Alors voilà l'avant dernier chapitre. Une longue discussion pénible entre William et Élisabeth, alors que chacun poursuit un but différent. *Le terme Jongleuse utilisé par William pour décrire Élisabeth fait référence à ceux et celles qui au Moyen-Âge étaient habiles avec les mots. Merci à Mouette pour ton gentil commentaire. Merci de t'être manifestée. J'aime bien retrouver tes traces ça et là. Merci aussi à Libra10, Laura, Laurence, Gridaille (qui est souvent la première à m'écrire d'ailleurs), Marie-Paule, Olive03 et Angela. Il n'est jamais trop tard pour vous prononcer et me dire ce que vous pensez de cette histoire. Miriamme.

Onzième partie

Dans une autre pièce du donjon, alors qu'il se changeait pour le souper et s'aspergeait le visage d'eau froide en espérant que cela l'aiderait à se clarifier les idées, Frère Thomas s'assécha les joues puis s'agenouilla pour prier son Dieu afin qu'il lui donnât le courage nécessaire à l'exécution du plan qu'il avait élaboré avec Silas en prévision de son séjour au palais. Le moine admirait son ami d'avoir deviné que la Reine, en l'apercevant, ne résisterait pas à la tentation de le garder au Château.

«Elle va tout faire pour savoir si tu as perdu la mémoire, l'avait prévenu Silas, dans le doute, elle s'arrangera certainement pour payer quelqu'un pour t'assassiner. Voilà pourquoi, tu dois rester sur tes gardes, surtout si comme je le crains, elle t'invite au Château pour la nuit».

Son ami l'avait ensuite mis en garde contre les éventuelles tentatives de séduction de la jeune femme et auxquelles il allait devoir résister.

-Le fait que tu portes la soutane ne l'arrêtera en rien. Elle va tout faire pour que tu perdes la tête, elle utilisera la séduction et j'ai bien peur que ton corps se souvienne des moments intimes que vous avez partagés même si toi tu n'en gardes aucun souvenir.

-Je serai sur mes gardes… Ne t'en fais pas. Je suis plus résistant que j'en ai l'air.

-Tant mieux puisque c'est de toi-même que tu dois te méfier le plus. N'oublie pas que tu n'es pas un moine. Tu es un homme et la Reine était passée maître dans l'art de jouer avec tes émotions. J'en ai été témoin à plus d'une reprise. Crois-moi sur parole, si elle éveille ton désir et qu'elle s'en rend compte, tu ne seras pas le seul à comprendre que tu es bien William Darcy.

-Et je reviendrai vers toi, convaincu et prêt à participer à la dernière phase de ton plan.

-C'est ça oui. Immédiatement. Évidemment, si la mémoire te revient d'ici là, tout sera réglé bien plus vite.

Frère Thomas entra dans la salle à manger le premier. Il fut reçu par la dame de compagnie d'Élisabeth que le Général avait lui-même choisi sur les ordres du roi Alfred. La jeune femme resta figée devant lui en le découvrant. Puis, reprenant ses esprits, elle lui fit signe à s'asseoir à la table située à l'écart de toutes les autres où la Reine avait prévu qu'ils allaient manger.

-Vous êtes ponctuel frère Thomas. C'est vrai que vous autres, hommes d'église, avez bien des qualités, le complimenta Élisabeth en arrivant à son tour.

-Nous sommes habitués à suivre un horaire strict, comme tous cavaliers d'ailleurs…Voyant la Reine pâlir, Thomas s'empressa d'ajouter : Je suis désolé… pardonnez-moi d'avoir évoqué les chevaliers. J'oublie toujours que vous avez connu le défunt Général à qui je ressemble… ajouta-t-il en s'étonnant de la voir poser sur lui deux yeux chargés de colère.

-N'utilisez pas le mot défunt en parlant de lui. Son corps n'a jamais été retrouvé... S'emporta-t-elle avant de rougir puis s'excuser. Je vous en prie, asseyez-vous. Pardonnez mon impatience. La journée a été vraiment longue et contrairement au palais du Royaume des Montagnes, il n'y a pas beaucoup de distractions ici. Gardant le silence le temps que les domestiques vinssent remplir leurs assiettes, Élisabeth tenta de retenir les larmes qui commençaient déjà à se frayer un chemin jusqu'à ses yeux.

-Il y a combien de temps que votre Général est disparu? Lui demanda stratégiquement Thomas.

-La dernière fois que je l'ai vu… c'était le jour de mon mariage… lui expliqua Élisabeth d'un ton qu'elle voulut poli, mais assez froid tout de même pour le dissuader de continuer dans cette voie.

-N'était-ce pas également le jour où vous êtes devenue veuve? Ajouta-t-il contre toute attente tournant volontairement le fer dans la plaie.

-Oui c'est vrai, admit-elle avant de pousser un profond soupir et lui demander : Ça vous choquerait si je vous avouais avoir davantage souffert en perdant le Général que mon mari, ajouta-t-elle déterminée à changer de stratégie.

-Je suis surpris, étonné même, mais choqué non, puisque je ne connais pas les détails ni cette histoire.

-Puis-je avoir l'assurance que ce que je vais vous raconter restera entre nous?

-En tant que confesseur, je suis déjà tenu au secret.

-Et en tant qu'homme, aurez-vous les mêmes égards envers moi?

-En tant que moine et homme d'église… précisa-t-il prudemment.

-Mangez donc pendant que je vous parle de ce Général qui vous intéresse tant…

-Je vous écoute… «Et comment» ajouta-t-il pour lui-même tandis qu'il ramassait une cuisse de poulet et prenait une gorgée de vin chaud.

-Saviez-vous que le roi Alfred avait un frère cadet nommé Bastien de la Tourelle?

Thomas se contenta de secouer négativement la tête.

-Et bien ce Bastien s'est présenté ici même, il y a presque six mois de cela avec une armée constituée de mille hommes. Notre royaume venait tout juste de recevoir un ultimatum de son frère Alfred. Bastien a demandé une audience à mon père et lui a offert son armée en échange de ma main.

-N'est-ce pas toujours ainsi que les mariages sont réglés? Lâcha-t-il, un demi-sourire sur les lèvres.

-Oui, mais ça ne rend les choses plus acceptables pour autant. Lorsque mon père m'a parlé de cette possibilité, j'ai tout d'abord refusé. J'ai toutefois accepté de rencontrer Bastien. Je l'ai détesté dès que je l'ai vu, se remémora-t-elle. Il était prétentieux et vulgaire. Deux jours après son arrivée chez nous, les hommes du roi Alfred ont commencé à nous attaquer. Ne voulant pas être responsable de la perte de notre royaume, je me suis rendue à la salle du trône pour prévenir mon père que j'étais prête à accepter d'épouser Bastien. Incapable de poursuivre à cause d'une boule qui s'était formée dans sa gorge, Élisabeth prit une gorgée de vin et exhala un profond soupir avant de continuer.

«Quelle jongleuse*, s'émerveilla Thomas, encore un point pour toi, Silas. Tu as bien fait de me préparer à cette rencontre… en me mettant en garde contre ses artifices».

Reprenant son récit après s'être excusée à nouveau, Élisabeth lui raconta comment elle avait assisté impuissante à l'assassinat de son père. Dès que j'en ai eu l'occasion, je suis repartie vers ma chambre. L'attaque s'étant intensifiée hors des murs du Château, j'ai emprunté un passage secret que je suis seule à connaître et suis arrivée à l'extérieur. La bataille était commencée depuis quelques heures déjà. Je venais d'arriver dans la forêt quand des hommes des Montagnes m'ont capturée. Ils m'ont fait transporter dans la tente de leur supérieur qui était justement le Général Darcy. Celui à qui vous ressemblez tant.

«Nous y voilà, voyons voir comment elle va s'en sortir», jubilait presque Thomas.

-Le Général a ordonné à son aide de camp de m'attacher. Cet homme se nommait Sorel et il est mort aujourd'hui, se cachant le visage à deux mains, Élisabeth fut encore une fois incapable de poursuivre.

«Elle est forte, vraiment très forte. Elle est bien meilleure que ce que tu m'avais dit Silas.»

-En quittant le château, j'avais pris soin de revêtir une tunique de paysanne, mais intelligent comme il l'était, le Général a vite deviné que j'étais la princesse. Durant la première nuit, j'ai réussi à prendre la fuite. En me rapprochant du Château, j'ai été rattrapée par des hommes de Bastien, puis reprise par des hommes des Montagnes. Ces chevaliers en manque de femmes m'ont ramenée dans leur campement et s'apprêtaient à abuser de moi, lorsque le Général est intervenu à nouveau. J'ai aussitôt été reconduite dans sa tente. Cette nuit là, il a pris soins de moi et m'a laissé dormir dans son lit.

-Vous êtes tombée sur un homme bien, déglutit Thomas, incertain de ce qu'il devait déduire de sa dernière affirmation. «S'était-elle donnée au Général ce fameux soir?» songea-t-il, incapable encore d'utiliser le «je» lorsqu'il parlait de l'homme dont les souvenirs ne lui appartenaient pas encore.

-Un homme bien? Oui, c'est ce que j'ai pensé aussi au départ, mais dans l'éclairage du matin, cet homme habitué à l'action m'est apparu moins lumineux. Il négociait un échange me concernant avec Bastien de la Tourelle. Moi, contre le Château. J'ai essayé de le raisonner, mais rien n'y fit. L'échange a bel et bien eu lieu deux heures plus tard. Toutefois, Sorel, son aide de camp avait eu le temps de me refiler une dague que j'ai pris soin de cacher dans ma tunique. Lorsque Bastien est entré dans ma tente ce soir là, j'étais prête, je l'attendais. Il a mis le feu à mes lettres de noblesse et s'est jeté sur moi. Je l'ai tué avant de prendre la fuite. Je me suis réfugiée à la commanderie de Grés le soir même et j'ai été recueillie par le Père Marius qui était un ami proche de mon père. Lorsque je lui ai raconté ce qui m'était arrivé, celui-ci en a profité pour me confier un secret. Il m'a dit que mon père avait caché une autre copie de mes lettres de noblesse à l'intérieur même des murs du Château principalement parce qu'il avait pressenti ce qui allait se passer. Il faut dire qu'il avait entendu parler d'Alfred et était assez intelligent pour savoir qu'il ne pourrait pas tenir très longtemps face à son armée. Le père Marius ignorait à quel endroit exactement mon père avait placé cette fameuse nouvelle copie, mais il savait que c'était dans la chambre de ma mère, celle dans laquelle il n'était jamais entré depuis sa mort.

Je devais donc trouver une façon de retourner au Château afin de les chercher autrement, je me retrouvais incapable de prouver qui je suis. J'ai profité de ce que le Général engageait pleins de gens pour venir remplacer les employées qui avaient été tués par Bastien et ses hommes au moment où ils avaient quitté le château. Je me suis fait passer pour une cuisinière. Apparemment, le sort était contre moi, puisque le roi Alfred m'ayant aperçue en passant dans les cuisines, avait demandé à ses hommes de me retrouver et de me reconduire dans sa chambre pour la nuit. J'ai échappé à ceux-ci et suis allée dans l'aile royale chercher mes papiers. Le Général a fini par me retrouver et a ordonné à Sorel de me garder enfermée dans la chambre – qu'on leur avait attribuée qui se trouvait justement à être celle de ma mère. Dès que le Général est reparti vers Alfred, Sorel et moi avons mis la main sur mes lettres de noblesse.

-Et vous êtes partie? Proposa Thomas.

-Non… mais vous avez raison. N'importe quelle personne saine d'esprit aurait fait cela, admit la reine.

-Ce n'était pas une critique…

-Peu importe… J'ai décidé de faire une entrée royale dans la salle de bal. Je savais que si j'entrais en me faisant annoncer comme la Reine du royaume de Grés, Alfred n'aurait pas d'autres choix que de me traiter selon mon rang, c'est-à-dire avec respect. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'Alfred s'est montré très charmant. Il m'a présenté à tous ces invités et s'est occupé de moi toute la soirée. Il va s'en dire que lorsqu'il m'a présenté au Général Darcy, celui-ci était très mécontent.

-J'ai beau ne pas avoir connu Alfred personnellement, ni même votre Général, mais la réputation du Roi le précédait… même ici, ajouta Thomas après avoir réalisé que ses paroles pouvait donner l'impression qu'il en savait plus que ce qu'il prétendait.

-C'est l'aide de camp du Général qui, le premier, m'a parlé d'Alfred. Il m'a expliqué – en choisissant vraiment très bien ses mots : que les femmes qui étaient entrées dans sa chambre – en ressortaient généralement en petits morceaux.

-Vous ne l'avez pas cru?

-Oui, bien entendu… mais au fond de moi, je me suis imaginé que j'arriverais à le changer. Que mon titre de Reine me protégerait. J'étais naïve.

-Est-ce à ce moment là que vous l'avez accompagné dans le Royaume des Montagnes?

-Qui vous a renseigné? S'informa Élisabeth en jetant sur son compagnon un regard soupçonneux.

-Vous oubliez que Michel et Jean, les deux commerçants que vous avez rencontrés au Sud ont vécu quelques temps dans le royaume d'Alfred. C'est par eux que j'ai appris une partie de votre histoire, s'en sortit-il.

-De toute façon, c'est lorsque j'étais sur les terres d'Alfred que les choses se sont gâtées. Alfred attendait ma réponse à sa demande en mariage, alors que le Général tentait de me convaincre que je ne devais pas accepter.

-Il avait raison.

-Oui, sans doute, mais à ce moment-là, je ne pouvais pas comprendre. Je ne savais pas non plus que William Darcy fréquentait les révolutionnaires. Et encore moins qu'il en faisait partie. C'est lorsque j'étais avec son aide de camp que j'ai découvert le pot aux roses. En visitant une auberge, déguisés tous les deux, Sorel et moi avons surpris les révolutionnaires qui parlaient de moi. J'ai entendu le Général lui-même leur dire que puisqu'il me connaissait, il trouverait une façon de me convaincre de quitter le royaume. Alors, le soir même, lorsqu'il est venu dans ma chambre s'enquérir de ma décision et qu'il m'a avoué qu'il m'aimait, j'ai cru qu'il mettait en pratique ce qu'il avait promis aux révolutionnaires dans l'après-midi. Je l'ai repoussé et lui ai ordonné de quitter ma chambre. J'étais tellement en colère contre lui. Je me suis sentie trahie… j'étais blessée…

-Amoureuse… Lâcha Thomas.

-Oui, assurément. Voilà pourquoi je suis entrée en contact avec les révolutionnaires dès que j'en ai eu l'occasion. Mais je suis tombée dans un piège. L'un des deux hommes que j'ai rencontrés était un traitre. Il m'a mise à l'abri dans une grotte, puis s'est empressé d'aller prévenir Alfred. C'est là qu'ils nous ont retrouvées, moi et la jeune sœur du Général. Au moment où Alfred a ordonné à frère Silas de tuer Georgianna…

-Silas? Répéta Thomas en laissant échapper un petit rire nerveux.

-Oui… c'est cet homme qui a assommé Adès et qu'on soupçonne même d'avoir tué le Général.

Sans rien répondre, Thomas fit rouler ses épaules, ressentant tout à coup un profond malaise. La colère assécha sa gorge l'obligeant à avaler d'un trait le reste de sa coupe de vin. «Oh, Silas… heureusement que tu m'avais prévenu mon ami, comme elle te malmène».

-Ça ne va pas frère Thomas? Je suis désolée… je vais m'arrêter là. Je ne voulais surtout pas vous gêner…

«Cette Reine est vraiment dangereuse… Et que dire de ses charmes… Elle possède un pouvoir de persuasion extrêmement puissant.» Reconnut-il avant de tousser légèrement pour justifier son malaise puis ajouter : Non! Continuez, je vous en prie… Je me suis simplement étouffé.

-Où en étais-je? Oh, oui… J'ai négocié avec Alfred afin qu'il laisse la vie sauve au Général et à sa sœur Georgianna. Nous nous sommes mariés là dans la grotte, sans témoin, sans affection. De retour au château, notre mariage a été annoncé officiellement. J'ai assisté à la fête en donnant l'impression que j'étais heureuse, c'était d'ailleurs l'une des conditions de mon mari.

Comme je m'y attendais, le Général a essayé de me faire parler, mais comme je savais que le roi cherchait déjà une bonne excuse pour se débarrasser de lui, j'ai nié d'un bloc pour éviter qu'il insiste davantage et me retirée pour me préparer pour la nuit de noce. Pendant que je me changeais, j'ai caché une dague dans ma tunique. C'est encore Sorel qui m'en avait fait cadeau. Lorsque je suis venue pour m'en servir, Alfred est intervenu et m'a désarmée avec une facilité déconcertante.

«On y arrive Silas! On y arrive. S'excita Thomas qui se redressa sur sa chaise. Va-t-elle me faire porter le blâme comme tu l'as prévu?»

-Juste comme Alfred allait me prendre, je me suis retrouvée libre. En me redressant, j'ai réalisé que le Général venait de me sauver la vie. C'est lui qui avait jeté Alfred par la fenêtre…

-Incroyable! S'exclama Thomas en la dévisageant avec stupeur. «Quelle habileté surtout! Silas, crois-moi, même toi tu serais impressionné».

-Il l'a fait par amour pour moi. Et c'est la dernière fois que je l'ai vu… conclut-elle avant d'éclater en sanglots.

Thomas lui passa un mouchoir et garda le silence, occupé qu'il était à réfléchir. Jusqu'à maintenant, l'histoire racontée par la Reine Élisabeth concordait totalement avec le scénario de Silas, restait à savoir si elle allait également prétendre qu'elle n'avait rien à voir avec l'attaque dont le Général aurait été victime en quittant les révolutionnaires vers minuit pour revenir vers le Château.

-Le Général vous a quitté pour aller où? L'interrogea-t-il d'une voix très douce, conscient qu'il s'adressait à elle alors qu'elle sanglotait encore.

-Il m'a dit qu'il devait aller voir les révolutionnaires pour essayer de leur expliquer la situation, poursuivit-elle sans même se préoccuper des larmes qui coulaient sans fin sur ses joues, et de calmer leurs esprits… Un peu plus tard, Adès a confirmé avoir passé la soirée avec lui. Il dit que le général est parti vers minuit. Il avait promis de venir me retrouver… que nous allions reparler de ce qui s'était passé… mais il n'est jamais revenu.

«Mensonges… encore des mensonges… C'est elle qui a ordonné à Adès de lui faire la peau du Général…» songea Thomas en serrant les poings sous la table.

-Mais le pire c'est que puisque j'avais confié mes lettres de noblesse à Sorel Morel afin qu'il les cache pour moi et qu'il a lui-même été assassiné par le Régent qu'Alfred avait placé sur le trône dans mon royaume, je ne suis pas plus avancée que le jour où Bastien les a jetées dans le feu, lui confia-t-elle sans réaliser le danger qu'il y avait à lui confier ce genre de détail.

-Beaucoup d'hommes sont morts autour de vous ces derniers mois… commenta-t-il avec hargne s'attirant un regard surprit d'Élisabeth.

-Oseriez-vous insinuer que je serais responsable de leur mort?

-Je crois surtout que je ne dois pas rester près de vous. Si je ressemble à ce Général autant que vous le dites… maintenant que je connais votre histoire… je comprends que je n'ai pas ma place ici… affirma-t-il en se levant.

-Non, ne partez pas, l'implora-t-elle en se levant à son tour, comprenez-moi bien Thomas, je ne veux pas l'oublier, je veux que William revienne, professa-t-elle en s'accrochant à lui.

Obtenant la confirmation que son corps d'homme la désirait et sentant qu'il risquait fort de commettre l'irréparable s'il ne s'éloignait pas immédiatement d'elle, Thomas la repoussa en la tenant à bout de bras et jeta sur elle un regard méprisant qui la blessa cruellement.

Lui tournant ensuite le dos pour éviter qu'elle ne l'attire contre lui et que ce faisant elle perçoive son émoi, Thomas garda résolument le dos tourné puis attendit qu'elle se fût éloigné puis eut refermée la porte avant d'oser respirer à nouveau.

Jetant un œil sur la table, il réalisa que contrairement à lui, elle n'avait rien mangé de son repas. Poussant un soupir d'exaspération, il ramassa un bout de pain et s'en retourna dans sa chambre comprenant que Silas avait raison et qu'il ne pouvait pas rester au Château pour la nuit.

«Tu avais raison Silas… sur tout la ligne et j'ai bien hâte de te raconter ça».

Jetant un œil sur sa suivante tandis qu'elle pénétrait dans sa chambre, Élisabeth comprit qu'elle celle-ci venait lui annoncer que Frère Thomas était parti. Une fois seule dans son grand lit, elle se demanda comment elle allait réparer son erreur auprès de lui? Après tout, n'aurait-elle pas eut la même réaction que lui si elle avait été sa place? Fuir au plus vite. Se sauver de cette Reine folle à lier qui se lamentait sans cesse et qui était incapable de se consoler de la perte d'un homme qui somme toute n'était même pas de son rang.

Après s'être endormie au bout de ses larmes, Élisabeth se réveilla toujours préoccupée par la situation de Thomas. Elle devait à tout prix prendre le temps de rédiger cette fameuse lettre de recommandations qu'il était venu lui réclamer et envoyer un messager la lui livrer dut-il frapper aux portes de toutes les auberges du royaume pour le retrouver.

-Vous devez la lui remettre en main propre Basil. Il porte une cicatrice sur la joue droite. Si vous la voyez, vous saurez que vous êtes devant la bonne personne, avait-t-elle expliqué au messager de la cour juste avant qu'il ne quitte le Château.

-À vos ordres majesté.

Deux heures plus tard, son messager revint lui apprendre qu'il avait trouvé le moine dans la seconde auberge où il s'était arrêté.

-Très bien. Merci Basil. Je n'ai plus besoin de vos services, le libéra-t-elle.

Une fois celui-ci sorti, Élisabeth décida d'attendre jusqu'à la fin de la semaine avant d'aller rendre visite au frère Thomas puisqu'elle souhaitait vivement avoir l'occasion de s'excuser de vive voix pour son comportement de la veille.

Une semaine plus tard, jour pour jour, la Reine habitait maintenant un Château tout propre et avait une bonne occasion d'aller rendre visite à Thomas puisque les artisans qu'elle avait engagés souhaitaient qu'elle aille inspecter la reconstruction de la portion du village qui était juste à côté au monastère Boniface. C'est donc par un beau samedi matin du mois d'avril que la jeune femme se mit en route, escortée par un détachement de quinze hommes. Lorsqu'elle expliqua au Père Benjamin qu'elle venait rendre visite au moine qui s'était joint à eux une semaine plus tôt, Élisabeth fut surprise de le voir se rembrunir comme s'il eut préféré ne pas être dérangé.

-Ne vous en faites pas mon Père, je ne compte pas rester longtemps. Le rassura-t-elle.

Lorsque la grille s'ouvrit, Élisabeth ordonna à son escorte de la laisser y aller seule, trouvant là une autre façon de regagner l'estime du directeur de l'endroit. La précédant dans la grande salle, le Père Benjamin s'excusa auprès d'elle et la prévint qu'il devait aller chercher le frère Thomas. Cinq minutes plus tard, alors qu'elle était assise sur le fauteuil central pour réfléchir à ce qu'il convenait de dire au moine en question, Élisabeth entendit des cris et les échos d'une échauffourée. Comprenant qu'elle avait sans doute été mal avisée en pénétrant seule et à l'intérieur des mûrs du monastère, elle se dirigea rapidement vers la porte et découvrit avec horreur que celle-ci était verrouillée.

Se précipitant vers la fenêtre, elle constata que les hommes de son escorte n'étaient plus visibles. Un claquement de porte céda la place à une série de pas qui s'approchaient et lui firent réaliser qu'elle n'avait aucun moyen de fuir les lieux, si comme elle le devinait maintenant il s'avérât qu'elle soit tombée dans un piège.

Une clé fit grincer la serrure, la forçant à aller se réfugier vers le fond de la pièce. La première figure qu'elle vit apparaître fut celle du Duc de Boterne, mais si elle ne fut pas vraiment surprise de le voir, c'est en découvrant Silas qui marchait tout juste derrière lui qu'elle prit vraiment peur. Elle savait très bien ce dont cet homme était capable.

Voilà pourquoi, lorsqu'elle vit le frère Thomas entrer dans la pièce à son tour, elle s'élança instinctivement vers lui, à la recherche d'une protection que normalement elle aurait su trouver après de son sosie. Après lui avoir jeté un regard à lui glacer le sang, Thomas poursuivit son chemin et alla s'installer à la droite du Duc de Boterne. Sans cesser de la dévisager avec mépris, il leva lentement les bras, détacha les liens de sa tunique et la retira d'un geste ample afin de dévoiler l'uniforme qui était caché dessous et qui appartenait au Général du peuple de Montagnes.

-Beau travail Général, je n'en attendais pas moins de vous, le complimenta le Duc de Boterne tout en surveillant les mouvements d'Élisabeth qui était retournée se réfugier au fond de la pièce.

-Voyez comme elle tremble maintenant qu'elle sait que vous êtes avec nous, se moqua Silas en se délectant du spectacle qu'offrait la jeune femme qu'ils venaient de prendre au piège.

-Juste au cas où un doute subsisterait, je suis bien William Darcy, lui mentionna celui qui n'avait plus rien d'un moine, ni même de commun avec celui qu'elle avait aimé de toute son âme.

À suivre …

Alors là, je veux vous lire...

Qui voit venir la fin...

Quelle erreur faite par Élisabeth pourrait lui être fatale?

Miriamme