Chapitre 12

Il est en train de flotter quelque part où de l'eau est doucement projetée contre sa peau nue. Ses yeux sont fermés, sa respiration coupée, et son esprit vide. Où est-il? Dans une rivière? Non, l'eau est beaucoup trop chaude pour une rivière. Peut-être qu'il est dans une piscine, ou dans une baignoire. Mais comment peut-il y avoir des vagues dans une baignoire? Peut-être qu'il est en mer, avec le soleil qui réchauffe l'eau, à attendre qu'un ban de sirènes vienne à lui et lui fasse un bon vieux massage dans le dos. Cette pensée le fait sourire.

« Ichigo. »

C'est si paisible ici, avec rien d'autre que lui et l'eau. Dans cette eau, il ne ressent aucune peur, aucun stress, ou solitude. Il ne ressent rien et ça lui plait. Il est juste en train de flotter dans l'eau, sans se préoccuper des autres.

« Ichigo. »

Tout ce qu'il entend autour de lui semble faible et éloigné, comme le rêve lointain d'un passé dont il ne veut plus jamais se souvenir. Il a essayé de noyer la voix en plongeant plus profondément dans l'eau, mais l'eau ne veut tout simplement pas. Eh bien.

« Ichigo. »

Maintenant, si seulement ce bruit gênant s'arrêtait...

« Eh Le roi! »

Il ouvre les yeux. « Zangetsu? », appelle-t-il.

Après que le nom ait franchi le seuil de ses lèvres, il se noie.

« Putain! »

D'un coup, Ichigo ouvre les yeux et pose une main sur sa poitrine, à bout de souffle.

« Ichigo! » La porte s'ouvre à son tour, révélant un Ukitake très inquiet. Avant qu'il ait pu toucher le garçon, Ichigo tend ses mains sur la poitrine de l'homme, en le repoussant. Il a besoin d'air, pense-t-il frénétiquement. Ichigo frôle l'homme et se met à courir comme un fou dans la cour. Il atterrit dans le jardin de sable de la maison dont il détruit le ratissage minutieux.

Une domestique arrive et essaye d'aider le garçon, mais Jūshirō lui demande de s'éloigner de peur que le garçon s'en prenne à elle. De loin, il voit bien le garçon haleter, avec de petits hoquets qui accompagnent chaque respiration. Ukitake fronce les sourcils et se met à genoux à côté de lui. Il lui tient l'épaule pour stabiliser son corps tremblant. « Qu'est-ce qui ne va pas? », demande-t-il de sa voix la plus douce.

« Je ne sais pas », lâche Ichigo. « Putain, j'en sais rien du tout! » Il hurle et réussit à briser un rocher à proximité avec son reiatsu. Ukitake est frappé dans le dos par l'incroyable pouvoir spirituel du garçon. Il grimace lorsque le vent coupe sa joue. Il voudrait calmer le garçon, mais tout ce qu'il peut faire, c'est faire bloc quand le vent puissant se met à le balayer. L'air est chargé de pouvoir spirituel, et les fondations de la maison tremblent et craquent en réponse. Du sable tourbillonne autour de lui et les nuages au-dessus se regroupent en une tornade. Au milieu de cette pagaille, se tient Ichigo, à genoux avec la bouche ouverte dans un cri silencieux. A travers l'air qui crépite et le sable virevoltant, Ukitake voit quelque chose qui le choque.

Ichigo est en train de pleurer.

« Putain. » Il suffoque dans des sanglots entrecoupés, des larmes de colère traînent sur son visage. « PUTAIN ! » se met-il à crier sous le vent avec une telle haine et un tel dégoût qu'il fait tituber l'homme.

« Ichigo! S'il te plaît, arrête! » Ukitake hurle contre le vent, tenant son bras pour protéger son visage contre les bourrasques et le sable. Ichigo tourne son regard vers lui, le visage perdu et confus. Ses yeux supplient que quelqu'un vienne le guider, que quelqu'un vienne prendre le contrôle. Ichigo pousse un dernier hurlement à fendre le cœur et tout redevient soudainement calme.

« Ichigo? » tente Ukitake.

« Bon sang, je ne sais pas. » Le garçon sanglote.

Aizen a la tête appuyée contre sa main et a le regard perdu dans ses pensées. Tout à coup, le large zanpakuto commence à léviter depuis la table de marbre. Quand il essaye d'y toucher, une petite vague de reiatsu noir bondit et lui brûle le bout des doigts. L'homme fronce les sourcils et se trouve à court de mot. Gin se tient silencieusement à ses côtés et regarde la lame charger l'air avec son propre reiatsu. Quand il tente aussi d'atteindre la lame, les flammes noires éclatent et brûle toute sa main. L'homme aux cheveux blancs pousse un pitoyable petit gémissement.

« Tu n'apprendras jamais, n'est-ce pas? » Gin ignore le commentaire sarcastique et se penche vers la lame en prenant soin de ne pas y coller son visage.

« Ichigo doit avoir mal », dit-il avec insistance en tenant sa main abîmée près de sa poitrine.

« Oh? » Aizen lève un sourcil, pas encore sûr de ce qu'il faut faire avec le phénomène.

« C'est la lame », dit Gin. « Zangetsu. Il lui manque. Ichigo lui manque.»

Le froncement de sourcils d'Aizen s'approfondit. Puis son visage redevient rapidement lisse avec son habituel sourire confiant. « Eh bien, il suffit que nous le ramenions maintenant à la maison, n'est-ce pas? »

La lame s'arrête soudainement de vibrer. Son éclat métallique commence à perdre de sa brillance. Elle tombe soudainement et s'empale sur la table de marbre, attendant que son maître vienne la prendre. Puis, un tintement sinistre se fait entendre.

« Y pleure maintenant », dit Gin. Sa voix est presque triste.

« L'épée qui chuchote, c'est bien assez », dit Aizen d'une voix calme mais portant un soupçon d'agacement. Ichimaru se rattrape immédiatement et envoie à l'autre son sourire habituel. « J'déconne! » Il chantonne et quitte la salle du trône en faisant claquer sa langue de manière ludique.

Aizen attend que la porte se referme pour tourner son attention vers la lame. « Ne pleure pas. » Il touche le zanpakuto comme on le ferait pour réconforter un ami en deuil. « Nous allons le ramener. »

Mais peu importe à quel point l'homme caresse doucement la lame, l'épée poursuit ses cris d'angoisse.

Ukitake fait courir ses doigts à travers les cheveux orange en bataille, le tout dans un silence rassurant. Ichigo a couché sa tête sur les genoux d'Ukitake. Ses doigts sont secoués de spasme et son corps tremble. Ça fait un moment que les larmes ont cessé, mais pas le tremblement. Des domestiques nerveux sont venus jeter un œil depuis le coin du couloir, mais ils n'osent pas déranger le maître et son invité. D'un signe vague de la main, il a dispersé la petite foule de servants, les renvoyant à leurs autres fonctions.

Le domaine d'Ukitake est dans un état de chaos. Sable et gravier sont répandus sur toute la plate-forme en bois. Les poutres sont fissurées et les châssis ont volé en éclats. Des bouts de papier et de tissu ont été jetés au hasard sur le plancher en bois. Le jardin de sable est à nu dans la mesure où le plus gros du sable a été dispersé lors du déchaînement d'Ichigo. C'était une scène tout droit sortie d'un film catastrophe.

Quand son agitation s'arrête et que son corps redevient calme, Ichigo se redresse avec un regard épuisé et confus. « Merde », dit-il quand il examine le périmètre autour de lui. Ukitake a un rire surpris et hoche la tête de concert. « Oui 'merde' en effet », reprend-il en lissant les cheveux du garçon.

Ichigo se penche sur les doigts et soupire sous la caresse désormais familière. « Merde », dit-il avec lassitude. « C'est moi qui…? » Ukitake hoche la tête en réponse à la question inachevée et remarque les ombres sous le visage d'Ichigo. Le garçon a l'air d'avoir vingt ans de plus.

« Pourrais-tu me dire ce qui s'est passé? » Ichigo secoue la tête. « C'est juste que... Il y a quelque chose que j'ai oublié et dont je n'arrive pas me souvenir. »

« Qu'est-ce que c'est? Ton uniforme de shinigami? »

« Non, c'est quelque chose de plus... » Il pose sa main contre sa poitrine. «…important. »

Ukitake soupire et décide de laisser tomber. Ça a été une longue nuit et il aimerait beaucoup se remettre au lit. Le capitaine de la treizième division se lève, étouffe un bâillement et étend ses bras. « Tu dois être fatigué. Permet-moi de te ramener au lit », dit-il en tendant sa main au garçon.

« Je peux marcher sur mes deux putains de pied. » Ichigo balance cette réponse toute faite depuis que Kenpachi l'a 'sauvé' à Las Noches. Instantanément, l'air furieux se mêle à un regard coupable. « C'est pas ce que je voulais dire. Je peux marcher tout seul. » Il rougit d'embarras. « Désolé, c'est juste que Kenpachi essaie toujours de, je veux dire, je ne suis pas… »

« Non, non, je comprends. » Ukitake balaye de suite l'offense. Il n'a pas vraiment compris ce que le garçon voulait dire et n'est pas sûr d'avoir envie de savoir. Comme dirait sa mère, si c'est dit à minuit passé, alors laisse tomber et garde le pour le lendemain. Mais avant qu'il ne s'éloigne d'Ichigo, une violente quinte de toux le laisse sur place.

« Hé! Ukitake-san! » Ichigo rattrape l'homme qui tombe à genou, crachant du sang sur sa manche. « Je vais bie… »

La vue du sang alarme le garçon aux cheveux orange, qui instantanément se déplace à ses côtés et lui tend la main. « Ukitake! » Ichigo frotte le dos de l'homme. Il est surpris par la violence des secousses qui prennent le plus vieux. Lorsque sa toux redevient plus violente, la voix d'Ichigo devient intense. « UKITAKE! OI, N'ALLEZ PAS MOURIR!» Ichigo est au bord des larmes quand il prononce ces mots. « UKITAKEEEEEEE! »

Tout de blanc vêtu, l'épée gainée à leur taille, les quatre hommes viennent d'atterrir juste derrière le mur de la Cour des âmes pures. Les paysans aux alentours détalent de leur chemin en renversant leurs paniers plein de légumes. Stark passe sa main dans ses cheveux bruns et analyse leur environnement. Ses yeux s'adaptent à l'explosion soudaine de couleurs. Ulquiorra couvre ses yeux du soleil au-dessus d'eux. Il finit par les plisser. Pas étonnant que Gin garde les yeux fermés. Le soleil est impitoyablement lumineux à la Soul Society.

Derrière eux, les deux shingamis halètent comme des poissons sur la terre ferme. Le Garganta a toujours été dure pour leur espèce, pense le Primera espada. Ulquiorra, cependant, n'est pas aussi sympathique que son compagnon. Il tire sur les chaînes attachées à leur col, ce qui lui vaut un sale regard du plus rebelle, Hisagi. « Allez, cherchez Ichigo », ordonne Ulquiorra avec désinvolture comme on commanderait une boisson dans un restaurant.

« Ôte d'abord leur chaîne Ulquiorra, ce ne sont pas des chiens », dit Stark en lui lançant un regard désapprobateur.

Ulquiorra refuse d'emblée « Non, ça va ajouter un risque inutile pour cette opération. »

Stark soupire et ôta ses gants. Il n'a jamais voulu utiliser cette méthode. « Tu vois ça? » dit-il en montrant le tatouage sur le dos de sa main. « Quel est le nombre que tu vois? »

« Un ».

« Et quel est ton numéro? »

« Quatre. »

« Et donc, quel est le plus haut rang, un ou quatre? »

Ulquiorra regarde Stark d'un air absent. « Un », répond-il, et ce faisant, il claque des doigts pour dissoudre la chaîne. Stark affiche un petit sourire triomphant. Ulquiorra a toujours été un maniaque de la hiérarchie, une faiblesse qu'il vient de très bien exploiter. Le dit espada remarque le sourire et fronce les sourcils.

« Je n'aime pas cet arrangement », déclare le Quatro espada à haute voix, en saisissant les deux shinigamis par leur veste.

« Tu pourras le dire à Aizen quand nous serons rentrés », dit comme ça le Primera espada. Il étire ses bras pour se prélasser dans la chaleur du soleil.

« Et si je ne fais pas comme tu dis? »

« Alors je le dirai à Aizen dès que nous serons rentrés » dit Stark dont on sent la voix de plus en plus agacée. Il joue avec les bracelets à son poignet. Il s'agit d'un dispositif de suppression de reiatsu qu'Aizen lui a donné, quelque chose qui va le rendre moins détectable à l'intérieur du Seireitei. Il est un peu perplexe qu'un dispositif aussi petit puisse contenir son immense reiatsu, mais il le porte néanmoins.

Kira est complètement abasourdi par la conversation enfantine. Il s'agit de sa première rencontre avec un espada, et l'appréhension qu'il en avait s'envole à la minute où les premiers mots franchissent leur bouche. Il avait entendu que l'Espada était l'élite de l'armée d'Aizen, un groupe de machines à tuer impitoyables. Les voir se chamailler comme des enfants diminue la crainte qu'il a d'eux. « Hisagi-san, devrions-nous? » chuchote-t-il à l'intention de son collègue shinigami.

« …nous barrer en courant? Après toi. » Hisagi frotte la partie de son cou où la chaîne était attachée.

« Vraiment? » Kira s'avance plus près, prêt à recevoir des instructions. 'Hisagi-san est incroyable', se dit-il. 'Même avec l'ennemi à nos côtés, il a déjà un plan en tête.' Il rayonne. Peut-être qu'ils ont une petite chance de survivre. « Alors, quel est ton plan? » demande-t-il.

« Je ne sais pas. Je te dirai dès que j'en aurai un », chuchote le shinigami aux cheveux noirs, détruisant ainsi le dernier espoir d'évasion de Kira.

Stark appelle le duo en chuchotant : « Vous deux , conduisez-nous à la tanière de Kenpachi Zaraki. »

Kira éclate presque de rire quand l'arrancar dit 'tanière'. « On appelle ça une caserne de division ici », dit Hisagi. Sa voix claire est dépourvue d'émotions. Ulquiorra se dirige vers le shinigami aux cheveux noirs et il saisit l'uniforme du plus grand avec son poing. « Conduis-nous là, Kira Izuru » ordonne Ulquiorra. « Et si tu ne nous donnes pas la bonne réponse, » il dégaine alors son épée et la pointe contre la clavicule d'Hisagi. « Eh bien, celui-ci mourra. » Kira déglutit et hoche la tête. Hisagi roule des yeux, en pensant qu'il pourrait facilement battre l'espada sans la menace de sa lame.

« Nous devons passer par le gardien de la porte pour atteindre la caserne de Zaraki-Taicho » indique Kira. Sa voix est de plus en plus découragée tandis qu'il pense au plan de manière plus approfondie.

« Conduis-nous ou je lui tranche le bras », ordonne Ulquiorra en tordant le bras d'Hisagi derrière son dos. « Marche », lui dit Stark. Kira regimbe puis hoche la tête, en priant tous les dieux qui existent que le gardien pourra croire le mensonge qu'il s'apprête à lui faire avaler.

Les dieux sont cléments ce jour-là.

« Sérieusement, » Ichigo essore l'eau chaude d'une serviette et l'agite autour pour la refroidir. « Je croyais que vous étiez en train de mourir! » dit-il d'un ton accusateur.

« Eh bien désolé de t'avoir inquiété », Ukitake est en train de s'excuser pour la millième fois. Ichigo lève les yeux et passe le chiffon humide sur la joue en sang de l'homme.

« C'est le moins que je puisse faire après avoir détruit votre maison. » Ichigo hausse les épaules. « En passant, je suis vraiment désolé pour ça », dit-il avec un soupçon de culpabilité et de honte dans la voix.

« Non, non. Ce genre de choses arrive. » Ichigo arrête ses soins et envoie à l'homme un regard qui hurle 'Vous seriez pas en train de vous foutre de moi?' « D'accord, peut-être que ça n'arrive pas » Ukitake a un rire nerveux. Ichigo éclate de rire avec lui. C'est la première fois qu'il rit depuis son arrivée à la Soul Society.

« Merci de me laisser rester ici jusqu'à ce que je sache ce qu'il faut faire », dit-il tranquillement.

« Vous n'avez pas à sortir de votre routine pour moi. »

« Tu es parfaitement le bienvenu, Ichigo. » Ukitake tapote l'épaule du garçon. « Même si Kenpachi-taicho voulait te garder, c'est plutôt gênant de cacher quelqu'un comme toi dans une caserne. »

« Ouais, et on dit qu'il est convoqué en conseil disciplinaire pour avoir sécher une réunion. Est-ce vrai? » demande Ichigo, en essayant de son mieux d'arrêter de ricaner. La pensée d'un Kenpachi jeté sur les genoux de Yamamoto pour une fessée, est trop difficile à supporter.

« Oui. Il était tellement déterminé à te sauver, qu'il est parti de la réunion des capitaines. »

« HEIN? Quel homme impatient » dit Ichigo pas vraiment amusé par le niveau de maturité de l'homme.

Ukitake attrape le regard d'Ichigo et corrige rapidement : « Je veux dire, nous étions tous inquiets à ton sujet. Tu devrais voir comment Komamura et Byakuya se sont farouchement disputés quand ils ont appris ton enlèvement. »

Ichigo rougit car il n'est habitué à ce que les gens se battent en son nom. C'est généralement l'inverse. « Vraiment? »

« Bien sûr. Qui ne voudrait pas te défendre? »

« Ouais, mais pourquoi? » Ichigo se détourne. « Ce n'est pas comme si j'étais un capitaine ou un truc du genre. Je ne suis qu'un shinigami remplaçant. »

« Ichigo! », dit l'homme sur un ton de réprimande. « Tu devrais avoir une meilleure opinion de toi! » Il se penche et tend la main. « Tu es allé en territoire ennemi, tu as libéré un otage, et tu nous as épargné une grande guerre, une guerre où certains… » l'homme jette un regard méfiant par la fenêtre, « pourraient ne pas survivre. » Son poing se serre quand il pense à ses amis chers qui pourraient mourir. « Donc, je te remercie. » Ukitake serre légèrement la main. Son visage habituellement souriant devient sombre et grave. « Je sais que ces mots sont loin de suffire à exprimer notre gratitude, mais sache que nous te sommes redevables, Ichigo-kun. »

Ichigo a la mâchoire qui tombe devant de la sincérité de l'homme. Après quelques secondes de silence, Ichigo se met à rire.

« Ichigo-kun! » Manifestement interloqué par le rire, Ukitake devient rouge.

« Désolé! » Il s'arrête entre deux rires. « C'est juste… » Ichigo a du mal à aligner deux mots. « Vous n'avez pas besoin d'être si grave, bon sang! »

Ukitake se rappelle soudainement d'un shinigami aux cheveux noirs que disait exactement la même chose.

« Pas besoin d'être sentimental, Taicho! Vous savez que je serai toujours à vos côtés! »

Il se permet un petit sourire nostalgique.

« Tu ne devais jamais me quitter, hein Kaien? »

« Hein? Désolé, je n'ai pas compris. » Ichigo ricane en essuyant les larmes au coin de ses yeux.

« Aah, oublie. C'est juste le murmure d'un vieil homme. »

« Si vous le dites ... » dit Ichigo prudemment. Il se penche et pose son front contre celui de l'homme. Il craint que celui-ci puisse être pris d'une fièvre délirante. Le geste familier fait sourire Ukitake. Il se souvient de la façon dont Kaien avait l'habitude de faire exactement la même chose que lui. Il a beau aimer les souvenirs, il repousse le garçon en lui disant pour la centième fois aujourd'hui qu'il est quelqu'un de bien. Bien sûr, Ichigo ne le croit pas. Son père lui a toujours enseigné de ne jamais croire ce que le patient dit. C'est bien là une déclaration typique d'un médecin.

« Assez de ces paroles déprimantes, parlons de quelque chose de plus gai! » L'homme change de sujet tellement rapidement qu'Ichigo en est presque en sueur. « Donc, Ichigo », Ukitake allonge sa tête sur ses genoux. « Aimes-tu les trucs sucrés? »

« Euh, je suppose. » Ichigo essaye de détourner les yeux de ces grands yeux bruns mélancoliques.

« Génial! J'ai plein de bonbons que tu aimeras! » Ukitake se lève pour fouiller dans ses tiroirs.

« Eh, mais je ne veux… »

« Allons donc! Bien sûr que tu veux des bonbons! »

Ichigo soupire. Tout porte à croire que le capitaine de la treizième du Gotei est quelque peu immature.

C'est au moins la millième fois qu'Izuru Kira soupire depuis une demi-heure. C'est heureux qu'Aizen n'ait pas encore révélé l'armée des Arrancars aux shinigamis. Ils peuvent ainsi se promener et avoir recours à des mensonges extravagants tels que 'ils ont tout simplement été transférés depuis la Sibérie' ou 'c'est la nouvelle forme de l'uniforme'.

Alors les quatre hommes marchent dans les allées du Sereitei, Stark ne peut pas s'empêcher de s'émerveiller devant ce qu'il voit et ce qu'il entend. Quand des shinigamis passent devant lui, il s'attend à ce qu'ils s'évanouissent à cause de son reiatsu, mais grâce à son bracelet inhibiteur, les gens autour de lui sont encore en vie. C'est agréable de marcher ainsi comme une personne normale. Il trouve qu'il aime l'anonymat, de frôler les épaules des gens sans qu'ils ne meurent au moindre contact. C'est presque aussi merveilleux que d'avoir Kurosaki Ichigo à ses côtés.

En revanche, Ulquiorra est surpris différemment. Il se trouve qu'il déteste ce qu'il voit, ce qu'il sent, ce qu'il ressent dans ce monde étrange. Tout ici est trop chaud, trop clair, trop... vivant à son goût. Partout il y a toujours quelqu'un en mouvement, en train de rire, de se bagarrer, de se promener en tirant son lot de problèmes. Ce qui l'oblige à se contenir pour ne pas tirer un cero et réduire tout en poussière.

Le Hueco Mundo ne lui a jamais autant manqué.

Hisagi grimace quand la prise sur son bras tordu se durcie sensiblement. « Arrête », gémit-il en s'écartant de la poigne de la mort d'Ulquiorra. L'espada au visage blanc se contente de regarder l'action futile sans comprendre. Quand un petit gamin éclate d'un rire aigu, Ulquiorra tord la main d'Hisagi plus haut dans son dos, provoquant une doulour chez l'homme.

« Tu es ennuyeux, shinigami », dit Ulquiorra comme s'il énumérait un fait avéré sur un ton détaché, de sa voix monocorde et plate. Stark marche vers eux en toute hâte et tire le pauvre shinigami à lui.

« Ça suffit. Je peux m'en charger à partir de maintenant, » déclare-t-il. Ulquiorra ne réplique rien. A la place, il reporte son attention sur le blond en tête du groupe, réfléchissant à quelle partie du corps, il pourrait tordre une prochaine fois.

« Merci », dit Hisagi en se frottant le bras. Stark hoche juste la tête et pose sa main sur l'épaule de Hisagi. « Ne tentez pas de fuir, sinon je vous tue », est sa seule réponse. Izuru regarde derrière lui, en priant pour qu'Hisagi n'essaye pas quelque chose de stupide comme l'attentat au couteau avec Aizen. Quelque chose lui dit que ces deux espadas ne seront pas aussi indulgents qu'Aizen Sosuke.

Le lieutenant aux cheveux noirs n'est pas stupide. Il sait qu'il peut faire la même chose maintes et maintes fois et s'attendre au même résultat. Et d'ailleurs, il n'a pas d'armes sur lui. Cependant, il vient juste de signaler à un officier de faire appeler sa division en soutien. Ce n'était pas un signe compliqué à faire : on lui a tordu la main et il s'est mis à gémir. Aussi lent que puisse être Omaeda, il comprend qu'Hisagi a besoin d'aide.

Dix minutes plus tard, la neuvième division débarque en force, tous avec une expression féroce sur leurs visages et leur zanpakuto dégainé.

« HISAGI-FUKUTACHO! »

« RELACHEZ NOTRE FUKITAICHOU HISAGI! »

« Nous sauvegarderons votre pureté, Hisagi-SAN! »

« Nous ne vous pardonnerons pas si vous avez entaché l'honneur de notre FUKUTAICHO! »

« FUKUTACHO! »

« FUKUTACHO! »

« FUKUTACHOOO! »

Le sourcil Hisagi tremble tandis que les civils autour de lui chuchotent et le désigne avec pitié et dégoût. Merde à la neuvième division et à leur cri de guerre stupide. Ils le font passer pour quelqu'un qui s'est fait violé ou un truc du genre. « Pureté MON CUL! Rappliquez et sauvez-nous, bandes d'idiots! », explose-t-il soudainement, incapable de contenir sa colère plus longtemps.

« OSSU! », s'écrie la neuvième division, montée à bloc par les paroles de leur lieutenant.

Les deux espadas s'arrêtent et regardent les hommes avancer. Ils finissent par comprendre que la foule en colère en a après eux. Ulquiorra regarde tous ces hommes avec dédain. « Vers de terre. Déchets. Insectes sans valeur », se moque Ulquiorra, se tournant lentement avec le doigt pointé sur eux « Cero Ol…. »

« Que fais-tu? » Stark se dresse entre lui et la foule en colère. « Nous avions convenu de ne tuer personne », dit l'espada brun. Ulquiorra fronce fortement les sourcils. « Je suis sûr que les choses peuvent être résolues pacifiquement », ajoute le Primera espada avec un sourire confiant sur les lèvres.

« A la fosse! »

« Jetons-les à la fosse! »

« AUCUNE PITIE POUR CEUX QUI DEFIENT NOTRE BIEN-AIME HISAGI ! »

Ulquiorra se retourne vers son homologue. « Pacifiquement? » demande-t-il en levant un sourcil condescendant. Avant qu'il ait pu formuler une réponse, l'espada est jeté à terre par la neuvième division tout entière.

Ukitake et Ichigo ont parlé toute la nuit, sautant du coq à l'âne. Ils se sont découvert une passion commune pour les animaux et pour les boulettes de riz sucrées, qui, d'après le plus vieux, sont très difficiles à réussir. Ichigo a été surpris d'apprendre qu'Ukitake fait partie de l'une des nombreuses familles nobles, de même que Kira Izuru. Bien sûr, l'homme minimise ce point, arguant que c'est seulement dû à la chance s'il est issu d'une telle lignée. Alors que la nuit se tourne en aube, Ukitake fait montre d'un certain intérêt malsain pour un distributeur mécanique, qu'il appelle la 'boîte magique à souhait'. Ceci en raison de sa capacité à fournir les boissons souhaitées en un instant. Ils tombent alors dans une discussion animée sur les mécanismes de ladite 'boîte magique'.

« Non, non, non. Ça n'apparaît pas comme par magie. Les boissons sont déjà dans la machine, et pour les obtenir, vous devez payer », explique patiemment Ichigo.

« Oui, oui, mais comment peut-elle garder au chaud et au froid, en même temps? » Ukitake fait une pause pour donner un effet dramatique. « Magique » finit-il par décréter.

« Nooon! », réplique un Ichigo, à la fois affligé et amusé par l'explication de l'homme. Ça l'ennuie que le capitaine du Gotei 13 soit si prompt à recourir à la magie en tant que réponse à tout. Toutefois, ça reste quand même fichtrement drôle de voir le visage de l'homme s'éclairer comme celui d'un enfant. « Ils utilisent des technologies humaines comme la réfrigération et le chauffage afin d'y parvenir. »

« Tu veux parler de magie, non? », suggère Ukitake en faisant se plisser son front de manière suggestive.

Ichigo est à court de mot. De toute façon, il ne pourrait pas supporter de détruire le rêve merveilleux que l'homme s'est construit. « Oui, Ukitake-san. C'est de la magie. » A côté de lui, Ukitake montre un poing triomphant, image qui ne correspond pas du tout à l'image qu'on a de l'homme.

Les deux hommes redeviennent brusquement tranquilles quand un papillon noir vole gracieusement à travers la paroi et vient se poser à droite sur la main du capitaine. Ukitake referme sa main autour de l'animal, en prenant note des cercles rouges peints sur les ailes de la créature de nuit. Quand le papillon de l'enfer relaye son message, le sang semble se vider du visage d'Ukitake.

« Un problème? » Ichigo jette un œil curieux sur la paume fermée de l'homme. Ukitake écrase le papillon dans sa paume et se lève, avec sur le visage un regard déterminé.

« Junsui! », tonne-t-il. Le petit domestique se précipite dans le couloir. Ses cheveux noirs portent encore des restes de l'encre bleue d'hier. « Apporte-moi mon uniforme. Nous allons à la Cour des âmes pures. »

Les grands yeux bleus du garçon s'agrandissent tellement il est excité quand il comprend qu'il va se rendre à ce qui équivaut pour lui, à un parc à thèmes. « Hai, Ukitake-sama! » dit-il, attirant brusquement l'attention. Tandis que le petit garçon commence à fouiller dans un placard de son maître, Ukitake pousse Ichigo et le fait sortir de sa chambre, en posant sa main sur le bas de son dos.

« Pardonne-moi, mais j'ai quelques questions urgentes à régler », dit Ukitake sur un ton plus formel. « P-Pas de problème du tout », répond Ichigo à qui cela parait tout à coup bizarre d'être traité si poliment.

« Si tu veux bien, » dit-il, la main posée sur la porte pour permettre au plus jeune de passer en premier. Ichigo s'emmêle dans son yukata et chute sans grâce près de la porte, ce qui rend le sourire à l'homme. « Ce fut un plaisir de passer du temps en ta compagnie. J'espère que nous pourrons continuer notre conversation dans un proche avenir », dit-il. Il a toujours sa main dans le bas du dos d'Ichigo lorsqu'il le guide à travers le chaos qu'est devenu son couloir.

« Eh, euh, de même », marmonne Ichigo, pas sûr qu'il s'agisse de la réponse appropriée. Depuis sa capture à Las Noches, les bonnes manières semblent être le cadet des soucis de tout le monde. Sa couleur de cheveux orange vif lui permet rarement d'obtenir un 's'il vous plaît' ou un 'merci' dans le monde réel. Et là subitement, l'héritier d'une famille aristocrate le traite avec courtoisie, le faisant se sentir heureux et stupide à la fois. En fait, la plupart du temps, stupide. Mais il apprécie tout de même le geste.

Quand ils arrivent devant sa chambre, Ukitake glisse une enveloppe noire dans les plis de la manche d'Ichigo. « A cas où tu aurais besoin d'aide ». Il cligne de l'œil. Ses doigts viennent frôler la peau sous la manche comme les baisers d'un papillon. Ichigo déglutit sous la caresse et hoche la tête, trop distrait pour répondre verbalement.

« Bonne journée. » Il s'incline et Ichigo lui renvoie son salut.

Lorsque la porte se referme enfin, Ichigo se laisse tomber sur son futon et soupire. « Merde ». Il rejette le souffle qu'il avait retenu jusque-là. « Être poli, c'est vachement dur », lâche-t-il avec un sourire sur son visage. Puis, avant de pouvoir compter jusqu'à trois, le garçon rejoint le pays des rêves.

Komamura Sajin est assis sur une colline juste à l'extérieur de sa caserne. Son grand corps anthropomorphe n'est pas vêtu de son habituel uniforme de capitaine. A la place, il porte un kimono de coton simple, couplé avec un haori uni bleu sur le dessus. Les gens qui marchent devant lui chuchotent, en montrant sa grosse tête de loup et son absence d'uniforme. Trois mois auparavant, il aurait craqué et aboyé face au badinage de ces soldats, mais aujourd'hui, rien ne peut l'effrayer.

Parce qu'il a un rancard avec la créature la plus mignonne qui soit.

« Komamura-taicho! » Une voix claire le sort de sa rêverie et fait apparaître un sourire sur le visage du capitaine. A une bonne distance, Hitsugaya Toshiro salue de la main l'homme plus grand. Il est également habillé en civil. Il porte un yukata blanc avec des vagues vertes brodées sur les manches. Dans sa main droite, il porte une énorme pastèque, et, dans sa gauche, un panier de pique-nique avec un torchon à carreaux. Sans haori au-dessus de son yukata, le garçon ressemble presque à une fille.

« Hitsugaya-san, je vous demandé de m'appeler Sajin. »

Le petit homme rougit et lui donne la grande pastèque. « Seulement si vous m'appelez Toshiro, Sajin-san. »

« C'est d'accord, Toshiro-kun. »

Le fait de s'assoir l'un à côté de l'autre, les troublent.

« Vous savez, je… »

« Je n'ai jamais… »

« Vous en premier. », disent les deux à l'unisson.

Les deux se mettent à rire, ce qui les fait encore plus rougir. « Je suppose que nous sommes tous les deux stressés. » Sajin sourit, tournant ses pouces nerveusement.

Toshiro se lève, prend un air légèrement renfrogné et pose sa main sur sa poitrine. « Eh bien, en ce qui me concerne, je n'ai jamais eu de rendez-vous avant », dit-il. Sa voix tremble en prononçant le mot 'rendez-vous'. « Donc, je crains de ne pas être à la hauteur. Donc ne venez pas vous plaindre! » Le capitaine aux cheveux blancs pointe un doigt accusateur sur son compagnon. Komamura saisit la minuscule main et se met à ronronner.

« Tu es tellement mignon, Toshiro-kun. » Il frotte son pouce sur le poignet mince et lisse de Toshiro.

Toshiro frissonne et gifle le bras de l'homme en plaisantant. « Eh, c'est du harcèlement sexuel. » Il se moque en faisant la moue, cachant ses mains derrière son corps. « Vous êtes censé m'inviter à sortir pour pouvoir me toucher dans des endroits inappropriés. » Il sourit en faisant un clin d'œil.

La combinaison d'un Toshiro sexy et la promesse de le 'toucher à des endroits inappropriés' est presque sur le point de provoquer un saignement de nez chez Sajin. Hitsugaya se met à rire devant l'expression du visage de Komamura. « Sajin-san! N'ayez pas un regard aussi pervers! »

« Hein? Pervers? Je suis…, je suis… » Sajin maudit son incapacité à parler. Pas facile d'être un Casanova.

Hitsugaya s'affale à côté du grand homme-loup et se met à rire. « Donc je suppose que nous sommes tous les deux nuls pour ce qui est des rendez-vous romantiques », dit-il en jouant avec une bande de feuille.

« Pardonnez-moi, ceci est mon premier, sauf erreur, rendez-vous. » Komamura se gratte l'oreille.

« Même chose pour moi. » Hitsugaya fronce les sourcils et cache son visage rougissant derrière ses genoux. L'alliance entre de la peau rose et du vêtement blanc rend le garçon d'autant plus séduisant.

« Donc, nous allons apprendre ensemble. » Saijin pose la main sur celle du petit capitaine. Une patte à la peau calleuse rencontre une main douce et sans tache.

« Ouais » Hitsugaya respire un peu. « Ensemble ». Il tourne la paume de sa main vers le haut et agrippe le pouce de Komamura. Le plus vieux sourit et resserre la prise.

Bien sûr, cet échange du fond du cœur doit être interrompu par leur estomac qui gronde. Hitsugaya se couvre rapidement le ventre, ayant de plus en plus l'air embarrassé. Komamura se met à rire et tapote le panier avec le déjeuner.

« ... si on mangeait? »

« Hisagi-san? », croasse Kira, son corps recroquevillé en position fœtale.

« Stark-san? » appelle-t-il. Le son de sa voix est tellement triste et pitoyable.

« Euh, Ulqui ... Ulqui… euh Stark-san? » Kira renonce à essayer de prononcer le nom de l'espada pâle. De toute façon, il préfère avoir à faire à Stark plutôt qu'à ce sadique.

« Ohh? Kira-kun? Qu'est-il arrivé? », appelle une voix douce.

« Ah! Ukitake-taicho! » Kira s'accroche à la jambe du capitaine de la treizième division. « Je suis si heureux de vous avoir trouvé, taicho! » il sanglote, se frottant le visage contre la veste en soie magnifique du capitaine. Avant qu'il puisse dire autre chose, quelqu'un de petite taille se plante au-dessus du blond, et le jette contre le mur à proximité.

« Ôtez vos mains sales d'Ukitake-sama! Vous abîmez ses habits de cérémonie! » grogne Junsui. Dans sa main, il tient l'uniforme de shinigami d'Ukitake. « Junsui-kun! Ne sois pas si sévère. » Ukitake réprimande le jeune garçon, qui fait la moue et hoche la tête docilement.

« Costume de céré…cérémonie? » Kira accepte la main tendue. Il voit alors Ukitake drapé dans la plus extravagante couche de douze Kimono, les couleurs allant du bleu nuit au turquoise le plus merveilleux. « Ukitake-san, pourquoi portez-vous un costume aussi élaboré? » Kira cligne des yeux, subjugué par le luxe sous ses yeux.

« Ah oui, il va y avoir une exécution et le roi va y assister. En tant que chef du clan Ukitake, je suis tenu d'accueillir le cortège royal », explique Ukitake. « Quelle macabre affaire », dit-il sombrement. « En parlant d'uniformes, pourquoi ne portez-vous pas votre Shihakusho? Et aussi ... n'est-ce pas censé être au Hueco Mundo? »

En dépit de ces allégations, Kira est trop distrait pour se soucier des questions de l'homme. « Attendez, ces cheveux orange ... »

« Oh non », soupire Ukitake.

« Orange-niichan! » Junsui se lève d'un bond, ricanant et très excité.

Quelque part, dans la cour des âmes pures, Ichigo court sans but, maudissant Aizen d'avoir envoyé des espadas pour le chercher. La première fois qu'il a entendu les commérages des domestiques au sujet d'une exécution, il s'est brusquement souvenu de Rukia et de la façon dont il a combattu le Gotei 13 pour la sauver. Un sourire nostalgique a vite été remplacé par un pli de colère. Il a traversé tout ce bordel pour sauver Rukia, pourquoi n'a-t-elle pas fait le même effort pour le sauver? Puis, quand il apprit que ceux qui allaient être exécutés étaient des arrancars, son sang s'est glacé. « Enculé d'Aizen », s'est-il dit en réalisant, sa voix chargée de colère.

Ichigo a alors franchi la porte et couru vers la caserne de la onzième division. Après dix minutes à errer dans le dédale des couloirs, Ichigo s'est souvenu que Kenpachi était encore au tribunal pour son infraction. Sous le coup de la frustration, il a alors donné un coup de pied dans un mur, mais s'est écrasé l'orteil sur une poutre en bois. Il s'est ensuite rendu à la dixième division, chercher de l'aide auprès d'Hitsugaya. Il a alors découvert que le gamin avait un rancard, avec pas moins que le type à tête de loup, Komamura. C'est comme si l'univers tout entier lui faisait une blague.

« Enculé d'Aizen », râle-t-il en donnant des coups de pied dans une liasse de journaux.

Pourquoi est-ce-que l'homme ne peut juste le laisser tranquille? Il aurait fermé sa gueule sur la Las Noches et aurait vécu en retrait, comme un adolescent normal. Mais noooon, monsieur Aizen doit toujours être ce connard possessif. Et regardez ce qui se passe, ses hommes sont capturés et vont être exécutés! Et ces hommes ne sont pas des arrancars de faible rang, ils sont son espada, l'armée dite d'élite de Las Noches. Non seulement il a envoyé des membres de son armée d'élite, mais il a surtout envoyé son putain de Primera espada. Comment diable Ichigo peut ignorer la nouvelle de son exécution?

« Enculé d'Aizen » Encore une fois, il maudit l'homme. Il espère qu'une force divine viendra lui rabattre son caquet, déchirer son putain d'uniforme, et enfoncer un poteau téléphonique dans son cul. Peut-être alors il comprendra ce que ça fait d'être baisé. Bien sûr, le garçon parle en métaphores. Après tout, quel genre d'homme souhaiterait un tel sort pour un autre homme? Puis, les mots 'enculé de Sosuke Aizen' frappent à nouveau à son esprit.

Perdu dans ses rêves, il n'a pas remarqué son hôte et son ancien compagnon de prison en train de converser juste en face de lui. Il n'a pas vu non plus Junsui, qui est en train de courir vers lui avec ses bras tendus, en demandant un câlin. Naturellement, quelqu'un d'aussi petit ne peut que faire trébucher un homme qui court. Et trébucher, c'est ce qui arrive à Ichigo.

« Putain… »

« Ichigo! » Les yeux d'Ukitake s'écarquillent. Il enfouit rapidement le garçon sous les plis de son kimono, pour cacher ses cheveux ridiculement orange vif.

« Toi! Comment as-tu… » Kira Izuru, dont la mâchoire s'ouvre en grand sous la surprise, pointe un doigt en direction du jeune homme.

« Je n'ai pas le temps de parler. Ils vont le tuer! » Ichigo repousse le plus grand, dardant ses yeux derrière, à la recherche du lieu d'exécution.

« Tu dis des bêtises, Ichigo. Calme-toi une seconde. De qui parles-tu? »

« Stark! Ils vont tuer Stark! »

« C'est entièrement de ta faute. »

« Pour la dernière fois, Ulquiorra Schiffer, ce n'est pas de ma faute. »

« Ça l'est. Tu n'as pas assez fait souffrir le shinigami, c'est pourquoi nous sommes dans cette situation. »

« Oh, parce qu'un homme dans la douleur de ne va jamais chercher à s'échapper, c'est ça? »

« Exactement. Prend Kurosaki Ichigo. Il était confortable et heureux, et il s'est échappé. »

« Ton argument n'est pas valable. Ichigo a été enlevé et il n'était pas heureux. »

« Ce sont des détails. »

« ... T'es un malade. »

« Et toi, tu es incompétent.»

Stark évite un engin monstrueux et frappe Ulquiorra carrément à la tête, la crosse de son arme se fissurant sous l'impact. L'espada commence à faire apparaître un cero mais se trouve dans l'incapacité de tirer car une tentacule mécanique le jette sur un mur à proximité. « C'est désagréable », dit-il en se relevant lentement de l'amas de décombres. La foule au-dessus d'eux les acclame pour leur petite victoire. Le nombre incalculable d'individus sans visage se transforme en un monstre qui hurle et les conspue pour obtenir du sang comme les spectateurs du Colisée.

Ulquiorra époussète son épaule. Il a enfin compris pourquoi Aizen détestait les habitants de la Cour des âmes pures. Ils défendent les belles choses comme l'amour, l'amitié et la loyauté, mais dans le même temps, ils choisissent de torturer leur prisonnier avant de les tuer. Quelle hypocrisie. Même les êtres humains ont pitié de leurs prisonniers. Une telle société n'a pas sa place dans l'ordre naturel des choses. Comme l'Empire romain décadent, cette société sera effacée, et Ulquiorra Schiffer est plus qu'heureux de le faire. Fermement résolu, Ulquiorra pointe vers la foule, une petite boule d'énergie verte formé au bout de son doigt. « Cero O… »

« Ne fais pas ça », dit Stark, frappant la main de l'arrancar pour l'éloigner.

« Pourquoi? Ils veulent notre mort. Tué ou être tué. »

La bouche de Stark se crispe face au méprisable cliché.

« Qu'est-ce que c'est? Tuer ou être tué? » lâche Ichigo en reniflant. « Ce n'est pas vraiment une manière de vivre. »

« Non », dit-il fermement. « Nous ne provoquerons pas de mort. » Il enfonce son doigt sur la poitrine d'Ulquiorra. « C'est un ordre. »

Juste au moment où ces mots franchissent ses lèvres, une multitude de fléchettes commence à arroser les deux arrancas. Les deux espadas bondissent et utilisent le sonido pour s'éloigner, en faisant de leur mieux pour éviter les aiguilles. Peu importe à quelle vitesse ils se déplacent, ces petits projectiles réussissent quand même à s'incruster dans leur corps, paralysant rapidement la zone frappée. Stark enlève celui qu'il a reçu à la jambe, il renifle l'aiguille pour confirmer sa crainte. « Poison », dit-il. Ulquiorra regarde les deux aiguilles dans sa paume, ne parvenant toujours pas à croire que lui, un espada, va être victime d'une technologie aussi archaïque.

« C'EST QUOI CE BORDEL? ARRETEZ, BANDE DE BATARDS, STOP! » Une voix se fait entendre au-dessus du chant de la foule, attirant l'attention des deux espadas. Le propriétaire de la voix joue des coudes à travers la foule, se battant comme un diable pour atteindre le bord de la fosse. « STARK! STARK! »

« Ichigo. » Le Primera espada soupire à l'écoute de la voix, tombant à genoux. Il sent déjà le poison courir dans son sang.

Ichigo frappe un gros bonhomme à côté de lui et s'accroche à la balustrade. Avec une étrange grâce, il se jette sur le bord et vole vers le bas de la fosse, ses cheveux orange flottant, visibles de tous.

Le shinigami dans la tribune des officiers halète car il a tout de suite reconnu la nuance des cheveux orange. « Qu'est-ce au nom ... » Yamamoto Genryusai se tourne vers son fukutaicho, « Comment s'est-il échappé du Hueco Mundo? », demande-t-il au shinigami également confus. Dans la loge royale, la silhouette derrière l'écran se décale vers l'avant avec intérêt.

« Est-ce que ça va? » Ichigo saisit l'épaule de Stark et secoue l'homme. Le Primera espada sourit, heureux de pouvoir enfin être avec la personne qu'il désirait voir depuis si longtemps. Il lève la main en guise de bouclier vers le visage d'Ichigo quand une explosion survient à proximité, arrachant la chair de ses os en une seule seconde. Ulquiorra se traîne vers les deux corps et commence à scander. « Tu nous as donné du fil à retordre, Kurosaki Ichigo », dit-il avec lassitude, d'une voix dénuée de malice ou de colère. Une fine ligne commence à apparaître, une version plus lente du Garganta.

« Arrêtez-les! Ne pas les laisser s'en tirer! », crie le capitaine commandant. L'équipe technique au-dessous hoche la tête et tourne le bouton sur le cadran, poussant la machine jusqu'à sa capacité maximale de meurtre.

Sous les hourras de la foule, Ukitake dégaine son épée et frappe les gens autour de lui avec son reiatsu. Les yeux de Kira s'écarquillent. L'homme va sauter. « Non Ukitake-taicho, ne faites pas ça! » Kira ceint son bras autour de la taille du capitaine, en espérant que son poids est suffisant pour l'empêcher de sauter dans la fosse. Ce n'est pas le cas.

Les deux atterrissent juste derrière Ichigo, debout entre lui et la machine qui fait rage. Reconnaissant une nouvelle cible, la machine verrouille son objectif et avec un son doux de rotation, un missile est lancé. Ukitake bouge rapidement son épée réussissant à dévier le missile et à sauver le garçon et l'espada. Avant qu'Ichigo ne puisse se retourner et s'adresser à l'homme, le Garganta s'ouvre et les engloutit tous.

La fosse est désormais vide.

Sur le terrain d'exécution, personne ne bouge.

Dans la loge royale, le roi se met à rire. « C'était divertissant! S'il vous plaît, dites-moi que le prochain acte serait tout aussi exaltant. » Il ouvre son éventail et cache son visage derrière.

Un homme vêtu de pourpre approche du panneau de bambou, se met à genoux jusqu'à ce que sa tête touche le sol. « Votre Majesté, il y a une danse pré… »

« Je n'aime pas danser, ça me fait dormir. » en colère, la silhouette referme d'un coup sec son évantail. « Donnez-moi plus de gens à exécuter. » L'homme vêtu de pourpre hoche la tête et pointe vers les spectateurs. Les gardes royaux s'inclinent et sautent à terre, saisissant une douzaine de shinigamis par leurs uniformes et les jettent dans la fosse. La machine qui fait rage attrapent les shinigamis qui hurlent dans sa gueule noire béante et les écrasent, tapissant les murs de sang.

Plus aucune acclamation. Plus aucun chant. Il ne reste que des cris d'agonie, que le bruit des os qu'on écrase, et le rire émanant de la loge royale.

« Plus! Plus! Plus! », crie le roi.

Parmi la foule, les yeux d'Hisagi sont élargis dans la terreur.