Note de l'auteur — Depuis que j'ai posté le premier chapitre, j'ai eu l'occasion d'apercevoir dans une boutique une cravate amarante à rayure bleue… Et elle était horrible! C'est confirmé, je n'ai aucun goût dans le choix des couleurs. Snif…
Joyeux anniversaire! — suite et fin
Sur le chemin le conduisant à son appartement, John essaya de la joindre à diverses reprises, sans succès, l'amenant à se poser mille questions. Était-elle fâchée contre lui pour une quelconque raison? Il rejeta aussitôt l'idée. Ce n'était pas le genre de sa compagne de partir sous le coup de la colère, c'était plutôt le sien. Elle, elle préférait crever l'abcès sans perdre du temps, se fichant éperdument de l'endroit ou de la situation. Il se rappelait même de la fois où elle lui avait hurlé dessus pour lui reprocher son manque de prudence, et tout ça sous le regard médusé des Atraxis venus détruire la Terre. D'ailleurs, ils s'étaient enfuis dare-dare, comme s'ils craignaient de s'attirer les foudres de l'humaine aux diatribes aussi impressionnantes. Enfin bref.
Arrivé chez lui - chez eux - il entra en utilisant ses clés, avant de marquer un arrêt étonné devant les pétales de rose qui jonchaient le sol. Ils semblaient tracer une voie qui se poursuivait tout le long du couloir.
Si John avait été un humain, il aurait tout de suite compris où elle voulait en venir. Seulement voilà, il ne l'était pas, du moins ne l'était que depuis assez récemment. Les Gallifréens avaient d'autres us et coutumes dans l'art de séduire, et l'effeuillement de fleurs innocentes n'en faisait certainement pas partie. C'est donc en s'interrogeant sur le pourquoi de ce massacre végétal qu'il suivit la piste jusqu'au salon.
— Tu en as mis du temps… Seigneur du Temps.
Son cerveau se bloqua, tel un ordinateur qui aurait fait un bug.
Resplendissante dans sa tenue d'Eve, Rose l'attendait, installée sur le sofa avec la grâce digne d'une Venus de Milo.
Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'il la voyait sans vêtements, loin de là, puisqu'ils avaient une vie de couple depuis plusieurs mois déjà. Mais cela s'était toujours passé dans leur lit ou sous la douche, après que les caresses et les mots doux les aient dévêtus de leur pudeur, et non dans ces conditions qui le prenaient totalement au dépourvu. Il crut entendre à nouveau le "Surprise!" auquel il avait eu droit au début de la soirée. Une soirée qui ne faisait que commencer, apparemment.
Au prix d'un effort méritoire, il parvint à remettre son cerveau en marche. Cependant, il avait beau se forcer, ses pensées refusaient obstinément de former un tout cohérent.
— Dis quelque chose, Docteur.
Dire quoi? Que pouvait-il dire?
— Tu es nue, lâcha-t-il assez bêtement.
Un rire amusé accueillit cette remarque.
— Nooon, ce n'est pas tout à fait exact. Essaie encore.
Les doigts fins de la jeune femme lissèrent langoureusement la cravate amarante nouée autour de son cou, en lui adressant un sourire polisson.
— Cette… cette…
Il bégaya, cherchant désespérément le mot qui le fuyait. Démarre, stupide cervelle!
— Cravate? l'aida-t-elle, serviable.
— …Cravate, oui. Elle ne cache pas grand chose de ton anatomie… On peut donc raisonnablement considérer que… tu es nue.
Dieu merci, sa capacité de réflexion - ainsi que celle de la parole - lui revenaient au fur et à mesure que le sang lui montait à la tête. Autrement dit: il était en train de s'empourprer.
— Raisonnablement… fit-elle. Être raisonnable est tellement barbant, parfois.
Décroisant les jambes, elle se leva, nimbée de la lueur onirique des chandelles, seule source de lumière de la pièce.
— Alors, Docteur? Ainsi présentée, la cravate te plaît-elle davantage?
La voyant s'avancer vers lui d'une démarche quasi-féline, il combattit l'aphasie qui tentait à nouveau de reprendre le dessus avant de répondre.
— Elle est absolument fantastique…
Mais moins, beaucoup moins que son emballage, oh ça oui.
Elle se tenait à présent juste devant lui, son nez frôlant presque le sien. Ses lèvres légèrement entrouvertes se rapprochèrent des siennes, millimètre par millimètre… avant de s'écarter brusquement. A quoi jouait-elle?
— Chaque chose en son temps, sourit-elle d'un air mutin.
Sans lui laisser le temps de réagir, elle l'attrapa par la cravate - car lui aussi, il en portait une - et le remorqua jusqu'au canapé où elle le fit s'asseoir. Puis avec un naturel confondant, elle prit place sur ses genoux.
— Qu'est-ce que tu fais?
Il avait parlé - non, balbutié - juste pour ne pas perdre pied. Parce qu'il savait pertinemment ce qu'elle était en train de faire.
— Tu ne vois pas? Je te déshabille. Comme cela, nous serons à armes égales.
Ses mains agiles avaient entrepris de le débarrasser de ses vêtements, s'attardant sur chaque noeud, chaque bouton… Une lenteur qu'il finit par trouver insupportable. Mais lorsqu'il voulut y remédier, une petite tape de la part de Rose le dissuada.
— Nous avons toute la nuit devant nous, Docteur. Alors reste tranquille et laisse-moi faire. Sinon…
— Sinon quoi?
— Je m'arrêterai là et tu continueras tout seul.
Devant sa mine déconfite, elle rit silencieusement et poursuivit sa tâche.
Réduit à l'inaction, il dévisagea sa blonde compagne avec une sorte de stupeur. Bien qu'elle n'ait jamais été pudique dans leur intimité, c'était la première fois qu'elle prenait aussi ouvertement l'initiative, lui imposant ses règles à elle. Cela le perturbait, car il n'avait pas pour habitude qu'on lui impose quoi que ce soit.
Ses pensées s'effilochèrent lorsqu'elle posa ses douces lèvres sur son torse dénudé. Minutieusement, consciencieusement, elle se mit à explorer chaque parcelle de sa peau, soumettant à rude épreuve sa résolution de demeurer stoïque. Vouloir endiguer le désir sous des baisers aussi ensorceleurs, c'était comme tenter d'empêcher l'eau de couler vers le bas: un objectif impossible à atteindre, surtout que son corps humain le trahissait malgré lui.
Quand pour la énième fois elle le stoppa dans sa tentative de participer, il émit un gémissement plaintif.
— Puis-je au moins savoir pourquoi tu me tortures ainsi?
— Parce que j'aime ça… Et toi aussi. Ose prétendre le contraire, Docteur, et j'y mets fin à l'instant même.
Menace faite d'une voix incroyablement chaude, vibrante, qui le fit frissonner de la tête au pied, ajoutant à sa détresse.
— Tu es une créature abjecte et cruelle, accusa-t-il.
Et il le pensait réellement.
— Ce n'est que maintenant que tu t'en rends compte? lui susurra-t-elle.
Et de descendre plus bas, toujours plus bas.
Résigné, il ferma les yeux, s'abandonnant aux sensualités qu'elle lui prodiguait pour se concentrer sur une seule chose: réprimer ses propres envies. Celles qui le poussaient à la toucher à son tour, à goûter à sa peau satinée, à mêler son souffle au sien… Ne rien faire, puisque c'est ce que souhaitait Miss Tyler. Un défi extrêmement difficile à relever, voir impossible, avec toutes ces caresses qui lui mettaient les nerfs à vif et lui embrasaient les sens. Il en souffrait presque, car la volupté pouvait s'apparenter aux supplices lorsqu'on vous obligeait à une passivité prolongée.
Une situation qu'il endura jusqu'à ce que - oh, bonheur - elle le renverse sur le canapé et le dépouille du reste de ses habits, gestes annonciateurs d'une prochaine délivrance qu'il n'en pouvait plus d'attendre. Puis elle grimpa sur lui et se tint aussi immobile qu'un ange de pierre, ses yeux mordorés aussi insondables que ceux d'un sphinx.
Quoi encore? dut-il se retenir de hurler, la frustration commençant à atteindre un niveau inhumain, ou même ingallifréen.
— Docteur… chuchota-t-elle en penchant son buste vers l'avant. A armes égales, tu te souviens?
A armes égales? Était-ce une plaisanterie? Depuis tout-à-l'heure, il était son otage, ni plus ni moins!
— Il faut que tu me déshabilles, lui souffla-t-elle en indiquant le cadeau d'anniversaire toujours noué autour de son cou.
Elle semblait déterminée à ne pas passer à l'étape suivante tant qu'il ne le lui aurait pas enlevé. Alors c'est ce qu'il fit, pour découvrir que défaire un noeud de cravate pouvait être un exercice infiniment compliqué quand on avait des doigts que l'impatience rendait fébriles. Allait-elle lui résister encore longtemps, cette cravate de malheur!
La voyant sourire avec malice, il menaça dans un grommellement.
— Tu ferais bien de te méfier, Rose. Un de ses jours, tu vas devoir subir ma vengeance, et elle sera terrible.
— Des promesses, toujours des promesses… chantonna-t-elle, moqueuse.
Le noeud finit par céder, et la cravate toute chiffonnée atterrit sur le sol, parmi les vêtements en vrac.
Ne nous embarrassons pas de sous-entendus sur ce qui arriva par la suite. Ils firent l'amour. Ou plutôt, elle lui fit l'amour, gardant les rênes qu'elle tenait depuis le début. Tour à tour, elle accélérait avec ardeur, puis ralentissait avec tendresse, contrôlant ainsi la progression du plaisir… qui n'en était que plus intense parce que l'attente avait été si longue.
Emplissant la pièce de leurs respirations saccadées et de leurs balbutiements enfiévrés, ils gravirent ensemble la pente lumineuse vers l'extase, qui n'existait que lorsque désir et sentiment allaient de pair.
Puis Rose fit une expérience étrange.
Le Temps s'étirait. Seconde devenait minute, minute devenait heure. Et chacune d'elles était l'equivalent d'une éternité, qui s'écoulait lentement, à l'image d'un sablier géant qui laissait choir ses grains un par un. Elle ressentait cela dans sa chair, elle ressentait cela dans sa tête, comme si elle venait d'acquérir un sens entièrement nouveau en plus des cinq autres.
Soudain, tout vola en éclat. Rappelée à la réalité par une succession de plaisirs fulgurants, elle connut une chute vertigineuse, celle qu'on ne pouvait pas arrêter, dans un tourbillon de sensations exaltantes qui ne semblaient pas qu'appartenir à elle seule. Car son esprit, son corps… tout ce qui faisait son être était enchaîné à celui de son compagnon, et ils tombaient, tombaient, tombaient… jusqu'à l'atterrissage qui se fit sans douceur, effaçant la frontière entre jouissance et souffrance.
Une immense paix les envahit. Vidée, elle se laissa aller sans force sur le corps du Docteur, de son Docteur, reposant sa tête contre sa poitrine.
— Rose… murmura-t-il en l'entourant de ses bras.
Il ne faisait que prononcer son nom, mais avec une ferveur dans laquelle elle entendait clairement: je t'aime, je t'aime si fort, toi qui est mon monde, et même si demain l'Univers devait prendre fin, je n'aurai pas de regret parce que je serai avec toi.
— Docteur… chuchota-t-elle, écoutant le battement de son coeur.
Elle se contentait de faire écho à son appel, mais y mettant une émotion qu'il comprenait parfaitement: je t'aime, et t'aimerai toujours, toi qui est mon âme, et peu importe ce que nous réserve l'avenir, puisque tu es là, avec moi.
En levant la tête, elle le regarda. Un regard qu'il lui rendit avec le sourire. Alors avec tout l'amour qu'elle avait pour lui, elle pressa doucement ses lèvres contre les siennes.
— Joyeux anniversaire, mon Docteur…
Note de l'auteur — Alors ceci est normalement la fin, mais je compte ajouter un petit bonus, plus tard. Plus de scène d'amour, mais une conversation entre nos deux tourtereaux sur ce qui s'est passé pendant l'acte (ce truc bizarre que Rose a ressenti) et sur d'autres utilités que pourraient avoir une cravate etc.
Voilà, voilà! Verdict?
