En pleine possession de ses moyens la princesse? Hum... pas certaine. Et je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à penser cela. Toutefois, comme elle apprend vite et bénéficie d'un certain soutien, elle devrait tirer son épingle du jeu non? Pas certaine non plus. Enfin, vous verrez... Merci Gridaille (pour l'information sur l'aboubement -le changement est fait tout comme le café qui s'est transformé en vin chaud épicé). En passant, je suis également enseignante, mais au primaire. Merci à Libra10, Marie-Paule, Laurence, Calazzi et toutes celles qui prennent le temps de me manifester leur intérêt d'une manière ou d'une autre. Bonne lecture. Miriamme
Quatrième partie
Le Général n'eut toutefois pas le temps de tenir compte d'aucune des deux émotions qui se disputait son cœur (la jalousie et la colère) puisque le roi Alfred et la princesse Élisabeth arrivaient devant lui.
-Princesse Élisabeth, laissez moi vous présenter le Général de mon armée, William Darcy.
-Enchanté Général. J'ai cru comprendre que c'est vous qui avez gagné mon Château pour votre roi…
-Château que nous avons trouvé souillé du sang de ses habitants… Grommela le Général en prenant bien garde de plaquer un sourire de convenance sur son visage.
-Attention… Général, vous allez faire peur à cette charmante et ravissante jeune femme. Oh, William, lui dit-il en tirant sur sa capuche pour le rapprocher de lui : en passant, il va sans dire que vous pouvez laisser tomber les recherches. L'espion que vous recherchez a sûrement déjà quitté nos mûrs…
Le couple continuait sa ronde sous le regard mauvais du Général qui ne pouvait endiguer le flot de ressentiments qui l'étouffait en voyant son roi poser un bras possessif dans le dos de la princesse afin de la guider dans la pièce. Il ferma les yeux, soupira bruyamment et porta son verre à sa bouche sans quitter une seule seconde le couple des yeux.
Derrière lui, Sorel attendait sagement d'avoir l'occasion de lui parler. Lorsque le couple royal se fut éloigné et qu'une place se libéra à la gauche de William, son aide de camp en profita pour se glisser à ses côtés.
-N'attends pas de félicitations de ma part! Lui dit William sans même tourner dans tête dans sa direction.
-Mais…
-Je t'avais ordonné de ne pas lui laisser…
-Je sais! Le coupa Sorel le prenant par surprise. Mais à qui devais-je obéir selon vous? À un Général où à un membre de la royauté?
-Aussitôt qu'il en aura l'occasion… Alfred lui fera subir la même chose que Bastien…
-En êtes-vous sûr? S'enquit Sorel avant de poursuivre en voyant son maître tourner la tête vers lui : Mais enfin, regardez-les mon Général, les choses se passent plutôt bien pour l'instant, vous ne trouvez pas?
Regardant en direction du couple à nouveau, William surprit la princesse alors qu'elle éclatait de rire suite à une remarque que venait de lui faire Alfred. Le ressentiment, la jalousie et la peur avaient beau cohabiter en lui, le Général n'eut d'autre choix que d'admettre qu'il n'avait jamais vu le roi agir ainsi avec une femme.
«Se pourrait-il qu'il fut tombé amoureux? Réellement amoureux? Se demanda-t-il. Après tout, Alfred avait connu tellement de femmes, et quelques unes même dont la beauté était supérieure à celle d'Élisabeth. Son intérêt pour la princesse était-il dû à l'heureux mariage qu'offrait la combinaison «beauté et royauté» qu'elle seule pouvait offrir à ce roi pervers qui ne révélait sa vraie nature que dans les coulisses du pouvoir?»
La pensée qu'Alfred puisse être réellement épris de la jeune femme pleine d'esprit qu'il avait rencontré le premier avait non seulement l'avantage d'offrir une chance de bonheur à la jeune femme ce que William ne pouvait qu'approuver, mais lui permettait également de se remettre à espérer que le roi devinsse enfin le souverain juste et magnanime dont le peuple se languissait.
-Vous pourrez enfin vous détendre Général et profiter de la vie à votre tour. Insista Sorel en lui montrant comment les nobles qui gravitaient autour du roi avaient l'air d'approuver son choix.
Peu enclin à se divertir à cause du spectacle douloureux auquel il assistait comme on subit la torture, William se tourna vers sa voisine de droite et s'interdit définitivement de lorgner en direction du roi et de la princesse.
-Princesse Élisabeth, votre venue me ravit. Où étiez vous passée? Et surtout, pour quelle raison êtes-vous venue vers moi? S'enquit Alfred en entraînant la jeune femme sur le balcon ouvert où elle consentit à le suivre, uniquement parce qu'elle avait compris qu'ils y seraient vus par l'ensemble des membres de sa cour.
-Vous n'êtes pas sans ignorer que votre frère avait l'intention de m'épouser… Lui apprit-elle en rougissant légèrement.
-Vous étiez son passeport pour la royauté… Admit Alfred en posant sa main sur le bord du mur tout près de la sienne.
-Justement oui. Lorsque j'ai compris que telle était son intention, j'ai pris la fuite.
-Ce qui explique qu'il se soit défoulé sur votre père et sur tous les habitants du Château. Je reconnais bien là mon frère… mais heureusement pour vous… il semble qu'il ait été poignardé par une conquête en pleine nuit.
-Oui, j'ai eu vent de cette affaire et de votre venue. J'ai attendu que vous soyez installé, puis, comme j'ai également reçu des rapports très positifs sur la façon dont vous menez vos affaires, j'ai cru que ce serait une bonne idée que les sujets de mon royaume voient que nous nous entendons bien. Lui expliqua-t-elle lui confirmant, hors de tout doute qu'elle n'était pas qu'une belle femme, mais qu'elle était au moins aussi intelligente qu'un homme.
-Grâce à votre intervention en tout cas, et c'est tout à votre honneur, vos sujets cesseront de me voir comme un envahisseur malveillant…
-Puissiez-vous être tel que vous le paraissez Alfred, ajouta Élisabeth en posant sa main sur le sienne.
-Comment pouvez-vous en douter. Se plaignit-il en se tournant pour lui faire face.
-Votre frère aussi m'avait fait une très bonne impression au début…
-Je tâcherai de m'en souvenir… Ajouta le roi en levant soulevant délicatement sa main pour la porter à ses lèvres sans la quitter des yeux.
Surprise de n'éprouver aucune sensation qu'elles soient agréables ou désagréables à son contact, Élisabeth repensa alors à l'éclair qui lui avait traversé le ventre lorsque le Général l'avait touchée au moment où elle s'était retrouvée devant lui sur son destrier. Comment savoir si cette sensation était née à cause du danger imminent ou provoquée par une certaine attirance qui existait entre elle et le Général. Déterminée à tirer ce mystère au clair, Élisabeth sourit au roi et lui annonça : Alfred, j'aimerais bien rester quelques jour si vous me le permettez… Vous serait-il possible de mettre une femme de chambre à ma disposition? Je préfère avoir une jeune femme à mon service en tout temps. Mon père n'étant plus de ce monde… j'ai besoin d'un chaperon. Cela me sera utile pour les moments où vous voudrez vous entretenir avec moi…
-Bien entendu, j'y verrai avec mon Général. Il est de loin le mieux placé pour vous satisfaire.
-Si personne n'est disponible, vous pourriez toujours lui demander d'être présent lors de nos entretiens… Lança Élisabeth avant de s'esclaffer, devinant que l'homme qui se tenait devant elle, ne pouvait pas y voir la même chose qu'elle.
«Sorel aurait compris, lui» Songea-t-elle en serrant les lèvres.
-J'imagine déjà sa réponse… S'esclaffa tout de même Alfred la prenant par surprise.
-Alors voilà, je vous fais confiance pour me trouver quelqu'un. Maintenant, si vous le voulez bien, j'aimerais me retirer. Croyez-vous que ma chambre soit encore disponible?
-Je vais envoyer quelqu'un vous la faire préparer. Restez ici avec moi tant que ce n'est pas fait. Après tout, je n'ai pas encore eu l'occasion de danser avec vous.
Quelques minutes plus tard, toujours dans la salle centrale.
-Général?
-Qu'est-ce que tu veux Sorel? Rétorqua bêtement William à son aide de camp.
-Le roi m'a ordonné de faire libérer la chambre de la princesse. Il souhaite aussi que lui trouviez une femme de chambre. Il semble qu'elle ait l'intention de rester quelques jours…
-Quoi? Mais c'est de la folie?
-Contentez-vous donc d'obéir aux ordres pour une fois… Lui suggéra Sorel.
Une fois que la chambre de la princesse eut été vérifiée par ses hommes, William se rendit dans la cuisine et demanda à parler à Nadine, l'intendante en chef. Lorsque cette dernière apprit que la princesse cherchait une femme de chambre qui pourrait également lui servir de chaperon, elle pensa immédiatement à deux jeunes femmes nouvellement arrivées et les présenta au Général qui prit le temps de parler à chacune d'elle avant de choisir la plus expérimentée des deux. Il demanda ensuite à son aide de camp d'aller lui montrer où était la chambre de la princesse alors que lui-même se chargerait d'aller prévenir le roi que le nécessaire avait été fait.
En regagnant la salle du banquet, William chercha le couple royal des yeux et constata qu'Alfred était encore sur la piste de danse avec Élisabeth. La paire parfaite qu'ils formaient était sans conteste la mieux assortie qui soit. L'espoir de pouvoir enfin avoir accès à des années de paix à servir un souverain inspirant renaissait en lui avec la même intensité que la jalousie l'étreignait. Jamais dans le passé, cette combinaison d'émotions ne s'était manifestée en lui. William comprit alors que bien qu'il en ait eu quelques fois l'impression, il n'avait tout simplement jamais été amoureux. Certes, il avait désiré des femmes, avait éprouvé de la reconnaissance envers celles qui lui avait donné du bon temps, mais n'avait jamais ressenti cette douleur, cette pulsion ancestrale dont les tenants et les aboutissants ne pouvaient que conduire aux pires extrémités. Ruminant dans son coin, il attendit que la musique se terminât et que le couple se sépare avant de s'approcher de son roi.
-Oh, alors Général, avez-vous réussi à trouver une dame de compagnie pour ma charmante partenaire?
-En effet, répondit William en s'inclinant en signe de respect devant Alfred d'abord, puis devant Élisabeth : Mais je suis surtout là pour prévenir la princesse Élisabeth que sa chambre est prête et qu'une jeune femme l'attend pour l'aider à se préparer pour la nuit.
-Mais je commence seulement à m'amuser… Rétorqua la jeune femme sans quitter William des yeux. Merci Général, ajouta-t-elle avant de se tourner vers Alfred pour le prévenir : Je préfère rester encore un peu…
-Oh, pardon Élisabeth, c'est que voyez-vous, j'avais promis de danser avec la fille de la baronne DeBourg, une très vieille amie. Il faut dire que depuis votre arrivée, j'ai négligé toutes les autres femmes. Je vais donc aller la rejoindre, danser avec sa fille pour tenir mes engagements, après quoi je reviendrai près de vous. Mais j'y pense Général, puisque vous êtes là, faites donc un tour sur la piste de danse avec la princesse…
-Ce sera un honneur Général, prétendit la princesse en plongeant dans une profonde révérence devant lui.
Dès que le roi se fut éloigné, William s'approcha de la jeune femme et se mit en position pour les premiers pas de la danse. Dès qu'il en eut l'occasion, il la prévint: Si vous voulez mon avis, vous jouez avec le feu…
-Je n'ai que faire de votre avis… Le coupa-t-elle en se renfrognant.
-Votre père n'aurait pas voulu que vous soyez seule ici…
-Laissez mon père tranquille… Le harangua-t-elle : il a été assez bête pour se faire tuer et me laisser seule ici alors je me passerai de son avis.
-Alfred n'est pas digne de vous! Lui souffla William à l'oreille en profitant du moment où la danse le menât à passer derrière elle.
-C'est à mes sujets que je dois penser désormais, non à moi …
-Vos sujets sont tous morts majesté… Lui rappela William.
-Qu'est-ce qui vous permet de me dicter ma conduite? Vous n'avez aucune autorité légale sur ma personne… L'intima-t-elle.
-Bon sang Élisabeth, je ne cherche qu'à vous aider…
-Je suis parfaitement capable de prendre soins de moi…
-Vous m'avez prouvé le contraire à deux reprises…
Cessant automatiquement de danser, Élisabeth releva bravement la tête et le regarda directement dans les yeux pour lui dire : Ne vous mettez pas en travers de mon chemin, autrement…
N'attendant pas la fin de la chanson, la princesse plongea dans une longue révérence, se redressa lentement puis tourna définitivement le dos au Général avant de retourner à sa place au bout de la longue table.
Élisabeth savait bien que le Général avait raison, qu'elle prenait un gros risque en accordant aussi facilement sa confiance à un roi dont, somme toute, elle ne savait rien. Mais n'était-ce pas justement pour cela qu'elle avait mis ses lettres de noblesse bien à l'abri avec l'aide de Sorel en lui faisant jurer de n'en parler à personne, pas même à son maître, même si elle avait compris depuis bien longtemps que William était différent des autres. Après tout, il n'avait jamais tenté d'abuser d'elle alors qu'il en avait eu l'occasion. Tout récemment encore, il avait également refusé de la livrer au roi, alors qu'elle était au Château et se faisait passer pour une ouvrière. Cet homme était un mystère au moins aussi grand que le roi, mais elle savait que sa situation précaire la contraignait à dépenser tout d'abord son énergie à découvrir qui était l'homme qui se cachait derrière Alfred. Pour ce faire, elle avait bien l'intention de rester quelques jours, le temps de voir comment Alfred allait se comporter non seulement avec elle, mais avec tous ceux dont il était responsable. Peu importe ce qu'en dirait le Général.
Arrivée dans sa chambre, elle fit connaissance avec Soniya, la jeune femme choisie par le Général pour lui servir de chaperon. Elle comprit rapidement pourquoi ce noble jeune homme avait considéré cette femme et pas une autre en constatant à quel point celle-ci était de nature timide, mais extrêmement maternelle.
Une fois au lit, Élisabeth ne put s'empêcher de comparer les bruits nocturnes qui se présentaient à ses oreilles à ceux qu'elle entendait auparavant, lorsque son père était encore en vie et que le royaume n'était l'objet d'aucune menace.
De son côté, William attendit que le roi eut pris congé de l'ensemble de ses invités avant d'aller se coucher lui-même. Il s'estimait chanceux d'avoir pris possession de la chambre de la défunte reine puisqu'il savait que la chambre de la princesse et la sienne possédaient une porte intérieure (les deux étant du même côté alors que celle du roi était à l'autre bout du corridor). Il serait à même d'intervenir si la princesse avait besoin d'aide. Toutefois, il ne put faire autrement – puisqu'il était de nature pessimiste - de se demander ce qu'il adviendrait de la jeune femme si elle décidait de les suivre dans deux jours dans le royaume des montagnes. Là où un peuple entier souffrait sous la gouverne d'un souverain insensible et uniquement préoccupé par le pouvoir et par ses ramifications.
Le roi Alfred de son côté resta éveillé de longues minutes dans son lit à repenser à la princesse et surtout à son entrée spectaculaire qu'il devinait tout sauf spontanée. Gagner sa confiance devenait donc son objectif à court terme puisque cela lui simplifierait beaucoup les choses.
«Je l'inviterai pendant quelques temps à venir séjourner dans les montagnes avec moi. Je n'aurai qu'à suggérer à Élisabeth de placer temporairement le Duc de Boterne sur le trône en tant que régent» songea-t-il.
La noblesse d'âme et la grâce de la princesse favoriserait un rapprochement avec son propre peuple. Une fois marié avec elle, après tout, il ne doutait aucunement de ses chances de réussir à la convaincre, il espérait bien pouvoir assurer sa descendance par la naissance d'un premier né mâle. La tête remplie de ces beaux projets, il plongea dans le monde du rêve, non sans avoir songé à la dernière jeune femme qu'il avait eu dans son lit et avec laquelle il avait poussé le jeu aussi loin qu'il le voulait.
«Devrais-je également renoncer à ça? Non, définitivement pas. Sorel et William m'assisteront encore, ils n'ont pas le choix.»
Les bruits de pas dans le corridor réveillèrent Élisabeth très tôt le lendemain. Avec l'aide de sa femme de chambre, elle choisit sa tenue en tenant compte des activités prévues la veille avec Alfred, c'est-à-dire, la visite des villages environnants. Les deux femmes quittèrent la chambre en même temps et se rendirent dans la salle où Élisabeth avait l'habitude de prendre son petit déjeuner avec son père. Alfred était déjà là lorsqu'elles entrèrent. Il interrompt aussitôt sa conversation avec William, se leva et vint lui tendre la main pour la conduire à ses côtés.
-J'espère que vous avez bien dormi? S'enquit-il en lui offrant son plus beau sourire.
-Très bien merci et vous majesté?
-Plutôt bien. J'ai discuté avec mon Général, ce dernier suggère que nous ne nous éloignions pas trop.
-À moins d'avoir une escorte évidemment. Ajouta William en saluant la princesse en se penchant légèrement. Le royaume regorge de bandits de toute sorte…
-Je comprends la nécessité d'avoir une escorte bien entendu, mais je suis en désaccord avec votre vision des choses Général Darcy. S'il y a des bandits sur mes terres… S'arrêtant soudainement, elle se tourna stratégiquement vers Alfred et se reprit : Pardon majesté, j'oublie que ce sont vos terres désormais… Revenant vers William, elle poursuivit : Alors, s'il y a des bandits sur ces terres, ils arrivent d'ailleurs et ont profités du conflit actuel pour s'implanter…
-Pardonnez-moi majesté, je ne voulais surtout pas vous offenser. Rétorqua William sans quitter la jeune femme des yeux.
-Décidément quel caractère! Ça me plait beaucoup. Vraiment beaucoup. Qu'à cela ne tienne! Général, préparez donc une escorte. Une dizaine de soldats devrait suffire. Et vous en ferez partie… Trancha Alfred tout sourire.
S'abaissant respectueusement pour saluer son roi, William quitta la pièce, non sans avoir jeté un œil lourd de sens en direction d'Élisabeth. La jeune femme était tellement irritée par l'attitude hautaine et condescendante de celui-ci qu'elle se fit violence et se tourna résolument vers le roi pour lui accorder tout l'attention qu'il méritait.
-Vous êtes encore plus belle qu'hier soir Élisabeth, la complimenta-t-il.
-Et vous aussi flatteur…
-Me suivrez-vous dans les montagnes? J'aimerais beaucoup vous faire découvrir mon domaine…
-Quoi?
-Je veux que vous veniez avec moi.
-Je vais y réfléchir Alfred… mais c'est qu'il y a tant à faire ici…
-Je songeais justement à cela en me réveillant ce matin. Que diriez-vous si je laissais quelques seigneurs en charge de la reconstruction de ce qui a été détruit? Vous seriez ainsi libérée de cette pénible responsabilité et aurez l'occasion de venir avec moi. Vous n'êtes pas sans savoir Élisabeth que je suis à la recherche d'une épouse actuellement… Lui apprit-il en saisissant sa main.
-Est-ce une offre ferme où vous confiez-vous à moi comme à une amie…
-Non, je vous offre mon cœur et mon royaume Élisabeth, si vous voulez de l'un comme de l'autre…
-Je suis très touchée par votre proposition… je me réserve toutefois le droit d'y réfléchir… Répondit-elle en reprenant sa main.
-Et cette réflexion durera combien de temps?
-Laissez-moi parler aux gens de votre peuple… on apprend beaucoup de chose sur un souverain lorsqu'on discute avec son peuple…
-Mon peuple a beaucoup souffert Élisabeth. Vous savez, mon père n'était pas très aimé. Et comme vous avez déjà rencontré mon frère vous comprenez ce que je veux dire. Mon père était encore pire que lui…
-Alfred, soyez certain que l'homme que j'épouserai ne saura appartenir à cette catégorie d'homme…
-Alors me voilà rassuré…
Dès que leur petit groupe se fut mis en mouvement, Élisabeth ne put se retenir d'observer l'ensemble des chevaliers qui les entouraient, le Général en tête. Celui-ci montait une magnifique bête noire sur laquelle Élisabeth s'était déjà retrouvée le jour où elle avait servi de monnaie d'échange contre son propre Château. La même sensation de chaleur se diffusa dans son bas ventre à l'évocation de ce souvenir. Sentant ses joues devenir chaudes et ses mains moites, Élisabeth posa ses yeux ailleurs que sur l'homme qui provoquait sans le savoir cet étrange phénomène et regarda plutôt son voisin de droite qui avait également très fière allure.
L'armure rutilante du roi Alfred était en tout point identique à celle de son frère Bastien, mais leur silhouette différaient tellement que la jeune femme ne put que souhaiter que leurs caractères fussent eux aussi dissemblables.
«Serait-ce une bonne idée de le suivre dans les montages? Se demanda-t-elle en lui souriant. S'il s'avère aussi décevant que son frère, en le gardant ici le plus longtemps possible, j'ai l'avantage de connaître assez le territoire pour me cacher. Le père Marius avait heureusement veillé à tout. Alors que je n'aurais pas la moindre chance si je me trouvait sur les terres d'Alfred.»
«Une princesse ne se marie jamais par amour ma chère fille! Entendit-elle résonner dans sa tê cruelle que lui avait lancé son père lors leur dernier entretien. Les femmes ne choisissent que très rarement leurs époux de toute façon. En général, si une femme tombe amoureuse, c'est tout simplement parce que ses parents ont bien choisi.» Lui avait-il expliqué ensuite quelques heures avant sa mort. Il avait donc tenté de lui imposer sa vision des choses sans toutefois lui accorder le même privilège, voire le même droit. Poussant un profond soupir qui n'échappa ni à Alfred, ni même à William qui avait ralenti la cadence de son destrier et qui s'approchait de son souverain pour lui parler, Élisabeth se fit la promesse de tout faire pour prendre sa destinée en main, déterminée à ce qu'aucun homme ne puisse plus jamais la soumettre.
Elle placerait ses pièces sur l'échiquier du pouvoir de manière stratégique, étudierait son ennemi, utiliserait même ses charmes s'il le fallait, afin que plus jamais elle ne se retrouve dans une position de faiblesse à cause d'un homme fusse-t-il roi ou bien simple chevalier.
-Notre première destination sera la commanderie dirigée par le père Marius. Annonça William en réglant le pas de son destrier sur celui du roi.
Ayant été prévenu à l'avance de la venue du nouveau souverain du royaume, le père Marius attendait déjà devant la grille du monastère lorsque leur petite procession y arriva cinq minutes plus tard.
-Princesse Élisabeth, Majesté, Les salua le vieil homme en s'inclinant bien bas devant Alfred qui venait de mettre pied à terre. Bienvenue dans la commanderie du royaume de Grés.
-Mon père, laissez-moi vous présenter l'un de mes plus fidèle sujet, le Duc de Boterne, l'homme qui prendra temporairement en charge la gestion de ce royaume pendant que votre charmante princesse visitera le mien. Une union entre nous deux étant maintenant envisagée, il est tout à fait souhaitable qu'elle accomplisse ce voyage.
Élisabeth demeura impassible lorsqu'elle sentit le regard méprisant que jeta sur elle le Général en s'emparant des rênes de son cheval.
-Il faut bien que je la présente à ses futurs sujets. Quand à vous, père Marius, j'espère que consentirez à aider le Duc à accomplir sa tâche pendant notre absence…
-Je ferai tout ce que la princesse m'ordonnera de faire… Répondit le vieux moine en ouvrant la marche en direction du bâtiment principal du monastère.
-Soyez béni mon père. Lui répondit Élisabeth en se penchant pour baiser l'anneau qu'il portait au doigt en signe de respect.
Pendant que le roi présentait officiellement le Duc de Boterne aux autres moines qui les attendaient dans la pièce, le Général s'approcha discrètement de la princesse pour lui glisser à l'oreille.
-Vous n'avez pas promis de l'épouser, j'espère? S'enquit-il à voix basse.
-Je refuse d'en discuter avec vous! Rétorqua-t-elle en gardant les yeux fixés sur le roi tandis qu'il s'entretenait avec les moines.
-Vous ne devez surtout pas lui faire confiance… Ajouta William gravement.
-Quel drôle de Général faites-vous? Pourquoi servir Alfred si votre opinion sur lui est ainsi faite?
-Il est parfois plus dangereux de partir que de rester… Conclut-il devinant qu'il venait d'atteindre cette frontière sensible qui existe entre «trop en dire» et «pas assez».
Lorsqu'il se fut éloigné d'elle, la princesse Élisabeth se retrouva aussi confuse que lors de sa discussion avec Sorel après qu'ils eussent mis la main sur la dernière copie qui existait de ses lettres de noblesse. Lui aussi, lui avait fait promettre de se méfier du roi et surtout de ses promesses.
«Que reprochaient-ils donc tous les deux à Alfred pour le dénigrer à ce point? Se demanda-t-elle. Mais n'était-ce pas normal de se méfier de la royauté pour qui la servait? Et puis d'ailleurs qu'avait-elle à craindre d'un homme qui était son égal et qui se déclarait prêt à l'épouser? Sans compter que ses lettres de noblesse étaient en sureté grâce à Sorel. Poussant du revers de la main les autres questions sans réponses qui se bousculaient au portique de sa pensée, la princesse alla s'installer directement à la droite de celui dont on lui répétait sans cesse de se tenir loin.
Remarquant la présence soudaine de la jeune femme à ses côté, Alfred lui prit galamment la main et la porta à ses lèvres.
-Douce Élisabeth, William vient de m'informer que nous devons maintenant nous rendre au village. D'après ses sources, il y a une excellente auberge où nous pourrons tous nous sustenter avant de poursuivre nos visites.
-Si vous parlez de «La rumeur affamée» alors oui, vous avez raison. Le couple qui tient l'endroit est très sympathique.
-Alors qu'attendons-nous? Lui demanda le roi en lui offrant son bras.
Une fois arrivés dans l'établissement dont la réputation n'était plus à faire, la princesse s'empressa de se rendre à la cuisine afin de discuter avec les propriétaires qu'elle connaissait depuis toujours puis revint dans la salle où Alfred avait déjà pris place. Les deux filles du propriétaire arrivèrent rapidement avec des pichets de bières. Après être allée offrir un boc au roi Alfred et à Élisabeth en tout premier lieu afin de se conformer au sacro saint protocole, Élisabeth remarqua que le Général fut le seul à refuser le verre que lui tendait la cadette.
Un sourire naquit sur ses lèvres une seconde plus tard lorsqu'elle constata qu'il ne fut pas sensible non plus à la beauté juvénile de la mignonne Amélia qui tentait pourtant d'attirer son attention.
Écoutant d'une oreille distraite les commentaires insipides que le Duc de Boterne faisait sur tout ce qu'il voyait, Élisabeth remercia Amélia lorsqu'elle revint la voir pour lui apporter un bol de bouillon de légumes que sa mère réussissait à merveille. Portant sa cuillère à sa bouche en soufflant sur le bouillon fumant pour le refroidir, Élisabeth surprit le regard entendu que le Duc échangea avec Alfred tandis qu'ils lorgnaient tous deux avec convoitise la silhouette plus que féminine de la belle Amélia. Élisabeth frissonna en reconnaissant ce regard là. Celui-là même que Bastien avait posé sur elle en entrant dans la tente ce fameux soir où elle avait cru mourir.
-Vous avez raison chère amie, cet endroit mérite vraiment qu'on s'y arrête! Lui concéda alors Alfred en la sortant de sa torpeur.
-Merci Amélia. Tu peux disposer. Voyant que la jeune femme cherchait une excuse pour rester près de la table où étaient rassemblés d'aussi beaux spécimens mâles, Élisabeth ajouta : Amélia, en discutant avec ton père à la cuisine tout à l'heure, j'ai cru comprendre qu'il avait besoin d'aide.
-Bien entendu majesté. Faites moi signe, si vous avez besoin de quoi que ce soit d'autre… Ajouta la jeune fille avant de plonger dans une profonde révérence.
Sans émettre une seule parole, Alfred se contenta d'acquiescer réalisant juste à temps qu'il avait été à deux doigts de céder à son attirance pour les femmes du peuple et d'oublier celle – non moins jolie – qui lui tenait compagnie et qu'il devait à tout prix séduire.
Prenant congé une vingtaine de minutes plus tard, le groupe se dirigea vers le cœur névralgique du village et entrèrent dans la maison du seigneur de Guêtre, un commerçant dont la fortune pouvait rivaliser avec celle d'un petit royaume. Ce dernier se montra aussi courtois qu'il pouvait l'être et promis au roi de soutenir le Duc de Boterne en leur absence.
Après avoir réalisé le même genre d'exercice dans les deux autres villages que comptait le royaume de Grés et dans les deux derniers monastères, Alfred décréta qu'il souhaitait rentrer au Château. Laissant le Duc discuter avec William, il revint chevaucher à côté d'Élisabeth, n'hésitant pas à ralentir la cadence afin qu'ils se retrouvassent lentement mais sûrement isolés des autres.
-J'aime beaucoup votre royaume. À vrai dire, si le mien ne me donnait pas tant de tracas. Je considèrerais réellement venir m'installer ici avec vous… La flatta-t-il d'entrée de jeu.
-M'est avis que vous manqueriez rapidement d'espace et de divertissements.
-Mais en même temps Élisabeth, j'ai tellement hâte que vous voyiez mon Château. S'excita-t-il paraissant tout à coup beaucoup plus jeune. Nous devrions nous mettre en route demain à la première heure…
-N'est-ce pas un peu vite? Lui opposa-t-elle en s'esclaffant.
-Non! J'ai déjà tout organisé avec William. Ce que j'aimerais, c'est que vous restiez au moins cinq jours. Au terme de ces cinq journées, j'ose espérer que vous me connaîtrez assez pour me donner une réponse à la question que je vous ai posée…
-Cinq journées pour décider de tout mon avenir… Gémit-elle en regardant devant elle, constatant qu'ils s'étaient suffisamment éloignés du groupe pour que le Général jetât un regard soucieux dans leur direction.
-Non, vous vous trompez. Ce n'est pas ainsi que vous devriez voir les choses. Du moins pas uniquement. Ces cinq journées, servirions à décider de tout NOTRE AVENIR. Nous sommes deux dans cette aventure…
-Oui. Concéda-t-elle en souriant. Mais c'est tout de même moi qui devrai quitter mon royaume pour aller vivre dans le vôtre. J'ai beaucoup plus à perdre que vous.
-N'est-ce pas l'apanage de toutes les femmes que de devoir quitter son foyer pour celui de son mari.
-Ça ne rend pas la chose plus facile pour autant… S'attrista-t-elle en mettant son cheval au trot.
-Élisabeth! L'interpella Alfred en la rattrapant. Vous prenez toute cette histoire beaucoup trop à cœur. Venez donc visiter mon royaume. Laissez mes sujets essayer de vous séduire. Et après, qui sait? La solution vous apparaîtra sans doute d'elle-même. Termina-t-il, se voulant rassurant.
Se tournant vers le roi afin de sonder son visage et ses yeux, Élisabeth fut surprise de ce qu'elle y découvrit. «Il semble réellement soucieux de me plaire!» S'étonna-t-elle avant de prendre une décision et s'enquérir : Avant de vous faire part de ma décision Alfred, puis-je savoir quel sort vous me réservez, si au-delà de ces cinq journées que vous m'accordez, je refuse de vous épouser?
-Je vous offrirai une escorte suffisante pour vous permettre de rentrer chez vous en toute sécurité. Lui promit-il lui offrant son plus beau sourire et sans la quitter des yeux.
-Voilà qui me satisfait. Merci Alfred. Alors c'est décidé, j'irai avec vous et je prendrai le temps de réfléchir à votre proposition.
-Vous ne le regretterez pas, ma douce et belle Élisabeth.
-J'y compte bien Alfred… j'y compte bien. Ajouta-t-elle en déglutissant difficilement.
…À suivre…
Alors, quelles sont celles qui comme moi, pensent qu'elle va s'en mordre les doigts?
Miriamme
