Merci à tous pour vos commentaires ! Désolée pour le délai de publication : la rentrée a été plutôt chargée et je voulais peaufiner ce chapitre décisif !

Une précision avant de commencer, parce que je ne suis pas sûre que ce soit clair pour tout le monde : la ligne temporelle entre ce qui se passe au SG-C et ce que vit Sam est légèrement décalée au début de ce chapitre. Le signal que perçoit Sam dans ce chapitre 9 est le même que celui que Jack a perçu à la fin du chapitre 8.

Enjoy...

~ Confrontations~

Ainsi, Perséphone existait bel et bien. Ou plutôt, Perséphone était toujours présente sur Héliocore dans cette caverne, en tous cas.

Pendant les quelques jours qu'elle avait passés à Perséphopolis, Sam avait pensé que la déesse dont parlaient les habitants avait depuis longtemps repassé la Porte. Et maintenant qu'elle se trouvait face à elle, dans ce lieu dont elle ne comprenait pas totalement l'utilité, elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur les motivations qui avaient poussé cette femme à rester ici.

A vrai dire, cette interrogation venait s'ajouter à une longue liste de questions déjà présentes dans son esprit, auxquelles elle n'arrivait pas à donner de priorité. Chacune lui semblait être d'une importance capitale pour enfin assembler les pièces du puzzle.

C'est pourtant une question à laquelle elle n'avait pas vraiment accordé de considération qui passa la barrière de ses lèvres.

- Est-ce que je suis morte ?

Elle fut agacée par la bêtise de ses paroles et replaça nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille, s'attendant presque à entendre un rire moqueur s'élever. Elle savait bien qu'elle n'était pas morte : elle avait été téléportée. Elle avait étudié suffisamment de dispositifs analogues, que ce soit chez les Asgards ou chez les Tok'ra, pour en être sûre. Mais d'un autre côté, il y avait toute cette mythologie de Perséphone, reine des Enfers... Sans compter qu'elle se sentait lasse de tourner en rond dans ce monde dont on ne semblait pas pouvoir sortir. Alors autant être fixée sur la question. Après tout, elle avait peut-être accompli une ascension sans le savoir ? Daniel, avec ses amnésies post- « retour parmi les mortels », n'avait pas été très clair quant au déroulement du processus...

Ladite reine des Enfers pencha la tête sur le côté, les yeux plissés ; elle sembla contempler l'interrogation du colonel avec grand intérêt.

- Oui et non, répondit-elle après de longues secondes.

Sam fronça les sourcils. Si son interlocutrice s'amusait à lui répondre de façon aussi claire à chaque fois, elle ne risquait pas de revoir la Terre de sitôt.

- Vos proches le croient, précisa Perséphone. Mais vous êtes vivante, et je vous promets une très belle fin de vie ici !

- Une minute, intervint la scientifique. Il y a au moins un membre de mon équipe qui sait que je ne suis pas morte. Le général O'Neill porte aussi un de ces bracelets. S'il perçoit également le signal, il fera tout pour me retrouver.

Elle le savait de façon certaine, et la ferveur avec laquelle elle croyait aux paroles qu'elle venait de prononcer lui faisait presque peur ; le général ferait tout ce qui était en son pouvoir pour la secourir.

Quitte à se sacrifier.

De nouveau, Perséphone pencha la tête sur le côté d'une façon qui agaçait prodigieusement Sam ; elle avait l'impression d'être une enfant de trois ans qu'un adulte cherchait à comprendre.

- Vous n'avez pas saisi, Samantha. En sautant dans le puits sans fond, vous avez choisi de rejoindre ce monde. Il n'y a pas de retour possible.

Sam se mordit la langue afin de ne pas argumenter sur la définition du « choix » dont parlait la déesse. Elle prit une profonde inspiration pour maîtriser l'impatience qui montait en elle.

- Il doit bien y avoir un moyen de sortir. Une façon d'être téléportée de l'autre côté, peut-être ?

- Si vous utilisiez le même chemin, vous vous trouveriez de nouveau en train de chuter dans le puits, répondit Perséphone avec évidence.

Sam ferma les yeux, exaspérée par la tendance qu'avait cette femme à tout prendre au pied de la lettre.

- Je ne parlais pas de...

Elle s'interrompit en rouvrant les yeux. Devant elle, là où s'était tenue Perséphone moins de quelques secondes auparavant, il n'y avait plus rien. Elle tourna vivement la tête à gauche et à droite.

- Perséphone ? tenta-t-elle.

Seul l'écho de sa voix dans le temple vide lui répondit. Elle s'assit sur un banc et porta une main à son front ; est-ce qu'elle avait imaginé la présence de cette femme et leur conversation ? Souffrait-elle d'hallucinations ? Ce ne serait pas la première fois... Elle laissa ses doigts parcourir son cuir chevelu à la recherche d'une éventuelle contusion, mais sans réelle surprise, elle ne trouva rien. Peut-être qu'il y avait quelque chose dans l'air qui... Non. Les détecteurs qu'elle avait heureusement laissés dans son sac le lui auraient indiqué. Et puis, pourquoi en ressentirait-elles les effets maintenant, après trois semaines ? Elle réfléchit à son rythme de vie des derniers jours, mais elle n'avait rien fait, mangé ou bu qui ait différé des jours précédents.

Dans un soupir, elle se leva, alla chercher son P-90 et sortit du temple. Elle savait que son arme était inutile pour les sorties de reconnaissance dans cette caverne close, mais le fait de la porter lui permettait d'apporter un peu de normalité à cette situation pour le moins troublante.

~O~O~O~

Teal'c était rentré du site Alpha dans la soirée. Il avait passé une partie de la journée à initier quelques soldats aux techniques de combat jaffa et il était reconnaissant au général Hammond de lui avoir offert cette opportunité. Les semaines qui venaient de passer avaient été particulièrement éprouvantes et rarement s'était-il senti aussi inutile. Il n'avait pas été capable de sauver Samantha Carter et il se sentait démuni face au comportement d'O'Neill. La journée qui venait de s'écouler lui avait permis de retrouver un peu de paix intérieure.

Pendant son repas, il fut étonné de ne pas voir Daniel Jackson le rejoindre pour dîner, comme c'était pourtant le cas à chaque fois que l'archéologue restait à la base, soit quasi-quotidiennement. C'est pourquoi, une fois qu'il eut fini de manger, il se saisit d'un des sandwichs à la dinde que le Tau'ri semblait particulièrement apprécier avant de prendre la direction de son laboratoire.

Ce qui interloquait Teal'c, c'est que Daniel Jackson ne manquait jamais un repas. Sauf lorsqu'il étudiait de nouveaux artefacts, mais à sa connaissance, il n'y en avait pas. Il était donc curieux de savoir ce qui pouvait retenir l'archéologue.

Lorsqu'il entra dans le laboratoire, la pièce était plongée dans le noir, à l'exception du bureau qui était faiblement éclairé par la lumière bleutée émise par l'écran de l'ordinateur. Daniel était assis face au moniteur, les bras croisés sur le bureau, les sourcils froncés par une évidente concentration. Il ne semblait pas avoir remarqué la présence du Jaffa. Pourtant, lorsque Teal'c vint se placer derrière lui, il s'adressa à lui comme s'ils avaient déjà entamé une conversation.

- On manque forcément quelque chose, Teal'c.

Le Jaffa haussa un sourcil, posa le sandwich sur le bureau et plaça une chaise à côté de celle de l'archéologue. Alors, seulement, il regarda l'écran de l'ordinateur sur lequel défilait la vidéo qu'il avait lui-même réalisée lors de sa descente dans le puits.

- Samantha Carter est morte, Daniel Jackson. Il ne sert à rien de se torturer avec ces images.

Sa voix était froide et à peine eut-il fini de parler qu'il commença à se lever et à se détourner de l'écran.

- Jack a senti son signal, dit simplement Daniel, le regard toujours fixé sur l'image qui défilait.

Le Jaffa regarda son ami avec insistance en reprenant sa position initiale sur la chaise.

- Deux fois, poursuivit-il. Et à chaque fois, ça correspondait à une ouverture de la Porte depuis ou en direction d'Héliocore.

Teal'c inclina la tête en analysant l'information qui lui était confiée.

- Vous pensez donc que le colonel Carter aurait pu ne pas périr au cours de sa chute, énonça-t-il.

- C'est tout à fait... Tenez, regardez, là, que voyez-vous ?

Daniel avait parlé avec excitation ; il pointait du doigt un point précis sur l'écran. Teal'c plissa les yeux : il distinguait une boursouflure sur la paroi lisse du gouffre.

- Il paraîtrait que quelqu'un ait pris la peine de sculpter la paroi du puits, répondit-il.

- Exactement ! exulta Daniel. Quelqu'un ou quelque chose a façonné ce puits et a inséré un bas-relief à quelques dizaines de mètres de la surface. Vu d'ici, on dirait... un visage ?

Teal'c acquiesça on distinguait un nez et une bouche.

- Quelle est votre théorie ? questionna-t-il.

Daniel soupira.

- Je n'en ai pas, finit-il par dire.

Il se leva en se frottant les yeux et attrapa le sandwich qu'il commença à manger.

- Cette planète recèle d'énigmes, dit-il entre deux bouchées. Prenez les bracelets d'oikogéneia : pourquoi les habitants les portent-ils ? Pourquoi dès la naissance ?

- Il s'agit peut-être d'une simple coutume, Daniel Jackson.

Daniel prit une nouvelle bouchée de son repas. Il n'avait pas réalisé à quel point il avait faim.

- Je serais d'accord avec vous s'il s'agissait d'un simple bracelet, mais nous savons que c'est avant tout un dispositif qui permet aux membres d'une même famille de rester en contact. Pourquoi prendre la peine d'insérer un tel dispositif dans un bracelet qui doit être porté dès la naissance ?

- Je pense que la crainte du retour des Goa'Uld motive les habitants de la planète à porter ce genre de technologie afin de toujours savoir où sont leurs proches.

Daniel fronça les sourcils, les yeux fixés sur Teal'c, le reste de son sandwich désormais oublié sur une table.

- Vous souvenez-vous de ce que nous a dit Portegas concernant la conduite à tenir si les Goa'Uld revenaient sur Héliocore ?

Les mâchoires de Teal'c se contractèrent.

- Il préconisait de fuir, murmura-t-il.

- Pas lui, Teal'c, corrigea Daniel. Perséphone. Cette... déesse, qui qu'elle fut, a commandé aux habitants de la planète de se jeter dans le puits sans fond plutôt que de se battre. Et depuis qu'elle n'est plus là, qui relaye ce commandement ?

- Les prêtresses, répondit Teal'c.

- Les prêtresses, reprit Daniel. Ce qu'il y a, c'est que les habitants de cette planète ne sont pas nécessairement croyants. Portegas nous l'a lui-même avoué. Et pourtant, il sauterait dans ce puits en cas d'attaque Goa'Uld... Ces gens sont conditionnés, Teal'c.

Le Jaffa arqua un sourcil, incertain de bien comprendre son ami.

- Pourquoi prendre la peine de sauver tout un peuple et de leur offrir la technologie des bracelets d'oikogéneia, si c'est pour ensuite les exhorter au suicide ? reprit Daniel. Sam n'est pas morte, Teal'c, et je pense savoir comment la retrouver ! Allez prévenir le général Hammond et rejoignez-moi dans les quartiers des invités !

Le Jaffa suivit l'archéologue jusque dans le couloir et partit en sens opposé au pas de course.

~O~O~O~

La journée passa sans que Perséphone ne réapparaisse, si bien que Sam avait fini par se convaincre qu'elle avait rêvé éveillée. Le poids de la solitude, sans doute.

Elle était assise à l'ombre d'un grenadier lorsqu'elle sentit de nouveau de faibles palpitations contre son poignet ; elle sourit inconsciemment, savourant ce signal. Elle ne s'expliquait toujours pas ces soudaines ouvertures de la Porte après des semaines d'inactivité, mais elles signifiaient pour elle l'espoir de retrouver la liberté.

Elle sentit une présence sur sa gauche et retint un mouvement de recul en réalisant qu'il s'agissait de Perséphone. Elle posa des yeux méfiants sur elle, puis elle les détourna et les ferma, la tête calée contre le tronc de l'arbre, se laissant bercer par les pulsations régulières relayées par le bracelet.

- Il ne me laissera pas, vous savez. Tant qu'il sentira ce signal, il ne me laissera pas. Il trouvera un moyen de me sortir de là.

Le silence se fit et dura si longtemps que Sam dut ouvrir un œil pour vérifier que la femme ne se tenait plus auprès d'elle. Vérification faite, elle était toujours là.

- Vous devez avoir des questions à me poser, dit Perséphone lorsqu'elle eut capté le regard du colonel.

Un sourire mi-moqueur, mi-blasé apparut sur le visage de Sam.

- Vous n'êtes pas réelle, répondit-elle. Et je ne compte pas entretenir une conversation avec une hallucination.

- C'est pourtant vous qui avez entamé celle-ci, fit remarquer la déesse.

Sam haussa les épaules, les mains croisées sur ses genoux pliés.

- Je n'entamais pas la conversation ; je voulais juste que les choses soient claires : le général O'Neill fera tout pour me retrouver.

De l'agacement passa sur les traits fins de Perséphone. Cependant, lorsqu'elle parla, aucune trace d'impatience ne teinta son discours.

- Je vous ai déjà expliqué qu'il n'y a pas de sortie. Quelle que soit la force du lien qui vous unit à cet homme, la seule façon qu'il aura de vous retrouver sera de sauter dans le puits.

Sam frissonna. L'idée que le général puisse commettre l'acte de sauter dans le gouffre pour la rejoindre était tout à la fois incroyablement excitante et terriblement effrayante : elle refusait qu'il se condamne à passer la fin de ses jours enfermé ici. Elle craignait également que Teal'c et Daniel ne le suivent et ne connaissent une fin atroce dans la mesure où eux ne portaient pas de bracelets d'oikogéneia.

- Vous êtes la moins curieuse des personnes qui ont eu le privilège de vivre en ces lieux.

Sam soupira et se leva ; quitte à devoir cohabiter avec une illusion, autant essayer d'en tirer le meilleur. Après tout, peut-être s'agissait-il d'un moyen qu'utilisait son cerveau pour faire naître des solutions auxquelles elle n'aurait pas pensé ?

- Bien, dit-elle. Pour commencer, qui êtes-vous ?

Perséphone haussa les sourcils, l'air véritablement étonnée.

- Je suis Perséphone.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, reprit le colonel. Je sais que vous n'êtes ni une Goa'Uld, ni une Tok'ra. Alors qui êtes-vous ? Une Ancienne ? Faites-vous partie de ces « âmes brillantes » qui ont apporté le générateur sur Héliocore ? Mais dans ce cas, pourquoi êtes-vous toujours ici ? N'avez-vous pas réalisé votre ascension ? Et pourquoi avoir créé ce lieu ?

Elle s'arrêta lorsqu'elle remarqua le visage blême de Perséphone.

- Co... Comment savez-vous toutes ces choses ? balbutia-t-elle.

Sam inclina la tête en fronçant les sourcils. Etrange réaction, pour une hallucination. Ou alors peut-être que son inconscient avait poussé le vice jusqu'à créer une illusion parfaite jusque dans les moindres détails ?

- Ça fait un moment maintenant que je voyage par la Porte, répondit-elle. J'ai appris de nombreuses choses en huit ans.

Perséphone hocha la tête et commença à s'éloigner. Sam lui emboîta le pas.

- Je fais... ou plutôt... je faisais effectivement partie du peuple des Anciens, dit-elle d'un ton presque timide.

Sam perçut du soulagement dans la voix de la femme.

- Il y a maintenant trois cents ans, Râ menaçait une planète que j'avais visitée plusieurs fois avant mon ascension. Nos règles sont strictes : en aucun cas nous n'avons le droit d'interférer avec le cours des choses. Mais le fait est que...

Elle soupira et passa une main nerveuse sur son visage.

- Je suis intervenue, murmura-t-elle. Râ approchait, attiré par la présence de ce que vous appelez un ZPM ; je l'ai donc pris et j'ai fait évacuer les quelques habitants sur cette planète. Râ l'a appris et est arrivé sur Héliocore. Je suis parvenue à détruire la majorité de sa flotte en utilisant le générateur et une arme que mon peuple avait construite.

Sam buvait les paroles de l'Ancienne, à peu près convaincue maintenant qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination. Le ZPM était vraiment un allié de poids dans la lutte contre les Goa-Uld.

- Râ a quitté la planète en menaçant de revenir. Hélas, le générateur ne possédait plus suffisamment d'énergie pour alimenter à nouveau l'arme que j'avais utilisée. J'ai donc créé cet endroit, qui sert de refuge en cas d'attaque Goa'Uld. Seules les personnes munies de bracelets peuvent y accéder. Ce monde souterrain s'est révélé indispensable à plusieurs reprises déjà.

- Pourquoi être restée ici ? interrogea Sam. Pourquoi ne pas être repartie ? Le générateur a l'air de fonctionner de façon parfaitement autonome.

Perséphone leva vers elle de grands yeux humides. Le colonel comprit que les souvenirs qu'elle livrait lui étaient encore douloureux. L'Ancienne la fixa intensément pendant de longs instants.

- Ce n'est certainement pas par choix, murmura-t-elle dans un triste sourire.

Et sans qu'elle ne prononce un mot de plus, son image se dissipa et elle disparut complètement.

- Attendez ! cria Sam. Dites-moi comment sortir d'ici !

Si cette caverne avait servi de refuge à la population lors d'attaques Goa'Uld, il devait nécessairement y avoir une sortie. Mais à nouveau, seul le silence lui répondit.

~O~O~O~

Daniel frappa deux coups brefs contre la porte des quartiers occupés par la délégation d'Héliocore et entra avant d'y être invité. Les visages étonnés de Païos, Anataxie et Génnaïodora se tournèrent aussitôt vers lui.

- Docteur Jackson ! s'exclama Anataxie. Ne devions-nous pas nous revoir seulement demain ?

Daniel leur offrit un sourire crispé et enfouit ses mains dans ses poches.

- Vous conditionnez les citoyens de votre planète à sauter dans le puits sans fond en cas d'attaque Goa'Uld. Pourquoi ?

L'intervention de l'archéologue jeta un froid dans la salle.

- Nous ne conditionnons personne, docteur Jackson, répondit d'un ton sec Anataxie. Il s'agit du commandement de la Déesse Perséphone, que chacun est libre de suivre ou non. Si c'est le regard que votre peuple porte sur le notre, nous n'avons plus rien à faire ici. Nous rentrons sur Héliocore !

Daniel ne bougea pas alors que les trois personnes quittaient la salle. Il entendit bientôt la voix d'Hammond s'élever derrière lui.

- Que se passe-t-il ici ?

L'archéologue se retourna alors et échangea un regard entendu avec Teal'c, qui inclina la tête. Païos et Anataxie semblaient être particulièrement nerveux. Génnaïodora, qui était la plus discrète des membres de la délégation, ne semblait pas partager autant leur trouble.

- Sam est vivante, général, et je suis persuadé que nos amis ici présents savent où elle est. C'est pourquoi je demande à pouvoir les interroger.

- Il semblerait que le docteur Jackson soit atteint de la même folie que le général O'Neill, déclara Païos d'un air supérieur. Personne ne peut survivre à une chute dans le puits sans fond !

- Général Hammond, renchérit Anataxie d'un ton hautain, nous faisons partie des membres les plus respectés d'Héliocore, et il est inadmissible que nous soyons traités de la sorte !

- Oh, je sais très bien qui vous êtes, madame, répondit Hammond en se redressant. Mais dans l'enceinte de cette base, j'ai les pleins pouvoirs ; et si vous savez où se trouve colonel Carter mais que vous refusez de coopérer, je me verrais dans l'obligation de vous mettre en détention.

Il se tourna vers deux soldats en faction.

- Lieutenants, veuillez escorter nos invités jusqu'en salle de briefing.

Les deux soldats s'exécutèrent et disparurent bientôt derrière les portes de l'ascenseur. Hammond se tourna vers Teal'c et Daniel.

- Messieurs, j'espère que vous savez ce que vous faites.

Les deux hommes acquiescèrent et tous trois rejoignirent la salle de réunion.

~O~O~O~

- Je sais que vous êtes les gardiennes du secret, exposa Daniel une fois qu'ils furent tous installés dans la salle qu'ils avaient quittée quelques heures seulement auparavant.

Païos et Anataxie remuèrent sur leurs sièges, mal-à-l'aise. Génnaïodora, très calme, posa de grands yeux doux sur Daniel.

- Et quel serait ce secret, docteur Jackson ?

Daniel haussa les sourcils et remonta ses lunettes.

- Eh bien, je ne l'ai pas vraiment défini, mais je sais que ça a quelque chose à voir avec le puits sans fond, qui à mon avis est davantage un passage vers un lieu sécurisé. Je pense que les bracelets d'oikogéneia ont également leur rôle à jouer, ce qui expliquerait pourquoi vous avez autorisé Teal'c, qui n'en portait pas, à explorer le puits.

La prêtresse acquiesça lentement mais ne répondit pas.

- Dois-je vous rappeler qu'une vie est en jeu ? intervint Hammond.

- La vie de votre amie n'est pas en danger, répondit Génnaïodora.

- Génna ! s'exclama Anataxie d'un air outré.

- Ils ont le droit de savoir, répondit calmement la deuxième prêtresse. En outre, s'ils nous retiennent prisonniers ici, notre peuple sera davantage en danger que si les Terriens savent.

- Où est le colonel Carter ? demanda Teal'c en se levant, prêt à partir sur le champs afin de la secourir.

Génnaïodora planta ses yeux dans ceux du Jaffa pendant de longues secondes ; il ne cilla pas.

- J'ai dit que sa vie n'était pas en danger, pas que vous la reverriez un jour.

Les poings de Teal'c se serrèrent, alors que Daniel haussait les sourcils.

- Donc, reprit ce dernier, vous savez que Sam est en vie, vous savez où elle est... mais vous refusez de nous le dire ?

- Ce n'est pas si simple, docteur Jackson, soupira Anataxie.

- Le... le peuple doit ignorer que votre amie a survécu à sa chute, balbutia Païos.

Le général prit une profonde inspiration et joignit ses mains sur la table ; il contempla un instant un point invisible devant lui, puis leva les yeux vers ses trois interlocuteurs.

- Vous réalisez que je ne peux pas sacrifier l'un de mes hommes pour votre bon plaisir.

- Laissez-moi vous raconter toute l'histoire, proposa Génnaïodora.

Elle commença alors le récit de l'histoire de son peuple. Un peuple menacé par un Goa'Uld, qu'une âme brillante qui se faisait appeler Perséphone avait pris sous son aile.

- Perséphone s'est donné pour mission de protéger Héliocore. Elle connaît la cruauté des Goa'Ulds et sait qu'ils sont capables de faire parler même le plus résistant des hommes. C'est pourquoi la population, pour sa propre survie, doit ignorer qu'on la protège. En tant que gardiennes du secret, notre mission principale est de convaincre notre peuple de sauter dans le puits sans fond en cas d'attaque Goa'Uld. Perséphone a placé un détecteur dans le gouffre ; lorsqu'une personne porteuse d'un des bracelets passe à proximité, elle est téléportée dans le monde souterrain.

Elle s'interrompit.

- Et je suppose, intervint Daniel, que le signal émit par le bracelet incite les membres d'une même famille à sauter également, puisqu'ils sentent que leurs proches ne sont pas morts.

Génnaïodora acquiesça et tourna un regard incertain vers Anataxie et Païos. Le sage était livide : on venait de dévoiler à de parfaits étrangers un secrets qu'il gardait précieusement depuis vingt-cinq ans. Quant à la prêtresse, son air froid était contrasté par le léger tremblement de ses mains.

- Ce que je ne m'explique pas, poursuivit l'archéologue, c'est cette légende de la grotte des damnés. C'est pourtant bien l'endroit où se trouve le puits sans fond, non ? Alors pourquoi conditionner votre peuple à sauter dans le puits tout en leur interdisant l'accès à la grotte qui mène à ce puits ?

Des regards gênés furent échangés entre les trois hôtes du SG-C.

- Cette légende n'aurait jamais dû exister, dit Anataxie.

Elle fut interrompue par la main de Païos sur son avant-bras.

- Laisse, murmura-t-il. Je pense que c'est à moi de raconter cette partie de l'histoire.

Il reporta son attention sur le général et l'archéologue, évitant soigneusement le regard du Jaffa. Cet homme lui faisait toujours un peu peur et la lueur qui s'était allumée dans ses yeux depuis qu'il avait appris que le colonel Carter était vivante l'effrayait davantage encore.

- Il y a vingt-cinq ans, commença-t-il d'une voix faible.

Non, ça n'allait pas. Il était l'un des sages les plus respectés d'Héliocore. De plus, il n'avait rien fait de mal ; il avait simplement cherché à protéger son peuple. Cette salle n'était pas un tribunal et il n'avait pas à y siéger en qualité de coupable. Il se redressa donc et prit une profonde inspiration.

Il y a vingt-cinq ans, reprit-il, j'ai découvert la grotte par accident. J'étais téméraire à l'époque et je me suis penché au-dessus du puits. J'ai perdu l'équilibre avant de m'en rendre compte, et j'ai plongé dans l'obscurité du gouffre. Après de longues secondes, une lumière bleue m'a enveloppé et je me suis retrouvé dans une autre grotte qui ouvrait sur une gigantesque caverne couverte d'herbe et d'arbres.

- Le royaume de Perséphone ? hasarda Daniel.

- Le monde souterrain, corrigea Païos. J'ai traversé cette caverne, émerveillé par la beauté des lieux. A la fin de la journée, mes pas m'ont mené à l'entrée d'un tunnel, que j'ai emprunté. Je me suis retrouvé à la surface, à quelques kilomètres de la ville. J'ai alors couru jusqu'au temple pour prévenir les prêtresses de la fantastique découverte que j'avais faite.

- Nous avons alors décidé de dire la vérité à Païos, expliqua ensuite Génnaïodora. Nous n'avions de toutes façons pas d'autre choix ; voilà pourquoi il connaît également le secret. Puis nous avons inventé la légende de la grotte des damnés pour éviter qu'une telle mésaventure ne se reproduise, tout en sachant qu'en cas d'attaque Goa'Uld, la population nous obéirait si nous lui disions de pénétrer dans la grotte.

Teal'c avait suivi le discours de la prêtresse et du sage avec intérêt, mais un point restait à éclaircir. Le sourcil arqué, il s'adressa donc à Génnaïodora.

- Mais s'il y a une sortie, comment se fait-il que le colonel Carter ne l'ait pas trouvée ?

- Votre amie ne peut pas trouver la sortie, parce que cette sortie est pour l'instant invisible à ses yeux.

~O~O~O~

Perséphone réapparut moins de deux minutes après, tenant dans sa main la carte que Sam avait elle-même dessinée.

- Lorsque les miens ont découvert ce que j'avais fait, commença-t-elle comme s'il n'y avait pas eu d'interruption, ils m'ont bannie. L'Ancienne à qui l'on avait confié la tâche de me rendre de nouveau mortelle était cependant dotée d'une grande sagesse. Elle comprenait mon geste et souhaitait que mon bannissement ne soit pas inutile. Alors plutôt que de faire de moi une mortelle à qui il ne resterait aucun souvenir de ma vie passée, elle m'a accordé le droit de conserver cette forme, me condamnant néanmoins à errer à jamais dans cette caverne.

Sam la regarda, les sourcils haussés.

- Je ne comprends pas, dit-elle. Vos actions sont incroyablement limitées...

Perséphone sourit.

- Je peux sortir une fois par an et je communique avec les gardiennes du secret grâce à un appareil de communication que j'ai créé. Et puis, il me reste l'essentiel, répondit-elle d'une voix douce. Sous cette forme, je peux préserver ma légende et ainsi protéger ce peuple.

Sam acquiesça.

- Vous m'avez dit que ce lieu avait déjà servi à abriter la population ; comment sont-ils sortis ?

L'Ancienne baissa la tête en se mordillant la lèvre. Le colonel la trouva soudain incroyablement humaine.

- Votre arrivée était un accident, dit-elle sans répondre directement à la question du colonel. Lorsque les gardiennes m'ont prévenue de votre volonté de percer nos secrets, j'ai utilisé le générateur pour faire trembler la terre et vous dissuader d'approcher de la grotte. Lorsque vous êtes tombée dans le puits, j'ai tout de suite décidé que vous ne devriez jamais en sortir. Les quelques fois où le peuple d'Héliocore a trouvé refuge dans ce sanctuaire, ils ont tous choisi de repartir d'ici sans le moindre souvenir de l'existence de ce lieu. Une fois leur mémoire effacée, ils oubliaient tout de l'attaque des Goa'Ulds et de leur chute dans le puits. Ainsi, le secret était conservé et le peuple protégé. Mais vous... Les gens ne comprendraient pas comment vous auriez pu survivre à une telle chute et mon secret, ainsi que le peuple, seraient en danger.

Perséphone soupira.

- Et puis... un peu de compagnie ne serait vraiment pas de trop, ajouta-t-elle en haussant les épaules.

Sam laissa échapper un rire sans joie.

- Vous voulez que je sacrifie ma vie pour vous tenir compagnie et protéger votre secret ?

- C'est ce que je voulais, dit précipitamment Perséphone. Et puis j'ai réalisé... Vous m'avez fait réaliser que vous n'étiez pas ici par choix. Je n'ai pas le droit de vous détenir ici contre votre gré. Je ne sais que trop ce que c'est...

- Dans ce cas, répondit Sam, où est la sortie ?

Perséphone déplia la carte et indiqua un point au nord-ouest de la caverne.

- Vous souvenez-vous de ce regroupement de cactus ?

Le colonel acquiesça.

- L'entrée du tunnel qui mène à la surface se trouve derrière.

- Je n'ai pas vu de tunnel ; les cactus étaient bien trop nombreux et bien trop proches les uns des autres.

- Ces végétaux constituent un rempart efficace, confirma Perséphone.

Sam observa la femme ; elle semblait de nouveau cacher quelque chose. Sam passa une main sur son front, lasse de tous ces secrets.

- Je ne peux pas sortir, c'est ça ? hasarda-t-elle en priant pour se méprendre sur la signification de l'expression de son interlocutrice.

- Ces cactus ne peuvent pas être détruits. Ils repoussent dès qu'on les coupe et ils résistent aux armes Goa'Ulds.

- Mais le peuple d'Héliocore a bien pu sortir...

- Il n'y a qu'un seul jour dans l'année où les cactus meurent, laissant ainsi l'accès libre à la sortie. C'est le jour du renouveau, expliqua Perséphone.

- Et combien de temps ai-je à attendre avant le jour du renouveau ?

- Le dernier a eu lieu peu avant votre arrivée sur la planète.

- Combien de temps ? insista Sam.

- Onze mois, souffla Perséphone. Et d'ici là, ajouta-t-elle en disparaissant peu à peu, j'espère que vous aurez choisi de renoncer à sortir d'ici. La sécurité de tout un peuple est entre vos mains, Samantha.