Load II : Trajet mouvementé

Je regarde le paysage défiler. Aujourd'hui, il fait vraiment moche. J'appelle ça un « temps de rentrée ». Vous savez, le genre ciel gris, pluie fine et arbres morts. De quoi vous tuer le moral. J'ai toujours dans la tête cette histoire « d'impératif ». Ca me trouble, à la limite de la peur. A quoi doit-on s'attendre ? A quoi les élèves de Poudlard vont-ils faire face ? A quoi l'Ordre va-t-il se frotter ? Si seulement j'en savais un peu plus, je pourrais au moins élaborer une stratégie, aussi modeste soit elle, pour agir convenablement en cas de complication. Mais personne ne semble réellement décider à m'informer. Je me demande depuis combien de temps mes parent sont au courant ? Peut-être que c'est pour ça que Rogue est arrivé chez nous il y a deux semaines, son masque impassible rayé par une ride trahissant une certaine panique.

« Charly' ? Tu m'écoutes ? »

Je me tourne vers Alex, ma meilleure amie. En me mordant la lèvre, je lui fais comprendre que j'étais absorbée dans mes pensées. J'ai dû décrocher au moment où elle me parlait de la nouvelle copine de son frère. Elle pose affectueusement sa main sur la mienne et me sourie. De son autre main, elle passe une de ses longues mèches brunes derrière son oreille. Elle farfouille dans son sac à main de chez Bleetween et me tend un emballage de Chocogrenouille que j'accepte avec plaisir.

« Bon alors, laisse moi deviner Il y a encore des soucis avec l'Ordre ?

Des soucis ? Je fais dans un rictus Des problèmes majeurs ouai ! Mes parents me couvent trop et les autres ne me font à peine confiance. J'dois faire quoi moi ? Je vais rejoindre les rangs l'année prochaine et je suis toujours nommée aux tâches ingrates.

Peut-être qu'ils…observent ?

Tu parles, c'est surtout parce qu'ils pensent que j'suis pas assez qualifiée. Leur principal problème c'est de m'écarter. Le rêve de mes parents aurait été de me voir au ministère…au moins, je ne risquerai pas de me faire assassiner.

On ne peut pas les blâmer non ? T'es leur seule fille et tu vas aller te frotter à l'armée du plus grand mage noir que le siècle ait connu…Tu crois pas qu'il y a une raison de se ronger les ongles ?

Si, c'est certain ! Mais ils savent que j'ai le niveau !...De toute manière, tant que je n'aurai pas fait mes preuves, leur opinion ne changera pas, et ce n'est certainement pas en grognant dans mon coin que je vais ébranler leurs inquiétudes.

Voilà ! Ca c'est déjà plus la Charly que je connais ! Tu verras, à la fin de l'année, ils se mettront à genoux pour que tu les rejoignes !

-– Ouai…en espérant que ce soit pas à moi de me mettre à genoux.

Charly ! T'es vraiment dégueulasse ! Me réprimande-t-elle en riant

J'ai soif moi, j'vais chercher un truc à boire, j'te ramène quelque chose ?

Nan ça va, merci. »

A vrai dire, je n'avais pas vraiment soif. Ni faim. Ce qui me pousse à sortir du compartiment, c'est autre chose. Quoi ? L'inquiétude peut-être. Le sentiment fugace que quelque chose va se passer. Quelque chose dont on ne m'a rien dit. Quelque chose de dangereux et d'imminent. Ca me glace le sang. J'ai l'impression de geler. Est-ce qu'une impression ? Ne fait-il pas réellement froid par ici ? Mon pas se presse, comme pour échapper à une force maléfique. Je sais qui je dois trouver et bien que cela ne me réjouisse pas vraiment, je n'ai pas le choix.

Je cours presque dans le train, les élèves dans les compartiments me regardent comme si je m'étais échappée d'Azkaban. En temps normal, j'y aurais peut-être prêté attention mais tout ce qui m'importe en ce moment, c'est d'avoir des réponses à mes foutues question.

Tout au bout de la voiture, je trouve son compartiment. Je pile devant, haletante et complètement paniquée. Severus Rogue. La bête noire de tous les élèves de Poudlard, l'agent-double…le type le plus bizarre et le plus angoissant que cette terre ait connu. Je me tords les doigts, persuadée de démarrer mon année avec une heure de retenue si j'avais le malheur de toquer à cette porte vitrée. Il lit un quelconque bouquin à la couverture noire, qui le captive tellement qu'il n'a même pas remarqué que je le fixe avec insistance depuis une bonne minute. Si mes soupçons ne sont pas fondés, je vais me faire passer une de ces soufflantes ! Allez, un peu de courage, c'est juste un prof' non ? Ca ne sera pas la première fois que je me fais tirer les oreilles par un membre du corps enseignant.

Je toque. Ce geste me paraît bien lourd de conséquences. J'ai du mal à avaler ma salive. Mais….je rêve ou il m'ignore là ? Mais quel con ! Je fronce les sourcils et, soudainement vidée de tous complexes, tambourine à la porte de son compartiment, histoire qu'il comprenne à qui il a à faire. Il lève enfin le nez de son livre, me regarde et hausse un sourcil devant ma mine mécontente. Il soupire – mais quel naze ! – et claque son livre d'une main avant de se lever et de se poster devant la porte. Heu….là, je suis mal à l'aise. On se regarde à travers le verre. Il doit espérer que je détale. A vrai dire, je suis à deux doigts de le faire. Je me dégonfle comme un vieux ballon de baudruche et, quand il ouvre enfin cette porte, toute trace de courage a déserté mon esprit. J'vais me faire buter. Je dois avoir l'air d'un poisson sortie de l'eau. Je ne sais même plus pourquoi je suis là…HA ! Si !

« Je-HA »

Le train s'est arrêté brusquement, faisant tanguer la voiture. Ma figure s'écrase contre le torse de Rogue qui, lui, tombe à la renverse m'entraînant dans sa chute. Sa tête se cogne violemment contre la vitre et émet un *bonk* sonore. Je me redresse, un peu sonnée. Mes yeux se posent sur la vitre, recouverte d'une épaisse couche de givre. Hm. Là…y a vraiment un truc qui cloche.

« Professeur ? Chuchotais-je dans la pénombre ambiante, professeur ? »

Je prends conscience de la position dans laquelle nous somme mais…à vrai dire, j'ai tellement les foies que je m'en fous. Je me redresse, à califourchon sur son ventre et passe une jambe de l'autre côté. Je l'appelle encore cinq fois mais il ne réagit pas. Tout d'un coup, un vieux cours de fin d'année dernière me revient en mémoire. La glace se forme d'abord. Tout semble vider de joie. J'ose à peine me retourner. Dans mes mains tremblantes, je serre avec force la cape de Rogue. J'entends une respiration d'outre-tombe, de longs doigts crissant sur le verre. Il est derrière moi. Surtout, ne pas le regarder. J'essaye de l'apercevoir du coin de l'œil. Les lambeaux noirs de sa tunique me frôlent le bras. J'ai peur. Une peur viscérale qui s'est emparée de mon ventre, de mes membres, de ma conscience. Je ne sais plus quoi faire. J'ai dans la tête des souvenirs que j'étais persuadée d'avoir oublié La mort de mon oncle, celle de mon chat, mon séjour à l'hôpital. Je me recroquevillai comme une petite fille apeurée. Je comprends maintenant pourquoi l'Ordre ne veut pas de moi. Je suis faible et lâche. Une grande main squelettique se pose sur mon épaule. Je hurle, je me débats pour que le Détraqueur me lâche.

« PROFESSEUR ! Hurlais-je désespérée, réveillez vous, j'vous en supplie »

Ok. La fin justifie les moyens non ? Je sais que ce geste va me coûter quelques retenues mais tant pis. Mieux vaut cela que de passer par le Baiser de Détraqueur. Je remonte ma manche, comme si j'avais le temps pour les détails, hésite un instant et colle une claque sonore sur la joue de Severus. Au bout de la deuxième, il papillonne des yeux et…wow. La réaction est immédiate. Il bondit pour faire barrière entre le monstre et moi. Je pense que j'ai eu une absence à ce moment là. Une absence où je vomi tripes et boyaux sur la banquette. Une lumière argentée illumine la pièce et…tout redevient calme, chaud. Entre deux vomissements, j'essaye de reprendre ma respiration. D'accord, maintenant, j'ai un avant-goût de ce à quoi peut ressembler le baiser du Détraqueur. Rappelez-moi de ne jamais devenir une sorcière psychopathe ou un truc du genre.

Fébrilement, les mains encore tremblantes, je sors un mouchoir de la poche pour m'essuyer la bouche pendant que mon professeur de potions se charge de la banquette souillée à l'aide d'un sort. Il ouvre la fenêtre du compartiment. Le train a repris sa route et l'air qui s'engouffre me fait du bien. J'ai tout de même un peu de mal à garder les yeux ouverts et inutile d'essayer de me relever, j'ai deux guimauves à la place des jambes. J'ai l'impression qu'un pivert me martèle le crâne et je porte la main à mon front. Vraiment, c'est la pire expérience de toute ma vie. J'entends un soupir de consternation, j'aurais aimé répliquer mais je ne trouve même pas la force de parler. Il passe se bras sous les miens pour m'aider à me relever et m'assoit sur la banquette. Ma tête part en arrière, je suis à deux doigts de perdre conscience. Avant que mon crâne ne se fracasse contre la paroi, il la rattrape et la calle avec sa cape. Sa main se pose sur mon front. J'ai l'impression qu'elle est glacée mais, à en juger par son nouveau soupir, c'est moi qui dois être bouillante. Je sens la pointe de sa baguette se presser contre ma tempe. Une vague de bien-être me parcoure, dégourdissant mes jambes et éclaircissant mon esprit. Pour autant, j'avais encore un terrible mal au crâne. Je le regarde d'un œil vitreux alors qu'il repose sa main sur mon front. Ma température semble être redevenue normal. Sa mine est grave.

« Vous comptez me garder dans l'ignorance encore longtemps professeur ? Soufflais-je »