Une semaine est passée depuis la dernière publication, désolée ! Je pars en vacances et je ne pourrai donc pas écrire/publier avant une dizaine de jours... Ce qui vous laisse tout le temps pour lire et commenter :)

Enjoy !

~ Le pouvoir de Perséphone ~

Sam ouvrit les yeux alors qu'aucune lumière ne passait à travers la fenêtre sans volets de sa chambre. Elle attrapa sa montre et soupira : 5h30. Le premier soleil ne se lèverait pas avant une bonne demi-heure. Elle bougea dans le lit et ferma les yeux pour tenter de s'assoupir de nouveau, mais le sommeil semblait l'avoir quittée pour de bon. Elle rouvrit donc les yeux, fixant sans le voir le plafond de bois.

Cette mission aurait pu être simple ; pas nécessairement idyllique, mais simple. Ils auraient pu arriver sur la planète, lier des contacts amicaux et sincères avec la population, trouver le ZPM, négocier le générateur contre la promesse d'une protection, et repartir.

Elle devait reconnaître que c'était presque ça. Si on omettait la partie concernant le ZPM. Et les contacts sincères. Et les problèmes qui ne sauraient tarder à arriver s'ils parvenaient à pénétrer dans la grotte malgré l'interdiction de Païos. Lequel semblait leur cacher bien des choses.

Un léger gémissement s'échappa de ses lèvres alors qu'elle maudissait le sage. Le général l'avait senti dès le début. Elle soupira en se demandant s'il c'était l'expérience ou si ce sixième sens était inné chez lui.

La veille au soir, il les avait réunis brièvement et leur avait exposé son plan : Teal'c et Daniel occuperaient Païos en prétextant vouloir commencer à définir les termes de leur alliance, pendant qu'elle et lui feraient croire qu'ils se rendaient au temple visité par leurs amis la veille. En cours de chemin, il prendraient la direction de la grotte.

L'idée principale était d'endormir la méfiance de Païos ; si jamais leur plan échouait, Daniel et Teal'c devaient absolument être reconnus innocents, histoire de ne pas mettre à mal les relations diplomatiques – il fallait à tout prix parvenir à négocier ces bracelets - et de façon à venir les sortir de prison, si jamais le cas se présentait.

Elle pensait que c'était un bon plan. Les plans de Jack O'Neill étaient souvent brillants, quoi qu'il en dise. Ses pensées se focalisèrent sur son supérieur et sur le fait qu'elle l'avait laissé reprendre les rênes de cette mission sans même s'en rendre compte.

Et ça ne la dérangeait même pas.

Si ça avait été un autre que lui, elle se serait battue bec et ongle pour maintenir sa position de leader. Mais Jack O'Neill... Il pouvait exiger d'elle ce qu'il voulait, elle le lui donnerait. Et avec le sourire, en prime. Elle pinça les lèvres ; ce genre de pensées n'allait pas vraiment de paire avec son caractère féministe et elle n'était pas sûre que la femme qu'elle était huit ans auparavant aurait approuvé un tel discours.

Mais la jeune capitaine qu'elle était alors ignorait ce que cet homme allait lui apporter : un sentiment de sécurité quasi-permanent, un soutien solide et réconfortant dans les épreuves les plus difficiles, et un regain de confiance en que dans les situations de danger extrême, la façon dont il la regardait lui permettait de donner le meilleur d'elle-même. La confiance ancrée dans ses yeux et cette foi inébranlable qu'il semblait avoir placé en elle la terrorisaient autant qu'elles la motivaient.

Sans parler du sentiment de plénitude qu'elle ressentait lors des rares moments où ils autoriser leurs sentiments à refaire furtivement surface.

Donc non, elle n'avait aucun problème à ce que cet homme reprenne le commandement qui lui avait appartenu pendant si longtemps sans le lui demander. Parce que c'était juste naturel pour elle de le lui laisser.

Une pulsation naquit contre l'intérieur de son poignet et elle se surprit à sourire. Mais bientôt, elle fronça les sourcils : l'intensité du battement n'était pas stable ; elle augmenta et atteignit son point culminant au moment où elle devina - plus qu'elle n'entendit - que quelqu'un passait devant la porte de sa chambre. Puis, à mesure qu'il descendait les escaliers, les pulsations se firent moins fortes.

La scientifique en elle s'émerveilla de la précision de ces bracelets, tandis que la militaire se demandait pourquoi son supérieur était déjà levé. Ni l'une ni l'autre ne laissèrent vraiment le temps à la femme en elle de se demander si son dos ou ses genoux le faisaient souffrir.

Elle se redressa sur son lit et entreprit de s'habiller - maintenant qu'elle n'était plus la seule réveillée, il n'y avait plus d'intérêt à rester couchée – lorsque le signal envoyé par le bracelet l'interpella : à mesure que les secondes passaient, l'intensité des pulsations continuait à décroître.

Elle enfila rapidement sa veste, attrapa son sac et sortit le plus discrètement possible de sa chambre.

Si elle en croyait le bracelet, le général était sorti.

Et si son instinct ne la trompait pas, elle savait exactement où il se rendait.

~O~O~O~

Païos ajusta sa tunique et drapa habilement son himation, le long manteau pourpre symbole de sa fonction, les yeux fixés sur son psyché. Il attachait beaucoup d'importance au fait d'avoir une apparence soignée. Ce matin-là cependant, son reflet ne se faisait ni l'écho de son code vestimentaire irréprochable, ni de son impeccable hygiène. Dans le miroir qui lui faisait face, Païos ne voyait que ses yeux.

D'ordinaire, son regard passait de ses cheveux gris, toujours propres et bien coiffés, à sa barbe parfaitement entretenue ; il s'attardait ensuite sur les plis savamment organisés de son himation, pour finalement embrasser son image globale avec satisfaction.

Mais jamais son regard ne s'attardait sur ses propres yeux.

Et pourtant ce jour-là, le miroir lui offrait un face à face intime et presque effrayant avec lui-même. Les yeux de Païos – des yeux tout à fait communs d'un vert sans éclat – avaient vu des choses qu'ils n'auraient pas dû voir. Des choses qui avaient fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. Des choses qui l'obligeaient à mentir à son peuple et surtout à sa douce Teïna.

Et Païos détestait ses yeux pour ça.

Il soupira et se répéta la phrase qui sous-tendait chacune de ses actions depuis maintenant vingt-cinq longues années : il le faisait pour le bien de son peuple ; les gardiennes du secret le lui avaient assuré. Jetant un dernier regard à son reflet, il quitta sa chambre.

Le premier soleil commençait à peine à diffuser ses rayons à travers les feuilles des arbres lorsqu'il ouvrit la porte de l'auberge. Ses yeux parcoururent nerveusement la pièce à la recherche des étrangers, mais il ne trouva que Portegas, mollement affalé sur une banquette, la main posée sur une amphore vide renversée sur le sol. Un léger ronflement s'échappait de sa bouche ouverte. Le sage jeta sur lui un regard désapprobateur : cet homme était la honte de Perséphopolis. A l'heure où toute la population était déjà éveillée et prête à démarrer de saines activités, l'aubergiste dormait, probablement assommé par la quantité non négligeable de vin qu'il avait consommée. Et dire qu'ils étaient cousins au troisième degré par leurs mères ! C'était inimaginable...

Il laissa néanmoins l'homme continuer sa nuit et s'approcha du meuble dans lequel étaient rangés les gobelets de terre cuite avant de rejoindre la cuisine. Il se servit fébrilement un peu de cycéon. De retour dans la pièce principale, il en avala une cuillerée qu'il recracha aussitôt : Portegas était reconnu pour la qualité de son gruau d'orge, mais celui-ci avait manifestement été concocté alors qu'il était déjà en état d'ébriété avancé puisque l'eau avait été remplacée par du vin épicé.

Le sage soupira de nouveau, essuya sa bouche avec un carré de toile et tapota nerveusement le comptoir de bois du bout des doigts.

Il espérait que les étrangers étaient toujours dans leurs chambres. Il se méfiait : il savait que le général et la scientifique n'abandonneraient pas aussi facilement leur idée de pénétrer dans la grotte, et il avait craint tout la nuit qu'ils ne partent avant l'aube. Sans compter qu'Anataxie était venu lui rapporter les bribes de conversation qu'elle avait surprises entre le docteur Jackson et Adola. Ces étrangers étaient particulièrement curieux et il savait qu'il lui fallait absolument mettre un frein à leur manie de vouloir absolument tout savoir sur tout.

C'est pourquoi il allait leur demander de retourner sur leur planète. Anataxie et Génnaïodora, les deux grandes prêtresses, lui avaient promis de lui fournir un excellent prétexte pour les encourager à franchir l'anneau sacré tout en conservant des relations diplomatiques cordiales.

Le bruit d'un corps qui s'écrase sur le sol le fit sursauter ; sur sa gauche, Portegas frottait son coude, un air mi-endormi, mi-renfrogné peint sur le visage. Il se redressa avec difficulté, posa une main incertaine sur le mur pour prévenir une perte d'équilibre, puis il tituba jusque dans la cuisine sans remarquer la présence de son hôte.

Le sage secoua la tête et se plaça devant la fenêtre. Perséphopolis commençait à s'animer et les rayons du premier soleil jouaient sur le marbre blanc des villas. Des enfants couraient dans le parc de l'autre côté de l'avenue en attendant leur précepteur. Il se demanda si l'un d'eux serait à sa place un jour : un sage désigné par défaut, parce que ses yeux avaient vu ce qu'ils n'auraient jamais dû voir.

Pas de cette façon en tout cas ; pas par accident.

Bien entendu, il appréciait l'honneur qui lui était fait de siéger parmi les sages, mais il ne pouvait s'empêcher de nourrir un sentiment de culpabilité. Parfois, il avait l'impression de n'être qu'un intrus qui aurait volé la place de quelqu'un d'autre à cause de sa curiosité et de sa témérité.

Des voix s'élevèrent derrière lui et bientôt, les marches des escaliers grincèrent sous le pas des personnes qui les descendaient. Une vague d'anxiété envahit Païos lorsque ses yeux confirmèrent ses soupçons : seuls deux des quatre étrangers se trouvaient désormais face à lui.

~O~O~O~

- Mon général ?

Le son étouffé de la voix du colonel fut pratiquement couvert par le bruit de ses pas. Le général se retourna, surpris d'avoir été suivi – sa discrétion légendaire n'était apparemment plus ce qu'elle avait été. Il grimaça et passa sa main libre dans ses cheveux. Combien de chances y avait-il pour que Carter soit justement réveillée et... à l'écoute de son bracelet ? Il inspira l'air frais de la nuit et attendit que la silhouette qu'il discernait dans la nuit d'encre ne s'approche d'avantage. Lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur, il lui fit signe de s'abriter derrière un arbre ; les rues étaient désertes, mais on n'était jamais trop prudent.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? murmura-t-il.

Elle leva les sourcils, prête à lui retourner la question, mais elle changea de tactique, se souvenant qu'il restait son supérieur.

- Vous vous rendiez à la grotte, n'est-ce pas ?

Bien sûr, qu'elle avait deviné ; c'était Carter. Il avisa le sac qu'elle avait pris.

- J'ai... senti que vous quittiez l'auberge, mon général, tenta-t-elle d'expliquer. Je viens avec vous.

Il la fixa quelques instants et acquiesça ; l'air déterminé peint sur son visage avait suffi à le convaincre qu'il était hors de question qu'il tente de l'en dissuader. Il la remercia mentalement de ne pas poser de questions concernant ce changement de plan et ils se mirent en route, laissant la nuit les envelopper totalement.

Son plan A était bon, mais il pensait sincèrement que son plan B était meilleur : moins de risque d'être suivi, moins de risque que l'on découvre qu'ils étaient entrés d'une façon ou d'une autre dans la grotte. Il avait laissé un message codé à Daniel pour lui expliquer qu'il était parti avant l'aube.

Durant les huit années qu'il avait passées à voyager à travers la Porte, il avait rencontré un certain nombre de peuples. Des peuples amis, des peuples ennemis ; des peuples conquérants, des peuples asservis ; des peuples aux coutumes étranges qui se révélaient pourtant sympathiques, et d'autres a priori sympathiques qui décidaient soudainement qu'il serait bien plus intéressant d'emprisonner SG-1. Ou de les tuer. Ou de les donner en pitance à une créature millénaire. Au choix.

Mais jamais il ne lui avait été donné de rencontrer un peuple aussi méfiant que celui qui vivait sur Héliocore.

Les Tok'ra mis à part, bien sûr, mais les Tok'ra ne comptaient pas vraiment ; il était persuadé que les serpents qu'ils abritaient dans leurs crânes n'y étaient pas pour rien dans la méfiance maladive dont ils faisaient preuve.

Aux dernières nouvelles, Païos et ses camarades n'avaient pas de serpent dans le crâne. Teal'c l'aurait senti, Carter l'aurait senti ; lui-même l'aurait senti. Daniel aurait sans doute voulu leur laisser le bénéfice du doute, parce que c'était Daniel... Peu importe aucun serpent à signaler par ici, et pourtant cette méfiance sans borne...

Pour être tout à fait honnête, seules trois personnes semblaient être réellement méfiantes par ici, ce qui n'était pas pour le rassurer. Les autres craignaient Teal'c, ce qui était compréhensible étant donné que tous les contes pour enfants de la planète semblaient invariablement finir par « le Jaffa attrapa la jolie petite fille et la dévora à l'aide de ses dents acérées ». Ça et le fait que Teal'c avait essayé de sourire. Encore.

Il pointa le faisceau de sa torche devant lui et étouffa un juron lorsqu'il se prit les pieds dans une racine saillante. De jour, le terrain lui paraissait bien plus praticable. A côté de lui, Carter évita de justesse de trébucher sur une pierre ; elle rétablit son équilibre aussi gracieusement que possible, ce qui lui valut un coup d'œil amusé de la part de son supérieur. Elle plissa les yeux et embrassa le paysage d'un regard circulaire. Le soleil pointait ses premiers rayons, laissant deviner le mur de pierre que constituait la falaise.

Au moment où ils atteignirent l'entrée de la grotte, quelques minutes plus tard, deux événements se produisirent simultanément : derrière un rocher, une silhouette se redressa et s'élança en direction de la Cité, alors que le sol se mettait à trembler dangereusement sous leurs pieds.

~O~O~O~

- Sam, Jack, vous avez senti ça ?

- Affirmatif, Daniel, répondit la voix métallique de Jack. Nous sommes presque arrivés au temple. Nous n'allons pas rebrousser chemin maintenant.

- C'est compris, soyez prudents.

L'archéologue lâcha sa radio et intercepta le signe de tête de Teal'c. Le Jaffa n'était pas dupe : il savait que l'absence de ses amis ce matin-là ne signifiait qu'une seule chose : ils avaient décidé de se rendre à la grotte plus tôt que prévu. Il tourna ensuite la tête vers Païos, dont le visage était blême.

La terre avait tremblé quelques secondes. Le séisme n'avait pas été très violent et on ne déplorait qu'un peu de vaisselle cassée. Portegas, qui semblait mal en point, n'avait apparemment pas remarqué quoi que ce soit : le monde semblait de toute façon tanguer dangereusement autour de lui depuis son réveil.

Assis face à l'archéologue, le sage déglutit difficilement, tentant de calmer les battements affolés de son cœur. Des dizaines de questions tournaient dans son esprit : se pouvait-il que Perséphone ait un tel pouvoir ? Pouvait-elle réellement faire trembler le sol ? S'agissait-il de la diversion dont avaient parlé les gardiennes du secret ? Une sueur froide descendit le long de son dos : il ne pouvait s'agir que de ça.

- Il faut aller chercher vos amis au temple, réussit-il à articuler en se levant. Vous devez partir.

- La terre a pourtant cessé de trembler, remarqua Teal'c de sa voix profonde.

Pour la première fois de sa vie, Païos sentit qu'il paniquait. La Déesse lui avait offert une formidable opportunité de chasser les étrangers sans en avoir l'air, et il ne savait pas comment l'utiliser. Il tenta de garder un air calme.

- Nous avons déjà connu ce genre d'événement par le passé, Jaffa Teal'c. La dernière fois que le sol a tremblé, le cercle sacré est tombé. Il nous a fallu plusieurs mois pour le redresser sur son socle.

Le mensonge était facile et il n'en n'était pas fier. Il vit le docteur Jackson remonter ses lunettes et lui adresser un sourire poli.

- Ne vous inquiétez pas pour ça, Païos ; nous avons les moyens de remédier à ce genre de problèmes.

Païos acquiesça doucement. Ce peuple semblait tellement avancé technologiquement ! Que se passerait-il si les étrangers découvraient la vérité ? Que se passerait-il si ses actions déclenchaient une guerre entre leurs deux mondes ? Après tout, deux d'entre eux portaient les bracelets, maintenant. Son peuple ne pourrait jamais plus être vraiment en sécurité.

- Cependant, reprit l'archéologue, si nous parvenons à un accord, comme je vous le disais avant cette... interruption, nous pourrions repartir et organiser une rencontre entre nos dirigeants et une délégation perséphopolienne.

Païos se rassit aussi calmement que possible, priant pour que la Déesse lui offre une nouvelle opportunité. Il écouta l'archéologue lui expliquer le protocole généralement établi pour sceller les alliances. Il réprima un soupir de frustration ; l'alliance ne l'intéressait pas : si ça ne tenait qu'à lui, les étrangers seraient déjà rentrés chez eux. Mais il n'avait aucun argument à avancer en leur défaveur face au reste du Conseil.

Le Jaffa intervint pour lui expliquer les avantages de se placer sous le protectorat de la Tau'ri, mais il n'écoutait plus vraiment, parce que depuis quelques secondes, un signal bien plus puissant que la voix du Jaffa retenait toute son attention : il sentait le kardia de Kalas battre de plus en plus fort contre son poignet, signe que son fils se rapprochait de lui. Et si Kalas se rapprochait, c'est qu'il avait quitté le poste d'observation qu'il était censé tenir à l'entrée de la grotte.

Païos savait que cette désertion ne pouvait trouver que deux explications : soit son faible fils avait eu peur du tremblement de terre et il fuyait à toutes jambes le lieu maudit, soit les deux soldats avaient pénétré dans la grotte et il venait l'en avertir.

Le cœur battant au rythme de son impatience, il se surprit à prier pour que les deux soldats aient transgressé la règle établie.

~O~O~O~

- C'en serait presque décevant, déclara le général après quelques secondes de silence.

Carter sourit et laissa le faisceau de sa lampe balayer les parois de la grotte.

- C'est vrai que l'on aurait pu s'attendre à plus grand, admit-elle.

La salle dans laquelle ils venaient de pénétrer ne mesurait pas plus de sept mètres de diamètre sur deux mètres de haut, et elle semblait constituer à elle seule ce que Païos appelait « le grotte des damnés ».

- Je suppose que les « damnés », s'il y en a jamais eu, disparaissent par ce... trou, dit le général.

Carter acquiesça et s'approcha du puits qui occupait le centre de la salle. Elle braqua sa lampe vers le fond mais ne vit rien. Elle sortit un appareil de son sac alors que le général testait les parois en donnant quelques coups dedans. Il se retourna lorsqu'un soupir impatient se fit entendre derrière lui.

- Carter ?

Elle redressa la tête et désigna le puits du menton.

- D'après mon détecteur, la source d'énergie se trouve là-dedans, mon général, dit-elle d'un air frustré.

- C'est profond ?

Il s'était attendu à ce qu'elle sorte une sonde ou un appareil hyper-sophistiqué dont elle aurait interprété les relevé les sourcils légèrement froncés, une intense concentration peinte sur ses traits. Au lieu de ça, elle haussa les épaules, se saisit d'une pierre et la jeta dans les entrailles de la grotte. Ils attendirent patiemment en silence. Une bonne minute passa sans qu'aucun son ne remonte pour leur indiquer que la pierre avait touché le fond.

- Oh, murmura Jack, d'où l'appellation « puits sans fond », je suppose.

Sam pinça les lèvres et acquiesça. Elle s'approcha du bord du gouffre et se pencha prudemment. Se tenant un peu en arrière, Jack jeta un œil méfiant vers son second.

- Doucement, Carter.

Elle se tourna vers lui, prête à lui répondre qu'elle maîtrisait la situation, lorsque le sol trembla de nouveau.

La secousse n'avait plus rien du léger tremblement qui les avait surpris un peu plus tôt ce matin-là. Cette fois-ci, c'était comme si la planète tout entière s'ébrouait vigoureusement pour tenter de se débarrasser du moindre élément qui l'habitait.

Et soudain, Sam ne maîtrisa plus rien : elle se sentit tomber en arrière et ne dut son salut qu'au réflexe de son supérieur qui plongea en avant et saisit in extremis sa main. Les secondes passèrent, interminables. La secousse ne semblait pas vouloir s'arrêter. Elle sentait ses doigts s'agripper à ceux du général et ses ongles entrer dans sa chair. Allongé à plat vendre au bord du gouffre, Jack retenait Sam, les deux mains agrippées autour de sa main et de son bras droit.

Puis le calme revint. Les deux militaires soupirèrent de soulagement. Sam esquissa un geste pour poser sa main libre au bord du puits alors qu'elle sentait que le général commençait à la remonter. Mais brusquement, elle sentit qu'il lâchait prise. Et alors qu'elle basculait vers les abîmes, elle le vit s'affaler sur le sol, inconscient : un morceau de roche venait de se détacher du plafond et d'assommer le général.

Alors que Sam était engloutie dans les entrailles d'Héliocore et que le corps inerte de Jack gisait sur le sol, la voix inquiète de Daniel s'éleva dans le silence de la grotte.