Chapitre II : A la recherche du passé

Tisiphone ouvrit la porte de son appartement silencieux. Les bougies dispersées dans toutes les pièces diffusaient une douce lueur rassurante. La sorcière gagna le grand salon, les baies vitrées avaient été occultées par les lourdes tentures de velours vert qui transformaient la pièce en un cocon confortable. Une bonne flambée crépitait dans la cheminée. La sorcière se laissa tomber dans le premier canapé qu'elle trouva. Elle se déchaussa et posa ses pieds sur la petite table basse qui lui faisait face. Un petit elfe de maison fit son entrée, il eut un regard réprobateur en voyant les chaussures abandonnées au sol et les pieds de sa maîtresse sur la table. L'elfe portait un plateau chargé de victuailles. Il le déposa sur la table puis ramassa les chaussures pour aller les ranger. Il revint presque aussitôt, portant une lettre dans sa main.

Un hibou a apporté cette lettre ce matin.

Il la tendit à Tisiphone. Elle ouvrit un œil et regarda l'enveloppe. Elle en reconnut aussitôt l'écriture.

Tu peux la jeter au feu … marmonna la sorcière.

Au feu ? répéta l'elfe.

Oui. Je ne veux plus lire une seule de leurs lettres !

Très bien !

L'elfe inclina la tête et alla jeter la lettre au feu.

Tisiphone ferma les yeux et se laissa aller contre les coussins.

Un bain ? Peut-être ? proposa l'elfe.

Tisiphone hocha de la tête. La petite créature disparut et quelques secondes plus tard, Tisiphone entendit le murmure de l'eau qui coulait. Mana avait raison, un bain lui ferait le plus grand bien. Elle ouvrit de nouveau les yeux et regarda ce qu'il y avait à manger. La journée avait été éprouvante et la sorcière sentait la faim la tirailler. Sur le plateau en argent, il y avait un assortiment de petits sandwichs. Tisiphone en attrapa un au hasard et n'en fit qu'une bouchée. Les autres disparurent tout aussi vite.

Peu de temps après, Mana fut de retour.

Le bain est prêt, annonça l'elfe.

Merci Mana, dit Tisiphone en se levant.

Comment s'est passée la journée ?

Tisiphone rit doucement.

Bien … Tout s'est bien passé … mais cela a été plus dur que prévu …ajouta-t-elle tristement.

Elle entra dans la salle de bain. La baignoire était remplie à ras bord, elle disparaissait sous une montagne de mousse.

Reste-t-il de ce baume pour les blessures ? demanda Tisiphone.

Je vais le chercher.

L'elfe quitta la salle de bain, la sorcière en profita pour se déshabiller et entrer dans l'eau brûlante. La chaleur fit du bien à tous ses muscles endoloris. Elle se laissa glisser tout au fond de l'eau. Lorsqu'elle émergea, elle découvrit un petit pot sur le bord de la baignoire. Elle s'occuperait de son bras plus tard.

Cette journée lui avait valu bien des surprises, et pour certaines, elle s'en serait bien passée.

D'avoir revu Lucius avait fait remonter de vieux souvenirs … d'avoir croisé le Détraqueur aussi. Elle ferma les yeux, songeuse. Elle savait déjà que ce soir, le sommeil aurait du mal à venir. Une nouvelle fois, le passé venait empiéter sur sa vie … Il lui faudrait encore beaucoup de temps avant de s'en libérer définitivement.

L'elfe fit de nouveau son apparition.

Une nouvelle lettre, s'excusa-t-il.

Encore ? s'exclama Tisiphone.

Dois-je la brûler elle aussi ?

Oui.

Mana s'en retourna.

Tisiphone soupira. Encore un problème qu'il lui faudrait régler rapidement. Elle qui pensait trouver un peu de tranquillité en revenant ici, elle s'était trompée.

La sorcière prit une grande bouffée d'air et se laissa une nouvelle fois couler au fond de la baignoire.

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Lucius tournait en rond dans son appartement. Sur son bureau s'entassaient quelques lettres, il en avait ouverte deux mais ses pensées étaient trop embrouillées pour qu'il continue à lire son courrier. De plus, il était tombé sur une missive de sa mère qui continuait à le harceler à propos de son hypothétique futur mariage. Entre sa mère et ça, il ne savait plus où donner de la tête.

Malgré l'heure déjà bien avancée, il décida de sortir. Sa position au Ministère lui permettrait sans doute de passer outre les horaires. Il voulait absolument vérifier quelques petites choses.

Il secoua la tête, prit sa cape et se tranplana.

La bibliothèque allait fermer, mais il réussit sans problème à persuader la sorcière de l'accueil de le laisser entrer. Finalement le poste que lui avait obtenu son père avait quelques avantages.

Il se promena un moment dans les rayonnages déserts. Il se décida finalement à faire ce pour quoi il était venu. Il se dirigea vers la section « journaux et magazines ». Il ne savait pas trop où chercher.

L'ombre d'Argos, murmura-t-il.

Cela faisait combien de temps qu'il n'en avait plus entendu parler ? Trois ans, quatre tout au plus … depuis qu'il avait quitté Poudlard. Cela restreindrait déjà les recherches. De toute façon, il était certain que cela ne s'était pas passé durant les derniers mois, il lui semblait plutôt que tout s'était déroulé l'an passé ou encore avant. Il soupira en voyant la taille de l'étagère et le nombre de numéros qu'il aurait à consulter. L'avantage, c'est que cela avait fait les gros titres … Sa recherche en serait d'autant plus simplifiée.

Il prit une année au hasard.

1973

Il posa une première pile de Gazette de sorciers devant lui. Il sortit sa baguette et jeta un sort aux journaux.

Rien.

Il mit la pile de côté et passa à la suivante, puis à la suivante.

Soudain, le sort opéra et un journal sortit de la pile.

Lucius eut un sourire de victoire. Il prit le journal. Rien d'intéressant à la une. Il tomba finalement sur un petit encart dans les dernières pages, un faire-part de mariage.

« La Famille Black-Erenyados et la famille Argos sont heureux de vous faire part du mariage de Tisiphone Erenyados et de Daëron Argos … »

S'en suivait un court texte que Lucius passa en revue rapidement.

Maintenant, il savait à peu près où chercher. Il finit les piles de l'année 1973, les rangea et passa à l'an passé.

Il passa tous les mois de l'année 1974. Ce fut dans un des journaux du mois d'août qu'il trouva ce qu'il cherchait.

La Gazette du Sorcier du 2 Août en faisait les gros titres. Il y avait aussi un grande photo qui montrait Tisiphone en train de se débattre encadrée par trois sorciers. Sa robe claire était maculée de taches qui ressemblaient à du sang.

« Terrible massacre en Grèce » titrait le journal

Sur la petite île tranquille de Théra un terrible drame s'est noué dans la nuit de samedi à dimanche. Un sorcier d'une vingtaine d'années a été retrouvé mort à son domicile. A côté de son corps, gisait celui de son fils âgé de quelques mois.

« C'est un crime particulièrement sanglant et horrible, nous explique le chef de la Brigade Sorcière qui est arrivé rapidement sur les lieux. »

Les corps ont été retrouvés criblés de dizaines de coups de couteau. D'après les premières constatations de l'enquête, les deux victimes auraient aussi été victimes d'un sortilège impardonnable – sans doute un Doloris - nous confia un des Aurors dépêchés sur place.

Un suspect a aussitôt été interpellé, il s'agit de la propre femme de la victime. Notre reporter a pu apprendre que cette dernière a été découverte auprès des deux corps, les mains et la robe pleine de sang, tenant encore l'arme du crime. L'interpellation a été des plus musclées et un Auror a été blessé pendant la lutte qui l'a opposé à la suspecte. Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter à l'article en page 3.

« Les preuves sont accablantes contre l'épouse de la victime » nous explique un des sorciers chargés de l'affaire. « De plus, le passé de ce suspect ne plaide pas en sa faveur ». Pour lire son interview en entier, rendez-vous page 4.

Notons que la victime de ce crime sordide n'est autre que le célèbre professeur Daëron Argos qui enseignait l'histoire antique magique au célèbre collège de magie de Délos. Son épouse, Tisiphone Argos, impliquée dans cette affaire, était connue et réputée pour ses fouilles et ses travaux sur les grands mythes grecs anciens. Une biographie plus complète du couple vous attend page 5.

Lucius replia le journal et le mit de côté. Il continua ses recherches. Les journaux des jours suivants se délectaient de détails tous plus croustillants et sanglants les uns des autres sur cette tragédie, agrémentés de photos des lieux du crime, de l'arme et de quelques autres preuves. La Gazette du Sorcier était aussi très fière de proposer à ses fidèles lecteurs une interview exclusive de la mère de la victime qui ne cessait de s'emporter contre Tisiphone.

Cependant au fil du temps, les journaux ne firent plus la une avec cette affaire. Un entrefilet discret, dans les dernières pages de la Gazette, apprit à Lucius que Tisiphone avait finalement été relaxée faute de preuves suffisantes.

Un dernier minuscule article daté d'octobre 1974 mentionnait l'étrange disparition de la sorcière.

Puis plus rien.

Lucius rangea les numéros qui ne l'intéressaient pas. Les autres étaient étalés sous ses yeux. Le sorcier se balançait sur sa chaise, songeur. Il ne savait pas trop quoi penser de tout cela. Maintenant, il se souvenait mieux de Tisiphone à Poudlard : une Serpentard discrète, qui ne parlait presque pas et qui restait souvent dans son coin, sauf quand Daëron était là. Elle était toujours dans le dos de son petit ami, c'est ce qui lui avait valu son surnom d'Ombre d'Argos.

Lucius avait du mal à l'imaginer en meurtrière – une sorcière si effacée … mais plus encore dans le rôle qu'elle allait désormais jouer maintenant. Une Auror accusée de meurtre et d'avoir pratiqué un sortilège Impardonnable… ancienne Serpentard, de surcroît … Il y avait quelque chose d'étrange là dedans.

Les yeux gris de Lucius se mirent à briller d'une étrange lueur : pourquoi ne pas voir de quoi il en retournait exactement. Après tout, il était aussi là pour ça.

Il rangea les vieux journaux et quitta la bibliothèque. D'un geste ample de la main, il remercia la sorcière toujours derrière son bureau et qui l'avait laissé rentrer.