Chapitre 5 :
Lelouch renversa la tête en arrière, et rit ouvertement. Shirley laissa échapper un cri :
-Lelouch, dis moi que…
-C'est moi votre meurtrier. Celui que vous haïssez. J'ai tué votre père de sang-froid, pendant qu'il était à la chasse. Et à dire vrai, je n'ai rien ressenti. Après tout, je ne suis pas réellement humain.
Cette dernière phrase visait Suzaku. Celui-ci était sombre, mais contrairement à ce que Lelouch avait prévu, il ne s'emporta pas. Il lui jeta un regard méprisable.
-Charles expiera ton crime, je lui fais confiance.
Shirley se précipita sur l'adolescent, mais fut retenue par son frère.
-Lâche-moi. Je dois le venger, je dois lui faire payer, sanglota la jeune fille. Lâche-moi !
Elle s'écroula, sans forces. Pourquoi ? Toujours cette question qui revenait sans cesse le tourmenter.
-Mon oncle est vraiment fort, pour avoir trouvé le meurtrier de son frère aussi rapidement.
C.C fronça les sourcils. Il était clair que du sarcasme pointait dans sa voix. Suzaku soupçonnait-il la vérité ? Dans ce cas, il fallait bien lui donner une quelconque raison immédiatement qui puisse rassasier sa curiosité. Elle dit avec assurance :
-Oui, Charles tenait lui-même à ce que le mystère de cette mort soit révélé le plus tôt possible, pour pouvoir rendre justice à son défunt frère. Il a mené sa propre enquête, et avec les empreintes de Lelouch sur la crosse du fusil et les indices laissés sur le lieu, il était aisé de le retrouver.
-Et pourquoi s'être réfugié chez nous, Lelouch ? s'écria Shirley.
-Il projetait sans doute de vous éliminer à votre tour pour arriver au pouvoir, en faisant sauter votre résidence. Mais cela a échoué, il a été pris par le temps si l'on considère le tas de cendres qui était autrefois votre habitation…
-Alors, si vous êtes de notre camp, vous n'aviez pas besoin de me menacer, continua-t-elle.
-Il le fallait bien si je voulais lui tendre un piège, lança C.C, à présent très tendue. Allez, ça suffit comme ça, j'emmène le coupable.
-Qu'allez vous faire de lui ?
-Nous ferons en sorte qu'il n'existe plus.
Sans plus attendre, Lelouch suivit C.C, elle devait le remettre entre les mains du roi.
Suzaku sourit. Elle croyait vraiment qu'il allait gober ça ? De un, si Lelouch voulait réellement les tuer, il ne les aurait pas averti pour l'odeur, de plus, il ne serait pas intervenu quand C.C menaçait sa sœur, vu qu'il voulait les voir morts. Il aurait plutôt profité de la situation pour sauter sur lui. Et puis, Lelouch avait capitulé, un signe de plus qu'il ne voulait pas risquer la sécurité de Shirley. Bref, tant d'indices, puis cette dernière phrase qu'elle avait prononcée, elle avait employé le mot exister. Il est vrai qu'elle n'a aucune connotation particulière, sauf si l'on juge que Lelouch est un robot humanoïde. Suzaku commençait à s'embrouiller dans son raisonnement. Le tout était de savoir si Charles savait que Lelouch n'était pas humain. Et cette histoire d'empreintes digitales, il n'avait pas fait attention si le créateur lui en avait attribué au robot.
-Dis Suzaku, comment… Lelouch la connaissait ? Il l'a appelé C.C
-Je ne sais pas, admit-il. Encore un mystère qui doit être éclairci.
-En tout cas, C.C, ça n'est pas un nom banal.
Suzaku tiqua, en effet, elle n'avait pas tort, le puzzle se constituait au fur et à mesure, il commençait à discerner, mais sans plus. Une chose était sûre pour lui : Lelouch en était la clé, la pièce centrale.
-Quelle idiote, quelle idiote ! Se lamentait C.C mais qu'est-ce que j'ai raconté ?
-Une histoire que même un enfant de dix ans ne croirait pas ? Hasarda Lelouch.
-Tais-toi, je ne t'ai rien demandé ! répliqua-t-elle.
Lelouch réprima un sourire, c'était hilarant.
-Pourquoi tu souris ? Je te signale qu'une fois arrivé, on te désactivera entièrement.
-Je sais. Ou tout du moins…, sa mine était devenue grave, Je sais qu'il me reste très peu de temps. Mais toi, tu en as encore.
C.C le regarda, hébétée.
-De quoi ?
-Du temps. Tu en as encore, sourit-il faiblement. Tu comprendras bien plus tard.
Il ferma les yeux pour réfléchir, mais les rouvrit aussitôt lorsqu'il sentit la lame froide posée sous sa gorge.
- On n'a pas de temps à perdre le traître, on accélère.
Lelouch obtempéra. Ils longeaient à présent le lac, passant par un chemin sinueux, à l'abri des platanes. La lumière pénétrait à travers les branchages, ce qui donnait l'illusion que les ombres se mêlaient et s'entrecroisaient entre elles. Il devait être quatorze heures, calcula-t-il. C'est alors qu'ils entendirent un affreux grondement suivi de bruits étranges.
-Qu'est-ce ?
-Juste mon ventre, déclara Lelouch, un peu gêné.
-Pourquoi fait-il ce bruit ? S'étonna-t-elle.
-Peut-être parce que je n'ai rien mangé depuis l'aube, suggéra le brun.
-Manger ?
Lelouch passa sa main dans ses cheveux, levant les yeux en l'air :
-Oui, manger, se rassasier, tu sais bien quoi ! C'est fondamental dans le monde humain.
-Mais pas pour un robot. Je n'en n'éprouve pas le besoin, déclara C.C froidement.
-Ok, je me retiendrai, grommela-t-il. Mais à mon avis tu devrais…
-Chut !
Lelouch sursauta et se raidit. C.C avait la mine inquiète :
-Tu n'entends rien ? Ça se rapproche.
Il tendit l'oreille. Un bourdonnement en arrière fond, qui gagnait en intensité. Et soudain, l'arbre près d'eux explosa, rasant de près C.C. Un knightmare apparut, maniant une hache d'une main. Les adolescents se mirent à courir comme des dératés. C.C ne regardait même pas dans quelle direction elle se dirigeait, aveuglée par les basses branches qui lui fouettaient le visage.
Les knightmares étaient la propriété du roi, mais il était évident que cette arme-ci était tombée entre les mains de quelqu'un d'autre. Un rebelle ?
Elle jeta un coup d'œil sur sa gauche. Aucune trace de Lelouch, en revanche la machine de métal la poursuivait. Je le lui ferai payer cher s'il en profite pour s'échapper ! Mais C.C n'eut pas le temps de réfléchir plus, l'engin se rapprochait à une vitesse faramineuse. Elle bifurqua sur la droite, et hurla. Elle venait de sauter dans un buisson de rosiers, et les épines avaient lacéré ses avant-bras. Déstabilisée, elle prit appui sur un chêne dans le but de prendre de la hauteur. Trop tard. Elle fut saisie en plein vol par le knightmare, et plaquée à terre sans délicatesse. La main droite de la machine de guerre l'empêchait de se mouvoir, la main gauche la menaçait de la hache.
-Qu'est-ce que tu sais du meurtrier d'Elyon vi Britannia ?
La voix provenait du cokpit. On ressentait à travers une certaine agressivité, mêlée d'impatience.
-Qu'est-ce que tu gagnes à le savoir ?
-Réponds simplement à ma question.
Seul le silence répondit.
-Je veux venger sa mort, lâcha le pilote de l'arme métallique.
-Pourquoi ? C'était un bon roi ? Ironisa C.C
-Non. À vrai dire, il se souciait peu de nous. Il nous voyait plutôt comme une classe de roturiers. Mais depuis qu'il est mort, notre situation a empiré. Nous ne sommes plus ignorés comme autrefois, pire, Charles cherche à nous exterminer. Bientôt ils auront atteint notre ville, et la mettront à feu et à sang.
-Et le seul moyen que tu as trouvé, c'est de t'attaquer au criminel avec un knightmare volé ?
-Hé ! C'est lui la cause de tout ! Et puis saches que j'ai combattu pour avoir cette arme, alors je la mérite !
Une fierté se faisait ressentir dans la voix, mais on pouvait aussi y percevoir un tremblement. Une justice, c'est tout ce qu'elle cherchait. C.C cherchait à gagner encore un peu de temps :
-Ce n'est pas comme ça que tu vas sauver ta ville du massacre, grommela-t-elle.
La prise se resserra sur la jeune fille. Elle entendit un léger déclic, et esquissa un sourire. C.C
-Bon, je n'ai pas vraiment le temps pour les bavardages. Tu m'excuseras si je te fausse compagnie.
-Qu…qu'est-ce que tu racontes ? Je…
La voix s'arrêta. Que se passait-il ? Elle ne pouvait plus contrôler son arme ! C.C attrapa le bras de l'engin, et le repoussa lourdement pour se dégager de l'emprise. Elle s'épousseta, en défiant du regard la machine. Le pilote, quant à lui, tentait en vain de faire bouger le knightmare.
-Comment m'as-tu immobilisé ?
-Moi ? Je n'ai rien fait, dit-elle innocemment. Demande plutôt au meurtrier.
Lelouch apparut de sous la machine. Il se déplaça furtivement jusqu'au cokpit et enfonça la porte sans ménagement. Il resta surpris, le pilote était une adolescente, comme eux. Aux yeux bleus et aux mèches rouges rebelles, elle le dévisageait avec mépris. Elle était tout aussi surprise que l'assassin soit ce jeune homme qui se tenait devant elle.
-Qui es-tu ?
Le pilote se leva et lui lança un regard déterminé :
-Je suis Kallen Stadtfeld, et je détruirai le royaume de Charles.
