Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple: Harry Potter / Draco Malfoy.

Evaluation: M.

Et oui, je sais, vous l'attendiez tous... Eh bien le voici, le voilà, l'avant-dernier chapitre de cette fic, posté grâce aux demandes de Fanfan et Len x3.


Voici quelques petites notes, afin de vous aider à mieux comprendre certains termes. Ils ne sont pas tous dans ce chapitre mais aussi dans les suivants.

Atrium : Cour intérieure, dotée d'un bassin recueillant les eaux de pluie, autour de laquelle s'ordonne une villa romaine.

Crassus : Gros.

Lararium : Sorte de petite chapelle ou d'appartement, où les statues des Lares (génies tutélaires d'une maison) et des mânes (ancêtres divinisés) étaient placées et adorées.

Lupanar : Lieu de prostitution.

Pluton : Autre nom de Hadès, Roi des morts.

Questeur : Magistrat romain chargé des finances.

Severus Rogunus Snapinus : Ce nom n'a AUCUNE valeur historique mais Jojo Aquarius a tenu à le mettre -.-.

Stola : Vêtement mis par-dessus la tunique.

Volumen : rouleau de papyrus.


Chapitre 5

C'était un peu comme une impression de déjà-vu. Comme si les mêmes choses répétaient, à l'infini. Pendant quelques instants, il se rappela des paroles de Severus : son père avait eu une belle vie, professionnellement parlant, mais pas d'un point de vue personnel, car il avait épousé une femme qu'il n'aimait pas et qui lui avait donné deux fils, morts l'un après l'autre, et il avait vécu le reste de ses jours autour de son dernier né, avec la peur qu'il lui soit également repris.

La vie était un cycle sans fin. Draco était parvenu à faire son deuil, à accepter la disparition de son père et à continuer à vivre. Ca, il n'y était réellement parvenu qu'avec la présence de Harry, qui lui avait redonné envie de vivre. Il commençait pourtant à croire que leur relation était une abomination.

Dans l'ordre naturel des choses, jamais Draco n'aurait pu avoir la moindre relation avec un prostitué, aussi beau soit-il. Son désespoir, intériorisé et caché, l'avait mené à se jeter à corps perdu dans cette relation adultère sans fondements ni avenir, avec un homme qui se vendait chaque soir à d'autres pour subsister. Il avait tout oublié : son fils et sa fille qu'il aimait tant, sa femme malade, sa mère et sa famille, son travail… Il n'y avait plus eu que ces nuits où il avait la sensation de devenir lui-même, les yeux verts et pétillants de Harry, son sourire quand il l'accueillait chez lui.

Une abomination.

Jamais il n'aurait dû aller à ce dîner chez Scipion, jamais il n'aurait dû se laisser faire par Harry, jamais il n'aurait dû continuer à le voir…

Tout ceci n'avait aucun sens…

Car même si cette liaison lui avait permis de sortir la tête de l'eau, il en récoltait à présent les fruits. Et le remords. Ce terrible remords qui lui empoisonnait la vie.

Astoria s'était éteinte dans la nuit, dans d'affreuses souffrances. Personne n'aurait su dire de quoi elle souffrait, mais le fait était qu'elle était décédée. Au milieu de la nuit, Blaise était entré en trombe dans sa chambre, l'avait réveillé en le secouant et criait presque de panique quand il lui annonça que sa femme souffrait beaucoup et qu'elle le demandait. Son ton urgent avait poussé Draco à se mettre rapidement sur ses pieds et il s'était précipité à demi-nu dans la chambre de son épouse qui semblait souffrir tous les maux du monde. Elle pleurait dans son lit, ses mains crispées aux draps. Les larmes coulaient sur sa peau blanche comme de l'ivoire, ses lèvres minces laissaient échapper des plaintes rauques.

Pendant un long moment, Draco resta assis près d'elle, lui tenant la main et ne la lâchant pas du regard. Elle semblait soulagée de le savoir là. Perdue dans sa souffrance, elle lui parlait, de tout et de rien. Elle lui dit qu'il était beau, qu'elle l'aimait, même s'il avait des yeux qui gâtaient son visage, elle n'avait jamais cessé de le chérir. Les paroles de Harry lui étaient revenues avec toute leur force.

J'aime la couleur de tes yeux…

Un médecin était passé mais il avait été incapable de soigner ou même de soulager Astoria, qui s'éteignit tard dans la nuit. Sa main devint froide, son visage pâlit affreusement, perdant toute sa substance. Narcissa pleura de voir ainsi sa belle-fille morte sur son lit, les yeux clos, aussi silencieuse que d'habitude. Draco, lui, s'était retiré dans sa chambre et avait versé quelques larmes, aussi.

Sa femme était morte.

Elle était partie comme ça, sans rien dire, comme l'avait fait son père.

Non, il ne l'aimait pas. Oui, il lui portait trop peu d'intérêt pour souffrir éternellement de sa disparition. Mais sa soudaine mort remuait quelque chose en lui. Il se sentait coupable. Pendant des jours et des jours, elle avait souffert dans son coin, sans que personne ne s'y intéresse, et elle était morte seule, seulement reliée à la vie par la main chaude de son mari, qu'elle ne voyait quasiment plus depuis des semaines. Elle était partie en gémissant, comme un nouveau-né, parce qu'elle avait mal et ne voulait pas s'en aller ainsi.

Alors Draco, seul dans sa chambre, laissa des larmes dévaler ses joues, en se remémorant le jour de leur mariage, la tunique qu'elle portait ce jour-là et ses cheveux foncés si savamment noués sur sa tête. Il revoyait son visage souriant : elle était heureuse de l'épouser, même s'il n'avait vraiment pas de beaux yeux, et même s'il n'avait pas l'air très aimable. Elle l'avait aimé, depuis le premier jour où ils s'étaient rencontrés. Il repensa à sa première grossesse, son ventre qui s'arrondissait de jour en jour, chaud contre ses mains. Il se souvint de ses hurlements alors que Scorpius naissait, brillant une fois sorti. Le bonheur que cela avait été, l'élan de tendresse que le jeune homme qu'il était alors avait ressenti pour cette femme fantastique… Puis Proserpine, toute petite et douce Proserpine, qui faisait des bulles avec sa bouche et dormait mal la nuit.

Ses larmes redoublèrent.

Tout était de sa faute.

S'il avait été plus présent, s'il n'avait pas passé son temps dans le lit d'un autre, s'il avait été plus attentif au lieu de se jeter dans les bras d'un autre comme un adolescent émoustillé par la découverte des plaisirs de la chair, elle serait peut-être vivante, ou du moins, elle aurait eu une mort moins malheureuse.

Elle n'aurait pas été si seule.

Toute seule, à regarder son mari s'écarter d'elle.

A le regarder en aimer un autre…

OoO

C'était jour de marché. Il avait passé la journée dehors, avec Luna, à faire quelques courses, se balader, discuter avec les gens qu'il rencontrait. Il y avait certains clients, qui ne se gênaient pas pour venir le saluer, mais aussi des connaissances, voire même des amis qui exerçaient le même travail que lui. Harry aimait bien les journées de marchés, même si on avait tendance à le regarder de travers et à lui manquer de respect. Il essuyait toujours des insultes, des bousculades. Il s'était même déjà bagarré. Ça ne l'empêchait pas d'aimer ces journées. Il avait l'habitude de la violence, il vivait dedans depuis des années. Elle n'avait rien de nouveau pour lui.

Ils avaient déjeuné dans le petit logement que Harry louait dans un immeuble de deux étages, situé dans les mauvais quartiers de Rome, mais il y vivait relativement tranquillement. Il avait des voisins un peu bruyants, mais il s'y était fait. De toute façon, ce n'était pas comme s'il ne faisait pas lui-même du bruit quand ses clients venaient acheter ses services la nuit…

A une époque, Harry ne travaillait pas ainsi. Il avait une petite chambre dans un lupanar où il attendait ses clients, se postant non loin de la poste, son corps à demi-dévêtu. Puis, un homme, ou même une femme parfois, se postait devant lui, le payait, puis Harry s'allongeait sur le tout petit lit qui composait le mobilier de cette pièce ridiculement étroite et laissait la personne faire son affaire. Il enchaînait toute la nuit les clients. Sa vie avait commencé à changer quand des hommes un peu plus importants que les simples particuliers s'étaient intéressés à lui. Sur les conseils d'un autre prostitué, Harry avait augmenté un peu ses tarifs et, peu à peu, il s'était enrichit. Il avait alors changé de manière de procéder, et donc de vie, regagnant peu à peu un mode de vie plus sain, si ce terme pouvait s'appliquer à son existence.

Même s'il n'était pas vraiment heureux, même si sa situation était instable et malsaine, il sentait un peu mieux. Il pouvait mieux contrôler ses clients, les choisir, en rejeter certains, et repousser les avances désagréables et les demandes dégoutantes de certains hommes. Il était capable de faire beaucoup de choses, mais il se refusait certains excès, certains abus, qui lui aurait peut-être permis de gagner encore plus d'argent. Car il savait que certains hommes avaient de drôles de fantasmes, qui ne demandaient qu'à être assouvis. Ces hommes-là lui faisaient peur, il les fuyait comme la peste. Certains de ses amis s'étaient déjà retrouvés ligotés, baisés sauvagement, et on les avait retrouvés à demi-morts dans un coin, comme des poupées sans vie. Combien de fois Harry avait-il écarté les fesses de ses amis pour nettoyer les dégâts, essayer de les soigner, tandis que l'autre gémissait et pleurait, criait parfois, planquant leur bouche contre le matelas.

Tous des ordures, pensait-il, alors qu'il marchait dans les rues de Rome, le soleil ayant presque disparu. Il était allé rendre visite à un de ses anciens clients, à présent marié. Il l'aimait bien, celui-là, parce qu'il n'avait jamais été méchant ni cruel avec lui, le traitant toujours avec respect, du moins ne lui avait-il jamais fait de mal. Harry avait ses clients réguliers, celui-là en avait fait partie. Il les sélectionnait presque, bien qu'il n'ait pas toujours la possibilité de refuser. Il demeurait une putain, il ne pouvait pas toujours dire non. En réalité, il n'aurait même pas eu à avoir à refuser la moindre proposition, il avait déjà de la chance que quelqu'un puisse s'intéresser à lui, que quelqu'un concède à lui donner quelques pièces pour un peu de plaisir éphémère, il n'allait pas en plus se payer de le luxe de refuser…

Mais il le faisait. Parce qu'il en avait assez d'avoir mal, parce qu'il en avait assez bavé, et parce qu'il pouvait bien se le permettre. Il était beau, il avait du charme, de la tenue, on lui pouvait lui excuser son comportement. Ses prix avaient augmenté, il faisait payer plus cher ses services, cela le rendait un peu plus prestigieux, cela donnait encore plus envie aux hommes de l'avoir pour eux.

Mais il n'appartenait à personne. Qu'importe l'or qu'on aurait pu lui donner, sa vie lui appartenait. Aussi fragile fut-elle, elle n'appartenait qu'à lui, et à lui seul.

Dans le ciel, le soleil avait laissé des trainées pourpres, dorées et rose qui lui donnaient un aspect presque irréel. La nuit tombait, bientôt les rues seraient sombres, et il devrait travailler. Il poussa un soupir et décida de prendre un raccourci pour arriver plus vite chez lui.

Il s'engagea alors dans une rue sombre et étroite, suivies d'autres, non fréquentées mais peu attrayantes. Il sillonna ainsi les rues, rencontrant parfois des gens, puis plus personne. Il allait tourner à gauche vers une rue un peu plus fréquentées quand, soudain, son regard tomba sur une forme cachée dans l'ombre. C'était un homme, assis sur un gros bloc de pierre formant comme un banc sous une fenêtre délabrée, condamnée. Il était replié sur lui-même, ses pieds posés au sol mais tout son corps courbé vers l'avant, ses avant-bras posés sur ses jambes et ses mains cachant son visage.

Il aurait pu le reconnaître entre mille. La lumière était mauvaise, ses cheveux blonds assombris par l'obscurité de cette ruelle abandonnée. Pourtant, Harry reconnut de suite Draco, prostré sur cette vieille pierre. Un élan de mélancolie et de douleur s'empara de son être. Les dures paroles qu'il avait prononcé quelques jours plus tôt lui revinrent en mémoire avec force et sa gorge se noua.

Draco n'avait jamais été méchant avec lui, et Harry, lui, s'était montré cruel vis-à-vis de lui. Draco si gentil, si mélancolique et indifférent de tout, qui prenait soin de lui, le payait trop, dormait contre lui après lui avoir longuement caressé les cheveux. Draco et ses yeux d'orage, qui grondaient pendant leurs corps-à-corps…

Harry s'avança vers le banc et s'agenouilla devant lui.

« Draco ? »

Il posa ses mains sur ses genoux, cherchant son regard, mais le blond n'avait pas bougé, comme s'il ne l'avait pas entendu.

« Draco, regarde-moi. Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

- C'est ma faute. »

Ces mots tombèrent entre eux. Tout le corps de Harry se crispa et le goût amer du remords glissa sur sa langue. Il se mordit la lèvre inférieure, nerveux, ne sachant quoi dire à son amant.

« J'ai appris, pour ta femme. Je suis désolé.

- Tout ça, c'est de ma faute…

- Non, Draco, tu n'y es pour rien… »

Sa voix douloureuse le remuait jusqu'aux tripes. Harry avait envie de pleurer, de le secouer, mais il ne pouvait rien faire à part rester agenouillé là, sur le sol sale, ses mains sur les genoux de cet homme qu'il ne parvenait pas toujours à comprendre, mais dont il saisissait les souffrances cachées.

« Si. Si j'avais été plus présent…

- Ca n'aurait rien changé. Draco, ce n'est pas parce que toi et moi avions une liaison qu'elle est tombée malade, elle l'était déjà avant. Tu ne lui as pas porté assez d'attention, c'est vrai, mais personne ne l'a fait, que ce soit ta mère ou tes proches. Ta femme est morte en silence. Ce n'est pas parce que ton regard aurait été posé sur elle qu'elle aurait guéri.

- J'ai pas…

- Tu n'aurais rien pu faire, Draco. Tu n'es pas un dieu, tu n'es pas un médecin, ou un devin. Tu n'es rien d'autre qu'un homme comme les autres, marié à une femme qu'il n'aime pas, et qui est morte parce que les dieux l'ont voulu ainsi.

- C'est comme avec mon père… »

Harry parvint à dégager les mains de Draco de devant son visage, qui lui apparut alors, brouillé par la souffrance et les remords, ses yeux humides et fatigués, soulignés de cernes. Il paraissait perdu, malheureux, ses yeux reflétant tous ces sentiments qui se bousculaient en lui. Draco le regarda, comme personne ne l'avait jamais regardé. Avec une sorte de confiance dans le regard, comme s'il s'apprêtait à lui dire quelque chose qu'il n'avait jamais dit à personne. Cette vision serra le cœur du jeune homme, qui prit son visage dans ses mains fines.

« Il est mort, du jour au lendemain… Et Astoria aussi… Ils meurent, les uns après les autres…

- Tu n'y es pour rien…

- C'est comme si on me punissait… Comme si on me punissait… On m'a pris mon père, et j'ai été si seul, c'est comme si mon monde s'effondrait… Tout ce que j'ai entendu, tout ce qu'on a dit sur lui, toutes les illusions que j'entretenais ont volé en éclat… »

Des larmes dévalèrent ses yeux. Harry les recueillit avec ses pouces, tenant toujours le visage de son amant. Il avait envie de pleurer lui aussi, à le voir si désemparé, si désespéré et souffrant…

« C'était un salaud… Tout ce que les gens me disent, c'est ça… Mon père n'était pas quelqu'un de bien… J'ai grandi en l'aimant, parce qu'il m'aimait, j'ai grandi dans la voie qu'il m'a indiquée, sans me poser de questions, et du jour au lendemain, il a disparu… Quand je pense à ma vie… A cette vie que j'ai menée, quand je la regarde… Toutes ces années où j'ai suivi son ombre, où j'ai fait ce qu'il m'a demandé… »

Il devenait incohérent, embrouillé. Il ne savait plus ce qu'il disait, tant il avait de choses à dire, tant il en avait sur le cœur. Harry lâcha son visage et prit ses mains dans les siennes pour les serrer fort.

« Et Astoria… Elle est partie, elle aussi, comme ça… J'ai pas été là pour elle… Ils sont morts, tous les deux… Ce sera qui, la prochaine fois ? Scorpius, ma mère, Proserpine ?

- Draco, ne dis pas ça…

- Je vais les perdre. Eux aussi, on va me les prendre. »

Ses larmes redoublèrent. Il ne hoquetait pas, mais sa voix était mouillée, sa bouche grimaçait, ses joues étaient humides et ses yeux étaient envahis d'eau.

« Tous… On va me les prendre…

- Draco, s'il te plait, calme-toi. Ce n'est pas ta faute. Je n'ai pas connu ton père, mais c'était sans doute un homme comme les autres. Il n'était sans doute pas différent des autres romains, des autres hommes de sa classe. Tu aurais dû être comme lui…

- Mais je l'ai jamais été… J'ai jamais été ce qu'il a voulu, et…

- Tu n'y es pour rien ! »

Harry approcha son visage de lui et planta son regard dans le sien. Draco était comme un enfant, il l'écoutait, parce qu'il avait besoin qu'on lui parle, qu'on lui dise les choses. Il ne voulait pas de compassion, qu'on le réconforte. Il voulait qu'on lui explique, qu'on soit sec avec lui, qu'on lui dise pourquoi tout ça lui tombait dessus, du jour au lendemain, sans aucun signe avant coureur. Il voulait de l'honnêteté, pas de la pitié…

« Tu es différent des autres, Draco, et ce n'est pas un mal. Tu es bien comme tu es, tu es différent mais tu es bien. Ton père devait t'aimer comme tu es, et tu n'es pas responsable de sa mort. Il était vieux, toute vie a une fin. Et ta femme, tu n'es pas responsable non plus. C'est vrai, tu n'as pas été présent, mais qu'est-ce que tu aurais pu faire ?

- Elle m'aimait…

- Mais pas toi. Toi, tu l'as épousée par convenance. Elle n'a jamais vécu dans le besoin, tu ne l'as pas mal traitée. Elle a été heureuse près de toi, même si tu n'étais pas toujours présent. C'était à cette vie-là qu'elle s'attendait. C'est à cette vie-là que ces femmes s'attendent. Ta mère n'a jamais aimé ton père, et tu n'as jamais aimé ta femme. C'est comme ça, Draco. On ne peut pas se forcer à aimer. Ta seule faute est de ne pas avoir été là pour elle quand elle souffrait. Mais peut-on te le reprocher ? A-t-elle été présente quand ton père est mort ? Oui, je sais, ce n'est pas une raison. Mais tous deux, qu'importent vos sentiments, vous ne faisiez aucun effort pour vous rapprocher, car vous n'étiez pas faits pour être ensemble. Parce que c'est le résultat de tout mariage arrangé. »

Draco hocha vaguement la tête. Il lui faudrait du temps pour se remettre de la mort de son épouse, cette disparition lui remettant à nouveau les pieds sur terre. Harry lâcha ses mains et à nouveau les glissa de chaque côté du visage de Draco. Le blond posa une de ses mains sur celle de Harry et ferma les yeux, semblant profiter un peu de la chaleur de sa paume contre sa joue. Le brun caressa du dos de ses doigts l'autre joue humide de son amant, qui alors ouvrit les yeux.

A genoux devant lui, Harry le regardait de ses yeux verts. Il paraissait peiné de le voir ainsi, dans un tel état de détresse. Ses coudes sur les genoux du blond, il caressait ses joues, sans jamais le lâcher du regard.

Peu à peu, leurs visages se rapprochèrent et leurs bouches se touchèrent tendrement. Ils s'embrassèrent là, dans la rue, Draco assis sur ce banc de pierre et Harry agenouillé devant lui, l'un le dos courbé par le poids de ses sentiments et l'autre lui tenant le visage, comme pour le sortir hors des flots. Sans s'inquiéter du regard de celui qui pourrait passer par là, sans se dire qu'on pourrait les voir, que la nuit tombait et qu'il était dangereux d'être dans une telle position, ils s'embrassèrent un long moment, parce que Draco en avait besoin, parce que Harry voulait le réconforter.

Puis, le brun mit fin au baiser. Il se leva et encouragea Draco à en faire de même. Puis, il le guida jusque chez lui, alors que le soleil disparaissait complètement à l'horizon. Ils trouvèrent Luna dans la pièce principale qui préparait le dîner. Ils mangèrent tous les trois, sans beaucoup parler. Luna lisait sur leurs lèvres, regardant l'un puis l'autre, au fil de la conversation, qui eut de nombreuses pauses, sans pour autant que cela soit gênant. Puis, Luna alla se coucher. Harry et Draco en firent de même.

Les deux amants s'allongèrent sur le lit, d'abord sagement, puis Draco entreprit de déshabiller Harry. Ce dernier se laissa faire. Il ne savait pas si c'était vraiment bon de faire ça alors que sa femme venait de mourir et que Draco était mal dans sa peau, mais décida pourtant de ne pas le contrarier. Et d'une certaine manière, il ne le regretta pas, car son amant ne se montra guère passionné. Il touchait le jeune homme avec une sorte de vénération, ses doigts voyageant sur sa peau avec une sorte de tendresse. C'était agréable.

Il y eut de longs préliminaires, presque paresseux. Ils se dégustaient, en quelque sorte, sans chercher la passion ni l'ardeur habituelle de leurs ébats. Harry tremblait sous Draco, il couinait, avait presque envie de pleurer en sentant ses mains d'homme si douce sur sa peau, sa bouche qui embrassait son cou et son ventre, et puis son sexe en lui, lent, terriblement lent. Les mains du brun étaient sur son dos, le griffant par moments, le massant à d'autres.

Il était bien. Il aurait voulu que ce moment ne s'arrête jamais. Ni lui, ni Draco ne voulait que cela cesse, ils voulaient que cet acte dure dans le temps.

Sa bouche tout près de l'oreille de son amant, Draco souffla quelques mots.

« Je t'aime. »

Harry frissonna.

« Je suis amoureux de toi. »

Il leva la tête, son sexe enfoncé profondément en Harry qui avait les joues rouges, le cœur battant vite dans sa poitrine, et ses mains crispées dans son dos. Le brun ferma un court instant les yeux avant de les rouvrir.

« Ca ne rime à rien.

- Ne dis pas ça.

- On ne peut pas s'aimer. Ca ne rime à rien. Deux hommes n'ont aucun avenir… »

Draco accentua ses mouvements, la jouissance venait. Harry avait les yeux recouvert d'un voile, perdus dans le plaisir qui inondait ses reins.

« Je t'aime…

- Je sais…

- Je veux t'aimer encore et encore…

- Nous n'avons aucun avenir, Draco… Deux hommes ne peuvent pas s'aimer… »

Draco vint en lui. Harry ferma les yeux et le sentit s'allonger sur lui, son souffle court caressant son cou.

« Je t'aime… »

En réponse, Harry embrassa son front. Tendrement.

OoO

Le soleil s'était levé, ses rayons filtrait à travers le rideau et diffusait dans la pièce une lumière chaude et tamisée. Blottis l'un contre l'autre, Draco et Harry dormaient paisiblement, sans que rien ne puisse troubler leur sommeil. Pourtant, l'esprit du blond finit par quitter les terrains douteux du sommeil pour se fixer sur le présent, qui n'était pas bien difficile à comprendre : allongé dans un lit de mauvaise qualité, ses membres étaient emmêlés à ceux de son amant qui demeurait niché contre lui, son nez dans son cou, sa bouche tout prêt de sa peau. Un peu comme si là était sa place.

Bien réveillé, Draco regarda un long moment Harry dormir tout contre lui. Il semblait serein, plus qu'il ne l'avait jamais été, et pourtant, la nuit dernière n'avait pas été des plus reposantes, trop riche en émotions. Avouer ses sentiments à Harry était un pas qu'il avait franchi sans s'en rendre compte. Les mots lui avaient brûlé les lèvres. Jamais il n'avait mis de nom sur ce qu'il ressentait, aussi bien par peur que par doute, et cette nuit, alors que Harry était tout contre lui, plus tendre qu'il ne l'avait jamais été jusqu'alors, ce qu'il avait toujours enfouie au fond de son âme était ressorti en quelques mots.

Des mots qui voulaient tout dire, et en même temps, qui ne prenaient leur sens que quand son regard avait croisé le sien.

Draco était perdu. Il ne savait plus quoi faire. Dans ses bras, Harry dormait à poings fermés, et même s'il lui avait enfin avoué, à lui-même et à son amant, qu'il était amoureux, sa vie n'en serait pas plus simple. Astoria venait de mourir, il avait deux enfants chez lui, une mère qui allait s'empresser de le remarier, et une famille à diriger… Et comme Harry l'avait dit, il ne lui appartenait pas et une vie à deux était impossible. Deux hommes ne pouvaient pas s'aimer et vivre ensemble en toute impunité.

Un amour homosexuel était aussi interdit qu'un intolérable.

Ils n'avaient aucun avenir. Aucun.

Et puis, de toute façon, Draco s'en allait.

Quelques jours avant qu'Astoria ne décède, il avait envoyé une missive à Severus, demandant sa mutation. Il voulait quitter Rome et rejoindre son ancien professeur, changer d'univers et tirer un trait sur cette vie monotone à Rome. Oublier Harry aussi, peut-être. Au moment où il avait envoyé sa lettre, tous deux étaient mauvais termes, et à présent, ils étaient allongés ensemble sur un sommier trop dur, les membres emmêlés, peau contre peau.

Harry se réveilla. Il gigota contre lui, soupirant et enfouissant un peu plus encore son nez dans son cou. Draco eut un léger sourire alors que son amant quittait le monde des songes. Quand il ouvrit enfin les yeux et qu'il lança un regard incertain vers Draco, son esprit encore embrumé par le sommeil, le blond posa ses lèvres sur les siennes. Il entendit et sentit Harry pousser un léger soupir puis répondre mollement au baiser.

« Bien dormi ?

- Comme un loir. Et toi ?

- Aussi. Merci, pour hier.

- Je n'ai pas fait grand-chose. »

Harry bailla.

« Si, tu m'as réconforté. Ca m'a fait du bien. Pas sexuellement parlant, idiot !

- A part faire l'amour, j'ai pas fait grand-chose hier, tu sais !

- Si. Dans la rue. »

Ils se regardèrent. Puis leurs lèvres se rapprochèrent à nouveau. Draco passa une main sur la joue de Harry, les yeux clos, alors que le brun entrouvrait les lèvres pour que le blond y glisse sa langue. Ils s'embrassèrent longuement. Harry n'arrivait plus à se passer de ses lèvres, cela faisait trop longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. Draco lui avait manqué, plus qu'il ne saurait l'avouer. Finalement, ils se séparèrent, le souffle un peu court.

« J'enverrai Blaise te payer.

- Laisse, c'est pour moi.

- Harry, laisse-moi au moins te payer…

- Tu as dit que je t'ai réconforté, hier. C'est moi qui l'ai fait. Tu ne vas pas me payer alors que j'en avais envie autant que toi. Que ce soit pour ce qui s'est passé dans la rue ou pour cette nuit. Alors je ne veux pas de ton argent. »

C'était la première fois qu'il faisait l'amour avec quelqu'un sans être payé. C'était la première fois que faire l'amour était un acte qu'il eût pleinement voulu, sans contrepartie financière, juste parce qu'il avait envie d'être avec cette personne, partager un moment d'intimité avec elle, lui apporter un peu de plaisir et un peu d'amour, sans penser que c'était une corvée, un art, un travail qu'il répétait sans cesse depuis des années.

Pour la première fois de sa vie, cette nuit, cela n'avait été ni un jeu, ni une corvée. Juste un acte, un plaisir partagé, des mots d'amour glissés à son oreille et ses mains dans ses cheveux blonds.

« C'est comme tu veux. »

Harry lut dans son regard un étrange sentiment, un peu incertain. Il ne devait pas bien comprendre, ou au contraire, essayait de ne pas saisir le message. Pour fuir ses yeux bleus qui inspectaient son visage, Harry cacha son visage dans le cou de son amant qui resserra ses bras autour de lui. Il se sentait bien, là, blotti contre lui. Il se sentait en sécurité…

Jusqu'à ce que…

« Mais ouvre-moi ! Luna, ouvre-moi cette porte tout de suite ! Saleté, mais lâche cette porte ! »

Harry sursauta en écarquillant les yeux en entendant la voix de Drusus. Draco se redressa, se demandant ce qui se passait, alors que Harry s'écartait d'un bond de lui, comme pris en flagrant délit.

« Oh non, pas ça… »

La porte claqua. Harry voulut se lever de son lit mais il se débattit avec le drap et n'eut le temps que de s'asseoir sur le bord du matelas quand soudain la porte de sa chambre s'ouvrit, claquant contre le mur.

C'était une vision d'horreur. Il nageait en plein cauchemar. Pourtant, la scène devant lui était trop réaliste pour que ce fût un rêve…

Sur le lit, de cette petite chambre à l'odeur particulière, signe qu'elle n'avait pas été seulement témoin du repos des deux hommes qu'elle renfermait, Harry était assis, prêt à se lever, nu. Près de lui, Lucius Manilius Draco était allongé sur le lit, redressé sur ses avant-bras. Un sentiment violent de haine naquit dans son cœur malmené, quand ses yeux se posèrent sur cette pourriture, cet homme blanc aux cheveux blonds, avec ces abominables yeux bleus et ce corps trop lisse. Mais ses yeux se reposèrent sur Harry, et il explosa.

« T'as pas fait ça ! Par Jupiter, t'as pas fait ça !

- J'ai pas fait quoi ?! Il y a un problème ?!

- T'as baisé avec lui ! Avec lui ! T'avais pas le droit de me faire ça, Harry, t'avais pas le droit ! »

Harry se leva, attrapa son pagne et le noua autour de ses hanches, cachant ses parties intimes, son visage reflétant toute la colère qui grondait en lui à le voir-là, dans sa chambre, à gueuler comme un porc qu'on égorgeait. Draco en fit de même, ne comprenant pas ce qui se passait. Mais qui était cet homme, pourquoi criait-il comme ça, où était le problème ?

« J'ai le droit de faire ce que je veux ! Je couche avec qui je veux, que ça te plaise ou non !

- Mais pas avec lui ! Tu peux coucher avec tous les hommes que tu veux, mais pas lui !

- Alors tu acceptes que je me vende à des gros porcs mais pas à un homme qui a la décence de se laver avant de venir ici ?!

- Qui es-tu, et pourquoi nous agresses-tu comme ça ?! »

Draco venait de crier. Cet homme était massif, et en même temps, il avait l'étrange particularité de ne pas être musclé, comme si par un manque d'exercice ou d'alimentation ses muscles s'étaient rétractés sur eux-mêmes, lui conférant des bras secs et apparemment durs. Son visage n'était pas spécialement beau mais il possédait un certain charme. Ses foudres se détournèrent de Harry, si frêle à côté de cette force de la nature, pour se tourner vers Draco. Ses yeux se remplirent de folie, ses lèvres pincées se limitaient à une ligne mince et ses poings étaient serrés à l'extrême, ses articulations blanchissant sous la pression exercée.

« La ferme, espèce de sale bâtard !

- Comment tu m'as appelé ?!

- Drusus !

- Espèce d'ordure, tu as osé poser tes sales mains sur lui ! Tu as osé le toucher !

- Et alors ?! Où est le problème ?! Je ne te connais pas, et tu me connais pas non plus ! Est-ce que tu agresses tout ses clients comme ça ?!

- Tu ne sais pas qui je suis ?! Tu ne sais pas qui je suis ?!

- Drusus !

- Moi, je suis… »

Une claque vola. Violente, bruyante, elle vola sur la joue de Drusus qui fut arrêté net dans sa phrase. Draco écarquilla les yeux, qui se posèrent sur Harry, qui avait attrapé le bras de Drusus pour qu'il se tourne instinctivement vers lui, pour ensuite lui infliger une gifle retentissante. Sonné, choqué, l'homme posa sa main sur sa joue, regardant Harry avec le même ahurissement. Cette claque n'était pas si douloureuse, mais son écho se répercuta jusqu'à son cœur.

Harry explosa à son tour, ses traits tirés par une fureur sans nom.

« Idiot, mais qu'est-ce que tu comptais faire, à t'avancer comme ça vers lui ?! Le toucher, le frapper ?! Mais qu'est-ce que tu peux être stupide !

- Harry…

- Tu me fais honte, Drusus, je n'ai jamais eu aussi honte de te connaître ! Tu entres chez moi de force, tu entres dans ma chambre et tu oses insulter mon amant ! Mais pour qui te prends-tu ?! Pour mon maître ? Nous ne sommes pas mariés que je sache ! Depuis quand as-tu le pouvoir de juger mes amants ?!

- Mais Harry, il…

- Oui, je couche avec lui, et alors ?! Je n'ai aucun compte à te rendre, ni à toi, ni à qui que ce soit d'autre ! Il me paye, j'en fais mon affaire, en quoi ça te concerne-t-il ?! Tu n'es qu'un pauvre homme stupide et jaloux ! Sors de chez moi !

- Je suis désol…

- Sors ! Maintenant, je ne veux plus jamais te revoir ! Plus jamais !

- Je t'en…

- Sors ! »

Et Harry le poussa hors de la chambre, hors de lui. Bien qu'il soit plus frêle que l'autre homme, il n'eut guère de mal à le faire entrer dans la pièce de séjour où Drusus se rependit en excuses, oubliant complètement la présence de Draco. Ce dernier les regardait sans se mêler de l'affaire, jugeant qu'il n'avait pas à y mettre son grain de sel, à moins de vouloir affronter les foudres de Harry ou de la folie furieuse de cet homme qu'il n'avait jamais vu de sa vie. Luna se jeta soudain dans ses bras, le regardant avec insistance, comme si elle craignait qu'il fût blessé. Il lui fit un maigre sourire avant de la rassurer, regardant si elle n'avait rien.

Finalement, après un dernier cri partant dans les aigus, Harry parvint à mettre cet inconnu à la porte et à la claquer derrière lui. Il s'y appuya, soudain épuisé, et y fut plaqué par Luna qui se jeta alors dans ses bras. Harry referma machinalement ses bras autour d'elle, la serrant contre son cœur. Elle devait certainement avoir eu peur, il la rassura donc en caressant ses cheveux et son dos.

Draco les regarda faire sans mot dire. Il était secoué. Il n'était pas particulièrement atteint par les insultes, c'était plutôt le fait que cet homme l'ait directement agressé qui l'ennuyait le plus. Mille questions lui brulaient les lèvres mais il attendit que Luna soit apaisée avant de dire quoi que ce soit. Ce fut quand Harry leva les yeux vers lui d'un air désolé qu'il se décida à parler.

« Je peux savoir qui était cet homme ? Et pourquoi…

- C'est une… longue histoire. Enfin non, elle n'est pas si longue…

- Parle, Harry. Il était furieux en me voyant dans ton lit. Qu'est-ce que j'ai fait pour l'énerver ? C'est contre moi qu'il en avait. »

Harry parut hésiter. Puis il repoussa gentiment et la regarda dans les yeux, lui demandant d'aller leur chercher de l'eau à la fontaine. La jeune fille hocha la tête et s'en alla chercher un récipient, puis elle sortit du logis. Harry s'approcha alors de Draco, hésitant toujours à se lancer. Le blond était complètement perdu.

« Qui était cet homme ?

- Ce que j'avais peur que tu deviennes.

- Un amoureux transi ?

- Pire que ça. Il s'appelle Drusus. Pour faire simple, nous nous sommes connus il y a deux ans. Il était mon client, j'étais un prostitué vivant dans la misère. Il était mal dans sa peau… pour des raisons diverses. Je me suis pris d'affection pour lui, il me faisait de la peine. Il a mal interprété mes intentions et il est tombé amoureux de moi.

- Il t'a voulu pour lui ?

- Oh oui. Il m'a harcelé, longtemps. Puis il a laissé tomber. J'ai eu du mal, mais j'ai tenu bon.

- Tu as donc été son amant.

- Je le suis toujours. Mais il me paye. »

Il avait rajouté cette phrase pour faire taire ce faible élan de jalousie de Draco : oui, il lui arrivait encore aujourd'hui de coucher avec Drusus, mais ce n'était que dans le cadre de son travail, il ne faisait pas cela gratuitement. S'il lui donnait la main, Drusus lui prendrait le bras, et tout le reste avec.

« Mais dans le fond, ça n'a pas vraiment changé. Il m'aime toujours, et…

- Moi aussi je t'aime. Et moi aussi, je vais devenir comme lui. »

Il y eut un silence. Harry, qui ne le regardait pas, leva les yeux vers lui. Son regard avait changé, ce qui perturba Draco. On aurait dit qu'il avait frappé à un endroit sensible. Même son expression changea, se faisant presque douloureuse, et le blond regretta ses paroles, mais…

« Tu seras jamais comme lui, Draco. Même si tu me harcèles, tu ne seras jamais comme lui. Il m'a fait du mal, tu sais. Pas vraiment physiquement, j'ai l'habitude de cette violence, mais dans mon cœur, il m'a fait mal. Il m'a traité comme une putain, ce que je suis, c'est vrai, mais il n'a pas toujours eu du respect pour moi. Qu'importe la façon dont il me regarde, dont il me parle, je serai toujours une putain.

- Harry, je ne suis pas…

- Si, tu es différent. Tu ne me parles pas comme à un gamin ou un idiot, tu me parles comme à un homme. Tu ne m'as jamais insulté ni manqué de respect, même dans nos disputes. Tu payes des nuits entières non pas pour que je voie personne d'autre mais parce que tu ne veux pas que je te jette dehors une fois l'affaire conclue, tu veux passer la nuit avec moi… Draco, tu me payes pour dormir. Nous faisons l'amour, mais tu payes des heures et des heures simplement pour dormir. Tu es doux, tu es gentil… Tu n'essaie pas de m'acheter… Tu ne penses pas que je ne suis qu'appâté par le gain… Tu me traites comme tu traiterais un humain, comme tu traites Blaise… Drusus, il n'est pas comme ça, il m'aime, c'est vrai, mais il m'aime avec l'énergie du désespoir, parce qu'il n'a rien dans sa vie, il est malheureux, alors il s'accroche à moi et il pense pouvoir me forcer à l'aimer, avec de l'argent, avec des intentions, en m'imposant sa présence…

- Moi aussi, Harry…

- Non… Tu payes parce que tu ne veux pas rentrer chez toi, parce que tu veux dormir… Tu te mets dans un coin du lit et tu dors… Quand tu viens, tu ne regardes pas Luna de travers, tu lui apportes même parfois des choses qu'elle aime… Tu n'es pas un sauvage, tu prends soin de moi… »

Draco prit son visage entre ses mains et le releva vers lui. La voix de Harry était douloureuse, comme si cela lui en coutait de dire tout ça, comme si ça venait du fond de son cœur. Il lui expliquait l'égoïsme de Drusus, de celui d'autres hommes qui l'avaient voulu pour eux tous seuls. Il lui racontait ce qu'il vivait, dans ces histoires d'amour à sens unique, où il passait pour un coupable aux yeux de ses amants alors que son seul crime était de ne pas les aimer. Et Draco se rappelait de leur première discussion, le lendemain de leur première nuit, quand Harry avait paru soulagé qu'il soit marié et qu'il ait des enfants.

« Calme-toi, Harry. Tu me cherches des excuses, mais je deviendrai comme eux. Moi aussi je vais virer amoureux transi… »

Jusqu'à ce que cette maudite lettre ait fait tout son chemin…

« Et je peux me comporter comme lui, à te payer pour que tu ne vois pas d'autres hommes, à te harceler sans cesse, voire même à te manquer de respect parce que j'aurais trop mal de te voir m'échapper sans cesse…

- Non, Draco, non…

- Si, Harry, parce que c'est comme ça quand on aime. On veut de la fidélité, de l'exclusivité. On ne veut pas partager…

- Tu ne seras pas comme lui… Tu le sais, Draco, tu ne seras jamais comme lui, parce que tu me respectes trop, parce que tu me préfères libre plutôt qu'enfermé dans une prison dorée… Tu le sais, Draco… »

Le blond ferma douloureusement les yeux. C'était vrai. Oh oui, c'était vrai…

« Dis-moi qui est cet homme. Pourquoi il me hait ? Qu'est-ce que je lui ai fait ?

- Tu as tout ce qu'il n'a jamais eu. »

Harry perdit cette expression douloureuse, retrouvant une expression plus neutre. Le blond haussa un sourcil.

« Je ne comprends pas.

- Tu sais, Draco… Moi, j'ai déjà vu ton père, et pas seulement parce qu'il a fréquenté des quartiers où je suis allé. C'est Drusus qui me l'a montré, quand on se promenait, parfois.

- Il connaissait mon père ? Mais ce n'est pas un romain, c'est un étranger non ?

- Oui. Mais il a connu ton père. Trop peu pour s'en rappeler vraiment, c'est vrai.

- Mais qu'est-ce que tu…

- Ton père avait environ trente-cinq ans quand il a quitté sa légion. Il a laissé là où se trouve son camp sa concubine et les enfants qu'il a eus d'elle. Je te laisse faire le rapprochement. »

Draco lâcha le visage de Harry, choqué. Il ne le touchait plus, complètement abasourdi, comme si le contact de sa peau l'avait électrisé. Il revit le visage haineux de Drusus, le dégout dans sa voix alors qu'il parlait de lui, Draco, allongé dans le lit de l'homme qu'il aimait…

T'avais pas le droit de me faire ça, Harry, t'avais pas le droit !

« C'est impossible…

- C'est ce qu'il m'a raconté. C'est à la mort de sa mère qu'il a décidé de venir à Rome. Je pense qu'il voulait se venger. Il m'a dit que sa mère avait toujours souffert de l'abandon de ton père, qu'elle avait été bercée par ses promesses qu'au final, il l'avait laissée seule avec de l'argent et trois enfants sur les bras. Elle n'a plus jamais entendu parler de lui. Il est le dernier des trois enfants, un de ses frères est mort peu de temps après le départ de ton père. Il ne m'a jamais vraiment dit pourquoi il était venu ici. Je crois qu'il ne sait même pas ce qu'il voulait. Il a agressé ton père, un jour, et ça s'est mal terminé pour lui.

- Oui, je m'en souviens, de ça… Père en parlait, il était furieux… Mais peut-être que…

- Il connaissait le nom de ton père. Ca ne compte peut-être pas pour toi, mais il m'a raconté comment il était. Il l'a peu connu à vrai dire mais sa mère et ses frères lui ont beaucoup parlé de lui et, vu comment toi tu m'en parles, ça doit en effet être la même personne. C'est pour ça qu'il te hait, et qu'il a réagi de cette façon quand il t'a vu. Il a dû entendre des rumeurs, ou je ne sais pas… En général, entre nous, on ne balance jamais le nom de nos clients, quand nous les connaissons. Sûrement une mauvaise langue, pour me faire du tord ou pour lui faire du mal à lui. Je penche pour la deuxième option personnellement. Draco, ne fais pas cette tête. C'est à ton père que tu penses ?

- Oui… Je n'ai jamais vraiment pensé à ses bâtards. Je ne voulais pas. Et…

- Draco, je sais ce que tu penses. Si j'étais à ta place, je penserais la même chose. Mais pense qu'il n'était pas le seul à faire ça. C'est triste, c'est vrai. Mais ce n'est pas le seul. »

Draco hocha la tête. Il n'avait jamais voulu penser à cette autre famille qu'il n'avait jamais connue et qu'il ne connaîtrait jamais mais qui avait fait partie un temps de la vie de son père. Il avait aimé une femme et lui avait fait des enfants avant de s'en aller en épouser une autre. Qu'avait ressenti cette indigène en voyant l'homme qu'elle aimait, le père de ses fils, s'en aller parce qu'il voulait un beau mariage et poursuivre une carrière politique des plus prometteuses ? Comment avait-elle vécu toutes ces années, elle et ses fils, en imaginant Lucius à Rome, avec une épouse romaine et des enfants bien romains ?

Soudain, il sentit les mains de Harry sur ses joues, puis sa bouche sur la sienne. Draco poussa un léger soupir et ferma les yeux, alors que le brun l'embrassait doucement, appuyant sur sa bouche sans forcer, c'était juste une tendre caresse. Le romain répondit avec la même douceur, posant ses mains sur la taille de son amant. Il approfondit le baiser, glissant sa langue dans la bouche de Harry qui poussa un léger gémissement, penchant la tête sur le côté. Ils s'embrassèrent langoureusement, leurs langues se taquinant, se caressant, chacun y mettant du sien sans essayer de dominer l'autre. Cela n'avait rien de sauvage, c'était infiniment tendre, infiniment sensuel. C'était bon, et les mains de Harry qui caressait ses tempes, ses cheveux, puis descendait vers ses joues pour saisir son visage, l'embrassant soudain à pleine bouche, alors que les mains chaudes de Draco glissaient de ses hanches vers sa chute de reins…

Et dans l'entrebâillement de la porte, Drusus regardait ce spectacle d'un air horrifié. Luna avait mal fermé la porte et il était revenu, sans trop savoir pourquoi, et il avait légèrement ouvert la porte pour voir mieux à l'intérieur, les gonds bien huilés ne grinçant pas. Et ses yeux révulsés se posèrent sur le couple au milieu de la pièce, debout l'un contre l'autre, s'embrassant avec langueur puis avec passion. Il regardait Harry, les mains du blond descendant vers ses fesses, caresser son visage, se laissant embrasser avec tendresse, puis avec plus de passion. Draco était un peu plus grand que lui, il baissait la tête alors que Harry la levait.

Ils étaient beaux. Horriblement beaux, au milieu de cette minable petit pièce mal agencée, portant un simple pagne enfilé à la va-vite.

Leur baiser se fit moins ardent, ce n'était plus qu'un échange chaste, lèvres contre lèvres, avec Draco qui essayait de lui manger les lèvres, ce qui fit rire Harry. Ce dernier s'écarta, ses mains se posant sur ses épaules comme pour l'écarter de lui, alors qu'il restait tout contre son corps, baissant un peu la tête comme pour le fuir. Draco souriait aussi. Il embrassa son cou, ses mains descendant toujours plus bas, sur ses fesses.

« Tu es insatiable.

- C'est toi qui dis ça ? »

Ils échangèrent un regard de connivence et un sourire avant que Draco ne cueille à nouveau ses lèvres rougies. Drusus serra les dents et les poings, le cœur au bord des lèvres et les larmes au bord des yeux. Harry, son Harry, se laissait faire. Il se mit soudain sur la pointe des pieds et enlaça le cou de Draco, qui enserra sa taille avec ses bras.

C'était un baiser d'amoureux.

Un baiser amoureux, qui n'avait rien de sensuel, de sexuel. Un baiser un peu approfondi, une étreinte naturelle et belle.

Un baiser d'amour.

Les larmes coulèrent sur ses joues.

Il s'enfuit.

OoO

Ils venaient de faire l'amour. Cela faisait bien trois semaines que leur relation avait repris et ils se voyaient plus souvent encore qu'auparavant. Draco venait de plus en plus chez lui, le payant toujours autant. Blaise venait chaque lendemain, la bourse pleine, pour payer ce qu'il leur devait. Luna était toujours heureuse quand il venait leur rendre visite, plus encore quand il était là. Elle lui offrait à boire, voire quelque chose à manger, et il acceptait, pour rester un peu plus longtemps. Harry regardait leur manège de façon bienveillante. Il en parlait parfois le soir à Draco et ce dernier ne manquait apparemment pas de charrier son ami qui, s'il avait eu la peau plus claire, aurait rougi d'embarras.

Harry ne voyait quasiment plus Drusus. Il avait essayé d'entrer chez lui mais Luna fermait à chaque fois la porte avant qu'il ne pose un pied chez eux et, quand Harry était là, il en faisait de même. Avec la force qu'il avait, l'homme aurait pu entrer à sa guise, mais il ne le fit jamais, par respect pour lui, peut-être. Ou peut-être parce qu'il pensait, à juste titre, que ce ne serait pas la solution.

Allongé sur le lit, Draco semblait dormir. Il avait apparemment eu une journée très dure et, après être passé aux thermes et d'avoir dîné chez lui, il s'était rendu directement chez Harry. A la base, il voulait simplement dormir, mais Harry avait vu les choses autrement et ils avaient fait l'amour. Draco n'avait pas vraiment compris pourquoi son amant avait tant tenu à cela, mais il s'était laissé faire, parce que dans le fond il n'avait aucune raison de dire non.

La vérité, c'était que Draco passait tous les trois jours, chez lui, de façon presque trop régulière. Au début, il venait moins souvent, mais depuis deux semaines, il avait pris ce rythme et le payait en conséquence. Et depuis deux semaines, Harry avait cessé de prendre des clients.

Ca, il n'en avait pas parlé à Draco. Il avait honte, en fait.

Depuis deux semaines, il avait cessé de prendre des clients chez lui et il avait refusé toutes les invitations. Il vivait de l'argent que Draco lui donnait par l'intermédiaire de Blaise à chaque fois qu'il venait. Son train de vie avait été un peu changé à cause du manque d'argent mais il n'avait pas à se plaindre. Luna avait compris que leurs finances avaient baissées et que plus aucun homme ne venait ici, étant donné que les draps étaient toujours propres quand Draco n'était pas chez eux. Cela dit, elle fit comme si de rien n'était.

Draco le bouleversait. Depuis le premier jour, le premier soir, où cet homme était entré dans sa vie, il avait bouleversé son existence. Avec son comportement d'homme prude, avec ses hésitations, ses soudaines pulsions et son caractère étrange, Draco était parvenu à le séduire, aussi étrange cela puisse paraître. Cet homme remuait quelque chose au fond de lui, il remuait des sentiments qu'il pensait ne pas pouvoir exister, qu'il avait enfoui il y avait longtemps au fond de son cœur et qu'il pensait avoir détruit.

Mais c'était faux.

Depuis que Draco lui avait glissé ces quelques petits mots à l'oreille, comme une confession, comme un secret, Harry avait réalisé ce qu'il avait toujours nié. Et depuis deux semaines, il avait décidé d'assumer. Un peu. Même si c'était contraire à ses principes, même s'il était persuadé qu'ils n'avaient aucun avenir. Même s'il savait pertinemment que deux hommes ne pouvaient pas s'aimer et encore moins partager une vie convenable… Il avait décidé d'assumer ce qu'il ressentait.

Ce qu'il ressentait pour cet homme allongé près de lui et qui dormait surement, ou du moins qui se reposait. Cet homme qui payait des nuits entières, qui ne l'avait jamais blessé, qui était entré par sa vie par la petite porte et y demeurait bien en place, qui lui avait offert une fleur, ce que jamais personne n'avait fait dans sa vie, et qui lui avait déclaré ses sentiments, avec toute la timidité et la réserve d'un homme qui tombe amoureux pour la première fois.

Harry s'allongea à son tour sur son lit, près de Draco allongé sur le côté. Il devait être courageux, pour une fois. Il devait arrêter de penser avec ce maudit scepticisme pragmatique, il devait se laisser aller pour une fois. Tant pis s'il avait mal, tant pis s'il était déçu… Il avait déjà bien souffert dans sa vie, ce n'était pas ça qui allait le détruire. Il avait perdu ses parents, Albus, il avait vendu son corps pendant des années… Il n'était plus à ça près. Pour Draco, il devait le faire.

« Draco ? Draco… »

Il toucha son visage, caressa sa joue puis ses cheveux blonds. Draco remua. Il était entre l'éveil et le sommeil.

« Draco, réveille-toi… »

Sa voix était basse et hésitante. Les paupières de son amant papillonnèrent, révélant ses yeux magnifiques qu'il n'avait jamais aimés. C'était sans doute l'une des choses que Harry préférait le plus : la couleur de ses yeux.

« Draco, tu dors ?

- Qu'est-ce qui t'arrive… »

Harry caressait son visage. Tout lui paraissait flou. Harry était tout près de lui, il distinguait son visage grâce à la lampe à huile qu'il n'éteignait jamais.

« Draco… Je t'aime. »

C'était stupide, mais il craignait la réponse. Pourtant, aussitôt, les bras de Draco se resserrèrent autour de lui, son bras passant son cou l'autre l'attirant à lui. Harry sentit l'émotion faire battre son petit cœur tant maltraité et faire perler les larmes au coin de ses yeux. Sa bouche grimaça, alors que son amant le prenait tout contre lui, et il murmura une litanie de « Je t'aime », comme si cette confession lui faisait du mal. Et dans le fond, c'était un peu le cas. Jamais il n'avait prononcé ces mots, jamais il n'avait ressenti cela pour personne, encore moins pour un homme.

Les bras protecteurs de Draco l'entouraient, il avait passé une de ses jambes par-dessus les siennes. Harry se sentait protégé, bien, à sa place. C'était cela qu'il avait tant cherché, quelqu'un qui l'écoute, qui prenne soin de lui, vers qui il pouvait se réfugier et se sentir en sécurité. Draco n'était pas bien costaud, mais ses bras autour de lui qui l'étreignait étaient tout ce dont il avait besoin.

Il l'embrassa sur le front, à la lisière de ses cheveux noirs, effleurant une vieille cicatrice griffée dans un coin de son front. C'était un peu comme s'il revivait, encore un peu plus. Ces mots que Harry sanglotait, comme s'il se sentait coupable, de les avoir sur le cœur, de ne pas lui avoir dit avant, lui faisaient un bien fou. C'était comme si son univers s'ouvrait, comme si son chemin circulaire cessait de le faire tourner en rond. Il pouvait aller droit devant lui, maintenant.

« Harry, arrête de pleurer… Calme-toi… »

Il l'embrassa sur la bouche, qui était toute humide. C'était un baiser chaste, un peu hésitant. Un peu comme un premier baiser.

« Tu m'aimes depuis longtemps ?

- Je ne sais pas.

- Depuis quand ?

- Je crois que c'est à partir du jour où tu m'as fait une fellation que je suis tombé amoureux de toi. »

Draco eut un léger rire et Harry sourit contre sa peau. Puis le blond redevint calme, caressant ses cheveux et ses épaules.

« Allons-nous en, Harry… »

Le brun leva la tête et le regarda. Ses yeux luisaient de larmes, qui avaient dévalé ses joues. Draco avait un visage sérieux, comme s'il était prêt à lui annoncer quelque chose qui allait changer leur vie.

« Je pars en Egypte. Dans une dizaine de jours. Viens avec moi.

- Mais depuis quand…

- Je vais travailler auprès d'amis à moi. Viens avec moi, Harry. Je te rendrai heureux. Nous serons heureux. Tu seras libre de faire ce que tu veux. Et si un jour tu ne m'aimes plus, tu pourras t'en aller, je te retiendrai pas. Tu seras toujours libre de faire ce que tu veux. Viens, avec moi, Harry… »

Ses larmes redoublèrent. Il cacha son visage ravagé par les pleurs dans son cou, ses doigts se crispant sur sa peau. Il sanglotait, maintenant, hoquetait. Draco le tenait fort contre lui, ne sachant comment interpréter sa réaction. Voyait-il cela comme un abandon, ou comme une mise en cage ? Ou alors…

« Emmène-moi avec toi… »

Sa voix était mouillée, hachée.

« Emmène-moi, Draco… Loin d'ici… Ne m'abandonne pas… »

Ces mots étaient difficiles à prononcer. Douloureux, même. Draco les recueillit dans son cœur avec un soupir soulagé. Ils s'endormirent dans les bras l'un de l'autre, après que Draco eût apaisé les pleurs et les inquiétudes de son amant, embrassé sa bouche, son visage, caressé son dos et ses cheveux. Harry fut emporté par Morphée le nez dans son cou et Draco ne tarda pas à le suivre, fatigué et bienheureux.

OoO

Les préparatifs allaient bon train. Blaise courrait partout dans la villa. Dans une semaine, ils allaient rejoindre le port relié à Rome afin de prendre le bateau en direction d'Alexandrie. Draco avait été convoqué peu de temps auparavant par ses supérieurs qui lui avaient annoncé qu'il partait pour l'Egypte. Sirius n'avait pas tardé à faire jouer ses relations pour faire muter Draco, qui sous peu, quitterait Rome pour aller vivre dans la province.

Toute sa famille ne déménageait pas. Draco emmenait Scorpius et Proserpine, bien sûr, ainsi que quelques esclaves, dont Blaise et Caius. Ce dernier, en apprenant par Blaise que le maître allait quitter Rome, était allé voir Draco et lui avait demandé s'il comptait l'emmener. Perplexe, le blond lui avait demandé s'il préférait rester ici. Au contraire, Caius, en se tordant les mains de nervosité, ce qui ne lui ressemblait pas, lui avoua qu'il ne voulait pas le quitter, il voulait le suivre et s'occuper de la maison comme il le faisait depuis des années. Il était très attaché à son maître et à ses enfants, et il lui avoua à demi-mots que rester avec Narcissa serait une torture.

Caius était déjà parti pour Alexandrie, avec deux esclaves, afin de faciliter le transport de leurs biens. Draco l'avait chargé de surveiller les coffres qu'il comptait envoyer à Alexandrie, où Sirius devrait les récupérer. Le blond avait une confiance aveugle en son esclave qui sembla presque ému par la tête que son maître lui avait confiée. Blaise l'avait accompagné jusqu'au port et en était déjà revenu. Lui, par contre, partait avec Draco. Ce dernier avait essayé de négocier pour que son ami parte en premier mais cet âne avait refusé : il voulait être avec lui et les enfants. Et, accessoirement, avec Harry et Luna.

C'était sans doute ce qui mettait le plus de baume au cœur à Blaise en ce moment. L'idée de quitter Rome ne lui disait rien. Il avait toujours vécu ici et, comme pour son ami, quitter cet univers si familier pour l'inconnu l'inquiétait. Cela dit, il n'avait pas remis en cause la décision de Draco et comptait bien le suivre, où qu'il aille. Quand le blond était revenu un matin et qu'il lui avait annoncé que Harry et Luna venaient avec eux, il avait vu le visage du noir s'éclairer et un grand sourire s'était dessiné sur ses lèvres. Il avait eu du mal à y croire, et pourtant, c'était le cas. Ils venaient avec eux.

Le lendemain matin, après cette nuit pleine de révélations et d'amour, Draco avait mis au point quelques détails avec Harry. Ce dernier lui avait paru agité, tellement que le blond lui avait demandé s'il regrettait. Son amant lui avait répondu qu'il était nerveux parce qu'il avait peur de l'inconnu, ce voyage l'angoissait un peu. En même temps, l'idée de quitter tout ça et de prendre un nouveau départ lui plaisait beaucoup. Ce serait difficile, bien entendu, mais il voulait partir. Avec Draco. Et puis, il lui avait avoué que cela faisait quelques temps qu'il ne se vendait plus, ne vivant qu'avec l'argent que son amant lui donnait. Ces mots avaient rendu Draco fou de joie, même s'il ne l'avait guère montré. Il était déjà heureux que Harry partage ses sentiments, il ne pouvait rien espérer de mieux que cette preuve manifeste de l'acceptation de ses sentiments.

Ils avaient passé un long moment ensemble, à discuter des détails, puis Draco était parti, non sans l'avoir tenu longuement dans ses bras. Harry ne voulait plus le lâcher. Draco non plus, d'ailleurs. Pourtant, ils s'étaient quittés, après un dernier baiser, et Draco ne l'avait plus revu. Cela faisait trois jours qu'il n'avait pas revu son amant, mais il avait eu tellement de choses à faire et il avait été si fatigué qu'il n'avait pas pris la peine de passer le voir, s'écroulant sur son lit le soir ou passant un moment avec ses enfants qui lui manquaient. De toute manière, Harry n'avait pas de quoi s'inquiéter : ils avaient convenu que, dans une semaine, Blaise passerait devant chez lui avec une charrette pour prendre ses affaires, puis ils partiraient tous ensemble pour le port, rencontrant Draco sur le chemin.

Il était tôt, Draco venait de se lever. Il s'était habillé puis avait grignoté son petit-déjeuner. Il comptait passer voir Harry dans la soirée. Il avait déjà envoyé Blaise deux jours auparavant pour l'informer des préparatifs et pour lui donner un peu d'argent. Son ami lui avait dit que Harry avait paru soulagé, bien malgré lui, quand il avait reçu la somme. Il était habitué à un certain train de vie qu'il ne pouvait plus vraiment se permettre puisqu'il avait cessé de faire le commerce de son corps, ce qui apparemment, d'après Blaise, qui avait discuté avec le jeune homme, commençait à se savoir dans le coin. Il avait hâte de partir avant d'avoir des soucis.

Draco n'avait pas compris ces derniers mots : Harry n'avait jamais été au service d'un proxénète et il ne voyait pas qui cela pourrait déranger qu'il cesse de se vendre. Blaise avait haussé les épaules : il avait demandé aussi des explications et Harry lui avait dit qu'il y aurait peut-être des jalousies. Le visage de Drusus s'était tout de suite imposé à son esprit.

Mais bientôt, tout cela serait terminé. Harry serait bientôt tout à fait à lui. Draco n'avait jamais été réellement embarrassé à l'idée que son amant ne lui soit pas fidèle, car c'était un prostitué, il le payait et couchait avec lui sans jamais perdre de vue que tout cela n'était que du commerce. Même en tombant amoureux de lui, il n'avait jamais oublié la nature de leur relation. Il savait que Harry ne lui serait jamais fidèle, car de toute façon, il vendait son corps, donc il n'avait aucune raison de vivre sans gagner son pain pour son plaisir à lui. C'était un peu étrange comme façon de penser, comme façon d'aimer, et à présent qu'il savait que la personne qu'il aimait avait cessé son commerce depuis deux semaines, Draco avait l'impression que son avenir s'ouvrait devant lui. Un avenir à deux, compliqué et pas forcément bien vu, mais un avenir où il ne serait plus seul.

Enfermé dans son bureau, Draco était en train de regarder des parchemins en se demandant s'il n'avait rien oublié. Il avait tout géré avec l'aide de Blaise et Caius, certains de ses amis qui avaient voyagé lui avaient aussi donné quelques conseils. Cependant, il n'était pas à l'abri d'un oubli. Il se demanda aussi comment il allait se débrouiller pour acheter une demeure là-bas. Il avait reçu un courrier de Sirius lui disant qu'il vivrait chez lui le temps de trouver un endroit où s'installer et il était justement en train de chercher une demeure pour lui et sa famille. Cet homme était rempli de bonnes intentions, cela faisait plaisir à voir.

Ses pensées s'évadèrent vers l'Egypte, le pays des pharaons, du roi Ptolémée, de Cléopâtre et de Marc-Antoine… La chaleur de cette province, la beauté de ses pyramides… Ses palais, ses…

« DRACO ! »

Le blond sursauta alors que Blaise entrait en trombe dans son bureau, essoufflé. Son regard désespéré et l'expression de son visage terrorisèrent Draco.

« Draco, il… Harry… »

Blaise était au bord des larmes.

Et Blaise était un homme qui ne pleurait jamais.

OoO

La nuit dernière, il y avait eu un incendie. Il avait pris dans un des immeubles des mauvais quartiers de Rome, puis, s'amplifiant, il avait pris de l'ampleur, dévorant les murs de mauvaise qualité, les étapes, les appartements aux alentours, brulant sur les toits sans que personne ne remarque les flammes qui illuminaient la rue. Il fallut le hurlement de terreur d'un enfant pour que tout le quartier se réveille et se rende compte de ce qui était en train de se produire.

Draco arriva en trombe, sur un cheval, sur le lieu du drame. Les immeubles collés à un seul étage avaient brûlés et s'étaient effondrés sur eux-mêmes. Le feu avait été dévastateur, il avait mis du temps à être maîtrisé, en raison du vent qui soufflait la veille.

Debout devant cet amas de débris calcinés, Draco regarda un long moment cet immeuble effondré. Cet immeuble, au centre de tout, où il avait connu la tendresse, l'attention et l'amour. Quelque chose se brisa en lui. C'était peut-être son cœur, ou son esprit.

Il hurla.

Il hurla, si fort, si profondément, que ce bruit inhumain ne semblait pas provenir de sa gorge.

Les larmes quittèrent ses yeux ahuris, dévalant ses joues d'une pâleur extrême.

Ses genoux touchèrent le sol, et il se prit la tête, effondré, hurlant toujours.

Lucius Manilius Draco pleura longtemps, devant ces débris calcinés qui formaient comme une tombe gigantesque à son amour perdu et son bonheur disparu. Le visage de Harry lui brûlait les yeux, son sourire lui cassait le cœur en mille morceau, sa voix lui perçait les oreilles.

Plus rien n'existait autour de lui. Plus rien, à part lui-même, seul et abandonné, une fois encore. Thanatos était venu le prendre, coupant un de ses cheveux avec son épée, l'emmenant avec lui dans les enfers.

Plus tard, une fois chez lui, enfermé dans sa chambre, Blaise viendrait le voir et lui dirait qu'ils avaient retrouvé un corps. Vu sa position, ce devait être celui de Harry. Brûlé, il était méconnaissable. On n'avait pas retrouvé le cadavre de Luna. Peut-être parviendraient-ils à la sortir, ou peut-être que son corps si frêle et fragile avait-il brulé en entier dans ce feu dévastateur.

Encore plus tard, son être souffrant le martyr, ne s'alimentant plus et buvant à peine, il apprendrait que les cadavres avaient été jetés dans une fosse commune, après une brève cérémonie. Draco pleurerait, longtemps encore, crierait même, gémirait comme une bête agonisante.

Mais pour le moment, il était là, devant son avenir détruit, son amour anéanti.

Et les paroles de Harry lui revinrent en mémoire, avec force, et avec douleur.

C'était lui qui avait raison, dans le fond.

Nous n'avons aucun avenir, Draco… Deux hommes ne peuvent pas s'aimer…

C'était lui qui avait raison.

Draco, je t'aime…

Tout ceci n'avait été que folie…

Emmène-moi, Draco… Loin d'ici…

Et les dieux ne lui avait fait payer…

Ne m'abandonne pas…

« Pardon, Harry… »

FIN


...

Oui, je sais. C'est une fin triste. Mais la vie est injuste, n'est-ce pas ?

Si parmi vous il y a des gens qui :

1) Me maudissent.

2) Ont envie de me torturer.

3) Sont en train de signer une pétition pour ma mise à mort.

4) Pleurent comme des madeleines parce qu'elles n'ont pas aimé la suite.

5) On envie de me tuer, très sérieusement.

Si vous faites partie de ces personnes, lisez la suite.

Sinon arrêtez-vous là :)