Voici la quatrième et dernière partie de cette fic, qui comme beaucoup d'entre vous doivent s'en douter, est triste. Encore une fois, je préviens que cette dernière partie contient d'énormes SPOILERS sur le livre. Rien qu'en disant ça, je dois mettre la puce à l'oreille de tout le monde, je pense.

Je vous souhaite une bonne lecture.


Comment fut brisée la lignée de Durin

Balin avait déjà vécu trop vieux. Il avait vu trop guerres, trop de personnes naître et mourir. Il avait versé trop de larmes. Il avait vu trop de choses. Les larmes coulaient de nouveau, sur ses joues sales et disparaissaient dans sa barbe.

Dwalin marchait derrière lui, géant de muscles silencieux et impuissant devant le massacre qui s'étalait à leurs pieds. C'était comme revenir deux cents ans en arrière. Mais l'espoir n'était plus là. L'espoir était mort. Ne demeurait plus que des larmes.

Ori avait survécu, et Balin en remerciait les Valars pour ça. Il avait craint avant la bataille de voir le Nain tomber devant l'ennemi. Beaucoup d'autres étaient tombés.

-Mon frère, appela doucement Dwalin. Regarde.

Dwalin pointa un large doigt devant lui. Balin observa. Sa vue n'était plus aussi perçante que bien des années auparavant. Mais il finit par reconnaître le lieu où Thorin, son ami, son Roi et celui qu'il aimait comme un fils, était tombé. Beorn était allé chercher son corps inerte lui-même.

Tout n'était plus que ruines, cadavres et décombres. Partout gisaient les corps des Hommes, des Elfes et des Nains. Beaucoup de Nains. Dwalin désignait des formes particulières dans cette scène d'horreur. Balin reconnut une des épées de Fili. Il sentit son sang se glacer.

Les deux frères s'approchèrent. Il y avait un corps de Warg, deux autres d'Hommes, et des dizaines de dépouilles de Gobelins. Balin tomba à genoux.

Il était là. Kili. Le dernier fils de Durin était là. Il était allongé, sur le dos. On ne pouvait même pas croire qu'il dormait, car trois flèches perçaient son torse, et le sang qui coulait de ses plaies était trop noir pour encore porter de la vie. Sa poitrine était immobile, déformée par un coup trop puissant. Ses longs cheveux, éparses autour de son visage trop pâle, étaient souillés par la terre et le sang.

Et il était là aussi. Lui. L'espoir. L'héritier. Celui qui aurait dû être le Roi sous la Montagne. Le premier fils de Durin. Il respirait encore, son souffle infime, mais Balin et Dwalin savaient qu'il était déjà trop loin. Beaucoup trop loin pour être ramené.

Fili avait posé son front contre celui de son frère. Le sang coulait le long de ses vêtements, de plaies invisibles à l'œil nu. Ses cheveux d'or brillaient aux derniers rayons du soleil rouge, parsemés de sang carmin. Ses yeux bleus, humides mais vifs, étaient dans le lointain. Il tenait le visage de son frère entre ses mains rouges et noires.

Son souffle laborieux était le seul son qui troublait le silence. La vie le quittait lentement. Il rejoindrait bientôt ses ancêtres, son oncle, et son frère. Balin pouvait le voir, à travers ses larmes et les mèches d'or, le sourire qui étirait ses lèvres, doux et serein.

-Les Valars veillent sur nous, petit frère.

Sa voix était à la fois faible et puissante, douce et assurée. La voix d'un Roi. Fili sourit encore, posa un baiser sur le front de Kili, puis se laissa tomber à côté de lui.

Le soleil avait complètement disparu à l'horizon. Fili ne respirait plus.

Balin laissa les larmes couler sur ses joues. La main de Dwalin sur son épaule était un réconfort bien plus grand qu'il ne l'aurait cru en pareil moment. Il aurait voulu hurler de douleur en voyant ces deux corps gisant devant lui, sans vie, mais seuls les sanglots sortaient de sa gorge, et les larmes coulaient de ses yeux.

-Nous avons vécu trop longtemps, mon frère, dit-il d'une voix rauque et brisée par la douleur. J'ai vu mourir mon Roi, j'ai vu mon peuple décimé, mon foyer volé. J'ai vu celui que j'aime comme un fils naître et mourir, et j'ai vu ses héritiers tomber et quitter cette Terre avant nous. Avant nous tous.

Le poing de Dwalin se serra autour de son épaule comme toute réponse, sa poigne douloureuse. Tous savaient que Fili et Kili n'étaient pas ceux qui auraient dû mourir. Ils étaient les plus jeunes. Ils étaient trop jeunes. Trop jeunes pour mourir maintenant.

Balin était noyé dans les larmes. Il ne broncha pas quand il sentit le front de son frère contre le sommet de son crâne, son souffle chaud contre son dos.

La nuit tombait. Le ciel rouge se couvrait peu à peu du long voile d'ébène. La lune trônait sur la voûte céleste, au milieu des étoiles, astres de lumière brillant sur Arda comme des notes d'espoir.

Dwalin poussa un long soupir contre son frère, ses larmes trempant les cheveux blancs contre son visage.

-Ainsi fut brisée la lignée de Durin, dit-il doucement.

Aulë, la lune, les étoiles et les Valars en étaient témoins. Les fils de Durin étaient morts.

OOO

« La fin ? Non, ce n'est pas la fin. La mort est seulement un autre chemin, que nous devons tous prendre. » Gandalf le Blanc, à Pippin – Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi.

Fin.


En vous remerciant tous chaleureusement de m'avoir suivie jusque là, d'avoir laissé des commentaires et de m'avoir encouragée. Merci à vous tous.