Bonjour, voici le deuxième chapitre ! :D En passant, ce site est vraiment capricieux : il a obstinément refusé d'ajouter le trait d'union nécessaire entre « feraient » et « ils » dans le titre, ce qui me fait à chaque fois grincer les dents devant cette faute horrible ! Donc, non, ce n'était pas une bévue maladroite de ma part, je tiens à vous rassurer. C'est là que je me dis que j'aurais peut-être dû garder le titre initial, soit Demolition Brothers…
L'univers et les personnages originaux appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, mais on doit (majoritairement) tout à Moffat et Gatiss pour l'adaptation moderne.
Que feraient-ils l'un sans l'autre ?
Chapitre 2
- Bon, que s'est-il passé, Sherlock ?
Le détective consultant se trouvait encore dans la cuisine, absorbé par son expérience sur la main en état de putréfaction avancée. Assis sur un tabouret, son corps était penché vers l'avant et analysait le membre en décomposition avec la plus grande attention.
John soupira, agacé. Que son colocataire fasse semblant de ne pas l'avoir entendu ne le surprenait pas le moins du monde. Même qu'il s'y attendait.
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Lorsque l'ancien militaire avait pénétré dans l'appartement après sa brève discussion avec Mycroft, il avait trouvé son ami couché sur le divan, mais cette fois profondément endormi. Il n'avait pu réprimé un sourire amusé en voyant le génie aussi vulnérable. Ses traits étaient dénués de toute émotion, comme d'habitude, mais dégageaient une sérénité que Sherlock n'avait pas dû ressentir depuis fort longtemps. Les deux bras reposés sur son torse, il respirait paisiblement en laissant échapper de temps à autre un profond ronflement.
Attendri, John était allé s'asseoir dans son fauteuil sans faire de bruit et avait passé le reste de l'avant-midi à lire. Il jetait fréquemment un regard protecteur sur le corps maigre de son ami, s'assurant qu'il se repose encore.
À une heure et demie de l'après-midi, Sherlock était toujours plongé dans les bras de Morphée. Madame Hudson était alors apparue dans l'embrasure de la porte et avait trouvé incongru que l'un de ses locataires soit encore en train de pioncer à cette heure-ci de la journée. Elle n'avait cependant fait aucune remarque à ce sujet et s'était avancée vers John à pas feutrés.
- J'ai fait une pizza et je me demandais si vous en vouliez, expliqua-t-elle à voix basse.
John sourit. Leur logeuse avait beau répéter qu'elle n'était pas leur gouvernante, elle ne pouvait néanmoins pas s'empêcher d'agir comme telle et de s'occuper d'eux avec gentillesse. Le blond acquiesça la tête, reconnaissant car son estomac criait famine. Madame Hudson quitta donc la pièce pour aller chercher la pizza ainsi que des assiettes et des ustensiles.
Lorsqu'elle revint, John avait sorti deux verres et une bouteille de Coca. Ils s'installèrent à la cuisine et commencèrent à manger avec appétit. Ni l'un ni l'autre ne tenta de commencer une discussion, de crainte de réveiller Sherlock, mais au bout d'un moment, Madame Hudson prit la parole.
- C'est bien son frère qui est passé ce matin, n'est-ce pas ? Comment s'appelle-t-il, déjà ?
John ne leva pas les yeux de son assiette, mais répondit, évasif :
- Mycroft. Et en effet, c'était bien lui.
Madame Hudson hocha la tête.
- C'est cela ! Je n'en étais pas sûre, car je ne les ai pas entendus se quereller d'en bas, alors que d'habitude, je les entends clairement.
John haussa un sourcil.
- Pardon ? Ils ne se sont pas querellés ?
Il ne croyait pas la chose possible. Les deux frères avaient-ils pu mettre de côté leur ressentiment pour une fois ? Dur à croire. En outre, il y avait la façon dont Mycroft avait réagi lorsqu'il lui avait demandé comment la rencontre s'était passée. Le politicien avait éludé la question, ce qui inclinait John à penser qu'ils s'étaient disputés.
L'ancien soldat dévisagea Madame Hudson, perplexe. Elle s'empressa de préciser:
- En tout cas, ils n'ont pas élevé la voix.
John n'avait pas répondu et avait terminé son repas en silence. Madame Hudson était ensuite partie et l'avait laissé seul avec un Sherlock toujours endormi.
John avait ouvert son ordinateur et était allé faire un tour sur son blogue. Une fenêtre pop-up lui annonça qu'il avait reçu une bonne trentaine de commentaires en attente d'être validés. Amusé, John les parcourut tous en s'étonnant de la popularité exponentielle de son site personnel. Bien sûr, il devait toute cette attention aux enquêtes que menait Sherlock, mais cela lui faisait plaisir de savoir que des inconnus prenaient le temps de lire ce qu'il écrivait quotidiennement. John avait ensuite entrepris de rédiger un nouvel article traitant du manque de sommeil de son colocataire et de ses conséquences.
- Il est quelle heure ? demanda une voix bien connue.
John leva les yeux de son écran et vit Sherlock, assis sur le divan, s'étirer avec lenteur. Le visage du détective était maintenant alerte après toutes ces heures de sommeil.
- Quatorze heures. Bien dormi ? s'enquit John en fermant son ordinateur.
Sherlock avait superbement ignoré la question et s'était mis à faire les cents pas dans le salon en clamant avec force qu'il avait besoin d'une enquête. Il reprocha à Lestrade de ne pas l'avoir contacté depuis des jours et John avait levé les yeux au ciel, habitué à ce comportement. Puis, soudainement, Sherlock s'était rué dehors sans un mot et était revenu une demi-heure plus tard, un sac en plastique en sa possession, probablement « emprunté » de St-Barts.
- Qu'est-ce que tu vas faire avec une main en décomposition, Sherlock ? avait demandé John, les mains sur les hanches.
- Quelque chose, avait laconiquement répondu Sherlock en s'installant à la cuisine.
John l'avait regardé sortir la main du sac et l'examiner avec une fascination morbide. Le médecin avait secoué la tête, résigné.
- Non, finalement, ne me dis rien, je ne le veux même pas le savoir.
- À la bonne heure, je n'ai pas le goût de bavarder. Maintenant, pourrais-tu aller ailleurs ? Tu me gênes.
La franchise de Sherlock était toujours autant désarmante. John avait haussé les épaules et décidé de ressortir dehors. Après tout, il faisait beau et chaud à l'extérieur; il serait idiot de rester confiné entre quatre murs.
Le médecin alla se promener dans un parc public où des enfants criaient et couraient sous les regards attentifs de leurs géniteurs. Il s'effondra sur un banc inoccupé et observa une armée d'oiseaux prendre le ciel d'assaut. Il resta là un bon moment, enfoui dans ses pensées. Il réfléchissait à Sherlock, l'homme qui avait chamboulé sa vie. Le sociopathe était réellement invivable. La manière dont il lui avait parlé ce matin le prouvait bien. Et encore, peut-être que ça, ce n'était rien en comparaison de ce que Mycroft avait dû subir.
Pourtant, les mots de Madame Hudson lui revinrent en mémoire : selon elle, les deux frères avaient été tranquilles. Cela, John refusait de le croire. C'était mineur comme incident, il était le premier à l'admettre, mais il était curieux de savoir ce qui s'était passé durant son absence. Mycroft avait affirmé qu'il n'était venu à Baker Street qu'en guise de simple visite de courtoisie. Sans doute Sherlock n'avait guère apprécié cette intrusion surprise et avait envoyé promener son aîné avec impertinence. C'était tout à fait son genre.
John avait songé, un très bref instant, à contacter Mycroft pour obtenir une réponse, mais avait rapidement laissé tomber cette idée. Le gouvernement britannique n'apprécierait certainement pas de se faire déranger pour une chose sans doute aussi futile.
Alors il n'avait pas le choix : il allait devoir essayer de tirer les vers du nez à Sherlock.
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- Sherlock, je te demande ce qui s'est passé, répéta John en s'avança vers son colocataire.
- Oh, pas grand-chose; je suis resté ici à examiner cette main et j'ai découvert qu'elle appartenait à une Canadienne mariée depuis six ans et…
- Non, le coupa abruptement John en faisant un pas de plus. Ce matin. Avec Mycroft.
Au nom maudit, Sherlock claqua la langue. Il ne regarda pas John, mais répondit avec froideur :
- Rien de spécial.
- Ce qui veut dire ?
Sherlock haussa les épaules, têtu. Il n'avait pas envie d'en parler; pourquoi John insistait-il donc autant ?
- Vous vous êtes disputés ? devina sans peine John. Plus que d'habitude ?
Au mutisme obstiné de Sherlock, John soupira bruyamment.
- Sherlock.
Le détective, qui détestait être dérangé inutilement, fusilla son colocataire. John prit une grande respiration.
- Il est envahissant, certes. Il en fait clairement trop, je te le concède volontiers. Mais il reste…
- Mon grand frère ? l'interrompit brusquement Sherlock. Pitié, John. J'avais cru que toi, tu pourrais me comprendre.
John demeura interdit par la dernière phrase de son ami.
- Je te demande pardon ?
- Eh bien, toi aussi tu sais ce que c'est, que de ne pas t'entendre avec un membre de ta famille. Pas vrai ?
John comprit aussitôt le sous-entendu et son regard se durcit. Il voyait très bien la pente dans laquelle tentait de l'entraîner le brun.
- Harry est une alcoolique qui n'a jamais levé le petit doigt pour m'aider, même quand je suis rentré blessé d'Afghanistan, assena John d'une colère froide. Mycroft est peut-être surprotecteur, mais au moins, il est là pour toi. Et franchement, vu ton irresponsabilité et ton comportement infantile, il n'a pas vraiment le choix !
Sherlock, piqué dans son orgueil, tourna le dos à John en se concentrant sur son expérience. Mais l'ex militaire n'était pas dupe : il savait que son ami faisait semblant de ne pas l'écouter pour l'agacer davantage.
- Bordel, j'ai l'impression de m'adresser à un gamin à qui il faut tout dire ! s'emporta John. Va-t-il falloir que je te dise encore quoi faire cette fois-ci, Sherlock ?
Sherlock eut un sourire en coin.
- Vas-y, puisque tu sembles bien parti pour m'apprendre comment vivre, ironisa-t-il.
- Va t'excuser ! s'exclama John, sèchement.
- Et de quoi, au juste ?
- Ça, c'est à toi de le savoir, éluda habilement l'ancien militaire.
Il attendit une réponse de la part de Sherlock ou un quelconque signe démontrant qu'il avait compris, mais en vain. Le sociopathe se retrancha de nouveau dans son mutisme et au bout d'un moment de silence, John marmonna quelque chose d'incompréhensible et alla s'installer dans le salon en continuant de pester dans sa barbe.
Sherlock se massa le front d'une main, songeur et un peu confus. S'excuser ? Il n'en voyait pas la raison. On s'excusait quand on se sentait coupable; or, il ne regrettait rien et ne cultivait aucun remords à l'endroit de son frère. Le devrait-il ? Il se chamaillait sans cesse avec Mycroft, sur tout et n'importe quoi, et ça ne datait pas d'hier. La conversation de ce matin n'était pas tellement différente des autres, à ce qu'il sache.
Cependant, les mots de John avaient fait leur chemin jusqu'au cerveau du détective. Aussi pompeux et énervant qu'il puisse être, il était vrai que Mycroft avait toujours été là pour lui. Et bien qu'il ait dû quitter leur petite ville natale pour ses études universitaires, laissant son jeune frère pratiquement démuni face aux brutes du quartier, il avait régulièrement pris de ses nouvelles, s'assurant qu'il aille bien. Mais le plus important était qu'il était revenu lors de sa chute en enfer.
Sherlock avait secrètement adoré que son frère le voie aussi frêle et malade. Mycroft l'avait abandonné et Sherlock avait été ravi de lui montrer les conséquences de son geste. Le problème était qu'après cela, Mycroft était devenu trop collant. Il le faisait suivre, où qu'il aille, et avait fait installer des caméras dans sa chambre. C'était à ce moment-là que Sherlock avait commencé à ne plus pouvoir supporter la présence de son frère. Il détestait qu'on le prenne pour un bébé et ne voulait désormais qu'une chose : qu'on le laisse tranquille.
Il s'était littéralement enfui dans les bas-fonds londoniens, espérant qu'on ne le retrouverait pas. C'était sans compter l'omnipotence de son frère, bien sûr. Mycroft, après lui avoir fait la morale pendant ce qui lui sembla être des heures, lui offrit de rester à Londres et d'y étudier. De cette façon, Mycroft pourrait garder un œil sur lui, comme le souhaitait « Maman » et Sherlock deviendrait plus indépendant en plus de s'assurer un avenir convenable. Le jeune homme accepta, conscient qu'il n'avait au final pas vraiment le choix.
Sherlock inspira longuement, déchiré. Il n'aimait pas avoir à l'admettre, même mentalement, mais sans Mycroft, sans doute les choses auraient-elles été pires qu'elles l'avaient été. D'ailleurs, c'était stupide d'y penser maintenant, mais il ne se souvenait pas avoir jamais remercié Mycroft pour tout ce qu'il avait fait.
Le détective consultant jeta un bref coup d'œil à John, toujours dans le salon, s'assurant qu'il ne le voie pas. Il saisit ensuite son portable et se mit à bombarder Mycroft Holmes de textos :
Comment il va, ce régime ?
Il paraît que le sport, ça aide, pour maigrir. Théorie à confirmer, non ?
En passant, John m'a dit qu'il fallait que je m'excuse pour ce matin.
Il a de drôles d'idées, quand même.
Si tu ne réponds pas, c'est parce que t'es occupé à déclencher une guerre ?
Réponds, Mycroft.
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- Il boude, annonça Sherlock à John, le lendemain matin.
Le médecin, assis devant son ordinateur, sirotait un café dans le salon. Il haussa les sourcils en entendant les paroles de son colocataire. Il n'avait pas besoin de demander qui était ce « il »; il s'en doutait déjà. Ce qui l'étonnait, c'était que Sherlock, de toute évidence, avait fait le premier pas. Leur petite discussion de la veille avait-elle porté ses fruits ? Optimiste, il demanda :
- Tu es allé le voir ?
Sherlock secoua la tête, sortit son portable de sa poche et le brandit. John leva les yeux au ciel. Évidemment.
- Et il t'ignore ? Curieux, commenta-t-il. Quoique je crois savoir qu'il n'aime pas texter, de toute façon.
- Qu'est-ce qu'on fait quand l'autre ne répond pas à nos excuses ? s'enquit avec sérieux le brun en ignorant la remarque de son ami.
John demeura interdit par la question.
- Tu… euh… Donc tu t'es excusé ?
- D'une certaine manière, confirma Sherlock, prudent.
John plissa les yeux, incertain, mais ne dit rien.
- Donc, qu'est-ce que je fais ? demanda le cadet des Holmes, impatient.
- Je ne sais pas.
Au visage découragé de Sherlock, John ajouta prestement :
- J'ignore ce qui s'est passé hier, mais en tout cas, c'est lâche de s'excuser par texto, Sherlock.
- Ça sent le vécu.
- Très drôle, répliqua John, loin d'être amusé.
- De toute manière, il ne pourra pas m'ignorer bien longtemps, claironna Sherlock d'une voix convaincue. Il aura toujours une affaire capitale pour le pays à me soumettre parce qu'il est trop paresseux pour la résoudre lui-même. Il a besoin de moi.
John le dévisagea avant de demander :
- Tu dis ça pour moi ou pour toi, là ?
Sherlock fit encore celui qui n'avait rien entendu et s'écroula de tout son long sur le divan. John finit son café en silence. Il l'avait suffisamment sermonné hier; il n'allait pas tout recommencer. Il se leva et annonça qu'il allait faire les courses. Sherlock n'eut aucune réaction, si ce n'est qu'une petite grimace en coin au dernier mot prononcé.
Une fois John parti, il ressortit son portable et consulta ses nouveaux messages : aucun. Il fit une nouvelle tentative :
Bouder ? Comme c'est puéril !
Au bout de cinq minutes sans réponse, Sherlock comprit que son frère n'avait de toute évidence pas l'intention de répondre. Pourtant, lorsque son portable se mit à vibrer, il afficha un sourire qui en aurait rendu jaloux le chat de Cheshire. Il lut le nouveau texto et ne put s'empêcher de ricaner.
Il se leva d'un bond et prit à peine le temps de saluer Madame Hudson dans l'entrée. Il héla un taxi d'une voix forte. Dès qu'un véhicule s'arrêta à sa hauteur, il s'engouffra à l'intérieur et annonça :
- Au Diogenes Club !
Le trajet se déroula plutôt lentement en raison du bouchon de circulation qui les engloutit dès qu'ils sortirent de Baker Street. Lorsque le taxi freina devant une imposante bâtisse immaculée, Sherlock paya sa course et pénétra à l'intérieur. Un homme, vêtu des couleurs de la maison, l'accueillit en inclinant la tête, l'ayant reconnu à l'instant. Le silence étant d'or ici, Sherlock hocha la tête et questionna l'employé du regard. Ce dernier comprit et lui montra d'un signe de tête le corridor habituel. Sherlock s'y rendit et cogna à la porte. Après un moment de silence, on répondit :
- Entrez !
Sherlock tourna la poignée et entra, déterminé.
Il constata, avec soulagement, que la pièce n'était occupée que par Mycroft. Son frère aîné, debout près du minibar, avait un verre rempli à la main et, aussi inexpressif que d'habitude, observait son cadet, dans l'embrasure de la porte. Sherlock s'avança dans la pièce et s'arrêta à un mètre de lui. Il dit enfin, un point d'interrogation imprimé sur le visage :
- Tu voulais me voir ?
Note de l'auteure : C'était un chapitre plutôt tranquille, je le sais, mais dites-vous que cette fic est à l'image d'une saison de Sherlock : le second épisode sert surtout de bouche-trou. Je blague, je blague, ne me défigurez pas ! En tout cas, j'espère que vous avez aimé !
Ah, au fait, j'imagine qu'en français, il faut dire « le club Diogènes », mais j'avoue que je me suis habituée à la version anglaise et que je la préfère à la française en l'occurrence; veuillez me pardonner cette petite liberté… (Mais j'ai tout de même dit « Maman » au lieu de « Mummy » dans le chapitre précédent; vous voyez bien que je tiens quand même à la langue française. ;) Bref !)
S. Muffy.
