Je poste tranquillement ces premiers chapitres, assez courts^^
Mon nom est la Prophétesse. Je suis Seigneur du Temps et je vais vous conter mon histoire et comment elle s'achève.
Tout commença lorsqu'à huit ans je fus confrontée à un schisme brut, une déchirure dans l'espace temps dévoilant le Vortex du Temps lui-même. C'est la tradition sur ma planète, Gallifrey, chaque Seigneur du Temps est séparé de sa famille à huit ans et conduit à l'académie. Son entrée au sein de cette académie est marquée par ce rite initiatique bien particulier qui représente une épreuve intense et éprouvante. Bien qu'à huit ans ils nous considèrent assez matures pour y faire face il n'en reste pas moins que ce spectacle ébranle votre esprit et vous pénètre l'âme. Il parait que cela en inspire certains, que d'autres fuient de peur et que d'autres encore deviennent complètement fous.
Pour ma part j'ai vu dans le Vortex du Temps quelque chose que je n'aurais pas du voir et qui m'a glacé le sang, une force qui exerça une emprise terrifiante sur moi et me consuma de l'intérieur. Je parvins à m'en extirper juste à temps, juste avant qu'elle ne me dévore littéralement et qu'elle me fasse sombrer définitivement. Dès lors mes yeux à la base marron devinrent noirs, d'un noir aussi profond que le néant. Et mes cheveux bruns se transformèrent en une cascade enneigée. Mes semblables m'évitèrent prétendant que je n'apporterais que mort et désolation... Pourtant mon peuple n'était pas connu pour ses superstitions hormis certaines prophéties secrètes. Mon esprit avait subi un profond changement, j'étais à la fois ébloui et accablé par les choses qui m'entouraient.
Un seul être pouvait comprendre un tant soit peu mon désarroi car lui aussi était un paria, lui aussi avait vécu une expérience terrifiante lors de ses huit ans, contrairement à moi il ne l'avait pas vu mais entendu, il se faisait appeler le Maitre. Un autre, lui aussi paria, l'accompagnait, il se faisait appeler le Docteur. Tous les trois nous restâmes ensemble de nombreuses années, partageant tout. Je les vis s'éloigner doucement l'un de l'autre, leurs idées s'opposèrent et pourtant ils formaient un duo atypique parfait, chacun complétait l'autre. Le Docteur éprouvait une profonde tendresse envers le Maitre, voulant le protéger de tout. Ainsi lorsque nous étions encore très jeune, d'autres enfants de Gallifrey vinrent nous défier, et plus particulièrement le Maitre, le traitant de fou à lier. Le Docteur s'interposait toujours, allant même jusqu'à les frapper pour qu'ils s'en aillent, à cette époque il n'hésitait pas à faire usage de la violence quand cela s'avérer nécessaire il a bien changé depuis... Quoi qu'il en soit les années avançant ils devinrent des ennemis. Bien que je restai auprès du Maitre car il me comprenait mieux que le Docteur, en un sens on avait notre folie en partage, je ne pouvais m'empêcher de regretter ces années glorieuses où l'on était inséparables, complices unis à jamais.
Puis vinrent des jours encore plus sombres, la Guerre du Temps. Rassilon à la tête des Seigneurs du Temps et l'Empereur à la tête des Daleks. Ce fut une bataille sanglante, violente, dévastatrice qui plongea Gallifrey dans l'ignominie et la folie. Le Maitre refusa d'en voir davantage et pris la fuite : il me confia qu'il allait se cacher au plus profond de l'univers sous forme humaine afin que l'on ne le découvre jamais. Je le comprenais dans un sens, cette Guerre prenait une tournure des plus inquiétante et Gallifrey et le Président ne l'avait jamais soutenu alors pourquoi se battre pour eux... Moi je décidai de rester, je savais que cette Guerre ne sonnerait pas la fin de ma vie. Je combattis au côté du Docteur qui fut obligé de mettre un terme à toute cette démence en scellant à tout jamais Gallifrey dans cet espace temps.
Nous voyageâmes ensemble pendant un moment et ce qui l'avait éloigné du Maitre se reproduisit et nous éloignèrent l'un de l'autre. Cette Guerre et sa finalité l'avait marqué au plus profond de son être, je sentais en lui un désir de changement et de savais quelle voie il allait prendre et ce n'était pas cette voie que je voulais pour moi. Il est vrai que la folie et la mégalomanie avaient atteint notre peuple et nous avaient épargné tous les trois : moi, le Maitre et le Docteur. Peut-être parce que nous étions déjà fous à notre façon ! Quoi qu'il en soit je décidai de suivre mon propre chemin et comme dernières paroles je lui déclarai avec un sourire des plus mystérieux que nous ne reverrons, qu'il pouvait en être sûr ! Il m'avait regardé de ses yeux interrogateurs, sachant que si je l'affirmais c'est que cela se produirait, il m'avait sourit à son tour et c'est ainsi que nous nous sommes quittés. Pourtant avant de partir, je lui soufflai un peu de cette poussière d'argent que l'on trouvait sur les montagnes de Soulagement de notre regrettée Gallifrey, ainsi il oublierait que j'étais encore vivante. Je le connaissais, il ne me laisserait pas faire ce que j'avais à faire sinon... Bien sûr je ne lui avais pas révélé ce que le Maitre m'avait dit et il le croyait sans doute pris au piège sur Gallifrey avec les autres...
J'ai tenté en vain de retrouver Koschei. Il ne m'avait pas menti, je ne pouvais sentir sa présence nulle part, il avait vraiment choisi le meilleur des endroits pour se terrer sous forme humaine. Quel dommage. J'abandonnai finalement l'idée de pouvoir le revoir, en tout cas pour l'instant.
Je parcourus l'univers, ma mélancolie solitaire accentuant un peu plus les sombres penchants de ma personnalité. A l'instar du Maitre j'avais toujours été instable et sensible à la dérive. J'ai commis pas mal de faits que l'on juge dérangé à ses côtés, de même que lors de la Guerre du Temps ma soif de mort avait connu son paroxysme bien que je n'avais pas atteint le même état que Rassilon et ses acolytes, c'était autre chose qui me consumait. Même le Docteur avait aussi commis des fautes impardonnables, d'autant plus lorsqu'il dû prendre cette décision sachant ce qui lui en coûtait. J'appris plus tard que les Daleks n'avaient pas complètement disparu et avait la fâcheuse manie de ne pas vouloir disparaitre définitivement.
De mon côté comme je le disais je parcourus l'univers en sachant systématiquement comment éviter de croiser la route du Docteur. On a beau dire que l'espace est vaste et le temps infini, on n'est jamais à l'abri d'une rencontre fortuite ! Fort heureusement pour moi mon "don" s'avérait très utile pour ce genre de situation. Je finis un jour par atterrir sur une étrange planète "Thanatos", son nom m'avait inspiré mais lorsque je foulai son sol le spectacle qui s'offrit à moi fut des plus déroutant ; mais après tout avec un nom pareil à quoi pouvais-je m'attendre !
Son atmosphère était glaciale, j'apercevais au loin de hautes montagnes cuivrées tandis qu'à mes pieds virevoltaient du sable qui ressemblait davantage à des cendres. Un fleuve écarlate coulait non loin de là. Aucune végétation hormis ces arbres aux formes distordues qui s'élançaient, menaçants, comme s'ils voulaient fondre sur moi ! Le ciel pâle, sans nuages, abritait deux astres, deux soleils, l'un rouge sang et l'autre argentée. Des visions fulgurantes commencèrent à m'apparaitre brutalement, je ne parvins pas à distinguer ce qu'elles représentaient. Elles m'assaillirent de plus en plus. Je sentis un vertige me submergeait et je m'affaissai sur le sol tenant ma tête entre mes mains, je crois que j'ai poussé un hurlement avant de m'effondrer.
Lorsque je repris connaissance, je fus prise d'une migraine lancinante et il me fallut un moment avant de pouvoir reprendre entièrement conscience et découvrir que je ne me trouvais plus dans cette vallée funeste mais enchainée aux parois rocailleuse d'une bâtisse, cela ressemblait fort aux oubliettes d'un château.
Je ne parvenais pas à me rappeler ces visions qui m'avaient soudain envahi et fait perdre connaissance. Puis j'aperçus une ombre dissimulée dans un coin de la pièce, je ne l'avais pas remarqué avant qu'il ne fasse un léger mouvement. Il sortit finalement de sa pénombre, ses yeux étaient comme la braise, rouge feu, lorsqu'il me regarda je me sentis comme transpercer par des flammes de l'intérieur. Ce fut une sensation horrible mais je ne devais pas perdre la face, je continuai à le regarder avec peine. Sa peau était comme ce sable que j'avais vu dehors, on aurait dit de la cendre compactée et il avait des cheveux blancs en bataille. Je me sentis soudain très mal, mes yeux s'embuèrent et une perle cristalline s'échappa de mon œil gauche, je la sentis rouler le long de ma joue et atterrir par terre en un point rouge... du sang. Je regardai de nouveau la silhouette qui me faisait face et qui m'offrait un sourire carnassier laissant découvrir une belle rangée de crocs ! Son sourire m'hypnotisa, on aurait dit une dentition comparable à celle d'un loup garou, c'était terrifiant. Il s'approcha plus près de moi, si rapidement que je n'eus pas le temps de le voir venir et recula contre le mur dans un mouvement d'effroi.
Je devais reprendre le contrôle sur moi : "Qui êtes-vous ?" finis-je par demander d'une voix mal assurée mais néanmoins ferme.
Il fit un sourire en coin et plongea son regard encore plus profondément dans le mien. Ces flammes me consumèrent de nouveau, m'étreignirent les cœurs et martelèrent soudainement mon esprit d'images, un flot d'images incessant. Mais je pus cette fois les distinguer plus nettement.
Pour résumé je vis son peuple sur cette même planète il y a fort longtemps, les choses étaient bien différentes de ce qu'elles sont maintenant, le sable était argentée et leurs arbres couverts de fins pétales rouges. Le ciel n'avait pas cet aspect terne et décharné mais illuminait toute la vallée. Ces montagnes portaient un manteau argenté à l'instar du sable : c'était un endroit magique, mystique qui me rappela un peu Gallifrey. Ils n'étaient pas une espèce des plus accueillantes mais évoluaient en meute avec leurs règles. Ils chassaient les autres espèces de cette planète pour se nourrir. Je n'avais jamais entendu parler de ce peuple auparavant, ils se faisaient appeler Klamath. Ils pratiquaient des rites anciens mystiques, si je devais les comparer à un autre peuple terrien j'évoquerais les Indiens d'Amérique, avec leurs croyances ancestrales.
Puis un cataclysme se produisit, une violente tempête arriva du ciel et dévasta tout, elle dura plusieurs années. Lorsqu'elle se calma enfin elle avait recouverte toute cette planète de cendres. Mon interlocuteur, Nashoba, avaient survécu avec deux autres de ses compagnons, ils étaient parvenus à se réfugier dans une grotte et s'était mis en stase le temps de la tempête, les autres n'avaient pas eu le temps de se mettre à l'abri, la tempête avait été si soudaine et si rapide... Puis ils se sont réveillés mais ils avaient changés comme si la tempête était parvenue à s'infiltrer pernicieusement en eux durant leur sommeil. Nashoba avait alors été submergé par une folie innommable et avait tué et dévoré ses deux compagnons. Il était habité par une force étrange qui le consumait de l'intérieur littéralement, c'est pour cela que ses yeux étaient de braise et sa peau ressemblait à de la cendre.
Je le regardai de nouveau : "Mais je ne comprends pas, que me voulez-vous ?"
Il plongea de nouveau son regard dans le mien et m'envoya un autre flot d'images.
Je vis cette fois la version des événements passés mais comme si je me trouvais au cœur même de la tempête, je sentis cette présence, cette force immatérielle, un être purement spirituel ne possédant pas de corps, je le vit entouré de cette tempête, je le vis dévastait d'autres planètes ne laissant derrière lui que mort et désolation... Il était le Néant, le néant que j'avais aperçu lorsque j'avais huit ans dans le Vortex du Temps, il était là, je me le rappelais maintenant, il s'était insinué en partie en moi et cet être combiné à mes gènes de Seigneurs du Temps m'avait ébranlé, j'avais vu à ce moment là la fin de Gallifrey, je l'avais vu mais mon esprit d'enfant l'avait refusé et oublié.
Il était le Néant et on reconnaissait ses enfants à leur chevelure blanche et leurs yeux noirs mais il consumait les êtres et j'allais sans doute finir comme Nashoba. C'est cela qui m'avait conduite ici, j'avais l'avantage d'être Seigneurs du Temps, il m'avait fallu attendre que Gallifrey sombre. Il m'avait fallu attendre de perdre le Maitre puis le Docteur. Il m'avait fallu attendre de me retrouver seule avec moi même, la réponse avait toujours été en moi.
Nashoba se consumait, en me voyant il avait cru que j'étais venue pour l'achever. Mais je voulais juste comprendre. Il me montra alors d'autres images, le néant ou quoi que ce soit s'était réveillé il y a plusieurs siècles d'un très long et très profond sommeil, il s'était réveillé et il s'était libéré de ses chaînes qui l'emprisonnaient, il avait été mis en torpeur par un peuple très ancien, plus ancien que les Seigneurs du Temps, plus ancien que la création et peut-être plus ancien que le Temps lui même... Mais le Néant s'était réveillé et était parvenu à se libérer, empli de colère et affamé. Il avait alors commencé à décimer la création discrètement, patiemment. Il s'en nourrissait puis lorsqu'il estimait devoir faire une halte pour éviter de se faire trop remarquer il choisissait des hôtes pour "hiberner" en quelque sorte, en tout cas une partie de lui...
Les images s'interrompirent soudainement, je sentis une décharge électrique. Nashoba recula et s'agita dans tous les sens, prenant son crâne dans ses mains, je l'entendis hurler ou bien était-ce dans ma tête... Un froid glacial me parcourut. Il finit par se calmer momentanément, ses yeux rougeoyaient plus intensément. Il me détacha et me transmit un dernier flot d'images. Sa fin était proche et on ne voulait pas qu'il révèle ce qu'il savait. Il me tendit un pendentif étrange de forme sphérique, qui semblait pouvoir s'ouvrir sans pour autant s'ouvrir. Il me prit les mains et je sentis une partie de moi s'échappait mais ce n'était pas vraiment une partie de moi... Il m'offrait un sursis, récupérant un peu de cette essence étrangère et vampirisante, la transférant en lui. Il me donna également des parchemins anciens et m'ordonna de partir, vite, vite. Le Néant allait revenir et cette fois il allait tout dévaster. Sa prochaine cible lui offrirait suffisamment d'énergie pour tenir. J'aperçus la planète en question, baignée de bleue : la Terre... Sa peau commença à se craqueler dangereusement, ses yeux n'étaient plus que rouge flamboyant laissant couler des larmes de sang. Je quittai sa tanière et courra vers mon Tardis. A quelques mètres de celui-ci, j'entendis une explosion et me retourna, c'était fini, il s'était sans doute consumé au point d'imploser et tout emportait autour de lui dans cette explosion. Je pénétrai dans le Tardis et mit le cap sur la Terre !
