Un grand merci pour vos - nombreux - commentaires, qui donnent vraiment envie de continuer !
J'ai légèrement augmenté le rating, par rapport à un passage de la fic qui me semble être délicat pour du k+ (des idées noires pas forcément adaptées à un jeune public). Rien de trop sombre cependant.
Enjoy !
~ Solitude ~
Sa chute ne dura pas très longtemps : vingt secondes, peut-être trente. Elle n'avait pas compté ; ce n'est pas exactement ce que l'on attend de vous dans ces moments-là. Non pas qu'il y ait vraiment un protocole en cas de chute dans un puits sans fond, bien entendu, mais la majorité des personnes ayant vécu une expérience de mort imminente sont unanimes : elles ont vu leur vie défiler devant leurs yeux.
Ce n'était pas son cas.
Lorsque la main du général avait lâché son avant-bras et qu'elle s'était sentie basculer en arrière, Sam n'avait pas non plus immédiatement pensé à la mort violente qui l'attendait inévitablement au fond de ce puits – si toutefois son cœur ne s'arrêtait pas pendant l'interminable chute. Cette idée était en fait arrivée en dernière position.
Tout ce vers quoi son esprit était parvenu à tendre en premier lieu était l'irrationalité de la situation qu'elle était en train de vivre. C'était tout bonnement incohérent. Bien entendu, le fait qu'elle puisse tomber dans ce puits était possible.
Peu probable, mais possible.
En revanche, la cause de sa chute relevait, elle, de l'impossible. Héliocore n'était pas une planète soumise à la tectonique des plaques. Elle n'était pas une experte, mais d'après ce qu'elle avait lu dans le rapport préparatoire à la mission de SG-12, il n'y avait pas de dérive des continents et la planète ne comptait aucun volcan. Pas de risque sismique, donc. Elle allait par conséquent mourir à cause d'un séisme qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Et ça la troublait, parce que la majorité de sa vie avait été guidée par une rationalité sans faille ; elle refusait que sa mort relève de l'irrationnel.
Ce n'est qu'après avoir considéré avec un intérêt teinté d'ironie ce fait que son esprit se focalisa sur le deuxième point : le général avait été blessé – à la tête, d'après ce qu'elle avait vu. Elle essaya de ne pas paniquer, de ne pas penser que c'était peut-être grave, et c'est alors qu'elle prit pleinement conscience de la situation qu'elle était en train de vivre : elle allait mourir.
Puis, à la vingtième – ou à la trentième – seconde de sa chute, comme pour ajouter un peu plus à l'irrationnel de la situation, un flash de lumière bleue l'enveloppa et l'instant d'après, elle se matérialisa dans une grotte similaire à celle qu'elle avait brutalement quittée, à ceci près que le sol ne s'ouvrait pas sur un gouffre.
Son premier réflexe fut de tomber sur les genoux, comme pour ne pas laisser un goût d'inachevé au plongeon qu'elle avait commencé. Son second réflexe fut de porter la main à sa radio afin de contacter ses coéquipiers.
- Mon général, vous me recevez ?
Elle attendit de longues secondes ; aucune réponse ne vint. Elle se concentra sur son bracelet et ne tarda pas à sentir le battement régulier qui lui indiquait la présence d'O'Neill. C'était positif : non seulement il était vivant – et elle tenta de se convaincre que la faiblesse des pulsations était due à la distance qui les séparait et non à l'état de santé du général – mais cela signifiait surtout que lui aussi pouvait sentir sa présence et donc, être rassuré sur son sort.
Elle appuya de nouveau sur le bouton de la radio.
- Daniel, Teal'c ? tenta-t-elle.
Pas plus de succès de ce côté-là. Elle analysa rapidement la situation : en tombant dans le gouffre, elle avait déclenché d'une façon ou d'une autre un dispositif quelconque qui l'avait téléportée dans cet endroit – quel qu'il fut -, qui bloquait les ondes radio mais autorisait le passage de celles émises par la bandelette de naquadah.
Autant dire qu'elle ne savait pas grand chose.
Elle se leva en percevant de la lumière à une dizaine de mètres d'elle et se trouva bientôt face à un rideau de branches qui camouflait l'entrée de la grotte. Elle s'accroupit, la main posée sur son P-90, et écarta doucement la végétation. Rien ne semblait indiquer la présence d'ennemis, mais elle préférait jouer la carte de la prudence : cette planète avait démontré qu'elle cachait un certain nombre de surprises, pas toujours agréables.
La vue était dégagée ; elle prit le temps d'observer les alentours. La grotte dans laquelle elle se trouvait surplombait ce qui ressemblait à une vallée couverte d'herbe, où poussaient des arbres moins hauts que ceux qui constituaient la forêt présente à proximité de Perséphopolis. Le paysage s'étendait à perte de vue ; ça et là, elle distinguait des tâches brunes ou jaunes, qu'elle supposa être des champs, ainsi que des filets bleutés qui devaient être des rivières. Bien, elle ne mourrait pas de soif, au moins. Elle se demanda si elle se trouvait à Démètriakapolis, la cité de l'Ouest dont Portegas avait parlé, mais elle ne vit pas de trace d'une quelconque ville.
Elle écarta un peu plus les branches pour élargir son champs de vision. Le seul élément bâti qu'elle apercevait se trouvait à l'Est de sa position et ressemblait fortement à un temple. Elle décida que ce serait le premier endroit où elle se rendrait ; peut-être y trouverait-elle quelqu'un pour lui indiquer où elle était et comment rejoindre Perséphopolis ?
Elle se redressa et émergea de la grotte. Immédiatement, la luminosité l'agressa ; elle entreprit de chausser ses lunettes en jetant un coup d'œil vers le ciel. Elle arrêta brusquement son mouvement lorsque ses yeux se posèrent sur la voûte céleste. Ou plutôt, sur ce qui tenait lieu de voûte céleste. Au lieu du ciel, son regard rencontra une paroi de pierre. Bleue, certes, mais en pierre. Elle tourna vivement la tête à gauche et à droite et la conclusion lui parut évidente : elle se trouvait dans une immense caverne. Une caverne lumineuse et chauffée, d'après ce qu'elle pouvait constater.
Elle se mit en route, parcourant un chemin taillé dans la roche et abrité par un rideau d'arbres qui lui laissait la possibilité de se cacher au moindre bruit suspect. Le temple n'était pas très éloigné : deux ou trois kilomètres à vol d'oiseau. Elle croisa de nombreux vergers ainsi que des champs de céréales et de légumes ; elle s'étonna de ne rencontrer personne et de ne voir effectivement aucune ferme à proximité : comment ces cultures pouvaient-elles être aussi bien entretenues s'il n'y avait personne pour en prendre soin ?
Elle atteignit le bâtiment – un temple immense - et s'arrêta aux pieds d'une statue qui représentait sans doute Perséphone.
- Au moins, j'aurais trouvé le ZPM, murmura-t-elle.
Le générateur était en effet enfoncé dans l'une des façades du socle sur lequel reposait la déesse. L'iris jaune-orangée qui en constituait la base brillait légèrement. Pour tout œil novice, ce cercle coloré aurait pu passer pour une simple décoration. Mais Sam était loin d'être novice sur ce sujet.
La statue de marbre avait les bras tendus vers le ciel ; de ses mains aux paumes ouvertes s'élevait un rayon bleu très pâle qui atteignait le plafond de la caverne pour se répandre dans toute la salle. Ça expliquait la couleur de la roche. Et la luminosité. Et la chaleur, certainement, présuma-t-elle.
Autant ne pas essayer de déloger le ZPM de son réceptacle pour le moment.
Elle était immobile depuis quelques minutes maintenant lorsque son esprit se focalisa sur le signal du général, qui commençait doucement mais sûrement à faiblir contre son poignet ; un frisson la parcourut et elle ferma les yeux, s'obligeant à rester positive : le signal décroissait régulièrement parce que Teal'c et Daniel avaient trouvé Jack et le ramenaient sur Terre. Ou mieux : le général était sorti de son état d'inconscience et il était reparti vers Perséphopolis pour aller chercher de l'aide.
Elle secoua la tête et prit une profonde inspiration, intimant l'ordre à son esprit de ne plus se focaliser sur le bracelet de naquadah pour le moment.
~O~O~O~
Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque Jack O'Neill commença doucement à sortir du profond sommeil dans lequel les cinq bières qu'il avait bues la veille l'avaient plongé. Non pas que cinq bières aient été suffisantes pour ça, mais il avait découvert que quelques canettes associées à une légère dose de somnifères faisaient des miracles.
Daniel s'était inquiété quand il était venu la veille et qu'il avait vu les bouteilles vides côtoyer la boîte de gélules.
- Jack, avait-il dit de son ton professoral.
L'intéressé avait levé les sourcils, feignant l'ignorance.
- Vous êtes conscient que le fait de mélanger des somnifères avec de l'alcool n'est pas très recommandé... C'est plutôt tout le contraire, à vrai dire...
Jack lui avait assuré qu'il ne prenait pas les deux en même temps. Daniel l'avait fixé pendant de longues secondes, les sourcils haussés, jusqu'à ce que le général perde patience et le renvoie à la base en lui demandant de se mêler de ses affaires.
Ça ne le regardait pas : il faisait bien ce qu'il voulait, après tout.
Il était conscient du risque. Conscient mais pas plus préoccupé que ça : ce n'était pas comme s'il avait encore quelque chose à perdre. Non pas qu'il n'avait plus envie de vivre. Ou peut-être... Il n'était pas encore très au clair là-dessus. Et puis, ce n'était pas non plus comme s'il comptait en faire une habitude. Trois jours de ce traitement n'étaient pas une habitude ; c'était plutôt une cure, si vous vouliez son avis. Les somnifères que le doc' lui avait donnés étaient efficaces : ils le faisaient dormir. Bien. C'est ce qu'on attendait des somnifères. La bière était là pour empêcher les cauchemars.
Vous ne cauchemardez pas quand vous êtes dans un état semi-comateux.
Mouais. Sa potion magique avait des limites apparemment, étant donné qu'il avait été réveillé ce matin-là par une illusion qui s'était traduite par une sensation qu'il n'avait pas expérimentée depuis trois semaines. Une sensation localisée, là, contre l'intérieur de son poignet. Une pulsation très faible mais pourtant incroyablement présente. Ça s'était arrêté rapidement ; dès qu'il avait retrouvé ses esprits, en fait. Depuis, appuyé sur son coude, il regardait son bracelet d'un air hébété dans l'espoir que la pulsation se fasse de nouveau sentir, pour lui prouver que ce n'était pas qu'une illusion. Peine perdue.
Il poussa un profond soupir et se passa une main sur le visage avant de sortir de son lit.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis qu'il avait lâché la main de Carter.
Deux semaines depuis sa sortie du coma.
Treize jours depuis la cérémonie d'adieux.
Dix depuis qu'Hammond avait officiellement refusé sa démission, lui donnant à la place un mois de congés – pour prendre une décision à tête reposée, fiston.
Et trois jours, donc, depuis son retour chez lui à l'issue des deux semaines d'observation passées à l'infirmerie.
Il rejoignit la cuisine et prépara un café corsé. Ses pensées se focalisèrent sur la cérémonie d'adieux. Jacob avait été là. Ils n'avaient pas beaucoup parlé. Jack soupçonnait Selmac d'avoir pris la place de son hôte pendant toute la cérémonie. Il comprenait ; il avait même envié Jacob. Oui, pour la première fois de sa vie, Jack avait envié le fait d'avoir un serpent dans la tête. Un parasite capable de prendre le contrôle de votre être pour vous permettre de garder un semblant de dignité alors que vous avez juste envie de vous effondrer.
C'était l'effet que lui avait fait la mort de Carter. Il avait juste voulu s'effondrer. Pas de combat, pas d'acte héroïque. Juste s'effondrer, dans l'espoir que tout s'arrête.
Et il savait par expérience que Jacob devait ressentir la même chose. En pire, peut-être. Alors si Selmac n'avait pas été aux commandes ce jour-là, il ne voyait pas comment l'ex-général aurait été capable de serrer autant de mains et de se tenir aussi droit pendant la cérémonie.
La sonnerie du téléphone le tira de ses pensées. Il grogna en finissant de remplir son mug et rejoignit le salon. Il décrocha en voyant l'identité de l'appelant.
- O'Neill.
- Jack, bonjour ! répondit la voix enjouée de Daniel. Je... j'appelais pour voir si... tout allait bien.
- Je suis toujours vivant, si c'est ce que vous voulez savoir, dit-il d'un ton sarcastique.
Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne et Jack ferma les yeux, maudissant ses réflexes agressifs. Connaissant son passif en matière de gestion de la mort d'un être proche, Daniel avait le droit de s'inquiéter.
- Je vais bien, Daniel, reprit-il plus honnêtement.
- Bien, tant mieux.
Jack entendit la voix d'un homme en arrière-plan.
- Ecoutez, Jack, je dois y aller, les négociations vont bientôt commencer. J'appelais juste pour prendre...
- Quelles négociations ? coupa Jack lorsque son cerveau encore ralenti par l'excès d'alcool eut capté l'information.
Il entendit l'archéologue soupirer.
- Les négociations avec Héliocore. Une délégation est arrivée ce matin.
Jack se leva du canapé en se passant une main dans les cheveux.
- Vous vous fichez de moi ? Les accords ont été maintenus ? Alors qu'ils nous ont menti tout du long et qu'ils nous ont banni de la cité ?
- Jack...
- Je ne peux pas croire que vous cautionniez ça, Daniel ! Vous y étiez comme moi !
- Je n'ai jamais dit que je cautionnais.
La réplique de l'archéologue eut pour effet de le calmer instantanément.
- Le général Hammond est aussi méfiant que nous, poursuivit Daniel. Mais les bracelets d'oïkogeneia que nous avons mentionnés dans nos rapports ont attiré l'attention dans les hautes sphères et il a reçu des ordres. J'interviens cependant dans le processus de négociations en tant qu'observateur.
- Ça nous fait une belle jambe, murmura Jack.
- Ecoutez, je dois vraiment vous laisser. Je vous tiens au courant, d'accord ?
Le général acquiesça et raccrocha, se dirigeant vers les escaliers qui menaient à sa chambre. C'était l'aspect du métier qu'il détestait : des hommes et des femmes risquaient leur vie ou mourraient sur le terrain, mais les bureaucrates de Washington ne voyaient pas ça. Ils n'avaient d'yeux que pour la technologie que la conclusion d'accords avec des peuples douteux pouvait rapporter.
Carter était morte, pour l'amour du ciel ! Et malgré ça, une délégation des personnes dont les mensonges avaient provoqué sa mort avait tranquillement passé la porte le matin-même.
Il s'immobilisa sur la dernière marche. Il y avait donc eu un vortex ouvert depuis Héliocore ce matin. Il sentit son rythme cardiaque s'accélérer à la perspective que peut-être... et si... se pouvait-il que … ?
Il dévala les escaliers et saisit son téléphone ; il composa le numéro de Daniel mais tomba sur sa messagerie. Il ne prit pas la peine d'essayer de contacter Hammond ou Teal'c : à la place, il s'habilla en quatrième vitesse et partit moins de cinq minutes plus tard en direction de Cheyenne Mountain.
~O~O~O~
Au début de son exil, ses journées avaient été rythmées par les battements qu'elle sentait épisodiquement contre son poignet. Des battements qui lui donnaient de l'espoir : il y avait quelqu'un, dehors, qui la cherchait.
Le premier jour, dans la soirée, la sensation avait disparu après avoir continuellement diminué. Elle avait craint le pire, mais avait été partiellement rassurée dès le lendemain en sentant de nouveau une faible pulsation. Elle en avait déduit que le général avait été ramené sur terre et qu'elle pouvait sentir son signal parce qu'un vortex avait été ouvert, sans doute pour permettre le passage d'une équipe de secours.
Les cinq jours qui suivirent, elle sut que le rapport quotidien au SG-C se faisait à 17h00 précises, parce que c'était l'heure à laquelle les pulsations réapparaissaient - pour disparaître une dizaine de minutes plus tard. Elle sut aussi qu'O'Neill devait être mal en point puisqu'il ne faisait manifestement pas partie de l'équipe qui se trouvait sur la planète. Et elle avait en elle cette certitude qu'il aurait été là s'il en avait été physiquement capable, simplement parce que c'est ce qu'elle aurait fait si la situation avait été inversée.
Mais depuis le début de la deuxième semaine, le bracelet était devenu totalement muet. Elle savait qu'il n'y avait que deux explications possibles : soit les recherches avaient été abandonnées, soit...
Elle refusait de penser à la seconde solution.
Sam vivait dans la caverne depuis maintenant trois semaines. Elle avait eu le temps de l'explorer – il lui avait fallu pratiquement quarante-huit heures pour en faire le tour complet - et elle l'avait même cartographiée. Elle n'avait repéré aucune sortie : ce monde souterrain était délimité par une paroi de pierre contre laquelle poussaient diverses plantes. Elle en avait conclu que le ZPM devait aussi servir à fournir l'oxygène nécessaire à toute cette vie.
Elle avait établi son campement dans le temple. Le bâtiment l'avait surprise la première fois qu'elle y était entrée : il s'agissait davantage d'une auberge aux dimensions disproportionnées qui abritait une salle pleine de tables et de bancs, des cuisines et des centaines de chambres.
Elle avait rapidement élaboré une théorie sur ce que pouvait être ce lieu, mais elle ne s'expliquait pas pourquoi la caverne n'offrait aucune sortie. Elle était retournée à son point de départ au début de la deuxième semaine, mais elle n'avait trouvé aucun dispositif permettant de réactiver le rayon qui l'avait téléportée ici.
Il ne lui restait donc plus qu'à attendre. Pas d'autre choix. Pas pour le moment en tous cas.
Dans quelques semaines, lorsque la solitude se ferait trop sentir, elle désactiverait le ZPM et elle s'en servirait pour fabriquer des engins explosifs de façon à essayer de créer une brèche dans la paroi de la caverne. Elle avait déjà les plans dans sa tête et avait regroupé quelques objets trouvés dans le temple, qui lui seraient utiles le moment venu. Elle savait qu'une fois le ZPM désactivé, la température chuterait drastiquement et l'oxygène se ferait de plus en plus rare; elle avait fait des calculs : elle ne survivrait pas plus de quatre jours. Il fallait donc garder cette solution en dernier recours, lorsque tout espoir l'aurait quittée. En attendant, elle devait continuer à vivre le plus normalement possible.
Elle était en train de préparer un poisson pour le faire sécher quand elle sentit la faible pulsation contre son poignet ; elle n'avait pas vraiment besoin de faire des réserves étant donné l'abondance de nourriture, mais il fallait qu'elle se tienne occupée pour ne pas sombrer dans une douce folie.
Son esprit oisif se focalisa immédiatement sur le signal qui provenait du bracelet. Elle sourit sans vraiment s'en rendre compte : Jack était vivant et un vortex avait été ouvert. Son sourire s'effaça lorsqu'elle perdit le signal deux minutes à peine après son apparition. Est-ce qu'une équipe venait de débarquer pour venir la chercher ? Est-ce qu'ils savaient où elle se trouvait ?
Elle détestait le fait d'ignorer ce qui se passait. De rage, elle balaya la table sur laquelle elle travaillait d'un revers de la main et elle étouffa un sanglot.
- Bonjour, Samantha.
Elle se figea alors qu'une sueur froide parcourait son corps. Elle déglutit difficilement et se tourna vers la voix qui avait résonné dans la grande salle, se maudissant d'avoir laissé ses armes dans la chambre qu'elle s'était attribuée. Ses yeux se posèrent sur une femme d'une quarantaine d'années aux cheveux bruns relevés en un chignon élaboré, qui portait une robe verte aux plis compliqués.
- Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous mon nom ?
La femme sourit légèrement ; elle n'avait pas l'air menaçante. Ses grands yeux marrons se plissèrent légèrement.
- Je pense que vous le savez.
Sam observa la femme plus en détails. Pas d'arme apparente – quoique les replis de sa robes offraient la possibilité de dissimuler une dague -, pas de symbiote, non plus.
- Perséphone ? hasarda-t-elle.
Le sourire de son interlocutrice s'élargit et elle inclina légèrement la tête.
~O~O~O~
Lorsque Jack arriva en salle de briefing, il ne put réprimer un frisson de colère en constatant que la délégation se composait de Païos et des deux prêtresses aux noms imprononçables.
- Dites-moi que je rêve ! C'est eux, la délégation ?
- Général O'Neill ! s'exclama Hammond d'un ton à la fois peu amène et surpris en se tournant vers le nouvel arrivant.
Autour de la table, Païos, Anataxie et Génnaïodora échangèrent des regards indéchiffrables. Deux hommes, que Jack reconnut comme étant des membres de l'ambassade, haussèrent les sourcils.
- Que faites-vous ici ? poursuivit George.
O'Neill fixait maintenant Païos, une lueur mauvaise dans le regard.
- Carter est vivante, répondit-il sans détourner les yeux. Et je parie que ces trois-là savent parfaitement où elle est.
Le visage de Païos se décomposa un court un instant, mais il regagna rapidement sa prestance habituelle.
- Général O'Neill, dit-il aussi calmement que la situation le lui permettait. Nous sommes désolés de la perte que vous avez subie, mais votre amie nous a quittés. Il n'y a malheureusement aucune chance de la retrouver vivante.
- Dans ce cas, expliquez-moi pourquoi j'ai senti son signal ce matin, à l'heure où vous franchissiez la porte, répondit Jack les yeux toujours ancrés à ceux du vieil homme.
Les têtes d'Hammond, de Daniel et des deux membres de l'ambassade se tournèrent simultanément vers les trois Perséphopoliens.
- Général O'Neill, répondit Anataxie, votre amie est tombée dans le puits sans fonds. Jamais elle n'aurait pu survivre à une telle chute, vous le savez.
- Et pourtant, votre bracelet magique s'est réveillé !
Les habitants de Perséphopolis se regardèrent un instant ; Anataxie reprit la parole.
- Peut-être l'avez-vous imaginé, général ?
Jack haussa les sourcils.
- C'est déjà arrivé, poursuivit-elle. Parfois, une personne refuse la mort d'un de ses proches et pense sentir son signal. Nous ferons venir Gaïa dans les plus brefs délais pour qu'elle retire le dispositif. Si le général Hammond nous donne son accord, bien entendu.
Hammond acquiesça brièvement alors que Jack fulminait ; n'y tenant plus, il s'approcha de Païos et l'empoigna au niveau du col.
- Où est Carter ? dit-il d'un ton menaçant.
- Jack ! intervint Hammond d'une voix forte. Lâchez immédiatement cet homme ou je vous fais mettre en cellule!
O'Neill réaffirma son emprise sur le tissu du manteau du sage, puis il le lâcha en le poussant violemment contre le dossier du fauteuil.
- Maintenant général, rentrez chez vous. Et ne remettez plus les pieds dans cette base avant la fin de votre congé. C'est un ordre !
Jack jeta un dernier coup d'œil à Païos et aux deux prêtresses, puis il sortit de la pièce en fermant la porte avec humeur.
Daniel le rejoignit au niveau de l'ascenseur.
- Vous avez quitté la petite sauterie, Danny Boy ?
Le ton était acerbe.
- Les négociations ont été momentanément interrompues, répondit l'archéologue en entrant dans l'appareil.
Jack enfonça ses mains dans les poches de son pantalon alors que Daniel appuyait sur le bouton qui devait les ramener à la surface.
- Jack, reprit-il calmement. Il faut passer à autre chose.
Seul le silence lui répondit.
- Elle est tombée dans le puits. Un puits dans lequel Teal'c est descendu à plus d'un kilomètre sans en atteindre le fond ! poursuivit l'archéologue.
Les mâchoires de Jack étaient serrées.
- Eh bien elle a dû trouver un moyen de s'en sortir.
Daniel se frotta les yeux, désespéré par la soudaine obstination de son ami.
- C'est impossible, Jack, et vous le savez.
Les portes s'ouvrirent et les deux hommes sortirent de l'ascenseur.
- Je sais ce que j'ai senti, Daniel. S'il y a une seule chance pour que Carter soit encore vivante, il est hors de question que je laisse tomber !
L'archéologue songea à l'ironie de la situation en voyant son ami s'éloigner ; deux semaines auparavant, son discours avait été radicalement opposé. Et ce n'était pas sans l'inquiéter : si Jack s'accrochait vraiment à l'idée que Sam était en vie, les conséquences quand il réaliserait que ça n'était pas le cas pouvaient être désastreuses. Il entra de nouveau dans l'ascenseur en soupirant et il rejoignit la salle de briefing.
La journée passa rapidement, les négociations reprenant leur cours normal. Les habitants d'Héliocore acceptaient d'échanger la technologie des bracelets d'oïkogeneia contre des connaissances en médecine. L'accord serait signé dès le lendemain, Daniel en était sûr.
Il avait quitté la salle quelques minutes plus tôt, après que Païos, Anataxie et Génnaïodora aient demandé à Hammond s'ils pouvaient transmettre un message à Kallas et Andres, qui attendaient de l'autre côté de la porte. Les Perséphopoliens se disaient inquiets pour la santé du général O'Neill et souhaitaient faire quérir Gaïa au plus vite. Hammond avait accepté et les avait accompagnés en salle des commandes.
Sur le chemin vers son laboratoire, Daniel décrocha son téléphone dès la première sonnerie.
- Jack ? dit-il avant même que son ami n'ait eu le temps de s'identifier. Quelque chose ne va pas ?
C'était sa seule crainte, ces derniers temps.
- C'est vous qui allez me le dire, Daniel, répondit le général.
L'archéologue plissa les yeux.
- Je ne comprends pas.
- C'est très simple : dites-moi que la porte n'a pas été ouverte en direction d'Héliocore ces cinq dernières minutes et j'accepte que l'on m'enlève le bracelet.
Daniel s'arrêta au milieu du couloir, le souffle court : la probabilité pour que Jack ait de nouveau imaginé le signal au moment même où un vortex était ouvert entre la Terre et Héliocore était minime.
Il n'y avait donc qu'une seule explication possible : Sam était bel et bien vivante.
