Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple: Harry Potter / Draco Malfoy.

Evaluation: M.

Bonjour à tous !

Lys : Après ce loooong moment d'attente, nous voilà !

Je voulais changer des choses puis au final... J'ai eu la flemme u_u donc voici le 4e chapitre !

Bonne lecture !


Voici quelques petites notes, afin de vous aider à mieux comprendre certains termes. Ils ne sont pas tous dans ce chapitre mais aussi dans les suivants.

Atrium : Cour intérieure, dotée d'un bassin recueillant les eaux de pluie, autour de laquelle s'ordonne une villa romaine.

Crassus : Gros.

Lararium : Sorte de petite chapelle ou d'appartement, où les statues des Lares (génies tutélaires d'une maison) et des mânes (ancêtres divinisés) étaient placées et adorées.

Lupanar : Lieu de prostitution.

Pluton : Autre nom de Hadès, Roi des morts.

Questeur : Magistrat romain chargé des finances.

Severus Rogunus Snapinus : Ce nom n'a AUCUNE valeur historique mais Jojo Aquarius a tenu à le mettre -.-.

Stola : Vêtement mis par-dessus la tunique.

Volumen : rouleau de papyrus.


Chapitre 4

Flanqué de Blaise et Caius, Draco marchait tranquillement dans les rues de Rome. Il y avait de l'animation, une pièce de théâtre avait lieu ce jour-là dans le grand théâtre de Pompée. Une pièce sur la tragique histoire d'Icare qui, à l'aide des ailes confectionnées par son père Dédale, voulut trop s'approcher du soleil et en mourut, les chaud rayons faisant fondre la cire. Il tomba dans les flots, punis pour son arrogance à vouloir s'approcher trop près de l'astre et des dieux.

C'était une sortie familiale. Blaise était enchanté et Caius aussi. Tous deux adoraient le théâtre et leur regret était de ne pas partager ce moment avec leur maître. En effet, au théâtre, les hommes étaient placés selon leur catégorie sociale. La première couronne était réservée aux sénateurs et chevaliers, la seconde au peuple et la dernière regroupait les esclaves et les étrangers, les seuls à devoir se tenir debout pendant la représentation. Construit en forme d'hémicycle, c'était sur une estrade que jouaient les acteurs, des esclaves entretenus par un riche romain.

Rome était en effervescence. A ses côtés, Blaise et Caius parlaient de la prochaine représentation. En général, Draco ne se rendait au théâtre qu'avec eux. Sa mère détestait ça et ne s'y rendait quasiment pas, de même pour Astoria, qui était fatiguée et ne se sentait pas très bien ce jour-là. Blaise avait toujours aimé ces représentations. Ils ne les regardaient jamais ensemble mais il lui en parlait avec tellement de passion une fois sorti qu'il en devenait barbant, c'était pourquoi il emmenait toujours Caius, qui était aussi bavard que Blaise après une représentation. Ces deux là l'épuisaient. En même temps, il ne pouvait pas le leur refuser. C'est Severus qui les avait emmenés pour la première fois au théâtre, contrant les ordres de Lucius. Blaise n'était qu'un enfant à l'époque et Caius avait été chargé de le surveiller. Maintenant, il était plutôt chargé de lui faire la causette une fois la pièce terminée. Un rôle qu'il remplissait avec un grand plaisir.

Devant eux, Scorpius gambadait. Portant une petite tunique et des sandales, il regardait le monde autour de lui avec des yeux émerveillés. Draco gardait un œil attentif sur lui : l'enfant était obéissant mais il était tellement heureux de cette sortie qu'il pourrait faire n'importe quoi. Evidemment, son fils aimait sortir de la villa, mais aller au théâtre était sans doute une des choses qu'il préférait. C'en était même étonnant. Même si Scorpius ne comprenait pas tout, il était attentif, écoutant attentivement ce que les acteurs racontaient, assis sur les genoux de son père. Il parlait un peu, parfois, quand il ne comprenait vraiment pas, et Draco lui glissait des explications à l'oreille. Son fils n'avait que cinq ans, mais il était étonnement éveillé pour son âge et, un peu comme Draco autrefois, il voulait imiter son père et le suivre partout. Cependant, quand les jeux du cirque avaient lieu, le blond n'avait pas le courage de l'emmener, se souvenant parfaitement de sa propre horreur à la vue de ce spectacle répugnant.

Ils se dirigeaient tranquillement vers le théâtre, autour duquel des marchands vendaient diverses choses, comme des boissons, de la nourriture… Scorpius tira sur sa toge en lui montrant un stand qui vendait des friandises. Il y avait du bruit partout, c'en était à lui donner mal à la tête. Draco se tourna vers Caius et le coupa dans sa tirade.

« Caius, va m'acheter quelques gâteaux pour Scorpius. Mais quelque chose de bon, pas des cochonneries. Nous allons par là-bas, rejoins-nous.

- D'accord. »

Son esclave partit au trot. Scorpius sautillait en applaudissant de ses mains, ses yeux brillants d'envie. Draco passa une main affectueuse dans ses cheveux. Ils continuèrent de marcher, en direction du théâtre, dans les rues encombrées.

Soudain, il vit Harry. Alors qu'il marchait auprès de Blaise, son regard se posa sur Harry qui marchait à contresens, avec Luna à son bras. Le jeune homme le vit également et quelque chose flotta entre eux. Ils ne savaient pas comment réagir. Devaient-il se saluer, parler ?

Ils se croisèrent et Draco détourna les yeux.

Il fallait croire que non.

Harry baissa les siens, essayant de contenir sa peine. A quoi s'attendait-il ? Que Draco le salue avec un sourire, comme s'ils étaient deux citoyens civilisés ? Bien sûr que non. Il n'était qu'un prostitué, la lie de l'humanité. Ce qu'ils faisaient la nuit n'avaient d'importance que quand le soleil n'était plus accroché tout en haut des cieux, cela n'existait que sous la lune, seule témoin de leurs ébats.

Bien sûr, on ne le saluait quasiment jamais. Ses clients le regardaient, avec mépris, avec indifférence ou alors avec hésitation, et rares étaient ceux qui franchissaient le pas et venaient lui dire bonjour. Pourtant, le fait que Draco l'ignore ostensiblement lui fit mal. Il ne s'imaginait rien, pourtant. Que pouvait-il attendre de plus, venant de lui ? Il était déjà bien assez bon avec lui.

Tellement bon qu'il aurait voulu encore plus. Un tout petit peu plus. Plus qu'un regard hésitant et sa tête tournant sur le côté.

Près de lui, Luna était tout aussi nerveuse. Elle les avait reconnu et s'était attendue à diverses réactions. Elle avait espéré la meilleure, mais bien sûr, ils ne s'étaient pas arrêtés pour les saluer. Elle ne savait pas si elle était plus déçue pour Harry, qui avait sans doute espéré autant qu'elle ne serait-ce qu'un petit geste, ou parce que Blaise n'avait pas fait plus attention à elle.

Ils devaient rejoindre deux amis à Harry qui venaient aussi regarder la représentation. C'était un peu comme un jour de fête. Luna ne comprenait rien, étant trop loin pour lire sur les lèvres des acteurs et n'entendant rien de leurs tirades, mais elle tenait toujours à accompagner Harry, comme pour ne pas qu'il soit trop seul. Elle passait son temps à regarder tout ce monde autour d'elle ou à rêver, son bras enlaçant celui de Harry, leurs mains liées parfois, en une étreinte réconfortante.

Soudain, son regard se posa sur un petit stand qui vendait des pâtisseries. Elle tira sur le bras de son maître et le traîna jusque devant le marchand qui proposait ses friandises avec un sourire jovial. L'homme éclata de rire envoyant le regard gourmand de la jeune fille qui regardait ses produits comme s'il s'agissait de pierres précieuses.

Avec le sourire, Harry acheta quelques gâteaux, même s'ils étaient un peu chers. Luna allait s'ennuyer pendant tout ce temps-là, il pouvait bien lui offrir un petit quelque chose. Alors que son esclave prenait les pâtisseries que le marchand lui tenait, Harry sentit soudain quelque chose percuter sa jambe, le faisant vaciller.

« Monsieur ! Monsieur ! »

Il baissa les yeux, surpris. Un petit garçon aux cheveux blonds, haut comme trois pommes, avait la tête levée vers lui, révélant alors ses grands yeux verts tendant vers le marron. Il tenait dans ses mains deux fleurs rouges. Avec un sourire joyeux, il en tendit une à Harry.

« Tenez, c'est pour vous ! »

L'enfant donna la fleur à Harry qui la prit, sans comprendre, alors que le petit garçon tirait sur la tunique de Luna pour qu'elle regarde vers lui, puisqu'elle ne baissait pas la tête malgré ses appels, pour lui donner sa fleur. Harry regarda la plante, qui était très jolie, en se demandant qui pouvait bien être cet enfant, vêtu d'une tunique de trop bonne qualité pour que ses parents ne soient que du bas peuple.

« Mais qui t'as donné ça, mon garçon ?

- Mon papa ! Il est là-bas ! »

L'enfant leva son petit bras et lui montra son père. Là-bas, tout là-bas. Harry écarquilla les yeux quand il revit Draco, flanqué de Blaise. Le blond lui sourit gentiment, de même pour son esclave, mais toute son attention était rivée sur Draco, sur ses lèvres arquées tendrement et qui le regardait. Un irrésistible sourire naquit sur ses lèvres, ses doigts se recourbant sur la fleur, tandis que l'enfant repartait, courant entre les passants pour rejoindre son père.

Même s'il était loin, Draco pouvait lire dans ses yeux et sur son visage l'émotion qui étreignait son cœur. Jamais il ne lui avait paru aussi beau qu'en cet instant, agréablement surpris par ce si modeste présent qui l'avait touché plus que tout autre cadeau.

Quand Scorpius les rejoignit, Draco lança un dernier regard à son amant puis il partit avec Blaise.

OoO

Harry le regardait dans les yeux. Il avait l'air passionné par ce qu'il voyait.

« Tu as de beaux yeux, tu sais.

- Ne raconte pas de bêtises, Harry.

- Si, c'est vrai. Tu as des yeux magnifiques.

- C'est une tare.

- Pour toi. Pas pour moi. »

Il l'embrassa pour le faire taire.

OoO

Ce fut leur première dispute.

« Lâche-moi ! »

C'était la première fois qu'ils s'embrouillaient. Cela faisait bien trois semaines qu'ils se fréquentaient, se voyaient presque tous les trois ou quatre jours, et ce soir, en cette nuit chaude et lourde, ils vécurent leur première brouille.

« Ne me touche pas !

- Quoi, tu as peur de moi ?

- Peur de toi ? Il ne manquerait plus que ça, tiens ! Je n'ai pas peur de toi, ni de qui que ce soit d'autre ! »

Draco n'avait jamais aimé les disputes. Il lui arrivait parfois de se brouiller avec Blaise, mais cela ne durait jamais longtemps. Ils finissaient toujours par revenir l'un vers l'autre. Ses amis, il lui était arrivé de se disputer avec eux, pour des motifs divers. Rancunier, comme son père, Draco ne revenait que rarement sur ses pas pour s'excuser, en général c'étaient les autres qui revenaient, parce qu'ils savaient qu'il ne ferait pas le premier pas.

« Sors de chez moi !

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi ! »

Sa nature ne le prédisposait pas à se disputer souvent, ce qui était par contre souvent le cas de son père, qui s'embrouillait avec tout le monde, que ce soit les membres de sa famille vivant sous son toit, sa femme qu'il supportait de moins en moins au fil des années, ou encore ses esclaves qui, parfois, refusaient de lui obéir. Cela se finissait toujours mal. Surtout pour les esclaves. Surtout pour sa mère…

« Mais moi non plus ! Tu me traites comme si j'étais ta chose, comme si on était amants !

- C'est ce que nous sommes, je te signale !

- Tu me payes ! Tu me payes pour être ton amant, Lucius Manilius Draco ! Je ne le suis pas de ma propre volonté, il n'y a aucun sentiment entre nous ! Tout ça n'est que du sexe ! Tu te berces d'illusions! »

Les esclaves étaient battus, voire humiliés. Sa mère se retrouvait cloitrée dans leur villa, incapable d'en sortir, même si elle essayait de convaincre un esclave de l'aider à s'échapper, ne serait-ce que quelques heures.

« Précisément, je te payes pour être mon amant ! Tu n'as pas à refuser quand je demande tes services ! Pour qui te prends-tu ? Te crois-tu si important ? Penses-tu que je sois incapable de me passer de ta présence ? »

Draco ne se disputais jamais avec son père. Il craignait ses colères, toujours terribles, et n'en avait jamais vraiment éprouvé le besoin. Il était comme la majorité des personnes vivant sous le toi de Lucius : il était comme le ciel, bleu et tranquille quand rien ne l'agaçait, et pire qu'une tempête quand on osait le défier. L'orage grondait sous leur toit quand l'ordre des choses était bouleversé, des éclairs pleuvaient dans la villa, le tonnerre faisait vibrer les murs…

« Tu viens tout le temps, Draco ! Tu es toujours là, sur mon dos ! Je ne t'appartiens pas, je ne suis pas ton amant ! Je peux coucher avec qui je veux, où je veux et quand je veux ! Qu'importe ce que tu penses, je suis libre ! Je suis un homme libre !

- Si tu étais si libre que ça, tu ne serais pas là à vendre ton corps !

- Va voir ailleurs, espèce de bâtard ! Va baiser ailleurs ! »

Sa voix montait dans les aigues. Son visage reflétait toute la colère qui grondait en lui, ses yeux vers étaient humides et douloureux.

« C'est ça, je vais trouver un amant bien meilleur que toi qui ne fera pas de caprices !

- Je ne fais pas de caprices ! Va-t-en ! »

C'était presque une crise d'hystérie. Harry hurlait.

Draco avait touché à sa liberté. En pleine rue, il lui avait montré des signes de possession : il l'avait vu se faire courtiser par son prochain client, en bas de chez lui, et il l'avait arraché à ses bras.

C'était mauvais. Trop mauvais.

La situation dérivait.

Alors Harry hurla, jusqu'à ce que Draco disparaisse de son univers.

OoO

La veille, il était allé chez Scipion, qui organisait à nouveau une petite soirée où il payait des prostitués pour leur servir le repas, à la place des esclaves qui normalement avaient cette tâche. Vu le prix proposé, Harry ne pouvait décemment pas refuser, même si ce n'était guère reluisant comme travail. Cela dit, il n'était pas le seul à avoir accepté, et dans le fond, il n'avait pas vraiment à se plaindre, il ne faisait rien de foncièrement dégradant, ce qui lui était déjà arrivé quelque fois à sa plus grande horreur, et Scipion était présent. Ce dernier éprouvait beaucoup d'affection pour Harry, il ne permettrait jamais qu'on lui fasse du mal sous son toit. La veille, il n'avait pas été assez ivre pour oublier sa présence. Ils avaient donc passé la nuit ensemble. Enfin, ils ne l'avaient fait qu'une seule fois, Scipion s'était effondré dans le sommeil après avoir éjaculé. Tant mieux. Harry avait pu rentrer chez lui.

Il avait passé la journée à arpenter la ville. C'était un jour de marché, il avait donc fait quelques courses avec Luna qu'il avait manqué de perdre plus d'une fois, ce qui avait fini malheureusement par arriver. Avec son air rêveur et ses pensées loin, très loin de Rome, elle s'était aventurée dans des quartiers plus ou moins bien fréquentés et Harry avait craint qu'il ne lui arrive quelque chose. Il y tenait, à sa petite Luna, il préférait qu'on lui passe sur le corps à lui plutôt qu'on ne touche ne serait-ce qu'un seul de ses cheveux.

Puis ils étaient rentrés et Harry s'était baladé avec elle. Le ciel était un peu couvert mais il faisait bon, un léger vent rafraichissait un peu l'atmosphère. A présent, la nuit était tombée, et il était temps de travailler. Au lieu d'attendre un quelconque client chez lui, Harry décida de se balader un peu dans le quartier. Des clients potentiels s'y promenaient à la recherche d'un jeune homme ou d'une femme à leur convenance. Il ne tarderait pas à trouver quelqu'un.

Harry se savait beau, très beau même. Il avait hérité son visage de son père, un vrai séducteur, qui s'était assagi en rencontrant sa mère qu'il avait aimée de toute son âme. Ses yeux verts, c'étaient d'elle qu'il les avait hérités. Il avait toujours eu une certaine fierté à avoir de si beaux yeux. Il gardait peu de souvenirs de ses parents, se rappelant un peu de la chevelure de feu de sa tendre mère et le rire tonitruant de son père, sa main large qui ébouriffaient ses cheveux. Enfant, Albus lui avait souvent dit qu'il était beau, autant que l'était son âme. Les dieux avaient été généreux, avec lui.

Harry n'en était pas si sûr, quand il voyait à quoi servait sa beauté…

Le jeune homme marchait tranquillement dans le quartier. Il pensa à sa soirée, la nuit de débauche qu'il allait encore passer. Ses pensées se tournèrent soudain vers Draco, mais il les repoussa aussitôt. Il ne voulait pas penser à lui, surtout pas. Cet homme prenait une part de plus en plus importante dans sa vie, c'en était invivable.

Il était toujours là. Cela faisait bien un mois qu'il l'avait rencontré, peut-être même un peu plus, et Draco ne le lâchait plus. Chaque semaine, il le voyait au moins deux fois. Le blond venait chez lui, prenait possession de son corps, dormait toute la nuit dans son lit, puis le payait et s'en allait après un baiser sur son front.

Machinalement, Harry leva la main vers son front, ses joues rosissant. Qu'importe ce qu'il pouvait dire à Draco, c'était bien la première fois qu'un de ses clients se comportait de cette façon avec lui. Draco était étrange, à la fois parce qu'il vivait avec ce flegme, cette solitude et cette indifférence de tout, mais aussi parce qu'il ne se comportait pas de façon mauvaise avec Harry. Il était toujours respectueux, ne lui faisant jamais de mal volontairement, ne lui imposant pas de force son sexe dans sa bouche. Il ne se comportait pas en dominateur, bien qu'il devienne presque violent quand le plaisir le rendait à moitié fou, mais jamais il n'avait insulté Harry, jamais il ne l'avait frappé, jamais il ne lui avait arraché son plaisir, le traitant comme un animal, une putain, une chose.

Il lui faisait l'amour. Avec sa maladresse et ses hésitations, il lui faisait l'amour. Il plongeait son sexe en lui tout en regardant son visage, guettant la douleur, s'arrêtant quand elle se faisait sentir. Il caressait ses fesses, son pénis. Il embrassait ses épaules, son cou, sa bouche. Draco prenait soin de lui. Il ne prenait pas son plaisir. Il essayait d'être un bon amant. Comme si c'était à Harry qu'il devait faire ses preuves, comme si c'était à lui qu'il devait donner du plaisir…

Et c'était jouissif. Etre au centre des attentions d'un si bel homme, être l'objet de toutes les tendresses d'une telle personne…

Draco et ses cheveux blonds, si doux et fins entre ses doigts…

Draco et sa petite bouche, qui ne souriait jamais.

Draco et ses yeux d'orage, ses magnifiques yeux d'orage…

Et voilà qu'il repensait à lui, malgré lui.

Harry poussa un soupir à fendre l'âme.

En fait, il regrettait ce qu'il lui avait dit, l'autre fois. Il avait dit à Draco d'aller chercher du plaisir ailleurs, d'aller voir d'autres hommes, et à présent il le regrettait. Le brun lui avait dit ça pour le raisonner, Draco s'attachait trop à lui, la situation allait dériver et ce ne serait plus cet homme attentif et doux qu'il aurait dans son lit mais un mâle voulant imposer sa volonté et la marque de sa propriété sur son corps.

Et Harry n'appartenait à personne. Personne.

« Eh, Aristophane !

- Tiens, Silus, comment vas-tu ?

- Oh, bien. Comme toujours. Tu es en chasse ?

- On peut dire ça.

- Bon courage, je cours chez Galba, je suis en retard ! »

Harry regarda l'homme partir au trot avec un léger sourire. Il était l'une des rares personnes à l'appeler par son prénom en entier. Harry n'aimait pas son prénom. Il y avait renoncé en devenant un prostitué.

Il avança un peu dans les rues, tranquillement, sans craindre les regards tournés vers lui, certains envieux, d'autres malsains. Il en avait trop vu pour faire attention ou pour craindre les hommes, il avait trop subi. Il connaissait la nature humaine, il savait ce qui se cachait derrière le visage de tous ces hommes si sérieux et bien propres sur eux. Ils n'étaient pas mieux que lui. Ils étaient même pires.

Soudain, il s'arrêta de marcher. Tout son corps se bloqua, se tendit comme un arc. Il écarquilla les yeux alors que son regard se posait sur un homme à demi masqué par une capuche recouvrant sa tête. C'était Draco, portant la même tenue qu'il avait sur le dos quand il venait le voir chez lui. Il était en train de discuter avec Caper, un beau jeune homme de son âge aux cheveux bruns qui lui souriait gentiment.

Ils marchandaient.

Ils allaient coucher ensemble.

Aussitôt, le mauvais venin de la jalousie coula dans le cœur de Harry qui sentit tous ses muscles se crisper. Une sourde colère s'empara de lui et il foudroya Caper de ses yeux.

Il ne pouvait pas laisser faire ça. Il ne pouvait pas laisser Draco coucher avec un autre, glisser son sexe dans l'intimité d'un autre. Il ne pouvait pas laisser Caper, ou un autre, ou une autre, voir son visage se tendre d'anticipation, rougir sous l'effet du plaisir, s'abandonner à la luxure. Il ne pouvait pas le laisser entendre ses gémissements de plaisir, sa voix rauque qui prononçait avec mal son nom, ses mains qui savaient si bien caresser sa peau et ses cheveux noirs…

Et puis ses yeux…

Ses yeux d'orage…

Il ne pouvait pas laisser un autre que lui en admirer toute la beauté…

A grandes enjambées, cessant de réfléchir, Harry s'avança vers eux et, arrivé à leur hauteur, attrapa le bras de Draco. Caper lui lança un regard courroucé alors que le blond tournait la tête vers lui, haussa un sourcil. Harry recomposa son masque, arbora un sourire moqueur et un regard tout aussi cynique.

« Alors joli blond, on me fait des infidélités ?

- Bas les pattes, Aristophane, va donc batifoler ailleurs !

- Désolé mais je viens récupérer ce qui m'appartient.

- Ton nom n'est pas écrit dessus ! Lâche-le ! »

Mais Harry lui coula un regard terrible, perdant son sourire. Il cloua Caper sur place puis, sans un mot, tira Draco hors de cette rue. Le blond voulut protester, ne comprenant pas le comportement du jeune homme, qui se glissa dans une toute petite et étroite ruelle. Ils s'arrêtèrent, et quand Draco voulut lui dire sa façon de penser, il fut plaqué contre le mur alors qu'une bouche affamée dévorait la sienne. Il ne put résister, d'une parce que la bouche de Harry était trop douée pour qu'il puisse le repousser, mais aussi parce que cette marque évidente de jalousie était des plus exquises. Draco l'attira encore plus à lui, lui tenant fermement la taille, alors que Harry le rendait fou avec sa bouche, son corps affolant se glissant parfaitement contre le sien, comme s'il avait été conçu pour se glisser contre lui.

« Alors, il parait que je t'appartiens ?

- Tais-toi…

- N'est-ce pas toi qui m'as dit d'aller voir ailleurs ?

- Tu veux retourner voir Caper ? Il est bon, mais il n'a aucune imagination.

- Il m'a laissé entendre le contraire. Tu as testé ? »

Harry lui embrassait le cou, essayant, avec succès, de le rendre à moitié fou. Draco se sentait bander et la cuisse du brun frottait contre son entrejambe de manière affolante.

« Bien sûr. Alors ? Qu'est-ce que tu choisis ? Lui ou moi ?

- Tu connais très bien la réponse.

- Tu ne m'en veux pas pour l'autre fois ?

- Après une telle manifestation de jalousie, je ne peux plus t'en vouloir. »

Harry leva la tête et lui jeta un regard mauvais, vexé comme un enfant. Draco déposa un baiser sur son petit nez, ce qui le fit rougir, puis ils partirent précipitamment vers l'appartement de Harry. Ils entrèrent puis allèrent dans la chambre. Harry n'avait cessé de l'exciter pendant tout le trajet, trouvant un malin plaisir à le plaquer contre un mur pour l'embrasser, afin de se venger de sa petite moquerie, alors Draco le plaqua à son tour contre le mur de sa chambre. Harry fondait contre lui, son corps était incandescent. Le voir se faire séduire par un autre avait éveillé en lui une jalousie qui s'était muée en un véritable feu. Draco le recouvrait de tout son corps, il était envahit de sa présence.

Draco voulut défaire sa ceinture mais Harry l'en empêcha. A la place, il le poussa de force en arrière, brisant par la même leur baiser. Draco l'interrogea du regard et faillit gémir d'anticipation quand Harry se baissa et se glissa sous sa tunique.

Le blond eut un mal fou à demeurer debout. Ses jambes tremblaient, le sang qui coulait dans ses veines drainant avec mal le plaisir qui affluait depuis son bas-ventre. La bouche de Harry s'occupait de son sexe, ses mains plaquées sur ses hanches, les serrant avec force pour qu'elles ne bougent pas. Le brun sentait sa tension, sa difficulté à tenir sur ses jambes. Il ne savait pas où étaient ses mains, où il les avait posé pour s'appuyer. Peut-être étaient-elle de chaque côté de son corps, peut-être que son visage était concentré pour ne pas qu'il s'effondre, tant son plaisir était grand.

A présent, Harry connaissait parfaitement Draco, il savait ce qu'il aimait et ce qu'il détestait, comment le faire décoller ou au contraire le torturer… Et cette caresse si intime et particulière était quelque chose qui avait un peu de mal à passer chez lui. Ce n'était pas le fait qu'une bouche entoure son sexe qui l'ennuyait, c'était plutôt le fait que Harry s'abaisse à le faire qui le dérangeait, car si aimer un homme n'était pas réellement réprouvé à Rome, être pénétré ou faire une fellation l'était totalement. Et cette considération pour lui le poussait encore plus à vouloir lui donner du plaisir par cette voie-ci, car le jeune homme avait toujours la sensation que Draco essayait d'apprécier pleinement ce moment, sachant que ce n'était pas foncièrement agréable pour l'autre et que c'était plutôt dégradant.

C'était sans doute l'une des choses qu'il préférait chez cet homme : sa faculté à se mettre à sa place, pendant leur étreinte, et le respect, certes maigre, que cela lui inspirait.

Draco faillit venir dans sa bouche mais, comme à chaque fois, il lui dit quand il ne pouvait plus tenir. Alors Harry se retira mais ne le fit pas jouir, cette fois-ci, et sortit de sous la tunique. Draco avait les joues écarlates et ses yeux brillaient de mille feux. Il était magnifique. Le brun voulut l'emmener vers le lit mais, soudain, le blond le bloqua contre le mur. Harry calcula mentalement qu'il était impossible que Draco puisse le prendre contre le mur, il n'était pas aussi fort que Drusus et il ne pourrait pas le porter, quand alors le romain le retourna, se collant à son dos. Oui, comme ça, ça marcherait déjà un peu mieux, pensa-t-il en soupirant, imaginant déjà le sexe de son amant en lui.

Posant ses mains aux doigts quelque peu recourbés contre le mur, Harry ferma les yeux et sentit plus qu'il ne vit Draco défaire son pagne, sous sa tunique, et le faire glisser le long de ses jambes. Puis, ses mains caressèrent ses cuisses, en un mouvement lent et doux, tandis que sa bouche déposait de légers baisers papillon sur sa nuque. Une de ses mains repoussa l'arrière de son vêtement, l'autre tenant le tissu. Harry ne mit pas longtemps à sentir les doigts de son amant en lui.

Depuis le temps, Draco avait appris à aimer un homme. Même s'il demeurait maladroit, parce qu'il n'avait jamais eu une libido très développée et que faire l'amour à un homme était différent d'avec une femme, Draco savait à présent comment cela marchait. Il savait comment donner du plaisir. Et même si Harry refusait de l'avouer, il savait que les préliminaires étaient quelque chose qu'il aimait. Il avait compris, à mi-mots, qu'il avait tant souffert du manque de préliminaires avant la pénétration qu'il en était venu à préférer ce moment-là de l'étreinte.

Alors l'homme blond prenait soin d'émoustiller d'abord, puis d'exciter un maximum son amant qui se tordait sous lui. Il mit d'abord un doigt, écoutant le léger soupir qui s'échappa des lèvres rouges de Harry, puis un deuxième, qui engendra un léger gémissement, et enfin un troisième. Ses mouvements de ciseaux et d'allers-retours excitaient Harry mais ce n'était pas assez pour lui, et même s'il lui demandait d'aller plus vite, Draco n'en faisait rien.

Enfin, après un long moment ponctué de gémissements qui affolèrent les sens du romain, ce dernier retira ses phalanges devenues habiles et pénétra le petit orifice.

C'était une autre chose qu'il avait apprise : bien qu'il ait tendance à aller assez vite dans la pénétration, quand c'était lui commandait, Harry avait tendance à préférer y aller en douceur. Alors à chaque fois, Draco le prenait lentement, à le faire pleurer d'anticipation, faisant attention à ne pas lui faire mal, même si c'était compliqué car les chairs autour de son sexe étaient chaudes, un peu humides et accueillantes. Il avait envie d'aller plus loin, plus vite, mais il faisait cela lentement, alors que Harry, les mains à plat sur le mur, avait le corps tendu de désir.

Quand il fut enfin en lui, Draco amorça un premier mouvement qui leur arracha un gémissement. Puis il bougea à nouveau, avec la même lenteur, cherchant à se contenir le plus possible, mais au fil de ses mouvements, cela devint impossible. Un plaisir innommable, indescriptible envahit ses reins, comme à chaque fois qu'ils faisaient l'amour, et Draco ne put bientôt plus se retenir. Ses coups de reins se firent plus vigoureux, ses mains étaient crispées sur les hanches de Harry qui l'accueillait en lui avec des gémissements d'extase, poussant parfois de petits cris quand son amant touchait ce point si loin en lui mais si sensible qui lui faisait voir les étoiles.

Draco en devint presque violent, cela n'avait plus aucune importance, ni pour lui qui brûlait de l'intérieur, sa main cherchant le membre dur de Harry, ni pour ce dernier qui luttait pour rester debout, cherchant la bouche de Draco qui avait posé sa tête contre son épaule. Il n'y avait plus que ce sexe dur en lui qui frappait sa prostate, le plaisir qui faisait brûler son corps et cette bouche posée contre son cou qui léchait la sueur salée qui perlait sur sa peau.

La jouissance vint, dévastatrice. Harry cria, ne pouvait plus se retenir, alors que Draco se déversait en lui. Ses doigts accrochés à ses hanches demeuraient coincés sur sa peau et tout son corps se plaqua contre Harry, l'écrasant contre le mur, alors qu'il continuait de jouir en lui, son corps soudain épuisé, sa tête à mille lieux de là. Le jeune homme, ainsi pris entre son amant et le mur, en savoura la fraicheur contre sa joue. Il avait la respiration rauque, les bruis qu'émettait Draco vibrant encore dans ses oreilles. Son souffle erratique mit du temps à se stabiliser, il avait les poumons en feu et la gorge sèche. Il sentit soudain Draco se retirer de lui, et il se laissa glisser contre le mur, se retrouvant assis à même le sol. Il avait chaud dans sa tunique, qu'il avait toujours sur le dos, mais il ne fit rien pour la retirer, même si elle brulait sa peau.

Draco, quant à lui, parvint à rester debout, et les yeux piquetés d'étoiles, il se dirigea comme un ivrogne vers la salle de séjour où il chercha de l'eau pour apaiser la sécheresse de sa gorge. Il trouva une cruche remplie d'une eau tiède mais qui lui fit un bien fou. Il était encore tout tremblant, même si cela commençait à s'apaiser. Il resta quelques minutes là, à siroter son eau, se remettant peu à peu du plaisir qu'il avait ressenti.

« Je peux savoir ce que tu fais, joli blond ? »

Comme pris en flagrant délit, Draco sursauta et chercha l'origine de la voix des yeux. Et ces mêmes yeux eurent une vision enchanteresse.

Un bras replié contre le chambranle, négligemment appuyé dessus, Harry se tenait dans l'encadrement de la porte. Sa tunique était à moitié défaite, sa ceinture tenait à peine la tunique froissée qui laissait apercevoir les jambes et les cuisses de Harry, l'une d'elle apparaissant clairement à la lumière de la lampe à huile de la chambre et de la pièce où Draco se trouvait. Ses cheveux partaient dans tous les sens, plus encore que d'habitude. Dans cette pose négligée, dans cette tenue à moitié défaite, Harry était l'incarnation même de la luxure, ses yeux verts et étonnamment brillants malgré la semi-obscurité lui lançant un regard incendiaire.

Il n'avait jamais été autant désirable.

Caper et ses atouts étaient loin, bien loin…

Rien ne pourrait jamais valoir la vision que lui offrait Harry en cet instant.

Sa gorge pourtant hydratée se fit tout à coup plus sèche.

« Je buvais un peu d'eau. Tu as soif ?

- Oui, très. »

Draco resservit de l'eau dans sa coupe et l'amena vers Harry qui ne le lâcha pas des yeux. Le blond lui tendit la coupe et son amant la prit dans ses mains pour en boire quelques gorgées. Puis, Harry posa la coupe sur le sol et entreprit de déshabiller Draco. Ce dernier le poussa à l'intérieur de la chambre dont il ferma la porte, de façon à ce que Luna, ne sait-on jamais, ne les voit pas en plein ébat. Sa ceinture rejoignit le sol, puis sa tunique et enfin le pagne qu'il portait dessous. Enfin, Draco déshabilla Harry, lui retirant sa ceinture qui ne tenait quasiment plus puis sa tunique, révélant son corps mince.

« Si on ne regarde que certaines parties de ton corps, on pourrait croire que tu es une femme.

- Je ne sais pas comment je dois le prendre.

- Tu as un corps androgyne.

- Mi-homme, mi-femme ?

- Tu as la peau douce comme celle des femmes et la vigueur des hommes. »

Ils se retrouvèrent sur le lit, se caressant et s'embrassant. Les mains de Draco voyageaient sur le corps de son amant qui se laissait faire. Il aimait quand le romain le touchait de cette façon, c'était agréable. En douceur, le prostitué se saisit du sexe de Draco et le caressa un peu. Il était prêt pour un deuxième tour.

« Harry…

- Tu n'es pas prêt à recommencer ? »

Le brun se redressa, quittant les bras de Draco, et voulut s'asseoir sur le matelas. Draco l'empêcha, ce qui étonna le brun.

« Quoi ?

- Ne fais pas ça.

- Ce n'est pas sale, tu sais.

- Je ne veux pas. »

Le blond posa ses doigts sur la bouche de Harry qui fronça les sourcils ne comprenant pas où il voulait en venir. Draco n'osait pas lui dire. Il trainait ça depuis des semaines, des semaines qu'il avait ça en tête sans jamais oser en parler à Harry, sans jamais mettre cela en œuvre… Des semaines qu'il avait envie de ça, qu'il avait envie de lui rendre la pareille, pas totalement, mais au moins un peu, un tout petit peu… Lui apporter du plaisir, autrefois, comme il le faisait quasiment à chaque fois qu'il se voyait.

« Qu'est-ce que tu as, Draco ? Tu sais, tu peux tout me dire.

- Je sais.

- Tu hésites. Quoi, tu as un fantasme inavoué ? Mais qu'est-ce que tu veux ? »

Draco venait de le saisir par le bras pour qu'il se redresse complètement au lieu de rester à demi appuyé sur son bras, ce qui était inconfortable.

« Lève-toi.

- Pardon ?

- Lève-toi. »

Tous deux étaient assis sur le matelas. Harry fronça les sourcils sans comprendre puis, il saisit le sens de sa phrase. Il piqua un fard monstrueux, ses joues prenant une teinte rouge vive alors que ses yeux s'écarquillaient de surprise. Bien malgré lui, Draco éclata de rire, alors que le brun se cachait les joues sous ses mains, terriblement embarrassé. Il savoura néanmoins le son si rare du rire de Draco, ne parvenant cela dit pas à apaiser la rougeur de ses joues.

« Draco, ne ris pas de moi…

- Tu es adorable. Tes joues sont toutes rouges. »

Draco repoussa gentiment une main de Harry et caressa l'arrondi de sa joue, qui demeurait toujours aussi écarlate.

« Ca te gêne tant que ça ?

- Tu n'es pas obligé, Draco. C'est déshonorant, comme pratique.

- Je sais.

- C'est aussi déshonorant que de prendre le rôle de la femme.

- Je sais. Lève-toi.

- Tu le regretteras, Draco. C'est pas agréable, c'est pas très bon, et…

- S'il te plait, Harry, lève-toi. »

Alors Harry se leva, toujours aussi embarrassé. C'était comme si on avait troublé l'ordre des choses, le schéma qui se répétait nuit après nuit. Harry se tint debout devant Draco, qui lui était assis. Le brun était face au mur, se mordillait la lèvre. On n'avait jamais vraiment touché cette partie de son anatomie, avec la bouche, il n'était pas vraiment habitué. Certains de ses clients aimaient ça, ou s'y essayaient, mais peu aimaient vraiment ça. Et il était gêné que Draco veuille essayer. Il commençait à le connaître, cet homme. Ce n'était pas de la curiosité ou un fantasme. C'était comme rendre la pareille.

Faire l'amour avec lui, c'était donner et recevoir. Il faisait partie de ces hommes qui tiraient leur plaisir du contentement de l'autre. Il n'avait pas le plaisir égoïste.

Draco regarda un instant le sexe de Harry, qui commençait malgré lui à dormir. Il prit le sexe dans sa main, le toucha, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois auparavant, caressant la peau fragile qui le recouvrait. Au-dessus de lui, Harry ne s'arrêtait pas de rougir, se pinçant la lèvre. Ce n'était pas une bonne idée. Et pourtant, quand Draco prit le bout de son pénis entre ses lèvres, il gémit sans retenue.

C'était étrange. C'était étrange de sentir cette partie du corps de cet homme dans sa bouche. Jamais, Ô grand jamais il n'aurait imaginé un jour avoir le bout d'un sexe d'homme dans sa bouche. Son père devait frémir dans sa tombe, à le voir tomber aussi bas, goutant avec ses lèvres la chaire intime d'un mâle. C'était quelque chose de repoussant, peu agréable, et pourtant, Draco continua. Il avait envie d'essayer, il voulait savoir ce que cela faisait. En quelque sorte, il voulait rendre la pareille à Harry.

Ce n'était pas très bon. Harry avait déjà éjaculé et il restait sur son sexe le goût de sa semence. C'était une sensation particulière, de sentir cette chaire grosse et dure dans sa bouche, qui pulsait contre sa langue et son palais. Mais ce qui était encore plus étrange, c'était de lécher le sexe de Harry, et d'y trouver un certain plaisir malgré tout. Car il lui suffisait de lever les yeux pour voir son amant, les mains posées à plat sur le mur en face de lui, son visage reflétant toutes les agréables sensations qu'il ressentait pour qu'il se sente lui-même mieux. Ses mouvements furent un peu plus rapides, plus maladroits. Il léchait avec application le membre, comme le faisait Harry, suçait le bout, essayait de l'avaler en entier sans y arriver. Au-dessus de lui, Harry se tenait d'une main et l'autre était sur les cheveux de Draco qu'il caressait. Il lui soufflait, entre deux gémissements, quelques indications.

Ne pousse pas trop loin, ça va te donner envie de vomir et de toute façon tu ne peux pas le prendre entier. Vas-y doucement, sans te précipiter, tu vas juste me faire mal.

Et Draco se laissait bercer par ces petits murmures, ces petites demandes soufflées à mi-mots. Il lui donna du plaisir, maladroit, avec sa bouche, novice, et Harry gémit au-dessus de lui, abandonné à ce plaisir qu'il ressentait trop peu souvent, caressant ses cheveux de façon presque mécanique.

Ce fut un moment assez étrange.

Harry se crispa soudain et lui ordonna de façon abrupte d'arrêter. Alors Draco abandonna le sexe fièrement dressé, n'étant pas prêt du tout à avaler la blanche semence de son amant. Harry recula un peu et se pencha en avant. Draco le masturba un peu et le brun se rendit sur les draps, quelques gouttes giclant sur la cuisse du romain.

Harry resta quelques instants debout, courbé. Il se redressa un peu, comme s'il ne savait plus où se mettre, où s'asseoir, où rester debout. Draco embrassa son ventre, là où naissait une ligne de poils noirs qui descendait jusqu'entre ses cuisses. Le brun se mordilla la lèvre en sentant ce baiser sur sa peau, son cœur cognant dans sa poitrine, tant il lui semblait intime, particulier.

Enfin, le jeune homme brun se laissa tomber devant lui, s'écroulant de façon peu gracieuse. Pour cacher son embarras, Draco le regarda reprendre ses esprits et, accessoirement, son souffle. Ils se regardaient, aussi troublés l'un que l'autre. Nerveusement, ils eurent un petit rire. Draco l'attira vers lui et Harry se laissa faire volontiers. Apparemment, ce soir, c'était lui qui se faisait dorloter, alors pourquoi ne pas en profiter. Son amant l'allongea sur le lit et prit soin de lui un long moment avant de le prendre, sur le lit, lui faisant l'amour avec la même tendresse. Harry se laissa faire, ne regrettant pas sa soudaine crise de jalousie dans la rue.

C'était bon d'être avec lui. D'être le centre de toutes les intentions.

Et puis, autant se l'avouer…

Même si ce n'était rien, à l'échelle du monde… Ce que Draco avait fait l'avait bouleversé.

OoO

Assis face à lui, nu comme le jour de sa naissance, Draco buvait un peu d'eau, le dos posé contre le mur frais derrière lui.

« Au fait, je ne t'ai pas remercié pour la fleur.

- Je t'en prie. Je ne dois pas être le premier à t'en offrir.

- Non, c'est vrai. Mais c'est la tienne qui m'a fait le plus plaisir.

- C'est vrai ?

- Bien sûr. Tu es un client particulier, Draco.

- A ce point-là ?

- Tu es l'un des seuls que j'embrasse. »

Le blond haussa un sourcil perplexe.

« Pourquoi ça ?

- Je ne sais pas, c'est comme ça. Je n'embrasse pas tous mes clients. Je l'interdis à certains, je le tolère chez d'autres, j'aime ça chez quelques-uns. »

Ses baisers avaient un goût d'interdit. Un goût que Draco adorait. Le goût d'un baiser d'homme…

« J'aime t'embrasser. C'est agréable.

- Je ne suis pas très doué.

- Ce n'est pas grave. »

Harry haussa les épaules et but une gorgée d'eau, comme pour clore la discussion.

OoO

Blaise était furieux. Cela arrivait rarement. Etant un esclave, et donc complètement soumis à ses maîtres, il était parvenu à canaliser ses sentiments et donc son énervement. C'était sa mère qui lui avait appris à demeurer calme en toute circonstance. Cela n'avait pas été facile, pourtant. Blaise était un enfant, à l'époque, mais il n'était pas aveugle. Il savait très bien ce qui se passait dans son dos, même si sa mère essayait de le lui cacher.

Aussi loin qu'il s'en souvienne, il n'avait jamais aimé Lucius Manilius Favonius. Pour lui, c'était un homme détestable et sans morale. Il avait couché sans doute avec toutes les esclaves de la maison, plus d'une fois même. Que ce soit les jeunes filles qui arrivaient dans la maison ou bien les esclaves plus âgées mais non moins jolies, elles étaient toutes passées dans la couche du maître. Et sa mère en avait fait partie. Ce vieux dégoutant avait sans doute voulu savoir ce que ça faisait que de coucher avec une noire. Il n'avait pas mis longtemps à comprendre que ce n'était pas si mauvais que ça.

Petit qu'il était, Blaise avait une vision très rétrécie du monde. L'univers se résumait à la villa et à ses habitants. Il y avait quelques membres de la famille Manilius, la maître Lucius et son épouse Narcissa, ainsi que les petits maîtres Tiberius et Draco.

Blaise haïssait Tibérius. Il le frappait à chaque fois qu'il le pouvait en riant, parce que sa peau était si noire que les marques rouges ne se formaient pas distinctement sur son épiderme. Il lui disait qu'il était bien laid, qu'il était stupide et qu'il ne valait rien, que ce n'était qu'un esclave, que sa mère n'était qu'une putain et que son père la baisait.

Il avait intériorisé. Pour sa mère, et pour ne pas être frappé plus fort. Sa haine pour le jeune maître le lisait cependant dans chacun de ses regards. Il ignorait Draco, qui n'existait quasiment pas dans la villa, petit être pâle et fragile qui jouait seul, dans un coin, sans que personne ne fasse attention à lui.

Et puis Tiberius était mort. Blaise avait vécu cela comme une victoire : les dieux l'avaient puni pour sa méchanceté. Toute la maison en avait été accablée, mais il n'en avait eu que faire : il avait sept ans, ce garçon qu'il haïssait était mort, et il était bien content. Alors Draco avait succédé à son aîné, et Blaise s'était demandé sérieusement s'il ne serait pas comme son frère. Il avait alors nourri la même haine qu'il avait éprouvé pour Tiberius, même si le petit garçon si timide et silencieux ne lui avait jamais fait de mal. Son père lui en faisait bien assez, avec tout ce qu'il faisait subir à sa mère. Son fils serait comme lui, un jour : un gros porc qui violerait chacune de ses esclaves avec un plaisir non feint.

Sa mère tomba enceinte. Blaise avait huit ans. Il vit le ventre de sa mère s'arrondir, encore et encore. Il vit la peau noire de sa mère bleuir à cause des coups donné par la maîtresse, jalouse et furieuse. Il vit le bout de ses doigts roses piqués par des aiguilles, plantées par la maîtresse avec férocité quand sa coiffure, sa tenue ou son maquillage ne lui plaisait pas. Sa mère se mit à porter des tuniques avec des manches, pour cacher ses bras blessés.

Pendant neuf mois, Blaise regarda sa mère mourir à petit feu, tandis que son ventre s'arrondissait, proportionnellement au malheur qui s'abattait sur elle. Et au bout de ces neuf fois, elle mit au monde un enfant mort-né, et décéda quelques jours plus tard, ayant perdu trop de sang.

Blaise pleura longtemps. Il avait huit ans. Draco six. Et alors qu'il sanglotait au coin de la cours, la morve coulant de son nez et la peau de ses joues tendue par le sel de ses larmes, Draco vint se blottir contre lui, lui tenant la main, en lui demandant pardon. Il avait pleuré avec lui, ils s'étaient tenu la main fortement. Et depuis, ils ne s'étaient plus jamais séparés.

Pendant des années, Blaise s'était entraîné à demeurer calme en toutes circonstances. Pour Draco. Il l'avait suivi toutes ces années comme son ombre, lui consacrant son existence, car il était à présent sa seule raison de vivre. Draco était son meilleur ami, presque son frère, il n'y avait pas entre eux ce fossé qui existait entre un homme libre et un esclave. Ce fossé n'existait qu'en public, mais dans l'intimité, il n'y avait plus de barrières. Si Blaise devait secouer Draco, ou le disputer, il le faisait sans craindre de représailles. Mais il s'énervait rarement. La violence ne rimait à rien, disait sa mère. Et avec Draco, il était vrai qu'elle ne rimait à rien : quand on lui criait dessus, il fermait ses oreilles et attendait que ça passe, puis repartait à ses occupations. C'était Severus qui lui avait expliqué ça, un jour.

Blaise sortit de la villa, excédé, et vit Draco qui empruntait déjà le chemin pour se rendre dans la ville. L'esclave lui sauta presque dessus, ce qui fit sursauter le blond.

« Blaise ! Qu'est-ce qui…

- Rentre à la maison. Tout de suite. »

Son ton était pressant, dur. Blaise serrait les dents, ses dents si blanches comparées à sa peau ébène. Draco fronça les sourcils.

« Je n'ai pas d'ordres à recevoir.

- Que vas-tu faire ? Retrouver cet homme, passer la nuit avec lui et revenir au petit matin comme une fleur ?

- Je n'ai aucun compte à te rendre.

- Oui, c'est vrai. Tu es libre, tu peux disposer de ta vie comme tu l'entends. Coucher à droite et à gauche comme tu l'entends…

- Blaise !

- … Mais il se trouve que ta femme est malade ! Elle est malade, Draco !

- Que veux-tu que j'y fasse ?

- Tu fais comme si tu ne savais rien ! Mais elle est malade, Draco, elle ne bouge plus de son lit depuis hier ! Elle te demande et tu ne viens pas la voir, tu lui portes aucun intérêt ! C'est vrai que tu ne l'aimes pas, que tu t'es marié avec elle par intérêt, mais elle est la mère de tes enfants, elle a mis Scorpius et Proserpine au monde ! Tu pourrais au moins avoir un minimum de considération pour elle après ce qu'elle a fait pour toi ! »

Draco poussa un grognement de mécontentement. Oui, il savait qu'Astoria traînait une mauvaise maladie qui l'épuisait et, à présent, la clouait au lit avec une méchante fièvre. Mais que pouvait-il y faire ? Attendre dans sa chambre que son état ne s'améliore ? Essayer de discuter avec elle ? Il n'avait rien à lui dire, c'était triste, mais il n'avait aucun sujet de conversation à adopter avec elle. Cette femme l'ennuyait, n'éveillait aucun intérêt en lui. Elle était terne et insipide.

Si différente de Harry, si vivant et passionné…

« Alors tu vas aller voir ton amant ? »

Cette fois-ci, toute colère avait disparu. Blaise avait parlé d'un air déçu, désappointé, en voyant que Draco gardait le silence, ne sachant quoi répondre.

« Tu vas aller le voir alors que ta femme se meurt ? Alors que cet homme que tu payes passe toutes ses nuits à accueillir d'autres hommes dans son lit ? Un homme qui ne t'aime pas et qui ne t'aimera jamais ?

- Blaise, tu sais ce que…

- Il te rend plus vivant, Draco. Je le vois à tes yeux, à ton comportement. Tu es plus ouvert, tu es rêveur… J'ai l'impression de te retrouver tel que tu étais avant la mort de ton père, j'ai l'impression de te redécouvrir… Mais ta femme, Draco, ta femme se meurt dans sa chambre, seule, et toi tu vas pendre du bon temps dans les bras d'un homme qui n'est intéressé qu'à tes deniers… Je t'en prie, Draco, pas ce soir… Pas ce soir alors que ta femme pleure dans son lit… S'il te plait… »

Pendant un instant, Blaise lut l'hésitation dans le regard de Draco, et cela lui fit plus mal encore pour sa maîtresse, Astoria, seule dans son lit. Puis le blond poussa un soupir et accepta de le rentrer, à contrecœur. Blaise se sentait peiné dans son cœur. A une époque, jamais Draco ne se serait comporté de la sorte. Jamais il n'aurait ainsi négligé les souffrances de sa femme, clouée au lit. Mais cette époque était révolue. Il avait un amant. Un prostitué. Qui allait l'user jusqu'à la corde…

OoO

Draco marchait à grandes enjambées dans la nuit noire. La lumière des torches et des fenêtres éclairait son chemin, mais de toute façon, à force, il connaissait le chemin par cœur. Il savait exactement quel itinéraire prendre, où tourner, quand s'arrêter.

Sors de chez moi !

Il était épuisé. Sa journée avait été horrible, épuisante. Il s'était longuement disputé avec des supérieurs, au sujet de son travail, qui apparemment comportait des lacunes, ce que Draco contesta immédiatement. Il ne se laissait pas marcher sur les pieds et ce n'étaient pas ces incapables qui allaient remettre en question sa façon de travailler.

Pour qui tu te prends ? Pour mon maître ?

Il pensait aller se détendre auprès de Harry. Cela faisait quelques jours qu'il ne l'avait pas vu, pris entre son travail et sa femme qui se plaignait à longueur de journée parce qu'il ne passait plus guère de soirées avec elle et à cause de douleurs chroniques qui revenaient sans cesse, la forçant à rester allongée pendant des heures dans son lit.

Je ne suis pas ton esclave !

Mais il avait eu tord d'y aller. Il n'était pas de très bonne humeur et il comprit rapidement qu'il en était de même pour Harry.

Je n'ai aucun compte à te rendre !

Alors que Draco marchait dans une rue mal fréquentée mais qu'il commençait à bien connaître, il avait rencontré Harry sur le chemin. Ou, plus exactement, il l'avait vu se faire séduire par un homme à l'aspect certes correct mais qui regardait d'un air lubrique le corps affolant du prostitué. Un élan de jalousie et de possessivité s'était emparé de Draco. Savoir qu'il couchait avec d'autres hommes que lui était un fait, le voir se faire accoster par un homme qui voulait visiblement profiter de ses services était bien différent.

Qu'est-ce que tu espérais, en agissant ainsi ? Que je te sauterais dans les bras, que je te remercierais ?

Alors il n'avait pas réfléchi et alors il s'était interposé. Il avait envoyé ce type balader, lui arrachant Harry qui, sur le coup, n'avait pas fait de scandale, mais cela n'avait pas été pareil une fois qu'ils furent dans une rue déserte.

Tu pensais agir en sauveur, c'est ça ?

Harry explosa. Les reproches plurent sur lui, sans qu'il ne s'y attende. Harry lui reprocha son comportement stupide, comment il avait envoyé balader son client et comment il l'avait pris, comme si le brun était sa chose. Mais il n'était pas sa chose. Ni la sienne, ni celle de qui que ce soit d'autre.

Mais je n'ai pas besoin de toi, moi !

Draco avait essayé de se défendre, mais il était trop fatigué, trop éberlué, et puis finalement trop énervé pour cela. Alors il avait répliqué. Il avait grondé, lui aussi. Il avait crié.

Je n'ai besoin de personne !

Il lui avait dit que Harry vivait aux frais d'autres hommes qui se payaient ses services et Draco était très certainement le client régulier avec lequel il gagnait le plus. Hors de lui, Harry s'était encore plus énervé, la conversation s'était envenimée.

Que tu sois là où non, ça revient au même !

Quelque chose s'était comme brisé, entre eux. Ils s'étaient déjà disputé auparavant, mais jamais comme ça. Jamais Harry ne lui avait fait tant de mal, avec ses mots, jamais il n'avait été aussi furieux après lui…

Je n'ai pas besoin de toi pour vivre !

Jamais il n'avait essayé de le blesser au plus profond de son être, lui crachant ses faiblesses d'homme né avec une cuillère en argent dans la bouche, de gamin qui pleurait encore son père décédé. Il n'était qu'un sale type qui aimait coucher avec d'autres hommes sans se l'avouer, prude qu'il était.

Ni de toi, ni de qui que ce soit d'autre !

Il n'était qu'un raté. Un raté qui se croyait mieux que les autres, qui prenait Harry pour sa chose. C'était ce qu'il avait dit à ce client potentiel. C'était ce qui sonnait dans ses mots…

Je ne suis pas à toi !

Harry avait eu peur. Peur de Draco, de ce qu'il pourrait ressentir. De l'évolution de leur relation.

Et ça faisait mal.

Terriblement mal…


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !