Traversant les multitudes de couloirs sombres et sales, tuant tous les humains qui se trouvaient sur mon passage, j'essayais en vain de percevoir la lumière du jour. Il fallait que je me rende à l'évidence, j'étais complètement perdue malgré mes nouvelles aptitudes.

Lâchant un soupir de dépit, je me laissai lentement glisser contre le mur de pierre qui recouvrait chaque endroit de cette cave immonde.

Où en étais-je? Qu'étais-je devenue? Qui étais-je en train de devenir?

Avant, je vivais en croquant la vie à pleine dent, heureuse de cette Russie où la neige égayée mes journées. Je riais constamment, ne me posant aucune question, puis vint le jour où je le rencontra. Ce fut à partir de ce moment là que je fus prisonnière dans ce lieu que je ne connaissais pas le moins du monde. Je n'étais jamais sortie après ça. Maintenant, j'étais devenue un monstre sanguinaire cynique et sans morale, sadique au possible. Sûrement ma part d'ombre qui venait de se révéler. Moi, la gentille et douce Anouska que tout le monde appréciait dans l'ancien temps était devenue un monstre sans coeur. Mais après tout, si j'avais été depuis le début comme ceci, peut-être que jamais je n'aurais eu à subir tout ça.

Ma vie ne rimait plus à rien, alors à quoi bon vivre? Parce que le monde avait continué d'avancer, me souffla une voix dans ma tête.

Je me soulevai avec énergie avant de courir aussi vite que possible c'est à dire, en vitesse grand V. J'éclatai de rire en ressentant ces nouvelles sensations. L'adrénaline et la vitesse me faisait pousser des ailes. Que j'étais bien ainsi...

Finalement, à force de persévérance, je réussis à atteindre une trappe qui me procura une bouffée d'oxygène qui n'était plus nécessaire mais qui fit pendant un court instant briller mes yeux de milles étoiles.

Je clignai plusieurs fois des yeux avant de m'habituer à cette luminosité. J'observai chaque recoins avec curiosité et avidité. Que c'était beau! m'émerveillai-je. Je me sentis revivre. Non, la mort n'en valait pas le coup, j'avais tellement de choses à rattraper, à découvrir et à faire. La vie était le bien le plus précieux et pour la première fois de ma longue existence sur cette terre, je me mis à aimer mon immortalité.

Les jours passèrent, ne se ressemblant aucunement. Chaque jour je découvrais de nouvelles choses, de nouveaux lieux qui faisaient de la France un pays magnifique. Et oui, après m'être rendue compte que les panneaux n'étaient pas écrit en russe, j'avais entrepris d'apprendre cette nouvelle langue. Heureusement, avec ma condition, il ne me fallut pas plus de deux semaines pour maîtriser cette langue sur le bout des doigts.

Je me sentais puissante et intouchable, dangereuse aussi. Je ne me mélangeais que rarement avec les humains, les trouvant stupides et égoïstes, mais ils me fascinaient. Ils avaient un instinct de survie si faible que ça en était déroutant. Ils pensaient tout savoir mais ils n'étaient que des ignorants. Et moi, je les contemplais avec un sourire moqueur qui faisait se retourner plusieurs hommes sur mon passage, me regardant avec un regard langoureux et pervers qui me donnait la nausée. J'étais trop bien pour eux.

Mes repas consistaient à boire le sang de deux humains par jour mais quand quelqu'un m'importunait, je n'hésitais pas à le lui faire savoir par la manière la plus douloureuse possible.

Les gens devraient me craindre, mais ils me voyaient tous comme une femme faible et sans défense.

Ils se trompaient. Grâce à ma nouvelle nature, j'avais, en plus de développer mes sens, également un don. Un don à la hauteur de ma puissance qui ferait frémir le plus puissant des vampires.

Peu de personnes avaient connaissance de mon existence, quelques nomades l'avaient découverte mais s'était bien gardés de la dévoiler après avoir goûter à l'une des pire souffrances.

Un an... Je contrôlais ma soif de sang humain. Deux ans... Je me mélangeais à eux. Trois ans... Je déménageais, allant en Amérique. Quatre ans... Je fis la connaissance de la famille Cullen. Cinq ans... J'en faisais maintenant partie.

Flash-Back:

J'entendais du bruit, et à mesure que je me rapprochais, le bruit se faisait plus fort, ressemblant à un vacarme produit lors des plus grandes guerres. Qu'était-il en train de se passer? Telle était la question qui trottait dans ma tête. Curieuse, je décidai de m'en rapprocher, restant tout de moins prudente.

Le spectacle que je vis me fit frissonner avant de me laisser stoïque. Jamais je n'avais assisté à une guerre de vampires, maintenant, j'en avais la démonstration en live. Et ce n'était pas franchement très glorieux. Les corps aussi durs que le marbre que possédaient les vampires s'entrechoquaient avec force, produisant une détonation énorme. Leurs membres qui s'arrachaient, qui gisaient pitoyablement par-terre, les fissures qui apparaissaient sur leurs corps avant de disparaître aussi rapidement, la fumée du feu qui polluait l'aire, leurs regards hargneux, mais le plus étonnant: des regards rouges sang contre des regards dorés.

Je restais là, tapis dans le noir, à les observer se battre sans aucun scrupule, chacun pour sa cause. Pourtant, il me semblait que les vampires aux yeux dorés étaient en mauvaise position. Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais envie de leur venir en aide. Bien sûr, je n'allais certainement pas me lancer tête baissée comme une sotte. Non, j'étais quelqu'un de réfléchie. J'allais d'abord observer, analyser, et agir en conséquence.

Pourtant, quelque chose d'autre me perturbait. Qu'est-ce qu'une humaine avec des loups venaient faire là?

Voyant un vampire s'avancer vers elle par derrière, je décidai de reléguer ma question au fond de ma tête et d'aller la sauver. Je détestais les lâches et celui-là allait y passer.

Ne perdant pas de temps, je m'élançai rapidement vers lui, et l'immobilisai. Je lui tournai autour comme un vautour face à sa proie, et lui grognai mécontente:

- Je déteste les gens qui prennent les autres en traître.

Je voyais de la peur dans ses yeux et cela me rendait euphorique. Je remarquai aussi que j'étais repérée par les loups. Tant pis, je les tuerai après celui-ci.

Satisfaite de ma conclusion, je lui sautai dessus, et enroulai mes jambes autour de ses reins. Je lui arrachai directement les deux bras et tirai avec force sa tête vers le haut, ne lui laissant pas de répit. Après tout, il ne le méritait pas.

Je me tournai ensuite vers l'humaine qui me semblait nerveuse mais également fascinée. Elle avait encore moins d'instinct de survie que les autres, remarquai-je avec amusement.

- Tu ne devrais pas être ici, c'est dangereux pour toi, la prévins-je.

Normalement, j'en aurais fait mon quatre heure mais, ne sachant pas pour quelle raison, je ne lui prêtai plus la moindre intention et filai à l'allure de l'éclair vers d'autres yeux rouges. Je voulais aider les yeux dorés.

Je leur courrais après, les décapitant un par un, jetant leurs corps aux feux puis recommençais. C'était tellement simple.

Après quelques minutes d'acharnement, le calme refit surface. J'allais m'enfuir quand je vis les loups m'encercler ainsi que les yeux dorés s'approcher. Et beh, c'était comme ça qu'ils étaient reconnaissant? Drôle de façon de l'être.

Je me mis en position de défense, et leur lançai un grognement d'avertissement. Je ne leur voulais aucun mal, mais si ils m'attaquaient, alors je n'aurais aucune pitié.

Voyant les loups prêts à me bondir dessus, je les immobilisai. Je sentais d'ici leurs frustration. Je recommençai le même manège, leur tournant autour en les regardant droit dans les yeux.

J'y voyais de la peur mais aussi une haine sans borne qui me surprit pendant un court instant.

Je m'élançai pour leur sauter dessus... Mon corps étaient dans les airs, à quelques mètres de mes proies quand un corps aussi dur que le mien se jeta sur moi. Nous roulâmes pendant plusieurs mètres avant que je me relève, encore plus sur la défensive.

Le vampire qui m'avait attaquée, car oui s'en était bien un, ressemblait étrangement à Vladimir. Pendant une seconde, mon coeur mort sembla se serrait, mais la peine disparût rapidement, laissant place à la curiosité.

- Qui es-tu? me demanda-t-il comme s'il lisait dans mes pensées.

- Et vous? l'agressai-je.

- Je m'appelle Edward Cullen, se présenta-t-il aimablement.

- Anouska, lui répondis-je.

- Que fais-tu ici? me questionna-t-il sur la défensive.

- Je suis une nomade, cela pose-t-il un problème? fis-je en fronçant imperceptiblement les sourcils.

- À vrai dire, tu es sur notre territoire. Ne le prend pas mal, mais nous ne voulons aucun problème. J'espère que tu ne comptes pas te nourrir d'humains dans cette ville?

- Je me suis déjà nourris, et je peux très bien survivre plusieurs sans boire, l'informai-je contrariée.

- Bien. Veux-tu rester quelques temps avec nous, faire plus ample connaissance et je pourrais te présenter à ma famille.

- D'accord, abdiquai-je.

Je le suivis à vitesse vampirique jusqu'à ce qu'il s'arrête devant une magnifique maison lumineuse. J'en étais béat d'admiration mais repris aussitôt, me fustigeant mentalement de mon manque de discrétion.

- C'est ici? m'informai-je.

- Oui, je t'en pris, entre, me pria-t-il en m'ouvrant galamment la porte, amusé de mon émerveillement.

Intérieurement, je me disais "WAW!" extérieurement, je devais sûrement paraître hermétique aux nombreux charmes que possédait cette habitation.

- Viens, les autres sont au salon.

Je le suivis avec impatience, comme une gamine qui attend son cadeau de Noël, puis il se poussa enfin, me laissant à la merci de six vampires aux yeux dorés et de l'humaine que j'avais sauvé tantôt.

- Anouska, je te présente ma famille. Alice, dit-il en me montrant une petite brune aux cheveux partant en épis dans tous les sens, qui ressemblait étrangement à un lutin guilleret, Jasper, un grand blond maigrichon qui semblait aigris mais qui avait beaucoup de charme même si son visage était entaché par quelques cicatrices, on aurait dit qu'il avait un balais dans le cul. Je gardai cependant cette réflexion dans ma tête même si je constatai qu'Edward eut un petit tressautement des épaules. Étrange. Emmett, un grand brun super baraqué qui me faisant penser à un ours, pourtant son sourire engageant me mit de suite en confiance et je lui rendis son sourire ce qui ne sembla pas plaire à la grande poupée barbie qui me grogna dessus, m'amusant au passage. Rosalie, dit présenta-t-il en la montrant du doigts. On allait certainement être de grandes copines toutes les deux, me fis-je la réflexion avec ironie. Enfin voici Carlisle et Esmée qui sont les chefs de ce clans et qui représentent nos parents adoptifs. C'est deux-là avaient l'air très gentils même si je vis comme une espèce de petite réserve de la part du mâle. Je ne lui en tins cependant pas rigueur.

Je constatai rapidement qu'ils ressemblaient à une famille soudée et aimante, tout ce qu'il y avait de plus humain et pendant un quart de seconde, je repensai à la mienne...

- Et elle? Demandai-je curieuse en montrant l'humaine de mon menton. Cette question ne sembla pas rassurer Edward qui se mit instinctivement devant elle comme une protection ce qui m'amusa fortement. Oui, un rien m'amusait mais c'était comme ça que je qualifiais la vie. Un immense jeu où l'on finit toujours perdant quelque soit l'issue du verdict. Car il y avait toujours une fin, même pour les immortels.

- Du calme, je ne vais pas la manger, le rassurai-je en souriant.

Il se détendit un peu pourtant il ne consentit pas à me répondre ce qui m'agaça. Mais Emmet s'en chargea pour lui.

- C'est Bella. Elle fait partie de la famille et fera bientôt parti des nôtres, m'informa-t-il même si je sentais un léger avertissement dans le ton qu'il avait employé.

- Comment ça? demandai-je en tiquant sur la fin de sa phrase. Elle va devenir un vampire? dis-je tout bas avec froideur ce qui les fit frissonner.

- Oui, me répondit-elle en me regardant avec insistance.

- C'est toi qui le souhaite?

- Oui, affirma-t-elle fermement.

Elle ne se rendait apparemment pas compte de ce qu'était la vie. Pouvoir dormir, respirer, manger... C'était si précieux, jamais je ne comprendrais ces gens qui souhaitaient devenir comme nous, des monstres sanguinaires sans coeur.

- Bien, dis-je coupant court à cette discussion. Je m'excuse de vous avoir importuner, ce n'était pas mon intention. Quoi qu'il en soit, je ne resterai pas plus longtemps parmi vous. Je vous remercie de votre hospitalité à tous et repars de ce pas.

- Attend, m'interrompis Esmée. Pourquoi ne resterais-tu pas avec nous? me proposa-t-elle pleine d'espoir.

C'est vrai ça, pourquoi? Avais-je peur de m'attacher à eux? Avais-je peur du changement? Oui, car si je décidais de rester avec eux, je devrai automatiquement suivre leur régime. Cela ne me dérangeait pas, car aussi étrange que me le disaient les autres, je n'étais pas dépendante au sang humain, je m'en abreuvais seulement par nécessité.

- D'accord, soufflai-je après mûres réflexions.

Autant ne pas rester toute seule pendant ma longue existence.

Fin du flash-back.

Les jours passèrent et je réussis à me faire petit à petit une place au sein de cette belle famille. Après une longue et dure vie, j'étais enfin heureuse. Malheureusement, le bonheur ne dure jamais très longtemps. J'allais moi-même pouvoir le confirmer.