Mesdames, Ô comme vous êtes difficiles à contenter. Là où je mets un traître, certaines en veulent un autre, là où Élisabeth se fait malmener, certaines voudraient qu'elle le soit davantage... Ouf... vous êtes exigeantes... Je suis essoufflée là. Ce chapitre offrira à celle qui sont plus romantiques, un petit moment agréable pour Georgianna... et pour celles qui carburent à l'action (comme moi d'ailleurs) vous apprendrez enfin ce qui est arrivé à William Darcy. Quand à Marie-Paule... dès le début, tu sauras si Sorel est un traitre ou pas! Bonne lecture. Miriamme.

Huitième partie

Une semaine plus tard, dans l'unique Commanderie du Royaume de Grés, le Père Marius examinait les cartes du territoire qu'il avait dessiné lui-même avec l'aide de Sorel en tenant compte de ce qu'ils avaient découvert tous les deux en s'arrêtant dans chaque monastère, bourgade et village qu'ils avaient croisés en chemin, sans recueillir le moindre indice pouvant les conduire au Général.

Apercevant un groupe de cavaliers qui arrivait à toute vitesse en direction de la grille principale, le Père Marius roula les morceaux de cuir contenant ses précieux plans et pénétra dans l'église à toute vitesse afin de les y cacher.

-Êtes-vous en charge du monastère? S'enquit le Duc de Boterne en mettant pied à terre.

-Non, je ne suis qu'un moine de passage monseigneur, rétorqua Sorel en s'inclinant bien bas devant le noble qui lui faisait face et qu'il avait rencontré à plus d'une reprise.

-C'est moi que vous cherchez messire, le renseigna Père Marius en sortant l'église par la porte centrale. Mais vous n'êtes pas sans ignorer qu'il n'est pas permis aux cavaliers de pénétrer à l'intérieur dans la cour sans y avoir été invités.

-Croyez moi, cette intrusion est non seulement nécessaire… elle est obligatoire…

-Qu'est-ce qui se passe?

-Fouillez toutes les pièces du monastère, ordonna Boterne aux hommes qui attendaient derrière lui. Pénétrez même dans les chambres des moines…

-Je regrette, mais vous n'avez pas le droit de faire cela, s'opposa à nouveau le Père Marius.

-En tant Régent du Royaume, j'ai tous les droits mon Père.

-Puis-je savoir ce que vous recherchez?

-Nous recherchons un homme… Un dangereux révolutionnaire qui s'est échappé du royaume des Montagnes… On dit qu'il serait revenu se réfugier sur mes terres, expliqua en regardant tour à tour Sorel puis le Père Marius.

-Le seul étranger que nous avons ici est un moine et il est juste là devant vous, répondit Marius en désignant Sorel.

-Frère Silas, venez donc par ici! Hurla Boterne en direction du bâtiment principal.

Se raidissant en entendant le nom du traitre qu'il soupçonnait d'avoir assassiné William, Sorel le suivit des yeux tandis qu'il arrivait devant le Duc de Boterne. Sans dire un seul mot, le Duc pointa en direction de Sorel qui gardait intentionnellement la tête baissée. Un franc sourire apparut sur les lèvres épaisses de Silas lorsqu'il lui reconnut.

-Sorel Morel, l'aide de camp du Général en personne, s'exclama-t-il avant de s'adresser au Duc, l'homme que nous recherchons est certainement dans ses mûrs.

-Le général est mort, pesta Sorel en crachant sur le sol devant lui, vous devriez le savoir Silas, puisque c'est vous qui l'avez tué, l'accusa-t-il.

-Vos prières l'on ressuscité alors, puisque son cadavre n'a jamais été retrouvé, rétorqua Silas en s'esclaffant.

-Sentez-vous libre de fouiller toutes les pièces, annonça le Père Marius en espérant détendre l'atmosphère que Sorel venait d'alourdir dangereusement.

-Je ne vais pas m'en priver, rétorqua Silas en pénétrant dans l'église.

Dix minutes plus tard, les cavaliers étaient tous revenus dans la cour et attendaient que Silas vienne son rapport au Duc de Boterne.

-Alors Silas, l'avez-vous retrouvé?

-Non, on dirait bien qu'il n'est pas ici.

-Très bien messieurs, quittons les lieux, ordonna le Duc en s'approchant de son destrier.

-Et que fait-on de lui? Demanda Silas en désignant Sorel.

-Abattez-le, hurla Boterne en retirant une flèche de son carquois. Abattez-les tous!

-NON! Hurla le Père Marius, fuyez! Ordonna-t-il ensuite à l'ensemble des moines qui étaient tous rassemblés sur la place centrale devant l'église.

Une seconde plus tard, Sorel gisait sur le sol, une flèche plantée directement dans le cœur. Les tirs précis des archers du Duc atteignirent rapidement les autres frères qui s'écrasèrent les uns après les autres. Le Père Marius tenta désespérément de défendre les siens, mais la bataille était perdue d'avance. Il eut tout juste le temps d'ordonner au frère Colas de fuir vers un autre monastère afin que la princesse Élisabeth soit prévenue de ce qui se passait sur ses terres, avant d'être poignardé par derrière. S'il avait vécu quelques secondes de plus, il aurait assisté impuissant à la mort de Colas qui n'avait malheureusement pas eu le temps de prendre la fuite.

Au Château du peuple des Montagnes

Lorsque le Père Nomad se présenta au Château du peuple des Montagnes et qu'il demanda audience à la reine Élisabeth et à son conseil, celle-ci avait bien hâte d'avoir des nouvelles de son coin de pays. Le père Nomad dirigeait de main de maître, le deuxième monastère le plus important de son Royaume.

-Majesté, membres du conseil… Les salua le Père Nomad en s'inclinant bien bas, malgré son imposante silhouette.

-Nous vous écoutons mon Père, alors, quelles nouvelles m'apportez-vous?

-Je crains de vous apporter une très mauvaise nouvelle. C'est à propos de la commanderie de Grés.

-Qu'est-ce qui se passe? S'inquiéta Élisabeth en se raidissant sur le trône.

-La commanderie a été attaquée, il y a trois jours.

Pâle comme la mort, Élisabeth jeta un œil en direction d'Adès avant de s'enquérir : Y avait-il des survivants?

-Non majesté, les moines sont tous morts.

-L'un des nôtres était là-bas… vous croyez qu'il… Balbutia Élisabeth en se levant.

-Il n'y avait pas de survivants Majesté, la coupa le père Nomad, je suis désolé.

-Oh mon Dieu! S'exclama-t-elle en retombant sur son siège.

-Qui porte la responsabilité de l'attaque? Demanda alors le Duc de Malherbe.

-Tout porte à croire qu'il s'agissait des hommes du Duc de Boterne.

-Comment? S'emporta Élisabeth en quittant le trône pour s'avancer vers le moine.

-Comment en êtes-vous venus à cette conclusion? S'intéressa Adès en se rapprochant de la reine.

-Les flèches provenaient de leur carquois.

-Pour quelle raison croyez-vous que le Duc ait mis le feu au monastère de Grés? S'informa le Duc de Malherbe. Les moines faisaient-il de la contrebande?

-Non, certainement pas. En fait, on raconte qu'il rechercherait un homme… un dangereux révolutionnaire qui se serait réfugié dans notre royaume.

Comprenant qu'il devait rechercher William Darcy, Élisabeth s'empressa de reprendre, Très bien mon Père, je vous remercie pour cette information. Je vous promets que nous allons accorder toute l'attention nécessaire à ce problème. Veuillez vous rendre dans la cuisine où un bon dîner vous sera servi. Vous resterez au palais aussi longtemps que vous le souhaitez… S'adressant ensuite à deux de ses gardes, elle poursuivit : Faites en sorte qu'au moment de son départ, le Père Nomad soit escorté et qu'un chariot rempli de victuailles parte avec lui.

S'inclinant comme le voulait le protocole, les deux chevaliers quittèrent la pièce, suivis de près par le Père Nomad.

-Alors messieurs, quelles sont vos suggestions? Demanda Élisabeth aux membres du conseil après être retournée s'asseoir.

-Attaquons le Château, reprenez le contrôle votre Royaume, par la force s'il le faut, suggéra le Duc de Malherbe.

-Sauf votre respect monsieur le Duc, je crois que c'est justement ce que le seigneur Boterne attend de nous, rétorqua Polus.

Élisabeth laissa Adès, le Duc et Polus mener la discussion. Pour sa part, elle n'arrivait plus à suivre le débat tant elle souffrait de la double perte qui l'affligeait. Malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à contenir ses larmes. Lorsque Polus remarqua les nombreux efforts qu'elle faisait pour ne pas fondre en larmes, il proposa à tous d''ajourner le conseil et escorta personnellement la reine jusqu'à ses appartements. À peine venait-elle d'y entrer que Georgianna pénétrait dans la pièce à son tour.

-Je viens d'apprendre la terrible nouvelle, est-ce vrai ce qu'on raconte? Sorel Morel est mort? Balbutia-t-elle.

Unies par une peine semblable, les deux jeunes femmes se sautèrent dans les bras et pleurèrent l'homme qu'elles avaient admiré toutes les deux et qui avait si bien servi cet autre homme qui leur avait été si cher.

-Oh mon Dieu, s'exclama Élisabeth lorsque la tempête fut passée.

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? L'interrogea Georgianna.

-C'est Sorel qui avait caché mes lettres de noblesse et mon acte de mariage.

-Mais pourquoi Diable ne les gardiez-vous pas avec vous?

-Parce que j'avais peur qu'Alfred ne leur fasse subir le même sort que son frère…

-Puissiez-vous ne jamais avoir besoin de les montrer alors.

Les deux femmes pleurèrent pendant encore quelques minutes tout en parlant de Sorel, mais également en évoquant ce frère dont elles n'avaient toujours aucune nouvelle. Finalement épuisées, la reine et Georgianna s'endormirent l'une à côté de l'autre.

Le lendemain, Élisabeth se réveilla la première. Elle s'habilla le plus discrètement possible puis se rendit à la salle à manger, préférant laisser Georgianna se reposer un peu plus longtemps.

Après s'être forcée à avaler quelques bouchées, Élisabeth convoqua Adès, Polus et le Duc de Malherbe afin de voir avec eux ce qu'il convenait de faire.

-Tout d'abord, seigneur Polus… Commença-t-elle en omettant d'utiliser son titre de Général puisque selon elle, il appartenait toujours à William Darcy. Je veux vous remercier pour avoir si judicieusement mis fin à la réunion alors que j'en étais incapable…

-De rien… Je n'ai fait que mon travail…

-Alors messieurs… que me suggérez-vous?

Le jour de la crémation du Roi Alfred

Alors qu'ils rentraient à l'auberge isolée qu'ils avaient dénichée la veille, après être allés assister ensemble à la crémation du Roi Alfred, un vieil homme et son fils découvrirent le corps inanimé d'un homme à moitié défiguré. Une vilaine plaie ouverte laissait voir les os saillants de sa mâchoire avant de remonter jusqu'à son œil droit. Le sang séché depuis longtemps formait une croûte brunâtre épaisse contrastant énormément avec la blancheur des dents qui étaient anormalement exposées. Si le vieil homme ne s'était pas écarté du sentier pour aller uriner un peu plus loin, jamais il n'aurait fait cette macabre découverte qu'ils prirent tout d'abord pour un cadavre. Retournant chercher le petit chariot qu'ils avaient laissé à l'auberge, le fils revint vers son père quelques minutes plus tard et l'aida à transporter l'inconnu qu'ils recouvrirent d'une toile afin de ne pas s'attirer d'ennui. Après tout, les révolutionnaires étaient très actifs dans ce royaume.

Dès qu'ils eurent déposé l'homme sur le seul lit disponible de la petite pièce qu'ils occupaient depuis leur arrivée dans ce village, le père envoya son fils quérir le médecin du village où à tout le moins, vérifier s'il y en avait un. Quand il revint une heure plus tard, le vieil homme avait eu le temps de nettoyer ce qui restait du visage de l'homme, de lui retirer ses vêtements couverts de sang séché et de lui mettre une vieille soutane qui avait appartenu à son frère défunt.

Après l'avoir examiné, le docteur fut peu encourageant. Puisque son patient portait une soutane identique à celle que portent les hommes de Dieu qui travaillent à la commanderie du royaume de Grés, il se dit que ce moine avait dû être attaqué alors qu'il livrait des armes. Il lui administra un médicament pour calmer la douleur, ordonna à ses deux bienfaiteurs de changer régulièrement les bandelettes de tissus qu'il avait installés sur sa longue cicatrice.

-Gardez les bandelettes humides en tout temps. Ne lésinez pas sur la pommade. Leur ordonna-t-il finalement avant d'ajouter : Enfin, je vous dis tout ça pour la forme, puisque je ne crois pas que ce moine ait la moindre chance de survie.

Il promit toutefois de revenir deux jours plus tard pour prendre des nouvelles de cet étrange patient et leur donner de nouvelles instructions. Lorsqu'il revint 48 heures plus tard, le malade était encore inconscient, mais la fièvre était tombée. La plaie se cicatrisait bien et sa couleur était passée de brun à beige foncé. Étonné, le docteur félicita les deux hommes, leur laissa de nouvelles bandelettes et leur offrit un dernier flacon de médicament. Deux autres journées entières passèrent avant que le malade n'ouvre les yeux pour la première fois.

-Vous êtes réveillé? S'enquit le fils incapable de dissimuler sa joie.

-Où suis-je?

-Vous êtes dans une auberge. C'est mon père qui vous a trouvé dans un faussé à quelques distances de la route étroite qui mène à ce petit village. Nous avons d'abord pensé que vous étiez mort… Lui expliqua lentement le jeune homme.

-Qui êtes-vous?

-Je me nomme Jean Lasarre et mon père, qui devrait revenir d'un instant à l'autre s'appelle, Michel. Nous arrivons du territoire du sud.

-Où suis-je?

-À deux pas de la seule Commanderie qu'on retrouve dans le royaume des Montagnes…

-Oh, Aie!

La douleur le faisant grimacer, Jean lui offrit une nouvelle cuillerée de médicament.

-Puis-je connaître votre nom?

-J'ai bien peur de ne pas pouvoir vous renseigner. Je ne me souviens de rien. Lui apprit le malade avant de fermer les yeux.

-Reposez-vous encore un peu… mon père sera bientôt là. Il sera bien heureux de pouvoir s'entretenir avec vous.

Après ce premier réveil, l'étrange blessé récupéra plus rapidement. Vers la fin de la deuxième semaine, son visage avait repris une couleur normale, mais conservait une teinte beaucoup plus pâle là où l'impressionnante cicatrice zigzaguait de son œil droit jusqu'au coin de sa bouche. Comme cette zone était encore sensible, l'homme ne se rasait qu'un côté du visage afin de laisser l'autre partie finir sa guérison. Au bout d'un mois, il était de nouveau sur pieds et exigeait d'aider le vieil homme à faire ses corvées. Par habitude, le vieil homme avait fini par appeler son invité Frère Thomas puisque dès le départ, il l'avait associé à son frère défunt. Au terme du deuxième mois, l'homme qui était toujours amnésique en vint à demander conseil à ses deux bienfaiteurs.

-Tant que vous ne savez pas qui vous êtes, vous devriez rester caché. Lui suggéra le père. Puisque vous semblez à l'aise en homme d'église, pourquoi ne rejoindriez-vous pas une congrégation… Il y en a plusieurs dans les royaumes voisins qui accueillent encore des nouveaux membres.

-Croyez-vous que je sois en danger?

-C'est que… si l'on considère l'endroit où on vous a trouvé… et dans quel état surtout, je serais porté à croire qu'on vous a massacré volontairement. En tout cas, il me semble certain que votre agresseur vous a laissé là parce qu'il vous croyait mort… avança le fils.

-Mes vêtements vous ont-ils donné un indice sur ma provenance?

-Vous ne portiez qu'une tunique bien ordinaire et ce pantalon… Répondit Michel en pointant en direction du pantalon de toile foncée qu'il avait nettoyé, reprisé et posé sur une tablette.

-Si ça se trouve, vous êtes un moine et vous arriviez d'un autre monastère… Proposa Jean.

-Savez-vous si dans la commanderie du coin on pourrait m'accueillir?

-Ici? Non, je ne crois pas. Je ne vous suggère pas non plus la Commanderie du royaume de Grés, dans les terres centrales, puisqu'on raconte que l'homme qui a été laissé en place par le Roi des Montagnes est un vrai barbare. On le dit même pire qu'Alfred. Lui expliqua le vieil homme.

-Alfred, tiens, je me demande bien pourquoi ce nom me semble familier.

-Dans deux semaines, nous repartons pour notre royaume, celui qui Sud, vous devriez venir avec nous. Lui proposa gentiment Jean.

-Qu'est-ce qu'il y a au sud?

-Du travail et un Duc clément. Répondit Michel en lui souriant.

-Très bien…. Je vais y réfléchir.

Trois mois plus tard

Le peuple entier du royaume des Montagnes était réuni dans la chapelle du Château le jour où Georgianna Darcy et le Seigneur Adès s'unissaient pour la vie. La Reine Élisabeth de Grés avait tout organisé pour que le couple puisse vivre une cérémonie de rêve. Elle avait ordonné que les nouveaux mariés s'installent dans la chambre royale du château alors qu'elle-même avait repris celle qu'elle avait tout d'abords occupé au début de son séjour dans le royaume. Il faut dire qu'elle se préparait à rentrer chez elle puisque le Duc de Boterne avait perdu la guerre qu'elle avait menée de mains de maître avec l'aide du Général Polus, du seigneur Adès qui était devenu son principal conseiller et du Duc de Malherbe. Lorsqu'elle avait annoncé au conseil son intention de nommer le seigneur Adès régent du royaume de Montagnes en son absence, il avait vivement protesté et avait tenté de la convaincre de rester sur place alors que le Duc de Malherbe avait approuvé son choix avec une facilité toute surprenante. Ce que la Reine fut incapable d'expliquer à Adès toutefois, c'est que depuis la disparition du Général Darcy – dont le corps n'avait jamais été retrouvé – elle n'arrivait pas à faire son deuil. Elle voulait quitter tout ce qui le lui rappelait sans cesse.

Assistant en tant que souveraine à la touchante cérémonie, Élisabeth enviait le couple qui connaissait un bonheur bien mérité même si elle savait que s'ils s'étaient finalement avoué leur amour, c'était en partie suite à son intervention.

En effet, elle avait deviné assez rapidement que le cœur de la jeune Georgianna était atteint. Il n'y avait qu'à voir ses yeux se mettre à briller et son souffle s'emballer lorsque le seigneur Adès entrait dans une pièce. Mais si la jeune Georgianna ne demandait pas mieux que de confier son cœur au conseiller, celui-ci résistait depuis si longtemps au charme de la jeune femme qu'il était passé maître dans l'art de se cacher la vérité. Toutefois, lorsqu'Élisabeth devina que la plus grande résistance de cet homme remarquable provenait de la promesse qu'il avait faite à son frère à savoir qu'il allait veiller sur elle aussi bien que lui-même.

Élisabeth savait qu'un homme solide et droit comme lui ne pourrait être raisonné et que ce serait peine perdue que d'essayer de le convaincre. La reine avait donc utilisé une ruse vieille comme le monde et avait commencé à parler de mariage avec Georgianna. Très rapidement, elle était allée voir son conseiller et lui avait demandé son avis sur les quelques seigneurs qu'elle avait sélectionnés et qu'il connaissait lui-même très bien.

-Il est normal que je vous consulte Adès, vous êtes mon premier conseiller et le tuteur officiel de Georgianna.

-Je sais bien. Je comprends cela. Mais êtes-vous certaine que Georgianna désire se marier? S'enquit Adès en fronçant les sourcils.

-Mais bien entendu, l'idée ne vient pas de moi, je vous l'assure.

-Loin de moi l'idée de vous contredire Majesté.

-Alors, vous ne m'avez pas encore dit ce que vous pensez du Comte Duchaînon?

-Il est très bien. Déglutit-il avant d'ajouter : Un peu âgé peut être?

-Mais enfin, il a deux ans de moins que vous. Lui fit remarquer Élisabeth en ayant beaucoup de difficulté à réprimer son sourire.

-Il fait plus vieux, c'est tout. Mais, dites-moi, le comte n'a-t-il pas déjà été marié?

-Oui, mais comtesse est morte avant de lui donner des enfants. Georgianna est jeune et fera une bonne mère…

-Je n'en doute pas… Admit Adès bien à regret.

-Oh, attendez, pendant que j'y pense, que pensez-vous du Baron Rougier? Il est plus jeune et très bel homme.

-Il court après toutes les femmes. S'emporta Adès.

-Oh, mais les hommes ne sont-ils pas tous ainsi avant de se marier? Georgianna devrait le contenter. Argumenta Élisabeth qui continuait à beaucoup s'amuser.

-Si vous le dites.

-Bon alors, si ce candidat vous convient aussi. Je vais lui écrire une lettre pour l'inviter à venir séjourner ici cette semaine.

-Si vite que ça?

-Mais enfin cher ami, qu'avez-vous? Vous n'êtes tout de même pas jaloux? S'enquit-elle.

-Moi? Mais non voyons.

-Alors cessez donc de critiquer tous les candidats que je vous propose.

-C'est à Georgianna que je pense. Uniquement.

-Si vous le dites…

Après cette première épreuve, Élisabeth ne reparla plus de la possibilité de mariage avec lui, mais elle invita tout de même le Baron Rougier à venir passer quelques jours au château. Élisabeth ne l'avait vu qu'une fois, mais elle en savait assez sur lui pour savoir que sa jeune dame de compagnie ne l'aimerait pas beaucoup. Le seigneur Luc Rougier était trop conscient de sa plastique et si satisfait de lui-même qu'il passait de longues heures à parler de ses prouesses à la chasse ou comme cavalier. Même si le jeune Baron donnait l'impression de ne pas avoir remarqué Georgianna, Élisabeth savait qu'il n'était pas aveugle et qu'il attendait simplement que l'occasion lui soit donnée pour tenter de la séduire. C'était vraiment plus fort que lui.

Depuis l'arrivée du Baron, Adès se fit plus présent au château et surveillait la jeune femme de loin. Voulant encore une fois donner un coup de pouce au destin, Élisabeth convoqua son conseiller Adès et lui confia une courte mission qu'il ne put refuser. Il dut partir à l'aube avec quatre autres seigneurs et prendre la route en direction du royaume voisin afin d'aller prévenir les habitants du Château de Grés de l'éventuel retour d'Élisabeth. La reine voyait bien que son fidèle conseiller aurait bien aimé pouvoir refuser, mais elle l'obligea à partir lui permettant toutefois de revenir dès qu'il se serait acquitté de sa mission.

Pendant son absence, Élisabeth laissa le Baron se promener à sa guise dans les jardins du château et s'organisa pour que la jeune Georgianna croise son chemin à quelques reprises. Jouant au chat et à la souris avec les deux jeunes gens qu'elle ne laissait jamais seuls assez longtemps pour que le Baron puisse s'investir auprès de la jeune femme, Élisabeth s'organisait tout de même pour que de courtes rencontres fortuites se produisent certaine que le Baron serait suffisamment accroché pour tenter quelque chose le moment venu.

Vers cinq heures du soir, une heure avant le début du banquet du soir, Élisabeth alla prévenir Georgianna que le Baron voulait la voir et qu'il l'attendait dans le jardin arrière de la basse cour. Elle utilisa la même excuse pour le Baron et laissa les deux jeunes gens seuls plus longtemps que prévu se tenant tout de même prête à intervenir s'il advenait que le jeune Rougier aille trop loin. Il faut dire surtout qu'Élisabeth comptait sur l'arrivée imminente du Seigneur Adès qui d'après ses calculs ne devait plus être très loin du Château en autant qu'il fut aussi pressé de rentrer qu'elle le présumait.

-Ah, dame Georgianna. Vous êtes là! Me voilà! Lui annonça le Baron avec une fierté non dissimulée en arrivant dans le jardin où il croyait qu'elle lui avait donné rendez-vous.

-J'étais très étonné de ne pas vous trouver ici en arrivant. Rétorqua la jeune femme en le saluant selon son rang, croyant la même chose que lui.

-Je suis bien content de vous voir. J'ai décidé de partir demain.

-Vous nous manquerez… Répondit tout simplement Georgianna.

Saisissant la main de la jeune femme et la portant à ses lèvres, le Baron affirma : Vous me manquerez, belle dame.

-Vous n'aurez qu'à revenir nous voir dans quelques temps. Rétorqua Georgianna en récupérant sa main.

-Aimeriez-vous venir me voir concourir dans deux jours?

-Et il aura lieu où ce tournoi?

-Dans le royaume du Sud, sur les terres du Duc de Sauternes.

-Je n'y suis jamais allée, je crois.

-C'est l'un des plus beaux royaumes, mais rien n'égale votre beauté évidemment… La flatta-t-il.

S'étant sensiblement rapproché de la jeune femme tout en parlant, celle-ci se retrouva tout près du mur.

-Vous exagérez Baron.

Posant une main de chaque côté de sa taille, le Baron approcha sa bouche de son oreille pour lui susurrer : Je dis toujours ce que je pense…

-Je vais devoir rentrer… Balbutia-t-elle en essayant de se dégager.

Saisissant une mèche de cheveux du visage de la jeune femme, le Baron darda son regard chargé de désir sur elle et lui chuchota : N'ayez pas peur de moi… je ne vous veux aucun mal… j'ai simplement très envie de vous embrasser…

Georgianna, vint pour protester, mais le Baron fut plus rapide. Il captura la bouche tremblante de la jeune femme en la ramenant contre lui. Paniquée, mais pas du tout résignée, Georgianna leva le genou et frappa le Baron directement comme son frère le lui avait montré lorsqu'elle avait quinze ans.

Le jeune homme se plia en deux et hurla si fort après la jeune femme qu'elle en profita pour prendre la fuite. Essoufflée, décoiffée et les joues colorées à cause de sa course effrénée, Georgianna ne voyait plus où elle allait. Elle lâcha un cri de surprise lorsqu'elle heurta quelqu'un au détour du chemin. Lorsqu'elle reconnut le seigneur Adès, elle s'accrocha à lui et se mit à trembler.

-Georgianna, qu'est-ce qui vous arrive? S'enquit Adès en la serrant contre lui.

-Ce n'est rien… c'est fini… Balbutia-t-elle sans pour autant cesser de trembler.

Voyant qu'elle cherchait toujours son souffle, Adès la conduisit doucement jusqu'au banc le plus près : Chut, calmez-vous. Que vous est-il arrivé? Lui demanda-t-il en dégageant les cheveux qui lui tombaient devant le visage.

-Ça va aller Adès. Vous êtes là maintenant…

-Qu'est-ce qui vous a mis dans cet état? S'enquit-il en serrant les dents.

-Ça n'a plus d'importance, je vous dis…

Entendant les pas d'une tierce personne qui s'approchait, Georgianna se tut à nouveau et cacha sa tête dans le cou d'Adès. Tournant la tête en direction du coin du mur, Adès reconnut le Baron Rougier au moment où il apparut devant eux et comprit qu'il tenait le responsable de l'émoi de sa partenaire en la sentant se raidir sensiblement. Serrant les points et déterminé à corriger celui qui avait osé s'en prendre à sa protégée, Adès banda ses muscles, vint pour se relever, mais fut arrêté dans on élan par la jeune femme. Comprenant qu'il ne devait surtout pas rester auprès d'eux, le Baron reprit sa marche et disparut comme s'il avait le diable aux trousses.

-Vous auriez dû me laisser le corriger… La gronda Adès en la dévisageant.

-Il ne mérite pas la correction que vous alliez lui donner… pas plus qu'il n'en vaut la peine d'ailleurs…

-Je n'aurais pas dû accepter de m'éloigner d'ici aujourd'hui, mentionna le conseiller.

-Vous ne pouvez pas me protéger de tout…

-Si, il le faut! Je l'ai promis à votre frère… et maintenant qu'il n'est plus là…

-Je sais me défendre…

-Je sais, oui… Admit-il en la couvant du regard.

-Seigneur Adès, vous savez, je crois que la reine souhaite que je prenne un époux… Osa-t-elle enfin lui dire en retournant s'asseoir sur le banc.

-Je suis au courant, oui…

-Or, j'ai appris que vous semblez être contre cette idée…

-En fait, c'est plutôt que… je trouve la reine bien pressée…

-Il s'agit pourtant de mon idée…

-Je sais oui, elle me l'a dit. Mais j'avoue ne pas approuver…

-Adès, je ne veux plus être une charge pour vous.

-Mais ce n'est pas le cas voyons. Lui assura-t-il en revenant s'installer à côté d'elle sur le banc.

-Je sais, mais que vous le vouliez ou non, en tant que conseiller, vous serez amené à vous éloigner de plus en plus souvent.

-Mais…

-Non, laissez-moi finir. Sans compter que je caresse d'autres rêves dans ma vie et que ceux-ci n'ont rien à voir avec le fait d'être une dame de compagnie pour la reine, aussi gentille soit-elle.

-Voudriez-vous retourner à la campagne, dans votre village natal?

Non. Il est temps que je prenne ma vie en main. Je veux me marier et avoir des enfants.

-C'est compréhensible, mais pourquoi cet empressement? Vous êtes encore jeune Georgianna.

-Parce que je n'ai plus de famille. Mon frère est introuvable. Probablement mort et je me sens seule.

Incapable de retenir ses larmes, Georgianna se leva, fit quelques pas et s'arrêta à nouveau pour pleurer. Ému par la peine de la jeune femme, Adès se releva, s'élança vers elle et lui passa un bout de tissu propre par-dessus son épaule. Georgianna le ramassa, se moucha bruyamment dedans et se tourna vers Adès, les yeux encore tout gonflés de larmes.

-Vous rendez-vous compte, je n'aurai personne pour me conduire à l'autel. Réalisa-t-elle avant d'éclater en sanglots. Adès la reprit dans ses bras et la serra tendrement contre lui.

Cachée derrière le muret central de la cour, Élisabeth ricanait doucement. Lorsqu'elle avait vu le Baron passer en courant devant elle, elle s'était avancée discrètement et avait observé le couple de loin. Elle ne fut donc pas surprise lorsqu'elle vit Adès pencher la tête et embrasser tendrement la jeune femme qu'il aimait depuis si longtemps sans oser se l'avouer. Leur baiser se prolongea, puis leur conversation reprit en ayant l'air d'être beaucoup plus satisfaisante pour l'un comme pour l'autre. D'autres baisers suivirent le premier, mais Élisabeth n'était plus là pour les voir puisqu'elle était retournée dans la salle du trône où elle s'entretint avec le jeune Baron qui venait tout naturellement la prévenir de son intention de rentrer chez lui.

-J'aimerais beaucoup que votre majesté et sa dame de compagnie viennent assister au tournoi auquel je participe dans deux jours sur les terres du Duc de Sauternes dans le Royaume du sud. Ces joutes seront les premières de la saison. Cela vous permettrait de rencontrer plusieurs Seigneurs que vous n'avez jamais vus, mais qui sont très influents dans leurs royaumes respectifs. Débita-t-il d'une seule traite.

-J'avoue que votre offre est très intéressante… Considéra-t-elle sérieusement.

-Sans compter que le Duc est veuf, tout comme vous. Son épouse est décédée l'an dernier. Elle avait les poumons fragiles.

-Tsssss, cher Baron, je vous préviens tout de suite, je ne suis pas en quête d'un époux. J'ai assez de deux royaumes à gérer.

-Je comprends très bien ce que vous me dites, mais sachez que le cœur n'est pas toujours capable de nous écouter…

-Hum, pensez-vous à dame Georgianna quand vous parlez ainsi?

-Elle est bien jolie en effet, mais je ne la crois pas éprise de moi.

-Ah bon. Moi qui vous croyais irrésistible?

-Majesté, vous vous moquez de moi.

-Oui, c'est vrai, je l'admet. Alors, comment puis-je me rendre sur les terres de ce fameux Duc de Sauternes alors que je ne suis même pas invitée?

-Je suis un ami intime du Duc. Je lui parlerai de vous. Soyez certaine qu'il vous recevra après mon intervention. Il n'a simplement jamais pensé que vous pourriez être intéressée à assister à un tournoi… Les femmes le sont rarement, mais vous n'êtes certes pas comme les autres…

-Je l'espère bien mon ami…

À suivre…

Le prochain chapitre se passera dans le Royaume du Sud où un autre personnage important s'est également installé... mais ce n'est pas un mystère... vous devez certainement déjà savoir de qui il s'agit?

Qu'en pensez-vous, Gridaille, Marie-Paule, Laurence, Laura et Libra10?