Réponse de la traductrice aux reviews :
Darkmoonlady : oui, Aizen est drôle…ment bourré de toc. Mais je suis bien d'accord avec toi, ils ont chacun un petit côté 'bizarre'. C'est d'ailleurs ce qui fait le charme de cette fiction : les personnages secondaires y occupent malgré tout une place importante.
AliceGarden : non, non, ce n'est pas du tout une idée. Stark aussi, il aime bien le parfum 'FRAISE'.
So Mizu : tu ne sais pas pourquoi tu adores le couple Tosen/Hisagi ? Bah… moi non plus. Pour tout avouer, j'espère même que ce ne sera pas un couple ! Quant à Kenpachi, pour se pointer, il se pointe : t'a juste qu'à lire ce qui suit.
Kiss-Suki : oui, les prétendants sont nombreux et c'est ça qui fait le suspens. Tu n'es pas fan de Grimmjow ? C'est ton droit le plus strict. Mais le traiter de 'bête sauvage' alors qu'un auteur lui a rarement prêté d'aussi 'pures ' sentiments, t'es dur là !
Saranya55 : ravie qu'elle te plaise et bienvenue parmi nous !
Chapitre 9
« Ichigo, tu manques à Kimon. »
« Kimon se sent seul sans toi. »
« Kimon mange pas quand t'es pas là. »
Le chat blanc est en train de fixer son ancien maître de ses yeux bleus clairs. Même son masque de Hollow ne parvient pas cacher la perplexité qui se réfléchit dans ses yeux. L'Espada aux cheveux bleus marche de long en large, marmonnant des excuses toutes faites à un auditoire imaginaire.
« Oi, Kurosaki! Tu manquais au chat ! » gronde-t-il en direction du mur. « Non, non, ça va juste l'agacer.» Grimmjow murmure et se retourne.
« T'étais où? T'as manqué à Kimon. » Il essaye de nouveau, cette fois avec une voix geignarde. L'Espada aux cheveux bleus fait une grimace et se retourne à nouveau. Si le chat pouvait, il roulerait des yeux et soupirerait. Si seulement son ancien maître cessait de se servir de lui comme excuse pour passer du temps avec le jeune homme aux cheveux orange. Même lui sait que le garçon aime passer du temps avec l'Arrancar.
Heureusement, Ichigo pénètre dans la chambre avant que Grimmjow ne tente sa troisième voix. Sur ses lèvres il reste les traces d'un sourire, mais, comme d'habitude, son front est marqué de son air renfrogné. C'est un spectacle amusant. « Kimon! » appelle-t-il, son visage se transformant en une grimace. La tête du chat blanc hollow se redresse et il se met à miauler de soulagement, heureux qu'on lui épargne le monologue de Grimmjow. Kimon saute du lit et frotte son corps contre les jambes du garçon, ce qui fait rire ce dernier. « Super petit gars », dit-il en chatouillant le chat.
Au moment où l'odeur du garçon commence à inonder ses sens, Grimmjow sent ses muscles se tendre. Oh mon Dieu, à nouveau cette odeur. « Tu manques à Kimon » s'exclame Grimmjow en désignant le chat d'un ton accusateur. « Voilà pourquoi il a dormi toute la journée. » Le chat lance un sale regard à l'Espada avant de s'enfoncer plus profondément dans le bras de son maître, savourant son parfum merveilleux.
« C'est vrai? » Ichigo lui gratte la mâchoire. « T'es juste comme Stark. Chat paresseux. » Il blottit le chat blanc et s'éloigne, ôtant son haori et se jetant sur le lit.
« T'as vu Stark? » demande Grimmjow qui s'est crispé au nom du Primera Espada. « Qu'est-ce qu'il a fait? »
Ichigo fronce les sourcils devant le ton soupçonneux de Grimmjow. « Hé, ne le déteste pas. Il m'a sauvé de cette Espada en forme de sauterelle.» « Nnoitra », corrige Grimmjow. « Ouais, Nnoitra. Puis il m'a montré un endroit génial avec des sources d'eau chaude à l'extérieur de Las Noches. » Ichigo sourit et tend les bras. Grimmjow parcourt de ses yeux les longs muscles tendus du garçon, imaginant les doigts de Stark dansant le long de la peau lisse. Ce n'est pas une image qu'il apprécie.
« C'est impossible, » dit Grimmjow qui tout d'un coup a l'air irritable. « Il n'y a pas d'eau à la surface du Hueco Mundo. L'eau est située au niveau le plus bas de la Forêt des Menos. »
« Eh bien, il y en avait là-bas, » insiste Ichigo. Grimmjow ne fait que répondre avec un regard empli de colère, rendant le garçon encore plus confus. « Si tu ne me crois toujours pas alors je vais t'y emmener un de ses quatre. » Il baille et tourne le dos à l'homme. Ce n'est pas le moment de chercher la bagarre. Il est fatigué, est au chaud et détendu. Et tout ce qu'il veut faire, c'est dormir.
Grimmjow envoie des regards acérés dans le dos du garçon, en colère contre son renvoi explicit. « Peu importe, » crache-t-il et sort en claquant la porte derrière lui.
Kimon bondit un coup et siffle en direction de la porte. « Putain qu'est-ce qu'il est bizarre, » murmure Ichigo en approchant son chat près de sa poitrine et il ferme les yeux. Le chat hollow regarde la porte et miaule parce que l'Espada est parti.
Zaraki Kenpachi est appuyé contre un gros rocher, son bras vaguement enroulé autour de son épée émoussée. Après son évasion de la réunion des capitaines, il a envoyé un papillon de l'enfer dans le monde réel pour demander un passage vers le Hueco Mundo à l'insaisissable Kisuke Urahara. Il n'aime pas traiter avec les gens louches comme lui, mais sa seule alternative était de demander de l'aide à Mayuri Kurostituchi, quelque chose qu'il ne ferait jamais, même dans un million d'années.
Ils sont actuellement dans la forêt juste à l'extérieur du quartier 59, à attendre que Yoruichi vienne les rejoindre avec le portail d'Urahara. Ikkaku et Yumichika sont sortis chercher de la nourriture pendant que Yachiru est occupée à installer une tente. Satisfait de la façon dont les choses se déroulent, Kenpachi s'installe en face du feu qu'il est en train d'attiser, en laissant la chaleur des flammes vacillantes chauffer ses membres froids.
Le doux parfum sombre des braises lui rappelle l'époque où il se baladait du côté de la montagne Zaraki. C'était le bon temps, de se promener en quête d'un combat avec seulement son épée pour compagnon. Il aimait s'endormir après avoir combattu la journée entière, reposer son corps fatigué devant un bon feu.
Certains jours, il se réveillait les vêtements raidis par tout le sang séché. Habituellement, c'était le signal pour cesser le combat, afin qu'il puisse laver ses vêtements. Maintenant qu'il est un capitaine, un gamin maigrichon de la quatrième division fait sa lessive. Selon lui, ses vêtements sont assez propre tels qu'ils sont. Pour Kenpachi, tant qu'il n'y a pas de sang dessus, pas besoin de laver une chemise.
Il ne savait pas qu'en tuant l'ancien capitaine, Kenpachi se ramasserait autant de responsabilités. Faire la paperasserie, former les débutants, assister aux réunions d'urgence des capitaines, et tous ces autres trucs ennuyeux. Il a réussi à refiler la plupart des papiers à Yumichika, mais il y a d'autres choses qui rendent sa vie au Sereitei moins agréable.
D'une part, il n'est pas autorisé à attaquer les autres capitaines, une règle qui l'irrite au plus haut point. Il a envie de se battre contre eux, juste pour voir s'ils sont aussi forts que la rumeur le prétend. Il veut surtout rabattre son caquet au capitaine de la 6ème division, une intention dont Kuchiki semble s'être rendu compte. Dans toutes les réunions de capitaine, il voit les yeux de l'homme trembler de peur avant qu'il ne s'éloigne. Heureusement que Kenpachi n'est pas aussi obsédé par Byakuya qu'il ne l'est avec Ichigo. Ichigo, il a voulu le tester, pour le vaincre et ensuite pour qu'Ichigo le vainque. Avec Byakuya, il veut juste voir le joli visage du noble se tordre de douleur.
En parlant de bonnes âmes coincées, il est surpris de constater que le Sotaicho n'a pas envoyé de messagers pour le ramener. En raison de son manque d'encadrement, le Sotaicho a toujours été clément, ce qui rend la 11ème division l'une des plus indépendantes. Cependant, cette fois, il a le sentiment qu'il sera absent pendant une longue période. En l'absence de Yumichika, les formalités administratives de la division vont certainement s'accumuler. Il ne peut pas imaginer sa division de brutes analphabètes essayer de remplir un rapport. Aussi pénible qu'être un capitaine puisse être, il aime bien être entouré d'hommes comme lui, des hommes qui préfèrent se battre plutôt que de manger.
Un bruissement venant de la forêt attire son attention. Il a un sourire entendu, quand il voit Ikkaku et Yumichika trébucher devant le camp, leur visage rougi et les vêtements en désordre. « Vous avez trouvé un peu de poisson? » demande-t-il en passant, surprenant ses officiers assis.
« Ah, ouais. Je vais les préparer tout de suite. » Yumichika rougit plus profondément et se détourne pour écailler le poisson qui vient d'être pris, en murmurant à quel point le poisson peut être laid. Ikkaku s'occupe avec Hozukimaru, attachant et détachant sa forme shikai pour éviter les yeux de son capitaine. Kenpachi leur sourit et se tourne vers son vice-capitaine. Yachiru est en train de faire la sieste sous une bâche, ses bras recourbés sous les plis de la lourde matière plastique. Elle était censée monter une tente, mais apparemment l'enfant a décidé que c'était stupide et elle s'est endormie en-dessous.
Ces trois-là sont sa... famille? Non, ils sont trop maboules pour être appelés une famille, et ils ne sont pas assez copains pour être appelé des amis. Camarades peut-être, mais même ce mot n'est pas suffisant pour décrire la profondeur de leur relation. C'est un lien empreint de respect et d'admiration. C'est un lien pur et naturel, comme des loups qui suivent leur alpha, lui faisant confiance pour subvenir à leurs besoins, pour assurer leur sécurité. Bien sûr, les hommes de Zaraki n'ont pas besoin d'être protégés, mais comme tous les animaux sociaux, ils ont besoin d'un troupeau auquel ils peuvent s'identifier.
Il sourit à ceux qui sont autour de la cheminée, les seules personnes dont il se préoccupe. Ses yeux se focalisent sur un endroit vide juste en face de lui, ce qui lui fait froncer les sourcils. Ichigo devrait être assis là. Il parlerait avec Yumichika, taquinerait Ikkaku, ou peut-être jouerait avec Yachiru. De toute façon, Kenpachi veut qu'il soit là avec lui.
Depuis leur combat, il y a un désir ardent dans son ventre. Au début, il pensait que c'était parce que leur combat s'était terminé comme un tirage au sort, et que le désir serait satisfait avec une revanche. Cependant, quand il voit le garçon, chaque fibre de son être lui hurle 'à moi'. Ce n'est pas son habituelle envie de sang. C'est paternel, ça se manifeste comme une envie de compagnie, d'élargir son clan de quatre à cinq. Il y a également quelque chose de plus, quelque chose de nouveau. Il a envie d'avoir quelqu'un à lui, et à lui seul, tout comme Yumichika est à Ikkaku.
Kenpachi sait qu'il a besoin de quelqu'un qui peut se confronter à sa puissante lame. Avec ses pouvoirs, son attitude, et son immense reiatsu, Ichigo est le complément parfait à sa meute. Il a aussi des cheveux bizarres, ce qui correspond à l'exigence officieuse du code capillaire de la 11ème division. Il sourit quand il se souvient des cheveux de couleur orange vif, qu'il compare à la luminosité du feu en face à lui. Ichigo est le feu. Il est passionné, rayonnant, et plein de vie. Si la présence de Kenpachi est un enfer éternel, eh bien Ichigo est la seule flamme qui peut l'empêcher de brûler tout le reste.
Le garçon est fait pour lui.
Les nouvelles de sa capture ont laissé Kenpachi à la fois en colère et heureux. En colère parce que le garçon n'est pas disponible pour une revanche, et pourtant heureux de constater que Ichigo lui fournit une raison pour se battre. Même sans consigne, le garçon le conduit déjà à son prochain combat, comme Ikkaku et Yumichika le font souvent. Il sourit à cette pensée, pensant déjà à des moyens de récompenser le garçon.
« Taicho, vous devriez vous reposer pour le moment. Ikkaku et moi allons prendre le premier quart », dit Yumichika, en lui tendant une brochette de poisson. Incrédule, Kenpachi renifle. « Tu seras probablement trop préoccupé avec la queue d'Ikkaku pour regarder quoi que ce soit d'autre », déclare avec désinvolture Kenpachi, faisant lâcher au cinquième siège son poisson.
« Taicho! » rougit Yumichika, sans doute plus surpris par le choix du mot que par le contenu de son commentaire.
« Il n'est pas question que je baise ce dandy! » Ikkaku montre le shinigami aux cheveux sombres, en veillant à éviter tout contact visuel avec lui.
« Je ne peux pas croire que tu viennes d'utiliser le mot 'dandy'. Quel vilain mot », soupire Yumichika et il se cache le visage derrière sa manche.
Une veine pulse sur la tête d'Ikkaku. « Vous voyez capitaine? Comment pouvez-vous attendre de moi que je m'approche d'une tapette comme lui! »
Yumichika halète et se tourne vers lui avec des yeux étincelants. « Ikkaku, » murmure-t-il. « Je ne savais pas que c'est ce que tu pensais de moi. » Yumichika se met à pleurer, il se penche vers Kenpachi et il enfouit son visage contre son bras. « Taicho! Veuillez le punir pour avoir piétiné mon honneur! » s'écrie-t-il, frottant son visage sur la manche de Kenpachi.
« Oi, Ikkaku. Dis à ta femme de lâcher mon bras. » Sans cœur, Kenpachi secoue son bras.
« Taicho! » se plaignent-ils en chœur. Juste à ce moment-là, le paquet rose endormi se redresse, avec sur son visage, un air renfrogné. Yachiru jette ses jambes puis ses mains en avant, en criant de frustration.
« Mouuuuu! Ken-chan, fais en sorte que Boule à zéro et Yun-Yun s'embrassent pour les faire taire! » grommèle Yachiru en bâillant, tandis qu'elle grimpe sur l'épaule de son Ken-chan.
Le visage des deux hommes devient livide, regardant en suppliant leur capitaine. « Vous avez entendu votre lieutenant. » Kenpachi éclate de rire et pousse Yumichika vers un Ikkaku rougissant.
Ikkaku attrape Yumichika et le tient à la distance de son bras. « Eh bien? » Yumichika croise les bras. « Tu ne vas pas me faire des excuses? » exige l'homme aux cheveux noirs, ses plumes de paon flottant d'ennui.
Le shinigami chauve grogne. « Très bien! Je suis désolé », dit Ikkaku sans regarder le shinigami qui affiche maintenant un large sourire. Yumichika se penche et brosse ses lèvres sur la joue de l'homme, provoquant un cri heureux de leur fukutaicho. Ikkaku s'essuie la joue vigoureusement, en cachant un sourire derrière sa manche. Il ne peut pas empêcher son Taicho de penser qu'il est un chiot malade d'amour.
Yumichika s'amuse de la réaction d'Ikkaku, sachant à quel point son amant veut conserver son image 'd'homme'. « Ok! Mangeons! » Il frappe ses mains et passe les bâtons de poisson grillé, en donnant un à son amant tout en regardant par-dessous ses cils. Kenpachi se met à rire et s'attaque à son poisson, se demandant si Ichigo est comme Ikkaku ou plutôt comme Yumichika. Putain, quand il sera un homme, le garçon sera probablement délicieux avec ses joues roses et son air renfrogné.
Les trois shinigamis remarquent le sourire heureux affiché par leur capitaine, mais décident de ne pas poser de question. A la place, Yumichika se colle plus près de son amant, en utilisant le prétexte de verser du saké pour le câliner un peu plus. Ikkaku s'empêche de pousser sa rayonnante 'femme' loin de lui, seulement pour découvrir Yachiru en train de manger son poisson. La petite shinigami sourit et mâche le poisson, avalant son dîner et celui d'Ikkaku en un instant. Kenpachi éclate d'un rire tonitruant.
Il les aime ces idiots.
Furieux, Ichigo fulmine quand Tosen lui donne la jambe sectionnée d'un hollow. « Putain qu'est-ce-que je suis censé faire avec ça? » Le visage s'éclairant de joie, Tosen sourit et désigne le panier qu'Ichigo porte sur son dos. Résistant à l'envie de tuer l'homme, Ichigo jette le membre sectionné dans le panier, grimaçant au bruit que cela fait.
Ils ont fait un long et pénible voyage à travers le Hueco Mundo pour trouver de grands Hollows et les couper en petits morceaux. Ichigo a l'honneur de porter la chair putride et collante, se bouchant le nez et la bouche quand le vent souffle dans son dos. Tosen est plutôt ravi du malheur du garçon. Il est même en train de siffler un air joyeux pendant qu'ils coupent le hollow suivant.
Jusqu'à ce matin, Ichigo trouvait que la vie à Las Noches n'était pas si mal. Réveil, petit déjeuner en compagnie de Grimmjow, séance de jeu avec Kimon, discussion avec Aizen, sieste avec Stark, et à la fin de la nuit, regarder Kira et Hisagi se bourrer la gueule. A Las Noches, la pression vécue par un étudiant, doublé d'un shinigami, est inexistante. Il n'a pas à se précipiter après l'école et mentir à sa sœur pour passer sous sa forme de shinigami, et pour la première fois depuis longtemps, Ichigo dort plus de 5 heures. Il est bien nourri, bien traité, et il a le chat qu'il a toujours rêvé d'avoir. Mis à part la menace constante de Nnoitra et de son Fracción, la vie est belle.
Ça, c'était jusqu'à ce qu'un Tosen portant des cuissardes ne fasse irruption pendant l'une des beuveries d'Hisagi et de Kira.
Les deux fukutaicho étaient inconscients lorsque l'ancien capitaine est arrivé avec un panier ridicule, son nez tiquant face à l'odeur d'alcool. Tosen s'est alors tourné vers Ichigo, qui l'a fixé en retour avec un air de défi. « Quoi? », a-t-il lâché. Il n'a pas pu s'en empêcher. L'homme l'a regardé comme s'il était responsable pour le problème d'alcool d'Hisagi.
« Viens », a-t-il dit en tendant au jeune homme un grand panier en osier.
Maintenant il est là, à marcher péniblement dans les dunes du Hueco Mundo, portant un panier plein de morceaux de hollow. Son lit bien chaud ainsi que son mignon chat blanc lui manquent, et il veut un bain de pieds à bulles. Ichigo fait la moue et se gifle mentalement. Il se dit 'Merde, depuis quand j'ai l'air d'un pleurnichard ?'
« Putain! » Ichigo a trébuché sur un caillou et s'est renversé sur la tête le contenu de son panier, éclaboussant du sang de hollow partout sur lui. Tosen le regarde froidement. « Ramasse-les Kurosaki », dit-il et il inscrit quelque chose sur son carnet.
Ichigo jure pour la énième fois et commence à ramasser les morceaux de cadavres. « Bon sang, pourquoi est-ce qu'on ramasse encore des morceaux de hollow? Est-ce qu'Aizen veut faire un Hollow version Frankenstein ou un truc du genre? »
« Un quoi? »
« Peu importe. » Ichigo lève les yeux. A quoi bon, l'homme ne connait pas de roman du 18ème siècle. « Dis-moi seulement... qu'il y a une raison pour que je sois couvert de matière collante de hollow. »
« Tu verras bien assez tôt. » L'homme s'éloigne, sans même regarder en arrière pour voir si le garçon suit bien.
'Foutue chauve-souris' murmure dans un souffle Ichigo en donnant un coup de pied au hasard dans l'un des membres hollow, l'envoyant faire un vol plané sur une dune de sable.
Ils gravissent une colline où une sorte de mur avec des fils de clôture est érigée tout autour d'un large fossé. Tosen le conduit sur un pont suspendu au-dessus du gouffre géant et s'arrête au milieu pour respirer l'air du Hueco Mundo. Autour d'eux, il y a ces arbres cristallisés qui parsèment le Hueco Mundo, révélant dans son intégralité leur gigantesque écorce. Tosen semble profiter de l'endroit, mais Ichigo est trop distrait pour remarquer la nature tout autour de lui. Après tout, il est difficile d'apprécier quoi que ce soit quand on est recouvert de matière hollow.
Tosen sent le garçon s'agiter derrière lui. « Concentre-toi » dit-il à Ichigo sur un ton dur de réprimande, provoquant encore une fois le regard noir du garçon sur lui.
« Me concentrer sur quoi? Sur le fait que je pue autant qu'un hollow? » Avant qu'il ne puisse continuer, Tosen bondit sur lui et le projette sur le sol, lui évitant de peu un cero.
« C'était quoi ça ? » Ichigo se relève, regrettant de ne pas avoir son épée. Venant de la forêt dense, la silhouette d'un Menos commence à apparaître. Sa gueule béante ruissèle de salive. Son masque est différent de ceux des Menos qu'Ichigo connait. C'est un masque sans trait particulier, avec seulement une ligne sur la joue droite qui sert de trou pour les yeux.
C'est un monstre gigantesque. Face à sa taille colossale, les arbres ne ressemblent à rien. Ichigo lance un juron et recule pour être arrêté par la prise de Tosen sur son bras. « Attend », dit-il. Ichigo se dit que l'homme a pété les plombs, ou qu'il est peut-être suicidaire. Peut-être que la mission d'Aizen est devenu trop difficile pour lui à supporter et qu'il veut en finir.
Le Menos gémit. Sa mâchoire s'ouvre et se referme comme le bec d'un poussin attendant la becquée. Tosen se saisit du panier rempli de morceaux de hollow et jette son contenu dans la gueule ouverte du Menos. Le monstre avale avec un 'slurp' dégoûtant, en faisant un bruit très satisfait avant de s'éloigner vers le bois.
« C'est quoi ce bordel? » chuchote Ichigo, en essayant de maîtriser sa voix tremblante. Tosen se penche pour essuyer sa main sur le haori du jeune homme. Un sourire béat danse sur les lèvres.
« A compter d'aujourd'hui, ce sera ton travail » dit Tosen puis il jette un petit poignard sur les genoux d'Ichigo. « Va tuer d'autres hollow. Gillian-san a très faim. »
« Tosen. »
L'aveugle ne bouge pas de son perchoir sur le gros rocher.
« Tosen », appelle de nouveau Ichigo. L'homme continue de l'ignorer. Fâché de ce traitement, Ichigo prend un os de son panier et le jette sur l'homme, le frappant l'arrière de la tête. Tosen se retourne lentement, sa main vérifiant ses cheveux tressés avec soin. Quand il ramène sa main, il découvre qu'elle est couverte du sang gluant d'hollow. Collante, visqueuse, pleine de sang.
Le garçon va payer.
« Kurosaki. » Il prononce le nom entre ses dents serrées. Il bondit à proximité du garçon avec son épée nue, avec l'intention de le tuer d'un seul coup. Ichigo pare rapidement le coup à l'aide du petit poignard recourbé, regrettant ce qu'il vient de faire. 'Putain, il est fort', pense-t-il en repoussant l'homme avec un grognement sourd.
« Pourquoi vous me haïssez tellement? » crie Ichigo entre deux coups.
« Parce que tu fais des choses comme celles-ci! » Tosen renverse à coups de pied le seau rempli de morceaux de hollow, en projetant encore plus sur le haori du garçon.
« Eh bien », balbutie Ichigo. « C'est vous qui avez commencé! » Il lance un morceau de viande vers l'homme, le faisant glisser au-dessus du pont étroit. Tosen grogne face au gâchis de nourriture.
« TU as trébuché sur un caillou et tu l'as renversé sur toi tout seul !» se met-il à hurler. Se faisant, il projette du sang sur sa veste en marchant tellement il est en colère.
« Vous M'AVEZ fait tomber! »
Les deux hommes se dévisagent tout en haletant, alors que leur reiatsu fluctue à un niveau dangereux. « Tu me paieras ça, Kurosaki Ichigo », siffle Tosen et, en un éclair, il rentre à Las Noches. Aizen va en entendre parler.
Le bras d'Ichigo est libéré de la prise de l'homme. Il regarde vers le bâtiment. Son dos le fait souffrir, son corps pue, et son moral est au plus bas. Tout ce qu'il veut, c'est prendre une douche et dormir.
« Ichigo-kun. » Aizen arrête l'orangé. Sa voix est bienveillante comme elle ne l'a jamais été.
« Quoi? », soupire Ichigo. Il n'a pas le temps pour ces conneries.
« Nous avons déjà eu cette conversation. » Du dos de la main, il touche doucement la joue du garçon, ôtant le sang séché de hollow.
« Je sais. » Ichigo passe la main dans ses cheveux, jurant quand il trouve une mèche de cheveux agglutinés par le sang de Hollow.
« Qu'est-ce que tu as à dire pour ta défense ? »
Ichigo lève les yeux. Si Aizen veut le traiter comme un gamin alors il agira comme un gamin. « C'est la faute de Tosen » dit-il en passant devant l'homme irrité.
Déçu, Aizen secoue la tête et saisit Ichigo par le bras. « Ne blâme pas les autres pour tes erreurs, Kurosa… »
Avant qu'il ait pu finir, Kaname Tosen arrive avec sa veste tâchée de sang. Elle est tout aussi sale que le Haori d'Ichigo, et ça pue autant. Aizen reste bouche bée, incapable de croire la scène qui se déroule devant lui. Ichigo envoie un sourire béat à Aizen avant d'aller dans sa chambre, qu'il ferme à clé derrière lui avant qu'Aizen ne se remette du choc.
« Kaname? » appelle un Aizen incrédule. Kaname Tosen, le plus fidèle serviteur d'Aizen, a enfreint la règle la plus absolue de Las Noches : porter un uniforme sale. Il s'agit de la première fois où Kaname désobéit à l'un de ses ordres.
« Aizen-sama. » Tosen s'incline et s'en va, désireux de laver le sang sur sa peau. Aizen regarde fuir le dos de l'homme, un regard confus encore sur le visage.
Si l'on devait coller une étiquette à Ulquiorra alors on pourrait le considérer comme un nihiliste. Il ne peut rien ressentir, n'a aucun sens du goût, ni de la mélodie, mais le plus important, il ne désire rien. A l'intérieur de lui, c'est le néant, un vide qui existe depuis l'aube de sa création. Il n'y a rien, et c'est naturel.
Même son premier souvenir est rempli avec le néant. Il se souvient d'un désert sans fin accompagné d'une grande étendue de ciel sans étoiles. Une terre vide et aride, sans aucun signe de vie. La seule végétation qu'il voit, est constituée d'arbres translucides disséminés dans le paysage. Il n'y a pas d'odeur, pas de bruit, pas de couleur ou de vie. Tout ça n'existe que là-bas, sans interaction, comme d'immuables sculptures mortes. Ça continue d'exister sans qui que ce soit pour le régenter, sans raison apparente, et sans donner le moindre sens à leur existence.
Tout comme lui.
Il se souvient d'avoir erré pendant des jours, d'avoir monté des collines, d'en avoir redescendues, d'avoir traversé des gouffres, d'être allé sous terre. Il aurait marché pendant des semaines, sentant le sable se mouvoir sous ses pieds. Il ne s'est pas arrêté. Il ne s'est pas reposé. Il s'est contenté de marcher. Comme une routine aveugle et vide de sens, du genre qu'il ne rechigne pas à faire.
Tout au long de sa marche, Ulquiorra se rappelle être tombé sur une grande fosse sombre, rempli de Hollows très grands et sombres, rassemblés ensembles. Ils luttaient les uns contre les autres, avec leurs longues dents acérées étincelantes et leurs griffes. Il s'est assis et s'est mis à les regarder car ils montraient leurs dents et s'arrachaient les uns les autres leur chair, un acte (il le découvrit plus tard) essentiel à leur survie. Il les regarda avaler la chair de leur semblable, trouver de la nourriture à partir d'un acte destructeur. Certains criaient à l'agonie, d'autres émettaient des sons comme un rugissement triomphant. Pourquoi ne l'auraient-ils pas fait? Ils ont prolongé leur vie grâce à la chair de leurs camarades. N'est-ce pas une cause digne d'être célébrée?
Ulquiorra n'aurait su le dire. Lui ne voulait pas vivre, et il ne désirait pas non plus mourir. Pour lui, la vie n'est rien de plus qu'une errance sans fin. Ce n'est pas le fait qu'il craigne la mort qui l'empêche de mourir. Il n'a pas d'émotion, car les émotions, ça ne se voit pas. Et ce qu'on ne voit pas, on ne peut pas le toucher, donc ça n'existe pas.
C'est la seule conclusion logique.
Tout ce dont il a été témoin relève de l'instinct primal. Les Hollows mangent des Hollows, se déchirant les uns les autres avec leur bouche toujours affamée. Des animaux se prenant les uns les autres pour satisfaire leur besoin sexuel et puis dévorant leur corps après leurs copulations. Pas d'émotion impliquée dans leur action. Il s'agit juste du résultat de leur instinct, rien de plus.
C'est pourquoi il déteste Orihime Inoue.
D'habitude, il évite comme la peste la présence d'idiots émotionnels. Il va même jusqu'à avoir des contacts minimum avec ses collègues espada. Il estime que, plus on est sensible émotionnellement, plus on est difficile à manipuler. Cependant, Aizen a mis la femme sous sa garde, ne lui laissant pas d'autre choix que d'être en contact avec elle.
Ce n'était pas censé être une tâche difficile. Lui apporter de la nourriture, la regarder manger, la laisser. Lui apporter de la nourriture, la regarder manger, la laisser. Simple, propre, efficace.
En tant que gardien, il a été exposé à ses particularités, ses émotions quotidiennes, et son entêtement. Son bavardage constant sur l'amour et l'amitié l'a irrité. Ses idéaux illusoires à propos de ses sauveurs l'ont fait douter sur l'intelligence de la femme, et même sur sa santé mentale. Personne ne devrait pouvoir continuer à espérer lorsque le dernier lambeau d'espoir a disparu. Il avait l'intention de briser sa détermination, de lui montrer que sa réalité était fausse. Il aurait peut-être pu la conduire dans le même vide que celui dans lequel il vit, et vers la mort. Avant qu'il ait pu faire quoi que ce soit, elle lui a été enlevée et échangée contre un autre idiot.
Ichigo Kurosaki.
Il est effronté et bruyant. Il est très semblable à Orihime, et pourtant ils sont différents. Désespérément optimiste, émotionnellement instable, et pas en phase avec leur propre réalité. Ulquiorra a pensé que le reiatsu instable du garçon finirait par le tuer, cependant sa présence continue à prouver qu'il avait tort.
Il a espéré qu'il pourrait employer les mêmes tactiques avec le garçon. Monter, apporter de la nourriture, s'en aller. Contact minimum, risque minimum d'interagir avec l'idiot. Cependant, son Seigneur et maître a insisté pour que l'arrancar discute régulièrement avec Ichigo. Aizen veut que le garçon puisse se sentir 'heureux' et 'aimé'. Bien sûr, Ulquiorra est le bon choix pour inspirer 'bonheur' et 'amour', qui d'autre, sinon un arrancar dépourvu d'émotion pourrait s'en charger?
Ulquiorra se débarrasse de son sarcasme. Qui est-il pour remettre en cause les décisions de son maître? Il fera son travail, et il le fera bien. Il a même rencontré Ichimaru pour qu'il lui enseigne les points essentiels d'une conversation. Ulquiorra est donc persuadé qu'il va bien s'en sortir de cette routine dénuée de sens pour lui. Il roule la desserte de nourriture jusqu'à la porte sur laquelle il frappe, et attend que le garçon vienne ouvrir. Gin dit que c'est mieux de ne pas entrer sans y être invité. Quelle étrange coutume.
La porte se déverrouille, ce qui sortir Ulquiorra de ses rêveries. Au lieu du garçon aux cheveux familiers orange, il est accueilli par un homme étranger, vêtu d'un haori de capitaine. C'est un géant, avec des pointes et des cloches décorant ses cheveux. L'intrus porte sur son épaule un Ichigo inconscient, son corps encore humide et dégoulinant d'eau. Une serviette traîne dangereusement bas sur les hanches d'Ichigo, mais l'homme a semblé préférable qu'il en soit ainsi.
Ulquiorra n'est pas sûr de savoir comment procéder. Il ne se souvient pas d'un scénario comme celui-ci dans ses leçons. Son instinct lui dit de tirer son épée, mais un mot de Gin fait écho dans sa mémoire. « Rappelez-vous Ulquiorra, peu importe si la situation est compliquée, ne dégainez pas votre épée. C'est impoli. »
Ulquiorra reste confus. Ichimaru n'était pas très clair dans son explication. Il aurait dû s'adresser à Tosen-sama.
Avant qu'Ulquiorra ne puisse décider quoi faire, l'intrus a déjà remarqué sa présence. « Dégage, le visage pâle » dit-il d'un ton bourru, bousculant l'arrancar de ses épaules. En moins d'une seconde, l'homme a disparu, utilisant le shumpo pour s'éloigner de la scène du crime.
Ulquiorra regarde son épaule, se focalisant sur sa veste froissée. Aizen-sama ne sera pas content s'il fait son rapport avec un uniforme froissé. Il décide que le garçon va de toute façon mourir alors pourquoi s'embêter à risquer de mécontenter son maître. Ulquiorra ôte sa veste et se met à la lisser chemin faisant. Malheureusement, la boue que l'homme a laissé derrière lui, s'est porté sur le dos de sa veste, ce qui lui fait froncer encore plus les sourcils. Il semble qu'il va devoir en premier lieu laver sa veste.
Ulquiorra soupire et se met à marcher en direction de la laverie. Kurosaki devra attendre. La propreté d'un uniforme est prioritaire au danger encouru par un otage.
C'est ce qu'Aizen dirait.
Prochain chapitre : Ukitake rejoint la folle équipée. Ichigo est sauvé mais par qui...?
