Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple: Harry Potter / Draco Malfoy.

Evaluation: M.

Bonjour à tous !

Lys : Hello ! Voici un nouveau chapitre tout chaud et... à peine relu XD

Oué je voyais pas ce que je pouvais modifier dans ce chapitre Oo

Nous espérons qu'il vous plaira :D

Même s'il n'y a pas de lemon ;-)

Bonne lecture !


Voici quelques petites notes, afin de vous aider à mieux comprendre certains termes. Ils ne sont pas tous dans ce chapitre mais aussi dans les suivants.

Atrium : Cour intérieure, dotée d'un bassin recueillant les eaux de pluie, autour de laquelle s'ordonne une villa romaine.

Crassus : Gros.

Lararium : Sorte de petite chapelle ou d'appartement, où les statues des Lares (génies tutélaires d'une maison) et des mânes (ancêtres divinisés) étaient placées et adorées.

Lupanar : Lieu de prostitution.

Pluton : Autre nom de Hadès, Roi des morts.

Questeur : Magistrat romain chargé des finances.

Severus Rogunus Snapinus : Ce nom n'a AUCUNE valeur historique mais Jojo Aquarius a tenu à le mettre -.-.

Stola : Vêtement mis par-dessus la tunique.

Volumen : rouleau de papyrus.


Sectumsempra, mon amour ?

Avec quelques amies, nous avons le projet de créer un fanzine sur le fandom de Harry Potter, plus particulièrement sur le couple Harry/Draco.

Il s'agit d'un projet qui n'a pas encore abouti, car nous sommes encore en train d'y réfléchir et nous devons régler les petits soucis administratifs. Nous vendrons donc notre fanzine (nous avons le vague projet d'imprimer Existence) composée de plusieurs OS, et ceci accompagné de goodies divers. Nous aurons certainement un stand à la Japan Expo en 2012, voire à d'autres petites conventions.

DONC tout ça pour dire que nous avons BESOIN de votre aide ! XD

Une fanzine coute cher et nous sommes en manque d'illustrateurs -_-. On en a quelques-unes (merci à elles, en passant) mais les volontaires sont les bienvenus ! Nous allons créer un site ou un blog, une fois l'association crée. Nous avons besoin de votre soutien ! .

Merci d'avoir pris le temps de regarder tout ça XD !

Le nouveau forum est OUVERT !

http: / sectumsempramonamour . forumactif . com/

Venez nombreux ! Nous avons besoin de vous et de votre soutien ! :D


Chapitre 3

Scorpius courait dans la cours avec deux enfants esclaves, ses petits pieds chaussés de sandales frappant la terre sèche, ses bras bougeant dans tous les sens. De là où il était, Draco le regardait s'animer ainsi, poursuivit par les petits esclaves. L'un d'eux parvint à le chopper et à le plaquer sur le sol. Scorpius voulut le frapper pour se libérer de son étreinte mais l'autre aida son camarade à plaquer leur jeune maître sur le sable. Quelques minutes plus tard, ce fut ce dernier qui se retrouva pourchassé par les deux enfants. Proserpine se dandinait sur ses petites jambes, essayant de les suivre et de comprendre ce qu'ils faisaient, sans grand résultat. Lassée, elle finit par aller voir son père qui la prit dans ses bras, continuant de regarder les garçons s'épuiser sous le chaud soleil.

« Draco, n'as-tu donc rien à faire de mieux que de regarder ton fils s'épuiser ? »

Le blond fronça légèrement les sourcils en entendant la douce voix de sa charmante mère.

« Et vous mère, n'avez-vous donc rien de mieux à faire que d'errer ici ? Allez donc vous promener.

- C'est ce que je m'apprête à faire, mais je dois avouer que je me désole de vous voir aussi inactif, mon fils. »

Il se tourna vers sa mère, qui était vêtue d'une belle tunique soigneusement nouée qui lui allait à la perfection. Son visage froid et sévère ne montrait absolument aucune émotion. Elle était telle une statue de marbre à peine peinte, ses cheveux blonds noués en un chignon serrés, son visage pâle et poudré constituant une sorte de masque, pour cacher ses sentiments, qu'ils soient bons ou mauvais. En cet instant, ils ne devaient être guère positifs.

Au contraire. Elle devait être réellement agacée par son comportement. Sa difficulté à faire le deuil de son père l'avait ennuyée au possible, plus d'une fois Narcissa lui avait reproché cet étalement de sentiments négatifs dans leur maison. Elle en venait à lui raconter les pires horreurs sur son père, lui assurant que ce n'était pas un homme aussi bon qu'il le croyait et qu'il ne méritait en rien les manifestations d'un telle souffrance, surtout qu'il aurait eu honte que son fils se laisse ainsi aller à sa douleur au lieu de la contenir et continuer à vivre, comme il le faisait jusqu'alors. La mort était un passage certes douloureux mais elle était inévitable, alors pourquoi en faire tout un drame ? Certes, les jours suivant la mort et la crémation du défunt étaient sujets à de nombreuses manifestations de douleurs, ils avaient même engagés des pleureuses pour se désoler sur le cadavre et tout au long du cortège funèbre. Mais Lucius était à présent réduit en cendre, il n'existait plus, sauf dans leurs souvenirs. Il était donc inutile de s'appesantir là-dessus.

Draco devait lui faire honte, d'une certaine manière. De toute façon, elle n'avait jamais été particulièrement attentive et aimante envers lui, elle n'avait jamais réellement manifesté de fierté à son égard, sauf quand on le complimentait, dans la rue ou dans leur demeure, mais ce n'était que des sourires et de petits rires factices, de petites caresses dans ses cheveux purement mécaniques et conventionnelles, rien de tendre ou d'affectueux. Draco avait grandi sans mère, simple visage dans son entourage. Tout comme ses enfants vivaient sans leur propre mère, qui s'accablait de son mal-être, de ses douleurs perpétuelles, restant enfermée dans la villa où elle errait comme un fantôme.

« Je regarde mon fils jouer, où est le mal ?

- Vous devriez faire venir un précepteur, votre fils grandit, il n'aura bientôt plus l'âge de jouer avec ces petits esclaves. Il doit mûrir un peu.

- Il n'a que cinq ans, mère.

- A son âge, vous ne courriez pas comme ça, vous étiez bien plus calme. »

Parce que personne ne s'intéressait à lui, il n'y en avait que pour son frère aîné Tiberius qui était encore vivant à l'époque, et c'était lui qui courrait dans la cours, lui que leur père regardait avec tendresse, alors que son petit dernier demeurait dans l'ombre, sans faire de bruit, jouant en silence.

« Je vais y réfléchir. Cassandre ? Cassandre, venez s'il vous plait ! »

Il rentra dans la villa, sa mère sur ses talons. L'esclave arriva et Draco lui confia Proserpine qui fit la moue, ainsi retirée des bras de son père, qui lui caressa les cheveux avec tendresse pour lui redonner le sourire.

« Emmenez-là dans sa chambre et allez me chercher Blaise.

- Bien, maître.

- Où vas-tu exactement ?

- Chez Agricola, il vient de rentrer d'Athènes et il a des choses à me montrer. A plus tard, mère. »

Il lui fit un léger signe de la tête avant d'aller dans sa chambre, hélant au passage Caius pour qu'il l'aide à revêtir sa toge, ce qu'il fit avec Blaise qui accourut. Une fois qu'il fut enroulé dans ce tissu épais et inconfortable, Draco sortit avec son ami, confiant la maison à Caius.

Agricola n'habitait pas bien loin de chez eux, ils y allèrent donc à pied. Blaise marchait juste à côté de Draco d'un pas tranquille. Le silence régnait entre eux. Blaise avait envie de le briser, une question lui brulant les lèvres, mais il n'osait demander à son maître des réponses. Cela faisait plusieurs jours qu'il était revenu de cette soirée chez Scipion, il s'était beaucoup inquiété le matin quand Astoria était entrée dans sa chambre comme une furie, lui demandant où se trouvait son époux. Il n'avait su répondre et il avait cherché Draco un long moment, ne le trouvant pas chez son ami qui n'avait su dire où il se trouvait. Quand il le découvrit non loin des thermes où il se rendait, Draco lui avait demandé le plus naturellement du monde de lui apporter des vêtements propres, puis ils s'étaient rendus à son lieu de travail, dans le silence. Le soir, il n'avait donné aucune explication à son épouse qui avait fait trembler les murs de sa douce voix.

« Draco, puis-je te poser une question indiscrète ?

- Je n'ai rien à te cacher.

- Où étais-tu, l'autre soir ?

- Encore cette histoire…

- Je me suis beaucoup inquiété, tu sais, tu n'es pas du genre à passer la nuit hors de la maison. Et puis, tu es étrange depuis ce soir-là, Draco. Tu me parais plus calme, plus calme, plus apaisé. Je ne dis pas que c'est mal, mais ça m'intrigue. »

Draco parut hésiter, puis il se lança.

« Scipion avait invité des prostitués.

- Je m'en doute. Tu as fini la nuit avec l'une d'entre elles ? Ca ne te ressemble pas vraiment, mais bon, ça ne pouvait pas te faire de mal.

- Je n'étais pas avec une femme. C'était un homme. »

Vu comme ça, c'était en effet complètement différent…

« Un… homme ? »

Blaise regarda son maître avec surprise. Jamais il n'aurait cru que Draco puisse avoir la moindre relation, platonique ou sexuelle, avec un homme. Blaise connaissait son ami mieux que personne et il savait très bien ce qu'il pensait des êtres du même sexe que lui et de leurs relations sexuelles. De plus, déjà que Draco n'était pas porté sur les plaisirs de la chair, alors s'offrir un prostitué masculin…

« C'est… surprenant.

- Je sais. Scipion avait invité des hommes et des femmes. Quand je suis parti, ils étaient tous ivres, sauf un des prostitués. Disons que de fil en aiguille, nous avons fini chez lui et j'y ai passé la nuit.

- Comment était-il ?

- Beau. C'est le plus bel homme que j'ai eu l'occasion de voir dans ma courte vie. »

Le regard de Draco se fit rêveur. Blaise était de plus en plus surpris. Draco semblait avoir bien encaissé le choc, il pensait même encore à cet homme… Un homme assez beau pour le détourner quelques temps des femmes, pour l'emmener dans sa couche et l'initier au plaisir du sexe entre hommes…

« Draco, est-ce que tu as conscience que tu as couché avec un homme ? Que tu as touché un homme ?

- Plus ou moins.

- Tu comptes recommencer ? »

Il ne répondit pas. Cela sonnait comme un oui, et en même temps…

« Je ne pense pas. On n'est pas du même monde. Chaque soir, il s'offre à des hommes plus dégoutants les uns que les autres. Je lui ai cédé parce que j'étais ivre et parce qu'il était désirable. Mais je suis lucide. Avoir affaire à lui ne m'apportera rien de bon.

- Draco…

- Non, je pense que je ne le reverrai plus jamais. Et c'est tant mieux comme ça. »

Pourtant, son regard s'assombrit, comme s'il était déçu. Blaise ne rajouta rien. Mieux valait se taire.

OoO

Dans un coin de la pièce, Luna était en train de coudre une tunique avec du joli tissu, ses yeux bleus posés sur son ouvrage et ses petites mains travaillant avec application. Elle avait toujours été très douée de ses mains, ce qui l'avait toujours étonné vu sa maladresse naturelle. Elle ne cessait de faire tomber les choses, ou manquait de les faire tomber, elle marchait sur sa tunique et s'étalait de tout son long par terre, parvenait avec mal à nouer ses cheveux de manière correcte… Mais quand il s'agissait de fabriquer quelque chose, que ce soit préparer le repas, coudre une tunique ou la tisser, Luna était très appliquée et ne loupait jamais aucun de ses ouvrages.

Assis dans un coin de la pièce, Harry sirotait un verre de vin. Ce soir, il ne travaillait pas. Il était fatigué, la chaleur l'accablait, et il avait envie d'un peu de repos. Il avait gagné une certaine somme d'argent quelques jours auparavant, ce qui lui permettait de pouvoir se détendre un peu. Et il savait que Luna aimait quand il ne sortait pas. Si elle avait pu l'enfermer, elle l'aurait sans doute fait, mais elle n'en avait pas la force et Harry était de ces hommes capables de s'échapper de n'importe quel piège, quel qu'il soit.

Harry avait dix-huit ans quand il avait acheté Luna sur un marché aux esclaves. A l'époque, il suivait simplement un ami qui désirait s'en offrir un. Harry s'était toujours interdit de s'acheter un jour un être humain, il trouvait cette pratique répugnante. Bien évidemment, il gardait ce point de vue pour lui, sachant très bien qu'il n'était partagé par personne de son entourage. Les esclaves étaient des animaux, des objets utiles à la vie de tous les jours, des biens mobiles. Pour Harry, ils étaient des êtres humains opprimés. Enfant, il ne pensait pas ainsi. Il avait fallu qu'il se vende pour revoir sa conception de la vie et de l'être humain.

Pour faire bonne figure, Harry avait emporté un peu d'argent avec lui. Il s'était baladé avec son ami, se retenant de baisser les yeux de honte devant cet étalage d'être humains. Et puis, à un moment donné, son regarda avait croisé celui de Luna.

Elle avait des yeux bleus. D'un bleu trop clair, un peu comme ses cheveux blonds, trop longs, ondulés et sales. En loques, elle regardait le ciel d'un air rêveur, comme si elle n'avait pas conscience de sa position, de sa situation. Elle n'était pas belle, mais elle avait un joli visage, du charme. Le genre de petite bonne femme idéale à mettre dans un lupanar…

Dans un élan incontrôlable, Harry avait hélé le vendeur et avait négocié le prix de cette jeune fille d'à peine quinze ou seize ans. Il ne l'avait pas eue pour cher : elle venait d'une région proche de la Germanie, était sourde et muette, comprenait un peu le latin mais ne savait rien faire de ses dix doigts. Il s'avéra en effet que Luna était sourde et muette, mais elle comprenait le latin, savait l'écrire et le lire, et elle n'était pas si bonne à rien que ça. Et contrairement à ce que lui dit le commerçant, elle n'était pas folle. Etrange, mystique, mais pas folle. Juste un peu particulière.

Et douce. Très douce. Et gentille, attachante. Lucide, aussi. Trop lucide.

Harry se leva et s'approcha doucement d'elle. Il leva son visage pour qu'elle le regarde.

« Va te coucher. Il est tard. »

Il avait bien articulé pour qu'elle puisse lire sur ses lèvres. Elle hocha la tête puis se leva. Tandis que le brun retournait à la fenêtre, la jeune fille rangeait son ouvrage et allait se coucher, embrassant son maître sur la joue avant de s'enfermer dans sa chambre.

Depuis qu'elle était chez elle, Harry prenait soin d'elle. Il faisait attention à son bien-être, lui offrait du joli tissu pour qu'elle couse, lui apportait de bonnes choses à manger… Il n'était pas amoureux d'elle, et elle ne l'était pas non plus, mais une sorte de tendresse s'était crée entre eux. Ce n'était pas réellement une relation de maître et esclave qui s'était crée entre eux, mais celle de deux amis, d'un frère prenant soin de sa petite sœur, fragile et douce, que la vie avait désillusionnée, la forçant à s'enfoncer dans des rêveries qui lui permettait d'oublier les horreurs qu'elle avait vécues. Harry ne l'avait jamais affranchie, même si l'idée lui était venu à un moment donné, car elle se serait retrouvée seule, dans Rome, et il ne lui serait rien arrivé de bien. De même, Luna ne voulait pas de liberté : même si elle avait conscience du travail de son maître, même si elle savait que ce qu'il faisait n'était pas bon, elle ne voulait en aucun cas s'en aller. Depuis qu'elle était entrée dans sa vie, le regard de cet homme avait paru s'illuminer, retrouver une nouvelle vie, et elle ne voulait pas que cette petite lumière s'éteigne à nouveau…

Luna alla donc se coucher, dans une petite chambre juste à côté de celle de Harry. Il n'était pas si tard que ça, mais le jeune homme craignait qu'on vienne toquer à sa porte. Certains de ses clients le faisaient et alors leur soirée se terminait dans sa chambre. Tant qu'à faire, il préférait que Luna ne soit pas là quand le client arrivait, d'une pour éviter qu'un regard lubrique ne soit tourné vers elle, mais aussi pour qu'elle ne voie pas son maître se vendre de façon si éhontée.

La porte de sa chambre se ferma et Harry se retrouva seul, près de sa fenêtre, regardant la rue sombre d'un air vague. Il leva les yeux vers les cieux, sa coupe à la main, et se rappela de ce que lui racontait Albus à propos des étoiles. Il se rappela des mythes, du lion de Némée, de Kastor et Pollux, de la toison d'or… Ganymède enlevé par les dieux, Aphrodite et Eros fuyant Typhon, ou encore le crabe envoyé par Héra et écrasé par Héraclès… Il ferma les yeux, faisant revivre dans son esprit la voix du sage Albus qui, le doigt levé vers les cieux, lui parlait astronomie, astrologie, mythologie…

On toqua à la porte. Harry grogna et se leva. Sûrement un client, à n'en pas douter. Il se dit que si c'était un dégoutant, il le jetait à la porte, tout en sachant très bien que, vu la somme qu'il lui proposerait, il ne pourrait évidemment pas refuser. Il n'était pas riche, même si ses tarifs avaient augmenté, il avait sans cesse besoin d'argent.

Le jeune homme ouvrit sa porte et cacha avec mal sa surprise quand il vit le joli blond de l'autre fois planté devant lui. Jamais il n'aurait cru le revoir en ces lieux. Certes, il lui avait proposé de revenir s'il en avait envie, mais ce n'était pas pour autant qu'il s'attendait à le revoir de sitôt. Il lui avait paru tellement prude, si peu expérimenté… Et il avait été si choqué, le matin, quand il s'était réveillé…

Il en avait déjà eu, des clients comme ça. Des clients qui ne savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient là, qui se laissaient guider par Harry avant de prendre quelques initiatives. Des initiatives qu'ils auraient prises avec leur femme, comme toucher le torse, ou les hanches. En somme, c'étaient des hommes timides, réservés, raisonnables qui se laissaient aller à un fantasme ou à une curiosité, et qui en ressortait plus ou moins bien. Certains finissaient par se vautrer dans la débauche, d'autres n'y touchaient plus jamais. Les pires étaient ceux qui testaient d'autres hommes avant de se retourner encore et toujours vers Harry, qui avait été leur premier, si gentil et doux avec eux.

Ce Draco serait-il comme ceux-là ? Revenait-il vers lui parce qu'il avait, en fait, aimé ce qu'il avait vécu une semaine auparavant, et l'aurait-il toujours collé à ses basques, sans savoir quoi en faire ? Il pensa un instant à Drusus, qui lui chauffait les oreilles depuis ce maudit jour où ils avaient couché ensemble pour la première fois, le traitant à présent comme sa propriété.

Mais Harry n'appartenait à Personne.

Il n'appartenait qu'à lui-même.

« Tiens tiens, qui vois-je ? On s'est perdu, joli blond ? Ou alors viens-tu me payer ce que tu me dois ?

- On peut dire ça comme ça. Je peux entrer ?

- Ca dépend. Qu'est-ce que tu veux ?

- Tout ce que tu as à m'offrir. »

Ce n'était plus cet ivrogne qu'il avait coincé contre le mur, parce qu'il avait un joli visage et parce que ça lui permettrait de se faire un peu plus d'argent ce soir-là. Il n'avait plus le regard vitreux, le visage un peu empourpré, un corps qui hurlait son désir et une bouche qui disait le contraire. Ce n'était plus non plus l'homme fatigué après une nuit de débauche qui se rend compte de ce qu'il a fait la veille au soir. Non, c'était à présent, un homme droit et fier, qui le regardait droit dans les yeux, bien habillé, le visage sérieux.

Un beau visage sérieux, encadré par des mèches blondes dans lesquelles il avait bien envie de passer la main.

Encore un romain tout propre sur lui qui venait gouter à un peu de chaire masculine, histoire de changer un peu les habitudes…

Harry esquissa un léger sourire.

« J'ai plein de choses à t'offrir, joli blond. »

OoO

Bien qu'il vive dans une société où la fidélité conjugale, en raison des mariages arrangés, était presque secondaire pour un homme, et qu'il ait été élevé par un père qu'il n'avait jamais connu aimant et tendre envers son épouse, et encore moins fidèle, Draco n'avait jamais approuvé l'adultère. Il ne le critiquait pas, sauf quand l'homme ou la femme coupable allaient jusqu'à l'excès, relevant leur tunique à n'importe quelle occasion. Cela dit, en son for intérieur, ce n'était pas quelque chose qu'il approuvait, car cela rendait le mariage absolument inutile. Il était vrai que lui-même n'aimait pas sa femme que le rare désir qu'il avait éprouvé pour elle n'était motivé que par la volonté d'avoir des enfants. Mais jamais il ne l'avait trompée, par respect.

En fait, il ne l'avait jamais fait parce qu'il n'en avait jamais éprouvé l'envie. Mais depuis cette fameuse soirée où Harry lui avait appartenu, il ne voyait plus les choses de la même manière. Il en avait conclu qu'une fois avoir gouté aux plaisirs de la chaire, il était impossible de revenir à un mode de vie saint où le sexe était secondaire, voire inexistant.

Cela faisait à présent deux semaines qu'il entretenait une liaison avec Harry, allant le voir tous les trois ou quatre jours, chez lui, après le dîner, voire avant. Blaise était au courant, cachant ses infidélités à sa femme, inventant des mensonges qui passaient plutôt bien. Personne dans la villa ne se douta que Draco fréquentait un prostitué. Ceux qui auraient pu envisager l'idée la rejetèrent rapidement : le jeune homme n'avait jamais été particulièrement attiré par les plaisirs de la chair, ce n'était pas maintenant qu'il allait s'y mettre.

Et pourtant, c'était le cas. Aussi étrange cela puisse paraître, Draco s'était enfoncé dans une relation adultérine qui le forçait à prendre maintes précautions. Il se déguisait, maintenant, ne s'y rendant jamais le visage totalement découvert et portant ses vêtements luxueux. Il avait songé à aller dans un endroit un peu plus discret, mais Harry insistait pour cela se fasse chez lui, c'était plus pratique et, de toute façon, Luna était habituée à voir des hommes défiler. Avec honnêteté, Draco lui avait dit que c'était gênant pour lui de prendre du plaisir avec Harry alors que Luna pouvait les entendre, juste à côté. Le brun lui avait répondu qu'elle était sourde comme un pot.

En toute honnêteté, Draco n'aurait jamais pensé qu'une telle relation puisse se construire du jour au lendemain. De prime abord, Harry lui avait paru être quelqu'un de volage. Enfin, c'était un prostitué, il vendait son corps et les plaisirs qu'il pouvait procurer, mais il lui avait donné l'impression qu'il n'aimait pas les clients qui s'attachaient à lui, réservant ses services trop régulièrement. Et autant dire que Draco était un client plus que régulier.

« Ce qui est bien avec toi, c'est que tu me payes bien, trop même, et que tu n'es pas dégoutant. Pourquoi je te jetterai dehors alors qu'il n'y pas plus agréable que toi comme client ? »

Draco avait alors compris que, d'un point de vue purement professionnel, il représentait le genre de clients idéal pour Harry. Il était vrai qu'il le payait bien. Le jeune homme avait toujours été honnête avec lui : il lui donnait bien plus que ce qu'il n'exigeait. Le blond lui avait alors demandé que, s'il lui donnait simplement ses honoraires, est-ce qu'il le jetterait dehors. Le brun avait répliqué qu'en effet ce serait le cas, il devait bien faire son quota de la soirée. Alors Draco payait plus, pour passer la nuit entière avec lui, sans se retrouver jeté comme un malpropre une fois leur affaire conclue.

Harry lui avait dit que ce n'était pas une bonne solution car il aurait tendance à en faire une habitude et, mine de rien, cela représentait une certaine somme, au final.

« Tu veux gagner de l'argent ou non ?

- Je veux éviter de te ruiner et d'avoir à supporter tes plaintes parce que je ne me montre pas reconnaissant vis-à-vis de toi ou, pire encore, parce que je ne réponds pas à tes sentiments. »

Harry le charmait. Avec son beau visage où il pouvait lire tous les sentiments qui traversaient son esprit, avec ses manières parfois efféminées, avec sa façon de lui parler familièrement, franchement, sans détour. Il avait vingt ans, cela faisait bien cinq ans qu'il se vendait. Il en avait déjà vu de toutes les couleurs. Les clients n'avaient plus de surprises pour lui. Il savait à quoi s'attendre, quelque soit la personne, et Draco en faisait partie.

Ce qui l'étonnait le plus, à vrai dire, c'était cette routine qui s'était installée. Draco allait de temps en temps chez lui, le soir, pour s'enfermer dans sa chambre et l'étreindre. Jamais il n'avait vécu ça avec aucune femme, jamais il n'avait autant désiré une personne, posséder une personne, voir le désir briller dans ses yeux, le plaisir brouiller autant son visage que ses pensées, caresser une peau moite et chaude qui glissait si bien contre la sienne…

Draco se vautrait dans cette relation adultère, sans fondement ni avenir. Il n'aurait pas dû commencer et il aurait encore moins dû continuer, il le savait parfaitement, mais il était tout simplement incapable de lutter contre son envie de Harry, contre le vide et l'apaisement qu'il créait en lui après l'amour. Le brun était comme une échappatoire, un grand frisson, un moyen d'oublier à quel point sa vie était terne et sans saveur. Harry créait quelque chose à sa simple présence, il faisait battre son cœur, lui donnait le goût de l'interdit et du secret.

C'était un peu comme s'il revivait. Il ne cherchait pas à comprendre, il fuyait le dégoût de lui-même, rejetait toutes ces pensées qui voulaient lui mettre sous les yeux le fait qu'il payait un homme pour quelques minutes de plaisir et la sensation d'être vivant.

Quelques pièces pour quitter l'espace d'une nuit cette vie insipide qui était la sienne depuis sa naissance…

Il était vraiment tombé bien bas…

Mais il s'y faisait.

C'était comme tout, il s'y faisait.

Il s'y faisait, à ces visites, à la porte que la jeune Luna, sourde et muette, lui ouvrait gentiment pour le laisser entrer ou qu'elle gardait entrouverte, lui intimant de rester là où il était.

Luna, avec ses yeux bleus, qui le laissait entrer quand Harry était disponible, et qui lui soufflait silencieusement de s'en aller quand il ne l'était pas…

OoO

Harry lui tendit une coupe de vin.

« Tiens, ça va te rafraichir.

- J'ai déjà bien assez bu…

- Mais quelle chochotte. Tu n'es pas un grand buveur, tu ne fréquentes pas les femmes… Tu es quelqu'un de vraiment trop sérieux, Draco.

- Pas sérieux, raisonnable. Excuse-moi d'avoir un train de vie correct contrairement à la majorité de tes clients.

- Tu ne t'ennuies pas, des fois ?

- J'ai l'habitude. »

Assis près de lui sur le lit, Harry le regardait avec perplexité. C'était toujours ainsi après l'amour : Harry perdait ce masque qu'il portait continuellement sur le visage, ce masque cynique, moqueur, voire même mauvais qu'il arborait pour se protéger des autres. Draco avait découvert cette part sensible du jeune homme, qu'il ne dévoilait que quand il était en confiance, ou quand il était épuisé. C'était plus agréable de parler avec lui. Il était toujours un peu moqueur, mais de façon plus gentille, plus taquine. Presque tendre, par moments.

« Comment ça ?

- J'ai grandi comme ça. D'aussi loin que je me soutienne, j'ai toujours été comme ça.

- Comment ça se fait ? Ton père ne t'a jamais initié à ce genre de plaisir ? Enfin, rien que le fait de boire de l'alcool…

- J'en bois !

- Oui, mais tu sais… Si je ne me trompe pas, j'ai déjà aperçu ton père, et souvent ivre mort. Chez Scipion, c'est tout juste si tu buvais ta coupe, je ne t'ai pas beaucoup resservi, et tu mangeais peu. Je ne dis pas que tu es quelqu'un d'étrange, mais c'est tout de même assez étonnant, je dois l'avouer.

- J'ai grandi comme ça. »

Draco eut l'air pensif, alors que Harry le regardait sans comprendre. Puis, après avoir pesé le pour et le contre, il décida de se confier.

« Ma mère a mis au monde un premier enfant, mort quelque jours plus tard. Puis, mon frère aîné Tiberius est né. Il a été la fierté de mon père. Il avait huit ans quand il est mort, et moi cinq. Pendant ces cinq années, j'ai vécu dans l'ombre, sans que personne ne me porte le moindre intérêt. J'étais comme une solution de rechange, des fois qu'il arrive quelque chose à mon frère, mais je pense qu'à l'époque personne n'envisageait que Tiberius puisse mourir. Mais c'est arrivé. Et alors tous les regards se sont tournés vers moi. D'un coup, c'est comme si j'étais passé de l'ombre à la lumière. »

Mais il ne s'y était jamais fait, à cette lumière. Jamais.

« J'ai grandi comme ça, toujours sage et silencieux, parce que j'avais été comme ça pendant cinq ans, et je voyais pas pourquoi je devrais changer d'attitude. Je me rappelle très bien de mes premières années, bizarrement. Elles étaient vides. Mon existence a changé du jour au lendemain quand mon frère est mort. Mais au fond de moi, je demeurais vide, et ma vie n'a jamais été vraiment passionnante. J'avais sans cesse mon père sur le dos, qui contrôlait tout, refusant que je m'engage, me forçant à aller à tel endroit pour être vu par telles personnes…

- Pas étonnant que tu sois ainsi… De prime abord, on dirait que tu manques de personnalité. »

Draco écarquilla les yeux et tourna vivement la tête vers lui. La coupe dans sa main vacilla. Son univers vacilla.

« C'est ce que j'ai pensé quand je t'ai vu. Tu me paraissais insipide, inintéressant. Je t'ai emmené chez moi pour me faire un peu d'argent facilement. Mais je crois que… en fait tu es simplement indifférent à tout. Comme notre relation. Ca te convient, ça ne te fait pas de mal, alors tu continues. Tu ne cherches pas plus loin, tu ne cherches pas les sensations fortes, les excès. Tu essaies toujours de tout contrôler, que ce soit ton corps ou tes pulsions. Tu as peur des changements, de souffrir.

- Suis-je donc si transparent ? »

Draco avait baissé la tête et regardait le liquide rouge dans sa coupe. Près de lui, Harry regretta ses mots, mais ils étaient sortis tout seul de sa bouche. Un peu comme s'il avait eu besoin de les dire, comme si Draco avait eu besoin de les entendre…

« Tu parles peu, mais quand tu parles, tu dis l'essentiel. Et c'est ce que j'entends dans tes mots, ta façon de les prononcer, de les aligner… »

Une main douce caressa sa joue. Depuis quand ne lui avait-on pas caressé la joue avec tant de tendresse ? Jamais, lui semblait-il. Jamais on n'avait passé une main aussi douce sur sa peau, dans ses cheveux blonds.

« Ca doit pas être marrant tous les jours.

- On s'y fait. Et toi ? Comment as-tu grandi ? »

Les yeux verts de Harry partirent dans le vague. Il posa sa tête contre l'épaule de Draco, ses cheveux noirs chatouillant sa peau. Ses paupières s'abaissèrent puis il lui raconta une histoire. L'histoire d'un petit garçon qui vivait dans un lointain village, au milieu de la campagne, non loin d'une petite ville, en Grèce. Le petit garçon vivait heureux avec ses parents, jusqu'au jour où on s'attaqua à leur ville et à la campagne alentour. Certains moururent, d'autres survécurent. Ses parents furent massacrés. L'enfant survécut, sauvé par les dieux, qui devaient beaucoup le chérir pour avoir sauvegardé sa vie, la sienne et celles de quelques personnes qui errèrent parmi les cadavres comme des âmes en peine, pleurant les morts, ne sachant où aller.

Draco ferma les yeux à son tour. Sa main chercha celle de Harry, leurs doigts se nouèrent, alors que le jeune homme continuait de parler, de cette voix lointaine et douce, qui caressait ses oreilles et son esprit. Cet enfant alors orphelin se cacha dans un coin de la ville où il s'était réfugié avec ses parents. Il attendit des jours et des jours, se nourrissant de ce qu'il trouvait, jusqu'au jour où on vint le chercher. Il avait sept ans à l'époque, et quand il vit ce grand homme à la longue barbe grise devant lui, avec son air si doux et ses mains tendues vers lui, il sut que les dieux lui avaient à nouveau offert une chance pour rester en vie.

« Il s'appelait Albus. C'était un très vieux monsieur très gentil. Il a recueilli ce petit garçon et l'a emmené avec lui, loin de ce lieu immonde. »

Le vieil homme lui apprit tout ce qu'un homme aurait dû savoir, lui apprenant à lire et écrire le grec ainsi que le latin, lui enseignant le mouvement des étoiles, lui racontant avant de se coucher des mythes… Ils parlaient philosophie, aussi. De tout et de rien. Cet enfant grandit alors sans s'en rendre compte, tout doucement, guidé par ce vieil homme qui en fit son disciple.

« Mais la vie est injuste. Du jour au lendemain, la vie de ce petit garçon bascula. »

Harry avait quinze ans quand Albus était mort d'une maladie qui le rongeait depuis plusieurs mois. Et cette fois-ci, les dieux ne firent rien pour l'aider, l'abandonnant à son triste sort. Il n'était plus un enfant, maintenant. Il était un homme. Un homme qui avait faim, qui était seul, sans argent. Qui n'avait rien, mis à part ce corps trop faible pour travailler aux durs labeurs des ouvriers, libres, certes, mais pas citoyen romain.

« Alors l'enfant vendit la seule chose qu'il possédait : lui-même. »

Harry rouvrit les yeux. Cinq ans qu'il vendait son corps, cinq ans qu'il laissait des hommes le mener plus bas que terre, l'enfonçant chaque jour un peu plus dans le sol, la tête la première. Cinq ans qu'il était devenu une sorte d'animal, un homme sans fierté, presque une femme.

Il était devenu une femme.

Il se laissait posséder par des hommes, avalait leur semence, s'allongeait sur le matelas et les laissait faire leur affaire.

Ses pensées dérivèrent. Il se revint à quinze ans, seize, dix-sept ans, dans la petite chambre de son lupanar, ce lit dégoutant, dur et puant sur lequel il s'allongeait tous les soirs en écartant les cuisses. Il se rappelait de sa tunique bon marché qu'il mettait sur lui, sa ceinture nouée lâchement autour de sa taille, son corps épuisé, son regard délavé et ses cheveux dans tous les sens, alors qu'il se tenait nonchalamment contre l'encadrement de la porte, attirant le regard des hommes venus là pour arracher au son des pièces trébuchant sur le sol un peu de plaisir malsain, derrière un rideau crasseux, à des êtres humains qui n'en étaient plus vraiment.

« Les hommes sont des bêtes. Tous autant qu'ils sont.

- Même moi ?

- Même toi. Mais tu es bien dressé, tu ne fais de mal à personne.

- Si, je t'en fais, à toi.

- Non. Toi, tu ne me fais pas mal. Tu es gentil. Tu n'es pas comme les autres, tu n'es pas de ces romains qui viennent et qui prennent leur plaisir non pas dans l'acte en lui-même mais de sa violence. Ils ne prennent pas, ils arrachent. Les hommes aiment cette sensation de puissance qu'ils ont sur les femmes, qu'ils ont sur nous. Ils aiment le fait d'avoir un homme sous eux, un homme réduit à être femme pour pouvoir vivre. Un homme qui n'en est plus un, qui est tombé plus bas que terre…

- Harry…

- Je déteste les hommes. Je fais ce travail car je n'ai pas le choix. C'est comme une secte : quand on y est entré, on ne peut plus en sortir. Mais je les déteste, tous autant qu'ils sont. Tu es différent d'eux, ce qui peut leur paraître normal t'écœure. J'aime bien quand tu viens, tu es rafraichissant. Tu me changes les idées. Tu me donnes l'impression que tous les hommes ne sont pas mauvais, que ce ne sont pas tous des êtres guidés par leurs pulsions. Tu me rends un peu optimiste, même si cela ne dure que quelques minutes… »

Draco déposa un baiser dans ses cheveux, alors que la main de Harry serrait plus fort la sienne. Il continua à murmurer ainsi, jusqu'à s'endormir, tout contre Draco, assis dos au mur, nu sur le drap de son lit.

OoO

Si Blaise n'avait jamais été vraiment regardant vis-à-vis des ordres que Draco lui donnait, cette fois-ci, il était un peu plus embarrassé et aurait bien été tenté de refuser. Cependant, il savait qu'il était le seul à même de remplir cette mission.

Draco ne se déplaçait jamais avec de l'argent, ou alors rarement. C'était ainsi depuis qu'il était enfant, c'était toujours à Blaise de garder sur lui de quoi payer ses dépenses. Il fallait dire que Draco ne sortait jamais sans son esclave, étant jeune, et plus âgé, il ne se rendait jamais à son travail avec Blaise, jugeant qu'il était tout de même capable de faire le trajet tout seul et il n'allait pas infliger un aller-retour à son ami pour rien. Plus d'une fois, Blaise lui dit qu'il n'allait pas être épuisé pour si peu qu'il était bien l'un des rares romains à avoir autant de considération pour son esclave. Draco ne répliquait jamais rien, faisant la sourde oreille.

Enfin, le fait était que Draco avait gardé cette habitude même à l'âge adulte de ne pas se balader avec de l'argent sur lui. Ce qui faisait que, quand il se rendait chez Harry, il n'avait bien évidemment pas les moyens de le payer, il envoyait donc Blaise rembourser sa dette auprès du jeune prostitué.

Jusque là, Blaise n'avait jamais rencontré cet Aristophane, alias Harry. Il n'était jamais là quand il se rendait à son logis, qu'importe l'heure, c'était toujours son esclave qui lui ouvrait. Il ne savait pas comment elle s'appelait, mais c'était une jolie jeune fille bien plus jeune que lui. En réalité, si Blaise n'avait pas contesté les ordres de son maître en lui ordonnant d'emmener de l'argent avec lui, connaissant parfaitement les honoraires du prostitué, c'était simplement parce qu'il ne se lassait pas de rencontrer cette jeune esclave.

Elle était blonde, ses longs cheveux mal coiffés tombant dans son dos, quand ils n'étaient pas noués sur sa tête en un chignon grossier dont quelques mèches partaient dans tous les sens, lui donnant un petit côté débraillé tout à fait adorable. Elle était petite, bien plus petite que lui, à tel point qu'elle lui paraissait être un enfant. Le regard rêveur et le sourire facile, elle se montrait toujours agréable envers Blaise, qui regretta qu'elle ne sache ni parler ni entendre sa voix.

Ce qui lui plut le plus, ce furent ses yeux. Ses beaux yeux bleus, comme les cieux, qui brillaient sur son visage clair, comme des aigues-marine.

Quand il était petit, sa mère lui disait qu'avoir les yeux bleus était un défaut de naissance. Chez les femmes, c'était un signe de débauche, et chez les hommes, un tare physique. Blaise n'avait pas vraiment compris pourquoi : contrairement à ses maîtres, le bleu n'était pas pour lui une couleur disgracieuse et il avait souvent trouvé que ceux de Draco étaient très beaux. Pour le consoler quand sa mère lui reprochait la couleur de ses iris, Blaise lui disait qu'il les aimait bien, mais son jeune maître le grondait : il lui disait ça pour lui faire plaisir, il ne le pensait pas.

Blaise l'avait toujours pensé. Les plus beaux yeux étaient ceux dont les iris étaient teints de bleu, comme le ciel au-dessus de leur tête. Ses yeux noirs, aussi sombres que sa peau, n'avaient rien de beau. Ils n'étaient que des tâches obscures sur le blanc de ses globes oculaires. De façon assez paradoxale, Draco lui avait toujours dit qu'il avait des yeux très beaux, tant on distinguait peu l'iris de la prunelle.

A chaque fois qu'il venait, Luna le regardait de ses yeux bleus, lui proposait quelque chose à boire ou à manger, qu'il refusait, puis elle recueillait les pièces pour son maître. Et à chaque fois qu'il quittait ce petite logement, Blaise priait les dieux que ce prostitué qui vendait son corps au plus offrants ne fasse pas de mal à cette si belle jeune fille, qu'il ne la réduisait pas au rôle de chienne, ce rôle que lui-même jouait tous les soirs…

Non, Blaise n'aimait pas ce jeune homme qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, et qu'il n'avait même jamais vu. Il aurait préféré ne jamais le rencontrer. Draco était complètement obsédé par lui, il avait quitté cet état de lassitude constante et de deuil qui avait été le sien pendant tant de semaines, mais à la place, il se faisait plus rêveur, moins terre à terre, ignorant la présence de son épouse, du moins plus que ce n'était le cas auparavant, et négligeant ses enfants. Oh, il les voyait toujours, passant des moments avec eux, mais ces échanges paraissaient moins tendres qu'auparavant.

Draco avait la tête ailleurs, la tête à mille lieux de la villa, de ses archives, de sa tâche de chef de famille et de questeur. Il pensait à ce prostitué qui lui avait retourné la tête, le séduisant comme jamais personne n'était jamais parvenu à le conquérir, l'attirant irrémédiablement dans ses filets. Blaise le détestait pour ça, le détestait pour ainsi éloigner son maître et ami de son logis, de sa femme dont la santé se détériorait, de cette vie qu'il menait avant de le connaître.

Le noir ne tarda pas à arriver dans les mauvais quartiers, puis au pied de l'immeuble où vivait le prostitué. Il monta les escaliers puis glissa une petite feuille séchée, se trouvant non loin de la porte, dans la fendre entre le bois et le sol. Luna étant sourde, c'était en voyant cette petite feuille glissée sous le bâtant qu'elle comprenait qu'il y avait quelqu'un qui voulait entrer. Il attendit quelques secondes avant que la porte ne soit entrouverte et qu'une partie du visage clair de Luna n'apparaisse dans l'entrebâillement. Blaise se baissa un peu et lui sourit. La jeune fille parut rougir puis lui ouvrit en grand la porte, lui faisant une petite courbette avant de le laisser entrer.

Blaise fit quelques pas dans le logement et son regard tomba sur cet homme qu'il n'avait jamais vu mais dont il avait tant entendu parler.

Harry était en effet un très bel homme, un de ces hommes qui possédait cette étrange beauté androgyne qui ne mettait pourtant pas en doute sa nature d'homme. Son visage aux traits fins et harmonieux évoquait la douceur et l'innocence de sa jeunesse, ses lèvres rosées se prêtaient au sourire et ses yeux d'un vert éclatant avaient quelque chose de malicieux. Son visage était encadré par une masse de boucles d'un noir de jais. Oui, il était beau. Pas étonnant que Draco soit tombé sous le charme de cet homme, qui n'en était plus vraiment un. Pas étonnant qu'il se soit laissé prendre dans les serres de ce démon.

Le jeune homme esquissa un sourcil en voyant l'esclave noir et le salua.

« Bonjour, Blaise. Enfin, nous nous rencontrons ! Draco m'a beaucoup parlé de toi. Merci pour tes services. Oh, mais tu as dû faire la connaissance de Luna ? Je suis désolé, je n'ai jamais pu être là à ton passage, j'espère au moins qu'elle t'a correctement reçu ? »

Il regardait la jeune fille en disait ces mots et elle hocha vivement la tête.

Luna… C'était donc son nom.

« Bonjour, Harry. Ce n'est rien, Luna a été très gentille avec moi.

- As-tu soif ? Veux-tu de l'eau ?

- Je…

- Luna, apporte-lui de l'eau, il fait terriblement chaud. Est-il vrai que vous, les noirs, vous ne craignez pas la chaleur ? Un de mes amis m'a dit ça mais je ne le crois pas une seule seconde. »

Blaise n'eut pas le temps de dire quoique ce soit que Luna lui versait déjà de l'eau dans une coupe. Blaise la refusa, embarrassé, mais maintenant que son maître était là, Luna pouvait le forcer à la prendre et non pas essuyer un énième refus. Blaise n'était pas habitué à un tel traitement de faveur, seul Severus le forçait à boire ou manger quelque chose, du temps où il vivait à Rome.

« Blaise, accepte cette eau. Elle n'est pas empoisonnée et je doute qu'elle te fasse du mal.

- Harry, je vous assure… Luna… »

Il finit par la prendre devant l'insistance de l'esclave qui fronçait les sourcils, apparemment agacée parce que Blaise, pour une raison qu'elle ignorait, refusait de boire la coupe d'eau. Harry gloussa en la voyant repartir, victorieuse, vers un coin de la pièce où l'attendait un ouvrage. L'esclave trempa ses lèvres dans la coupe et but une gorgée, ce qui lui procura un plaisir indescriptible. Il avait un peu la gorge sèche mais il y était habitué et cette eau glissant sous son palais puis dans son gosier lui fit un bien fou.

« Merci beaucoup, pour cette eau. Et non, les noirs ne supportent pas mieux la chaleur, à moins peut-être qu'ils n'aient passé la majeure partie de leur vie de l'autre côté de la méditerranée.

- Je le savais ! Ce type ne me dit que des bêtises. Et bois autant que tu veux.

- Vous n'êtes pas obligé, vous savez.

- Je sais. Ca ne m'empêche pas de le faire. »

Harry lui fit un petit sourire et s'approcha de lui. Blaise posa la coupe vide sur un meuble près de lui et chercha sa bourse, dans laquelle se trouvaient quelques pièces. Il en tendit quelques-unes à Harry qui les compta soigneusement.

« Ton maître n'est pas un arnaqueur. Ca fait du bien de rencontrer des hommes comme lui. Tu lui diras qu'il me donne trop.

- Ah oui ?

- Oui, je passe mon temps à lui dire. Il fait ça pour passer toute la nuit vers moi. Je vais finir par le ruiner.

- Ce ne sont pas des sommes astronomiques.

- Ce n'est pas pour autant que ça me plait qu'il me donne autant alors que nous ne faisons rien d'autre que dormir. As-tu encore soif ? Ne te mordille pas la lèvre d'un air aussi hésitant, je vois bien que tu meurs de soif. Je vais te servir.

- Non, ne prenez pas cette peine ! »

Harry le regarda d'un air dubitatif et haussa un sourcil.

« Tu sais, je ne vais pas me faire un tour de rein ou me fouler le poignet parce que je te sers un peu d'eau. »

Si Blaise avait pu, il aurait rougi en entendant ces mots prononcés sur ce ton, comme si Harry s'adressait à une enfant. Il regarda néanmoins d'un air embarrassé le brun lui servant un peu d'eau dans sa coupe puis la lui tendre, souriant toujours. Blaise hésita à la boire, regardant l'objet, ce qui parut un peu vexer Harry.

« Tu sais, c'est la même eau que Luna t'a versée…

- Pourquoi êtes-vous aussi attentionné envers moi ?

- Parce que tu ne vaux pas mieux que moi. Je suis libre, tu es une marchandise. Mais dans le fond, nous sommes pareils : pas tout à fait des hommes, toi car tu as été acheté, moi parce que je me suis vendu. »

Blaise, qui avait porté la coupe à ses lèvres, baissa les yeux vers Harry qui le regardait de façon terriblement franche, tout sourire disparu de son visage. Blaise ne sut comment prendre cette réponse. A la fois, il était associé à cet homme au travail si dégradant, et en même temps… Il n'était pas tout à fait un homme. Draco lui donnait la sensation d'être un être humain comme tous les autres, car il ne le regardait pas comme on regardait tous les autres esclaves, mais le fait était qu'il n'était qu'une marchandise, un objet doué de vie destiné à servir son maître jusqu'à la mort.

Il n'était pas tout à fait un homme. Il n'était pas libre. Dépendant des volontés d'un maître, qui aurait pu être aussi tyrannique que Lucius…

C'était donc ça que Draco aimait, chez lui…

« Enfin, loin de moi l'envie de t'associer à moi par nos tâches respectives… »

Son humanité…

« Mais dans le fond, toi et moi, nous ne sommes pas si différent. Quoique, je pense que tu dois être bien traité par ton maître. Il me parle beaucoup de toi. Il a l'air de beaucoup t'aimer. »

Sa faculté de dire ce qu'il pensait et de frapper juste…

« Enfin, je dois t'ennuyer avec mes bêtises. Tu remercieras Draco pour moi ? »

D'être capable de lui remettre les idées en place, avec toute la franchise de sa jeunesse et la sagesse de son parcours difficile…

« Oui. Merci pour l'eau. Passez une bonne journée. »

Blaise ne tarda pas à quitter les lieux, après avoir dit au revoir à Luna qui semblait partie très loin dans ses pensées, la tête pleine de questions et de doutes.

OoO

Assis contre le mur, Harry était en train de lire un livre. Dans son petit logement, il avait quelques ouvrages, hérité d'Albus et qu'il avait pu conserver, et d'autres qu'il avait pu se procurer auprès de certains de ses clients qui, agréablement étonnés en apprenant qu'il savait lire et écrire le latin, lui avaient offert des livres de grands auteurs. Il aimait bien lire, c'était agréable, cela le détendait. Albus lui avait donné le goût de la lecture et, pendant toute la période où il fut vivant, il fit tout pour que Harry lise régulièrement, que ses soit ses propres livres ou ceux des personnes chez qui ils séjournaient.

On toqua à la porte. Harry poussa un soupir las et regarda par la fenêtre : nous étions en plein jour, qui pouvait donc venir le voir à cette heure-ci ? Le déjeuner était passé depuis peu, Luna et lui avaient grignoté, étant donné que le soir même, Harry recevait quelqu'un. Alors qu'on glissait, faute de réponse, la petite feuille séchée sous la porte, Harry se levait pour aller ouvrir. Luna suivit le mouvement de son maître des yeux, se demandant également qui pouvait venir les voir à cette heure.

Ce fut avec agacement que Harry découvrit Drusus posté devant sa porte. C'était un homme plus âgé que lui d'au moins quinze ans, si ce n'était plus. Il ne s'était jamais vraiment demandé l'âge que cet homme pouvait bien avoir, étant donné qu'il faisait assez jeune et qu'il possédait une maturité digne d'une personne de vingt-cinq ans. Et encore, Harry était gentil dans ses appréciations.

Drusus était un homme blond aux yeux bleus, bien fait, costaud, solide et bien charpenté. Cependant, il mettait peu à profit son physique et sa force : son manque d'exercices, et sans doute, du moins à une époque, de nourriture, l'avaient rendu assez mince, avec des membres secs, durs, comme des bâtons, et sa silhouette qui aurait pu être harmonieuse l'était bien peu. Il avait mené une vie bien difficile, ce qui avait marqué sa peau et son âme.

En général, ces hommes-là plaisaient à Harry. Il aimait les hommes marqués par le temps, par la vie qu'ils avaient vécu. Les petits jeunots qui ne connaissaient rien au monde si ce n'était les illusions dans lesquelles ils nageaient depuis l'enfance, avaient le don de l'exaspérer. Harry n'était pourtant pas bien vieux mais il avait vécu trop de choses pour pouvoir supporter longtemps les hommes de son âge ou un peu plus vieux, il préférait la compagnie des plus âgés qui, au moins, pouvaient lui apprendre quelque chose et non pas ressasser toujours les mêmes choses.

« Bonjour Harry, comment vas-tu ?

- Très bien, et toi ? Que fais-tu ici ?

- Je vais bien, merci. Je suis venu t'apporter quelque chose, je sais que tu adores ça ! »

Drusus entra dans le logement et sourit à Luna qui ne manifesta pas la moindre émotion en le voyant. Il la prenait pour un être stupide et sans intérêt. Un jour, Harry avait compris que cela ne dérangeait pas Luna le moins du monde : au moins, il n'essayait pas d'être gentil avec elle, il la laissait tranquille. Le jeune homme se retint de lui dire sa façon de penser, mais il garda pour lui ses mots. Même si ça ne lui plaisait guère que Drusus s'invite ainsi chez lui, il ne pouvait pas le jeter chez lui : il lui avait apporté quelque chose. Et du moment qu'il ne s'attendait à rien de sexuel…

« Regarde ! Et je les ai eus pour pas cher ! »

Drusus avait amené, enveloppés sur une assiette de terre cuite, plein de petits gâteaux aux fruits et au miel. Harry ne put s'empêcher de sourire : il adorait ça. Drusus capta son regard gourmand et lui fit un large sourire, alors que Harry prenait une friandise et mordait dedans.

« Ils sont excellents. C'est très gentil de ta part.

- Ce n'est rien, va. Du moment que ça te fait plaisir… »

Drusus n'était pas méchant. Il ne pouvait pas lui retirer ça : il n'avait jamais été méchant avec lui, ni même violent. Dans le fond, c'était un bon gars. Son plus gros défaut, c'était d'être né avec un manque cruel d'amour. Ce qui l'amenait à s'attacher un peu trop aux êtres qui faisaient attention à lui…

Cela faisait bien trois ans que Drusus vivait à Rome, mais seulement deux ans que Harry le connaissait. Un soir, alors qu'il dormait encore dans son lupanar, Drusus s'était présenté à lui. Appuyé contre le chambranle, sa tunique mal nouée, révélant ses cuisses, Harry attendait son prochain client, le regard dans le vague, ses cheveux dans tous les sens, et Drusus avait dû être attiré par la vision du jeune homme. Hésitant, il s'était avancé vers lui. Le regard mort, le prostitué l'avait regardé de haut en bas, le faisant rougir, avant d'annoncer ses honoraires. Puis, Drusus l'avait suivi dans cette petite chambre dont il avait tiré le rideau.

Il avait dû tout lui apprendre. Jusque là, Drusus n'avait couché qu'avec des femmes et c'était tout juste s'il avait osé poser ses mains sur le corps pourtant désirable du prostitué. Puis, jour après jour, l'homme était venu de plus en plus souvent. Et le pire était arrivé : il était tombé amoureux. Harry s'était méfié, pourtant, mais cet homme si mal dans sa peau, venu à Rome pour accomplir une mission qui ne pouvait se résoudre que par un échec, lui avait fait si mal au cœur qu'il l'avait pris en pitié. Sa gentillesse, le réconfort qu'il lui avait offert, toutes ces nuits passées à faire l'amour, avait conduit Drusus à tomber amoureux de lui.

Quand Harry comprit les sentiments de son client, car il demeurait malgré tout son client, il fut horrifié. Qu'on puisse éprouver de l'amour pour lui, en soi, ne le dérangeait pas, bien qu'il se sente trop dégoutant pour être réellement aimé par qui que ce soit. Harry avait un avis très négatif sur lui-même, même s'il n'en laissait rien paraître. Non, ce qui l'ennuyait réellement, c'était qu'après l'amour, venait la possession.

Drusus le voulait. Pour lui. Il voulait qu'il arrête ce travail ingrat, qu'il lui devienne exclusif. D'abord, il avait commencé par payer quasiment toutes ses nuits avec Harry, travaillant dur pour suivre le rythme, pensant sincèrement que son amant en aurait assez et qu'il lui cèderait devant une telle démonstration d'amour et de fidélité, de courage, d'ardeur au travail. Il pensait réellement que Harry finirait par arrêter, qu'il lui tomberait dans les bras, qu'il serait convaincu que son avenir pourrait être différent, que sa vie ne se limiterait pas à cette petite chambre vétuste où il enchaînait les hommes pour payer de quoi manger.

Il avait tord, bien sûr. Bien sûr qu'il avait tord.

Jamais Harry ne cessa de travailler. Jamais il ne cessa de prendre des clients. Il encaissa l'argent de Drusus, sans jamais lui promettre fidélité, et poursuivit sa vie comme si cet homme n'en faisait pas partie.

Après la possession, vint la jalousie pure et dure, ainsi que la colère et la rancœur.

L'homme le voulait pour lui tout seul et piquait des crises quand, ne parvenant plus à payer chacune de ses nuits, il le prenait à baiser à droite et à gauche. Et en dépit de sa jeunesse et de sa carrure moins solide, Harry haussait le ton et lui hurlait, parfois, qu'il n'était pas à lui, qu'il n'avait jamais été à lui et que ce ne serait jamais de l'argent qui mourrait acheter son amour : il n'était pas un objet et sa vie et son cœur n'étaient pas à vendre. Il n'était pas un esclave, il était un homme livre. Ces mots firent mal à Drusus, qui lutta pendant des mois, essayant de l'arracher à ce milieu, mais Harry lui porta de moins en moins d'attention, l'ignorant, l'insultant même et le traitant de tous les noms quand il osait hausser le ton, en pleine rue, alors qu'il marchait aux côtés d'un de ses clients.

Harry avait été cruel avec lui : il lui avait pris son argent, qu'il gagnait si durement, il ne lui avait jamais rendu ses sentiments et il lui avait même manqué plus d'une fois de respect, l'humiliant en public, le traitant d'amant éconduit devant ses comparses, son si joli visage ravagé par la méchanceté. Drusus avait pleuré, il avait crié, il l'avait supplié. Il se serait ruiné, pour lui, il aurait tout fait pour son bonheur. Tout.

Harry n'en doutait pas une seule seconde.

Mais il avait suivi les conseils d'un homme qui, ancien prostitué, avait arrêté de se vendre après s'être marié avec une riche veuve qui, malheureuse, s'était réfugiée dans ses bras et l'avait sorti de son trou. Il avait cessé tout marché de ce genre, chérissant son épouse chaque jour que les dieux lui accordaient. Un jour, Harry l'avait rencontré. A l'époque, il était poursuivi par un amoureux-transi et ne savait pas comment s'en débarrasser.

Sois un monstre, lui avait-il dit. Qu'il les ruine, les humilie, les détruise s'il le fallait. Il n'était qu'une pute, dépendant de ces hommes qui venaient dans son lit et de leur bestialité. Mais il devait rester libre, libre de tout mouvement, sans jamais rien devoir à qui que ce soit. Car là était le danger, avec ces amoureux-transi : ils le prenaient pour leur chose, et un jour, ils se lasseraient de lui, et il serait tout seul, malheureux et désespéré. Il était quasiment impossible pour une prostitué d'être heureux, encore moins avec un homme. Tout n'était que sexuel. Pas sentimental. Tout n'était que fantasme. Pas réalité.

Alors Harry s'était montré terrible avec Drusus, amant éconduit, qui se referma sur lui-même, sans argent et désespéré. Le brun avait toujours mené cette politique depuis qu'il avait rencontré cet ancien prostitué, il n'allait pas changer alors qu'il n'éprouvait rien pour cet homme. Il avait néanmoins craint qu'il fasse une bêtise, ne le voyant plus pendant des semaines et des semaines, mais il était revenu un jour. Et depuis, il continuait à naviguer dans son champ de vision, se payant ses services de temps en temps, essayant de l'amadouer avec des pâtisseries ou autres cadeaux qu'il pouvait se permettre.

Cet homme l'exaspérait. Il était gentil, foncièrement gentil, et dans le fond, ça lui faisait du mal de le repousser ainsi sans cesse, ne parvenant pas à briser ses derniers espoirs, mais il ne pouvait pas se montrer trop proche de lui, même si par moments, quand Drusus avait la vague à l'âme et qu'il venait se confier à lui, cela lui donnait envie de le serrer fort dans ses bras.

Harry ne devait s'attacher à personne. Et personne ne devait s'attacher à lui. L'amour n'apportait que des souffrances inutiles, surtout dans son cas. Un être aussi sale que lui ne méritait rien d'autre que du dégoût.

Alors que Drusus lui expliquait comment il avait eu ces si bons gâteaux et lui parlait des potins du moment, les pensées de Harry dérivèrent vers Draco. Un élan de tendresse s'empara de son cœur, alors que le goût du miel et des fruits glissait sur sa langue avec délice. Un léger sourire se forma sur ses lèvres et Drusus l'interpréta mal, continuant à lui parler avec encore plus d'ardeur. Mais ce sourire ne lui était pas destiné. Loin de là.

C'était étrange comment cette relation avec Draco s'était construite, du jour au lendemain. Il s'était déjà fait à ses visites régulières. Habituellement, il l'aurait déjà jeté dehors en le voyant aussi empressé : il le voyait deux fois par semaine, ce qui était beaucoup trop, sans compter qu'il payait pour la nuit entière. Pourtant, Harry n'en fit rien, pour la bonne et simple raison que Draco était un genre d'homme très particulier.

Le pensant d'abord insipide et sans aucun intérêt, Harry avait vite déchanté en découvrant un homme cultivé et intelligent, profondément désabusé et sans grand espoir en l'avenir ni en lui-même. Il savait qu'il sortait d'une période de deuil, sûrement difficile pour lui, mais il n'avait pas acquis ce flegme du jour au lendemain, il faisait partie de son caractère. Et aussi étrange que cela puisse paraître, il adoptait le même comportement avec Harry. En effet, il ne se montrait jamais particulièrement empressé, bien que la passion le dévore lors de leurs rapports, mais il n'était exigeant, il n'avait pas non plus la réelle envie de s'imposer. S'il le payait plus pour passer la nuit entière avec lui, ce n'était pas pour l'éloigner des autres clients ni même pour rester plus longtemps avec lui : c'était simplement pour éviter d'être jeté à la porte comme un malpropre une fois leur affaire conclue, ce qu'il trouvait apparemment plutôt humiliant.

Draco s'attachait à lui, parce qu'il avait été son premier amant masculin et parce qu'il avait trouvé un réel plaisir entre ses bras, mais jusque là, il n'avait jamais manifesté la moindre jalousie, ni même dégoût vis-à-vis de Harry, lui apportant parfois quelques présents, comme par pure politesse, et passant une bonne partie de la nuit simplement à dormir à ses côtés sans le toucher. Il n'exigeait pas ce que Harry lui devait, vu comment il le payait, il ne prenait pas son plaisir car tel était son dû, il n'arrachait pas ce qu'il avait acheté. Il venait, avec parfois un petit quelque chose, lui faisait l'amour, puis dormait contre lui, et le lendemain, son esclave Blaise venait lui apporter son argent, avec une ponctualité déconcertante. Tellement déconcertante que Harry avait toujours évité le moment où il rencontrerait cet esclave, même si c'était stupide.

Et c'était bon. C'était bon d'avoir ce genre d'amant, qui s'attachait à lui sans pour autant devenir l'homme exigeant qu'était Drusus, qui lui faisait l'amour correctement, quoiqu'avec un peu de trop de vigueur parfois, et qui le traitait comme un homme. Comme un homme comme tous les autres. Sans jamais évoquer son travail de façon infamante, sans jamais le traiter comme un animal, sans jamais l'insulter ou le frapper pendant l'acte.

Il aimait sa main qui caressait sa peau, son sexe de façon maladroite, ses cheveux avec douceur. Il aimait ses yeux bleus, que Draco détestait, et adorait les regarder virer de l'hésitation au désir. Il aimait sa bouche, ses baisers d'adolescent infiniment tendres.

Draco ne savait pas embrasser, baiser, toucher comme un homme de son âge aurait dû savoir le faire. Et Harry trouvait cela à la fois adorable et terriblement séduisant…

« Et donc j'ai rencontré Tulius et sa nouvelle femme. Qu'est-ce qu'elle est jeune ! Tu te rends compte, ce vieux porc se remarie pour la troisième fois, sa femme doit bien avoir l'âge de sa fille cadette !

- Pourquoi s'est-il séparé de son ancienne femme ? Elle était belle pourtant, même si elle avait de drôles d'oreilles.

- Elle ne lui donnait pas d'enfants. Tu sais, son fils aîné est mort, le deuxième est en train de dériver. Il lui faut un héritier. Ca fait deux ans qu'il était marié et aucune grossesse à l'horizon. Autant épouser une jeune fille, elle sera sûrement plus féconde. Qu'est-ce que tu fais ? Hé, ces gâteaux sont pour toi, pas pour elle !

- Je peux bien lui en donner un ou deux, non ? »

Drusus grimaça : c'était comme donner de la confiture aux cochons. Il regarda d'un air énervé Harry se pencher vers Luna et lui donner deux petits gâteaux que la jeune fille accepta avec plaisir. Puis, le jeune homme revint vers lui et lui lança un regard entendu : la moindre critique et c'était la porte. Drusus n'avait jamais compris pourquoi diable Harry se montrait aussi gentil avec cette femme stupide qui ne lui servait pas à grand-chose à part être un fardeau. De toute façon, il n'était jamais parvenu à le comprendre, quoi qu'il fasse. Harry était un être à part. C'était sans doute ce qui faisait son charme. Cette faculté qu'il avait d'être fort et fier, et cette part cachée si fragile et timide qu'il ne montrait quasiment jamais…

« Que fais-tu ce soir ?

- Je ne sais pas. Je vais travailler, comme d'habitude.

- Tu ne veux pas que nous…

- Non Drusus, pas ce soir.

- Pourquoi pas ce soir ? »

Parce que Draco vient ce soir…

« Tu es occupé, en fait, c'est ça ?

- Pourquoi tu t'énerves ?

- Parce que tu n'es pas franc ! Dis-moi que tu es occupé et…

- Un client va passer ici ce soir et il me prend pour la nuit, donc je ne peux pas t'accorder ma soirée.

- Ce type va payer pour toute la nuit ? »

Il avait bien insisté sur le mot « toute », le regard soudain plein de jalousie. Jalousie parce que Harry allait se donner toute la nuit à un autre, et jalousie parce qu'un autre avait les moyens de se payer toute la nuit. Car quoi que dise Harry, il n'y avait que par l'argent qu'on pouvait s'offrir son amour et sa fidélité…

« Oui, et alors ? Il y a un problème ?

- Il a les moyens ?

- Tous les romains ne vivent pas dans la misère, Drusus. Et il me paye bien.

- Bien sûr. Tant qu'on te paye bien, tu te fais n'importe quel romain.

- C'est mon travail, je te signale. Je vis de ça et j'ai besoin de manger.

- Il y a d'autres façons de gagner son pain !

- Tu m'agaces. Reprends tes gâteaux et sors de chez moi.

- Harry, essaie de… »

Mais le jeune homme se levait déjà du sol où il était assis et allait se retirer dans sa chambre. Drusus se redressa aussitôt et attrapa le bras de Harry pour le retourner. Le jeune homme, sans se démonter, le regarda droit dans les yeux et le défia d'aller plus loin, de continuer à parler ou de le toucher. Drusus avait envie de le prendre dans ses bras, fort, de le sentir se blottir contre lui, et de l'embrasser, de sentir ses lèvres pleines sous les siennes et sa langue talentueuse dans sa bouche. Il avait envie de lui faire l'amour, là, tout de suite, de lui retirer sa tunique et de caresser sa peau, la lécher, l'honorer tout entier…

Mais il ne lui appartenait pas. S'il s'avançait vers lui, de cette façon, sans être dans le cadre de cette relation client et amant, il perdrait ce semblant d'amitié qu'il était parvenu à construire avec tant de mal. Il le perdrait peut-être définitivement. Drusus ne voulait plus jamais voir dans ses yeux verts si beaux la moindre trace de répulsion, de moquerie ou de colère. Il ne voulait y lire que douceur, gentillesse, taquinerie.

« Veux-tu bien me lâcher, Drusus ? »

L'homme le relâcha à contrecœur. Il y avait tant choses qu'il aurait voulu lui dire, même si Harry savait déjà tout, ou presque. Il aurait voulu le convaincre, lui faire comprendre… Mais il avait un esprit obtus, il avait faim de liberté, et ce n'était pas avec Drusus qu'il pourrait l'obtenir.

Drusus n'était qu'un bon à rien. Il n'était qu'un raté.

Il était né raté.

Et il serait toujours un raté.

« Maintenant, du balai. »

Et Harry alla dans sa chambre dont il ferma la porte. Déçu, Drusus quitta le logis en silence. Une fois la porte claquée, Luna se leva, abandonnant son travail et alla dans la chambre de son maître qui se massait les tempes. Il leva les yeux vers elle et elle lui fit un signe avec sa main signifiant « manger ».

« Tu veux manger les gâteaux ? »

Elle hocha la tête.

« Tu peux tous les finir, si tu veux. »

Il termina sa phrase par un léger sourire et elle disparut. Harry poussa un soupir, un peu agacé par le comportement de Drusus. Une chance qu'il ait cessé depuis longtemps de faire le guet en bas de chez lui pour voir quels clients venaient passer la nuit dans son lit. Sinon, il aurait rencontré Draco, et cela aurait peut-être fini en bain de sang.

Il y a trois ans, Drusus était venu à Rome dans un but bien précis : rencontrer Lucius Manilius Favonius. Cet homme qui, dans un lointain passé, avait été son père. Une fois sa carrière de militaire terminée, il avait disparu, rentrant à Rome pour contracter un beau mariage avec une romaine digne de ce nom, et non pas une indigène à laquelle il avait pourtant fait pas moins de trois enfants. C'était la mort de sa mère qui avait motivé Drusus, qui n'avait jamais vraiment connu son père.

Harry savait qu'ils s'étaient vus. Fou de chagrin et de rage, Drusus avait eu la bêtise de sauter sur ce noble romain et de lui cracher son passé à la figure. Bien sûr, Lucius avait tout nié et l'avait fait châtier pour son offense. Il en gardait des marques rouges sur le dos, qui ne disparaîtraient jamais.

Des traces indélébiles, sur son dos et sur son cœur…

Draco était le fils légitime de cet homme qui avait causé le malheur de cette femme, qui avait espéré longtemps, peut-être à cause de fausses promesses, qu'elle se verrait unie officiellement à lui, et aux enfants qu'il avait engendrés.

Drusus était un bâtard.

Il était né comme un raté.

Il vivrait comme un bâtard.

Et mourrait comme un raté.

Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !