Chapitre 17


« A nos nouveaux frères. »

« Frères! »

La salle d'Aizen se remplit du bruit de mille coupes s'entrechoquant avec délice, chacune renversant un peu de leur précieux contenu sur les genoux de leur propriétaire. Pourtant, le son qui devrait être synonyme d'acclamation et de célébration n'est suivi que par un silence pesant.

« Finalement, ce n'était pas une bonne idée », murmure Tosen dans un souffle, ses pieds tapotant nerveusement le sol. Il déteste les moments difficiles comme celui-ci.

« Attend », répond froidement Aizen.

Il s'appuie sur sa main avec un sourire satisfait sur le visage. Devant lui, sont assis tous les habitants de Las Noches, les hollows et même les non-Hollows. Ils sont tous assis formant deux lignes parallèles en pied de son trône. On a fourni à chacun d'eux un plateau rempli de nourriture et d'alcool.

Les derniers shinigamis arrivés sirotent leur alcool en silence, ne sachant pas quelle attitude adopter : se mêler aux autres ou rester à l'écart. Les espadas ignorent leurs invités nerveux avec une indifférence zen et restent silencieux. Le reste des arrancars regardent leurs verres comme des animaux curieux. Au début, ils se méfiaient du liquide clapotant dans leurs coupes, mais quand les espadas les plus expérimentés ont commencé à boire le saké, ces arrancars de rang inférieur en ont fait autant. Comme l'avait prévu Aizen, le silence a été remplacé par des murmures, parfois même par un désordre tapageur d'alcool et de banalités.

Les shinigamis qui restaient à l'écart, ont commencé à se mélanger aux arrancarss. Dans un premier temps, leur échange était civil et poli. Mais après quelques coupes de saké, des gens comme Ikkaku, Hisagi et Kira étaient adossés à des arrancars dans le même état d'ébriété, et commençaient à se lier. Leur conversation débutait invariablement par un compliment du genre 'sympa le masque', et alors que la nuit avançait, ça dégénérait en clichés bredouillés tels que 'je t'aime mec'.

Comme Aizen s'y attendait, son plan a fonctionné.

Après avoir lancé un sourire victorieux à Tosen, Aizen tourne son attention vers son projet chéri, Ichigo. Au milieu des cris bruyants et des comportements progressivement violents, le garçon est assis comme une sage petite épouse. Un peu en retrait de la foule en train de boire, Ichigo passe son poids d'un pied sur l'autre, les yeux inspectant les alentours pour trouver, comme Aizen devine aisément, Stark ou Grimmjow. Sans eux, Ichigo semble mal à l'aise et déphasé. Quoique, sur ce dernier point, c'est peut être dû à la performance obscène de Nnoitra envers une plantureuse arrancar aux cheveux rouge.

Avec un soupir, il s'excuse auprès de Tosen et vient se glisser derrière le garçon nerveux. Profitant qu'il soit distrait, Aizen se penche et chuchote doucement à l'oreille d'Ichigo.

« Bois Ichigo. C'est toi que nous célébrons ». Ichigo sursaute, s'attendant à un couteau plaqué contre sa gorge.

Au lieu de cela, il trouve un Aizen tout sourire qui lui offre une coupe de saké. L'air sombre, il se détourne de l'homme et croise les bras. Le bâtard a remis ses cheveux en état désordonné. Il a même le culot de porter ses anciennes lunettes à monture noire. Ichigo n'est pas idiot. Il sait qu'Aizen les porte de telle sorte qu'Ukitake, Kira, et tous les autres shinigamis lui fassent plus confiance. Ce foutu Aizen a toujours quelque chose dans sa manche.

« Non, merci. Je suis encore mineur », dit sèchement Ichigo, grignotant un morceau de concombre de son plateau.

« Allez Ichigo! Vis un peu! » crie Hisagi du bas de la rangée, le visage rougi par l'alcool. Un arrancar a le bras autour de son cou et lui bredouille des déclarations d'amour incohérentes.

Ichigo soupire et secoue la tête. Même si le saké est l'élixir de l'immortalité, il ne boira jamais pendant ce genre d'événements. Pour Ichigo, boire à la santé de quelqu'un n'apporte à la personne concernée ni longue vie, ni richesse. C'est généralement le contraire. Seules les personnes de pouvoir se voient porter un toast, et, en règle générale, les gens de pouvoir meurent.

Alors qu'Ichigo s'agite et se décale mal à l'aise, Aizen s'appuie contre un pilier et le regarde. Le garçon a de bonnes raisons d'être inquiet. Il est entouré par de nombreux Arrancars, qui étaient ses ennemis il y a encore un mois. Ses seuls amis, Strark et Grimmjow, n'assistent pas à la fête. Sur sa gauche, le capitaine sanguinaire de la onzième division est en train de boire comme un trou, et à sa droite, Nnoitra agresse sexuellement une arrancar à forte poitrine. Il semble que tout le monde soit occupé avec les célébrations et Ichigo est laissé tout seul.

'Ah, il se sent seul'. Aizen sourit tranquillement, heureux d'avoir compris le garçon. Après quelques excuses marmonnées, l'homme vient s'intercaler entre Ichigo et son quinto espada, et s'assoit.

« Tu n'es pas à la fête », dit Aizen, un petit sourire taquin jouant sur ses lèvres.

Ichigo s'éloigne pour briser le contact entre lui et l'homme. « Je n'aime pas m'amuser quand l'atmosphère est comme ça... », il agite son poignet autour. « Fausse. »

« Fausse? » Aizen éclate de rire en signe d'incrédulité. « Regarde tes amis shinigamis et mes Exequias. » Il désigne Hisagi. « Ils sont tous heureux et ivres. Il n'y a rien de faux chez un homme ivre. Tu sais cela, petit shinigami. » Pour autant qu'il déteste l'admettre, Ichigo voit bien que chacun des hommes est en effet ivre ou sur le point de le devenir. Même Ukitake a une drôle de teinte rose sur les joues.

Malgré les explications de l'homme, Ichigo n'est toujours pas satisfait. « Ce n'est pas pour vos Exequias que je m'inquiète. C'est pour eux », marmonne-t-il en hochant la tête en direction de l'espada.

Aizen observe son espada, les sourcils froncés tandis qu'il scanne leur visage. L'éternel froncement de sourcils sur le visage d'Ulquiorra semble être à l'envers. Barragan est en train de grogner contre Zommari, et les deux têtes d'Aaroniero se plaignent de ne pas être en mesure de boire du saké. Le reste de son espada est soit plongé dans ses pensées, soit calmement en train de parler les uns avec autres. En plus d'être un peu élitiste, Aizen ne voit rien de suspect parmi son espada.

« Ichigo. » Il soupire. « Il se peut qu'ils n'aient pas l'air aussi amical que Stark et Grimmjow, mais ils sont loyaux et fidèles », dit sévèrement Aizen pour essayer de dissiper la paranoïa d'Ichigo.

Ichigo plisse les yeux et détourne la tête, s'appuyant sur ses coudes et gardant ses distances. Connard d'Aizen.

« En parlant de cela, » Aizen regarde autour de lui. « Où sont tes deux chiots? » il lève les sourcils avec amusement.

« Les chiots... oh. » Ichigo fronce les sourcils, réalisant à quoi Aizen fait allusion. « J'sais pas », marmonne-t-il en se détournant de lui.

Aizen se met à rire et à siroter son saké, puis tend sa coupe vide à Ichigo pour qu'il la remplisse. « C'est cruel, tu sais. »

« Quoi? », crache Ichigo en ignorant complètement la coupe d'Aizen.

« C'est cruel de les laisser espérer. » Aizen sourit, ses lèvres portent une petite touche de cruauté. « Tu devrais en garder un pour toi et en finir avec l'autre. »

« Ce sont mes amis », répond sèchement Ichigo. « Ne vous avisez pas de dire qu'ils pourraient être ... être ... »

« Fuyons ensemble », dit Grimmjow avec passion.

« Ces lèvres… », murmure Stark contre les lèvres d'Ichigo, « sont à moi. »

« Oh putain », gémit Ichigo dans sa paume. Aizen rit et boit un peu plus pour célébrer sa victoire. Il aime avoir raison.

Ichigo se masse le front. Il pensait qu'au Hueco Mundo, il en aurait fini avec sa difficulté à faire des choix. Être un laquais devrait être une tâche simple, mais le stress supplémentaire causé par Grimmjow et Stark, l'énerve vraiment. Pourquoi ne peuvent-ils tout simplement mettre leur sentiment en bouteille et l'ignorer pour le reste de leur vie? Ne ressentent-ils pas la valeur de l'amitié qui leur porte?

Stark dirait probablement un truc du genre, « Mais je t'aime Ichigo. » Tout ça d'une voix sérieuse, accompagnée d'un regard sincère et amoureux.

Quant à Grimmjow, il éviterait son regard et marmonnerait quelque chose comme, « Tst... Comme si je pouvais supporter de te voir avec quelqu'un d'autre. » Et puis il donnerait un coup de pied au sol et s'arracherait.

« Oh, je suis foutu », gémit Ichigo.

Aizen est en train de ricaner. Le désespoir affiché par Ichigo paraît plus amusant que le groupe d'arrancars chantant au-dessus de leurs plateaux.

« Oh, je suis ravi que mes problèmes vous amuse », lâche-t-il à un Aizen toujours hilare. Le chef de Las Noches ne fait rien pour apaiser son rire.

Irrité, Ichigo commence à jurer dans sa barbe. « Connard d'Aizen. Rire des problèmes des autres. Roi des hollow? Foutu roi de…»

« Tu sais, j'ai une solution à ton problème », le coupe Aizen au beau milieu de ses divagations. Aussi divertissantes que soient les pensées d'Ichigo, il préférerait ne pas être traité de 'Roi des bacs à douche ' devant ses subordonnés.

Voyant qu'il a retenu l'attention du garçon, l'homme sourit et se penche, sa main touchant intimement le bas du dos d'Ichigo. Discrètement, il lève la main qu'il met en coupe devant l'oreille d'Ichigo.

« Tu peux toujours être mon consort », chuchote Aizen, soufflant doucement contre le lobe de l'oreille d'Ichigo.

Ichigo se redresse et regarde Aizen confus. Consort n'est pas ce..?

Lorsqu'il apparaît clairement sur son visage qu'il a compris, Aizen a déjà les bras enroulé autour d'Ichigo. « Qu'en dis-tu? », demande-t-il, en tournant le menton d'Ichigo vers lui. Pétrifié face à la question, Ichigo regarde les yeux bruns amicaux d'Aizen.

« Bas les pattes. » La voix profonde de Kenpachi résonne entre les deux. Aizen se tourne vers lui et plisse les yeux. Les orbes d'or de Kenpachi rencontrent les yeux bruns d'Aizen. Le regard est fixé sur lui quand il éloigne Ichigo des bras de ce dernier.

Aizen fronce les sourcils en voyant Ichigo niché sous le haori de Kenpachi. « Je ne faisais que lui donner une accolade amicale. » Aizen rit, prenant son temps pour se lever et partir. Ichigo serre les dents et se tourne vers la poitrine de Kenpachi pour sortir le rire d'Aizen de ses oreilles.

« Merci », marmonne Ichigo à l'attention de Kenpachi, tirant sur le bras de l'homme pour le serrer plus fort autour de lui. 'Mieux vaut être du côté du lion pour éviter le loup', pense-t-il.

« Mm », grogne l'homme. Bien qu'il ne montre aucun signe extérieur de joie, Ichigo sait que Kenpachi est heureux. Kenpachi s'arrête pour regarder son gamin, puis s'en retourne à son fukutaicho, qui a commencé à frapper son Ken-chan pour ne pas lui prêter attention à elle.

Niché dans les bras de Kenpachi, Ichigo fait les gros yeux, envoyant un doigt à Nnoitra lorsque le Quinto espada le montre et fait une série de vas et viens et de gémissements. « Ha-ha. J'ai saisi, tu crois que je suis la chienne de Kenpachi. Vas te faire enculer, sauterelle », crache Ichigo, puis il jette une tasse de saké à la tête de l'espada... Amusé, Kenpachi se met à rire et rapproche Ichigo. Il aime bien quand son chiot se met à dire des mots vulgaires.

Ichigo sent le resserrement du bras de Kenpachi autour de ses épaules et rougit. Connard d'Aizen qui l'oblige à se cacher dans les jupes de Kenpachi. Il grignote tranquillement sur le plateau de Kenpachi et se penche vers l'homme. Au moins Kenpachi est sacrément raisonnable, pas comme un certain arrancar aux cheveux bleus qu'il connait bien.

Ichigo laisse retomber sa main et soupire en pensant à l'espada. Il passe sa tête sous le bras de Kenpachi, à la recherche d'un signe de Grimmjow. Quand il n'en voit aucun, Ichigo se racle la gorge et se réinstalle dans les bras de Kenpachi.

« Qu'est-ce que tu cherches? », demande Kenpachi en regardant son gamin avec méfiance.

« Rien », répond Ichigo désireux de chasser l'espada aux cheveux bleus de son esprit.


Flashback

« Ne sois pas ridicule. »

Grimmjow émet un grognement de frustration et saisit la main d'Ichigo. « Je suis sérieux. Laissons toutes ces conneries derrière nous! Putain qui se soucie de sauver le monde? Nous allons tous mourir de toute façon. Mieux vaut tirer le meilleur parti de nos vies? »

« Grimmjow... »

« Non, écoute! » Il attrape Ichigo par les épaules et l'attire à lui. « J'ai un plan! »

Ichigo sourit tristement. « Aizen nous traquera », répond-il d'une voix calme.

« Alors, nous le tuerons! »

« Nous savons tous les deux que c'est impossible de tuer Aizen. Il va tuer le roi. »

« Eh bien, nous tuerons le roi! »

« Sans Aizen, c'est impossible. » Ichigo étouffe un petit rire, puis détourne rapidement les yeux pour éviter le regard furieux de Grimmjow.

« Je…Tu ... » Grimmjow grogne un coup et détruit une poubelle à proximité. « Un guerrier ne devrait avoir aucun maître! », rugit-il dans la nuit. Mais, seules quelques cigales répondent à son cri passionné.

« Oh? Alors qu'est-ce que tu fais en ce moment? Tu fais les courses d'Aizen? » Ichigo se retourne, incapable de se retenir.

« C'est différent. Je tenais à être ici », répond sèchement Grimmjow.

« Ouais. Bien sûr », se moque Ichigo et roule des yeux.

Grimmjow gronde vers le garçon et le fustige. « Pourquoi t'es si chiant! », rugit-il en direction d'Ichigo. Il continue d'avancer, laissant Ichigo derrière.

Comment ce marmot ose-t-il insinuer que Grimmjow est soumis à Aizen. Grimmjow n'est l'esclave de personne. Il a décidé de travailler pour ce maudit taré. Sans lui, Aizen n'aurait même pas une rébellion. Sans lui, le nombre sur le corps de l'espada serait inutile. Sans lui ...

Après une minute ou deux, Grimmjow fait une halte, se réprimandant tout seul pour son comportement infantile... Le but était de convaincre Ichigo de s'enfuir avec lui, pas de le laisser tout seul. Pourtant, avant qu'il ne puisse pleinement lui-même s'expliquer, son fichu caractère s'envole. Avec un soupir embarrassé, Grimmjow commence à revenir sur ses pas en courant. Se faisant, il s'arrête car il rencontre à mi-chemin Ichigo avec, dans les yeux, un regard d'excuse.

« Désolé. C'était déplacé », balbutie Ichigo en évitant de le regarder dans les yeux.

« Oublie ça », grogne l'arrancar, s'efforçant de ne pas exploser de colère. « Il y a des choses plus importantes à discuter. »

Avec une expression perplexe sur son visage, Ichigo croise les bras et s'appuie contre un poteau téléphonique. « Très bien alors. Donc nous fuyons. J'ai faim. Oups, on n'a pas d'argent. Que fait-on? On vend nos corps à des hommes pervers dans les toilettes publiques? », demande-t-il avec scepticisme.

« Non », gronde en réponse l'espada. « Jamais, je ne te laisserai faire une chose pareille. »

Ichigo tressaillit face au ton employé par Grimmjow. Il est surpris par l'intensité des mots. Embarrassé, l'arrancar détourne les yeux. Stark lui a fait des déclarations d'amour passionnées et ça semblait facile. Regarde-le, rougissant aux mots qu'il prononce, ce qui prouve que parler n'est peut-être pas son truc. Grimmjow tousse rapidement et change de sujet.

« D'ailleurs, tu as ton épée et j'ai la mienne. On gagnera notre pain de cette façon », marmonne-t-il dans sa barbe, refusant toujours de rencontrer le regard d'Ichigo.

Ichigo regarde l'homme et se met à rire. « Tu ne manges même de nourriture humaine! », réplique-t-il, en riant de manière hystérique face au pauvre espada.

« Je peux essayer. » Grimmjow fronce les sourcils, son visage virant au rouge.

« Oh Grimmjow, » Ichigo secoue la tête.

« Il te suffit de dire un mot et je pars avec toi. »

« N'importe où? »

« N'importe où ».

« Même en Russie? »

« Putain non. Il fait froid en Russie. »

Ichigo rigole devant la réponse sérieuse de Grimmjow. « Oh? Alors, où devons-nous aller? »

« Un endroit chaud. Avec beaucoup de forêt. Peut-être l'Argentine. Ou en Afrique! Oh, au diable l'Argentine, allons en Afrique et on tuera les chefs de guerre! »

« Euh, bien sûr. Des chefs de guerre. »

« Et des tigres. »

« OK. Parce qu'il y a des tigres en Afrique. »

« Il n'y en a pas? »

Les deux se regardent, en essayant de ne pas éclater de rire.

« T'as vraiment pensé à tout, hein? »

« Va te faire foutre. »

Et avec ça, les deux explosent de rire au ridicule de leur conversation.

« Je ne pense pas que je pourrai jamais survivre au Hueco Mundo sans toi », dit Ichigo avec lassitude.

« Eh » Grimmjow dit en se moquant : « Tu vivras. Tu es assez fort pour ça. »

Ichigo sourit et se heurte à Grimmjow. « Merci. T'es pas mal non plus. »

Grimmjow se met à rire. « S'il te plaît. Je peux te botter le cul très fort…»

« Oh, tu veux essayer? »

Les deux se taclent l'un et l'autre au sol, essayant de soumettre l'autre. Grimmjow, enflammé par l'odeur d'Ichigo, se précipite en avant et pousse le garçon par terre. « Mmt'sensbonmnnn », se met-il à marmonner.

Ichigo se met à rire, ce qui permet à l'autre de se positionner au-dessus de lui. Le poids imposant du corps de Grimmjow le réconforte. Il lui rappelle que, même s'il a laissé une partie de son identité derrière, il n'est pas encore seul.

« Grimm, merci », dit Ichigo en regardant au-dessus des épaules de Grimmjow la nuit étoilée dans le ciel.

Grimmjow se redresse et voit de nouveau ce visage, ce visage solitaire qui broie du noir. Il soupire et se penche, enveloppant ses bras autour de son Ichigo et ronronne. « De rien. »

Ils sont allongés ensemble sur le milieu du trottoir, deux hommes adultes avec les membres emmêlés les uns aux autres, chacun des deux essayant simplement d'exister. Ils savent tous deux qu'être seul est pire que la mort. Ichigo a besoin d'une cause à défendre. Et Grimmjow a besoin ... il a besoin ... de quoi a-t-il besoin au juste?

Il a eu besoin de puissance, d'une grande puissance sans fin. Il a eu besoin de savoir qu'il était le mâle dominant. Grimmjow lève les yeux vers Ichigo et son cœur se tord. Maintenant, il ne peut vraiment plus se soucier de quelque chose d'aussi trivial que la puissance. Tant qu'Ichigo est à ses côtés, Grimmjow n'a pas de quoi se plaindre.

Cependant, son attachement retrouvé envers Ichigo apporte son nouveau lot de problèmes. Il n'est pas juste que dans ce monde moderne, quelqu'un comme Kurosaki puisse encore être soumis à un maître. Ichigo est fort, jeune, charismatique au-delà de ce qu'on peut croire. Penser qu'Aizen commande quelqu'un comme lui, lui hérisse le poil. Il repense à Inoue, à Aizen, et au stupide sens de la justice d'Ichigo. Si seulement il était resté un humain, il n'aurait pas été obligé de se faufiler de sa propre maison seulement pour dire au revoir à sa famille endormie. Des gamins comme Ichigo ne devraient se préoccuper que d'école, de copines, et de faire des études. Il ne devrait pas mettre leur vie en danger pour renverser un roi ou pour quelqu'un de tout aussi fou qu'Aizen. Grimmjow n'arrive pas à supporter la simple injustice pure de tout ça.

« Tu es encore en colère. » Ichigo roule au-dessus de Grimmjow et, pour jouer, se met à titiller sa joue. « Allez, dis-moi ce qui ne va pas. »

Grimmjow se redresse et serre les dents. « Tu mérites mieux que d'être le simple laquais d'Aizen ».

« Oh mon dieu, » soupire Ichigo. « Je pensais qu'on en avait terminé avec ça. »

« Ce n'est pas le cas! », fustige à nouveau Grimmjow. « Dis-moi pourquoi tu tiens tant à rester avec Aizen? Comment peux-tu supporter de te soumettre à une personne plus faible que toi! »

« Grimmjow, » Ichigo se dirige vers l'homme furieux et se plante debout avec les bras croisés sur sa poitrine. « J'ai fait vœu d'allégeance à Aizen, et je vais honorer ce vœu. Par ailleurs, nous savons tous les deux qu'Aizen est plus fort que moi. »

« Il ne l'est pas. »

« Il l'est. »

« Si tu voulais bien écouter… »

« Il suffit d'ouvrir le Garganta », l'interrompt Ichigo.

Grimmjow se tait. Les deux hommes se regardent avec un regard meurtrier. Pendant un certain temps, aucun ne dit un seul mot.

« Très bien », grogne enfin Grimmjow, dépassant le garçon et se remettant à marcher en colère.

« Très bien! », crache Ichigo, se détournant de Grimmjow, pour regarder ailleurs

Honorer un vœu. Tenir une promesse. Pourquoi ces choses sont si importantes pour l'homme? En raison de l'honneur d'un vœu, Ichigo doit se soumettre à Aizen. A cause de l'honneur, Ichigo doit dire adieu à son avenir.

« Viens. Arrête de traîner. »

Grimmjow lève les yeux, la main d'Ichigo est tendue vers lui. « Nous allons être en retard », dit en râlant le garçon et en hochant la tête vers le Garganta.

En moins de temps qu'il n'en faut pour trouver et atteindre la main d'Ichigo, sa fierté et sa colère ont tout simplement disparu.

Et pendant la seconde nécessaire pour atteindre le Garganta, Grimmjow sait que, tout comme Ichigo, il tiendra aussi sa promesse.


Zommari est un homme patient. En tant que hollow, il a été suffisamment patient pour enrichir le temps qu'il a passé pour devenir un adjuchas. En tant qu'espada, il a été assez patient pour attendre le changement qu'Aizen a promis d'apporter. Mais comme le temps passe, sa patience lui fait défaut. Puisque le changement promis par Aizen est encore hors de leur portée, Zommari a formé une alliance avec un autre espada pour renverser leur seigneur et maître.

Maintenant sa patience est mise à rude épreuve une fois de plus. Il doit maintenant attendre le bon moment pour frapper, pour couper la tête d'Aizen et prendre le contrôle. Et tandis qu'il attend, il serait prudent pour lui de chercher d'autres alliés. Le problème est maintenant que le seul espada restant est en train de se frotter à une putain comme un animal.

Malgré sa patience, Zommari déteste qu'on le fasse attendre.

L'espada à la peau foncée marche vers dans les chambres, en ignorant le bruit, l'odeur et le goût de sexe qui agresse ses sens. Il enjambe le tas de cadavres qui jonchent le sol, ses yeux calmes ne montrant rien de son dégoût. Quand il atteint la silhouette d'un Nnoitra en train de baiser violemment, Zommari tend la main et saisit les épaules osseuses de l'homme.

« Quoi », halète Nnoitra, sans montrer la moindre intention d'arrêter ses coups de butoirs.

« Barragan voudrait ta réponse », dit Zommari, ses yeux verrouillés sur les yeux terrifiés de l'arrancar aux cheveux rouges.

« Dis-lui d'aller se faire foutre. » Nnoitra gémit, son corps tressaillant au moment où il décharge à l'intérieur de la jeune fille.

Zommari a toujours les yeux fixés sur l'arrancar aux cheveux rouges, sur ses yeux bleus translucides remplis de larmes, sur ses lèvres mutilées qui répète sans cesse le mot 'à l'aide'. « Il s'agit d'un simple oui ou non. Es-tu avec nous, ou es-tu avec Aizen », insiste Zommari.

« Ouais bah, dis-lui que j'ai un rancard, et je viens juste de commencer. » Il lorgne vers le bas sur sa victime. La jeune fille se met à crier et secoue la tête frénétiquement. Maladroitement, elle rampe hors du lit, se débattant et hurlant quand Nnoitra attrape sa cheville et la traîne sur le dos. « Pas le bon moment pour prendre une décision importante. » Il cligne de l'œil vers Zommari, giflant les membres agités de l'arrancar.

Avant qu'il ne puisse violer sa victime une seconde fois, une grande main le tire en arrière et le jette sur le lit. Nnoitra gémit alors qu'il regarde sa proie décamper vers le coin le plus sombre de sa tanière. « Putain! » il balance les draps. « Écoute, je suis heureux, d'accord. J'ai de quoi baiser, tuer, et dormir, tout ce que je veux. Alors casse-toi et va dire à Barragan 'Nnoitra a dit : VA TE FAIRE FOUTRE' », hurle-t-il, riant quand Zommari recule, dégoûté...

Le visage de Zommari s'assombrit de colère, les contours de son visage affichant une expression redoutable. « Tu penses que cette illusion de liberté que t'a donné Aizen est réelle? » tonne-t-il, se saisissant de la main de Nnoitra. « N'est-ce pas? »

Nnoitra se moque et libère sa main. Pour une fois, l'espada n'a rien à répliquer.

« Rejoins-nous, si tu veux vraiment être libre », dit Zommari, en se détournant pour quitter la chambre humide et puante. Il lui semble que les cadavres étendus un peu partout commencent à attirer les mouches.

Nnoitra s'assoit. Depuis le coin, il peut entendre les gémissements faibles de sa dernière conquête. « Ah, bien », dit-il à voix basse, se tournant vers la source de la voix. « Viens ici, chérie. Nnoitra veut te donner quelque chose », roucoule-t-il et il se dirige vers sa proie dans l'ombre. Il n'a pas le temps pour assister à la réunion d'un club secret, encore moins pour un coup d'état. Il a ses propres affaires à traiter.


Barragan est assis sur son trône comme une vieille statue dépassée, grande, majestueuse, et silencieuse. Lorsque Zommari entre, il ne voit rien. Ses yeux sont rivés sur son épée, l'épée qui lui fera reconquérir Hueco Mundo. L'épée qui va tuer Aizen.

« Qui se joindra à moi? », demande-t-il gravement. Sa voix a l'air aussi ancienne que le temps lui-même.

Zommari s'incline devant son maître et s'agenouille à ses pieds, en prenant la main de Barragan et en la posant sur sa tête. On entend un cri fort et un gémissement de douleur. Barragan vient d'extraire de force la mémoire de Zommari de sa tête.

« Stark et Grimmjow sont obsédés par Ichigo Kurosaki. Szayel Apporo semble ne vouloir que servir le propriétaire de ce garçon. Et Nnoitra...? »

Zommari baisse la tête en silence.

« Je vois. »

Barragan se penche en arrière, en soupirant satisfait. Même sans Stark, Grimmjow, Ulquiorra, ou Nnoitra, ils ont encore la main haute. Les serpents sournois comme Apporo ne sont pas capables de choisir leur camp dans ce jeu, et à la place regardent et se mettent du côté du vainqueur.

« Il serait bénéfique ... si l'on incluait le garçon de notre côté », suggère tranquillement Zommari.

« Non », proteste vivement Barragan. « Je n'aurai pas de ces aberrations dans mon armée. » Il ricane avec dégoût, se souvenant de l'explication d'Aizen au sujet des trois âmes combinées à l'intérieur du garçon. « Hueco Mundo est réservé aux Hollows, et à personne d'autre », déclare-t-il d'une voix catégorique.

Zommari hoche la tête montrant ainsi sa soumission. Il ne se soucie pas vraiment des idéaux de Barragan 'Le Hueco Mundo aux Hollows', mais il accepte ses ordres sans se poser de questions. D'ailleurs, il est confiant qu'ils écraseront Aizen sans l'aide de ce gamin.

Lorsque Zommari se retourne pour s'en aller, il voit l'expression de mal à l'aise sur le visage balafré de Barragan. « Tout le monde vous est fidèle même les Exequias », dit-il dans l'espoir de rassurer le vieil arrancar.

« Je sais », répond Barragan. Sa réponse donne tout à coup l'impression qu'il est très vieux et fatigué.

« Alors dormir tranquille en sachant que la victoire est déjà à notre portée », dit Zommari. « Le roi l'a dit. »


Lorsque la fête se termine, tout le monde semble avoir regagné ses quartiers, ou s'être endormi dans le grand hall avec le reste des ivrognes. Heureux de quitter le mess, Ichigo et Kenpachi partent à l'aventure pour trouver leur chambre. Le sens de l'orientation de Kenpachi, couplé à l'esprit distrait d'Ichigo, et ils réussissent à se perdre dans un tronçon abandonné de Las Noches. Après une heure d'errance, la qualité de leur conversation chute de façon spectaculaire.

« Donc ... Comment ça fait d'être un traître? », demande Ichigo au shinigami maussade.

« Mm. »

« Ouais moi aussi. »

« Mm. »

« Mais le fait qu'on soit du même côté ne veut pas dire qu'on ne devrait pas se battre, n'est-ce pas? »

« Mm. »

« Parce que, parfois, je veux vraiment me bagarrer. Je sais que t'es un peu cinglé, mais je veux devenir plus fort. »

« Mm. »

« Donc, on devrait pas décidé d'un jour et d'un lieu? Le jour après-demain, c'est bon? »

« L'gamin », grogne Kenpachi. « Tu t'égares là. »

Ichigo arrête au milieu d'une phrase et se détourne, embarrassé. « Non, c'est pas vrai », marmonne-t-il.

Kenpachi soupire et ébouriffe les cheveux d'Ichigo. « Dis-moi c'qui va pas. »

Ichigo se penche inconsciemment vers la main, savourant le simple contact. « C'est rien », nie-t-il.

Kenpachi fronce les sourcils, mécontent que son chiot lui cache des choses à lui. « Dis-moi », grogne-t-il.

Ichigo fait les gros yeux en direction de l'homme, mais obéit, se trouvant incapable de résister à la voix forte de Kenpachi. « C'est juste Stark et Grimmjow. » Il a prononcé les noms de façon coupable.

« Qu'est-ce qui s'passe avec eux? », demande Kenpachi qui s'est appuyé contre un mur, dominant largement Ichigo.

« Je... Je pense que j'ai heurté leur sentiment. »

« ... T'es un idiot. » Kenpachi ébouriffe les cheveux de son gamin. « Il suffit d'les ignorer. »

« Quoi… Eh! », proteste Ichigo, en tirant sur la veste de Kenpachi comme un enfant. Irrité, l'ancien shinigami grommèle et pointe ses doigts sur le front du garçon, laissant un rond rouge sur la peau d'Ichigo. Il ignore les cris peinés d'Ichigo et continue de marcher.

« Eh bien, désolé de me préoccuper de mes amis! », crie Ichigo sur la défensive. « Et c'est toi celui qui donne des conseils en relation, Monsieur Je-tue-tous-ceux-qui-sont-assez-fort. »

Kenpachi arrête de marcher et se tourne vers Ichigo, ses yeux se plissant en de petites fentes cruelles. Avec de rapides foulées, il marche rapidement jusqu'à Ichigo et le saisit par le cou.

« Écoute », dit-il l'air menaçant. Ichigo se fige en attendant que la main autour de son cou serre et broie sa trachée en poussière. Au lieu de cela, il voit Kenpachi le regarder avec les yeux les plus tendres qu'il ait jamais vues chez lui.

« Ces deux-là, c'sont des guerriers. Ils ont participé à des batailles et baigné dans l'sang. T'penses vraiment que des mots peuvent leur faire du mal? »

« Eh bien… »

« Tu l'penses ? »

Ichigo se retrouve muet, le regard baissé, comme s'il évitait le regard de Kenpachi. « Peut-être ... », marmonne-t-il.

« Et, si ce sont des chatons, ils devraient prendre leur épée et se couper les couilles », répond Kenpachi de manière définitive.

Dans un premier temps, Ichigo regarde l'homme comme s'il était fou. Puis, il se souvient qu'il parle à Kenpachi et il se met à rire. Ichigo rigole pendant ce qui semble des heures, jusqu'à ce que des larmes commencent à poindre aux coins de ses yeux. Kenpachi soupire et passe sa main dans ses cheveux. Il prie n'importe quel Dieu au-dessus de sa tête, pour que son gamin ne vire pas maboule.

« Tu as raison. » Ichigo a un petit rire et essuie les larmes de ses yeux. « Ils devraient se couper les couilles », dit-il en riant à l'absurdité de ses mots.

Kenpachi sourit et rapproche le garçon, continuant de marcher vers leur chambre. Ichigo se balance à ses côtés, riant de temps en temps.

« Merci pour le conseil », finit par dire Ichigo.

« Mm. »

« Je dois me ramollir ici, à Las Noches. »

« Mm. »

« On devrait vraiment se battre demain. Tu sais, pour m'endurcir encore. Qu'en dis-tu? »

Au lieu de son habituel 'Mm', Kenpachi sourit au garçon. « Qu'est-ce qu'tu dirais d'maintenant », demande-t-il en hochant la tête vers les flammes oranges qui se reflètent dans le bâtiment principal de Las Noches. « Il semble qu'on ait de la compagnie. » Il sourit, ses yeux s'animent à la pensée d'un nouveau défi. « Allons-y Ichigo. »