Chapitre2 :

7h10. Elyon poursuivait depuis près d'une demi-heure un cerf. Le fusil à l'épaule, il visait à présent l'animal qui ne s'était douté de rien. Tous les samedis, il s'abandonnait à son activité favorite, la chasse. Il avait eu du mal à convaincre ses deux enfants de le laisser partir sans escorte.

-Non Suzaku, crois-tu vraiment que toute une poignée de gardes du corps est discrète ? Je n'aurai pas de trophée à ce rythme-là ! Ah ! Mais Shirley ! La forêt est ma propriété privée! Je ne crains rien, rassurez-vous.

Et sur ce, il était parti, revenant quelques heures plus tard, avec deux beaux faisans sur son épaule. Depuis, ses enfants avaient renoncé à le raisonner.

Le cerf était à quelques mètres à présent, mais alors qu'il broutait paisiblement, il redressa l'oreille et s'enfuit, alerté. Elyon, surpris par cette fuite, n'eut pas le temps d'anticiper. Il tira mais trop tard. Il jura entre ses dents, et se détourna du côté du lac, d'où était provenu le souffle rauque qui avait effrayé le royal animal. Il aperçut une silhouette s'extirper de l'eau, tenter quelques pas, vainement, avant de chanceler. Par instinct, le roi se dirigea vers cette ombre, et il reconnut alors un adolescent, agenouillé sur la rive, trempé, les yeux perdus dans le vide. Sa chemise lui collait à la peau, et les mèches lui tombaient sur les yeux. Que faisait-il seul sur sa propriété ? Qu'importe, cet adolescent était en détresse, et il n'était pas dit qu'un roi abandonnerait ses sujets.

-Tout va bien ? Qu'est-ce que tu fabriques ici ?

-Je…je ne sais pas.

Le roi fut étonné, mais il semblait sincère. Le jeune homme posa sa main sur sa poitrine, et murmura :

-ça me brûle. De l'intérieur.

Elyon posa sa main sur l'épaule du garçon :

-Je vais appeler mes soigneurs, ne t'inquiète plus.

-Non ! Se récria-t-il. Vous ne pouvez rien pour moi. Je…J'ai peur…

-De quoi donc, mon enfant.

-De ce que je suis capable d'accomplir, dit-il dans un souffle.

Il le regarda droit dans les yeux. Lelouch était réellement angoissé. Il avait beau réfléchir, il n'arrivait plus à se souvenir de ce qui s'était passé après sa rencontre avec cet être empli de cruauté, hier au soir. Il venait de reprendre ses esprits en touchant la rive du lac, et voilà que cet inconnu surgissait de nulle part. Lloyd lui avait dit de se méfier des inconnus, mais en ce moment, il était terrifié par lui-même. En effet, il ne se sentait pas comme d'habitude. On aurait dit qu'un démon s'était sournoisement glissé au fond de lui, tapi, et une simple étincelle suffirait à le faire surgir. Et cette douleur sourde et lancinante, au niveau de son circuit central, l'inquiétait. Tout ira bien mieux quand il aura demandé à son maître de vérifier son système. Il se leva péniblement, ayant retrouvé la force nécessaire pour rentrer.

-Allons, ce n'est pas pour dire, mais tu es sur la propriété privée de Sa majesté, Elyon. Je vais demander à mes gardes de te raccompagner, dit-il avec une pointe d'agacement.

Elyon sortit son portable. Lelouch, se figea, le visage crispé. La carte, alors passive venait de se déclencher à ce nom, et surchauffait le circuit entier. L'adolescent sentit parvenir de ses entrailles d'atroces douleurs, indescriptibles. Ses yeux se teintèrent de rouge, il ne se contrôlait plus. Il entendit clairement la voix de Charles, lui ordonnant de tuer le roi.

-Elyon…vous dîtes ?

Lelouch se tourna lentement vers cet homme aux cheveux blancs et aux traits tirés. Le roi fut terrifié par ce changement soudain d'attitude. Le jeune homme ne tremblait plus, il se tenait droit et imposant, le toisant irrespectueusement. Déconcerté, il se ressaisit pourtant :

-Eh bien oui, et saches que tu as devant toi le monarque absolu du royaume de Britannia.

Le visage de l'adolescent se fendit d'un sourire, ses yeux brillèrent. Les rois sont vraiment arrogants, pensa-t-il.

-Vous allez…Mourir, Majesté.

Et dans un éclair fulgurant, il pivota et s'empara du fusil de chasse du roi pour le retourner contre lui.

Le coup de feu partit avant même qu'il put faire le moindre geste. Le portable lui tomba des mains, pour aller s'écraser sur le sol, humide et feuillu. Lelouch ne manifesta aucune réaction lorsque l'homme en face de lui toucha à son tour le sol, un trou béant dans sa chemise à carreaux, les yeux exorbités.

Il se détourna simplement pour ramasser le portable, dans l'intention de prévenir Charles de la réussite. Mais la douleur au niveau de sa poitrine redoubla d'intensité, un effet secondaire imprévu. Lelouch se plia en deux et lâcha le mobile. La carte avait atteint un tel degré en surchauffant, qu'elle commençait à fondre, entraînant de même un endommagement du système interne.

L'adolescent se leva péniblement. Il se mit à courir, la main pressée sur son cœur, jetant des coups d'œil fiévreux aux alentours. Il espérait trouver une quelconque solution pour soulager cette sourde douleur qui l'oppressait tout entier. Sa vision se brouilla, et il dut faire une pause pour ne pas sombrer. Les arbres tournoyaient autour de lui, la terre et le ciel se confondaient. Il courut encore, s'efforçant de rester lucide. Il trébucha. Un cri étouffé parvint du fond de sa gorge. Lelouch avisa alors un chalet, entièrement en chêne massif, d'un style noble et classique. Sans hésiter, il parcourut les derniers mètres qui le séparaient du mirage. A bout de forces, il s'évanouit sur le seuil de la porte, avant même d'avoir toqué à la porte.