Alors voilà le deuxième chapitre de ce conte moyenâgeux. Merci à Gridaille, Marie-Paule, Laurence et Calazzi qui m'ont déjà laissé savoir ce qu'elles pensaient du début de cette histoire. N'arrêtez jamais, sachez toutefois que c'est dur pour moi de ne pas échanger directement avec celles d'entre-vous qui ne sont pas encore membres du site. Si l'envie vous en prend, mon adresse courriel est inscrite sur mon profil. Sur ce, bonne lecture... Miriamme
Deuxième partie
Lorsque le Général ouvrit les yeux quelques heures plus tard, il leva la tête et jeta un œil en direction de son lit, là où devrait se trouver la princesse. «Aurait-elle tenté de fuir encore une fois? craignit-il tout en se redressant pour mieux voir, Ouf, elle est encore là» soupira-t-il tout en caressant des yeux le relief tout en rondeur de celle-ci allongée dans sa couchette.
Après s'être étiré le cou dans tous les sens, le jeune homme se releva en faisant le moins de bruit possible puis se dirigea hors de la tente, pressé d'aller se soulager la vessie à l'extérieur.
Revenant du boisé, il fit un arrêt obligé devant la grande cuve d'eau de pluie, y plongea ses mains à la peau durcie par les nombreuses heures passées à entraîner ses hommes à l'épée et s'aspergea le haut du corps. Après s'être secoué vigoureusement la tête, il la pencha à nouveau pour saluer son plus fidèle guetteur et revint vers ses quartiers. Le soupir que poussa la jeune femme à son entrée, réveilla ses plus bas instincts, l'obligeant à fournir de nombreux efforts pour se changer les idées.
Jetant un œil vers son membre dressé, puis sur la jeune femme, il songea pendant quelques secondes à retourner dans le bois afin de se soulager, mais repoussa définitivement cette idée et réprima son désir, pressé qu'il était d'ajuster la stratégie initialement prévue pour la journée, à partir des progrès réalisés la veille.
Sorel se présenta à la porte de sa tente quelques minutes plus tard et commença à préparer leur petit déjeuner. Balayant du revers la main les sempiternelles protestations de son aide de camp qui lui rappelait en chuchotant qu'en tant que domestique il ne pouvait pas manger en compagnie de son maître, William s'abstint de répondre, lui désignant simplement le petit tabouret et l'incita, non l'intima, de prendre place à ses côtés.
Étrangement silencieux et perdus dans leurs pensées respectives, les deux hommes ne remarquèrent que bien trop tard qu'en se redressant pour les dévisager avec inquiétude, le côté gauche de la tunique de la jeune femme s'était rabaissé suffisamment pour révéler la forme parfaite de son sein.
Voyant la moue de dégoût sur le visage de l'un et les prunelles s'assombrir dans les yeux de l'autre, la princesse devina que ses deux effets devaient avoir la même cause. Elle baissa les yeux et découvrit avec horreur qu'elle leur en révélait un trop d'elle-même, sans compter que le reste était également peu couvert. Remontant les bords de la tunique du Général d'un geste lent – après tout, il était hors de question de laisser voir qu'elle avait peur – Élisabeth tendit sa main libre vers la couverture et s'en recouvrit, les yeux fixés sur le Général qu'elle dévisageait d'un air plein de défi.
-Avez-vous faim? Déglutit-il en baissant les yeux, acceptant que pour sa part, son appétit ne pouvait être satisfait.
-Un peu…
-Sorel, il reste du vin chaud?
-Oui, oui. Un peu… Répondit l'aide de camp et se levant pour aller chercher un bol. Du pain et un bout de fromage aussi? S'enquit-il tout en versant le restant du mélange de vin chaud et d'épices dans un bol.
-Oui… vous seriez gentil. Regardant ensuite autour d'elle, la princesse fronça les sourcils et s'inquiéta : Où est ma tunique?
-Elle est suspendue à l'extérieur. Elle sera sèche dans quelques minutes. Lui répondit la voix préoccupée du Général.
-Qui m'a dévêtue? Demanda-t-elle en s'enveloppant davantage dans sa couverture.
-Moi. Rétorqua William, avant de rougir et expliquer : Vos vêtements étaient trempés… vous seriez morte si je vous les avais laissés…
-Merci… Le coupa-t-elle osant soutenir son regard pour la première fois.
«Voilà un comportement bien chevaleresque pour un homme de guerre. Saura-t-il se laisser convaincre le moment venu? Pourrais-je exploiter à mon avantage, le désir qui a enflammé ses prunelles en découvrant mes charmes?» se demanda-t-elle tout en le suivant des yeux tandis qu'il retournait s'asseoir devant sa table de travail.
-Voilà! La fit sursauter Sorel en lui tendant une écuelle contenant un morceau de pain et un bout de fromage.
-Général? Général Darcy? Interpella une voix d'homme à l'extérieur.
-Entrez capitaine. Lui ordonna William en se levant pour le recevoir.
Le cavalier entra, non sans avoir jeté un œil étonné en direction de la prisonnière avant de prendre la parole.
-J'ai un message urgent à vous remettre de la part de Bastien.
William ramassa la tablette de cire que lui tendait Polus et s'intéressa à son contenu. Après avoir survolé le court message, le Général passa une main nerveuse dans ses cheveux bruns bouclés puis lorgna en direction de la princesse.
Refermant ensuite la tablette d'un geste brusque, il la tendit à son aide de camp qui répéta sensiblement les mêmes gestes que son maître avant de la déposer sur la table.
-Bastien nous offre le château en échange de votre personne. Lui apprit William en se tournant définitivement vers elle.
-Quoi? Euh, pourquoi moi? Se reprit-elle avec quelques secondes de retard.
-Bastien de la Tourelle nous concède la victoire, si nous lui rendons la princesse. Précisa Sorel en la dévisageant à son tour.
-Mais puisque personne ne sait où elle est… Prétendit la jeune femme avec beaucoup moins de conviction et dérangée par un horrible pressentiment. «J'ai certainement perdu mon rouleau ici avant de fuir?»
-Nos observateurs racontent que la princesse serait sortie seule du château…et que personne ne l'accompagnait… Lâcha le Capitaine en abondant dans le même sens que la jeune femme, sauf qu'il ne savait pas que c'était de sa dame de compagnie qu'il parlait ainsi puisque c'est Maria qui était sortie du passage secret, vêtue comme une princesse.
«Heureusement que Maria et moi, ne sommes pas sorties en même temps», se félicita Élisabeth temporairement rassurée. Mais enfin, vous croyez vraiment qu'une princesse se promènerait ainsi vêtue? Se moqua-t-elle en désignant la tunique élimée que lui rapportait Sorel de l'extérieur.
-Vous avez pourtant été reconnue par les hommes de Bastien… au bord de la rivière… et ils étaient à la recherche de la princesse. Rétorqua le Général qui commençait à perdre patience.
-Ils cherchaient une femme… n'importe quelle femme aurait fait l'affaire… Persifla-t-elle.
-Tsss, Tsss, l'interrompit William tout en levant sa chemise pour saisir un objet précieux qu'elle avait perdu avant de prendre la suite. Les hommes de mains de Bastien cherchaient la princesse… et ceci.
Voyant la concrétisation de ses pires craintes en découvrant ses lettres de noblesse entre ses mains, Élisabeth serra les lèvres, releva le menton et l'implora pour la première fois : Général, je vous en conjure, ne me livrez pas à cet homme? Vous avez dit vous-même que vous le détestez, plaida-t-elle en le voyant se rembrunir.
-Je ne peux que me conformer aux ordres du roi Alfred, rétorqua-t-il tout en replaçant le rouleau dans son ceinturon.
-Le Général n'a pas le choix mademoi…. Majesté, le défendit Sorel en se courbant devant elle, Alfred de la Tourelle veut votre château…
-Laissez-moi partir alors… les implora-t-elle tous les deux, furieuse contre la peur qui lui nouait l'estomac et contre ses yeux qui se remplissaient de larmes.
-Désolé, mais c'est non. Je ne le ferai pas. Incapable d'assumer l'effet de son refus sur le visage déjà décomposé de la princesse, le Général reporta son agressivité sur son aide de camp : Allez Sorel, grouille-toi, prépare-moi la tablette de cire, il faut maintenant que je rédige ma réponse à Bastien.
Humiliée, abattue et surtout terrorisée, Élisabeth termina son maigre repas, motivée uniquement par la nécessité qu'elle y voyait de prendre des forces, puis s'installa sous la couverture pour revêtir la tunique que Sorel lui avait remise entre les mains quelques minutes plus tôt.
Une fois bien assise sur la couchette du Général, Élisabeth souleva la tunique qu'elle venait de retirer pour la tendre au vieil homme. En arrivant près de la princesse, Sorel s'empara de la pièce de vêtement, puis, feignant de perdre l'équilibre, tomba sur le lit, s'empêtrant maladroitement non seulement dans la tunique du Général, mais également dans la couverture qui traînait sur le lit. Retenant son souffle pendant que l'aide de camp essayant tant bien que mal de se relever, Élisabeth réalisa que celui-ci, bien loin d'être réellement maladroit, venait de lui faire cadeau d'une dague qu'elle pourrait utiliser pour se défendre le moment venu. Jetant un regard qu'elle voulait chargé de reconnaissance en direction du domestique du Général, Élisabeth le découvrit caché dans le fond de la tente et lui obéit alors qu'il lui faisait signe de dissimuler l'arme dans sa tunique.
Le mouvement brusque du Général qui venait tout juste de terminer de gratter sa réponse dans la cire à l'aide de l'étroit bâtonnet de bois, les força tout deux à cesser de communiquer par des signes.
-Si Bastien accepte, ce dont je ne doute pas du tout, nous vous conduirons au château d'ici les deux heures, l'informa William tout de suite après avoir ordonné à Sorel d'aller porter le calepin de cire au Capitaine Polus.
Jetant sur son geôlier un regard chargé de mépris et déterminée à ne plus lui adresser la parole, Élisabeth se contraignit à ne maintenir que l'aide camp dans son champ de vision tandis qu'il s'activait dans la pièce après s'être acquitté de sa mission. Lorsqu'elle vit qu'il s'installait pour laver les écuelles utilisées pour leur déjeuner, elle se leva, ramassa la guenille qu'il gardait nonchalamment posée sur son épaule et tendit la main en lui offrant son plus beau sourire.
Bien qu'ils fussent silencieux, William se révéla si troublé par la présence de la princesse qu'il n'arriva pas à terminer sa tâche. La complicité toute récente que la jeune femme semblait avoir développée avec son aide de camp l'agaçait au plus haut point, le rendant impatient et surtout sensible au moindre bruit ambiant. Cédant rapidement à l'exaspération, il ordonna à Sorel d'aller prévenir ses hommes qu'il était temps de ramasser leurs affaires.
Restée seule avec le Général, Élisabeth se tint plus tranquille. À la lumière de la froide raison, elle comprenait que son titre venait avec de nombreuses responsabilités et que la première de toute consistait en une obéissance absolue envers celui qui l'avait adoubé. À cet égard donc, William Darcy ne faisait rien de moins que son devoir en acceptant l'échange immoral proposé par Bastien de la Tourelle. «Après tout, qui suis-je pour rivaliser avec un Château?» Ironisa-t-elle tristement tout en essuyant le dernier gobelet.
Ce que son fiancé offrait au Général était même mieux qu'une victoire : il lui offrait une situation avec laquelle aucune bataille ne pouvait rivaliser : un Château qu'aucune goutte de sang ne viendrait souiller. La princesse Élisabeth n'avait aucun mal à comprendre cela, toutefois, une chose l'attristait tout de même et c'était d'être reléguée à jouer un rôle utilitaire en devenant une monnaie d'échange simplement à cause de son titre, de son sexe et de son apparence.
Un appel venant de l'extérieur la fit sursauter et se redresser le Général. La princesse le suivit des yeux tandis qu'il quittait la tente pour aller rejoindre celui qui l'avait interpellé à l'extérieur.
La réponse de Bastien sembla plaire au Général puisqu'elle l'entendit aussitôt ordonner à son aide de camp de venir la chercher. Sans échanger un seul mot avec Sorel, Élisabeth lui désigna tout de même l'endroit où elle avait dissimulé la dague qu'il lui avait cédé et le suivi docilement hors de la tente. Impressionnée par la prestance du Général tel qu'il lui apparut sur son destrier, elle désenchanta aussitôt lorsqu'il lui tendit la main pour l'inviter à monter devant lui. Le voyant réprimer un sourire, elle serra les dents et s'agrippa fermement à son bras. Lorsqu'après l'avoir facilement hissée devant lui, il posa la main sur son ventre pour la maintenir en place, elle ressentit un violent éclair lui traverser le corps et se demanda à quoi attribuer cette étrange sensation. Étonnée de constater que celle-ci s'était ensuite transformée en picotements, elle tenta sans succès de penser à autre chose savourant toutefois, la chaleur que lui transmettait la main ferme du chevalier. S'appuyant finalement contre lui, elle parvint à se concentrer sur le mouvement régulier qu'avait adopté la bête depuis que son cavalier lui avait serré les flans. Une douce torpeur s'empara d'elle au bout de quelques minutes, la ramenant une dizaine d'année en arrière, alors qu'elle chevauchait ainsi, installée devant son père, pendant que le roi Théodore allait rendre visite aux nobles et au moins nantis de son royaume.
Un peu trop vite à son goût, Élisabeth sentit sa gorge se serrer à nouveau en arrivant devant la porte du Château. Il n'y avait pas si longtemps, la vue de la herse qui se levait la remplissait d'excitation puisqu'elle symbolisait le fait de regagner son foyer et son père. Depuis deux jours par contre, ce même déplacement revêtait une importance totalement différente et autrement plus terrifiante : rentrer chez elle voulait maintenant dire: perdre de son identité, sa liberté et plus certainement encore, sa virginité. Heureusement que Sorel avait eut pitié d'elle et lui avait fourni un moyen de se défendre.
Un grincement métallique leur apprit que la grille commençait à monter, livrant le passage à trois cavaliers qui se dirigèrent lentement mais sûrement vers eux. Arrivé devant le Général, le plus haut gradé demanda à voir le visage de la princesse afin d'être bien certain qu'il s'agissait d'elle. Élisabeth n'attendit pas qu'on l'y invite, elle souleva d'elle même sa capuche et darda un regard mauvais en direction de l'homme qu'elle connaissait très bien. Après tout, le Capitaine Daigle avait été présent dans la salle du trôle lorsque son père avait été assassiné. Cet homme était un traitre à sa patrie, à son père et à elle-même.
Visiblement satisfait, le Capitaine fit faire demi-tour à sa monture, leva le bras et envoya la main à un détachement plutôt nombreux au milieu duquel Élisabeth reconnut la cuirasse rutilante de Bastien de la Tourelle.
Lorsqu'ils furent à quelques foulées de cheval de leur petit groupe, Élisabeth risqua un œil en direction de Sorel et comprit à son regard qu'il craignait que son arme ne tombât lorsqu'elle serait transportée d'une bête à l'autre. Le rassurant d'un léger signe de tête, Élisabeth attendit que Bastien s'installe tout à côté du destrier du Général pour lui tendre la main et le laisser prendre en charge son déplacement. Quelques secondes plus tard, elle se retrouva dans la même position qu'auparavant, mais sans retrouver le sentiment de sécurité qui l'avait habité en compagnie du Général. Bastien saisit ensuite le rouleau contenant le titre de noblesse que lui tendit William et le rangea entre son surcot et sa brigandine. Dès que les deux transactions prévues furent complétées, Bastien posa sa main porcine sur le ventre d'Élisabeth, pressa celui-ci afin de lui rappeler son statut de mâle dominant, couvrit fermement son sein à l'aide de son autre main et la ramena brusquement contre lui.
Témoin de la promesse lubrique que le mercenaire errant faisait subir à la jeune femme, William ne quitta pas son adversaire des yeux se refusant ne fusse que même un instant de croiser le regard de la princesse. Aurait-il voulu le faire qu'il en aurait été incapable d'ailleurs. Il savait où se situait son devoir bien sur, mais son instinct lui dictait tout de même avec certitude que la jeune femme était en danger avec cet homme et que celui-ci ne cherchait qu'à devenir roi par alliance. La question qui lui brûlait les lèvres en les regardant s'éloigner en direction de la forêt fut combien de temps son époux la gardera-t-il en vie?
La réponse résonna dans la tête aussi clairement que la question, en se basant sur ce qu'il connaissait du caractère de la jeune femme, elle ne survivrait pas au-delà de la nuit de noce.
Serrant avec plus d'énergie que nécessaire les flans de son cheval, il lui fit faire demi-tour, s'éloigna rapidement et pénétra dans le château que les derniers hommes de Bastien venaient de quitter.
Arrivé à l'intérieur, le spectacle qu'il découvrit ne l'étonna qu'à moitié. Les corps calcinés et morcelés des domestiques du château étaient entassés les uns sur les autres. Les femmes avaient été molestées, battues et découpées avant d'être jetées en tas dans un autre coin. Quelques enfants avaient été embrochés tels des bêtes et grillaient lentement au-dessus d'un grand feu qui avait été allumé au centre de la place publique. Tombant à genoux en mettant le pied au sol, William se prit la tête entre les deux mains et hurla : Non, pas les enfants!
«Je ne sais pas lequel est le plus vil, Alfred ou Bastien? Se demanda-t-il ensuite gardant la réponse bien enfouie au fond de lui. Un jour, un jour, je le jure devant Dieu, ces hommes payeront pour tout ce qu'ils ont fait» Se promit-il avant de se relever, retrousser ses manches et ordonner à Sorel d'aller quérir le reste de son armée.
Toujours bien assise devant Bastien, Élisabeth espérait que la route serait encore longue et que l'homme serait trop fatigué pour de profiter d'elle le soir même. Elle dut pourtant désenchanter au moment où le peloton cessa d'avancer et que Bastien aboya ses ordres.
-Installez le campement temporaire ici.
Élisabeth fut alors conduite sous un arbre après lequel l'aide de camp de son fiancé – qui n'avait malheureusement rien en commun avec Sorel - lui lia efficacement les mains. Bastien vint vers elle juste avant de se mettre au travail : Ce soir… je te prends… mariés ou pas… La menaça-t-il en forçant l'entrée de sa bouche avec sa langue. Se moquant d'elle en la quittant, il retourna aider ses hommes à dresser sa tente.
Une heure plus tard, une dizaine de tentes avaient été érigées alors que les piquets d'une vingtaine d'autres n'attendaient que des coups d'enclumes pour être enfoncés.
Un colosse qu'Élisabeth n'avait pas encore vu, vint la détacher pour la conduire dans la tente de Bastien, la seule qui fut installée à l'écart du campement. Une fois à l'intérieur, il s'empressa de nouer ses liens après les montants de ce qui faisait office de lit. Pendant qu'elle se préparait à l'inévitable, Élisabeth cherchait la meilleure façon de se servir de la dague que Sorel lui avait refilée. Elle réussit à l'utiliser pour se détacher, replaça ses liens de manière précaire et dissimula le couteau dans la paille, juste sous l'endroit où elle était assise et là où elle croyait avoir le plus de chance de s'en saisir le moment venu.
Au bout de ce qui lui sembla être deux longues heures, Élisabeth remarqua que le bruit des travaux avait été remplacé par des murmures joyeux et des éclats de rire. Finalement, les lueurs rougeâtres des feux qu'on avait allumés pour la nuit lui apprirent hors de tout doute que le moment qu'elle redoutait tant se rapprochait inexorablement. Bastien entra quelques minutes plus tard, manifestement enivré. Il tituba en direction de sa couchette sans quitter la jeune femme des yeux.
-Je constate que tu t'es fait une raison et que tu m'as attendue sagement…
-En effet, répondit-elle, devinant qu'elle avait tout à gagner à le mettre en confiance en ayant l'air docile.
-J'ai une surprise pour toi… Lui susurra-t-il en l'enveloppant de son haleine fétide et en la pressant contre lui.
-Ce n'est pas nécessaire… rétorqua-t-elle en réprimant une grimace.
-J'ai ici le rouleau que m'a remis le Général Darcy contenant ton certificat de naissance et tes lettres de noblesse…. continua-t-il en se redressant.
-Cadeau d'un fiancé à sa promise… suggéra Élisabeth devinant que quelque chose d'horrible était pour se produire en le voyant plonger sa main entre les deux épaisseurs de ses vêtements pour en extraire son précieux rouleau.
Éclatant de rire, Bastien se dirigea vers l'entrée de la tente, souleva le pan gauche et le jeta dans les flammes du feu que ses hommes avaient allumé puis entretenu en son absence.
-Non! Hurla Élisabeth en se couvrant le visage à deux mains.
-Maintenant, je vais te prendre… grogna l'affreux personnage en revenant vers elle. Et tu sais quoi? Je n'aurai pas à t'épouser… Puisque tu n'es plus rien…
Sentant la panique la gagner, Élisabeth se tint immobile ne voulant surtout pas s'éloigner de l'endroit où elle avait dissimulé sa dague, sachant que son salut dépendait de sa capacité à évaluer avec précision à quel moment il serait suffisamment près d'elle pour qu'elle puisse le frapper mortellement. Revenant vers le lit, Bastien se jeta bestialement sur elle et s'empara de ses lèvres avec avidité. Lorsque sa langue avinée força l'entrée de sa bouche, Élisabeth crut qu'elle allait vomir. Son attention fut alors détournée par les mains de Bastien qui s'infiltrait sous sa tunique tels des serpents sinueux, la pinçant inutilement tandis qu'il remontait son unique jupon et arrachait sa culotte. Pendant que la main d'Élisabeth tâtait sous le matelas à la recherche de la garde de son arme, Bastien s'attaquait maintenant aux cordelettes qui retenaient son pantalon. Dès qu'il eut réussi à les dénouer et qu'il se fut débarrassé de sa culotte en la laissant tomber le long de ses grosses cuisses, Bastien écarta les jambes d'Élisabeth et se positionna à l'entrée de la zone qu'il se mourrait de découvrir. Lorsqu'il prit son élan pour la pénétrer, la jeune femme, qui avait déjà redressé son arme, l'enfonça dans son dos à la hauteur du cœur de son agresseur. Elle tourna sa tête vers la gauche tandis qu'il s'affaissait sur elle et poussait son dernier soupir. Sentant une quantité de sang chaud se répandre en traversant le mince tissu de sa tunique, Élisabeth le fit rouler sur le côté et l'enveloppa dans l'épaisse fourrure qui traînait maintenant au pied du lit. Le sang qui s'échappait de sa blessure mortelle fut ainsi complètement et rapidement absorbé.
Se redressant pour regarder autour d'elle, la jeune femme savait qu'elle disposait de quelques heures, puisque Bastien avait donné des ordres afin de ne pas être dérangé. Toutefois, comme elle ne souhaitait pas passer trop de temps auprès d'un cadavre et qu'elle savait également que la nuit était la meilleure couverture qui puisse exister pour qui désirait fuir, la jeune femme jeta un œil à la ronde espérant que l'inspiration lui viendrait à partir des objets qui l'entouraient. Repensant à son expérience de la veille où elle avait aussi pris la fuite en pleine nuit, mais où elle avait été rapidement retrouvée, elle en tira la leçon suivante : seul un homme peut traverser un campement remplis de guerriers aguerris sans attirer l'attention sur lui.
Cherchant des yeux la besace de Bastien, elle la repéra et y trouva des sous-vêtements propres qu'elle remplaça par les siens. Ramassant son immense culotte qui traînait encore sur le sol, elle en serra les bords à l'aide d'une ceinture de cuir avec laquelle et réussit à faire deux tours. S'attardant maintenant sur le haut du corps, elle ramassa le mince drap qu'il avait installé en prévision de leurs ébats et l'utilisa pour s'écraser la poitrine. Elle rajouta ensuite une chemise blanche élimée qui traînait sur la table, remonta ses cheveux et les coinça dans le heaume que Bastien avait également eut la bonne idée de poser sur la table en entrant.
Une fois suffisamment vêtue, Élisabeth retira l'arme blanche qu'elle avait utilisée pour lui donner la mort, rinça celle-ci dans le bac d'eau de pluie que son aide de camp avait préparé avant de se retirer, puis la coinça entre les deux épaisseurs de sa ceinture après l'avoir soigneusement essuyée. Juste avant de sortir, elle soupesa puis ramassa la bourse pleine d'or qui était tombée sur le sol en même temps que son pantalon et s'organisa tant bien que mal pour que ses bottines de cuir ne lui fissent pas trop mal aux pieds. Lorsqu'elle se considéra prête, la princesse prit quelques minutes supplémentaires pour visualiser la carte qu'elle avait eut le temps d'examiner, puis de mémoriser dans la tente du Général Darcy afin de comprendre où se trouvait le campement temporaire dans lequel elle se trouvait actuellement.
Elle ne pouvait certes pas retourner au Château puisque les hommes des Montagnes y étaient entrés en même temps que William Darcy. Elle ne pouvait pas non plus se rendre directement dans les montagnes puisque le souverain de Général s'était fort probablement déjà mis en route pour venir le retrouver. Quant au nord, elle aurait été bien mal avisée de s'y rendre aussi puisqu'elle venait d'assassiner son plus illustre chevalier.
«Je ne pourrai pas me rendre très loin cette nuit de toute façon.» Sa seule possibilité pour l'instant consistait à retourner vers la rivière afin de se rendre à la commanderie qu'elle avait tenté d'atteindre la nuit précédente.
Une fois réfugiée là, sous la protection de hommes d'Église qu'elle respectait et connaissait depuis toujours, elle aurait enfin le temps de s'organiser et bénéficierait certainement des bons conseils du Père Marius en qui elle avait une confiance absolue.
Faisant le moins de bruit possible, Élisabeth s'approcha de l'entrée de la tente et jeta un œil à l'extérieur. Le seul homme qu'elle apercevait d'où elle était dormait à point fermés la tête appuyée contre un arbre. Passant ses deux petits bras dans les manches du «grand mantel» que portait Bastien pour se tenir chaud, Élisabeth écarta les pans de la tente et se risqua à l'extérieur. Avançant doucement, elle s'engagea vers la gauche et passa devant le soldat endormi qui ne bougea pas d'un poil, malgré le bruit qu'elle fit en se heurtant la tête contre un arbre à cause du heaume qui passait son temps à lui glisser sur les yeux. Comme elle connaissait assez bien les environs, elle contourna avec rapidité l'emplacement du campement temporaire des hommes de Bastien et rejoignit le sentier qui devait la mener vers le monastère. Soucieuse de brouiller ses pistes, Élisabeth retourna marcher sur le bord de la rivière. La température de l'eau ne lui causa toutefois pas autant de problèmes que la nuit précédente comte tenu que cette fois-ci, elle possédait des bottines de cuir. Après quinze minutes de marche, elle quitta la rivière et regagna le sentier qui conduisait au monastère.
Dans la salle du trône, Sorel et William assistaient impuissants au même spectacle désolant que dans toutes les salles internes du château qu'ils avaient visités auparavant, c'est-à-dire la découverte d'un amoncèlement des cadavres entiers ou dépecés. Sur le mur de droite, un portrait des membres de la famille royale lui confirma que ce qu'il avait instinctivement pressenti avant d'en avoir la preuve lors de l'échange avec Bastien était vrai, c'est-à-dire qu'il avait été en présence de la Princesse du royaume de Grés.
Maintenant qu'il avait sous les yeux l'horreur à l'état pur, il avait honte de sa situation, honte d'avoir été contraint d'envoyer à une mort certaine, une jeune fille courageuse et certainement intelligente. Depuis longtemps déjà, il avait perdu ses illusions concernant le monde et ses vicissitudes. Le roi auquel il devait allégeance n'était en rien différent de son frère et aurait agi de manière similaire s'il avait été à sa place. De plus, même en ne connaissant pas personnellement le souverain du Château qu'il venait de gagner pour son roi, William estimait que Théodore II devait être aussi vil que les deux autres puisqu'il avait accepté d'offrir sa fille en pâture pour s'acheter un mercenaire et son armée. La royauté était irrémédiablement corrompue, les nobles s'entretuaient à tous les niveaux et les gens du peuple étaient pris en otage entre les deux groupes. S'asseyant sur le trône le temps de reprendre ses esprits, William remarqua alors que son aide de camp se tenait devant la fenêtre et qu'il regardait attentivement à l'extérieur.
-Les hommes de Bastien viennent de revenir mon Général, s'étonna-t-il.
-Quoi? Releva William en allant le rejoindre.
-Ils ont déployés un drapeau blanc…
-Va dire au Capitaine Polus d'aller voir ce qu'ils veulent, lui ordonna William en désignant la porte.
-Je m'en vais de ce pas transmettre vos ordres, mon Général.
Pendant que Sorel se dirigeait au pas de course dans la cour du Château, William traversa les chambres royales s'arrêtant sans l'avoir prémédité dans celle de la princesse Élisabeth. Dire qu'il fut étonné par ce qu'il y découvrit ne serait pas assez fort. Il resta carrément muet devant le spectacle surprenant que représentaient les objets qui traînaient sur son bureau et sur sa table de chevet. Au lieu des sempiternels bijoux et produits féminins qu'il se serait attendu à trouver là, il découvrit des parchemins officiels relatant les meilleures stratégies à utiliser en temps de guerres et des croquis de batailles célèbres. S'il n'était pas certain d'être dans la chambre de la princesse à cause des vêtements et des meubles qui contrastaient avec le reste, il aurait pu croire que la pièce était occupée par un jeune homme dont le centre d'intérêt était identique au sien. Entendant des pas dans la salle du trône, il écourta sa visite et s'en retourna là où Sorel l'attendait en compagnie de son Capitaine.
-Général, les hommes de Bastien demandent la permission de joindre vos rangs… Ils veulent se rendre! Lui apprit le Capitaine ne pouvant réprimer totalement son inquiétude.
-Qu'est-ce qui leur prend? S'étonna William en écarquillant les yeux.
-Bastien de la Tourelle est mort cette nuit… Il aurait été poignardé dans sa tente.
-Et la princesse? L'interrogea Sorel prenant William de vitesse.
-Il semble qu'elle ait pris la fuite… répondit Polus.
-Pourquoi ne veulent-ils pas retourner au nord… Demanda William bien qu'il ne s'attendait pas vraiment à une réponse.
-Ils souhaitent désormais servir son frère Alfred… lui apprit Polus en haussant les épaules en signe d'incompréhension.
-Hum… Très bien… qu'ils se joignent à nous… nous verrons bien ce que notre roi fera de cette prise de guerre…
Dès que le Capitaine eut quitté la pièce pour aller prévenir les hommes de Bastien, William se tourna vers son aide de camp et le dévisagea pensivement. Exhalant un profond soupir, il retomba dans le silence avant de prendre les devants et lui demander : Peux-tu m'expliquer pourquoi tu ne sembles pas surpris d'apprendre que Bastien est mort?
-La princesse sait se défendre… Je l'ai appris à mes dépends… rétorqua l'aide de camp en désignant la marque rouge qu'il portait encore au cou.
-Et tu n'es pour rien dans son évasion? Continua le Général en marchant de long en large en proie à une vive contrariété.
-Non et vous? Contre-attaqua l'aide de camp en dévisageant innocemment William.
-Moi? Soupira finalement le Général, et bien, je vais te faire une confidence Sorel. Après avoir vu ceci… concéda-t-il en désignant les quelques cadavres qui les entouraient. Rien ne me rend plus heureux que le fait de savoir qu'elle ait pu échapper à ce monstre.
-Moi aussi mon Général, moi aussi. Admit Sorel en bénissant le bras de la jeune femme qui avait su frapper mortellement le frère de ce roi qu'il détestait au moins autant que le Général pouvait le haïr, bien que ce dernier fût trop bien élevé pour l'admettre devant lui.
…À suivre….
William est obligé de servir un roi vil et cruel alors qu'Élisabeth n'a plus ses lettres de noblesse... les choses peuvent-elles aller encore plus mal? Si oui, quoi? Avez-vous des idées à me soumettre? Une supplique peut être? Miriamme.
