CHAPITRE 8 : Dernières volontés
[Master] Mes nuits étaient courtes et agitées depuis ma résurrection. Il est vrai que je n'ai jamais eu de nuits vraiment tranquilles, même si on finit par s'habituer aux tambours, les entendre résonner en pleine nuit vous réveille parfois vous faisant sursauter. Mais depuis cette régénération étrange, et même si je ne semblais n'avoir gardé aucune séquelle physique, mon esprit n'en demeurait pas moins changer.
C'est donc tout naturellement que je me levai le lendemain très tôt. Je quittai le Tardis, Satinka et le Docteur dormaient encore, et j'allai me poster sur une petite butte en face du vaisseau. Les deux soleils de la planète faisaient leur apparition. D'abord l'astre écarlate, caressant la plaine désolée de ses rayons rougeoyants. Un spectacle vraiment magnifique, son halo s'avançait lentement recouvrant sur son passage cette terre noircie lui donnant un aspect, paradoxalement, à la fois plus chaleureux et plus sanglant. Je me surprenais parfois à contempler ce genre de spectacle de la Nature, qui n'a pas son pareil et se renouvelle à chaque fois.
[Prophétesse] Des visions m'avaient assaillie quasiment toute la nuit. Des visions très obscures, floues, abstraites, desquelles je ne pouvais extraire aucun sens. La seule chose qui me frappa était la sensation désagréable que j'avais éprouvé face à certaines d'entre elles.
J'aperçus Koshei se lever quelques heures à peine après s'être couché. De toute évidence quelque chose le perturbait. C'est vrai qu'il semblait différent, perdu. Mais n'est-ce pas ce que nous sommes tous au final, des âmes errantes. Ou peut-être que c'est ce que nous croyons, mais peut-être que quelque part sous les apparences, dissimulé dans les coulisses, quelque chose nous attire, nous attire vers un but précis sans que nous n'en ayons nous même conscience…
Peu importe… Ce qui doit arriver arrivera.
Je sortis du Tardis et rejoignis le Maitre posté sur une butte. Je m'installai à ses côtés.
[Master] - « La vie est étrange parfois, tu ne trouves pas… »
[Prophétesse] Il m'avait dit ça quelques instants après, sans crier gare, d'une voix discrète.
- « Sans doute oui. Pourquoi me dis-tu ça ? »
Il esquissa un timide sourire.
Le soleil argenté de la planète commençait à s'élancer au loin, son jumeau ayant déjà accompli son œuvre, quasiment achevée. Des éclats argentés vinrent s'ajouter à l'aura chatoyante laissée par son jumeau, et leur rencontre était des plus éblouissante, la plaine s'éclaira alors d'un nouvel aspect, étincelant, comme si tout pouvait être purifié et renaitre.
[Master] - « Tous ces évènements passées, ceux à venir, et cet instant précis. Tout ceci. Qui auraient pu croire qu'on en arrivera là ? C'est ironique au fond. »
[Prophétesse] - « La vie est ainsi faite. Pleines de surprises et d'incohérences »
[Master] - « Tu crois ? Oui, peut-être… Je ne sais plus vraiment quel est le sens de tout ça au final, et si ça a vraiment eu un sens un jour. Je ne devrais pas être là. »
[Prophétesse] - « N'en sois pas si sûr. Moi je crois au contraire que tu es là où tu dois être. »
[Master] Je la regardai, ces mots sonnaient étrangement à mes oreilles. Mais elle n'ajouta rien de plus, sachant pertinemment que je l'observai, attendant une suite non elle contempla la fin de ces levers de soleils, l'astre argenté finissant sa course, rattrapant son frère.
[Doctor] Lorsque je me réveillai, le Tardis était vide. Je retrouvai le Maitre et la Prophétesse non loin de là, assis côte à côte face à l'aurore. Je dois avouer que le tableau était atypique et beau deux âmes sœurs, en quelque sorte, de nouveau réunis. Je ne pus m'empêcher, en les voyant, de repenser aux personnes qui m'étaient chères que j'ai perdus et que je ne reverrais jamais à n'en pas douter. Toutes ces personnes avec lesquelles j'aurais ardemment désiré que l'on m'accorde plus de temps… C'est d'ailleurs une des raisons, mais pas seulement, qui font que je me sente amer depuis quelque temps… Mais l'heure n'était pas à la mélancolie, on devait affronter un redoutable ennemi, une entité inconnue vielle de plusieurs millénaires dont la seule raison d'être était la destruction. Je ne pouvais rester à ne rien faire, cette étincelle de préservation de la vie était toujours présente en moi.
Je m'avançai alors vers eux.
[Master] - « Dis Docteur tu n'aurais pas une flasque de whisky sur toi par hasard ? »
[Doctor] - « Non. Et je pense qu'on a mieux à faire. Nous ne devons pas perde de temps. »
[Prophétesse] - « Tout à fait ! »
[Doctor] - « Tu ne nous as toujours pas dit ce que tu espérais trouver dans cette bâtisse où Nashoba est mort, dévastant tout sur son passage qui plus est. »
[Prophétesse] - « Fais-moi confiance. »
Je devais retourner là bas, quelque chose m'appelait.
[Master] Une fois sur place, la bâtisse était encore fraichement calcinée. Une odeur de brûlé planait encore dans l'air. Il ne restait pas grand-chose, mais une ou deux pièces étaient parvenues à demeurer debout, enfin si on veut. Satinka se dirigea vers l'une d'elle. Nous la suivîmes.
[Prophétesse] Je ressentais encore des échos dans cette pièce, c'était dans cette salle que Nashoba m'avait emmenée et qu'il était mort. Il restait des résidus, des ondes de ce qui s'était passé.
Tout à coup, cela sembla s'intensifier et se rapprocher. Je me sentis alors défaillir, un mal de crâne horrible m'enlaça.
[Master] Soudain Satinka faillit tomber, je la rattrapai de justesse et l'emmena jusqu'à un rebord pour qu'elle s'assoit. Elle se tenait la tête et semblait en proie à un mal étrange.
[Doctor] - « Prophétesse ? Que se passe-t-il ? »
Je l'examinai mais rien d'anormal à détecter pourtant…
[Prophétesse] - « Je… »
J'essayais de remettre mes idées en ordre et de trouver des mots pour expliquer ce qui m'arrivait. L'énergie résiduelle de Nashoba, ça ne pouvait être que ça. Tel un dernier message laissé à mon intention, un message qu'il n'avait pu me révéler lors de notre rencontre, car beaucoup trop relié au Néant à ce moment là. C'est difficile à expliquer, son essence, sa véritable essence a été libérée lors de sa mort, quelques secondes avant même. Le Néant n'avait plus besoin de le contrôler ou de le surveiller, une fois le processus de combustion engageait, le surplus de flux parasite du Néant qui le détruisait de l'intérieur. Et j'étais reliée à Nashoba moi aussi, au moment où il m'a libéré d'une partie de cette emprise, il a dû en profiter pour introduire à l'insu de cette entité qui ne pouvait se douter d'une telle chose, un signal subliminal dormant qui s'est réactivé lorsque j'ai foulé de nouveau cette planète. Le dernier espoir, le plan de secours absolu. Il savait que je reviendrai très vite en ce lieu.
[Doctor] Je ne pouvais rien faire, il nous fallait attendre, cela allait surement passer.
- « Prophétesse… »
[Prophétesse] - « Je... Ca va, ça va… »
La douleur se calmait, et j'avais parfaitement assimilé son message. Dommage que ce genre d'expérience ne pouvait se faire plus en douceur, mais bon ce n'était pas la première fois qu'un évènement de ce genre m'arrivait.
Quoi qu'il en soit je ne pris pas le temps d'expliquer au Docteur et au Maitre ce qui venait de se passer. Je me dirigeai vers le mur adjacent, palpant les briques de roche, jusqu'à stopper mes mains sur l'une d'elles en particulier, je la retirai de son puzzle non sans difficultés et glissa ma main dans l'embrasure, y récupérant une petite boite de marbre.
[Doctor] La scène à laquelle on venait d'assister m'abasourdis, je regardai la Prophétesse d'un air interrogateur. Tout ceci nécessitait une explication avant de continuer. Lorsqu'elle nous la fournit, tout s'éclaira.
J'ignorais ce que contenait cette boite mais ce devait être important. Elle avait été placée dans un endroit stratégique, un mur fondateur donc plus résistant à un incident de grande envergure tel qu'un séisme ou une explosion. Ce Nashoba, même s'il s'est fait corrompre par cette chose a su se battre jusqu'au bout et dissimuler quelques cartes dans son jeu. Je ne sais pas ce qui est parvenu à le maintenir mais c'était remarquable.
[Prophétesse] J'ouvris la boite, cette dernière contenait une pièce étrange de forme rectangulaire, forgée dans un matériau inconnu ressemblant à de l'ivoire, parsemée de ses symboles anciens vus dans les parchemins, mais ceux là je ne parvenais pas à les saisir. Elle comportait également de petits interstices de part et d'autres de ses quatre faces.
On se regarda tous, une même lueur dans les yeux. Il s'agissait d'un des sept artefacts permettant de verrouiller les sept sceaux de la prison du Neant, c'était certain.
[Master] - « Comment est-ce possible ? Comment Nashoba a-t-il pu se retrouver en possession d'un de ses artefacts ?... »
[Prophétesse] - « Je l'ignore… »
[Doctor] - « Il a su déjouer le Néant à plusieurs reprises alors pourquoi pas… »
[Master] - « Oui peut-être mais là c'est autre chose, les artefacts ont du être bien dissimulés par le Néant. »
[Prophétesse] - « Peu importe… L'important c'est que nous avançons. Voilà une des pièces maitresses de la solution à ce problème. »
[Doctor] - « Je peux… »
[Prophétesse] Je remis l'objet au Docteur, il jubilait à l'idée de l'étudier évidemment même s'il n'en montrait rien. Le simple fait de sortir ses lunettes pour l'examiner de plus près était un signe révélateur.
La boite contenait autre chose, un papier. Une lettre. Rédigée de la main de Nashoba que je lu à haute voix.
« Kishi,
Je suis désolé. Désolé de ne pas avoir su être là pour toi, t'épauler et te protéger comme j'aurais dû le faire. Ton Don m'a dérouté, j'étais seul, je n'avais aucune idée de l'attitude à adopter avec toi, comment réagir face à cette capacité que tu détenais. J'ai pris peur et je t'ai abandonné.
Je sais que je ne le mérite pas mais… pardonnes moi je t'en prie.
Je ne sais pas ce que tu es devenue, ce que cette chose a fait de toi, peut-être cette lettre ne la liras-tu jamais…. Mais j'espère, je suis sûr, qu'il reste une partie de toi au plus profond, que cette chose ne t'a pas complètement annihilée. C'est tout ce qui me reste.
Je voudrais pouvoir te sauver mais j'en suis incapable… je lutte moi-même contre ce mal qui m'a également corrompu et qui me ronge. Et je crains de ne pas être à la hauteur, l'ai-je été un jour ?... Il me consume de plus en plus, je n'en ai plus pour longtemps… Mais je pressens de nouveaux évènements, une lueur apparaitra bientôt, faible lueur recelant un pouvoir immense.
Je dois me battre et garder espoir, je n'ai que ça à quoi me raccrocher.
Pardonne-moi ma chère fille… »
La fin de la lettre avait été rédigée d'une main tremblante, et était incompréhensible. Il devait sans doute être au bout du chemin, car elle ne contenait que des phrases décousues, vides de sens ou inachevées. Mais l'important est resté intact : Kishi est la fille de Nashoba.
[Doctor] Tout s'explique. Voilà pourquoi il a résisté si longtemps, il voulait se racheter, racheter ses fautes passées, d'avoir abandonné sa famille, de ne pas avoir su la protéger et la sauver…
[Master] A la lecture de cette lettre une idée me vint, une idée folle oh combien grandiose mais aussi dangereuse…
- « Kishi est notre lien, notre porte d'entrée pour trouver les autres artefacts. »
[Prophétesse] - « Comment ça ? »
[Master] - « Toi et elle partagaient le même don, Prophétesse. »
[Doctor] - « Non. »
[Master] - « Si. C'est la seule solution qui s'offre à nous »
[Doctor] - « C'est de la folie. »
[Prophétesse] - « Non. Il a raison. Il n'y a pas d'autre choix, malheureusement. »
[Doctor] - « Mais c'est trop risqué. »
[Prophétesse] - « Je sais. Mais je dois le faire. Je dois entrer en contact avec Kishi et son espace-temps. Elle est la seule à savoir où sont les artefacts. Je dois remonter mentalement le temps et tenter d'entrer en communication avec elle … »
[Doctor] - « Mais cela comporte trop d'inconnues. Tu ne sais pas même si c'est envisageable, si ça marchera, et si tel est le cas comment en reviendras-tu, y parviendras-tu seulement, et quand bien même dans quel état seras-tu, quelles séquelles risques-tu d'avoir ? »
[Prophétesse] - « Docteur. Je sais tout ça. Mais tu sais très bien qu'il n'y a pas d'autres possibilités. Nos dons, sont spécifiques, et leurs lignes convergent, d'autant plus que nous sommes toutes deux liées au Néant. »
[Master] - « Et on est là au cas où ça tournerais mal. »
[Doctor] - « Comment ? »
[Master] - « On avisera Docteur, on en est capable. Comme au bon vieux temps. »
[Doctor] Ces mots me réchauffèrent les cœurs et un sourire s'esquissa sur mes lèvres.
- « Oui. Tout est possible après tout ! »
[Prophétesse] - « Bien ! Allons-y. »
[Doctor] - « Hé c'est ma réplique ça ! »
[Master] - « Et où allons-nous ? »
[Prophétesse] - « Je n'ai jamais tenté ça auparavant, je vais avoir besoin de beaucoup d'énergies.
Là où la connexion aura le plus de chance de pouvoir se créer, là où tout s'est effondré. »
[Master] Une telle expérience est très dangereuse, quasi impossible. Mais je commence à m'y connaitre dans ce domaine, après tout qui aurait pu imaginer que Gallifrey puisse revenir, ne serait-ce que l'espace d'un instant ? Qui aurait pu imaginer que je puisse m'échapper miraculeusement de cette prison temporelle et retourner sur Terre à l'époque moderne. Et surtout qui aurait pu imaginer que je puisse… changer, aider le Docteur, me retrouver à ses côtés à l'instar des jours anciens ? Moi même je ne réalise pas encore très bien, je ne comprends pas pourquoi je reste à leurs côtés à me battre. Beaucoup de mystères restent à être résolus. Mais j'éprouve étrangement de la joie à cette idée, je suis heureux de les avoir retrouvés et de ne plus ressentir cette rage, ce besoin de domination.
[Doctor] C'est de la folie ce périple que la Prophétesse veut entreprendre, mais il est vrai que nous n'avons guère le choix, et puis j'ai de l'expérience dans la réalisation de plans farfelus ! C'est tellement insensé que ça peut marcher. J'espère seulement qu'elle trouvera une porte de sortie et que l'entité n'en profitera pas pour nous jouer un mauvais tour.
