Chapitre 8
Le plan d'Aizen est simple. Créer la clé du roi, entrer dans le palais impérial, s'autoproclamer roi, gouverner le monde entier. Bien sûr, il reste d'autres détails dont il devra s'occuper, mais dans l'ensemble, son plan est un bon plan.
Entre en jeu Ichigo Kurosaki, l'anomalie de son équation quasi parfaite. C'est un être humain, un hollow et un shinigami. Avoir trois espèces en un seul corps est impossible, c'est une énigme. Aizen a intentionnellement créé les arrancars pour un but militaire, transformant un grand nombre de menos en arrancar et les modifiant à son gré. Bien sûr, la possibilité de croiser plus d'une espèce a quelque chose d'excitant, mais après le fiasco des Vizards, il a considéré toute idée d'une entité humaine-shinigami-hollow comme étant un rêve. Il ne s'attendait à pas ce que la fusion entre les trois espèces soit possible, en particulier dans un contenant aussi faible que le corps humain.
Pourtant, aussi intéressant que soit Kurosaki, il reste une anomalie. Et dans une équation, les anomalies doivent être éliminées. Du moins, c'est ce qu'un homme logique ferait. Aizen est un homme logique, en tout cas, il pense l'être. Il se vante d'être quelqu'un qui planifie tout méticuleusement, mais pour une raison inconnue, il a décidé d'aller contre son plan et d'épargner le garçon. Au début, c'était seulement à cause de sa curiosité scientifique qu'il envisageait ne serait-ce que de garder le garçon. Ce serait une expérience tellement intéressante. Il pourrait étudier le garçon et utiliser les résultats pour son propre bénéfice. Cependant, au fil du temps Aizen a commencé à combattre son propre bon sens, tout simplement pour justifier la présence du garçon.
Maintenant, il est assis en face de la dite anomalie, en train de le regarder alors qu'il parle vite et de manière tonitruante. Malgré le fait qu'il apprécie la compagnie du garçon, sa présence n'en reste pas moins une responsabilité. Il devrait se contenter de tuer le garçon. Oui, ça, ça ressemblerait à quelque chose qu'il ferait. Il caresse le pommeau de son épée avec amour, sentant l'épée fredonner à l'unisson de sa soif de sang. Ça fait un moment que Kyoka Suigetsu n'a pas goûté de sang. Elle doit avoir soif. Il traîne ses yeux sur le ventre doux du garçon, en imaginant ce que ça ferait d'enfoncer son épée dans la chair souple du jeune Ichigo. Cela constituerait un sacrifice suffisant pour étancher la soif de son épée.
'Mais il est tellement merveilleux à regarder.' L'épée à l'intérieur de lui gémit alors qu'il essaye à nouveau de justifier l'existence du garçon. Il est vrai que le garçon est plus qu'agréable à regarder. Il a un corps fort et jeune, un beau visage, et un sourire narquois qui pourrait s'épanouir en l'un des plus beaux sourires. Il n'a pas encore vu ses autres expressions. Ce serait une honte de tuer le garçon avant de pouvoir entendre ses cris de douleur et de plaisir.
« ... Et pas d'enfants! Non. Putain pas d'enfants! Si vous me faites pointer mon épée sur un enfant alors je vous ferai regretter de m'avoir ordonné de le faire. » Ichigo frappe avec sa main le bureau en marbre, faisant sortir Aizen de sa rêverie.
« Oui, très bien. » Aizen, dont les yeux trainent sur les nuages artificiels de Las Noches, agite distraitement la main. « Tu sais, Ichigo-kun, je t'ai déjà donné une trop grande latitude. J'ai accepté d'épargner la ville de Karakura, j'ai permis aux deux fukutaicho de vivre, je t'ai laissé errer librement dans mon palais. »
Ichigo n'aime pas où cela l'emmène. « Ouais, et alors? » Il respire, les bras croisés en signe de défi.
Aizen se penche sur la table, mettant ses yeux au niveau de ceux d'Ichigo. « J'espère que tu réalises tout ce que j'ai fait pour te rendre heureux. » Il envoie au garçon l'un de ses sourires magnanimes, celui qui provoque des frissons dans le dos du garçon.
Ichigo détourne le regard et pose ses mains sur ses genoux. « Je sais... » répond-il modestement, tout à coup mal à l'aise sous le regard de l'homme. « Je ferai en sorte que cela en vaille la peine, » promet Ichigo d'une voix calme. Il sait qu'il doit à l'homme d'avoir épargné ses amis et sa famille à Karakura, pour ne pas mentionner les deux vice-capitaines qui ont été récemment capturés. Il devra lui rembourser, qu'il le veuille ou non.
« Je suis ravi que tu dises cela, Ichigo-kun. » Aizen se lève et lisse sa veste, fronçant légèrement les sourcils quand un pli refuse de disparaître. Ichigo roule des yeux devant les troubles obsessionnels compulsifs de l'homme. Chaque jour, il découvre de nouvelles petites bizarreries chez lui, dont certaines, comme celle-ci, sont tout simplement ridicules. Il déteste le dire, mais Aizen n'est pas tellement différent de la moyenne de monsieur tout le monde. Si, bien sûr, on fait abstraction du plan diabolique de domination du monde.
« Eh Sosuke, » appelle-t-il pour essayer de détourner l'homme de ses vêtements si parfaits.
« Oui? » répond Aizen, les yeux toujours sur sa veste.
« Pourquoi sommes-nous aller au Rukungai? Saviez-vous que Kira et Hisagi seraient là-bas? » Ichigo n'a pas pu éviter de mettre de la suspicion dans le ton qu'il emploie. Il ne peut pas s'en empêcher. Aizen ne semble pas être le genre d'homme à laisser quelqu'un qui constitue une menace en vie, ni celui à participer à des œuvres de charité.
« N'as-tu pas saisi, Ichigo-kun? » Aizen lève les yeux. Le ton est gentil et doux, mais ses yeux sont emplis de colère. « J'ai essayé de te montrer comment un roi doit traiter son peuple, » répond-il avant de reporter son attention sur le pli. Sur sa veste.
« Vous n'êtes pas le roi. » Il est impossible à Ichigo de ne pas narguer l'homme. Aizen se contente de sourire et de répondre de sa plus chaude voix.
« Oui, mais quelqu'un doit quand même prendre soin de son peuple. »
Tosen est en train d'écouter la respiration profonde et maîtrisée de son vice-capitaine. Calme, sûr de lui, sous contrôle. Tous ces mots sont à l'image d'Hisagi. Tosen se laisser transporter en arrière, dans son bureau à la neuvième division, se souvenant de tous ces jours où il travaillait avec son vice-capitaine, dans une parfaite communion silencieuse.
Hisagi est assis les jambes en tailleur sur le tatami, le dos appuyé contre le mur avec les bras croisés sur sa poitrine. Il ressemble beaucoup à un adolescent renfrogné. Son visage habituellement aimable est maintenant orné d'une grimace qu'on ne lui connait pas. Avec le tatouage et l'attitude, Shuuhei ressemble énormément à la vision stéréotypée du punk type. Tosen est peut-être aveugle, mais il préfère son vice-capitaine souriant. Un subordonné ne devrait jamais être malheureux.
« Hisagi », dit sèchement Tosen. Hisagi ignore l'homme et regarde le vase à côté de lui.
« Aurais-tu perdu tes bonnes manières depuis mon départ. » Il fronce les sourcils, confus par le changement soudain de comportement.
« Beaucoup de choses ont changé depuis votre départ... taicho. » Hisagi a craché le titre avec véhémence, ses yeux enflammés de colère. L'homme ne mérite plus ce titre.
Tosen n'est pas surpris de la colère dont fait montre son vice-capitaine. Il ne s'attendait pas à ce qu'il court vers lui et lui fasse allégeance. Kira et Gin ont peut-être cette relation, mais pas Hisagi. Hisagi Shuuhei est l'homme d'un homme, quelqu'un qui peut se tenir debout sur ses deux pieds, même après que son mentor l'ait trahi. Tosen lui a enseigné le bien et le mal, l'équilibre du pouvoir et de la retenue, et c'est devenu son support de vie et de combat. Etre trahi par celui qui lui a appris comment penser, doit avoir détruit sa confiance. Autant il déteste la façon dont le garçon s'oppose à lui en ce moment, autant il est heureux que Shuuhei suive son propre sens de la justice.
Bien qu'ils soient dans des camps opposés, cela ne signifie pas que Tosen déteste le garçon. En fait, il ne peut pas être plus fier de constater que le Shuuhei peu sûr de lui vole de ses propres ailes. C'est juste l'attitude que l'aveugle déteste. Attitude qui rend Hisagi proche de celle des sangliers incultes de la division de Zaraki.
« Cesse de te renfrogner, Hisagi », soupire Tosen pour la énième fois.
« Je ne suis pas renfrogné », ment-il
« Je suis peut-être aveugle mais je peux sentir ton regard acéré comme des poignards sur moi. »
« Bien, j'espère que ça fait mal », sourit Shuuhei.
« Ce sont des poignards métaphoriques, Shuuhei. » Tosen ne peut cacher un sourire.
« Je sais. » Shuuhei roule des yeux. « Après avoir corrigé deux éditions de la revue tout seul, je pense pouvoir facilement détecter les figures de style littéraires. »
« Ah oui, le magazine. » Tosen sourit avec nostalgie. « Je suis sûr que tu fais un travail magnifique pour le service de communication du Sereitei. »
'Ouais, mais ce n'est plus la même chose', se dit Shuuhei. Il ne l'a jamais dit à haute voix, mais l'homme lui a manqué. Lorsque Tosen a trahi le Sereitei, la neuvième division a perdu plus qu'un simple capitaine. Ils ont perdu un père, un mentor et un modèle. Tosen était le genre de capitaine à passer son temps libre à chouchouter ses subordonnés, avec douceur et patience.
Un grand nombre de capitaine pense que des ordres suffisent pour 'nourrir' leur shinigami, mais pas Tosen. Il mangeait à la cantine pour répondre aux questions de ses subordonnés. Il exécutait et pratiquait ses exercices de kata chaque matin avec eux. Il prenait son tour pour la corvée des toilettes et dormait avec eux dans les casernes. Il faisait tout ça pour connaître chacun des membres de sa division. Il parvenait à les reconnaître à leur voix, à la façon dont ils respirent, dont ils s'inclinent. Tout le monde le respectait plus qu'un simple capitaine, ils le respectaient comme leur capitaine. Dans aucune autre division, on ne pouvait trouver plus grande loyauté.
Shuuhei est un vice-capitaine assez capable. Il a toujours rendu ses articles à l'heure, il est resté jusqu'à la fin pour terminer la paperasse de la division, et il s'est assuré que ses hommes fassent leur travail. Malgré tout cela, il ne peut pas devenir ce que Tosen était à la neuvième division. L'absence d'un capitaine a poussé le vice-capitaine à sa limite. Certains jours, il dormait sur son bureau et était réveillé par un siège troisième préoccupé. Tout le monde dans la division sait que Hisagi-fukutaicho travaille d'arrache-pied et n'oserait pas s'approcher de lui comme ils le feraient avec Tosen. Hisagi lui reproche l'absence de lien au sein de la division. Il fait de son mieux pour être un leader, mais il sait qu'il ne peut pas remplacer Tosen. Il n'a tout simplement pas les qualités suffisantes pour être un capitaine.
Tosen sent les pensées mélancoliques sous lesquelles croule le jeune homme. Peu importe à quel point Shuuhei est en colère contre lui, cela ne change pas le fait que Tosen le connaisse intimement. C'est ça le lien entre un taicho et son fukutaicho, celui que même une trahison ne peut pas rompre. Le shinigami aveugle tend la main. « Je suis fier de toi, Shuuhei », dit-il en touchant le genou de son fukutaicho en signe de réconfort.
Shuuhei regarde les yeux fermés de l'homme, reconnaissant envers Tosen qui ne peut pas voir son état pathétique. « Vous avez toujours su quoi dire pour nous faire sentir mieux, taicho. » Il sourit amèrement, s'éloignant de la main de l'homme. « Ça ne change pas le fait que vous nous avez trahis. »
« Je sais que tu es en colère, mais Shuuhei », Tosen sourit tristement, son visage affichant clairement de la déception. « Je pensais que toi, de tous les gens, comprendrait. »
Shuuhei regarde son ancien capitaine, ne sachant pas quoi lui dire. Tiraillé entre la culpabilité et la colère, il se lève et s'en va.
« Eh Izuru, t'aurais pas minci? »
Kira Izuru mâche en silence sa nourriture. Gin sait à quel point Kira voulait étoffer son corps mince, et il utilise ça comme sujet de conversation. C'est typique de Gin, de toujours essayer de le rendre dingue et de l'énerver. Il ne le laissera pas faire. Il est maintenant plus mature qu'il ne l'était il y a neuf mois.
« Ahh, je vois. T'as décidé de m'donner dans l'silence. Comment dire. »
Le blond a les yeux sur sa nourriture, plaçant méticuleusement des morceaux de riz et de poisson dans sa bouche. Gin regarde Izuru mordre un bout de tofu avec un peu plus de force qu'il n'en faudrait. 'Trop facile'. Gin sourit de plaisir.
« Mou, » il fronce les sourcils et se penche vers le blond. « Arrête de m'ignorer, Zuru-chan. »Il coince l'homme avec ses baguettes. « On n'a pas parlé depuis tellement longtemps. »
« Calme, paix, sérénité. Calme, paix, sérénité. »Izuru chante le mantra à plusieurs reprises, essayant de desserrer l'emprise sur ses baguettes.
« ru.»
« Eh, Izuru.»
« Zuru-chaaaannn.»
« Vous voulez parler? Très bien! Parlons.» Izuru fait claquer ses baguettes, renversant de la soupe miso sur la table. « C'est ça, putain, parlons! » se met à hurler Kira.
Gin lève les sourcils, amusé par le choix de mots de son vice-capitaine. « Une bouche si sale. » Il le taquine, frottant le pouce sur les lèvres douces. « Du riz, » dit-il en riant lorsque son vice-capitaine lui tape sur les mains pour les éloigner.
« Arrêtez. Vous ne pouvez pas simplement vous en aller et agir comme si de rien n'était. »
« Hein? Donc on peut pas avoir un bon dîner? » fait Gin avec une moue tandis qu'il mordille dans un morceau de haricot. « T'es jamais aussi rebelle, Zuru-chan. Y'a un truc qui t'tracasse? »
Kira reste silencieux, déchiré entre le désir de tuer l'homme et de se confier à lui. « Allez, tu peux tout dire à ton Taicho. » Gin pousse à nouveau le blond avec sa baguette, l'irritant encore plus. « Taicho! » Kira saisit le bras de l'homme et le rapproche. Gin sourit comme un renard. « Oui? »
« Pourquoi ... pourquoi ne m'avez-vous pas emmené avec vous? » demande-t-il de sa voix faible et cassée. « Je vous aurai suivi partout et vous le savez », dit-il sur un ton accusateur. « Pourquoi ne pas m'avoir pris? » Ses mains tremblent, peu importe à quel point il essaie de les arrêter. Sa voix est cassée par l'émotion. Ses yeux le piquent, mais Kira refuse de cligner de peur que des larmes ne tombent. Il a suffisamment l'air pathétique comme ça, il n'est pas nécessaire que l'autre le voit pleurer.
Gin fronce les sourcils devant son vice-capitaine. Il ne s'attendait pas à le voir exploser. Il a toujours fait passer à Izuru des moments difficiles, mais il ne l'avait jamais poussé au bord des larmes comme ça. Kira a toujours été fidèle, non seulement à son capitaine, mais aussi à ses amis. Rangiku, Hinamori, Hisagi, Renji. Kira les aime et les chérit tous. Gin se souvient encore de l'air douloureux sur le visage du blond quand il a lui ordonné d'arrêter Rangiku. En le laissant derrière lui, Gin lui a enlevé le poids de choisir entre ses amis et son capitaine.
« Izuru ... »
« Je vous hais, » dit-il. « Je vous hais, je vous hais, je vous hais! »
Gin regarde l'amas désordonné et tout tremblant qu'est devenu son vice-capitaine. Toujours ce bon vieux Izuru, toujours à trembler comme une feuille. Le garçon a besoin de conseils. Il soupire et se lève, caresse les cheveux blonds d'Izuru avant de s'éloigner. « T'as jamais été un bon menteur, Izuru. »
Hisagi frappe sa coupe de saké sur la table. « Qui a besoin de capitaines! »
« On n'a pas besoin d'eux, » hoquète Kira.
« Ils nous laissent derrière eux et disparaissent. » Hisagi se met à roter et tombe sur le dos, se frappant la poitrine de colère.
« Ensuite, ils reviennent s'attendant à ce que tout soit OK! » Le blond émet un émouvant gémissement et vide son saké d'un trait.
« Waouh, » Ichigo repère de loin des deux shinigamis. « Mauvaise retrouvaille avec vos capitaines? » demande-t-il avec sympathie.
« Il n'est pas mon capitaine! » hurle Kira et il se met à pleurer sur son bras. « Je sais Kira, je sais », gazouille Hisagi et il verse une autre tasse de saké. « Bois, poil de carotte. » Il pousse une tasse vers Ichigo, qui fronce les sourcils.
« Non, ça va merci. Moi je vais bien. » Il repousse avec précaution la coupe, luttant contre l'envie de goûter à l'alcool. Aussi attrayant que soit le fait de boire, la vision qu'affichent les deux vice-capitaines ne l'impressionnent pas du tout. Ichigo préfère plutôt être maître de ses actes. Qui sait ce qu'il pourrait avouer en état d'ébriété. « Eh Hisagi-san, tu viens du Rukungai? » demande-t-il rapidement avant que l'homme ne puisse lui offrir d'autres boissons alcoolisées.
« Ouais, ouais, ouais. »
« Est-ce ça a toujours été ... euh, pauvre? »
Les deux hommes se redressent de leurs tasses, échangeant un regard étrange sur leurs visages.
« Ehhh. Quel sujet sombre », dit Kira d'une voix traînante. Il lâche sa tasse, optant de siffler directement le saké au goulot. « Ce n'est pas comme si c'était plus déprimant que de vous voir vous saoulez », rétorque Ichigo, ce qui fait rire les deux vice-capitaines.
« Ouais, » répond Hisagi devenant d'un coup sombre. « D'aussi loin que je m'en souvienne, tout le monde a toujours été pauvre. Et affamé. Merde, je ne peux pas me rappeler ne serait-ce qu'un instant où je n'ai pas eu faim. »
« Pourquoi? »
« Que veux-tu dire par pourquoi? C'est comme ça que ça se passe. Les ryokas ont toujours été les pauvres », renchérit Kira, en ignorant le sale regard que lui lance Hisagi.
« Ouais, mais c'est normal? Je veux dire, pourquoi le Sereitei ne prend-il pas soin d'eux? »
« Eh bien, ce n'est pas le rôle du Gotei… »
« Mais c'est le rôle de qui? »
L'homme est réduit au silence. Hisagi se penche en arrière et regarde le garçon aux cheveux orange, accentuant son froncement de sourcils. Il vient du Rukungai et il a compris exactement ce dont parle le garçon. Contrairement à ce que tout le monde pense, même un enfant avec un reiatsu minimum ressent encore la faim. La seule façon de remplir son estomac affamé, c'est de voler ou de rejoindre le Gotei 13. Et même après l'entrée au Sereitei, tout le monde n'a pas la garantie de survivre.
Il regarde souvent avec envie ceux qui sont nés nobles. Ils ont toujours eu assez à manger, ils n'ont pas dû travailler pour gagner leur repas, et ils seront toujours assurés d'un siège dans l'une des divisions. Il regarde Kira avec envie. Même en tant que membre d'une famille noble mineure, la vie de Kira est aux antipodes de la sienne.
« Et le roi alors? Fait-il quelque chose? » Hisagi hausse les épaules à la question, déjà fatigué par le sujet. « J'ai l'impression que c'est un bâtard, gros et paresseux, » dit froidement Ichigo, ce qui fait avaler son saké de travers à Hisagi.
« Attention Ichigo, tu ne devrais pas parler du roi comme ça. »
« J'en ai rien à foutre d'un roi qui ne prend pas soin de son peuple! »
« Kurosaki-kun! C'est un blasphème! » dit Kira en haussant le ton, son visage rempli de crainte. « Personne n'est censé parler ainsi de sa majesté. Le roi est infiniment bon et infiniment juste! »
« S'il est si bon que ça, pourquoi laisse-t-il crever de faim les enfants du Rukungai? » Ichigo fronce très fort les sourcils, le visage tordu dans l'indignation et la colère. Quand il voit le regard abasourdi des deux shinigamis, il se détourne et claque la porte de la pièce, s'en allant avant d'exploser.
« Laisse-le s'en aller, Kira », dit Hisagi en jetant un bras autour de son cou. « C'est juste le bavardage idéaliste d'un gamin qui s'ennuie. Il va passer à autre chose demain. »
« Ah, ok », dit faiblement Kira et il prend la coupe offerte, désireux de noyer son chagrin dans la boisson.
Coyote Stark marche dans les couloirs de Las Noches avec une serviette jetée sur les épaules. C'est un spectacle rare de voir le Primera Espada se balader dans les environs. D'habitude, il ne sort jamais de sa chambre, préférant y dormir. Il passe devant trois arrancar numérotés et les regarde tristement se protéger de son reiatsu. « Vraiment? » demande-t-il dans la salle silencieuse. Même après avoir été scindé en deux entités, son reiatsu est encore trop dur à supporter pour un Arrancar. Il soupire et continue de marcher.
De loin, il voit quelqu'un avec des cheveux orange penché par la fenêtre du château. Son épaule est appuyée contre les grilles, comme une poupée de chiffon. Les yeux brun chaud sont en train de regarder avec intensité la muraille immense. Stark s'arrête un instant pour regarder les cheveux orange, admirant leur pure luminosité. L'orange est la seule couleur qui ressort des pièces monochromes de Las Noches. Se délectant de cette couleur chaude, il poursuit alors sa promenade. Il n'a jamais vu cet arrancar auparavant. 'Ça doit être une nouvelle fracción d'Apporo', pense-t-il. Le savant aux cheveux roses a pris l'habitude de modifier les arrancars pour son propre plaisir. D'ailleurs, la raison pour laquelle Aizen lui permet d'utiliser ses menos est quelque chose qui le dépasse.
Quand il atteint le bout du couloir, Stark s'arrête et se retourne. Le garçon ne bronche pas. Curieux, pense l'homme. Il prend la décision de poursuivre l'enquête. Il s'approche du jeune homme et attend. Toujours rien. Il avance d'un autre pas. Rien. Confus, il penche la tête. Curieux, très curieux.
Il s'approche du garçon jusqu'à ce qu'il ne soit qu'à quelques mètres de lui. Le garçon n'a pas bronché face à son reiatsu. Il ne peut pas détecter sa présence, même si près? Comme c'est étrange. « Salut, » dit-il, faisant sursauter le garçon d'un bond.
« Putain de merde ! Pourquoi vous faites ça! » hurle Ichigo à l'attention de l'homme. Son 'haori' se met à glisser de ses épaules. Stark regarde fixement la peau couleur pêche de son cou qui rosit et les sourcils froncés plus profondément. « Vous ne portez pas de masque. » Il saisit la joue d'Ichigo et il la tourne d'un côté et de l'autre. « Et vous n'avez pas de trou de hollow, » déclare-t-il en saisissant son 'haori' et en le repoussant pour l'ouvrir et inspecter son torse.
« Qu'est-ce-que… Bat les pattes, pervers! » Ichigo frappe la joue de l'homme et bondit en arrière, désireux de mettre une certaine distance entre lui et l'espada. « Bien sûr que je n'ai pas de trou de hollow, espèce de dingue! Je suis humain! »
Le visage de Stark s'illumine de compréhension, et grimace de douleur. Le garçon a un bon punch « Ok, c'est logique. » Il hoche la tête et s'éloigne. Après quelques mètres, le brun s'arrête et se retourne. « N'êtes-vous pas censé être une fille? »
« La FRAISE-TOUTOU. OU ES-TU? »
« Putain, » maudit Ichigo et il court vers les escaliers, seulement pour se retrouver bloqué par un Tesla tout sourire.
« Ne cours pas, être humain, Nnoitra-sama a envie de se battre contre toi. » Le blond se met à rire comme un être maléfique. Ichigo se contente de lui lancer un coup d'œil bizarre avant de changer de direction. « JE T'AI ATTRAPE, LA FRAISE! » dit Nnoitra, sautant depuis le coin de la pièce. L'espada balance en criant son épée vers le bas, sur le garçon.
Ichigo évite de justesse la barre oblique de sa double faucille et glisse par-dessous le long corps grotesque de Nnoitra. Il se tourne seulement pour se retrouver face à face avec le loyal serviteur de Nnoitra. Grimaçant à la vue du blond, Ichigo lui balance un coup de poing sans aucune trace de culpabilité et de remords. L'homme est tellement bizarre, pense-t-il. Il frissonne en entendant le rire fou, rire qui lui rappelle trop Kurostuchi Mayuri.
Stark regarde toute la scène se dérouler sous ses yeux, en prenant son temps pour admirer la manière dont le corps souple du garçon se plie pour éviter les attaques de Nnoitra. Le garçon aux cheveux orange le remarque en train d'observer et attire son regard de ses yeux bruns chauds. « Au secours! » glapit-il tandis que Nnoitra réussit à couper le pan de son haori.
Sans une seconde de plus, Stark s'avance et saisit le col du garçon puis saute par l'unique fenêtre. Ichigo s'accroche à lui comme un chat, criant à cause du brusque changement d'altitude. Ils atterrissent les genoux enfouis dans le sable. « Crétin! Nous sommes coincés maintenant! » Ichigo grogne et tire sur sa jambe. Avec facilité, Stark saisit la main du garçon, le sort du sable, et se met à courir.
Ichigo pousse un juron quand il entend Nnoitra crier « La FRAISE » et le voit les suivre par la fenêtre, mais l'étau sur son bras ramène son attention à l'Espada brun. « Alors, » demande Stark à bout de souffle. « T'es pas une fille? »
Ichigo fronce les sourcils en direction de l'homme et montre sa poitrine. « ÇA RESSEMBLE A DES SEINS, POUR TOI? »
Stark regarde la poitrine plate au-dessus de son épaule et pense à une certaine espada aux cheveux blonds qui aime le malmener. « Oui. »
Ils courent comme si le vent les portait, s'éloignant des murs de Las Noches jusqu'à ce que ceux-ci se confondent avec l'horizon. Leurs poumons les brûlent, leurs jambes leur font mal, mais ils ont continué à courir même après que la voix de Nnoitra ait été avalée par la nuit.
« ... bâtard, » Ichigo souffle derrière l'homme. « Lâche... moi! »
« Peut pas, » Stark souffle aussi. « Presque ... » l'Espada Primera tire sur son bras, suscitant un autre juron de l'homme.
Ichigo veut traiter l'Espada de tous les noms vulgaires auxquels il peut penser, mais l'air de Hueco Mundo est tellement froid qu'il a même du mal à respirer. Pour l'instant, il opte pour un grognement.
« ... Stark. »
« Quoi? »
« Mon nom... Stark. » L'espada se désigne du doigt puis essuie la sueur de son front. Lorsqu'Ichigo ne répond que par un regard vide, l'Espada sourit avec brio parce qu'il pense qu'il peut charmer le jeune garçon en parlant.
Ichigo regarde l'homme comme s'il s'agissait d'un fou et le frappe sur l'épaule. « Va te faire foutre, » dit-il. Stark glapit et tombe, perdant son emprise sur le garçon. « Ça n'a pas l'air cool du tout, » dit Ichigo et s'effondre sur le sable, en s'appuyant sur ses avant-bras. Stark tient ses épaules lancinantes et regarde le garçon haleter. La Fraise le frappe, comme Lilinette, pense-t-il. Il se tient au-dessus du garçon et le frappe en retour aux épaules.
« Ouille! » Ichigo frappe la cuisse de l'homme, le faisant tomber sur les fesses. Leurs yeux enfin au même niveau, Stark regarde le garçon avec attention. Ils se fixent l'un l'autre jusqu'à ce que Stark affiche un beau sourire, prenant le garçon au dépourvu. Sans pouvoir s'en empêcher, Ichigo se met à rire.
« Bon sang, c'est si relaxant, » soupire Ichigo et il enterre plus profondément ses orteils dans l'eau. L'Espada a insisté sur le fait qu'ils devaient marcher un peu plus loin, et ce, jusqu'à ce qu'ils atteignent une magnifique piscine creusée dans la roche. Ça fait environs trente centimètres de profondeur, avec de l'eau clair et de la vapeur due à la chaleur. Au beau milieu de la piscine, il y a un gros rocher avec un trou au centre, dont le vent, en soufflant à travers, créé une sorte de sifflement curieusement relaxant. Il a fallu quelques arguments convaincants pour décider Ichigo à se joindre à lui, mais Stark est heureux d'avoir réussi. L'expression détendue lui sied mieux que la grimace. « Tellement bonne, » gémit-il, avec dans les yeux quelque chose proche du plaisir.
« N'est-ce pas? Il y a encore mieux. » Le Primera Espada fouille parmi les pierres au fond de la piscine, en prend une et la jette sur la grande paroi rocheuse. Avec une bouffée d'air chaud, la petite piscine se met à gronder et bouillonner.
« Whoo! » dit Ichigo. « Merde c'est juste excellent! » il se met à glousser, fou de joie... Il ne peut pas s'en empêcher, les bulles, ça le fait marrer. Stark se joint à lui, pas tout à fait sûr de savoir pourquoi il rit. Il est simplement heureux qu'ils rient ensemble, comme une paire de loups hurlant à la lune.
« Je suis Ichigo Kurosaki, lycéen. » Stark prend la main offerte et la secoue lentement, de peur de casser la main du garçon.
Le garçon fronce les sourcils devant la faible poignée de mains. « Ce n'est pas comme ça qu'on se serre la main. » Ichigo saisit la main de l'homme et la secoue vigoureusement pour lui montrer comment faire.
Stark hoche la tête pensivement et essaie de nouveau. Prenant la main d'Ichigo, il la secoue avec plus d'enthousiasme. « Mon nom est Coyote Stark, Primera Espada. » Il sourit, heureux que la main du garçon soit toujours en un seul morceau.
« Primera Espada? Qu'est-ce que c'est? Est-ce que c'est une sorte de Nachos? » Ichigo est en train de se moquer et rit de sa plaisanterie.
« Non, » Stark se met à rire et enlève son gant pour montrer son tatouage à Ichigo. Les yeux d'Ichigo s'écarquillent. « Je ne peux pas croire que je viens de vous traiter de Nachos. » Il rit de plus belle devant son absurdité. Le sourire de Stark s'élargit et il émet un petit rire. Il aime bien cet Ichigo Kurosaki.
« Donc, numéro un, c'est ça? Cela signifie que vous êtes plus fort que Nnoitra et Ulquiorra réunis. »
« Pas vraiment. Grimmjow est assez fort et quand Nnoitra se bat, il me fait peur. »
« Ouais, c'est vrai que ce salaud est effrayant. » Ichigo frissonne au souvenir du regard sanguinaire que lui a envoyé l'espada aux cheveux noirs. « Alors... avez-vous une tâche spéciale pour aider, comme qui dirait, au plan de domination du monde d'Aizen? »
« Eh bien je participe, mais tout l'espada y est obligé. » Stark se met à bailler et se frotte les yeux. « Je préfère dormir dans ma chambre. »
« Hein. Ok. » Ichigo dévisage l'homme, s'efforçant de le comprendre. « Avez-vous un truc spécial? »
« Tout le monde a un truc spécial. Même Ulquiorra en a un, même s'il ne dort pas. »
« Hein, il n'y a donc rien d'extraordinaire à être le plus fort Espada? »
« Eh bien, Aizen me permet d'emprunter ses oreillers si Lilinette est en train de laver les miens. »
Ichigo éclate de rire. « Ça ne compte pas! » Stark sourit, il est heureux d'avoir fait rire à nouveau le garçon.
Lorsque leur rire s'éteint, ils demeurent silencieux, écoutant le sifflement du vent et le grondement de l'eau. Même ici, au Hueco Mundo, il est mieux loti que les personnes du Rukungai. Il sent un sentiment de culpabilité pénétrer son esprit.
« Qu'est-ce qui ne va pas? »
« Oh, rien. Je viens juste d'avoir une altercation avec deux de mes amis. »
« À propos de quoi? » avance Stark en dessinant des ronds sur l'eau.
« Eh bien, » Ichigo lui explique ce qui se passe à la Soul Society, qu'à l'intérieur de la Cour des âmes pures, il y a des nobles tandis qu'à l'extérieur des murs ce sont des enfants affamés. Il évoque l'acheminement de vivres organisé par Aizen qui lui a ouvert les yeux face à la pauvreté, et que personne, si ce n'est justement Aizen, ne fait quoique ce soit pour y remédier. Stark écoute en hochant la tête tout ce qu'il lui dit et pose des questions. Ichigo lui fait part alors de la conversation qu'il a eue avec Kira et Hisagi à propos du roi, que Kira vénère très profondément.
« Je ne sais pas, ai-je été trop sévère avec eux? Je veux dire, il se pourrait que les ryokas soient pauvres parce qu'ils sont paresseux ou un truc du genre. » Il soupire avec lassitude.
« Pas nécessairement, » interjette Stark. « On peut avoir des Ryokas nés dans la pauvreté et parce qu'ils sont pauvres, ils auront à peine de quoi manger. Parce qu'ils n'ont rien à manger, ils ne vont pas bien. Parce qu'ils ne vont pas bien, ils gagnent moins d'argent. En raison de leur faible entrée d'argent, ils ne peuvent pas manger la nourriture appropriée. Sans cette nourriture, ils sont sous-alimentés. Parce qu'ils sont mal nourris, ils ne peuvent pas bien travailler. Parce qu'ils ne vont pas bien, ils gagnent de faibles salaires. Vous voulez que je continue? »
« Ok, ok. Alors peut-être qu'ils ne sont pas paresseux, » dit Ichigo, surpris par la vivacité d'esprit de l'homme. « Mais ça ne fait qu'ajouter à la question de savoir pourquoi personne ne fait rien à ce sujet. » Il fait un signe de la pour montrer sa frustration. « Je veux dire, à part Aizen, » admet-il à contrecœur. « Mais n'est-ce pas la responsabilité du roi tous ces trucs? »
« La pauvreté n'est pas un problème facile à résoudre, » dit Stark. « C'est un cercle vicieux, et il est le même dans le monde réel qu'à la Soul Society. » Il s'allonge en arrière sur ses coudes et respire profondément. « C'est tellement mieux ici, au Hueco Mundo. Aucune règle, aucun gouvernement, pas de pauvreté. Tout est plus simple. »
« Ha! C'est l'anarchie! »
« Oh, mais nous avons une règle. » Stark sourit et agite ses doigts.
« Laquelle? Tuer et être tué? » Ichigo grogne devant le clin d'œil de l'homme. « Ce n'est pas vraiment une manière de vivre. »
« C'est la façon dont la nature a voulu que soit la vie. »
« Ouais, mais », Ichigo baille en étirant ses bras vers le ciel. « Si vous êtes faible, vous êtes mort. Si vous êtes fort, vous êtes obligés de tuer les plus faibles sinon ils vont vous tuer. » Il baille encore et continue à faire trempette dans la piscine. « Quelle vie solitaire ce doit être. »
Stark fixe le garçon, frappé par la vérité contenue dans cette simple logique. « Oui, seul », murmure-t-il. Ils tombent dans le silence, le genre que deux personnes partagent quand elles sont totalement à l'aise ensembles. Avec ses orteils, Stark fait des tracés sur le sable au fond de la piscine. « Lilinette n'aime pas venir ici, elle pense que tremper ses pieds dans l'eau, c'est faire preuve de paresse, » fait-il à moitié en gémissant. Ce qui fait rire Ichigo.
« Y'a rien de mal à être paresseux. » Ichigo ferme les yeux et croise les bras derrière sa tête.
Stark sourit et heurte avec ses pieds ceux de l'autre. « Ouais, c'est ce que je dis. »
Prochain chapitre : Kenpachi débarque. KENPACHIIIIII
