De retour pour le onzième chapitre ! Merci pour tous vos commentaires...
Bon... J'ai essayé quelque chose de nouveau et j'ai longtemps hésité à le poster en deux parties au lieu d'une seule à cause de la rupture que ça crée : vers la fin du chapitre, j'ai changé le temps du récit (du passé au présent), parce que je trouve que ça donne plus d'intensité à la partie de l'histoire concernée. J'ai finalement opté pour un seul post et je pense avoir réussi une transition en douceur... Si vraiment le changement vous gêne, dites-le moi et je repasserai tout au passé !
Enjoy !
~ Vaincre ses peurs ~
Le changement d'environnement avait été brutal, pour ne pas dire violent.
Et pourtant, à la seconde où elle avait été téléportée dans le vaisseau, avant même que son esprit n'arrive à comprendre où elle était et pourquoi, elle avait su qu'elle était en sécurité parce qu'il était là. Tout son corps semblait répercuter les pulsations qui lui indiquaient sa présence ; c'en était presque douloureux, mais elle avait rapidement réalisé que cette douleur la rendait plus vivante qu'elle ne l'avait été ces dernières semaines.
Elle s'était retournée avec appréhension, la crainte irrationnelle que ce ne soit finalement pas lui prenant le dessus, et elle avait immédiatement capté son regard. Puis elle avait senti des bras l'enlacer : d'abord ceux de Daniel, puis ceux de Teal'c. Mais si ses amis lui apportaient un réconfort dont elle avait besoin, c'est lui qu'elle voulait par-dessus tout. Elle savait cependant qu'il ne s'avancerait pas pas plus qu'elle ne le ferait. C'était une des nombreuses clauses de leur contrat implicite. Peut-être que plus tard, lorsqu'ils seraient seuls, isolés, et qu'ils pourraient prétendre que ce moment n'était jamais arrivé, elle pourrait s'abandonner dans ses bras et s'autoriser à frissonner à son contact. Pour le moment, il lui restait son regard et tout ce qu'elle parvenait à y lire.
- Sam ? Tout va bien ?
La voix de Daniel lui parvint, lointaine ; elle était consciente d'avoir manqué la majorité du discours de son ami et elle quitta à regrets les yeux de Jack pour se focaliser sur ceux de l'archéologue. Il avait laissé un bras autour de son épaule ; elle posa sa main dessus et le pressa gentiment pour le rassurer. Elle sourit ensuite à Teal'c, qui se tenait juste à côté d'elle. Lui non plus ne l'avait pas lâchée des yeux ; elle savait que le Jaffa la veillerait encore quelques temps, jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'elle allait vraiment bien et qu'elle ne repartirait plus.
- Je suis contente que vous m'ayez retrouvée, avoua-t-elle en affichant un sourire soulagé.
Et elle retint à nouveau les larmes qui menaçaient de couler depuis des jours.
- Prête à rentrer à la maison, Carter ?
Dieu que cette voix lui avait manquée... Elle se tourna de nouveau vers lui et fut surprise de ne pas trouver tout à fait le masque qu'elle s'était attendue à voir sur on visage. Son ton était posé et il arborait ce léger sourire serein, mais il y avait dans ses yeux quelque chose qu'elle n'avait vu que rarement. Une étrange lueur qu'elle avait aperçue alors qu'ils s'apprêtaient à quitter à jamais Jonah, Terra et l'avenir qu'ils avaient ensemble, pour redevenir le colonel et le major, séparés par la ligne très nette de la Loi.
- Pas tout à fait, murmura-t-elle. Je dois dire au revoir.
Les sourcils du général se haussèrent et le bras de Daniel quitta ses épaules. Elle prit sur elle pour ne pas le retenir ; elle avait besoin d'un ami sur lequel elle pouvait s'appuyer. Elle se sentait épuisée nerveusement.
- Dire au revoir ? répéta Daniel d'un ton dubitatif. Vous voulez dire que vous n'étiez pas seule dans cette caverne ?
Sam fit non de la tête.
- Je n'ai pourtant détecté qu'une seule signature énergétique, intervint une voix qu'elle n'avait pas entendue depuis bien longtemps.
- Thor, murmura-t-elle en le saluant d'un sourire auquel il répondit par un hochement de tête. Perséphone était avec moi. Il faut vraiment que vous la rencontriez, Daniel. Elle a réalisé l'ascension et a été... partiellement bannie.
C'était étrange de le formuler ainsi. Elle ignorait si ses amis étaient au courant de l'existence réelle de Perséphone, et elle réalisa pour la première fois depuis son arrivée sur le vaisseau qu'elle ne savait pas de quelles informations ils disposaient. Elle semblait néanmoins avoir capté l'attention de Daniel, qui penchait la tête, l'air intrigué. Il remonta machinalement ses lunettes sur son nez puis se tourna vers le général.
- Jack ? questionna-t-il d'un ton plein d'espoir.
Ce dernier passa une main dans ses cheveux. Il s'adressa directement à Sam.
- Vous êtes sûre que c'est nécessaire ?
Elle haussa les épaules.
- Elle m'a accueillie, répondit-elle en s'excusant presque. Et même si les débuts de notre relation ont été plutôt difficiles, elle a toujours été bienveillante avec moi. Je ne peux pas disparaître comme ça. En outre, je pense que ses connaissances pourraient nous apporter beaucoup.
Il ne comprenait pas pourquoi elle tenait tant à y retourner alors que tout ce qu'il voulait, lui, c'était la ramener sur Terre. Et ne plus jamais la laisser repartir, tant qu'il y était.
Il grimaça en prenant conscience que la dernière partie de son plan était incroyablement mélodramatique. Et non-professionnelle. Sans compter que Carter ne verrait pas d'un très bon œil que quelqu'un décide à sa place si elle devait retraverser la Porte ou non.
Il la fixa un court instant ; elle était repassée en mode professionnel. Il savait qu'elle était forte à ce jeu-là et que c'est en grande partie cette faculté qui leur avait permis de contrôler leurs sentiments pendant si longtemps. Il s'en était accommodé par le passé, mais il n'était plus sûr de le vouloir aujourd'hui.
Il se calqua cependant sur elle, laissant le général reprendre le dessus.
- Dans ce cas... murmura-t-il.
- Prenez un communicateur, préconisa Thor en lui tendant l'objet.
Et une fraction de seconde plus tard, SG-1 fut téléportée dans la caverne.
~O~O~O~
- Vous êtes revenue !
L'exclamation de Perséphone, mélange d'accusation et de soulagement, accueillit les quatre arrivants. Elle se précipita vers la scientifique, oubliant manifestement tout dignité, et elle se serait jetée dans ses bras si Teal'c ne s'était pas vivement interposé. L'Ancienne s'arrêta instantanément et esquissa un mouvement de recul, comme si elle venait tout juste de réaliser que son hôte n'était pas seule.
- Samantha ? interrogea-t-elle, visiblement intimidée.
- Tout va bien, répondit le colonel en s'adressant à la fois à Teal'c et à Perséphone.
Le Jaffa jaugea une dernière fois la menace représentée par la femme qui lui faisait face, puis il reprit place entre Daniel et Jack.
- Perséphone, je présume... dit le général.
- En effet, répondit Sam. Perséphone, je vous présente le général O'Neill, Daniel Jackson et Teal'c.
L'intéressée les salua d'un signe de tête puis elle s'approcha du petit groupe. Elle laissa son regard parcourir le visage des quatre visiteurs dont les gardiennes du secret et Païos lui avaient tant parlé. Elle lut la méfiance du général, la curiosité de l'archéologue et le soulagement de Sam, mais elle fut incapable de déchiffrer les traits du Jaffa. Elle se plaça face à lui et leva timidement la main jusqu'à son tatouage. Il ne bougea pas, mais les doigts de Perséphone restèrent néanmoins en suspension dans l'air, n'osant pas se poser sur ce symbole si terrifiant pour elle.
- C'est tellement étrange, murmura-t-elle. Pendant des siècles, je me suis battue pour maintenir ce lieu à l'écart des Goa'Ulds et de leurs armées de Jaffas, et pourtant vous voici ici, avec des intentions pacifiques...
- En effet, répondit Teal'c.
- Bien, intervint O'Neill, il me semble que nous sommes venus ici pour dire au revoir. Au revoir, donc ! Quoique « à jamais » me conviendrait davantage.
- Jack ! protesta Daniel.
Le général soupira bruyamment et roula des yeux alors que Daniel s'avançait vers Perséphone.
- Sam m'a dit que vous aviez été bannie, commença-t-il.
Les yeux de l'Ancienne s'assombrirent.
- Je suis également passé par là, reprit-il vivement.
Son interlocutrice haussa les sourcils, suite à quoi un léger sourire apparut sur son visage.
- Suivez-moi, Daniel Jackson ; allons nous installer confortablement. Je crois que nous avons beaucoup de choses à partager.
Les trois autres membres de SG-1 les regardèrent partir, puis Sam se tourna vers Jack.
- Je dois me rendre au temple pour récupérer mes affaires, indiqua-t-elle.
- Oh mais faites donc, colonel. Apparemment, nous ne sommes pas prêts de quitter cette caverne, dit-il en pointant Daniel du menton. Teal'c va vous accompagner ; on n'est jamais trop prudent.
Elle se fendit d'un sourire et se détourna en interpellant le Jaffa, qui s'était éloigné de quelques pas. Jack soupira de nouveau et décida d'aller découvrir les environs. Il sortit sa casquette, pourtant totalement inutile, et se mit en route. N'était-ce pas un ruisseau qu'il apercevait quelques mètres plus loin ?
~O~O~O~
Perséphone buvait les paroles de Daniel, ravie d'avoir trouvé une personne qui avait vécu à peu de choses près la même expérience qu'elle. Leurs histoires étaient similaires en de nombreux points, le dénominateur commun étant vraisemblablement Oma Dessala : il lui avait confié qu'elle avait été à l'origine de son ascension et elle lui avait appris que la même Oma avait été celle qui avait décidé de lui offrir son bannissement ici.
- Mes amis m'ont retrouvé un an après mon ascension, sur une autre planète, complètement amnésique, conclut l'archéologue.
Lorsque Perséphone était elle-même une forme d'énergie pure, elle avait assisté à un seul bannissement. Elle avait à l'époque regardé de haut cette âme faible qui était intervenue dans le cours des événements, et avait jugé qu'elle méritait amplement d'être radiée du plan d'existence supérieure.
Maintenant, évidemment, les choses étaient différentes, et elle était absolument fascinée par ce que lui racontait l'homme assis face à elle. Comme elle, il avait choisi d'intervenir en connaissance de cause, et elle se demandait qui, de lui ou d'elle, avait connu le châtiment le plus cruel : Oma l'avait condamnée à une solitude éternelle, mais elle lui avait permis de poursuivre sa mission. Elle n'avait pas laissé cette chance à Daniel.
- Comment est-ce ? questionna–t–elle. Retrouver une existence si simple, ne plus être omniscient, devoir se reconstruire ?
L'archéologue plissa légèrement les yeux puis haussa les épaules.
- Ce n'est pas si terrible que ça en a l'air. C'est plutôt tout le contraire, en fait, mais je suppose que le fait de n'avoir aucun souvenir du temps passé dans un plan d'existence supérieur doit aider... J'ai retrouvé tous mes souvenirs d'avant l'ascension et je suis en mesure d'agir sur les événements. A un niveau moindre, mais plus librement. En fait...
Il se tourna vers elle et se fendit d'un sourire.
- … je pense que vous devriez essayer.
Perséphone écarquilla les yeux en réalisant ce qu'il proposait. Elle secoua ensuite la tête de gauche à droite en se levant.
- Et redevenir humaine ? C'est impossible, balbutia-t-elle. Je... Ce serait trahir le peuple d'Héliocore, abandonner la cause que j'ai servie si longtemps.
Elle prit une profonde inspiration et tourna le dos à Daniel, qui se leva.
- Tout va bien, dit-il d'une voix rassurante. Ce n'était qu'une proposition. Cependant...
Il se tut et elle lui fit de nouveau face.
- Cependant ? répéta-t-elle, pendue à ses lèvres.
Une partie d'elle maudissait l'archéologue pour les pensées qu'il introduisait dans son esprit ; une autre partie, plus important, lui semblait-il, désespérait d'entendre ce qu'il avait à lui dire.
Il soupira et se rapprocha d'elle.
- Je pense que vous devriez quitter cette caverne, expliqua-t-il. Râ est mort ; il ne menacera plus cette planète, et je doute qu'un autre Goa'Uld ne s'y intéresse de nouveau un jour. Et quand bien même ce serait le cas, Païos et les gardiennes du secret seraient en mesure de guider le peuple jusqu'ici, en sécurité.
Elle acquiesça devant la justesse de ces paroles et caressa la caverne du regard.
- Ce n'est pas une décision que je peux prendre aussi rapidement, murmura-t-elle.
- Vous n'y avez jamais songé auparavant ?
Perséphone frotta nerveusement ses mains l'une contre l'autre. Bien sûr, qu'elle y avait pensé ! Le temps ici s'écoulait lentement lorsqu'elle était seule, et à chaque fois que les réfugiés avaient quitté la caverne, la laissant de nouveau isolée, elle s'était fait violence pour ne pas les suivre.
- Je... je suppose que si.
L'archéologue la regarda avec sympathie et posa une main sur les siennes.
- Croyez-moi, dit-il avec douceur, vous n'aurez rien à regretter.
Elle ancra ses yeux dans ceux de Daniel et la sincérité qu'elle y lut finit de la convaincre. Alors, lentement, elle écarta les bras et pencha la tête en arrière, les paupières closes, et elle laissa le dernier souffle d'énergie pure qui l'habitait encore appeler ses semblables.
Quelques secondes plus tard, Daniel protégea ses yeux de l'intense rayonnement dégagé par le corps de Perséphone. Aussitôt, sa radio se mit à grésiller, mais il n'y prêta pas attention tant il était subjugué par la beauté du spectacle qui s'offrait à lui.
~O~O~O~
Teal'c s'arrêta sur le pas de la porte alors qu'elle entrait dans la petite chambre. Elle vit qu'il examinait la pièce et sut immédiatement quelles pensées traversaient son esprit. Depuis leur arrivée dans la caverne, elle l'avait vu observer d'un air rassuré les alentours, constatant avec soulagement qu'elle n'avait eu à souffrir ni de conditions climatiques hostiles, ni de la faim. Il découvrait maintenant qu'elle avait bénéficié d'un confort de vie honorable.
Sam savait cependant que le Jaffa ne se laissait ni leurrer par l'aspect paradisiaque de la caverne, ni par les sourires et les paroles rassurantes qu'elle offrait. Lui, peut-être mieux que quiconque, pouvait imaginer la détresse psychologique dans laquelle elle s'était retrouvée quand elle avait cru ne jamais les revoir. Il parvenait à lire en elle comme dans un livre, d'une façon qui n'appartenait qu'à lui seul. Au fil des ans, il était parvenu à tout comprendre d'elle. Ça aurait pu l'effrayer, mais elle se sentait en fait soulagée. Elle n'avait pas à exprimer ses sentiments pour que Teal'c les devine, et c'était une sensation rassurante de savoir qu'il serait toujours là pour elle.
Elle soupira légèrement, décidant de rassembler les rares objets qu'elle avait sortis de son sac, adressant à son ami quelques sourires à chaque fois qu'elle passait devant lui.
- Le général O'Neill a mal vécu votre disparition.
Elle se figea un court instant, interdite. Puis elle tourna la tête, un sourire plaqué sur le visage.
- Et vous non ? demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
Il lui céda le point, lui rendit son sourire et inclina la tête. Le silence retomba suffisamment longtemps pour qu'elle finisse de ranger ses affaires.
- Il pense prendre sa retraite, ajouta finalement le Jaffa.
Les gestes du colonel restèrent de nouveau en suspend.
- Il en a le droit, répondit-elle sans se retourner, d'un ton apparemment totalement détaché.
Elle savait pourtant que ça ne servait à rien avec lui. Elle pouvait lancer autant de leurres qu'elle le voulait, il ne se laisserait pas avoir.
- Il a mené une longue carrière, poursuivit-elle néanmoins. Je suis persuadée que ça n'a rien à voir avec ce qui m'est arrivé.
De nouveau, Teal'c laissa le silence s'installer suffisamment longtemps pour qu'elle pense avoir remporté la partie.
- Ce n'est pas ce que j'ai cru comprendre, répliqua-t-il finalement.
Elle ouvrit la bouche mais ne sut quoi répondre. Au même instant, leurs radios grésillèrent, laissant passer la voix tendue du général.
- Daniel ! Que se passe-t-il ?
Teal'c et Sam échangèrent un regard interrogateur et sortirent du temple à temps pour apercevoir une forte lumière blanche disparaître à l'endroit approximatif qu'ils avaient quitté une dizaine de minutes auparavant.
- Daniel ! insista la voix de Jack.
Sans se concerter, le colonel et le Jaffa se précipitèrent vers leurs amis.
~O~O~O~
- Tout ira bien, Jack ! Oma prendra soit d'elle, j'en suis persuadé.
La voix de Daniel se veut rassurante mais le général ne peut s'empêcher de le sermonner. Elle camoufle un sourire quand elle l'entend grogner quelque chose à propos des trois excités encore présents sur Terre à qui il va falloir expliquer pourquoi leur déesse n'est plus là. Il ajoute que Païos va encore l'accuser de tous les maux, et ça la fait sourire davantage, parce qu'il lui tarde d'entendre le général renvoyer le sage dans ses pénates.
Et soudain, elle réalise que tout est redevenu exactement comme avant. Après un mois de doutes, elle a besoin de cette normalité, mais en même temps, elle ne peut pas tout à fait ignorer le léger pincement dans sa poitrine, et elle se demande si elle veut vraiment que tout redevienne comme avant.
L'idée n'a cependant pas le temps de s'installer complètement dans son esprit, parce que le général a actionné le communicateur asgard et que la caverne disparait pour laisser place aux murs gris du vaisseau.
Elle est immédiatement accaparée par Thor et elle en est reconnaissante ; elle se doute qu'il a une mission à lui confier, et c'est tout ce dont elle a besoin pour empêcher ses pensées de partir à la conquête de territoires dangereux.
~O~O~O~
Les heures passent et elle tente de se convaincre que le retour à la normale est une bonne chose.
Pourtant, même si ses mains déplacent adroitement les galets sur le panneau de contrôle et que les informations défilent sur l'écran devant elle, son esprit ne semble pas être en mesure de les traiter, parce qu'il est de toute évidence occupé à s'interroger sur un autre sujet.
Un sujet si important qu'il prend la priorité sur tout le reste, même sur les plans de cette nouvelle arme anti-réplicateurs que Thor lui a demandé d'étudier.
En cet instant, elle déteste la trahison qui est en train de se produire en elle : ses sentiments sont en train de gagner du terrain sur son professionnalisme. Ce n'est pas comme ça qu'elle fonctionne. Ça n'a jamais été le cas et elle ne comprend pas pourquoi ça devrait commencer aujourd'hui. Ou plutôt si, elle en est consciente. Elle en est tellement consciente, à vrai dire, qu'elle commence à comprendre combien la règle de non-fraternisation est essentielle.
Elle connecte machinalement un cristal pour sauvegarder les plans afin de pouvoir les étudier plus tard, et elle réalise qu'elle est en train de perdre la bataille qui se joue en elle.
Elle déteste ça, et en même temps elle se sent fébrile à l'idée d'aller le rejoindre et de tout lui avouer. Elle tente de se convaincre qu'elle ne sait pas où il est parti s'isoler, mais elle sent les palpitations contre l'intérieur de son poignet et elle ne parvient pas à les ignorer. Elle est presque capable de dire combien de pas il lui faudrait pour le rejoindre et elle réalise que même s'il ne lui en fallait que deux ce serait déjà trop.
Un bip sonore la ramène momentanément à la réalité. Elle déconnecte le cristal et le range soigneusement. Elle se saisit ensuite de nouveau des galets et les déplace machinalement, essayant de se persuader qu'il y a cette autre chose incroyablement importante qu'elle doit à tout prix étudier.
Le système de propulsion des vaisseaux asgards l'a toujours intriguée, si ce n'est passionnée, et elle est persuadée qu'elle sera capable de s'y plonger totalement jusqu'à ce que Thor les téléporte de nouveau sur Terre.
Deux minutes passent et tout ce qu'elle lit ne parvient pas à l'intéresser. En son fort intérieur, une voix lui souffle la solution à tout ça. Elle l'entend depuis des heures mais refuse de l'écouter. Elle préférerait encore affronter seule une armée de Jaffas plutôt que d'aller le voir pour lui parler.
Une partie d'elle-même lui rappelle la promesse qu'elle s'était faite à de nombreuses reprises lorsqu'elle se pensait perdue à jamais : si je sors d'ici, tout sera différent.
Elle est sortie. Il n'y a aucune différence et elle doute qu'il y en ait une un jour.
Elle quitte la salle sans vraiment l'avoir décidé, comme si ses jambes avaient pris seules la décision de se mouvoir. Elle n'essaye même pas de se repérer dans le vaisseau ; elle suit simplement les battement qui résonnent en elle. Et puis soudain, au détour d'un couloir, il est là : assis sur le sol, le dos appuyé contre une paroi du vaisseau, la tête basculée en arrière. Il observe le plafond et semble y lire une vérité absolue.
Elle sait par Teal'c qu'il a pensé à elle pendant le mois qui les a séparés. Elle se demande cependant s'il a pensé à Eux et à ce qu'ils auraient pu être. Elle en vient à souhaiter qu'il se soit fait la même promesse qu'elle, puis elle se souvient qu'elle n'a plus l'âge d'être aussi fleur bleue.
~O~O~O~
Il ignore depuis combien de temps il est assis là, à regarder le plafond, l'esprit focalisé sur les événements de la journée.
Tout ce qu'il sait, c'est que la faculté qu'a SG-1 - et par SG-1, il entend : Daniel – à intervenir dans des histoires qui ne les regardent pas ne cessera jamais de l'émerveiller. De l'agacer profondément, aussi, mais surtout de l'émerveiller.
Carter a été libérée ce fait seul aurait dû leur suffire. Mais il avait fallu que l'archéologue parvienne à convaincre Perséphone de redevenir humaine.
Il soupire, se répétant pour la millième fois que secourir Carter aurait dû rester leur unique priorité et qu'il n'aurait même pas dû accepter de retourner dans cette caverne avec elle.
- Longue journée ?
Au son de la voix de Carter, ses yeux s'ouvrent et il lui sourit doucement.
- Longue journée, confirme-t-il. Bonne journée, cependant.
Elle lui rend son sourire et vient s'asseoir à côté de lui. Il tourne la tête vers elle et se demande depuis quand elle s'assoit aussi près. Il peut presque la sentir contre lui. Ce n'est pas pour lui déplaire, mais ça n'en est pas moins troublant.
Elle joue avec un fil qui dépasse de la couture de son treillis, au niveau du genou, et ne parait pas ressentir son trouble.
- Je suis pressée de rentrer sur Terre, avoue-t-elle. Retrouver la base, ma maison...
Elle s'interrompt soudain et cesse de tortiller le fil entre ses doigts.
- Est-ce que j'ai encore une maison ? demande-t-elle comme si elle venait tout juste de réaliser que son changement de statut sur Terre avait nécessairement eu des conséquences matérielles.
- Je crois que votre père a voulu la garder.
Il pense avoir entendu Georges mentionner quelque chose comme ça et il ne connaît pas les détails de la transaction, mais sa réponse a l'effet escompté. Elle laisse échapper un soupir de soulagement et sourit faiblement en faisant de nouveau jouer ses doigts sur le fil.
- Papa... murmure-t-elle. Je n'ose même pas imaginer comment il a pris la nouvelle...
Il laisse ses yeux parcourir le profil de Carter avant de répondre.
- Il a été très secoué, répond-t-il sur le même ton. On l'a tous été.
Il voit ses doigts relâcher le morceau de coton, puis elle tourne la tête vers lui et accroche son regard.
Et c'est la fin du monde pour lui.
Elle est définitivement très près, mais il ne sait plus dire à présent si c'est une bonne ou une mauvaise chose. Ce n'est qu'au moment où les yeux de Sam quittent les siens pour se poser sur ses lèvres qu'il humidifie machinalement, qu'un signal d'alarme retentit dans son esprit.
Il détourne la tête alors qu'elle l'imite en passant nerveusement une main dans ses cheveux, puis il se lève et enfouit les mains dans ses poches.
- J'avais peur que quelque chose de grave ne vous soit arrivé, avoue-t-elle en se levant à son tour.
Il interrompt le cours de ses pensées et l'observe quelques instants, puis il hausse les épaules.
- Il faut plus qu'un léger coma pour venir à bout de moi, déclare-t-il en souriant.
Carter le fixe avec des yeux ronds, la bouche légèrement ouverte, l'air tout à fait terrorisé. Il grimace ; il n'a jamais été très bon en communication ; il semble aujourd'hui exceller dans la médiocrité.
- Un coma ? balbutie-t-elle. Vous étiez dans le coma ?
Elle baisse les yeux en se tordant nerveusement les doigts. Ainsi donc, elle aurait vraiment pu le perdre. Pour de bon. Elle prend une inspiration saccadée et relève la tête pour trouver le général juste devant elle.
- Venez ici, murmure-t-il en lui offrant ses bras ouverts.
Elle se laisse aller contre lui, le visage enfoui dans l'étoffe de son tee-shirt. Elle frissonne au contact de son souffle au creux de son cou alors qu'il resserre son étreinte, une main au milieu de son dos, l'autre fermement posée sur sa nuque, dans un geste possessif qu'elle aurait refusé à tout autre homme. Elle sent qu'il relève légèrement la tête et elle ferme davantage les yeux lorsqu'il murmure tout contre son oreille.
- On ne peut plus continuer comme ça.
Il laisse ses lèvres effleurer sa peau pour ne laisser aucune place à la moindre ambigüité. Pour toute réponse, elle emprisonne le tissu de son uniforme dans ses poings, comme si elle ne souhaitait jamais le laisser partir.
