Il y a un mois, j'ai aidé Scott Lang à libérer sa petite fille. Je ne pouvais pas trouver meilleure façon de dire adieu à ma vie de super-héros. J'ai donné mon passé à ce monsieur, j'ai soupiré de soulagement en pensant que j'avais aidé à sauver une innocente de plus et j'ai essayé de passer à autre chose. Il y a peut-être un peu de nostalgie dans ce geste mais je suis certain qu'il existe d'autres moyens de rendre le monde meilleur. Je ne veux pas continuer à cautionner l'usage de la violence.

Il doit y avoir un moyen… On dit que le cerveau d'un individu moyen ne fonctionne qu'à 10% de ses capacités. Techniquement, c'est faux mais le cerveau évolue et apprend énormément au cours des premières années de la vie, non ? Il doit y avoir une solution pour apprendre encore plus. Si je travaille encore et encore, j'arriverai peut-être à comprendre comment tout cela fonctionne. Je veux trouver d'autres voies et pour cela, je dois changer ma propre façon de penser.

Je ne sors plus de mon labo. Sortir, marcher, faire mes courses, tout cela représente une perte de temps. Jour et nuit, je travaille sur une machine de mon invention afin d'analyser et peut-être de modifier mes propres ondes cérébrales. Il y a un schéma derrière tout cela et je ne m'arrêterai pas avant de l'avoir trouvé.

Cela fait plusieurs mois que j'ai quitté les Vengeurs. Tant mieux. Tant mieux ! Je suis heureux, vous ne voulez pas le croire ? Le prochain qui me dit capable de péter un câble, je le frappe. Oh, je deviens dingue. Il faut que je me repose…

Allumons un peu la télé. Tiens, quand j'étais au manoir, ces messieurs se disputaient souvent pour choisir le programme. J'essayais de les raisonner mais y'avait pas moyen. Au final, c'était souvent Hulk qui choisissait, parfois Clint. Jamais Thor, mais c'était parce qu'il se méfiait de tout ce qui était technologique. Moi, je n'ai jamais regardé le programme que je voulais. Pas une fois…

Je me fais du popcorn et je m'écroule devant la télé. Au manoir, c'était toujours Hulk qui finissait le popcorn. Ah, j'en avais marre. Je zappe et je découvre une adaptation des mythes grecs anciens. On voit Héphaïstos dans sa forge. Tout le monde se moque de lui, c'est un exclu. Il reste tout seul et fabrique des objets divers : les arcs et les flèches d'Apollon et d'Artémis, le char d'Hadès, le bouclier d'Athéna, les armes d'Arès… Tout le monde profite de lui. Personne ne l'aime.

Voilà Aphrodite, la plus belle et la plus désirable des déesses, qui vient vers lui. Elle lui dit qu'il a un talent incroyable, que c'est un génie, qu'elle croit en lui. Il lui fabrique les plus beaux bijoux du monde et ils se marient. Voilà Héphaïstos heureux. Il passe toujours autant de temps dans sa forge et elle lui dit de sortir de temps en temps. Il ne veut tout simplement pas. Alors Aphrodite se met à passer du temps avec Arès, le gars musclé qui ne se pose pas de questions et aime les conflits parce que c'est l'occasion de se défouler sans se casser la tête. Aphrodite trompe son mari. Evidemment, il a de la peine mais personne ne lui donne raison… Il invente un outil formidable pour exposer cette tromperie au grand jour et tout le monde rigole parce que tout le monde pense que sa femme a eu raison de le tromper…

Je coupe la télé. Je crois que je vais devenir dingue : même la télé me rappelle à quel point ma vie est nulle ! Est-ce qu'il faut absolument être un gros dur pour se faire respecter ? N'y a-t-il donc pas de place pour les gens créatifs et pacifistes sur Terre ? Non, je crois que je vais devenir maboul…


Je ferais peut-être bien d'aller voir un psychiatre. Quand je me réveille le matin, je trouve mon labo en désordre, dans un désordre différent de celui où je l'avais laissé. On déplace mes outils et mes instruments, on mange des repas que je n'ai même pas commandés… Plus étrange encore, j'ai trouvé une tenue jaune bizarre sous mon lit. Jaune… C'est la couleur préférée de Janet, c'était celle qu'elle portait le jour où on s'est rencontrés. Peut-être que mon inconscient essaie de la ramener vers moi.

En essayant de déblayer un peu tout ce bazar, j'ai trouvé des notes laissées par quelqu'un d'autre. C'était le genre de phrases que je n'aurais jamais écrites : je ferai payer à la Société du Serpent de nous avoir humiliés, je n'ai qu'à les attraper les uns après les autres… Le problème, c'était que l'écriture était presque semblable à la mienne. Et puis, cette phrase terrible : Tout d'abord, me débarrasser de l'Homme-Fourmi. Crève, Héphaïstos !

J'ai peur, maintenant. J'ai pourtant fermé la porte à clef chaque soir et les rares personnes à avoir un double de cette clef ne sont pas du genre à faire des blagues douteuses. Se pourrait-il que je fasse un dédoublement de la personnalité ? Du calme, il faut que j'analyse ce problème calmement…

J'ai visionné des enregistrements vidéo de mon nouveau labo. Apparemment, j'ai des absences. Parfois, je me comporte de façon étrange. Je fais des plans pour éliminer la Société du Serpent et ensuite, j'oublie tout. Pourquoi eux ? Oh, je sais : on les affrontait quand j'ai réalisé à quel point je n'avais pas ma place parmi les Vengeurs. Ce jour-là, je me suis dit que je ne serai jamais un super-héros lambda, qu'il valait mieux que je parte définitivement. Je suis parti et Jan a préféré rester avec les autres.

Peut-être que ma dernière machine a altéré mon cerveau, ou peut-être qu'elle fait remonter en moi des parties de ma personnalité que j'ai toujours refoulées. Peut-être que mon inconscient essaie de s'identifier à ce que j'ai toujours refusé d'être pour la retrouver, elle. Ou peut-être que j'aurais dû consulter plus tôt. A huit ans, j'ai pleuré en cachette parce qu'on se moquait de moi en m'appelant l'Homme-fourmi. Des années plus tard, j'ai adopté ce nom sans penser à toute la charge émotionnelle qu'il renfermait. Quelle est cette chose en moi qui essaie de tuer ce petit garçon incompris ? Mon inconscient est-il en train de prendre sa revanche sur tout ce que j'ai dû subir ?

Il faut que je parle à Bruce Banner. Pas à Hulk, à Bruce. Il s'y connait en personnalités multiples, il saura m'aider. Merde, je ne trouve plus le téléphone. J'entends des pas derrière moi. Peut-être que je suis en train de rêver. Oh, peu importe : je n'ai qu'à me cacher dans les fibres du tapis, il ne me trouvera pas.

Il est là, dans mon labo. On dirait presque mon reflet dans le miroir, à ceci près que je n'ai jamais eu ce regard étrange, celui qu'ont eu les prisonniers le jour de la grande évasion. Je sais qu'il est là pour me tuer. Il répète : « crève, Hank, crève, l'homme-fourmi ! » Et c'est là que je sais à quel point j'ai un gros problème.

Je suis devenu fou.

A suivre…