savoir comment nous devions nous y prendre pour le retrouver, intervint Teal'c.

Les yeux de Gaïa se posèrent sur le tatouage en or du Jaffa et elle ne put réprimer un frisson. Cette homme représentait ce qu'on lui avait appris à craindre dès son plus jeune âge. Il était par nature au service des Goa'Uld ; si ses souvenirs ne la trahissaient pas – et elle savait que ça n'était pas le cas : les précepteurs et les prêtresses lui avaient bien fait comprendre ce que représentait ce symbole – il devait être l'un des serviteurs les plus fervents des faux dieux. Cependant, son père avait averti la population : le dénommé Teal'c combattait les Goa'Uld, désormais.

Elle inspira légèrement et se reprit ; l'arrogance lui allait mieux au teint que la crainte.

- Suivez-moi, se contenta-t-elle de dire.

Les deux membres de SG-1 échangèrent un nouveau regard perplexe. Ils suivirent néanmoins le frère et la sœur en dehors de la cité et ils passèrent bientôt le rideau de verdure qui en délimitait la frontière.

~O~O~O~

De longues minutes passèrent ; Sam était mal-à-l'aise. Plus Gaïa et Kalas progressaient dans la forêt, plus son instinct lui criait que quelque chose n'était pas normal. Ils avançaient trop facilement, se dirigeant comme s'ils savaient précisément où se trouvait l'enfant. Réflexion faite, c'est Gaïa qui menait le petit groupe ; Kalas ne faisait que la suivre. Il lui arrivait souvent de décider de tourner à droite ou à gauche sans qu'aucun signe précurseur ne les y ait préparés.

Le colonel n'aimait pas ça. Elle avait la désagréable impression que tout ceci n'était qu'un piège destiné à diviser SG-1. Et ils étaient tombés dedans.

Elle posa machinalement la main sur arme de poing, tout en se maudissant de ne pas avoir réveillé le général. Elle avait beau diriger officiellement cette mission, il serait furieux de ne pas avoir été prévenu du départ de la moitié de l'équipe.

Elle en était là de ses pensées lorsque Kalas, qui marchait juste devant elle, s'arrêta brusquement. Sam se tint prête à saisir son arme et elle devina qu'il en était de même pour Teal'c, quand tout à coup, un cri déchira l'air. Un cri qu'elle ne s'attendait plus à entendre.

- Mama !

Un petit garçon qui devait avoir six ans se jeta au cou de Gaïa. Sa mère l'emprisonna dans ses bras et lui murmura quelque chose à l'oreille. Kalas, quant à lui, fit un léger signe de la main à l'enfant qui le lui rendit avant d'enfouir sa tête dans le cou de sa mère.

- Je te sentais arriver, Mama, dit-il doucement. J'y arrive de mieux en mieux maintenant !

Gaïa reposa son fils et s'agenouilla devant lui.

- Tu ne fais pas exprès de te perdre en forêt pour voir si tu es capable de le faire, au moins ?

Le petit secoua vigoureusement la tête en signe de dénégation.

- C'est tout de même la troisième fois ce mois-ci, soupira sa mère. Il faut vraiment que ça cesse.

Elle prit la main de son fils et s'adressa à Sam et Teal'c, qui pouvaient difficilement cacher leur étonnement.

- Vous voyez, je n'avais pas vraiment besoin de vous, dit-elle d'un ton suffisant. Mais j'adore faire tourner mon père en bourrique, rajouta-t-elle d'un air malin.

Et pour la première fois depuis sa rencontre avec les habitants de la planète, Sam vit un véritable sourire sur le visage de Gaïa et Kalas. Alors elle se permit de sourire également, se promettant de profiter du trajet du retour pour essayer de percer à jour le mystère des paroles du petit garçon.

~O~O~O~

Jack ouvrit les yeux et pendant quelques secondes, son esprit fut rempli des souvenirs de son rêve. Une image en particulier s'imposa à lui : deux yeux bleus, des cheveux blonds ; le capitaine Carter, telle qu'il l'avait vu lors de leur toute première rencontre, lui souriait.

Un instant...

Il avait rêvé ; il s'était donc endormi. Il se redressa sur son lit, regarda sa montre et fronça les sourcils : il était 19h00. Il avait dormi pendant une heure, alors qu'il n'avait pas le souvenir d'avoir eu l'intention de le faire. Quelque chose clochait, et il n'aimait pas du tout ça : Jack O'Neill ne s'endormait pas au milieu d'une mission alors que son instinct lui donnait la désagréable impression que tout n'était pas aussi rose qu'il n'y paraissait.

Il ferma les yeux pour tenter de se souvenir de ce qui avait précédé son sommeil. Il était entré dans la chambre, encore furieux d'être retenu prisonnier, bien décidé à aller interroger l'aubergiste pour en savoir un peu plus sur le conseil et sur leurs intentions les concernant. Il avait donc déposé son sac, sécurisé son P-90, préparé son arme de poing et un zat – on n'était jamais trop prudent. Il avait mis les armes sur la table – elles y étaient encore – puis il avait bu...

Il tourna vivement la tête vers le verre d'eau vide posé à côté de ses armes. Il se leva d'un bond, s'en saisit rageusement, ainsi que de son zat, et sortit en trombe de sa chambre. Il descendit les marches quatre à quatre et posa le verre avec fracas sous le nez de Portegas tout en ignorant le regard étonné de Daniel.

- Vous m'avez drogué ! rugit-il en notant mentalement l'absence de Teal'c et de Carter et le fait que Daniel semblait tout à fait réveillé.

Le malheureux aubergiste, blême, recula sur sa chaise pour tenter l'augmenter la distance entre lui et le général.

- Je... bafouilla-t-il.

- C'était une mesure nécessaire, répondit la voix posée de Païos.

Jack fit volte face, plus en colère que jamais.

- Le fait de nous droguer était une mesure nécessaire ? s'exclama-t-il d'un ton mordant.

- Euh... intervint Daniel en le coupant. En fait, il n'y a que vous qui avez été drogué, Jack. Pourquoi ? demanda-t-il en s'adressant à Païos.

L'homme s'avança vers eux, très digne, les mains croisées devant lui.

- Je ne voulais pas vous offenser, général. Je voulais simplement préserver notre future union. J'ai senti que vous n'accepteriez pas d'être isolé dans l'auberge et que vous risquiez de tenter de vous enfuir. Si tel avait été le cas, mon peuple l'aurait pris comme un geste hostile et vous aurait banni. Or, comme je vous l'ai dit, je pense que nos deux mondes ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Je suis désolé si ça va à l'encontre de vos coutumes.

- C'est-à-dire que sur Terre, on n'a pas l'habitude d'enfermer nos invités et de les droguer... répondit le général avec humeur.

- Vous n'avez qu'à considérer que l'auberge est une des cellules de sécurité du SG-C et le somnifère que l'on vous a administré n'est que le garde à l'entrée de la cellule, dit Daniel d'un air absent, le nez plongé dans l'étude d'un manuscrit que Portegas venait de lui apporter.

Jack tourna vivement la tête vers lui : mais de quel côté était-il ? L'archéologue ne parut pas s'en émouvoir.

- Et combien de temps encore cette mascarade va-t-elle durer ? reprit Jack.

Païos lui offrit un franc sourire ; manifestement, l'humeur massacrante du général ne semblait pas l'intimider.

- J'étais justement venu vous dire que le deipno est prêt. Nous n'attendons plus que vos amis.

- Oh, à propos de ça, commença Daniel.

L'archéologue termina sans doute sa phrase, mais Païos ne l'écoutait plus. Il venait de remarquer l'absence de son fils aîné. Il sentit son cœur commencer à battre plus vite ; se pouvait-il que les étrangers l'aient abusé à ce point ? Se pouvait-il qu'ils soient finalement à la solde des Goa'Uld ?

Il tenta de se raisonner : Andres était toujours là, légèrement éméché mais néanmoins alerte. S'il s'était passé quelque chose, son jeune fils ne serait pas resté assis sur sa chaise sans agir. Il tourna un visage qu'il voulait neutre vers l'aubergiste. Ce dernier recula de quelques pas, les traits affaissés. Portegas était connu pour être couard, mais sa lâcheté ne cesserait jamais de le surprendre.

- C'est Gaïa, votre éminence. Philon a disparu et elle avait besoin de Kalas. Les deux étrangers se sont proposés pour l'aider à le retrouver.

- Quoi ? hurlèrent Jack et Païos d'une même voix.

- Vous les avez laissés partir sans m'avertir ? demanda Jack à Daniel.

- Sam dirige cette mission, Jack. De plus, il ne s'agit que d'aller rechercher un enfant dans la forêt je ne vois pas en quoi le fait de les aider puisse mettre à mal nos relations diplomatiques.

Le général se passa une main sur le visage alors que Païos avançait vers Portegas.

- J'ai fait tout ce que je pouvais pour les retenir, couina-t-il.

- Portegas, mon ami, dit calmement Païos. Tu n'es même pas digne de garder les chèvres dans la montagne.

~O~O~O~

Dix minutes passèrent. Jack était sur le qui-vive ; il n'aimait déjà pas beaucoup être enfermé, mais il détestait par-dessus tout le fait que son équipe soit divisée. Daniel avait relativisé cette histoire de drogue – ce n'était qu'un léger somnifère, Jack vous avez dormi quoi ? Une heure, tout au plus ? - et le général était en un sens rassuré que les autres membres de son équipe n'aient pas été drogués. A cette pensée, il se tourna vers Païos qui attendait calmement, face à la porte.

- Pourquoi m'avoir drogué moi ? demanda-t-il.

Le sage pencha légèrement la tête, l'air interrogateur.

- Eh bien, comme je vous l'ai dit, général, je voulais préserver...

- Non ! interrompit Jack en balayant son explication du revers de la main. J'ai saisi ce que vous avez dit tout à l'heure.

Pourquoi tout le monde semblait-il toujours croire qu'il ne comprenait pas ce qu'on lui disait ?

- Ma question est : pourquoi moi et pas les autres membres de mon équipe ?

Les lèvres de Païos s'étirèrent en un léger sourire.

- Le docteur Jackson est le seul qui n'ait montré aucune animosité envers notre peuple depuis son arrivée ; il nous semblait donc impensable qu'il veuille fuir l'auberge avant d'avoir rencontré le conseil. L'organisme de votre ami le Jaffa aurait combattu les effets du somnifère ; il était donc inutile de lui en donner. Quant au colonel Carter, la réponse me paraît évidente.

Jack haussa les sourcils et Daniel leva la tête vers les deux hommes.

- Evidente, répéta Jack, les mains dans les poches.

Païos lui offrit un sourire entendu.

- Il suffit de l'observer, général. Elle n'est pas une menace.

- Oh, répondit Jack. Elle n'est pas une menace... Laissez-moi développer : Carter est une femme, donc il est impensable qu'elle tente quoi que ce soit ? C'est bien ça ? Laissez-moi vous dire une bonne chose, s'emporta-t-il. Le fait que Carter soit une femme ne diminue en rien ses capacités à se défendre. Sans compter qu'elle est plus intelligente que nous tous réunis !

Le sourire de Païos s'élargit.

- C'est une femme, en effet, général. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle nous ne l'avons pas soumise au même traitement que vous.

- Et pourquoi, alors ? interrogea Jack.

- Elle est sage, général. C'est une qualité que nous connaissons bien, à Perséphopolis.

La porte de l'auberge s'ouvrit sur ces entrefaites, laissant apparaître Teal'c et Kalas. Sam, Gaïa et Philon les suivaient ; les deux femmes semblaient être en grande discussion.

- C'est ingénieux, reconnaissait Sam.

- Si vous voulez, je vous en expliquerai le fonctionnement plus en détails demain matin, proposa Gaïa.

La jeune femme capta le regard sévère de son père.

- Enfin... si le conseil vous autorise à rester sur Héliocore, reprit-elle sans lâcher Païos des yeux. Père ! Quelle douce surprise !

Païos accepta l'étreinte de sa fille et sembla se radoucir. Ils échangèrent quelques mots alors que Jack faisait signe à Sam et Teal'c de s'approcher.

- La balade était agréable ? demanda-t-il sèchement.

- En effet O'Neill, elle fut très instructive, répondit Teal'c.

Jack regarda le Jaffa d'un air stupéfait ; son ami semblait tout à fait serein. Il tourna les yeux vers Carter, qui avait la tête baissée.

- Désolée mon général, j'aurais dû vous prévenir.

- Vous auriez dû, en effet, colonel.

Son ton était glacial ; Sam pinça les lèvres et Jack soupira.

- Mais ça n'aurait servi à rien, reprit-il.

Elle leva subitement la tête vers lui, les yeux ronds. Il grimaça.

- Il se trouve que Païos a décidé que je risquais de fuir leur confortable auberge ; il m'a donc administré un somnifère.

- Il vous ont drogué, mon général ?

Jack haussa les épaules et mit les mains dans ses poches.

- D'après notre ami Daniel, ce n'est rien du tout.

Ce dernier leva les yeux au ciel.

- Ils nous ont laissé nos armes, Jack. S'ils avaient vraiment de mauvaises intentions, nous croupirions à l'heure qu'il est au fond d'un cachot !

Jack se tourna vers lui en plissant les yeux.

- Je n'aurais qu'un mot à vous dire, Daniel : Aschens !

Daniel soupira alors que Sam grimaçait légèrement. Païos se tourna vers eux et les invita à le suivre. Il remarqua le zat accroché à la ceinture de Jack et les armes de poings de Teal'c et Sam.

- Les armes ne seront pas nécessaires, général.

Jack fixa le vieil homme.

- Oh, vraiment, murmura-t-il. Mais voyez-vous, mon cher Païos, c'est une tradition, chez nous. Vous ne voudriez pas aller à l'encontre d'une autre de nos coutumes.

Et il sortit de l'auberge, sur un soupir bruyant de Daniel.

~O~O~O~

Ils marchèrent quelques minutes dans les rues à présent désertes de la cité.

Ça et là résonnaient des éclats de rire et des mélodies jouées sur des instruments à cordes. Quelques rythmes enlevés réalisés à l'aide de percussions perçaient également le silence de la nuit. Sam leva les yeux et fut étonnée de ne voir aucune étoile, puis elle se souvint du plafond de verdure créé par les arbres.

Elle tourna la tête vers son supérieur, qui semblait être en train de se faire la même remarque, et soupira légèrement ; elle se sentait de mieux en mieux sur cette planète. Daniel et Teal'c semblait partager son avis, mais le général restait méfiant et ça la mettait mal-à-l'aise. Elle savait que l'instinct de Jack O'Neill était extrêmement fiable, et pourtant... Il avait parlé des Aschens, mais le peuple d'Héliocore ne ressemblait en aucun point à leur ennemi.

Bien sûr, ce n'est pas elle qui avait été droguée, songea-t-elle. Elle se demanda un instant pourquoi ; il faudrait qu'elle en parle à Daniel.

~O~O~O~

- Vous vous souvenez de cette entrecôte gigantesque que nous avions mangée sur P7X... quelque chose ?

Jack prit une feuille de vigne farcie entre deux doigts et la laissa retomber sur le plateau, une moue dubitative sur le visage.

- Ça, c'était de la nourriture, poursuivit-il.

Sam sourit en prenant une nouvelle bouchée. Jack tourna la tête vers elle, étonné qu'elle n'abonde pas en son sens. Elle avala ce qu'elle avait dans la bouche avant de répondre.

- Vous devriez essayer, mon général, c'est plutôt bon.

Et ça aide à créer des liens diplomatiques, Jack. En fait, dans la plupart des cultures, la nourriture représente...

- C'est bon, Daniel. Je faisais juste remarquer que je n'étais pas une vache, c'est tout.

Teal'c arqua un sourcil.

- Les bovins ne se nourrissent-ils pas plutôt d'herbe, O'Neill ?

- C'est... aaaah, laissez tomber !

Sans un mot de plus, il se saisit d'une des feuilles de vigne farcie et en testa le goût du bout des lèvres. Si l'attention du reste de son équipe n'avait pas été détournée de lui par la prise de parole de Païos, ils auraient vu le général avaler le reste de la feuille de vigne sans plus de cérémonie.

Une demi-heure auparavant, Païos les avait fait entrer dans une salle richement décorée. Le marbre clair qui s'étendait du sol au plafond était réchauffé par la présence d'étoffes colorées. Daniel avait noté de fortes différences entre ce qui s'offrait à ses yeux et ce qu'il s'était attendu à trouver, la plus importante résidant dans le fait que la moitié des membres du conseil étaient des femmes. Contrairement à la Grèce antique, Héliocore ne semblait pas réserver les banquets aux hommes. Les tables, placées en forme de U, étaient entourées de chaises ; rien à voir avec les banquettes traditionnelles, donc.

SG-1 avait pris place sur les quatre sièges qui leur avaient été réservés. Une vieille femme s'était levée, leur avait offert un sourire sincère tout en leur adressant des mots de bienvenue. Puis elle avait frappé dans ses mains et une armée de serviteurs avait pénétré dans la salle avec les plats. Jack avait regardé la nourriture avec méfiance, mais voyant que l'ensemble des personnes présentes se servaient dans le même plat que celui qui lui était destiné, il avait aussi cédé à la tentation.

A présent, il s'ennuyait. La nourriture était bonne - excellente, devait-il reconnaître - mais l'ambiance était un peu trop studieuse à son goût. Le conseil des sages était avide d'en connaître le plus possible sur ces étrangers qui voyageaient par l'intermédiaire du cercle mystique. Daniel se faisait une joie de leur relater leur expérience, et Sam et Teal'c écoutaient leur ami, complétant son discours.

Il avait été convenu que les quatre visiteurs pourraient désormais se déplacer librement dans la cité.
C'était un bon point, pensa Jack, mais pas encore suffisant pour qu'il leur accorde totalement sa confiance. Le conseil était composé de douze membres, tous relativement âgés. La parfaite parité et le fait que leur dirigeante soit une femme avait marqué des points auprès de Carter, Jack le savait et il craignait que le jugement de son second ne soit légèrement faussé.

Mais il savait aussi qu'il avait totalement confiance en elle et si elle relâchait sa méfiance, il pouvait le faire aussi. Au moins un peu...

Il se resservit dans un des plats – ces types étaient peut-être des maniaques du somnifère, mais ils faisaient un gâteau au miel à tomber - et accrocha le regard amusé de Carter. C'était dans des moments comme ça, quand son instinct le laissait un peu en paix et qu'ils étaient dans une situation relativement sécurisée, qu'il s'autorisait à laisser l'homme reprendre quelques secondes le dessus sur le soldat.

Il soutint donc son regard et lui sourit en retour. Il était très fort à ce petit jeu et savait qu'habituellement, c'est elle qui cédait.

Bingo ! songea-t-il lorsqu'elle baissa la tête en rougissant légèrement.