Chapitre 16

Ichigo n'est pas un garçon violent par nature. Bien sûr, il boxe régulièrement son père, mais si on lui demandait de choisir entre le poing et la colombe, il choisirait plutôt cette dernière. Ainsi, bien qu'il soit pris au piège entre deux lames acérées, il va encore essayer de parlementer pour raisonner les bêtes qui se trouvent à ses côtés. Le bon sens dicte pourtant que les bêtes ne savent communiquer qu'une seule façon, avec leurs griffes.

« Attendez! » Ichigo fait un bond en arrière pour éviter un coup mortel. « Nnoitra! Ne fais… »

Avec un sourire de fou sur les lèvres, l'espada l'ignore. « Bouge, chéri », dit-il en jetant la grande faux au-dessus de sa tête.

Ichigo élargit ses yeux et s'éloigne avant que les lames ne le tranche en deux.

Derrière lui, Kenpachi s'est éloigné en un éclair de l'attaque, l'évitant plutôt efficacement. Alors qu'il envoie à Nnoitra un sourire triomphant, une mince ligne rouge commence à apparaître sur sa joue. Son sang a été versé en premier, et ça, ça ne plait pas à Kenpachi. Nnoitra se met à rire et balance à nouveau sa faux, forçant Kenpachi à lever son Zanpakuto pour la bloquer. Lorsque Nnoitra réussit à blesser son bras pour un autre coup, Kenpachi sourit et atteint son bandeau à l'œil.

« Ken… » Ichigo s'avance vers le grand corps de Kenpachi, distrayant le capitaine de Nnoitra. « Merci de ne pas le tuer », lui dit vivement Ichigo, en gardant sa main sur le bandeau couvrant l'œil de Kenpachi. Celui-ci regarde le garçon. Son visage dur s'adoucie. Avant qu'il ait pu lui répondre, Nnoitra passe derrière Ichigo et pousse son corps contre celui Kenpachi.

« T'crois que j'peux pas gagner tout seul? », crache Nnoitra à Ichigo. Ses yeux fous sont toujours posés sur Kenpachi. Celui-ci est mécontent et ça s'entend. Il fait pivoter son zanpakuto vers le bas. Nnoitra soulève sa lame pour parer l'attaque, faisant un effort contre la force massive de Kenpachi.

Kenpachi réunit son reiatsu et se prépare à donner le coup de grâce. Ichigo voit le mouvement de Kenpachi et se jette en avant pour plaquer Nnoitra contre un mur à proximité, le sauvant d'une mort imminente. « De rien », dit-il à l'espada avec un sourire victorieux.

Kenpachi a raté sa cible et empalé son épée dans le sol. Il laisse échapper un grognement de frustration et pose ses yeux sur Ichigo. Il dévisage le garçon avec sur le visage, un regard de prédateur. Le sourire d'Ichigo s'évanouit et il lui fait face en levant son Zanpakuto au cas où l'homme se déciderait à attaquer. Kenpachi saisit Zangetsu par la lame, enfonçant sa chair dans l'acier tranchant et balance l'épée au loin. Sans défense, Ichigo s'apprête à détaler, mais Kenpachi l'attrape rapidement par derrière et chuchote à son oreille. « J't'aime chiot, mais si tu m'interrompes encore, alors j'vais devoir te secouer, » lâche-t-il dans un souffle, réussissant à paraître à la fois menaçant et excité.

Kenpachi grinned and titled Ichigo's face towards him.

Ichigo se débat de l'emprise serrée de Kenpachi, se tordant et se retournant pour se sortir des bras du capitaine. Tout en lui est puissance. Sa présence, son reiatsu, son corps. Être avec Kenpachi lui donne envie de se soumettre. Ichigo se prélasse la tête en arrière. Il se détend dans ses bras. Ce serait tellement plus facile de simplement se laisser dominer. « Ken », appelle Ichigo en fermant ses yeux. Kenpachi ricane et fixe le visage d'Ichigo face à lui.

Les yeux s'ouvrent et Ichigo affiche son habituel air renfrogné. « Arrête de me traiter comme une fille! », s'écrie Ichigo et il donne un coup de boule à Kenpachi comme il le fait avec son père tous les matins. Kenpachi s'éloigne de lui en gloussant alors qu'il sent le reiatsu du gamin grimper méchamment. Il a raison. Le garçon est puissant. Peu importe qu'il le pousse à bout, Ichigo se contente de poursuivre le combat. Et que dire de cette ingénieuse fausse soumission. Une idée de génie. Le garçon sait comment avancer ses pions. Le shinigami rit et arrache son épée. « C'est vrai Ichigo. Donne-moi le combat dont j'ai besoin! », dit-il et il arrache son bandeau à l'œil, inondant toute la zone environnante avec une énergie couleur or.

Ichigo halète sous le poids écrasant qui commence à peser sur lui. Le reiatsu est piquant et hostile. Il s'enfonce tout droit dans ses os. Kenpachi sourit et balance Zangetsu à Ichigo. L'épée atterrit entre les jambes du garçon. « Bat-toi contre moi, petit », dit-il. Ses yeux dorés étincèlent de joie. Kenpachi lèves les bras et sourit, se léchant les lèvres en prévision du sang, de la sueur et de la poussière.

Ichigo serre les dents et relève Zangetsu du sol. Nnoitra, Kenpachi, ils sont tous pareils. Tout ce qu'ils veulent, c'est se battre, se battre, se battre. La seule façon de leur faire entendre raison est de leur botter les fesses. Ichigo époussète ses vêtements et abaisse son genou, en attente d'une occasion d'attaquer.

« Eh Shinigami, j'ai jeté les j'tons en premier », dit Nnoitra en s'extrayant des décombres. Le regard effrayant et espiègle disparait, et il se détourne pour regarder la source de la voix. Quand il voit le corps ensanglanté de l'espada, Kenpachi se contente de ricaner, puis il tourne son attention vers Ichigo. Nnoitra plisse son œil. Il n'est pas du tout ravi d'être ignoré. L'espada pousse un cri terrible et se retrouve englouti dans un cocon de reiatsu. Quelques secondes plus tard, il apparait avec quatre nouveaux membres supplémentaires sur les flancs.

Kenpachi lève les sourcils et regarde la nouvelle arme de son adversaire. Il devient tout sourire face à ce nouveau défi. « Maintenant, ça marche. » Il émet un petit rire, ses yeux à nouveau gagnés par ce regard fou. Ça n'amuse pas du tout Nnoitra.

Ichigo a compris le regard et envoie rapidement un Getsuga Tensho dans leur direction. Un large, fossé s'est creusé entre Kenpachi et Nnoitra. Comme deux enfants en colère, les combattants dirigent leur regard d'assassin vers l'être humain qui les a pourtant sauvés d'une mort imminente. Ichigo déglutit nerveusement.

« Battez-vous contre moi », dit Ichigo. Kenpachi et Nnoitra le regardent, lui fixant de la tête aux pieds. Avec le même sourire maniaque, ils se positionnent dans sa direction et se mettent à charger.

Ichigo s'arme de courage pour parer l'attaque, sachant qu'il ne peut pas les stopper tous les deux en même temps. Il arrête les lames de Nnoitra et utilise le shumpo pour éviter celle de Kenpachi. Le garçon se retourne, faisant exploser son reiatsu qui l'encercle alors son corps. Tandis que les deux hommes se démènent pour se relever, Ichigo se demande s'il ne devrait pas mettre son masque de hollow.

Nnoitra et Kenpachi sont furieux. Comment le garçon a-t-il pu les mettre tous les deux à terre comme ça? Le destin d'Ichigo est d'être dominé et de se soumettre, pas de grimper jusqu'au sommet. Dans le feu de l'action, les deux hommes poussent un cri et chargent Ichigo. Distrait, le garçon n'a pas vu les lames qui arrivent sur lui. Mais avant qu'elles ne puissent toucher sa peau, une vague de bleu se précipite et arrête les deux attaques avec une épée. Le mouvement a poussé Ichigo à terre, et un corps le domine en le protégeant de ses deux attaquants. Ichigo lève les yeux, mais l'éblouissement du soleil artificiel l'empêche de voir son sauveur. Ça n'a pas d'importance. Il pourrait reconnaître ses cheveux bleus n'importe où.

« Bon sang, t'es pas censé t'reposer », dit l'espada, les dents serrées et en jetant un regard glacé à Ichigo.

« Oh. Ouais. J'étais… »

« Argh! J'veux rien entendre », crie un Grimmjow énervé. Il explose littéralement et envoie à Nnoitra et à Kenpachi quelques coups de pied dans le derrière. Il se retourne et pointe son épée vers Ichigo. Son visage reflète de la colère et de la frustration. « Chaque fois que j'veux passer du temps avec toi, t'es toujours avec un autre mec. T'as besoin d'espace? Bien sûr, je botte les fesses de tout le monde pour les sortir de la pièce. Tu veux un chat? J'attrape ce petit con d'chat et j'le transforme en hollow pour toi! J'ai essayé d'être le bon gars, mais t'es toujours entouré par tout un tas de gars comme Stark, ou…ou, lui! », hurle Grimmjow, désignant de son épée l'autre espada. Nnoitra crache en réponse.

Grimmjow respire fortement, en regardant Ichigo avec ses yeux tristes de chaton. Le shinigami aux cheveux orange lui renvoie son regard, affolé devant une telle tirade. « Mec », commence Ichigo, « si tu veux passer du temps avec moi, alors dis-le. » Il hausse les épaules.

Ichigo croise les bras sur sa poitrine, en attendant que Grimmjow réponde. L'espada a la bouche ouverte, comme s'il venait de découvrir la révélation de sa vie. Soudain, Grimmjow avance en titubant, saisit le bras d'Ichigo et le remet sur ses pieds. « On peut traîiner ensemble? », demande-t-il, à bout de souffle.

Kenpachi et Nnoitra regardent Ichigo dans l'expectative. Les ignorant tous les deux, le garçon se met à rire et donne un coup sur le bras de Grimmjow, le faisant tomber à la renverse sur le sol. « Bien sûr qu'on peut, espèce de crétin », dit-il en affichant un sourire d'une oreille à l'autre.

« Pas si vite », dit Aizen qui apparaît tout à coup entre Ichigo et Grimmjow.

« Sainte Mère de… » Ichigo fait un bond en arrière, en saisissant sa poitrine. « Ne. Refaites. Plus. Jamais. Ça », siffle-t-il, glissant vers le bas contre un mur. Tosen est venu se positionner devant Ichigo pour bloquer le geste obscène que le garçon envoie.

Aizen ignore le garçon et regarde Grimmjow, espérant faire baisser le regard de son espada et le faire reculer. Grimmjow, tout feu tout flamme après sa confrontation, rencontre ses yeux avec un air de défi. Aizen lève les sourcils, surpris que son chat auparavant docile commence à sortir ses griffes. Pendant une fraction de seconde, il craint que Jaggerjack puisse avoir une chance avec Ichigo, mais il réalise rapidement à quel point c'est stupide. Grimmjow et Stark peuvent se mentir à eux-mêmes sur le fait qu'ils ont une chance avec Ichigo. Au fond, tout le monde sait qu'Ichigo lui appartient. Aizen sourit ironiquement à Grimmjow. Il constate tout à coup à quel point Grimmjow a l'air hilarant de tenir SON Ichigo, comme un enfant saisirait maladroitement le verre de vin de son père.

« Kenpachi. » Aizen se retourne et s'adresse à son ancien collègue. Kenpachi soupire et lève les yeux. « Écoute, j'suis juste ici pour ramener mon chiot. Donc épargne-moi ton petit discours et dis-moi contre qui j'dois me battre », dit-il en bâillant derrière son épée sanglante.

Aizen sourit et secoue lentement la tête. « Même si tu bats tous mes espadas jusqu'au dernier, Ichigo ne partira jamais de Las Noches. » Il sourit et tend la main à Ichigo. « Dis-lui Ichigo. »

Avec hésitation, le garçon prend la main d'Aizen et s'avance. « Ouais. Je suis un peu avec lui maintenant. » Embarrassé, Ichigo se gratte la tête, en évitant les yeux de Kenpachi.

Kenpachi lève les sourcils de surprise. Il bouscule Aizen sur le côté et saisit Ichigo par les épaules. « Quoi? », demande Kenpachi, ses deux iris s'agrandissant de fureur.

Ichigo recule et marmonne sa réponse. « Il y a eu cette chose avec Hisagi et le roi ... Et il y a eu aussi Ukitake, mais c'est arrivé à la Soul Society. Alors ... » Impuissant, le regard d'Ichigo revient vers Aizen. Décidément, il est meilleur combattant qu'orateur. Le seigneur du mal soupire et hoche la tête. « Je m'en occupe. »

Kenpachi sirote son thé en silence. « Bon thé », dit-il à contrecœur, en poussant sa tasse en avant pour obtenir du rabe.

« N'est-ce pas? Un bon thé calme toujours les nerfs. » Aizen sourit et fait signe à Tosen pour qu'il remplisse la tasse de Kenpachi.

« Mm », grogne Kenpachi. Il détourne les yeux, toujours pas disposé à avoir une vraie conversation.

En face de lui est assis un Ichigo très nerveux. Il ne cesse de déplacer son poids d'un côté à l'autre, levant et baissant ses sourcils avec impatience. « Aizen... », gémit-il, las d'attendre que l'homme explique sa situation.

« Patience. » Le brun sourit et pousse la tasse de Kenpachi vers lui.

Les trois hommes sont assis en silence, enfermés dans un étrange rituel de dégustation du thé. Une cérémonie qui n'est manifestement pas conçue pour quelqu'un d'aussi impatient qu'Ichigo. Celui-ci croise les bras et agite sa jambe, mais un Tosen irrité le gifle pour qu'il cesse. Dépouillé de son tic, Ichigo soupire à haute voix et porte sa propre tasse à ses lèvres. Il se met à japper quand l'eau chaude ébouillante sa langue. Kenpachi a vu le tic nerveux de l'adolescent et roule des yeux. Pour quelqu'un qui prétend être innocent, il agit à coup sûr comme un homme coupable. « L'chiot. Détend-toi », ordonne-t-il et il attrape Ichigo par la nuque.

Ichigo se raidit au toucher, mais une seconde plus tard, il pousse un long soupir. Kenpachi sourit satisfait qu'il soit visiblement détendu. Il semble que son Ichigo sache qui commande vraiment. Décider de le pousser plus loin, Kenpachi fait se lever l'adolescent et l'attire sur ses genoux, ce qui le fait crier comme un petit chiot. Kenpachi sourit et se blottit dans son cou.

« Eh... », dit Ichigo en geignant. Il écarte le visage de Kenpachi. L'homme se met à rire et laisse son gamin rouler et se tortiller sur ses genoux. La silhouette mince d'Ichigo convient merveilleusement à son grand corps musclé. Le contraste entre leur peau fait imaginer à Kenpachi à quel point leurs corps iraient bien sensemble, enchevêtrés dans le plaisir.

« Kenn... », gémit à nouveau Ichigo, s'efforçant de ne pas le frapper. Si leurs rencontres se terminent toujours en violence, Kenpachi n'apprendra jamais la vérité sur le roi. Contrairement à Ichigo, celui-ci ne se soucie guère de l'explication d'Ichigo et d'Aizen. Il trouve plus amusant d'embêter son gamin dans des endroits risqués. Quand il passe sa main dans le col d'Ichigo, Kenpachi voit un reflet de jalousie dans les yeux d'Aizen. Au début, il n'arrivait pas à décider s'il voulait frapper l'homme ou s'envoyer Ichigo devant lui, mais finalement, le sentiment de supériorité l'a gagné. Alors qu'il distrait Ichigo avec des chuchotements obscènes, Kenpachi traîne ses doigts le long des côtes exposées du garçon, taquinant Aizen en montrant un aperçu de sa peau douce.

« Tu… » Ichigo se tortille et pousse contre le bras de Kenpachi. Avant qu'il ait pu frapper Kenpachi sur la tête, la porte s'ouvre violemment, révélant un Grimmjow énervé avec une épée dans la main.

« Vous! » hurle l'espada. « Duel! Maintenant! »

Impassible, le shinigami regarde l'arrancar furieux, le toisant de la tête aux pieds. « Très bien. » Il hausse les épaules. « On y va. » Kenpachi sourit et se lève, renversant Ichigo sur la table. De toute façon, un duel avec une tapette aux cheveux bleus, c'est mieux que de s'asseoir pour siroter du thé.

« Assez Grimmjow », soupire Aizen. « Zaraki-taicho, s'il vous plaît. Nous allions avoir une conversation là. »

Kenpachi commence à se moquer et balance sa tasse de thé. « Vous m'leurrer avec la promesse d'une explication, mais tout c'qu'on fait, c'est boire du thé. Donc, soit vous m'racontez votre histoire, soit je m'barre avec le gamin. »

Derrière eux, le 'gamin' fronce les sourcils et se met à bouder, marmonnant une partie de l'anatomie humaine en réponse à son nouveau surnom. « Tu vas m'emmener nulle part. Je ne suis pas une demoiselle, tu peux enregistrer. » Ichigo croise les bras en signe de défi. « D'ailleurs, je t'ai dit que je reste avec Aizen », finit-il par dire sur un ton catégorique.

Les derniers mots font exploser la patience de Kenpachi. Il frappe ses mains sur la table, piégeant Ichigo. « Qu'est-ce qu'il y a au juste de si attrayant chez Aizen, hein? Il te bourre le cul avec sa queue? », grogne-t-il menaçant. Les mots deviennent clairement venimeux.

Ichigo frappe le torse de Kenpachi et s'éloigne de l'homme. « Putain Kenpachi! Je te l'ai dit, c'est le roi! » Il fronce les sourcils, dégoûté.

« Le roi! » Kenpachi soulève ses bras en signe d'exaspération. Il marche dans la chambre comme une bête en cage et explose de colère. « Tout ce que j'entends, c'est 'Le roi! Le roi!' Mais personne ne me dit rien! »

« Eh bien, si vous pouviez juste écouter ... »

Il s'avance vers Ichigo et appuie très fort sur ses épaules, le forçant à s'asseoir face à face avec lui. « Eh bien? J't'écoute maintenant. Crache le morceau, l'chiot », grommèle Kenpachi.

Ichigo déglutit difficilement et darde ses yeux sur Aizen, demandant silencieusement de l'aide. Kenpachi a saisi le coup d'œil. « Oh non, les yeux sur moi. » Kenpachi saisit sa mâchoire, forçant Ichigo à le regarder droit dans les yeux.

« Eh bien ... » Le garçon avale sa salive. « Inoue a été enlevée, alors je suis venu à son secours. Mais je ne peux pas vaincre Aizen et je lui ai juré allégeance s'il laisser Inoue s'en aller… »

« T'as vu la fille? Est-elle vraiment saine et sauve? »

« Eh bien pas encore, mais il y a ce roi… »

« Attend, attend, attend », interrompt Kenpachi qui de frustration ferme les yeux fermés. « Tu me dis que t'es devenue la petite chienne d'Aizen sans savoir s'il avait rempli sa part du marché? »

« Euh, ça n'a pas d'importance parce… »

« T'es stupide ou alors c'est ton père qui t'as fait tomber quand t'étais bébé? »

Ichigo reste bouche bée en face de l'homme, pas sûr de savoir comment répondre à la question. «Je…je ne suis pas stupide! », dit-il pour se défendre. Intérieurement, il soupire. Lorsque votre argument se trouve réduit à celui d'un élève de 4ème, vous savez que votre raisonnement est discutable.

Kenpachi gémit. Il ne peut croire que le garçon qu'il adore puisse être si simple. « Ichigo, regarde. » Il lui fait face. « Je t'aime. Je t'aime vraiment. T'es la seule personne qui soit mon égal, et les gens comme moi ne trouvent pas quelqu'un comme toi tous les jours. » Ichigo se trémousse, mal à l'aise devant la gravité de la voix de Kenpachi. Celui-ci a ouvert ses yeux et voit les mains d'Ichigo s'ouvrir et se fermer de façon erratique. Quel adorable tic nerveux. Il lève les yeux et voit l'incertitude se refléter dans les yeux bruns chaleureux d'Ichigo. Il ne peut pas laisser son chiot choisir entre lui et la cause en laquelle il croit. A quoi bon avoir Ichigo avec lui, et le voir continuer à mener les combats d'un autre? Ils se regardent en silence, sachant qu'ils n'ont que deux choix : être des ennemis ou être des alliés. Cette pensée rend Ichigo tellement en colère qu'il a l'impression qu'il va exploser. Pourquoi doivent-ils aller chacun de leur côté? Où est la liberté de choix dans ce type de situation? Pourquoi ne peut-il tout simplement pas se détendre avec Kenpachi sans lui mettre une étiquette 'allié' ou 'ennemi'? Pour Kenpachi, la réponse est simple. Il veut Ichigo, et putain, il est prêt à tout pour l'avoir. Cependant, le fait de trahir le vieil homme l'arrête dans son choix. Il a beau être énervant, il conserve certains souvenirs émus du Soutaicho. Briser sa confiance n'est pas une chose facile à faire. Mais Kenpachi est un fils de pute déterminé. Il veut Ichigo et il l'AURA. Donc, c'est avec le cœur lourd qu'il dit à Ichigo d'une voix faible mais déterminée. « Si t'es vraiment avec Aizen, alors j'serai avec lui aussi » Sa voie devient confiante malgré son volume. Ichigo lève un sourcil, « Vraiment? Pourquoi? », demande-t-il d'un air soupçonneux. Kenpachi soupire et lui fait à nouveau face. « J'suis peut-être pas Kurotsuchi, mais j'suis pas assez con pour te laisser partir. » Ichigo lui envoie un regard vide. Il ne croit toujours pas à ce qu'il entend. « Ai-je besoin de préciser? Je. Reste. Avec. Toi », grogne Kenpachi et pour montrer son irritation plus qu'évidente, il a détaché chaque mot prononcé.

Toujours confus, Ichigo se permet un sourire du coin des lèvres. « Tu ferais ça pour moi? », demande Ichigo. Ses yeux scintillent comme ceux d'un enfant le matin de Noël.

Kenpachi a oublié pourquoi il était en colère et se trouve à bout de souffle devant le bonheur affiché dans les yeux de son chiot. « Ouais », gronde l'homme. « Pourquoi voudrais-je être du côté de qui que ce soit d'autre que toi », dit-il avec désinvolture, comme si c'était la chose la plus naturelle à dire.

Ichigo éclate de joie, jetant ses bras autour du cou de Kenpachi. « Merci », dit-il en riant. Le bonheur qu'il ressent est indescriptible. Quelqu'un est venu pour lui, l'a sauvé, et lui fait suffisamment confiance pour le rejoindre dans une alliance à la con avec un commandant à la con. Pas besoin qu'il soit le héros solitaire. 'Ça doit être ça ce que Yuzu ressent quand je joue avec elle parce que personne d'autre ne le fait', pense Ichigo tandis qu'il étreint comme un fou Kenpachi.

Kenpachi laisse son chiot sauter de lui. Dieu, quel sentiment merveilleux. Il n'avait jamais pensé que l'altruisme pourrait lui apporter tant de joie. Il ferait n'importe quoi pour garder son Ichigo aussi heureux. Voir ces yeux le regarder avec admiration et gratitude, le fait se sentir l'homme le plus fort et le plus capable des trois royaumes. Et putain, ça fait du bien.

Kenpachi étant ce qu'il est, il en profite pour glisser sa main sous le haori du garçon. « T'ferais mieux d'aller voir la fille, sinon j'vais t'faire de vilaines choses », murmure-t-il de manière lubrique, en riant d'une oreille à l'autre.

« Ok, ok. J'y vais. » Ichigo se met à rire tout penaud, inconscient du danger lorgnant juste en face de lui. « Attend. Tu voulais dire 'Je t'aime' comme une romance du genre normal? Parce que je ne fais pas de sexe anal. »

« Chiot », grogne Kenpachi.

« Ok. Inoue. » Ichigo sourit.

« Je veux voir Inoue. »

Aizen lève un sourcil interrogateur vers Ichigo. « C'est une demande plutôt étrange de ta part. »

« Ce n'est pas le cas. Nous avons un accord et il est temps pour vous de remplir votre part du marché. »

Aizen soupire et fixe les papiers qu'il était en train de lire. « As-tu expliqué la situation à la brute? »

« Je veux voir Inoue », répète Ichigo.

« Ichigo… »

« Je veux voir Inoue », répète Ichigo. Le ton devient plus catégorique au fur et à mesure qu'il renouvèle sa demande.

Aizen pince l'arête de son nez avec ses doigts. C'était stupide de sa part de laisser Ichigo avec la brute. D'ordinaire, il fait déjà preuve d'un entêtement proche de celui des ânes. « Très bien. Très bien. Je vais t'escorter moi-même. »

« Oh non. J'vais pas t'laisser jouer l'un des tours à Ichigo. J'vais avec lui », dit Kenpachi depuis l'autre chambre. Il a le visage enfoui dans sa chemise, là où Ichigo l'a touché.

« Certainement pas. Pas question que tu l'enlèves une deuxième fois », rétorque Aizen en prenant une plume et en écrivant un ou deux mots sur un morceau de papier.

« Hey! », proteste Ichigo, prêt à se lancer dans un discours sur le fait qu'il n'est pas une fille et qu'il est capable de se défendre.

« Je vais y aller. » Grimmjow fait un pas en avant. « Je m'assurerai qu'Ichigo revienne ici. »

La bouche d'Aizen tremble, mais son irritation fond rapidement dans un sourire bienveillant. « Je te remercie, Grimmjow. » Il se tourne vers Kenpachi. « Est-ce suffisant? »

Kenpachi enlève sa chemise et se met à dévisager Grimmjow. Il se lève et se dirige vers l'espada jusqu'à ce qu'ils soient nez à nez. « Fais pas de conneries ou j'te coupe les noix, gamin », dit Kenpachi dans un souffle.

Imperturbable face à la menace, Grimmjow le regarde à son tour avec un air de défi et enroule un bras autour des épaules d'Ichigo. « Allons-y maintenant », dit-il d'une voix autoritaire.

« O...Ok », balbutie Ichigo, en essayant de réprimer les papillons dans son ventre apparus à l'écoute de la voix autoritaire de Grimmjow.

La silhouette de deux adolescents sortant d'un portail surprendrait un esprit normal, mais ça ne ferait pas flancher un habitant de la ville de Karakura. Après toutes ces années, ils ont appris que, même dans la mort, les bizarreries arrivent encore, alors pourquoi perdre du temps à être surpris. Voilà pourquoi l'esprit d'un grand-père peut donner un signe de la main à Ichigo avant de traverser la boutique de lingerie d'une femme.

Grimmjow ne se soucie pas du fait qu'ils viennent juste de rencontrer le fantôme d'un vieux pervers. L'arrancar est si heureux qu'il se met à sauter hors de sa peau. En fait, il sort littéralement de son gigai et revient dedans sous l'excitation.

« Après tout, on est là pour passer du temps ensemble », dit Ichigo, s'amusant du fait que le gigai de Grimmjow cesse puis recommence à vivre.

« Ouais. Putain, je me sens TELLEMENT BIEN d'être débarrassé de ce foutu trou! » L'espada aux cheveux bleu se met à rire et à faire la en ronde autour d'Ichigo avec son nouveau corps. Il a été conçu pour retenir son excès de reiatsu, mais ce qui intéresse plus Grimmjow, c'est de jouer avec.

Ichigo ne peut pas s'empêcher de rire. Le bonheur contagieux de Grimmjow lui fait oublier toutes les discussions sérieuses qu'il a eues avec Kenpachi. « Tu sais que les Espadas sont censés être les froides machines à tuer d'Aizen. Si tu continues à sauter partout comme ça, on va devoir vous appeler les 'guerriers fruité et joyeux avec un penchant pour les uniformes propres et blancs'.

Grimmjow tacle Ichigo au sol et lui donne un bon coup de poing. « Tiens. Appelle-moi encore une fois fruité et je te fais un bleu ou deux. » Grimmjow sourit triomphalement.

« Hé! On est sur une mission sérieuse là », se plaint Ichigo sans réussir à cacher son sourire.

« Peu importe. On a juste besoin de voir la fille, n'est-ce pas? » Grimmjow se gratte les oreilles de manière désintéressée.

« Mec, t'es une brute. » Ichigo rigole et donne un coup sur le bras de Grimmjow. Du coin de l'œil, il aperçoit le toit vert de la clinique de sa famille. Soudain, il ressent un serrement douleureux et est comme frappé par la solitude. « Euh, Grimmjow? Ça ne te dérange pas si on s'arrête près de ma maison plus tard, hein? »

Grimmjow a bien remarqué la gravité du ton d'Ichigo. « Ouais. Bien sûr. T'as oublié quelque chose? »

« Non, c'est juste… » Respiration. « Si Inoue est là, alors je vais devoir retourner au Hueco Mundo. Je veux dire au revoir à ma famille. »

« Oh ». Grimmjow détourne les yeux, mal à l'aise devant le brusque virage pris par la conversation. Il a oublié qu'avant le Hueco Mundo, Ichigo Kurosaki avait une vie. Il avait des amis, une famille, et un avenir. Maintenant, il va tout simplement être l'esclave d'Aizen. Rien que le fait qu'il pose cette question semble injuste.

Avant qu'il ait pu exprimer une protestation, ils arrivent face à une rangée de petits studios. « On est arrivé », annonce Ichigo en faisant claquer ses doigts. « Espérons qu'Inoue est là sinon ... », la voie d'Ichigo s'estompe.

« Sinon quoi? »

« Sinon nous serons à nouveau ennemis. » Il sourit tristement, sautant dans un arbre à proximité.

La réalité du problème refroidit Grimmjow. Il n'a pas envie de se battre à nouveau contre Ichigo. Bon sang, il a attendu une décennie pour le voir et il est hors de question qu'une salope doublée d'une idiote ne lui vole sa chance. Il saute sur une branche à côté de celle sur laquelle Ichigo est perché et regarde par la fenêtre qui brille.

A l'intérieur, Inoue Orihime est assise et regarde une émission de télévision ordinaire avec son amie ordinaire. Rien en elle n'a changé. Elle a toujours ce sourire maladroit, les même longs cheveux roux, et les mêmes gros seins obscènes. En dépit de toutes les similitudes, il y a une chose qui frappe Ichigo au sujet de cette photo où elle est tellement heureuse. En tant qu'être humain, Inoue peut sourire et être heureuse, mais quand il l'implique dans les affaires des Shinigamis, elle est toujours en proie à un danger.

Ichigo regarde tristement Inoue et Tatsuki parler et rire ensemble. La banalité de leur activité vient de lui rappeler à quel point il est loin de chez lui. « Comme l'impression qu'on est toujours du même côté, hein Ichigo? », dit Grimmjow avec l'espoir de détourner le garçon de ses pensées mélancoliques.

« Ouais », répond faiblement Ichigo en sautant sur le sol. « Viens. Tu as promis que je pouvais m'arrêter chez moi », ajoute-t-il, en se détournant de l'appartement merveilleusement éclairé.

Grimmjow hoche la tête et lui emboîte le pas, ne sachant pas quoi faire avec l'atmosphère solennelle qui commence à s'installer entre eux.

« Tu veux que je vienne avec toi? », demande timidement Grimmjow. Il est en train de tracer avec ses doigts l'enseigne sculptée qui dit: 'Clinique Kurosaki'.

« Nan, j'en ai juste pour un instant », dit nonchalamment Ichigo. Il saute par-dessus le mur et bondit sur un balcon. « Tu peux juste flâner un moment, d'accord? »

Sans rien dire, Grimmjow regarde le garçon escaladé le mur de sa propre maison, et se faufiler partout comme un ado délinquant. L'espada se demande comment la vie d'Ichigo aurait été s'il était resté un être humain. Serait-il allé à la fac et aurait-il dirigé la clinique de la famille? Aurait-il rencontré une fille et l'aurait-il épousé? Rien que de penser à Ichigo avec une fille douce et maternelle, l'exaspère. Mais la possibilité qu'il écarte Ichigo de sa chance au bonheur bouleverse l'espada aux cheveux bleus. N'est-ce pas le rêve par excellence de tout japonais que d'aller dans une bonne école, d'obtenir un bon emploi, d'épouser une femme aimante, et d'avoir une vie heureuse? En impliquant Ichigo dans leur guerre, il va passer à côté de son avenir.

L'espada se met à se moquer et pousse ses pensées plus loin. Comment quelqu'un comme Ichigo peut être assez heureux pour se contenter d'une vie médiocre. Bien qu'il y ait quelques vérités là-dedans, Grimmjow sait qu'il se moque parce qu'il ne veut pas faire face à la possibilité qu'Ichigo puisse être malheureux. Grimmjow gémit à haute voix et glisse vers le bas contre les portes de la clinique. Quand il était un adjucas, Grimmjow était heureux de prendre ce qu'il voulait. Maintenant, il est préoccupé par les sentiments d'un adolescent. « Stupide Ichigo. » frustré, il balance sa jambe.

« Ouais, c'est vrai que mon fils n'est pas le crayon plus brillant de la boîte », crie une voix derrière lui.

Un homme aux cheveux noirs est accroupi contre le mur, une cigarette entre ses lèvres. Bien qu'il porte une veste blanche de médecin, l'homme ressemble plus à un gangster qu'à un toubib. Grimmjow n'a pas remarqué l'homme apparaitre à côté de lui. Il doit être incroyablement doué pour cacher son reiatsu. Ou extrêmement faible. L'un ou l'autre, Ichigo ne serait pas content s'il s'amusait avec cet homme. Grimmjow prend un peu de recul et détourne la tête. « Oi, jeune homme! Respectez votre aîné! », s'écrie l'homme et il pose sa main sur l'épaule de Grimmjow. L'Espada regimbe et prend son épée qu'il sort à moitié de son fourreau.

« Hahaha, tout doux! Tout doux! », Isshin s'élance rapidement pour ôter sa lame de la main de Grimmjow. « Vous êtes ce gros chat d'il y a quelques années, n'est-ce pas? Ça va », ricane Isshin devant l'expression choquée de Grimmjow. « Vous êtes devenu plus fort maintenant, hein? Regarder ça, vous avez les épaules solides! Je peux affirmer que les gens avec des épaules solides ont un fort reiatsu. Vous savez pourquoi? Parce qu'ils ont à assumer la responsabilité d'une grande puissance! Vous saisissez? »

Grimmjow regarde d'un air absent l'idiot en train de babiller et se déplace en un éclair sur le côté, en évitant les mains tâtonnantes de l'homme. Il ne peut pas être le puissant shinigami d'il y a quelques années. L'homme ressemble à une blague! « Oi! Jeune homme! Vous m'entendez? » Grimmjow détourne la tête, évitant tout contact avec l'homme. Il se souvient que Szayel Apporo a dit que l'idiotie est une maladie contagieuse. Il détesterait attraper quoi que ce soit que l'homme pu avoir.

« Ooh! On m'ignore maintenant? Ce n'est pas une façon de traiter le propriétaire de la maison sur laquelle vous vous appuyez! »

Ces mots attirent l'attention de l'espada. « Vous êtes le père d'Ichigo? », demande-t-il en faisant un pas en avant.

« Oui monsieur! Kurosaki Isshin, à votre service! »

« ARRETE DE M'ETOUFFER, ESPECE DE STUPIDE PELUCHE! »

« MAIS TU M'AS MANQUE, ICHIGO! J'AI PENSÉ ICHIGO EST MORT ET JE VAIS DEVOIR VIVRE DANS CE CORPS POUR TOUJOURS! »

Ichigo donne un coup de poing dans le ventre de Kon. Celui-ci se fait tout petit tandis qu'Ichigo regarde son propre visage tordu de douleur. C'est un truc bizarre de se donner un coup à soi-même. C'est comme jouer à un jeu vidéo dément où on doit se battre contre son jumeau maléfique. Il chasse cette idée et met sa main dans la gorge de son corps, à la recherche dans l'étroit passage humide de la bille verte.

Après l'avoir étouffé et bâillonné, Ichigo réussit à extraire l'âme de Kon. Il la regarde tranquillement, se souvenant à quel point Kon se sentait seul quand il était un projet dans le laboratoire de Mayuri. Il frotte et souffle sur l'âme modifiée pour la sécher. « Désolé, mais tu faisais trop de bruit. » Il hausse les épaules, agissant comme si tout était de la faute de Kon. Il empoche la petite bille verte et sort de sa chambre, ses jambes faisant le voyage familier vers la chambre de ses sœurs.

Il se glisse lentement à côté du lit de Karin. Un parfum d'orange flotte du visage endormi. Ichigo soulève la couverture de sa sœur et se met à sourire quand il découvre Yuzu blottie contre la poitrine de Karin. 'Elle a encore dû faire un mauvais rêve', pense Ichigo, en se penchant pour baiser le front de Yuzu. La plus jeune des Kurosaki est agitée et murmure dans son sommeil, mais ses yeux innocents restent fermés.

Il se tourne vers Karin, le garçon manqué qui un jour s'était mise à pleurer parce qu'elle avait échoué son test de mathématiques. L'image de ses deux sœurs serait tellement angélique si Karin avait l'air moins irrité. Ichigo a un petit rire : le sourcil de Karin se met à trembler quand Yuzu enroule sa main autour de son cou. Même si elle déteste partager son lit avec sa sœur, elle laisse toujours Yuzu le faire. « Quelle sœur sympa tu fais », chuchote doucement Ichigo et il ébouriffe ses cheveux. Comme prévu, Karin émet un bruit de mécontentement et tape la main pour l'éloigner, puis elle roule de l'autre côté pour éviter la main de son frère.

Ichigo sourit aux deux seules filles qu'il ait jamais aimées. Il immortalise cet instant simple dans sa tête. Lorsque les temps seront difficiles, ce sera ce moment dont il se souviendra, une tranche d'innocence dans son monde rempli de chaos.

Un bourdonnement dans sa poche le sort de sa rêverie. « Ow. », glapit Ichigo. La petite bille verte bourdonne et brille, formant un halo de reiatsu en colère. Apparemment, Kon n'aime pas être ignoré. Par peur de réveiller ses sœurs, Ichigo se rend en shumpo dans sa chambre. « Arrête idiot! », siffle-t-il, jetant l'âme modifiée contre le mur et l'attrapant à nouveau. Le bourdonnement s'arrête, mais le reiatsu de l'âme continue d'être furieux. Ichigo soupire et se gratte la tête. 'Je suppose que c'est le moment', se dit-il

« Eh, écoute Kon », murmure Ichigo à la petite bille verte. « Je pars pour longtemps. » Il regarde par la fenêtre, souriant quand il remarque une touffe de cheveux bleus derrière le mur. « Putain, si ça trouve, je ne reviendrai jamais. »

Ichigo soupire et se laisse tomber sur son lit. Il est en train de jeter et de rattraper l'âme dans sa main. « Je ne te dirai pas pourquoi, parce que si je le fais, tu vas certainement paniquer. » Il se met à rire. Du coin de l'œil, il saisit une photo de sa famille, prise au cours d'une de leurs nombreuses visites au temple. « Pendant mon absence, Yuzu se sentira seule », dit sombrement Ichigo. « Karin aura besoin de quelqu'un pour lui enseigner les mathématiques. Et ne me parle pas de face de bouc », il se moque et secoue la tête.

« Je suppose que ce que j'essaie de dire est, » Ichigo prend une profonde inspiration et pousse un soupir, en se frottant la tête de frustration. Il déteste avoir ce type de conversation. « J'ai besoin de quelqu'un pour être moi pendant que je suis loin. C'est vrai, je sais que c'est ton job. » Il agite la main de façon dédaigneuse. « Mais le fait est, que je ne reviendrai probablement jamais, ce sera donc plus qu'un emploi à temps partiel. Cette fois, ce sera permanent. »

Il prend à nouveau une profonde inspiration, puis jette l'âme modifiée dans son corps. « Alors, qu'en dis-tu? », dit-il, en regardant dans l'expectative ses propres yeux bruns.

L'âme modifiée se contente de le regarder fixement. « Permanent? », demande Kon en s'approchant plus près. « Donc, je vais vivre comme ... toi? » Il a l'air plus stupéfait qu'un chat dans une baignoire. Mais derrière ce regard confus de Kon, Ichigo peut voir une lueur d'espoir.

Dans son combat contre le roi, il est dangereux d'y associer sa famille. En même temps, il ne peut pas juste dire au revoir à ses sœurs. Ichigo les aime, et il serait cruel de tout simplement disparaître au Hueco Mundo.

Il a trouvé une solution avec Kon. Ichigo sait que Kon a toujours voulu être plus qu'une simple âme modifiée, pas seulement un outil pour être utilisé puis jeté quand il est devenu obsolète. Ichigo a sympathisé avec lui. Il avait pensé vivre une vie différente sous forme d'esprit, mais jusqu'à présent il n'y avait jamais bien songé. En chemin pour venir ici, il était réticent à abandonner son corps à Kon, mais, en voyant ses sœurs, il a pris une résolution. « Non Kon, tu ne vas pas vivre comme moi. Tu vas vivre ta propre vie », dit-il en souriant tristement.

Le visage de Kon s'éclaire comme un carnaval au milieu d'une ville morte. « Putain, ouais ! » L'âme se redresse et lève les poings de l'air, en criant de joie et en tournant en rond autour du lit. Ichigo lui envoie un coup dans le ventre, le faisant tomber à la renverse sur le sol.

« Tais-toi imbécile! Les gens dorment », siffle-t-il, bâillonnant la bouche de Kon avec sa main L'âme modifiée émet un glapissement étouffé et l'enlace.

Ichigo gronde et défait sa prise de la mort. « Karin, Yuzu, et face de bouc sont désormais ta famille », dit fermement Ichigo, giflant un Kon abasourdi sur la joue. « Tu ferais mieux de faire de ton mieux à l'école. Je sais que t'es toujours en train de dire des conneries, que je suis stupide, mais je suis classé 12e de toute l'école, il ne faut pas tout bousiller », grommèle-t-il, tournant son visage loin du visage Kon, qui commence à pleurer. « Et ne laisse pas face de bouc d'atteindre, sinon je reviens de botter le cul, t'as compris? », crie-t-il en regardant le ciel étoilé et en enjambant la fenêtre.

Avant qu'il ne puisse sauter, une paire de bras minces le tirent en arrière. « I.. Ichi ... GOOO », lâche un Kon en pleurs.

Ne sachant pas s'il doit s'en irriter ou en être touché, Ichigo se retourne et tape Kon sur la tête avec ses doigts. « Idiot. Tu as enfin une chance d'être qui tu veux. Ne le gâche pas, d'accord? Espèce de petite merde », dit-il de bonne humeur. Kon bredouille des paroles étouffées par la gratitude qu'il a dans le cœur. Sur un dernier sourire, Ichigo saute de la fenêtre et disparait.

« Quand Ichigo était petit, il ne marchait jamais. Il courrait », glousse Isshin. Il exhale de la fumée. Grimmjow tend l'oreille. Enfin, un sujet qui pique sa curiosité.

Isshin hoche la tête, frottant la main sur son visage. « Quand nous lui avons appris à marcher, il ne marchait pas non plus. Il faisait un pas, sprintait un mètre ou deux, puis tombait directement le visage en avant. Sa mère me reprochait toujours de ne pas le garder en sécurité. Mais le gamin lui a prouvé le contraire en continuant à tomber alors qu'elle-même prenait soin de lui. »

Grimmjow se joint au rire de l'homme, avec cependant un peu d'inquiétude. Pourquoi est-ce qu'Isshin lui dit toutes ces choses? N'est-ce pas lui qui a créé le kekai pendant toutes ces années? Si oui, alors pourquoi ne l'attaque-t-il pas ?

Isshin remarque le mélange d'inquiétude et de curiosité qui se reflètent dans les tics nerveux de l'Espada. Le claquement de ses chaussures, le frottement persistant de ses doigts. 'J'aime ce garçon', décide Isshin en souriant tendrement en direction de l'espada qui est clairement confus.

« Je sais pourquoi vous êtes ici, espada. Et je sais qu'Ichigo est là aussi. » Grimmjow se fige et il dirige sa main droit vers la poignée de son épée. « Oh? Je pensais que nous avions dépassé le stade de l'épée tranchante. » Isshin lui fait un signe de loin. Pendant un instant, Grimmjow se sent vidé, comme si toute la puissance qu'il avait combattue pendant des années, avait tout simplement disparu. L'homme lance à Grimmjow un regard qui dit qu'il sait, et qui stoppe toutes les questions que l'espada avait en tête.

« Mais qui êtes-vous? », demande lentement Grimmjow. Il se méfie de ce corps flou.

« Moi? Juste un docteur avec un bouc étrange », se met à rire Isshin. Il jette à terre sa cigarette et l'écrase sous la semelle de sa chaussure. « Quoi qu'il en soit, ce que je veux dire, c'est… »

« Grimmjow? T'es où? », crie tout à coup Ichigo.

Isshin le retourne et pose sa paume sur la bouche de Grimmjow. « Dommage que nous ne puissions pas parler un peu plus hein? » Isshin émet un petit ricanement. « Je vous confie mon fils », murmure le médecin. Puis, il appuie son index sur le front de Grimmjow en chuchotant une incantation.

En une seconde, Grimmjow voit défiler l'enfance d'Ichigo à travers les yeux de son père.

Un petit Ichigo le regarde en tenant un petit avion. Quand il lui prend, Ichigo sourit et enlace ses jambes.

Ichigo en bébé recroquevillé dans le creux du bras de sa mère, les petits doigts s'ouvrant et se refermant, le suppliant de les tenir.

Un Ichigo à l'âge de cinq ans en train de pleurer sur le corps de sa défunte mère, avec sur le visage, l'image parfaite de quelqu'un qui a subi une perte.

Ichigo avec un air renfrogné lors de son premier jour de lycée, et revenant à la maison huit heures plus tard avec une joue meurtrie.

Ichigo le frappant le matin, saisissant un aperçu d'un sourire endormi sur la bouche d'Ichigo.

Ichigo lui tendant son bras ensanglanté pour qu'il le nettoie.

Ichigo visant avec son zanpakuto un hollow pour protéger ses amis.

Ichigo tapant Karin avec une pantoufle pour avoir mal répondu à une question de mathématiques.

Ichigo tenant la main de Karin pour traverser la rue.

Ichigo serrant ses deux sœurs, en riant d'une oreille à l'autre.

Grimmjow se tient là, hébété alors que scènes après scènes, les souvenirs se gravent dans son esprit. Isshin sourit tristement et laisse tomber Grimmjow sur le sol. Il espère que celui-ci pourra comprendre à quel point Ichigo lui est précieux, et le protéger. « Prenez soin de lui », dit-il en dessinant des symboles dans l'air tandis qu'Ichigo se ramène...

« Grimm! » Le garçon le regarde depuis l'endroit où il se trouve, passe devant son père et vient se planter debout au-dessus de Grimmjow. « Tu t'es endormi? », ricane Ichigo devant l'air échevelé de Grimmjow.

« Quoi…, je veux dire, tu vois pas… » Grimmjow désigne Isshin.

« Voir quoi? » Ichigo regarde directement à travers Isshin. « Wow, le mince reiatsu dans l'air doit te jouer des tours. » Il éclate de rire et aide Grimmjow à se mettre sur ses pieds.

« Non, mais… » Isshin pose un doigt sur ses lèvres, faisant taire l'espada. Il se penche ensuite pour embrasser Ichigo sur la tête, en murmurant des paroles d'adieu dans les cheveux de son fils. Sa main gauche enserre douloureusement sa blouse et dans ses yeux, on lit de la douleur.

Grimmjow ferme rapidement la bouche, en regardant, fasciné mais triste, Isshin dire au revoir à son fils inconscient de ce qui se passe. « Euh, Ichi. T'as dit au revoir à ton père? », demande-t-il.

Les yeux d'Isshin s'ouvrent brusquement à sa grande surprise. Il regarde Grimmjow interrogateur. Ichigo hausse les épaules. « Non, j'ai pas pu trouver mon père. Ça va, j'ai dit Kon de faire quelque chose pour lui. Quoi qu'il en soit, regarde. » Il montre à Grimmjow une photo de lui, Karin, Yuzu, et d'Isshin sur la plage. « Cool, hein? » Ichigo a un petit rire et revient à côté de Grimmjow pour lui montrer la photo. L'espada regarde Isshin laisser Ichigo s'en aller. Dans ses yeux, il y a l'envie de toucher à nouveau son petit garçon. Après un soupir, le médecin tourne les talons et s'en va.

« Ouais, cool », répond Grimmjow.

Les deux marchent côte à côte, se cognant comme deux adolescents maladroits. Pendant un temps, Ichigo oublie qu'il est un shinigami remplaçant qui est censé sauver le monde. Il est juste Ichigo, un gamin en train de se promener dans son quartier avec son pote Grimmjow.

Ami. Ouais, Grimmjow est son ami. Ichigo jette un coup d'œil à son compagnon aux cheveux bleu et sourit. Il pensait que ce serait plus difficile de nouer des amitiés, à son âge, surtout après la mort de ses deux compagnons. Étonnamment, la présence de Grimmjow, de Stark, d'Aizen, et même de Nnoitra, a rempli l'espace solitaire au fond de son âme. Il n'est plus le délinquant incompris qui ne parle que de fantômes. Il n'est pas non plus le sauveur tout-puissant que même ses proches ne peuvent pas approcher. Au Hueco Mundo, il est Ichigo, ce mec aux cheveux orange, qui continue de fuir Nnoitra. Son reiatsu capricieusement grand n'y est pas rare, car il y a plus d'espadas largement capables de le réduire en bouillie. La normalité est un changement inconnu pour lui, mais il l'accueille avec gratitude.

Alors qu'ils marchent, leur attitude joviale est rapidement remplacée par des pensées sombres. Ichigo essaye de ne pas penser à la famille qu'il laisse derrière lui. Une partie de lui voudrait faire demi-tour et se glisser dans son lit, pour être réveillé le matin avec le coup habituel de son père. A nouveau, il voudrait goûter au curry de Yuzu, ou enseigner les mathématiques à Karin. Pourtant, il sait que ce coup de pied le matin, que ce curry chaud, et que ces frustrantes leçons de mathématiques appartiennent au passé. La photo froissée de sa famille doit être la dernière connexion qu'il a avec ses proches. Ça doit être ainsi. C'est plus sûr de cette façon.

Grimmjow est profondément perdu dans ses pensées. Il savait qu'Ichigo était spécial, mais les scènes qu'il a vues, c'est trop pour lui. Une partie de lui déteste Isshin pour lui avoir montré des scènes de l'enfance de son fils. Grimmjow ne peut plus voir en Ichigo un simple objet de son désir. Cela signifie que Grim ne peut simplement plus prendre Ichigo et le faire 'sien' comme un hollow le ferait, et cette pensée le met hors de lui comme jamais.

« Connard-d'enculé…. », gronde Grimmjow et il donne un coup de pied dans un poteau téléphonique à proximité.

« Waouh. Qu'est-ce qui t'arrive? » Ichigo recule, en évitant de rester dans le sillage de Grimmjow.

« Rien », répond Grimmjow en boudant.

« Hé qu'est-ce qui se passe? » Ichigo enroule ses bras autour de Grimmjow, et secoue les épaules de l'homme. « T'étais super excité tout à l'heure. Qu'est-ce qui s'est passé? »

Grimmjow fixe le sol face à lui. « Rien », marmonne-t-il.

Ichigo hausse les épaules et laisse tomber le sujet. Grimmjow parlera quand il voudra parler.

Après quelques minutes de silence, l'espada ouvre enfin la bouche, mais ce qui en sort n'a rien à voir avec ce qu'Ichigo aurait pu imaginer.

« Fuyons ensemble. »