Chapitre 15


« Jaggerjacks, pas d'animaux à l'infirmerie », énonce avec dédain une voix monotone. On pourrait d'ailleurs presque entendre le froncement de sourcil dans cette voix.

« Va te faire foutre, radin », grogne l'espada. Sa déclaration est accompagnée d'un sifflement du chat.

« Écoute ce coincé d'Grimmjow », sort une voix douce et traînante. « C'est pas un zoo pour enfants. T'vas faire quoi avec un putain de chat? »

« Ichigo pourrait être allergique », dit une voix à côté de lui. Une voix qui n'est clairement pas ravie de la présence du chat.

« Tais-toi l'tronc d'arbre, c'est celui d'Ichigo », répond Grimmjow. Quand tout le monde finit par se taire, la voix explique. « C'est drôle parce qu'il s'appelle Stark et sa libération est un chien. »

Silence.

« Ce sont des loups. »

« Toujours des boiteux. »

« C'est mieux qu'un chat. »

« Z'avez tout faux. C'sont les insectes qui dominent. »

« Les démons de l'enfer brûlent les insectes et les chiens. Et tous les autres animaux. Je gagne. »

« Assez. Restez tous calmes ou je vous envoie tous à la salle de lavage. »

« Oui, Aizen-sama », répondent en chœur les voix. Même la voix la plus profonde et la plus virile du groupe fait penser à celle d'un enfant coupable

« Cette salle de lavage euh ... Tu veux y aller pour t'laver Izuru-chan? »

« A-Ah, d'accord... eh attendez. Non ! Je ne veux pas tomber pour ça! »

« Toi aussi, Gin. »

« Hai. »

Ichigo sent un léger poids posé sur sa poitrine. Poids qui miaule et gratte doucement son menton. La moitié des hommes présents dans la chambre sont en état d'émerveillement tandis que l'autre moitié gémit en un simulacre de dégoût. L'homme qui tient la main d'Ichigo s'énerve et frappe à trois reprises sur une table. « Wow, les gars. C'est juste un chat. » Ichigo gémit faiblement en protégeant ses yeux de la lumière de l'infirmerie. Kimon se redresse au son de sa voix et tripote un peu plus son menton.

Ichigo cligne plusieurs fois des yeux pour les habituer à la lumière. Tout ce qu'il peut voir, c'est une série de visages flous agglutinés autour de son lit. Ichigo se tourne vers sa gauche et découvre Zangetsu allongé à côté de son lit, la lame tranchante solidement enveloppée dans ses bandages. Il soupire et caresse Zangetsu. Il est heureux de savoir que l'épée est une fois de plus en sécurité avec lui.

A sa droite, il y a Stark qui serre, de manière possessive, sa main gantée sur celle d'Ichigo. Lorsque leurs regards se rencontrent, Stark détourne rapidement le regard. Ses yeux reflètent très clairement de la culpabilité. La première réaction d'Ichigo est de balancer un coup de poing à l'homme et lui demander la raison de son visage mélancolique. Mais quand il se souvient de leur baiser, Ichigo cesse de sourire.

Stark remarque la réaction d'Ichigo et soupire tristement. Il le sait. Il a franchi la ligne. Maintenant, Ichigo ne sera jamais son chiot. Stark dégage ses doigts de ceux d'Ichigo et se lève, frôlant les espadas encore en train de se chamailler et se met à boiter vers une porte à l'extrémité de la pièce.

« Stark ... », appelle Ichigo, mais l'homme a déjà refermé la porte derrière lui.

« Il est réveillé », déclare Ulquiorra, distrayant Ichigo de l'homme.

« Une façon d'dire un truc évident, fuck face », lâche le corps flou du grand Nnoitra.

« Cesse de m'appeler avec ces noms obscènes », réplique calmement Ulquiorra. Ichigo hoche la tête devant le manque de maturité et détourne les yeux du grand espada. Malheureusement, ses yeux rencontrent le regard affamé de Tesla. Le blond lui fait signe, désigne Nnoitra, et passe son doigt sur sa gorge, montrant à quel point il est impatient que son maître le tue.

« Fuck face » Nnoitra se met à rire, continuant à narguer Ulquiorra.

« Jiruga. » Ulquiorra s'approche de l'espada mais est repoussé par le doigt de Nnoitra. Ulquiorra pose une main sur son épée.

« Maa ... S'il vous plaît, ne vous battez pas... », s'interpose Kira entre Nnoitra et Ulquiorra, levant la main pour séparer les deux espada. Malheureusement pour Kira, sa tentative de maintenir la paix ne réussit qu'à détourner la colère de Nnoitra contre lui.

« La ferme! Qui a demandé ton opinion, emo boy ? », crie Nnoitra à Izuru. « Qui diable a permis à des prisonniers de s'balader libres? Y ont pas perdu leur statut en devenant prisonniers? » Nnoitra pointe son doigt vers Kira et Ukitake, qui affichent un air innocent. Ukitake a même le culot de lui faire un petit signe.

Aizen sourit calmement et explique : « Ils ne sont pas prisonniers, Nnoitra. Ce sont... », il regarde les deux shinigamis inconscients du danger. « ... des réfugiés. Appelons-les juste ainsi. »

Même un Ichigo confus sait qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond dans cette logique. « Vous êtes doué dans votre rôle du seigneur du mal », dit Ichigo à quelqu'un de flou à sa droite, qu'il pense être Aizen.

L'homme sourit et tourne le menton d'Ichigo vers la gauche. « Je suis désolé pour ça », dit-il en lui donnant son habituel sourire d'excuse.

Ichigo lève les yeux et gifle la main. « Combien de temps ai-je été comme ça? », grogne-t-il. Il a l'impression que sa tête va exploser.

« Seulement pendant deux heures. Apparemment, c'est aussi le temps nécessaire pour que les idiots se développent », répond Szayel Apporo avec dédain, en prenant un soin particulier pour ne pas toucher l'espada quand il s'approche du lit d'Ichigo. Il saisit le poignet du garçon avec force et contrôle son pouls, hochant la tête ici et là comme un bon petit scientifique. « Il semble que ton état soit stable », dit Szayel en fixant ses lunettes. « Ne meurs pas avant que je puisse bien t'analyser correctement », ordonne l'arrancar, puis il s'éloigne.

Une paire de seins gigantesques entre dans le champ de vision d'Ichigo et le détourne de l'arrancar aux cheveux roses. « S'il te plaît, ignore-le, gamin. C'est un génie mais il n'a aucune manière. »

« Euh, d'accord. Merci pour,…euh, tout », dit Ichigo aux deux personnes qui se retirent. La blonde voluptueuse se retourne et hoche la tête par-dessus son épaule avant de se diriger vers la porte.

« Très bien! Maintenant qu'Ichigo est réveillé, retour au lit pour vous! » Ukitake tape dans ses mains, chassant Ulquiorra jusqu'à son lit de l'autre côté de l'infirmerie. Le quatro espada se laisse tirer par la main, en gardant les yeux fixés sur l'homme au parfum de thé.

Après quelques pas, Ulquiorra s'arrête et regarde droit dans les yeux d'Ukitake. « Bordez-moi », exige-t-il. En entendant ces mots, toute la salle tourne la tête vers l'improbable duo. Tout le monde retient son souffle en attendant la réponse d'Ukitake. Ulquiorra demande rarement des faveurs, mais quand il ne les obtient pas, le résultat est généralement désastreux.

« Oh? D'accord. » Ukitake sourit au plus petit, qui le regarde avec ses yeux verts sans vie. Ulquiorra hoche la tête et tend la main vers Ukitake pour qu'il la prenne. Le shinigami aux cheveux blancs prend volontiers sa main et le guide vers lui.

« Lui avez-vous jeté un sort ou quelque chose d'approchant? », demande Ichigo à Aizen, en regardant Ukitake gonfler les oreillers d'Ulquiorra. Aizen se contente d'hausser les épaules. « Alors, bon sang pourquoi Ulqui… »

« Oublie c'merdeux. Comment tu te sens? » Grimmjow s'est approché et a pris la place de Stark, se penchant étroitement jusqu'à ce que leur front se touchent. « T'as mal? T'arrives à me voir clairement? Tu veux de l'eau? » Grimmjow est en train de bombarder Ichigo avec un million de question à la minute. « Tu sens bon », murmure-t-il tout en se penchant un peu trop près du cou d'Ichigo.

Ichigo soupire et caresse les cheveux bleu soyeux de Grimmjow. Il sait que Grimmjow essaye d'être un ami au petit soin, mais il est difficile d'apprécier ses efforts alors qu'il est en train de renifler son cou. La caresse fait sourire Grimmjow et il frotte sa tête contre la main. Kimon griffe le visage de Grimmjow et miaule en signe de protestation. Pourquoi personne ne le caresse lui?

« Vous savez quoi? Je suis un peu fatigué. Les gars, vous pouvez me laisser dormir un peu ? », demande-t-il rapidement, rapprochant Zangetsu. Il se fait une joie de le tenir en main. « Je veux être seul », gémit-il.

« Bien sûr », répond très vite Aizen en hochant la tête montrant qu'il comprend parfaitement. « Appelle Grimmjow si tu as besoin de quelque chose », dit-il et il sort sans demander son reste. Grimmjow sourit, ravi de la tâche qu'on vient de lui confier, et commence rapidement à pousser tout le monde hors de l'infirmerie.

Lorsqu'Ukitake est embarqué avec le reste de la galerie, Ulquiorra se redresse et fronce les sourcils. Il lance à Grimmjow un regard qui dit 'Tu as pris mon jouet. Je vais t'envoyer un Cero'. Comme d'habitude, Grimmjow lui montre son doigt et se concentre sur ce qu'il est en train de faire, à savoir jeter dehors le reste des Arrancars. Tesla résiste en un semblant de lutte, criant qu'il faut garder l'être humain pour son maître. Nnoitra soupire et l'assomme avec son coude. 'Si tu veux tellement rester, bah reste », dit-il. Il marche vers son fracción et le balance sur un lit d'appoint.

Ichigo et Tosen observe le chahut dans un silence gêné. Ichigo tourne ses pouces et commence à chercher la forme d'un coin de la pièce à l'autre, attendant un commentaire cinglant ou une remarque de la part de Tosen. Après que tout le monde soit sorti de l'infirmerie, Tosen se met à tousser et se détourne. « Tout le monde t'apprécie vraiment », dit-il.

« Quoi? », dit Ichigo, surpris que Tosen ait réussi à lui adresser la parole sans faire preuve de moquerie.

L'homme hoche la tête en direction de la porte. « Je suis peut-être aveugle, mais il semble que la moitié de la espada espérait ton retour. » Tosen lève les sourcils et sourit tout comme Ichigo qui ne peut pas s'en empêcher.

« Oh », répond-il faiblement, en concentrant son attention sur son chat. « Je ne sais pas pour eux, mais le seul qui m'aime vraiment, c'est ce gars-là. » Ichigo est en train de chatouiller son chat, qui miaule et qui gratte ses doigts.

La réponse apporte un autre sourire sur le visage de Tosen, qui tend alors la main pour caresser le petit animal. « Les animaux ne viennent que vers ceux qui ont un cœur pur », dit-il laconiquement, ravi d'entendre le ronronnement et le miaulement de l'animal sous sa main. Avec un petit clin d'œil, il quitte l'infirmerie, laissant Ichigo avec son chat.

« Est-ce que ça veut dire qu'il m'aime bien maintenant? », demande Ichigo qui enfouit son nez dans la fourrure blanche du chat. Kimon miaule et se met à mâcher la poignée de Zangetsu.


Le regard dur et sans ciller, Ukitake regarde le contenu de sa tasse de thé vert. Derrière lui, Gin a sa main sur son épée, juste au cas où l'homme tenterait quelque chose de stupide. Il n'arbore pas son sourire habituel sur le visage. Après tout, quel homme pourrait sourire après la conversation qu'ils viennent d'avoir. Aizen est tranquillement assis et boit son thé, en gardant un œil vigilant sur l'homme.

« S'il vous plaît, essayez ce thé. C'est un mélange merveilleux qu'Ulquiorra a acheté dans le monde réel », offre tranquillement Aizen.

« Vous attendez-vous à ce que je crois cela? », répond durement Ukitake, en regardant le brun avec une haine intense dans les yeux.

Aizen se rassit, abasourdi par la dureté du ton provenant de la bouche d'Ukitake. « Eh bien, vous pouvez demander à Ulquiorra lui-même. Je suis sûr qu'il vous dira la même chose. »

« Je voulais dire à propos d'Hisagi », précise Ukitake en serrant son poing très fortement. « Je sais que Sa Majesté a certains goûts inhabituels, mais de là à exécuter un innocent? » Il secoue la tête. « C'est de l'hérésie! », crie-t-il et il frappe sa tasse de thé.

Aizen fronce les sourcils. Il savait que l'homme aurait du mal à accepter la vérité, mais il n'aurait jamais envisagé qu'Ukitake réagirait si mal à cette nouvelle. Aizen soupire et se frotte la tempe. Ça le peine de voir cette figure du Gotei tellement secouée. Ukitake a toujours l'air si calme, si bien posé. Maintenant, il ressemble à un homme dont tout le système de valeur est sens dessus dessous.

« Ukitake-san, », l'interpelle Gin. « S'il vous plaît, comprenez. Pourquoi pensez-vous que nous avons quitté la Soul Society? Pourquoi Aizen-taicho aurait pris autant de risques alors qu'il aurait pu facilement y rester un capitaine? » Il tend la main et la pose sur l'épaule d'Ukitake. « J'ai quitté un être cher à mon cœur en suivant Aizen-taicho. Je ne l'aurais pas fait sans une bonne raison. »

Ukitake hausse la main. « Mensonges », lâche-t-il. « Comment osez-vous utiliser Sa Majesté pour justifier votre guerre », gronde Ukitake.

« Ils ne mentent pas Ukitake-taicho. » Ils entendent une voix faible et enrouée depuis le couloir.

Ukitake tourne lentement la tête, de peur de rencontrer l'homme derrière la voix.

« Hisagi, tu es… »

« Oui. Moi », répond Hisagi en souriant doucement. « C'est bon de vous voir Taicho. »

Hisagi s'appuie lourdement contre son ancien capitaine. Ses pieds, ses mains, ses épaules, son dos, la moindre partie du corps du shinigami est couverte de bandages. Sur son visage, les coupures et les contusions sont si nombreuses qu'Ukitake ne parvient pas à voir la couleur de sa peau bronzée. Ukitake s'est rapidement précipité à ses côtés, effleurant légèrement ses épaules et sa tête. « Regarde ce qu'ils t'ont fait... », murmure-t-il. Furieux, Ukitake se retourne vers Aizen, son Zanpakuto sorti, prêt à frapper.

« Non, pas Aizen, » continue la voix rauque d'un Hisagi qui s'agrippe à Ukitake avec ses doigts cassés et qui gémit de douleur. Ukitake laisse tomber son épée et retient Hisagi, oubliant complètement Aizen.

« Ça va aller. Je vais te ramener au Seireitei et Unohana s'occupera de toi, d'accord? », dit-il, en tirant lentement la main du jeune shinigami.

Hisagi tousse et fait non de la tête. « Non, capitaine s'il vous plaît », supplie Hisagi. Ukitake l'ignore et continue à parler de manière décousue sur la façon dont il va le mettre en sureté, et qu'Aizen ne lui fera plus de mal. Hisagi soupire et secoue la tête. L'homme est dans le déni. Il regarde Aizen et l'homme hoche la tête, en lui donnant le signal. « Capitaine, » Hisagi appelle Ukitake et ôte les bandages sur son bras droit. « Regardez ».

Sur son bras, il y a une cicatrice représentant l'image d'un phénix, marquée au fer rouge. Il est entouré par treize orbes brillants qui irradient d'un rouge de colère à l'unisson avec le souffle d'Hisagi. « Le sceau royal », halète Ukitake. Il touche la cicatrice et grimace de sentir encore la chaleur sur la marque. « Personne ne peut utiliser le sceau royal, excepté…. »

« Le Roi », termine Aizen qui se dirige vers lui. « Maintenant, me croyez-vous, Ukitake Taicho ? »

Ukitake tourne lentement la tête vers Aizen. Il ne parle pas, il ne fait aucun signe de la tête, mais la peur dans ses yeux répond parfaitement à la question d'Aizen. « Je suis désolé Ukitake-Taicho », dit Aizen tristement, en posant une main réconfortante sur l'épaule d'Ukitake. Gin remet son épée dans son fourreau et se détend enfin sur son siège. Enfin, quelqu'un d'autre connaît la vérité. Gin regarde Ukitake en silence, et tout au fond de son cœur, il sait que l'homme ne sera plus jamais le même.

« Ukitake-taicho, il y a autre chose. » Hisagi boite vers lui et s'accroche à son bras. « Junsui, il… »


« Oi, Aizen. J'ai entendu dire que vous… »

Ichigo s'arrête sur le seuil et regarde stupéfait le visage déformé d'un homme. « Oh, désolé. J'ai pensé que vous étiez seul », dit en se détournant du groupe. Du coin de l'œil, il voit les larmes qui coulent sur le visage d'Ukitake. Furieux, il s'attarde et réalise que l'homme sous les bandages est en fait Hisagi. Et il a sérieusement morflé.

Sans une seconde de plus, Ichigo se jette avec son Zanpakuto sur Aizen. L'homme incline tranquillement la tête et évite de se faire décapité par la lame mortelle. « Ichigo ... », commence à expliquer Aizen, mais Ichigo lui balance son poing au visage.

« Vous aviez promis de laisser mes amis tranquilles », gronde Ichigo, ses cheveux dressés par l'explosion de son reiatsu. Tosen le tire en arrière avant qu'il ne puisse faire plus de dégâts.

« C'est ce que j'ai fait », répond Aizen en frottant sa joue endolorie.

« Menteur! » Ichigo se débat contre Tosen. « Pourquoi Hisagi est dans cet état »

« Ichigo, ce n'est pas eux », soupire Hisagi, fatigué d'avoir à s'expliquer à nouveau.

« Quoi? »

« C'est compliqué », répond Gin. Ichigo gronde et s'extirpe de l'étreinte de Tosen.

« Ukitake? » Ichigo se tourne vers l'homme. « C'est vrai? »

À son tour, Ukitake se tourne vers Ichigo, ses yeux brillants maintenant remplis de crainte. « Junsui ... Junsui est mort. »


Ulquiorra pianote avec impatience sur le chariot de nourriture. Après trois jours de repos dans cet endroit horrible que tout le monde appelle 'infirmerie', il va enfin revoir l'homme qui sent le thé. Quand l'homme n'est pas venu lui rendre visite le jour suivant à l'infirmerie, Ulquiorra a pensé qu'Aizen avait dû le tuer, tout comme ce satané petit fukutaicho. A cette pensée, son estomac s'est resserré et il s'est senti tout à coup hollow à l'intérieur, et pas dans le bon sens du terne. Tandis qu'il tenait son ventre serré, Ulquiorra a imaginé l'homme au thé et s'est mis à gémir en comprenant que ce dernier devait maintenant sentir comme les carcasses mortes. Et il déteste l'odeur des carcasses mortes.

Ses craintes se sont transformées en soulagement quand Aizen est venu et l'a chargé de s'occuper de leur 'invité'. Ulquiorra était heureux que l'homme ne soit pas mort, et il était encore plus heureux quand il a réalisé qu'il le verrait régulièrement. Il était tellement excité qu'il en a mal boutonné sa chemise. Le fait est qu'Ulquiorra Schiffer ne s'énerve pas. Il a un visage pâle, un cœur froid, c'est un fils de pute qui noierait avec délice un chaton si Aizen le lui demandait. Cependant, cet homme réussit à le faire stresser.

Ulquiorra frappe à la porte et attend. Une éternité plus tard, la porte est toujours fermée. Ulquiorra fronce les sourcils. Ichimaru dit que c'est impoli de rentrer à l'improviste, et lui, veut tellement faire une bonne impression sur l'homme. Mais après une minute à frapper, Ulquiorra décide de contourner les conseils d'Ichimaru et d'y aller franco.

Il découvre l'homme aux cheveux blancs en train de regarder par la fenêtre. Il porte un kimono noir de grande taille, drapé au-dessus de son uniforme standard. Le tissu sombre contraste magnifiquement avec ses cheveux blancs et son teint clair. Ulquiorra tousse et frappe sur la porte, espérant attirer l'attention de l'homme.

« Ah, c'est vous. Est-ce que ça va mieux maintenant? » Ukitake sourit généreusement. C'est sûr, il y a un truc avec ce sourire.

Ulquiorra éloigne de suite cette pensée et tend l'assiette vers lui. « Oui. Le dîner », dit-il maladroitement, en posant l'assiette sur la table à côté de lui.

Ukitake regarde la nourriture et la repousse doucement. « Merci, » dit Ukitake avec un sourire. « Mais je suis encore en deuil, je ne peux manger aucune nourriture ce soir. »

L'arrancar fronce les sourcils. Pourquoi les êtres humains doivent-ils toujours refuser la nourriture qu'il leur apporte? Il lève les yeux pour dire ses quatre vérités au shinigami, mais quand il voit les yeux marron tristes, l'estomac d'Ulquiorra se tord d'une manière qui n'est toujours pas agréable. Ulquiorra tousse encore et choisit de poser une autre question. « Le deuil ..? Qu'est-ce que c'est? », demande-t-il en dévisageant l'autre l'homme.

« Le deuil? », dit Ukitake, surpris de la question. « C'est lorsque nous éprouvons de la douleur après la perte d'un être cher », répond-il.

« Oh ». Ulquiorra hoche la tête et détourne les yeux. « Etes-vous triste parce que vous venez de perdre quelqu'un? », demande l'arrancar, ses yeux verts morts scintillent de curiosité.

« Oui », répond tristement Ukitake, en se détournant pour cacher ses yeux vitreux au plus jeune.

Ulquiorra regarde l'assiette sur la table. « Je ne comprends pas. Lorsque vous êtes en deuil, vous ne vous ressentez pas la faim? »

Ukitake se met à rire. La question l'a complètement pris par surprise. « Haha ... Non, c'est », il essuie les larmes de ses yeux. « J'ai toujours faim ... »

Ulquiorra incline la tête. « Alors pourquoi vous ne mangez pas? Est-ce votre tristesse qui vous empêche de bouger votre mâchoire? »

Ukitake est abasourdi par la question, à tel point qu'il rit de la simplicité qui en découle. « Non... Ma mâchoire va parfaitement bien. »

Ulquiorra croise ses bras. « Alors vous devriez manger. »

Ukitake continue de rire, les larmes striant à nouveau son visage. « Je suppose que vous avez raison. » Il prend l'assiette de la main d'Ulquiorra et prend une boulette de riz. « Idatakimasu. »

Ulquiorra regarde l'homme mâcher et, confus, incline sa tête.

« Je suis confus. Vous mangez et vous pleurez en même temps. Pourquoi? »

« Non, c'est juste… » Ukitake reprend son souffle et répond en tremblant. « Je n'avais jamais réalisé à quel point la nourriture est délicieuse. »

Ulquiorra regarde, stupéfait par les paroles de l'homme. « Vous mentez. Vous mangez la cuisine de Nnoitra Jiruga. Sa cuisine est infecte. » Quand il voit les larmes sur les joues d'Ukitake, il fait un signe de tête, ayant saisi. « Je vois. Vous pleurez parce que sa nourriture est infecte. »

« Non! La nourriture est bonne », Ukitake rit encore, en essayant d'essuyer les larmes de ses yeux discrètement. « Quel est ton nom? » dit-il pour changer de sujet.

« Ulquiorra Schiffer. Et vous? »

« Ukitake Jūshirō. » Ukitake lui sourit et lui tend la main. « Ravi de te rencontrer, Ulquiorra-kun. »

Ulquiorra prend la main et la serre maladroitement. « Ah. Êtes-vous heureux... maintenant? », demande-t-il en regardant le sourire sur les lèvres d'Ukitake.

« Non, je suis toujours triste. »

« Oh ». Ulquiorra s'assoit sur la chaise en face. « Puis-je faire quelque chose? »

Ukitake sourit tristement. « Non, je crains que non. »

« Oh. D'accord », dit Ulquiorra en baissant les yeux. « Puis-je m'asseoir ici et vous regarder manger? »

« Euh, » dit Ukitake pris au dépourvu par la demande. « Parlons plutôt. Le riz est beaucoup trop mou de toute façon. »

« Ce n'est pas du riz. C'est… »


« …des larves de Hollow cuites à la vapeur dans du vin. »

Hisagi crache le 'riz' sur le sol et se met à tousser.

« HA! C'est du riz, connard! » Nnoitra et Ichigo se tapent les genoux, morts de rire, en montrant du doigt et en se moquant des shinigamis en rogne.

Ichigo, qui apparemment se sent mieux, a décidé d'aider à faire des rondes à l'infirmerie. Pendant trois jours, il y est resté à verser des boissons et à plier des draps de lit pour les arrancars qui s'y rendaient pour les petits bobos de la vie quotidienne. Malgré son attitude enjouée et sa santé retrouvée, il a constaté qu'il ne pouvait pas se résoudre à frapper à la porte de Stark. Il a fini par être traîné vers le lit d'Hisagi par un Nnoitra au regard espiègle. Lorsque l'espada lui a soufflé son plan, il a cessé de se débattre et a apporté avec empressement l'assiette à Hisagi.

Tosen qui écrivait sur un tableau, s'est mis à froncer les sourcils devant les hommes en train de rire et leur a tapé sur la tête avec un presse-papiers. « S'il vous plaît, veuillez cesser de harceler le patient », a-t-il dit. Ichigo a continué de rire, ignorant le regard venimeux des deux. Il semble que Nnoitra et Ichigo aient trouvé un terrain d'entente. Ils aiment tous les deux se comporter comme des abrutis.

« Sérieusement ... J'ai été torturé et mutilé, et c'est tout ce que j'obtiens en retour? », dit Hisagi, en jetant sa serviette mouillée vers Ichigo. Ichigo glapit et frappe Nnoitra avec.

« Oh boo-ho. Tais-toi et mange ton riz », balance Nnoitra en jetant la serviette à Hisagi. « T'ferais mieux d'dire 'j'l'adore Nnoitra-sama ', ou un truc comme ça. »

Ichigo lève les yeux. « Ignore-le Hisagi, Il a déjà une Fracción pour flatter son ego. » Ichigo ricane. « Entre autres choses. »

« Qu'est-ce t'as dit l'mioche? Tu m'traites de pédé? » Nnoitra se redresse et domine le garçon.

« Ouais, et pendant que j'y suis va te faire foutre pédophile? » Ichigo sort Zangetsu et le présente devant le plus grand. Il n'est pas aidé puisqu'il arrive seulement à hauteur de la poitrine de Nnoitra, mais il pousse quand même son corps contre lui. Il ressemble à un petit terrier en train d'aboyer contre un chien incroyablement long et maigre. Il ne peut pas s'en empêcher. Être enfermé dans une chambre pousse son niveau de testostérone au maximum.

« Ooohh, le chaton sort ses griffes ... Tu penses pouvoir me manipuler? » fait la voix traînante et l'espada donne une chiquenaude sur le haut du front d'Ichigo, en essayant de pousser le plus petit à bout.

Ichigo grogne et repousse l'espada. « Ouais! Putain allons-y! » Il sort de l'infirmerie, son Zanpakuto surdimensionné couvrant son corps svelte.

« Ouais! Enfin! » Nnoitra serre les poings et sort en courant de l'infirmerie. « Mange ton riz l'tatoué », crie-t-il à l'attention d'Hisagi, qui regarde son bol de riz avec méfiance.

« Idiots », dit simplement Tosen aux deux. « Tiens, mange. » Il échange le bol d'Hisagi avec un plateau de cuisine traditionnelle japonaise, composée de poisson, de légumes, et de soupe miso. Le fukutaicho soupire de soulagement et déclare son habituel 'Idatakimasu'.

« Quand est-ce qu'Ichigo est devenu si copain avec l'ennemi? », dit Hisagi. Il grimace quand il se déplace sur le côté pour atteindre pour ses baguettes.

Tosen fronce les sourcils et pose son tableau. « Après tout ce que tu as subi, es-tu encore persuadé que nous soyons toujours l'ennemi? », demande Tosen en s'asseyant à côté de lui.

Silencieux, Hisagi regarde le bol dans sa main. Son poignet est meurtri d'avoir été pendu. Sur la vitre couverte de condensation devant lui, il voit son reflet. Ses lèvres ont l'air mutilées, il y a des traces de marques de fouet sur sa joue, et l'un de ses yeux est enflé. Il ne ressemble à de la merde.

« Regarde ce qu'ils t'ont fait. » Doucement, Tosen lève son menton. « Je vais tous les tuer », grogne-t-il et il serre les poings, en détournant les yeux de son fukutaichou pour cacher sa colère.

Hisagi regarde son ancien capitaine en état de choc. Il ne savait pas que celui-ci avait des sentiments si forts pour lui. « Mais vous êtes aveugle. » Hisagi sourit. Les murs qu'il a érigés entre eux, s'écroulent enfin. « Vous ne pouvez pas vraiment voir mon visage. »

Tosen lève les yeux et sourit. « Je suppose que je ne peux pas », dit-il. Les deux se mettent à rire et s'assoient en silence, chérissant leur lien renouvelé de Taicho à Fukutaicho.

« Taicho, vous ne croirez jamais ce que la neuvième division a dit l'autre jour. »

Tosen sourit, heureux qu'Hisagi ait recommencé à l'appeler 'Taicho'. « Font-ils toujours le cri de la justice? », demande-t-il avec espoir. « Celui-là est assez embarrassant. »

Hisagi éclate de rire. « Non. En fait, c'est vrai, ils en appelaient à la justice... »


Dans la pièce voisine de l'infirmerie, Stark est assis sur son lit et regarde pensivement un verre d'eau. Cela fait déjà trois jours qu'il n'a pas parlé à Ichigo. « Ichigo ... », dit-il en trempant l'un de ses doigts dans des gouttelettes d'eau.

Lilinette est assise à côté de lui. Elle regarde fixement la cinquième pomme dans sa main comme si celle-ci était en train de se moquer d'elle. « Gah! Je ne peux pas le faire! Toi, fais-le! » Elle jette la pomme à Stark, qui soupire et laisse la pomme le frapper à la tête. La pomme rebondit et s'en va rouler sous un meuble. La jeune fille aux cheveux verts regarde la pomme rouler et tape son espada avec le plateau.

« Ne crois pas que parce que tu es malade, tu peux te promener et commencer à gaspiller la nourriture! », lui crie-t-elle dans l'oreille. Stark hoche la tête et soupire de nouveau, cette fois, il jette son regard triste par la fenêtre.

Lilinette fronce les sourcils et monte sur son lit. « Stark? Qu'est-ce qui ne va pas? Tu as encore mal? », demande-t-elle, véritablement inquiète pour son autre moitié. Quand il secoue la tête, elle prend son visage et il le tient avec la paume de sa main. « Pourquoi tu es déprimé alors? ».

Stark lui prend la main et la pose à nouveau sur ses genoux. « Je vais bien », répond-il. « C'est juste que..., j'ai fait une bourde quelqu'un qui pourrait bien être l'un des nôtres... », avoue Stark en regardant Lilinette avec un air coupable.

« Hein ? C'est à dire? » Lilinette fait une grimace et se met à rire. « Tu as eu un coup de cœur et tu l'as foiré? Stark! Je pensais que t'étais mourant ou quelque chose comme ça! », dit Lilinette en l'agitant hors nonchalamment.

« Tu ne comprends pas. » Stark secoue son épaule. « L'un des nôtres ».

Les oreilles de Lilinette se redressent et elle se penche plus près. « L'un des nôtres... comme quand on était ensemble? », demande-t-elle à voix basse, les yeux grands ouverts comme des soucoupes.

« Ouais. »

« Comme nous avant de rencontrer Aizen? »

« Ouais. »

Ils se dévisagent tous les deux, Stark avec son air coupable et Lilinette avec la bouche ouverte en signe d'incrédulité. « EH BIEN, REPARE ÇA, IDIOT! » Elle se saisit d'un plateau à proximité et commence à le frapper à plusieurs reprises avec. « TU FERAIS MIEUX D'ALLER REPARER, SINON JE VAIS LE PRENDRE POUR MOI! »

L'idée qu'Ichigo appartienne à quelqu'un d'autre sort Stark de sa léthargie. « Non », dit-il en saisissant le poignet de sa Fracción, ses yeux envoyant un regard mortel. L'air autour d'eux semble se vider, et le reiatsu bleu de Stark commence à fluctuer.

Lilinette sourit et retire sa main. « S'il est si important que ça alors je suppose que nous ferions mieux de nous battre pour l'avoir, hein? » Elle lui donne un autre coup pour faire bonne mesure et saute du lit.

« Où vas-tu? »

« Chercher d'autres fruits! », répond-elle. « Des fraises, c'est ça. » Lilynette ricane dans sa barbe et sort de l'infirmerie.


« Viens ici, toi l'petite merde orange! », crie Nnoitra. Il se marre tandis que le zanpakuto fend l'air à côté de lui. « Montre-moi ton truc de Bankai.» Et il ricane.

Ichigo fait un bond en arrière, évitant de justesse la lame tranchante. Lorsque celle-ci arrive pour la deuxième fois devant lui, Ichigo sent irradier de Nnoitra l'envie de tuer. L'homme ne joue pas. « Je pensais que nous étions en train de nous entraîner ! », hurle-t-il et il esquive à nouveau une attaque de l'espada grotesquement grand.

« Idiot. Qui s'entraine avec une vraie épée? » Nnoitra se met à rire et donne un coup de pied sur la poitrine d'Ichigo, l'envoyant tousser sur le sable.

« Merde! Je pensais qu'on la jouerait cool. » Ichigo roule sur le côté et crache. Son épée est étendue à quelques mètres de lui.

Nnoitra roule des yeux et met son arme en bandoulière sur son épaule. « Relax. C'est pas comme si j'allais t'buter », dit-il en offrant sa main.

Ichigo s'essuie la bouche et sourit. Soudain, il le tire depuis le sol et balance son poing dans le cou de Nnoitra, envoyant valser l'homme plus loin. A genoux, l'homme tousse et crache. « Oh, relax. » Ichigo sourit et tourne Zangetsu dans l'air. « Ce n'est pas comme si je t'avais frappé les couilles ou un truc du genre. » Ichigo imite le ton condescendant que Nnoitra a précédemment employé.

Cependant, ça n'amuse pas Nnoitra. Il se redresse et envoie un sourire vicieux à Ichigo. « T'vas en avoir plein la vue maintenant, chéri. »

Ichigo met son épée en garde, fléchissant le genou pour se préparer à une attaque. « Comme si tu pouvais quelque chose contre moi. » Le garçon aux cheveux orange tient son épée bien droit face de lui, son reiatsu l'enveloppant comme un feu en colère. « Bankai! »

Avant qu'il ne puisse même lever son zanpakuto, une grande vague de reiatsu or le fait tomber par terre. « On dirait que tu t'amuses bien, hein? », fait un grondement familier derrière lui. « Ça t'déranges si j'me joins à toi? » Quand il entend la cloche tinter, Ichigo a l'impression que son sang s'est retiré de son visage.

« Oh merde. »