Chapitre 18
Tous les capitaines du Gotei 13 sont là, en train de s'extasier devant la belle personne assise à côté du capitaine commandant. Leurs yeux regardent avidement son petit corps, essayant désespérément d'imprimer son image dans leur esprit. Qui peut les en blâmer? Le garçon est beau. Sa peau brille d'un éclat sublime, ses yeux bleus translucides scintillent. Tout chez ce garçon inspire l'adoration. Et adoré, il l'est. Après tout, n'est-il pas le roi.
Ils sont tous rassemblés dans le but de regarder la rébellion de Barragan à travers l'écran au centre de la pièce. Au lieu de ça, tous les yeux sont braqués sur le roi, chacun d'eux admirant sa beauté précieuse dans un silence respectueux. Seuls Yamamoto et le roi prêtent attention à la bataille qui se déroule sur l'écran. En réalité, un seul se soucie vraiment de l'issue de la bataille. Pour l'autre, c'est juste un jeu d'échec de plus.
Bien sûr, le roi a remarqué les regards dévots, mais il préfère les ignorer au profit de la bataille perdue de Barragan. Il semble qu'il ait choisi le mauvais pion à manipuler. Le vieux bâtard moisi est aussi utile qu'un sac de farine.
Pas un seul n'ose bouger de son siège, tous effrayés de distraire la concentration de la belle créature. Byakuya fait même l'effort supplémentaire de faire les gros yeux à tous ceux qui auraient l'intention de faire bruisser leurs vêtements ou même de respirer trop fort. Malgré son regard de la mort, Kyoraku Shunshui soupire encore chaque fois que le roi fait mouvement. Le capitaine est mordu, et tout le monde dans la salle le sait.
« Décevant », dit le roi, en se détournant de l'écran. « Éteignez ça. Je reconnais un combat perdu d'avance quand j'en vois un », ajoute-t-il en faisant claquer son éventail d'irritation.
Kuchiki Byakuya marche hardiment vers l'écran et brise l'image affichée, trop heureux d'arrêter la détresse de son roi. « Laissez-moi être votre champion, mon roi », dit-il à genoux, la tête baissée en signe de totale soumission. « Je vous ramènerai la tête des rebelles avant le coucher du soleil. »
« Non, je serai votre champion. » L'excitation de Kyoraku monte en flèche. Il ne sera pas battu par cette racaille de noble.
« Non, laissez-moi! »
« Choisissez-moi votre Altesse! »
Le roi retourne s'assoir, et sourit. Bien sûr, il a mieux à faire que de se préoccuper de quelque maigre soulèvement, mais il est toujours heureux de voir ses hommes proposer de sacrifier leur vie pour son honneur. Il se lève et marche vers Byakuya, souriant avec bienveillance au capitaine.
« Vous êtes de la maison noble Kutchiki », déclare-t-il. Ses yeux bleus translucides sont en train d'évaluer Byakuya, comme on le ferait pour juger la valeur d'un vase.
« Oui, mon Seigneur », répond Byakuya, les yeux baissés et le corps rigide dans une position de dominé. Une posture tellement improbable à adopter pour un Kuchiki.
« Comme on s'y attendait de votre noblesse. Toujours le premier à se porter volontaire. » Le roi a un petit rire, touchant les kensaikan de Byakuya avec amour. Shunshui affiche un regard noir de jalousie et détourne la tête, un geste que le roi n'a pas manqué. Il aime être adoré, mais le roi aime encore plus quand les gens se battent pour attirer son attention.
« Ça me ferait le plus grand plaisir de vous envoyer tous au Hueco Mundo pour écraser les rebelles. » Le roi se retourne et s'adresse à la chambre. « Mais je connais un vieil homme qui serait en colère si je le faisais, donc je ne le ferai pas. »
« Mon Seigneur, » soupire Yamamoto. Il est vraiment trop vieux pour faire du baby-sitting royal.
Le roi a un petit rire et court vers le vieil homme, s'installer sur ses genoux : « Je ne fais que te taquiner Yama-jisaan », dit le roi affectueusement, les jambes pendant des genoux du vieil homme. Quand il réalise que la plupart des capitaines sont réduits à un troupeau de zombies en train de baver, le désintérêt du roi commence à grandir. « So-taicho, je suis fatigué », gémit-il en se penchant en arrière contre sa poitrine.
Yamamoto saisit l'allusion et renvoie rapidement ses hommes. Lorsque les capitaines commencent à sortir de la salle, Shunshui regarde derrière lui pour apercevoir le beau Roi. « Bye-bye capitaine-san. » Le roi lui fait un signe, cachant son visage derrière sa manche comme une courtisane un peu timide. Shunshui déglutit difficilement et sort rapidement de la pièce, en essayant de cacher le renflement dans son pantalon avec son haori.
Dès que le dernier capitaine a disparu, le sourire affiché sur les lèvres du roi s'efface au profit d'un ricanement hideux. « Pathétique », siffle-t-il. « Une armée et toujours pas de tête dans mon assiette », dit-il.
Yamamoto Sotaicho déglutit avec difficulté. D'expérience, il sait qu'il vaut mieux se taire que de se défendre. Il a vu ce qui est arrivé à Hisagi Shuhei.
« Je déteste perdre, So-taicho, » dit le roi en serrant son poing de colère.
« Votre victoire viendra en temps voulu, seigneur », dit le vieil homme.
Le roi plisse son nez en signe de dégoût et gifle sa main. « Je ne veux pas en 'temps utile'. Je le veux maintenant! », exige-t-il comme un petit enfant.
Et comme un petit enfant, il tape du pied en s'éloignant de l'homme. Ses robes scintillent pendant un moment avant de s'évanouir dans un éclair de lumière brillante. Yamamoto regarde son reflet, et relâche sa mâchoire. Ses yeux sont figés dans la peur. Chacun de ses pas procure des tremblements et des frissons dans le dos du vieil homme. Une véritable crainte le prend quand il réalise que, quel que soit votre rang, votre expérience, ou votre force, votre vie est toujours dans les mains d'un autre enfant.
Ichigo est assis sur un monticule de cadavres de hollow, torse nu avec sa jambe appuyée sur le visage de Barragan. L'homme est mort depuis plusieurs minutes maintenant et au lieu de se dissoudre en cendres, son corps a commencé à se putréfier. Regardant l'air pathétique de son visage mort, Ichigo se souvient du combat acharné qu'il vient de mener et frissonne.
Même avec son masque, le combat contre Barragan est resté un combat pour la vie. Il a senti son masque de hollow presque se fissurer sous la pression du pouvoir du vieil espada. Pendant un instant, Ichigo a douté de pouvoir contenir son propre hollow. L'importante soif de sang et de violence l'a obligé à lutter de l'intérieur et ce fût incroyablement effrayant. Hichigo mourait d'envie de sortir et, bien qu'Ichigo déteste l'admettre, ça lui a foutu les jetons.
Non seulement son combat intérieur l'a laissé chancelant, mais en plus ses blessures physiques sont loin d'être superficielles. Il a subi pas mal de graves blessures. Une large entaille court sur son bras gauche, et il est convaincu d'avoir une ou deux côtes cassées. Ichigo soupire et se met doucement à rire. Pourquoi la victoire doit-elle toujours être aussi pénible? Dans toutes les batailles qu'il a menées, il a toujours eu la poitrine peinte en rouge et la peau recouverte de contusions. C'est fatigant. Les os peuvent être brisés tant de fois.
Ichigo est assis immobile lorsqu'une petite Fracción aux cheveux verts s'approche de lui, les bras débordant de bandages. « Ichi, j'ai trouvé quelques bandages », dit-elle, posant sur lui des morceaux de tissu.
Ichigo sourit et déplace son bras gauche, lui montrant qu'il veut qu'elle soigne sa blessure. Lilinette rapplique rapidement de son côté et commence à nettoyer la plaie, en prenant le temps de tamponner la zone environnante avec sa salive.
« Désolé, je n'ai pas pu trouver d'alcool», marmonne-t-elle, se cachant le visage d'Ichigo. Il a cru voir une teinte rose sur ses joues.
« Oh remarque, ils ont dû tout boire pendant la fête », dit-il en se marrant.
Ils restent tous les deux silencieux, chacun dans son rôle, médecin pour elle et patient pour lui. Mais après un certain temps, même la curiosité de Lilinette reprend le dessus.
« Est-ce que tu l'as vraiment tué tout seul? », lui demande-t-elle en le regardant avec ses yeux verts écarquillés comme deux soucoupes.
Une vague de reconnaissance frappe Ichigo quand l'arrancar lui pose cette question innocemment. « Ouais. » Il soupire, essayant de ne pas se souvenir de ses sœurs. « Je l'ai fait. »
« Waouh », répond Lilinette. « Tu es fort », dit-elle avec une admiration évidente dans la voix.
« Je suppose », répond Ichigo avec réticence. « Mais il y a beaucoup d'autres gens forts ici. Comme Aizen. Ou Stark. »
« Aizen est stupide », gronde une Lilinette enfantine. « Il veut toujours faire des réunions, des réunions, des réunions. Et Stark ne fait que dormir. »
Ichigo se met à rire devant cette vérité, en gémissant car ses côtes glissent l'une contre l'autre quand il respire. Il s'éloigne de la fillette et caresse ses côtes. « Oh... merde », dit-il en essayant de ne pas respirer profondément. Quand il se déplace, il peut sentir les os fragiles grincer les uns contre les autres, menaçant de se briser en éclats. Inquiète, la petite fille vient se placer à ses côtés.
« Qu'est-ce qui ne va pas? Ai-je fait quelque chose de mal? Ichi? » Elle retire sa main et tente d'inspecter la blessure, ne réussissant qu'à bouger Ichigo et à lui faire encore plus mal.
« Aïe! Putaindeputaindeputain! », jure Ichigo.
« Lilinette! » Ichigo tend l'oreille quand il entend le son d'une voix familière. Mais quand il voit qu'il s'agit de Stark, il commence à reculer, visiblement embarrassé. Stark vient se placer juste à côté de lui. Reprenant son souffle, il remarque qu'Ichigo a l'air de souffrir et que Lilinette a l'air coupable.
« Qu'est-ce-que tu as fait? », gronde Stark. D'après Ichigo, sa voix n'a jamais été auparavant aussi sérieuse.
« Non, j'ai rien fait! », répond Lilinette. Stark ignore sa protestation criarde et s'agenouille à côté d'Ichigo, en essayant d'amadouer le garçon pour qu'il lui montre sa blessure.
« Mais... Mais je ne porte pas de vêtements ... », proteste faiblement le garçon, son visage rougissant car il se souvient de leur baiser. Il se pelotonne loin de Stark, protégeant sa poitrine et son visage de lui.
« Ce n'est pas le moment d'être prude », réprimande fortement Stark. L'urgence lui fait durcir le ton. Ichigo recule mais conserve quand même son attitude protectrice, se tenant les côtes et gémissant de douleur. Avec un soupir, Stark se penche et ébouriffe les cheveux emmêlés d'Ichigo. Ça ne serait pas très malin de sa part d'effrayer le garçon. « Bon, pourrais-tu me dire où tu as mal? », demande-t-il patiemment.
« Mes côtes..., je pense », gémit-il .
« Je peux les réparer, si tu veux », dit doucement Stark, en tirant sur l'épaule du garçon. Ichigo se mord les lèvres et il pèse le pour et le contre, mais la douleur dans sa poitrine est tout simplement insupportable. «O... Ok, » accepte-t-il à contrecœur, levant son bras pour donner un minimum accès à Stark.
Stark regarde et hoche la tête silencieusement vers Lilinette. Il était temps. La fille acquiesce de la tête et ferme les yeux, son corps s'illumine soudain d'un reiatsu bleu et chaleureux. Avec un clin d'œil de remerciement, Stark passe sa main à travers le corps de Lilinette et en sort une petite lumière vacillante.
« Ça va te faire mal, ok? », dit gentiment Stark.
Avant qu'Ichigo n'ait pu dire quoi que ce soit, une douleur aveuglante parcourt et secoue tout son corps comme s'il s'embrasait de chaleur. La dernière chose qu'il voit avant de s'évanouir est le sourire aimable de Stark et le corps en train de se désagréger derrière lui. Pendant cet infime instant, il se sent tout d'un coup très seul, et puis tout devient sombre.
Alors qu'il est assis sur son lit, Aizen grimace pour atteindre un verre d'eau. « Aizen-taicho », proteste Kira en repoussant Aizen vers le lit. « Vous saignez à nouveau. » Il soupire et se met à exercer une pression sur la plaie de l'homme. Avant la bataille, Gin a assigné Kira aux soins médicaux. Au début, le blond a pensé que son taicho surestimait ses pouvoirs, mais quand Gin a pris un coup de cero pour le protéger, Kira a rapidement enfilé son tablier et courut à côté de son taicho. Sans aucune autre forme de protestation.
Maintenant, il est en train de soigner Aizen Sosuke, un homme qu'il avait juré de tuer. Sur la poitrine d'Aizen, il y a une grande cicatrice qui court de son épaule gauche à son nombril. On peut quasiment voir ses organes. Il n'a jamais subi une blessure pareille. Distrait par le cri de guerre d'Ichigo, Aizen a juste quitté les yeux de son adversaire pendant un court instant, et Zommari et Halibel ont réussi à lui décocher un coup sévère. Bien sûr, il a réussi à les repousser, mais sans le Hogyoku, ses blessures s'avèrent plus graves qu'il avait d'abord pensé.
Il n'est pourtant pas le seul à porter des cicatrices de guerre. Grimmjow, Ulquiorra, Stark, Gin, et même Tesla ont été gravement blessés. Tosen a perdu son épée, les yeux de Yumichika ont été abîmés, et le seul bâtiment encore debout est le laboratoire d'Apporo, dont personne ne veut approcher. Qui sait quelle merde ce savant fou pouvait bien faire là-bas. Ils ont peut-être étouffé la rébellion, mais le prix à payer est que l'ensemble du groupe est paralysé. Aizen ne perd pas seulement la moitié de son armée, mais en plus ses hommes sont presque tous blessés et affaiblis.
Ce n'était pas un bon jour pour Aizen Sosuke.
« Yo! Les vieillards! Ecartez-vous devant le héros conquérant! » A l'extérieur de la tente, on entend une altercation à voix haute et un bruit sourd. Aizen gémit et ouvre les yeux, regardant droit dans les yeux morts de Barragan. Il lève faiblement les yeux pour rencontrer le regard arrogant d'Ichigo.
« J'vous avais bien dit que je vous serai utile », dit-il avec suffisance.
Aizen ignore la tête du déserteur et se lève. Il saisit la main d'Ichigo et le fait se pencher. « Occupe-toi de mes blessures », demande-t-il en s'allongeant et en rejetant Kira. Le shinigami se précipite dehors et appelle les autres.
« Non », répond Ichigo sur un ton de défi. Il y a encore de l'adrénaline dans ses veines. Mais un regard aigu d'Aizen est suffisant pour mettre à genoux devant lui le héros conquérant, qui se met à apposer des morceaux de coton blanc autour de la grande plaie d'Aizen. Bien sûr, il le fait en ronchannant, juste assez pour qu'Aizen croit en sa fausse irritation.
« Tu n'as aucune idée à quel point j'étais inquiet », murmure Aizen dans un souffle rauque. Ses yeux ne quittent jamais ceux d'Ichigo. Le garçon pourrait jurer avoir vu quelque chose vaciller dans les yeux d'Aizen. Comme Ichigo ignore ses paroles, Aizen lève le doigt et brosse une mèche de cheveux de ses yeux. « La pensée de ta mort ... », lâche-t-il. Sa mâchoire se serre quand Ichigo appuie un peu plus qu'il ne l'aurait voulu.
« Oh s'il vous plaît », se moque Ichigo. « Comme si ce vieux rhinocéros pouvait me tuer aussi facilement. » Il détourne la conversation, mal à l'aise devant cet Aizen vulnérable et sensible qu'il a en face de lui.
Aizen fronce les sourcils. Il n'aime pas ça. Ichigo devrait être en train de trembler face à la proximité de leur peau. Ses yeux devraient être enflammés par le désir, son contact lui donner envie. Le garçon devrait être servile vis-à-vis de lui et il ne l'est tout simplement pas.
« Sosuke. Appelle-moi Sosuke », ordonne Aizen, en tournant la mâchoire d'Ichigo vers lui. Les yeux défiants d'Ichigo se confrontent aux siens. « Tu es trop important à mes yeux pour que je te perde », dit-il tranquillement.
« Je suis content de savoir que je suis une pièce utile sur votre jeu d'échecs, Sosuke », crache Ichigo en insistant sur le nom. Il a essayé de mettre de la colère dans ses mots. Aizen lui envoie le sourire dont il a déposé la marque. Ichigo lui répond en appuyant très fort avec une boule de coton sur la coupure de l'homme.
Aizen grimace et saisit le poignet d'Ichigo pour l'obliger à le regarder dans les yeux, mais surtout pour l'empêcher de lui faire mal. « Tu n'es pas seulement un simple pion. Tu es ma reine », dit-il sérieusement en sifflant de douleur. Ichigo se contente de rouler des yeux. Il écarte la boule de coton sanglante, attrape un pansement propre, et commence à tamponner les lèvres d'Aizen.
« M'as-tu entendu, Ichigo? La reine est la pièce la plus importante au sein du conseil », argumente Aizen, s'approchant du visage d'Ichigo.
« Faux. Le roi est la pièce la plus import… »
« Très bien. Le roi », dit Aizen. « A moi », murmure-t-il contre les doigts d'Ichigo, ses yeux papillonnant.
Pendant un instant, il a cru voir une lueur d'émotion derrière les yeux bruns d'Ichigo. Mais avant que le garçon puisse lui faire face, Tosen pénètre dans la tente et jette en fanfare quelques pièces d'or sur le plancher, faisant sursauter Ichigo.
« C'est le roi », dit-il. Sa voix profonde contient la promesse de l'enfer et de la vengeance. « Cet or est marqué du sceau royal. C'est lui. »
« Mais maintenant, on a son argent! » crie victorieusement Grimmjow en levant son poing en l'air et en grimaçant de douleur. Ulquiorra entre, tapant à dessein Grimmjow avec ses béquilles pour faire de la place. Ukitake lui emboîte le pas, châtiant l'homme comme on ferait avec un enfant. Ulquiorra hoche la tête docilement à chacune de ses paroles.
« Nous pouvons enfin acheter ce transmorphographe électronique dont nous avions besoin », ajoute Apporo. « Vous savez, pour la recherche. » Il hausse les épaules. L'homme a l'air propre et sauf.
Ichigo regarde Apporo, le dégoût clairement écrit sur son visage. « Non! », proteste-t-il. « C'est de l'argent sale. Il porte la poisse », dit-il se tournant vers Aizen pour plaider du regard.
« Quelle superstition », raille Apporo soufflant avec colère.
« Ça n'en est pas », dit Ichigo. « C'est une question de principes. Nous pouvons survivre à une rébellion et nous allons y survivre sans l'argent du roi. Nous devrions le faire fondre et renvoyer le tas de ferraille à l'autre enculé. Ça lui apprendra », dit-il avec un regard espiègle.
Lentement, la tente se remplit avec les espadas survivants, tout méchamment cassés et tout en train de regarder Aizen dans l'expectative. Ce dernier sent sur ses épaules le poids de leur dépendance. Mais parmi les fatigués, les regards incertains, celui d'Ichigo est sûr et fidèle. Aizen sourit tendrement à Ichigo, heureux que le garçon soit là avec lui.
« Ichigo a raison », dit-il avec lassitude, levant son doigt en direction des espadas. « Ne te plaint pas Apporo. Je ne suis pas d'humeur à discuter. Contente-toi de le faire. » L'espada aux cheveux roses plisse les yeux, mais hoche docilement la tête.
« Très bien. Et à propos des représailles ... »
« Nous ne pouvons pas », dit Aizen en gémissant quand il se rassoit sur son lit. « Nous sommes tous trop blessés pour tenter quoi que ce soit. Je ne vais pas prendre ce risque. Il est temps de se regrouper et de reconstruire. »
Le camp devient silencieux. A l'écoute de ces nouvelles, tous les espadas ont l'air déçu. Auparavant, leur tactique, c'était d'attaquer, attaquer, et attaquer. Il est humiliant d'entendre Aizen dire qu'il faut se regrouper. Grimmjow, en particulier, ressemble à quelqu'un qui a des envies de meurtre.
Aizen ressent la tension dans la chambre et soupire. « ... à moins que nous ramenions le Hogyoku. »
« Quoi? »
« Avec le Hogyoku, je pourrais lever une autre armée d'espadas », dit-il en regardant tout le monde ostensiblement. « Une armée dépourvue de personnalité. Une qui ne se rebellera pas. Bien sûr, une machine à tuer présente des inconvénients. En prenant en compte l'activité récente, cela semble la meilleure façon de nous défendre. » Aizen soupire et se frotte le front. « Quoi? »
Tout le monde a la bouche grande ouverte, mais un seul a osé gifler Aizen sur la cuisse et lui crier. « Pourquoi vouloir le ramener alors! » hurle Ichigo à l'homme « Sosuke! » Exaspéré, il saisit ses cheveux.
« Mon plan est parfait », dit sèchement Aizen, ricanant quand il constate à quel point le garçon est en colère. Ichigo est préoccupé, pense-t-il.
« Ouais, jusqu'à ce que quelqu'un en montre la faille! », insiste Ichigo en soufflant, énervé.
Tosen est déjà passé en mode analyse. Il pense et échafaude un plan. « Tous nos shinigamis sont gravement blessés, par conséquent le seul choix que nous ayons, c'est l'espada. Si on envoie plus d'un espada, cela va déclencher la nouvelle alarme du Sereitei ... d'un autre côté, en envoyer un seul serait du suicide ... », dit Tosen. Tout ça, Aizen le sait déjà.
« Eh bien déclenchons leur radar de merde! On a besoin d'une armée, maintenant! Avant qu'ils ne nous attaquent! »
« Je ne vais pas risquer mes hommes alors qu'ils sont blessés. »
« Mais Sosuke ... », proteste Ichigo.
« Aizen-sama, je vais le faire… », interrompt Ulquiorra, toussant du sang dans sa main.
« Je ne veux PAS… », dit Aizen en regardant droit dans les yeux Ulquiorra, « …t'envoyer à la mort. Je ne donnerai l'ordre à personne de se suicider pour une farce sans aucun sens. »
Tout le monde dans la pièce retombe dans le silence. Ils sont tous émerveillés face à l'autorité de l'homme blessé. Gin s'avance lentement en traînant des pieds, ses bras sont lourdement bandés, le sang coule de la bande sur sa tête. « Je n'aurais pas dû rester en arrière, hein taicho? », dit Gin faiblement, à genoux à côté de son seigneur qui rit de manière maussade. Tout le monde dans la chambre détourne le regard devant le geste intime. Derrière, quelqu'un jure et renifle de frustration. Voir un homme aussi puissant se mettre à genoux comme ça, brise l'esprit du guerrier en eux.
Aizen sourit en signe de gratitude et tient chaleureusement l'épaule de Gin. « C'était mon erreur », dit-il tranquillement.
« Non la mienne. T'as insisté pour j'sois ton seul lieutenant. » Gin sourit, en le taquinant et en en souriant.
« C'est ce que tu es. »
« Euh, désolé de faire irruption dans votre réunion de frangins, mais, » plaisante Ichigo, « avec aucun moyen de défense, nous sommes faits comme des rats ici! » Ichigo fait un signe de la main. Est-ce qu'il est le seul à écouter ici. Aizen envoie à son garçon un sourire rassurant et se met à rire.
« Nous ferons avec, Kurosaki », dit Aizen. « Comme nous faisons toujours. » Il regarde ses hommes avec fierté. Ulquiorra penche la tête en signe de soumission, Apporo roule des yeux, Grimmjow ricane comme toujours, Tosen hoche la tête, le sourire rusé de Gin se répand sur son visage. Oui, ils vont survivre. Ils peuvent bien être battus, mais ils ne sont pas brisés. Jusqu'à ce que le trône soit baigné du sang du tyran, ils ne s'arrêteront pas. Et par Dieu, ils réussiront ou ils mourront tous en essayant.
« Bon sang pourquoi t'es si content? » Face à Ichigo, Grimmjow affiche un air renfrogné et se met à gémir quand le garçon avance un peu vite à son goût.
« Oh, t'es en rogne juste parce que j'ai botté les fesses de Barragan, après qu'il ait botté les tiennes. » Ichigo éclate de rire, en tenant le bras de Grimmjow très fort pour qu'il ne glisse pas. Il a la main de l'espada autour de son épaule, portant à moitié Grimmjow à l'extérieur. Ce putain d'Ulquiorra n'arrêtait pas de lui frapper la jambe avec ses béquilles.
Grimmjow se souvient du combat. Il se battait contre Barragan, la tête presque encastrée dans le béton, et son reiatsu écrasé par la puissance du monstre. Sorti de nulle part, Ichigo est apparu et a réussi à repousser ses attaques. La dernière chose dont il se souvient, c'est Ichigo en train de mettre son masque de hollow, une technique terrible qui a mis l'autre tout puissant KO. « Pfft », se moque Grimmjow. « Je l'avais affaibli pour toi. » Il fronce les sourcils, en essayant de sauver une partie de sa fierté.
« Ouais, c'est ça. »
Ils ricanent ensemble et s'installent sur une petite colline surplombant le camp de fortune. Ichigo s'allonge sur les coudes et Grimmjow pose sa tête sur les genoux d'Ichigo. Après cette bataille, leur petite altercation semble tellement banale, tellement immature. Bien sûr, aucun des deux n'a encore abandonné sa position sur la question, mais maintenant, ils veulent simplement savourer le calme après la tempête.
Le plafond cassé de Las Noches donne à ce monde un bout de ciel. Une moitié est remplie avec le ciel de la nuit du Hueco Mundo et l'autre moitié avec le soleil artificiel d'Aizen. C'est étrangement envoûtant. Le ciel est dual comme les forces en-dessous qui se sont combattues pour le pouvoir.
« Où est Stark? », demande tout à coup Ichigo, en se frottant la poitrine et en se souvenant de cette lueur chaleureuse bleue qu'il a ressentie quand il s'est réveillé.
« En train de creuser des tombes », répond Grimmjow avec aigreur. Il est là, étendu sur les genoux d'Ichigo, et tout ce dont ils parlent, c'est de cette pauvre andouille.
« Des tombes? Pour qui? »
« Les espadas. »
« Mais... », proteste Ichigo. « Ils nous ont simplement poignardé dans le dos! »
« Ouais, eh bah Stark aime ses amis. »
Ces mots vont droit au cœur d'Ichigo. La culpabilité lui fait ressentir un douloureux picotement. Ichigo sait bien que, contrairement à la plupart des espadas, Stark se soucie de ses camarades. Alors que Szayel est préoccupé par ses expériences et Nnoitra par ses combats, Stark se contente de se chercher un compagnon. Parmi les arrancars qui se recroquevillaient et frissonnaient sur son passage, se tenait lui, un garçon qui peut rester droit, avec une puissance égale. Il est l'ami de Stark, le remède à son habituelle solitude. Sa présence comble cette envie et cette nécessité. Et pourtant, à cause d'un stupide baiser, il a privé Stark de son besoin le plus fondamental.
L'homme doit être brisé.
« J'ai besoin de le remercier », dit rapidement Ichigo, poussant Grimmjow de ses genoux. « Il m'a sauvé la vie. »
« Remercie-le plus tard », dit Grimmjow en roulant ses yeux de jalousie. « Reste », demande-t-il en tirant Ichigo vers lui. « Pour moi? »
Ichigo regarde vers le bas et comprend qu'il ne pourra jamais dire non à Grimmjow, quelqu'un qui l'a touché plus que ses propres amis. « ... D'accord. Pour toi. »
Tous les deux s'installent dans le sable, laissant le vent les pousser dans un sommeil paisible. Lorsque la respiration de Grimmjow devient régulière et que les lignes sur son visage s'adoucissent, Ichigo glisse lentement de dessous lui et s'éloigne de lui sur la pointe des pieds. Mais Grimmjow n'est pas un espada ordinaire. Et quand il sent le sable sous sa tête, furieux, il ouvre les yeux.
« Hé! T'avais dit que tu resterais! », crie-t-il à Ichigo.
« Oh arrête d'être aussi collant! Je reviens bientôt. » Ichigo a un petit rire et évite la main tâtonnante de Grimmjow, puis il s'enfuit avec un rire victorieux.
Ichigo vient de trouver Stark le long d'un mur. Accroupi sur ses mains et sur ses genoux, il est en train de creuser un nouveau trou à côté d'une rangée de tombes. Cinq sont toutes fraiches. Ichigo sait que, sous ces tombes, Stark a enterré les restes de ses camarades. A côté de lui, gît un drap taché de sang. Ce doit être le corps d'un espada. Ou du moins ce qu'il en reste.
Ichigo secoue la tête pour mettre de côté cette image horrible et décide de faire le premier pas. « Salut », appelle-t-il. Comme d'habitude, sa voix est timide.
Stark écarquillent les yeux : il a tout de suite reconnu la voix. « Oh, salut », répond-il tout en continuant son travail, incapable de se retourner vers le garçon.
Après une minute ou deux d'un silence inconfortable, Stark finit par céder et se tourne vers Ichigo. « Comment ça va de ton côté? », soupire-t-il en se grattant la tête et en regardant de biais.
« Mieux. Merci », répond Ichigo, en fixant le sol. Il semble bien qu'aucun des deux ne soient capables de se regarder dans les yeux. Le garçon soupire et donne un coup de pied qui projette de la poussière de sable dans l'air. On dirait que ce va être plus difficile que ce qu'il ne pensait.
« J'ai entendu dire que t'étais le héros. »
« S'il te plaît, épargne-moi ton euphorie. »
« Mais tu es fort. »
« Tout comme toi. »
« Non », dit Stark en secouant la tête. « C'est différent. Ta force est inscrite dans tes os. La nôtre de force, nous la tuons et nous l'ingurgitons. » Il détourne les yeux et recommence à creuser. « Nous finissons toujours tout seuls », dit-il en regardant avec envie les rangées de tombes. Le sable qu'il tient dans sa main, commence à s'échapper en filet doux et réguliers.
Ichigo passe sa main dans ses cheveux et soupire. Il saute dans le trou et commence à creuser. L'homme regarde Ichigo, surpris de voir qu'après avoir passé des semaines à l'éviter, Ichigo est prêt à se tenir à côté de lui pour creuser. Il lui sourit chaleureusement, ce à quoi le garçon répond par un grognon, « Continue de creuser. »
« Eh, tu ne vas pas agir différemment avec moi, non? »
« Bien sûr que non. Je t'aime »
« Je sais. »
« Mais pas toi »
« Non pas moi... », Ichigo soupire. « Je ne sais pas. »
Silence.
« Mais ce que je sais, c'est que quand tu mourras, je serai très triste. »
Stark sourit.
« C'est bien suffisant pour moi. »
Quand les derniers grains de sable recouvrent le trou, les deux s'effondrent l'un contre l'autre, dos à dos, grelottant sous l'air froid du Hueco Mundo.
« Au fait, je suis désolé… », commence Stark.
« Ouais, moi aussi », termine Ichigo en prenant une grande inspiration. Ils sont tous les deux assis, renforçant ce qui les lie. Demain, ils se réveilleront, passeront leur journée et effaceront de leur mémoire le baiser maladroit. Cette possibilité fait sourire Ichigo, heureux de savoir que, même s'il va de l'avant, il n'y aura plus aucune mauvaise volonté. Cependant, son sourire disparaît au moment où il parcoure la rangée des tombes fraîchement creusées. « Stark? »
« Oui? »
« Il y avait seulement cinq espadas ... pourquoi as-tu creusé six tombes ? ». Horrifié, Ichigo se couvre la bouche. « Nnoitra? »
Stark émet un petit rire et secoue la tête. « Il est vivant. Toujours en train de se battre avec Kenpachi. »
Visiblement soulagé, Ichigo se laisse retomber contre l'épaule forte de Stark. « Oh ... je suppose... ces foutus connards... », dit-il en riant. « Donc, dont la tombe, c'est? »
Stark secoue la tête. « Personne que tu connaisses. »
« Ce n'est pas un espada? »
« Non. Juste un arrancar. »
« Woa. Tu dois sacrément le respecter. »
« Elle. Il s'agit de elle », corrige Stark. Sa voix est plus forte que ce qu'il voulait. « Je respecte chacun d'eux. Ils étaient mes premiers camarades. »
« Si tu les tiens en si haute estime... pourquoi ne pas les avoir rejoints? Pour la rébellion je veux dire », demande-t-il.
Stark éclate de rire. « Comment aurai-je pu les suivre, pour finir par te tuer? » dit-il, appuyant sa tête contre celle d'Ichigo, ses boucles brunes tombant comme un rideau autour du visage d'Ichigo.
Ichigo rougit. « Chiot idiot », grogne-t-il, en cachant son visage derrière ses genoux.
Stark se penche. « C'est ce que je suis », répond-il avec un sourire d'abruti sur les lèvres. Il rit alors qu'Ichigo gronde, embarrassé.
Stark ne peut plus attendre. Il se redresse et se tourne vers Ichigo pour lui faire face. « Je suis vraiment désolé pour le baiser », dit-il d'un ton sérieux, en regardant Ichigo de manière coupable.
« Nous avons dépassé ça, c'est OK! », insiste Ichigo. Il envoie un coup de poing léger sur l'épaule de l'homme. Il préfèrerait plutôt oublier cette conversation maladroite.
« Ouais. Désolé », dit nerveusement Stark. Avec un regard déterminé, il se penche pour embrasser les lèvres douces et boudeuses d'Ichigo.
Avant qu'il ait pu capturer ses lèvres tentantes, Ichigo le repousse, ses yeux ravagés de colère. « Juste pour cette fois », dit-il. La culpabilité s'entend dans sa voix.
Stark hoche la tête avec impatience. Il prend le visage d'Ichigo entre ses mains et touche les lèvres doucement. Cette fois-ci, le baiser n'est pas dur et volé. C'est comme si la tendresse l'envahissait. La langue de Stark rencontre celle d'Ichigo. Elles se touchent et dansent l'une contre l'autre passionnément.
« Mmh ...» Ichigo gémit dans le baiser, profitant plus qu'il ne voudrait. Il attire Stark vers lui et le retourne sur le dos, gagnant la domination du baiser. « Juste pour cette fois? », demande Stark, en taquinant à moitié le jeune garçon, sa joue striée de saleté. Ichigo ignore la remarque ludique et force ses lèvres en prenant le contrôle du nouveau baiser. Ils sont tous les deux étroitement enlacés, leurs mains courant frénétiquement sur le corps de l'autre. Ichigo gémit son nom, faisant durcir le membre de Stark et le faisant suinter à l'intérieur de son pantalon.
À leur insu, le sexta espada est en train de les regarder avec un regard de tueur. Ses mains serrées en poings, ses dents serrées par la colère.
Puis, il se met à courir.
Il court en dépit de sa blessure au ventre. Il court devant ceux qui le regardent hébétés, renversant des boîtes et des chaises, en se blessant sans doute par-dessus le marché. Il court encore et encore et ne s'arrête que lorsqu'il arrive enfin en face d'Aizen, à bout de souffle. Il supplie alors d'une voix désespérée.
« Choisissez-moi! », s'écrie Grimmjow. « Je vais ramener votre Hogyoku! », dit-il en frappant sa poitrine avec son poing. « S'il vous plaît! », lâche-t-il dans un souffle.
De surprise, Aizen arque les sourcils. Il a toujours détesté Grimmjow, et depuis l'arrivée d'Ichigo, son dégoût pour l'arrancar est monté en flèche. Maintenant, il a la possibilité à la fois d'éliminer un rival et de récupérer son Hogyoku. Pour une fois, il n'a pas de plan mais Dieu obtient tout ce qu'il veut. La vie est belle.
Aizen soupire, fait un signe de tête, et sourit.
« Excellent. »
