Voici le dernier chapitre. Cette fic aura été une belle aventure. Merci pour votre patience et vos commentaires, toujours très agréables. J'espère que cette fin comblera vos attentes...

~ Bouleverser l'ordre établi ~

Il la serra contre lui de longues minutes, redoutant l'instant où il faudrait qu'ils se séparent. Il craignait que ça ne se passe comme à chaque fois : il y aurait d'abord quelques secondes de flottement durant lesquelles ils tenteraient de regagner une posture plus professionnelle. Après ça, une fois que l'instant aurait soigneusement été relégué au rang des événements qui n'ont jamais eu lieu, ils se souriraient comme le feraient deux collègues et ils échangeraient une banalité histoire de finir d'effacer la moindre trace de l'intimité qu'ils venaient de partager.

Il laissa son visage replonger au creux de son cou et il inspira profondément, s'enivrant d'elle, sachant pertinemment que c'est tout ce qu'il pourrait avoir pour le moment et que c'était déjà bien trop au regard de la loi, et priant pour que ce qu'ils vivaient soit différent des autres fois. C'est alors qu'il perçut le soupir qu'elle laissa échapper et l'espoir naquit en lui : peut-être que, cette fois, il n'y aurait pas le flottement gêné, ni le sourire de façade, ni l'échange de banalité ?

Il réalisa qu'il ne le saurait jamais au moment où tout autour de lui se mit à trembler.

~O~O~O~

Alors qu'elle courrait dans le couloir en direction de l'endroit où se trouvait Thor, elle se demanda si un jour l'univers pourrait leur laisser quelques minutes de repos. Spécialement quand elle décidait de faire un pas – de géant – en avant. Elle n'avait pas eu le temps de lui parler – elle ne savait pas ce qu'elle lui aurait dit, d'ailleurs – mais ce qu'ils avaient partagé était suffisamment éloquent.

Elle soupira en tentant de trouver une explication à ce qui venait de se produire : un instant elle était dans ses bras, emprisonnée dans une étreinte qui refusait de la laisser partir et qu'elle ne voulait de toutes façons pas quitter, et l'instant d'après, une violente secousse ébranlait le vaisseau, les obligeant à se séparer. Ils avaient échangé un bref regard interrogateur, le professionnalisme reprenant le dessus, et ils s'étaient précipités sans se concerter vers le poste de commandes.

Teal'c et Daniel arrivèrent en même temps qu'eux, alors que Thor déplaçait rapidement un galet sur la surface de contrôle de son ordinateur. Une nouvelle secousse se fit sentir au moment où Jack prenait la parole.

- Que se passe-t-il ?

- Un vaisseau réplicateur nous attaque, répondit Thor d'une voix concentrée.

Aussitôt, Sam vint prendre place à côté de lui et ses yeux parcoururent l'écran. Jack l'imita machinalement, incapable de déchiffrer ce qu'elle parvenait à lire, mais ressentant néanmoins le besoin de rester auprès d'elle. Le silence s'installa un court instant, alors que Thor évitait de justesse de nouvelles salves.

- C'est étrange, intervint finalement Daniel en regardant la danse macabre des deux vaisseaux sur le radar, ils sont plutôt loin de leur zone de combat habituelle.

- En effet, répondit Thor. Mais les Réplicateurs se montrent particulièrement virulents ces derniers temps.

Le vaisseau trembla de nouveau, obligeant ses occupants à s'appuyer contre le mobilier pour ne pas tomber.

- Les boucliers tiendront le coup ? interrogea Sam.

- Ils fonctionnent au maximum de leur capacité, colonel Carter.

Elle acquiesça brièvement, totalement focalisée sur l'écran.

- Pourquoi ne pas entrer de nouveau en hyperespace ? demanda Jack.

- C'est ce que je compte faire dès que j'aurai trouvé une planète équipée d'une Porte où vous téléporter, répondit le Asgard.

- Hors de question, reprit le général. On reste là pour vous aider à vous débarrasser de la vermine.

Comme pour appuyer ses paroles, Teal'c vint se placer derrière lui, la main posée sur son zat.

- Ce sera inutile, reprit Thor. Dès que je vous aurai téléportés, j'entrerai de nouveau en hyperespace et je préviendrai les miens de la situation. Si les Réplicateurs me suivent, ils seront détruits dès qu'ils arriveront à destination.

Jack plissa les yeux, incertain d'apprécier ce plan. Il savait combien les Réplicateurs étaient résistants et l'excès de confiance de Thor ne le rassurait pas. Ce dernier tourna la tête vers lui, délaissant un court instant le vaisseau ennemi.

- C'est ici que nos chemins se séparent, poursuivit-il naturellement.

Une lumière les enveloppa et ils se matérialisèrent sur une planète désertique. Une Porte se dressait à quelques centaines de mètres au Nord. Ils n'y prêtèrent toutefois pas immédiatement attention, leurs regards étant focalisés sur le ciel. Ils ne pouvaient pas voir les vaisseaux depuis leur position, mais ils adressèrent tous une prière silencieuse en faveur de leur ami.

- Mettons-nous en route, murmura finalement le général.

Ils furent devant le DHD en quelques minutes. Daniel entra les coordonnées du site Alpha et ils s'engagèrent à travers le vortex.

~O~O~O~

Le colonel Finn Martins dirigeait le site Alpha depuis suffisamment de temps pour être en mesure de gérer les situations les plus inattendues. Il avait brillamment désamorcé les tensions entre les rebelles jaffas et les Tok'râ lorsqu'ils s'étaient croisés sur la base quelques mois auparavant. La semaine précédente, il avait évité de justesse la contamination du personnel du SG-C en exigeant la mise en quarantaine de SG-11 après avoir remarqué une rougeur suspecte de l'épiderme des quatre soldats.

Ses victoires – c'est ainsi qu'il les appelait – étaient nombreuses, et il était particulièrement fier de son efficacité.

Mais malgré son palmarès impressionnant, il se sentait extrêmement nerveux. On lui avait annoncé l'arrivée imminente de SG-1. Ce n'était pas prévu et il n'aimait pas ça. L'imprévu faisait bien entendu partie de son quotidien, mais cette fois-ci, de nombreuses questions se bousculaient dans son esprit. Premier fait : il ignorait que cette équipe était partie en mission (alors qu'il était au courant de tous les départs, dans la mesure où il était susceptible d'accueillir les équipes ayant dépassé le délai imposé par leur GDO) ; deuxièmement, il se demandait pourquoi SG-1 avait contacté le site Alpha au lieu du SGC (après tout, la voix du docteur Jackson semblait être tout à fait calme : aucune urgence, donc). Enfin, il ignorait pourquoi le général O'Neill les accompagnait, alors qu'il était censé être en congé. Il y avait trop de zones d'ombre pour que les choses se passent bien.

Droit comme un I, les mains derrière le dos, il regardait la flaque bleue qui s'était formée quelques minutes auparavant ; devant lui, les gardes étaient prêts à faire feu. Bientôt, quatre formes émergèrent.

- Mon général, colonel, docteur Jackson, Teal'c, salua-t-il. Votre arrivée ne nous avait pas été annoncée.

Le ton adopté était à la limite de l'insubordination mais il savait qu'on ne lui en tiendrait pas rigueur : en cas d'événement de ce genre, il avait toute autorité sur ce site.

- Notre chauffeur avait une course plus urgente à faire, répliqua le général en passant devant lui. Sergent, poursuivit-il, composez les coordonnées du SG-C.

- Sauf votre respect, Monsieur, je ne peux pas vous laisser repartir comme ça, reprit Martins.

Jack haussa les sourcils.

- Ils doivent vérifier notre identité, mon général, intervint Sam.

Il tourna la tête vers elle, accrocha son regard et s'y perdit quelques instants, puis il s'adressa au colonel Martins.

- Dans ce cas, murmura-t-il, nous vous suivons.

~O~O~O~

Le général Hammond se leva de son siège au moment où les Perséphopoliens entraient dans la salle de briefing, visiblement toujours secoués par leur récente téléportation.

Une heure et demie plus tôt, il avait été averti de l'arrivée de SG-1 et du général O'Neill. Il avait rejoint la salle de contrôle à temps pour voir les quatre voyageurs franchir la Porte. O'Neill lui avait adressé un vague signe de la main un brin provocateur, auquel il avait lui-même répondu par un soupir accompagné d'un léger sourire.

Il n'avait pas apprécié d'apprendre par le biais d'une délégation extra-terrestre que trois de ses hommes avaient décidé d'improviser une mission de secours sans l'en avertir. Cependant, ils avaient retrouvé Samantha Carter, et il devait bien avouer que ce seul fait lui donnait furieusement envie d'oublier l'entorse faite au règlement.

Il avait donc salué le colonel Carter avec un évident soulagement, et il avait ordonné leur passage à l'infirmerie.

Le débriefing avait ensuite duré trente minutes. Jack lui avait appris la "disparition" de Perséphone, et Georges s'était alors demandé ce qu'il avait fait à l'univers pour que son dernier jour au SGC se termine de cette façon. Résigné, il avait fait quérir Païos et les deux gardiennes du secret.

- Mesdames, Monsieur, salua le général une fois que ses hôtes eurent rejoint leurs sièges.

Les prêtresses et le sage lui rendirent à peine son salut, toute leur attention étant portée sur la jeune femme blonde qui les fixait.

- Nous sommes soulagés de votre retour, Samantha Carter, dit Anataxie avec un sourire poli. Bien que nous ne doutons pas que Perséphone vous ait offert l'hospitalité.

Sam ne répondit pas mais baissa légèrement la tête.

- En parlant de Perséphone, intervint Jack. Daniel ?

Trois paires d'yeux se tournèrent vers l'archéologue. Il remonta ses lunettes, croisa ses mains devant lui et fixa un point invisible sur la table.

- Il s'est passé quelque chose... commença-t-il.

- Que voulez-vous dire ? s'enquit Païos, le cœur battant.

Le sage tourna rapidement la tête vers le général O'Neill.

- Qu'avez-vous fait ?

Son ton était extrêmement agressif, mais il ne pouvait s'en empêcher. Il était sûr que cet homme était la cause de la catastrophe que le docteur Jackson s'apprêtait à leur annoncer.

- Elle n'est plus là, déclara Jack d'un ton froid.

Il savait qu'il ne faisait qu'envenimer la situation, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il voulait leur faire payer ce qu'ils avaient fait subir à Carter, et c'était un moyen comme un autre de parvenir à ses fins.

Païos, Génnaïodora et Anataxie échangèrent un regard visiblement inquiet.

- Ce que veut dire Jack, reprit Daniel d'un ton apaisant, c'est que Perséphone a choisi de quitter son statut de... déesse pour redevenir mortelle.

Les deux prêtresses froncèrent les sourcils.

- Mais c'est une déesse, balbutia Païos. Elle ne peut pas...

Il laissa sa phrase en suspend, levant des yeux perdus vers les gardiennes du secret. Les deux femmes semblaient aussi circonspectes que lui.

- Ça n'a aucun sens ! trancha Anataxie. Perséphone est un être supérieur. Pourquoi choisirait-elle de renoncer à ses privilèges ?

- Apparemment, votre... déesse ne vous a pas raconté tous les détails de son histoire, intervint Jack.

- Cette caverne était une véritable prison pour elle, expliqua Sam. Elle était seule la plupart du temps. L'occasion s'est présentée pour elle de changer les choses. Qu'auriez-vous fait à sa place ?

Païos et les deux prêtresses observèrent le visage las du colonel et comprirent qu'elle-même avait vécu des moments difficiles ces dernières semaines, au moins psychologiquement.

- Et où est-elle, maintenant ? demanda Génnaïodora, résignée.

- Oh, dit Daniel. Elle est en sécurité.

- Où est-elle ? questionna d'un ton sec Anataxie, qui n'était pas connue pour sa patience.

- On ne sait pas, répondit platement l'archéologue.

- Vous ne savez pas ? répéta la prêtresse, incrédule. Comment pouvez-vous l'ignorer ? Ne venez-vous pas de nous dire que vous lui aviez permis de sortir de cette caverne ?

- Nous n'avons rien fait de la sorte, intervint Teal'c. Une fois sa décision prise, Perséphone a elle-même rejoint les siens. Elle pourrait être n'importe où aujourd'hui.

- Mais elle peut retrouver le chemin d'Héliocore, n'est-ce pas ? demanda Païos avec espoir.

Jack grimaça.

- Je ne pense pas que ce soit possible, reprit Daniel. En choisissant de redevenir mortelle, elle a perdu tous les souvenirs du temps qu'elle a passé en tant que déesse.

Anataxie serra l'avant-bras de Génnaïodora de sa main droite.

- Nous avons échoué, murmura-t-elle. Si l'ennemi Goa'Uld revient, notre peuple est perdu !

- Non, répondit Sam, la caverne peut toujours accueillir des réfugiés. L'absence de Perséphone ne changera rien pour vous en cas d'attaque.

Son explication ne sembla pas convaincre les membres de la délégation.

Soudain, l'alarme de la base se mit à hurler, provoquant le sursaut de Païos et des deux femmes.

- Comment pouvez-vous supporter un tel vacarme ? maugréa le sage alors que Jack se précipitait hors de la salle de briefing, immédiatement suivi par Sam, Daniel et Teal'c. Le général Hammond s'excusa et se leva à son tour, rejoignant SG-1 dans la salle de contrôle.

Païos, Anataxie et Génnaïodora, curieux, s'approchèrent de la baie vitrée. Le spectacle qui s'offrit à eux leur coupa le souffle : le cercle mystique était recouvert d'un mur qui leur paraissait infranchissable et qui n'avait rien à voir avec la flaque bleue qu'ils avaient eux-mêmes franchie pour rejoindre la Terre. Et pourtant, une forme semblait traverser le mur, lumineuse, translucide.

Ils virent le docteur Jackson entrer dans la salle de la Porte et sourire à la femme qui était apparue. Elle prononça quelques mots et l'archéologue se retourna vivement, s'adressant visiblement aux personnes présentes dans une salle en-dessous de celle dans laquelle ils se trouvaient. Il cria quelques mots que les Perséphopoliens n'entendirent pas et un instant après, le mur qui recouvrait le cercle mystique disparut. La femme se volatilisa, et il ne se passa rien pendant de longues secondes. Puis, soudain, une forme humaine émergea de la flaque bleue.

Anataxie et Génnaïodora la fixèrent, bouche bée : Perséphone venait d'apparaître devant eux, apparemment complètement perdue, l'air extrêmement fragile.

~O~O~O~

Assise devant son ordinateur, Sam étudiait les plans que Thor lui avait confiés. Elle ne voyait aucun défaut dans cette arme et elle espérait sincèrement qu'il s'agissait de la solution ultime au problème posé par les Réplicateurs. Elle s'étira, attrapa sa tasse de café et en but une longue gorgée.

Trente-six heures s'étaient écoulées depuis leur retour du site Alpha et tout était de nouveau normal. Thor était apparu sous forme d'hologramme pour les rassurer : le vaisseau Réplicateur avait rapidement été détruit et le sien n'avait subi que peu de dommages ; Oma avait fait une énième entorse aux règles des Anciens en ramenant Perséphone au SGC. Païos et les deux prêtresses étaient rentrés sur Héliocore, prenant sous leur protection une jeune femme totalement amnésique et effrayée – mais Sam ne s'en faisait pas pour elle : elle trouverait rapidement ses marques sur Héliocore. Enfin, les relations entre la Terre et les Perséphopoliens étaient redevenues cordiales (à partir du moment où le général O'Neill et Païos ne se croisaient pas) : les bureaucrates de Washington pouvaient donc se rassurer, ils seraient bientôt en possession de centaines de bracelets de naquadah.

Elle baissa les yeux sur le sien et le toucha du bout des doigts ; avant de partir, Païos lui avait proposé de faire appel à sa fille pour le lui enlever. Elle avait refusé, prétextant vouloir poursuivre l'expérience encore quelques temps. En son for intérieur, elle savait que l'aspect scientifique n'était qu'une excuse. La véritable raison à tout ça était Jack : depuis l'attaque des Réplicateurs, ils n'avaient pas eu un moment pour se retrouver seuls et parler. Elle l'avait entendu demander à Hammond de pouvoir s'entretenir avec lui, mais elle ignorait totalement la raison de leur entretien.

Deux coups brefs furent frappés à sa porte. Elle leva la tête et vit que c'était Jack. Elle resta interdite quelques secondes.

- Je vous dérange ? demanda-t-il presque timidement.

Elle ferma les yeux un court instant et les rouvrit aussitôt.

- Non. Bien sûr que non, répondit-elle en souriant.

Ce n'était pas l'un de ses sourires éclatants ; celui-ci était doux, teinté de nostalgie. Il fit quelques pas dans le laboratoire et vint se positionner en face d'elle.

- Vous n'étiez pas supposée prendre quelques jours de repos ? questionna-t-il.

Piètre entrée en matière ; il savait parfaitement que c'était faux. Elle haussa les sourcils.

- J'ai eu tout le temps de me reposer le mois dernier.

Il acquiesça en enfouissant ses mains dans ses poches.

- Je suis allé voir Hammond, reprit-il après quelques instants.

Elle se raidit sur son siège et accrocha son regard.

- Il vous a rendu votre fauteuil ? demanda-t-elle d'un ton qui se voulait léger mais qui ne trompait personne.

- Pas exactement.

La respiration de Sam se fit plus rapide, et pour la première fois depuis qu'elle avait pris conscience de ses sentiments pour lui – pour la première fois depuis des années, donc - elle sut ce qu'elle ne voulait pas : elle refusait qu'il prenne sa retraite.

Bien entendu, elle ne voulait pas qu'il mette un terme à sa carrière pour elle, mais c'est une raison bien plus égoïste qui la motivait surtout à ne pas vouloir qu'il quitte l'armée : elle le voulait auprès d'elle aussi souvent que possible. Elle voulait le voir au retour des missions, elle voulait pouvoir parler avec lui des merveilles et des horreurs qu'elle découvrait à chaque passage de la Porte. Elle voulait qu'il fasse entièrement partie de son monde ; sa retraite ne le permettrait pas.

- Que voulez-vous dire ? parvint-elle à articuler.

Il la fixa en plissant légèrement les yeux, comme s'il n'était pas entièrement sûr de lui, et sortit finalement de sa poche une feuille de papier.

- J'ai reçu ça ce matin et j'ai pensé...

Il se tut, tapotant la feuille soigneusement pliée contre la surface du bureau. Le regard de Sam se posa sur l'objet en question, puis accrocha de nouveau celui du général. Il inspira profondément.

- J'ai une décision à prendre, Carter, reprit-il finalement. Une décision importante et... je voulais savoir ce que vous en pensiez.

Il lui tendit le papier, qu'elle saisit machinalement, ses yeux toujours ancrés dans ceux de son supérieur. Elle les détourna finalement, fixant son attention sur le rectangle blanc qu'elle tenait entre ses mains. Elle le déplia et reconnut tout de suite l'en-tête qui témoignait à la fois du caractère officiel et confidentiel du contenu de la lettre. Elle le regarda de nouveau, cherchant à savoir s'il était sûr de vouloir qu'elle la lise. Un léger signe de tête de sa part la conforta dans cette idée.

Elle laissa ses yeux parcourir les lignes, balayant rapidement les références juridiques, cherchant frénétiquement les mots qui éclaireraient la situation. Puis elle les trouva : cinq mots. Elle leva de nouveau les yeux vers lui.

- Je ne suis pas sûre de comprendre, murmura-t-elle.

Il grimaça.

- Ce n'est qu'une proposition, dit-il rapidement. Je n'ai rien accepté. Je peux tout aussi bien rester là où je suis aujourd'hui.

Elle fronça les sourcils, incertaine de comprendre ce qu'il lui demandait.

- Est-ce que vous attendez... mon autorisation ?

Il pinça les lèvres, cherchant manifestement quoi répondre.

- Je vous l'ai dit, Carter, c'est une décision importante. Je veux juste être certain que ça vaut la peine d'accepter.

Elle se mordilla la lèvre et relut les mots qui semblaient désormais se détacher de tous les autres.

- Consultant au service de l'USAF, dit-elle à haute voix.

Il acquiesça en haussant rapidement les sourcils.

- Apparemment, ils ne veulent pas que je m'éloigne trop du SGC, précisa-t-il.

- Ce qui veut dire une vie faite essentiellement de réunions, remarqua-t-elle en ignorant ses dernières paroles. Plus de missions d'exploration, plus d'interventions pour sauver l'univers...

- Officiellement, répondit-il d'un air complice.

Elle sourit en baissant la tête, sachant pertinemment qu'il serait impossible de le tenir éloigné si vraiment la Terre était en danger.

- Rien ne m'empêchera de participer à une ou deux missions... de temps en temps, ajouta-t-il en faisant un vague geste de la main.

Un silence s'installa. Sam semblait contempler l'ensemble des conséquences qu'aurait la décision qu'il s'apprêtait à prendre.

- Ça signifie surtout plus d'armée, plus de grade et plus de chaîne de commandement, reprit-il d'une voix sérieuse.

Elle releva brusquement la tête. Il la fixait toujours.

- Vous êtes sûr que c'est ce que vous voulez ? demanda-t-elle en essayant de trouver la moindre trace de doute sur ses traits.

- Croyez-moi, je sais exactement ce que je veux, murmura-t-il.

Elle sentit les battements de son cœur accélérer.

- Dans ce cas, dit-elle en lui tendant la lettre, je crois que vous devriez accepter.

Il soupira – elle aurait juré qu'il s'agissait d'un soupir de soulagement – et se saisit de la feuille de papier. Ils échangèrent un dernier regard puis il lui tourna le dos et se dirigea vers la porte.

- Mon général ! s'exclama-t-elle précipitamment.

Il se retourna, un air surpris peint sur le visage.

- Quand ce sera effectif... juste... faites-le moi savoir.

Elle fut un instant déstabilisée par la profondeur de son regard.

- Oh mais j'y compte bien, colonel.

~O~O~O~

Il était parti à Washington deux jours plus tôt pour passer le relais à son successeur – elle l'avait entendu prononcer le nom de Landry – et accepter officiellement son nouveau poste. Depuis, elle s'était plongée corps et âme dans le travail afin d'éviter de passer ses journées à fixer le lent égrenage des secondes sur la pendule.

Mais à la fin du deuxième jour, Daniel et Teal'c étaient venus la déloger. Elle avait soupiré, tenté de négocier, prétexté avoir un rapport urgent à rendre. Elle avait même tenté de les corrompre en leur promettant le choix de la mission suivante, mais elle avait échoué.

Elle jeta un coup d'œil blasé à Teal'c, qui avait insisté pour la raccompagner chez elle afin d'être certain qu'elle s'accorderait au moins quelques heures de repos. Elle poussa un profond soupir ; depuis son départ de la base, elle tentait de tenir son esprit occupé en récitant dans tous les sens possibles le tableau périodique des éléments, mais elle sentait ses défenses céder une à une, les numéros atomiques laissant bientôt la place à une foule de questions dont le sujet principal était le général O'Neill - Jack.

Elle soupira de nouveau au moment où le Jaffa s'engageait dans l'allée qui menait chez elle. C'est alors qu'elle prit conscience des pulsations qui résonnaient contre l'intérieur de son poignet. Des pulsations de plus en plus fortes ; il était encore loin, mais il se rapprochait. Etant donné la régularité avec laquelle l'intensité des battements augmentait, elle était sûre qu'il se trouvait dans l'avion.

Teal'c arrêta le moteur et se tourna vers elle ; il n'ignorait pas la frustration que l'intervention initiée par Daniel Jackson avait provoquée chez la scientifique.

- Tout ira bien ? demanda-t-il poliment.

- Tout ira bien, répondit-elle avec un léger sourire en descendant de la voiture. Tout ira même très bien, ajouta-t-elle pour elle-même.

Quelques heures plus tard, la nuit était tombée. Une nuit claire, sans nuages. Elle s'était installée sur les marches de sa terrasse ; la tête tournée vers le ciel, elle regardait les étoiles.

Elle sut qu'il était là avant même d'entendre le bruit de sa voiture. Elle ne bougea pas ; il la trouverait – après tout, il avait été capable de la retrouver à des années lumières de la Terre...

Elle perçut bientôt le son étouffé de ses pas sur la pelouse et elle sourit doucement sans pour autant décrocher son regard des étoiles.

- J'aurais pensé vous trouver dans votre labo, dit-il une fois arrivé à sa hauteur.

- Daniel et Teal'c ne m'ont pas exactement laissé le choix, répondit-elle sans le regarder. J'ai pensé retourner à la base mais mon ami ici présent m'a incitée à rester chez moi, poursuivit-elle en levant légèrement le bras pour désigner le naquadah qui ornait son poignet.

- Oui, murmura-t-il. Ces bracelets ont tendance à gâcher l'effet de surprise...

Son sourire s'élargit et cette fois, elle tourna les yeux vers lui. Elle vit qu'il portait toujours son uniforme de général et un instant, le doute s'insinua dans son esprit.

- Ne vous fiez pas à l'uniforme, dit-il comme s'il avait lu ses pensées. Vous avez devant vous Jack O'Neill, général en retraite, consultant de l'USAF.

Il prit place à côté d'elle, sur les marche. Contre elle serait plus exact.

- Je n'ai pas pris le temps de me changer, reprit-il en regardant à son tour les étoiles. Il y a déjà eu assez de temps perdu comme ça.

Elle fixa son profil et pinça les lèvres.

- L'uniforme vous va bien.

Il tourna la tête vers elle, amusé par le ton neutre qu'elle essayait d'adopter.

- Dommage que je n'ai plus à le porter dans ce cas.

Elle haussa les épaules.

- Vous n'avez pas à le rendre ; vous pourrez le reporter à l'occasion.

- Oui... J'ai entendu dire que c'était très à la mode pour aller au supermarché, répondit-il d'un air sérieux.

Elle se mit à rire doucement et posa la tête sur son épaule. Il soupira profondément et ferma les yeux un court instant.

- Comment se sont passés ces deux jours ? demanda-t-elle doucement.

Il tourna légèrement la tête et posa ses lèvres sur le front de son ancien second. Il la sentit frémir et sourit légèrement.

- Je ne suis pas sûr que Hank Landry réalise vraiment ce dans quoi il met les pieds, répondit-il en passant son bras autour des épaules de la jeune femme.

Elle leva la tête et capta son regard.

- Il apprendra vite, dit-elle dans un souffle.

Jack acquiesça et effleura sa joue de ses lèvres.

- Ce n'est pas que je n'aime pas parler de Landry - un chouette type, vraiment - murmura-t-il, mais j'avais d'autres projets pour ce soir.

Elle ferma les yeux alors qu'il franchissait le faible espace qui séparait encore leurs lèvres. D'abord hésitant, leur baiser refléta bientôt toute la passion qu'ils nourrissaient en secret depuis si longtemps. Les mains de Sam encadrèrent bientôt le visage de Jack, alors que celles du général en retraite venaient se poser sur le dos de la jeune femme.

Lorsqu'il se séparèrent, il posa son front sur celui de Sam. Elle souriait et il la trouva magnifique ; il était pour sa part persuadé d'avoir un sourire idiot peint sur le visage. Il n'arrivait toujours pas à s'expliquer comment une femme comme elle pouvait vouloir d'un homme comme lui, mais il décida que ça n'était pas le moment d'aborder la question.

- Carter, dit-il d'une voix rauque.

- Mmm ? chantonna-t-elle.

Les yeux de Sam étaient fixés sur sa bouche, et si elle continuait à humidifier ses lèvres comme elle le faisait, il n'était pas certain d'être capable d'aligner deux mots de plus. Il se demanda d'ailleurs pourquoi il voulait à tout prix dire cette phrase.

- Fais-moi penser à envoyer des fleurs à Païos... histoire de le remercier.

Elle rit et il sut pourquoi il n'avait pas passé les trente dernières secondes à l'embrasser. Elle fondit sur lui, plus sauvagement que pour leur premier baiser, et il ne put que répondre à ses avances.

Faire sourire Carter avait toujours été une de ses priorités. Embrasser Carter avait toujours été un de ses fantasmes.

En cet instant, Carter souriait tout en l'embrassant.

Il était l'homme le plus chanceux de l'univers, toutes races confondues.

~ Fin ~