Me voici de retour pour le chapitre 7, après une dizaine de jours d'interruption, pause vacances oblige !

Ce chapitre n'a pas été aisé à écrire ; c'est une partie assez tourmentée, que l'on peut sans doute placer en "Angst". Et ce n'est pas ce que j'écris d'habitude... Une première, donc, qui me laisse assez incertaine concernant le résultat et le traitement de chaque personnage...

Comme toujours, je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez !

Enjoy...

~ Perdre Carter ~

A mesure que Jack reprenait conscience, une douleur lancinante se faisait sentir de plus en plus intensément à l'arrière de son crâ tenta de soulever les paupières mais la lumière agressive de ce qu'il reconnut en une fraction de secondes comme étant l'infirmerie du SG-C l'obligea à les refermer aussitôt.

Il analysa rapidement la situation : il était apparemment blessé et incapable de se souvenir de ce qui avait pu causer cette blessure ; mais il était à la base : c'était un bon point. Combien de fois s'était-il éveillé dans la même position en territoire ennemi ou dans une cellule sur une planète inconnue ?

Il laissa ses paupières papillonner quelques secondes avant d'ouvrir totalement les yeux. Il tourna la tête en direction du bureau, s'attendant à moitié à voir Janet arriver dans l'infirmerie, un sourire plaqué sur les lèvres pour lui annoncer qu'il souffrait d'un léger traumatisme et qu'il serait sur pieds dans la soirée.

Il grimaça, tant du fait de la douleur qui ne voulait pas le quitter qu'au souvenir du récent décès de Janet. Il tenta d'appeler une infirmière mais seul un grognement parvint à franchir ses lèvres. Il pressa les paumes de ses mains contre ses paupières pour tenter de rassembler ses esprits et de faire taire la douleur. Ce n'est qu'en rouvrant les yeux qu'il aperçut le bracelet de naquadah qui ornait son bras et alors, tout lui revint : Perséphopolis, l'accueil en demi-teinte de Païos, la grotte, les tremblements de terre, la chute de Carter.

Carter...

Il parcourut rapidement la pièce du regard ; tous les lits étaient vides. Il tenta de s'asseoir dans un élan de panique largement renforcé par le fait qu'il ne sentait aucune pulsation contre son poignet, mais la douleur le ramena en arrière et il retomba sur l'oreiller.

- Général, comment vous sentez-vous ? demanda une infirmière sur un ton exagérément léger.

Jack grogna pour toute réponse, passablement agacé de ne pas être capable de formuler la question qui lui brûlait les lèvres.

- Docteur Taylor, le général O'Neill est de nouveau conscient ! l'entendit-il annoncer en direction du bureau.

Il sentit plus qu'il ne vit l'infirmière quitter la pièce afin de laisser la place à un homme qu'il avait croisé une ou deux fois au cours du mois précédent : le nouveau médecin-chef du SG-C.

- Vous avez mal quelque part ? demanda-t-il en jetant un œil sur les machines auxquelles il était relié.

O'Neill prit une profonde inspiration.

- Où...

Mais de nouveau, ses cordes vocales le trahirent. Il détestait cette sensation bien trop familière : son corps refusait de réagir alors que son cerveau fonctionnait à plein régime.

- Vous êtes à l'infirmerie, mon général, répondit le médecin en se méprenant sur le sens de sa question.

Il lui tendit un verre d'eau, l'air préoccupé : si le général n'était pas parvenu à identifier le lieu dans lequel il se trouvait, il y avait fort à parier que le choc qu'il avait reçu n'était pas sans conséquences.

- Vous souffrez d'un traumatisme crânien qui vous a plongé pendant sept jours dans un léger coma, ajouta-t-il alors que l'homme allongé sur le lit balayait ses propos d'un revers de la main agacé.

- Où est Carter ? parvint-il à murmurer en reposant le gobelet.

Marvin Taylor déglutit et prit une profonde inspiration. On lui avait très clairement donné l'ordre de ne pas aborder ce sujet avec O'Neill.

- Vous avez besoin de repos, mon général.

Ce dernier semblait cependant en avoir décidé autrement.

- Où est Carter ? répéta-t-il d'une voix forte en faisant mine de vouloir s'asseoir.

Le médecin plaça deux mains fermes sur les épaules de son patient afin de le ramener en arrière. Jack le repoussa avec une force impressionnante pour quelqu'un qui sortait tout juste du coma.

- Où. Est. Carter ? Pourquoi est-ce que je ne reçois plus son signal ?

Taylor n'avait aucune idée de ce dont parlait le général. Il pressa discrètement le bouton d'appel de la sécurité.

- Mon général, je suis en droit de vous ordonner de reprendre place dans votre lit !

Mais Jack ne l'écouta pas. Pourquoi refusait-on de lui répondre ? Il entreprit d'arracher ses perfusions au moment où plusieurs airmen entraient dans l'infirmerie. Il se retrouva bientôt plaqué contre le matelas, incapable d'opposer la moindre résistance.

- Lâchez-moi ! hurla-t-il. Si Carter est toujours là-bas, je dois...

Mais il ne put terminer sa phrase : le sédatif que le médecin lui administra le fit de nouveau sombrer.

~O~O~O~

George Hammond pénétra dans le bureau qui avait été le sien pendant des années en écoutant d'une oreille désintéressée l'airman qui l'avait accompagné depuis les portes de l'ascenseur. Le jeune militaire lui lisait le détail des équipes actuellement en mission off-world, planètes de destination et but des missions inclus. Il soupira imperceptiblement en s'asseyant sur le fauteuil de cuir.

- Merci, ce sera tout, dit-il d'une voix lasse. Posez ça sur mon bureau et laissez-moi.

L'airman détourna les yeux de la liste qu'il n'avait pas fini de lire.

- C'est que..., commença-t-il.

Son supérieur le fixa, les sourcils levés, curieux d'entendre l'objection que le jeune homme pourrait lui opposer. Mais ce dernier, se souvenant qu'il s'adressait à un général, préféra finalement se mettre au garde à vous.

- Oui mon général, bien mon général.

Hammond contempla quelques instants la porte par laquelle son escorte venait de sortir, puis il décrocha le téléphone rouge.

- George ! s'exclama la voix nerveuse du président lorsque l'identité du général eut été vérifiée. Vous êtes sur place ?

- Je viens d'arriver, Monsieur le Président.

- Comment se passent les choses ?

- Les équipes SG assurent leurs missions quotidiennes normalement, Monsieur. Pour ce qui est de l'état de santé du général O'Neill, il n'y a pas d'amélioration pour le moment.

- Et qu'en est-il du colonel Carter ? Des nouvelles ?

- L'équipe du génie est arrivée mais j'ignore pour le moment le résultat des recherches, Monsieur.

- Bon sang, George, il s'agit de notre experte la plus pointue ! Il faut la retrouver !

Hammond acquiesça d'un air absent. Le fait de retrouver Samantha Carter était sa priorité, et le fait qu'elle soit spécialiste de la Porte n'avait rien à voir avec ça. Elle était avant tout l'un de ses hommes et la fille de Jacob. Il nota sur un papier de faire prévenir la Tok'ra.

- Ils ont encore six heures devant eux, laissons leur le temps.

Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne, entrecoupé par le bruit caractéristique de feuilles de papier que l'on manipule.

- Tenez-moi au courant dès que vous en saurez plus ! ordonna le président.

Hammond répondit par l'affirmative. Il y eut un déclic et le général raccrocha le téléphone. Croisant les mains sur son estomac, il fixa d'un air absent le bois du bureau. Il avait été affecté à la tête du SG-C six jours plus tôt. Provisoirement. Le président avait été clair : avec O'Neill dans le coma et Carter portée disparue, il était indispensable que la personne nommée connaisse le site et son fonctionnement. Et en toute honnêteté, George n'aurait pas voulu se trouver ailleurs en cet instant.

Il ferma les yeux en une prière silencieuse ; il savait que la vie de Jack n'était pas en danger, mais les dernières informations qu'il avait reçues concernant le colonel Carter étaient loin d'être encourageantes.

Lorsqu'il avait appris sa nomination sur son ancien poste, il avait commencé par piloter la mise en place de la mission de secours depuis Washington ; il n'était arrivé au SG-C qu'une demi-heure auparavant. Daniel et Teal'c étaient restés sur Héliocore après le rapatriement de Jack. Ils avaient été rejoints par SG-12 puis, la veille, par une équipe d'ingénieurs chargés de mettre en place un dispositif pour aller fouiller le puits.

Ils marchaient sur des œufs dans cette affaire et il avait fallu déployer tous les talents de diplomate de Daniel pour que le conseil des Sages accepte l'intrusion d'une équipe SG dans la grotte. Hammond avait fulminé : les trois jours de réflexion dont les Sages avaient eu besoin étaient trois jours de perdus pour Carter. La mission de sauvetage devait s'achever à dix-huit heures aujourd'hui. Si le colonel Carter n'était pas retrouvée d'ici là, elle serait déclarée perdue en mission. C'était le protocole et il n'y pouvait rien.

Trois coups discrets lui firent lever les yeux. Il scanna rapidement l'homme qui se tenait droit comme un piquet dans l'embrasure de la porte. Un major, la quarantaine, une blouse blanche qui indiquait sa fonction.

- Docteur Taylor, je suppose.

Taylor acquiesça et esquissa un salut militaire qu'Hammond lui intima de rompre d'un geste de la main.

- Quelles sont les nouvelles ?

Le général connaissait Taylor pour avoir conversé quotidiennement avec lui par téléphone depuis une semaine.

- Eh bien... Le général O'Neill s'est réveillé il y a quelques heures ; il était extrêmement agité.

Hammond n'était nullement étonné ; il ne s'était pas attendu à une autre réaction de la part de Jack. Pas en temps normal, et encore moins étant donné les circonstances. Il fixa un instant le médecin.

- Que lui avez-vous dit ? questionna-t-il.

- Le strict minimum, selon vos ordres : il sait qu'il vient de se réveiller d'un coma de stade deux ; il sait aussi qu'il souffre d'un traumatisme crânien qui devrait être sans conséquences mais qui demande quelques semaines d'observation et de repos.

Hammond acquiesça.

- Bien, le général O'Neill pourra sans doute nous en dire plus sur les circonstances de la disparition du colonel.

Le témoignage de Jack pouvait changer la donne concernant l'orientation des recherches : à l'heure actuelle, personne ne savait si le colonel était réellement tombée dans le puits ou s'il lui était arrivé autre chose.

Il observa le jeune médecin qui lui faisait face et qui avait l'air mal-à-l'aise ; il ne doutait pas de son aptitude à diriger les équipes médicales, mais il ne pouvait s'empêcher de regretter Janet et son professionnalisme à toute épreuve. Le docteur Fraiser avait été une alliée de taille pendant les sept années où elle avait servi le projet. Il constata amèrement que les meilleurs étaient toujours les premiers à partir, et il espérait sincèrement que Samantha Carter serait l'exception qui viendrait confirmer la règle.

- Autre chose ? demanda-t-il.

- Eh bien... Il ne cessait de demander où était le colonel Carter, mon général.

Evidemment le contraire l'eut étonné.

- Dans ce cas, allons-y, dit-il finalement en se levant de son fauteuil. Je pense que c'est à moi de le lui annoncer.

Le médecin pinça les lèvres et frotta nerveusement ses mains l'une contre l'autre.

- Docteur ? interrogea Hammond d'un air suspicieux.

- Le général O'Neill est inconscient pour le moment, mon général.

Hammond se laissa retomber dans le fauteuil, l'air passablement étonné.

- Comment ? Mais je croyais qu'il était sorti du coma !

- Je suis désolé, mon général. Comme je vous l'ai dit, il était vraiment très agité à son réveil ; j'ai dû le placer sous sédatifs pour sa propre sécurité.

Hammond poussa un soupir qui mêlait agacement et résignation.

- Dans combien de temps se réveillera-t-il ?

- Tout dépend de sa résistance physique, mon général. Mais je doute qu'il reprenne conscience avant sept ou huit heures.

Le général acquiesça et fit signe au médecin de quitter son bureau. Il se leva lui-même quelques minutes après et se dirigea vers la salle de contrôle afin de contacter la Tok'ra.

~O~O~O~

- Vous êtes sûr de vouloir le faire, Monsieur ?

Teal'c arqua un sourcil et tourna la tête vers le lieutenant Spencer.

- Absolument, répondit-il simplement.

Le lieutenant acquiesça et lui tendit le harnais de sécurité. Daniel avisa le puits et laissa son regard errer sur les murs de la grotte.

- C'est notre dernière chance de la retrouver, Teal'c.

Le Jaffa attrapa le mousqueton et le fixa sur son harnais. Il savait que Daniel Jackson n'attendait pas de réponse de sa part. Cela faisait six jours qu'ils recherchaient Samantha Carter, en vain. Fort heureusement pour eux, la population avait accepté qu'ils restent sur la planète, malgré la « trahison » du général et du colonel. Daniel et lui avaient parcouru des dizaines de kilomètres autour de la grotte à la recherche de leur amie en lançant régulièrement des appels radio, mais ils n'avaient – sans surprise – pas trouvé la moindre trace d'elle. C'était plus une façon pour eux d'avoir l'impression d'agir alors que tout ce qu'ils voulaient était obtenir la permission de descendre dans le puits.

De façon étonnante, il ne leur avait fallu que trois jours pour convaincre le conseil de les laisser fouiller la grotte des damnés. Teal'c s'était immédiatement proposé pour descendre en rappel en fixant une corde à un rocher, mais il s'était rapidement avéré que cette solution était loin d'être efficace : la corde était bien trop courte et l'équipement rudimentaire du Jaffa ne lui permettait pas de mener des recherches approfondies.

L'équipe du génie n'était pas arrivée avant le matin du cinquième jour ; il leur avait fallu pratiquement vingt-quatre heures afin de vérifier que la grotte ne présentait pas de risque d'éboulement et pour monter la grue qui devait permettre à un homme de descendre très profondément.

Tous savaient que les chances de retrouver le colonel vivante étaient minces : encore fallait-il qu'elle ait survécu à la chute, qu'elle n'ait eu à subir que des blessures bénignes et que son organisme ait réussi à pallier au manque d'eau et de nourriture. Autant de conditions qui semblaient bien peu envisageable étant donné le gouffre qui s'ouvrait sous leurs pieds.

Malgré tout, Teal'c tenait à descendre lui-même dans le puits. Ses amis avaient une devise : « On ne laisse personne derrière », devise qu'il avait lui-même adoptée depuis des années. Et s'il devait trouver la dépouille de Samantha Carter au fond de ce puits, il se faisait un devoir de la ramener afin de lui offrir une sépulture digne de ce nom.

Il lui devait ça.

La Terre et une partie de l'univers le lui devaient.

Il plaça le casque muni d'une lampe et d'une caméra sur sa tête et se laissa glisser dans le vide. Il fit un signe de tête rassurant à Daniel Jackson, qui se tenait debout, les bras croisés, devant l'écran de contrôle. Sans plus attendre, le Jaffa appuya sur le bouton de la télécommande et le câble commença à se dérouler lentement.

De son côté, Daniel fixait l'image transmise par la caméra embarquée. En bas à droite de l'écran s'affichait la profondeur atteinte par Teal'c.

- Vous êtes à cinquante mètres Teal'c vous ne voyez rien ? Pas de promontoire rocheux, quelque chose qui aurait pu ralentir sa chute ?

- Les parois sont lisses, Daniel Jackson. Ce puits n'a pas l'air d'être naturel.

Daniel acquiesça ; c'était la réflexion qu'il s'était faite en regardant les images. Le Jaffa continua à descendre.

Cent mètres.

Deux-cents.

Deux-cent-cinquante.

Les chances de retrouver le colonel Carter en vie étaient désormais minimes, mais Teal'c continua sa descente : tant que le câble lui permettrait de poursuivre son exploration, il ne s'arrêterait pas. A la surface, Daniel avait cessé tout contact radio. L'archéologue était certainement arrivé à la même conclusion que lui.

Finalement, après de longues minutes d'une descente monotone dans les entrailles d'Héliocore, la voix du docteur en archéologie résonna dans le puits, emplie d'une tristesse qu'il ne pouvait dissimuler.

- C'est fini, Teal'c. Vous êtes pratiquement à un kilomètre sous la surface ; le câble va bientôt atteindre sa limite.

Comme pour ponctuer les paroles de l'archéologue, un bruit sec se fit entendre et le Jaffa s'immobilisa. Il lança un regard peiné plus bas, dans l'obscurité enveloppante du gouffre, et il autorisa une larme à rejoindre les ténèbres.

- Adieu, Samantha Carter, dit-il solennellement. Ce fut un honneur.

~O~O~O~

En entrant dans l'infirmerie, éreinté par les longues heures de marche et usé psychologiquement par le débriefing qui venait de concrétiser la mort de Sam, Daniel posa les yeux sur Jack. Il frissonna ; le visage de son ami était bien trop impassible. Ce n'était pas naturel, pas plus que cette impression d'avoir laissé Sam derrière.

Comment allait-il le lui annoncer?

Il sentit une large main envelopper son épaule et il offrit un faible sourire à Teal'c. Le Jaffa aussi, semblait être exténué.

Perdre Sam était l'une des choses les plus difficiles que Daniel avait vécues. Après ses parents, après Sha're, après Janet. C'était trop ; il refusait de vivre ça à nouveau. Mais lui laissait-on seulement le choix ? Depuis leur retour, et donc depuis que le général Hammond avait ordonné l'arrêt définitif des recherches – à contre-cœur, il en était certain - il avait cette sensation désormais familière de vide en lui. Il savait que c'était passager, que ça irait sans doute mieux avec le temps, mais pourtant, le vide était bien là.

Jack bougea dans son lit ; il grimaça en portant une main à son front. Il la posa sur le bandage qui entourait son crâne et laissa ses doigts le parcourir.

- Jack ? tenta Daniel.

La voix de Daniel, pensa le général. Bien. Daniel l'écouterait et l'aiderait sans doute à aller chercher Carter.

Il ouvrit les yeux et sa vision s'ajusta immédiatement sur la silhouette de l'archéologue. Il vit également Teal'c et fronça légèrement les sourcils en constatant que le Jaffa avait l'air abattu.

- Prévenez le général Hammond, dit Daniel d'une voix étonnamment autoritaire à un membre du personnel de l'infirmerie.

- Où est Carter ? demanda Jack.

Ce qu'il vit ne lui plut pas du tout : le visage de Daniel se referma et il baissa la tête. Jack sentit de nouveau une vague de panique l'envahir.

- Daniel, où est-elle ?

L'archéologue soupira profondément et passa une main sur son front.

- Jack, vous souvenez-vous de l'endroit où se trouvait Sam au moment du deuxième séisme ?

Il y avait peut-être encore un espoir ? Le général fronça les sourcils.

- Le puits, murmura-t-il. Elle a perdu l'équilibre lorsque la terre a tremblé la première fois et elle est tombée en arrière. Je l'ai rattrapée in extremis. Et puis il y a eu la deuxième secousse et... c'est le noir total.

Daniel acquiesça et enfouit les mains dans ses poches. Non, il n'y avait plus d'espoir.

- Daniel ? questionna Jack en se redressant dans le lit.

On ne lui disait pas tout.

- Teal'c ? tenta-t-il devant le mutisme de l'archéologue.

- Je suis désolé, O'Neill, répondit le Jaffa de sa voix profonde. Il semblerait que le colonel Carter soit tombée dans le puits et y ait péri.

Si Jack n'avait pas aussi bien connu Teal'c, il aurait sans doute pu être choqué par ses paroles. Mais il savait que derrière ces mots criants de vérité se cachait une profonde douleur.

- Non, dit-il d'une voix faible en arrachant de nouveau ses perfusions.

- Jack, tenta Daniel qui avait désormais beaucoup de difficultés à contenir ses émotions.

- Non ! répéta-t-il avec hargne. Elle avait une prise solide au bord du puits ; elle pouvait se hisser ! Elle n'est pas tombée !

Teal'c s'interposa entre O'Neill et la porte.

- Laissez-moi passer, Teal'c, je dois retourner sur Héliocore.

Le Jaffa toisa Jack.

- C'est impossible, O'Neill.

Le général haussa les sourcils.

- Païos a convaincu le conseil de vous bannir, Jack, précisa Daniel. Vous avez enfreint une règle en pénétrant dans la grotte. Il prétend que vous avez mis la déesse en colère, ce qui a causé les tremblements de terre.

Jack passa une main sur son visage et fit mine de contourner Teal'c.

- Banni ou pas, j'y retourne, décida-t-il. Il est hors de question de laisser Carter sur cette maudite planète !

Le général Hammond entra à ce moment précis.

- Vous n'avez pas le choix, Jack.

O'Neill ouvrit la bouche et regarda tour à tour les trois hommes.

- Alors c'est ça ? On laisse tomber Carter sans plus de recherche ?

C'est alors que Daniel, Teal'c et le général Hammond réalisèrent que Jack ignorait tout de la mission de secours qui avait été mise en place.

Le général demanda à son ancien second de s'asseoir, puis il laissa la parole à Teal'c et à Daniel. Les deux hommes racontèrent par le menu la semaine qu'ils avaient passée sur Héliocore. Leurs recherches sur des dizaines de kilomètres autour de la grotte ; la descente dans le puits, de plus en plus profondément, même lorsqu'ils savaient pertinemment que Sam n'aurait jamais pu survivre à une telle chute ; les appels lancés aux populations des autres villages.

Tout ça pour rien.

Il fallait se faire une raison : Samantha Carter les avait quittés.

A la fin de leur récit, les mâchoires de Jack étaient plus serrées que jamais.

- Je suis désolé, Jack, dit finalement Hammond d'une voix sourde. J'ai reçu des ordres suite au retour de l'équipe de secours : le colonel Carter est officiellement considérée comme disparue en mission. La cérémonie d'adieux aura lieu sous quarante-huit heures.

Les paroles d'Hammond furent suivies d'un lourd silence.

- J'ai prévenu la Tok'ra, ajouta-t-il finalement. J'ignore encore si Jacob pourra être présent.

Puis il quitta la pièce, visiblement ému. Le regard de Jack fixa le couloir désormais désert que George venait d'emprunter, le visage blême.

Je préférerais mourir plutôt que de perdre Carter.

C'était ses paroles. Il les avait prononcées presque quatre ans auparavant mais elles étaient toujours vraies : il était prêt à donner sa vie si ça pouvait épargner celle de Carter. Et pourtant, elle était morte.

Il venait de perdre Carter.

Et lui était en vie.

Ce qui n'avait été jusque là qu'une possibilité qu'il se refusait à vraiment considérer était devenu en l'espace de quelques heures une réalité qui l'avait frappé de plein fouet. Et il ne savait pas comment surmonter cette épreuve.

Il avait perdu un certain nombre de personnes dans sa vie. A commencer par son fils ; aucune douleur ne pourrait jamais égaler celle-ci. Du moins le pensait-il. La douleur qu'il ressentait à présent était difficilement quantifiable : il venait de perdre à la fois son second, son amie et la femme qu'il aimait. C'était beaucoup trop d'un seul coup.

- D'accord, murmura-t-il au bout de plusieurs minutes. J'abandonne la partie.

Sur ces mots, il quitta l'infirmerie, suivi de près par Daniel et Teal'c. Le docteur Taylor tenta de protester mais un coup d'œil mauvais du Jaffa l'en dissuada. Il rejoignit ses coéquipiers dans l'ascenseur.

- Vous ne pouvez pas faire ça, dit Daniel d'une voix calme.

- Vous voulez parier ? renchérit Jack qui avait totalement oublié la douleur pourtant bien présente à l'arrière de son crâne.

L'archéologue ferma les yeux alors que Teal'c appuyait sur le bouton de l'étage des quartiers des officiers.

- Vous allez le regretter, Jack. Un jour, la douleur s'estompera et vous regretterez d'avoir tout laissé tomber.

Jack baissa la tête. La douleur ne s'estomperait jamais, il le savait. La douleur pour Charlie était encore incroyablement vive ; plus supportable que par le passé, mais toujours vive.

- Vous ne pouvez pas comprendre, répondit O'Neill d'un air presque dédaigneux.

- Bien sûr que je comprends, Jack ! s'offusqua Daniel.

- Non, Daniel, vous ne comprenez pas !

- Sam était mon amie ! reprit Daniel en lui faisant face.

- Carter était la femme que...

Le général s'interrompit et passa nerveusement une main dans ses cheveux en se détournant. L'archéologue et le Jaffa ne firent aucune remarque. Ils avaient tous deux subi une perte similaire à celle d'O'Neill ; ils ne comprenaient que trop bien la colère dévastatrice qui l'habitait.

- Oh, pour l'amour du ciel, souffla-t-il en posant ses deux mains à plat sur la paroi de l'ascenseur.

Pourquoi fallait-il que ce soit aussi difficile ? Il ne voulait pas se disputer avec Daniel ; pas aujourd'hui ; pas maintenant que leur équipe se trouvait amputée d'un de ses membres. Et pourtant, toute cette colère en lui avait besoin de sortir, et en cet instant, il ne savait pas sur qui d'autre la diriger.

- Je ne pense pas que le colonel Carter aurait approuvé cette querelle.

La voix de Teal'c s'éleva dans l'espace exigu. Jack tourna la tête vers lui et fut frappé par l'expressivité du visage habituellement si impassible du Jaffa. C'est alors qu'il réalisa qu'il n'avait pas à faire subir ça à Daniel. Il avait été touché au plus profond de son être par la disparition de Carter et il en avait oublié que ses amis avaient eux aussi perdu aujourd'hui une femme qu'ils aimaient profondément.

- Désolé, murmura-t-il.

Un vague hochement de tête de la part de l'archéologue lui fit comprendre que c'était oublié. Les portes s'ouvrirent et Jack sortit. Il se retourna vers ses amis, leur indiquant d'un geste de la main qu'il voulait être seul.

- Ça ne change rien, reprit-il avant de leur tourner le dos. Je jette l'éponge.