Chapitre IV : Une demande particulière.

Les jours et les semaines passaient, toutes semblables les unes aux autres.

Le travail au ministère était monotone et ennuyeux. Croupton n'avait pas relâché la pression et où qu'elle aille, la sorcière sentait le regard de Maugrey ou de Edmond, le sorcier qui la suivait comme son ombre. Elle qui, autrefois, était l'ombre d'un autre sorcier, voici qu'à présent, elle en possédait une aussi.

Les dossiers s'empilaient sur son bureau, tous plus ennuyeux les uns des autres. Après l'affaire des loup-garous, elle avait du enquêter, toujours depuis son bureau, sur une histoire d'invasion de trolls dans la campagne écossaise. Ensuite, elle avait eu droit à d'autres histoires ennuyeuses : un vol de vieux tableaux, un trafic de chaudrons et de baguettes de contrefaçon.

Bien entendu, les dossiers les plus intéressants n'étaient pas pour elle. D'ailleurs, bizarrement, certaines conversations cessaient à son arrivée : celles qui portaient sur les exactions commises contre des moldus ou les affaires traitant de Mangemorts, par exemple. Si au début, la sorcière avait pu s'en sentir offusquée, elle en jouait maintenant. Ses rencontres fréquentes avec Lucius ne faisaient qu'accentuer sa mise à l'écart. Au final, Tisiphone s'en souciait peu. Tout ce qu'on avait pu dire sur elle ou ce qu'on continuait à murmurer sur son passage ne la dérangeait plus.

Deux fois par semaine, la sorcière, après son travail s'accordait une petite sortie. Elle se rendait régulièrement dans le pub Au Dragon Cracheur. Finalement, elle trouvait que cet endroit avait un certain charme. Contrairement à ce qu'elle avait imaginé ; elle n'avait pas été importunée par les clients du pub. Peut-être était-ce dû au fait qu'on l'ait vue plusieurs fois en compagnie de Lucius.

Bizarrement, ce dernier arrivait souvent dix minutes après l'arrivée de Tisiphone et venait s'asseoir à ses côtés, sans attendre qu'elle l'invite. Ils ne discutaient pas beaucoup, au final, juste des banalités d'usage. Tous deux semblaient s'amuser de la situation et des regards qu'on leur lançait : Tisiphone surprenait tout le monde à fréquenter Lucius que beaucoup soupçonnait d'avoir des connaissances peu recommandables ; de même Lucius faisait jaser à discuter souvent avec la sorcière qui avait été soupçonnée de meurtre.

Cependant, depuis quelques temps, Lucius paraissait s'intéresser à l'ancien métier de Tisiphone. Il passait de longs moments à la questionner sur la Grèce antique et la part de vérité dans les mythes. Il cherchait à savoir quelles légendes avaient été crées pour masquer aux moldus la magie et les créatures magiques. Chaque jour, il essayait d'aborder un sujet différent : les Titans, les Cyclopes, les Hécatonchires, les Olympiens. D'ailleurs, Tisiphone lui avait expliqué que ces fameux dieux étaient sans doute des sorciers qui avaient abusé de la naïveté des moldus et se faisaient passer pour des divinités usant à profusion de leurs pouvoirs.

Ainsi, lui démontra la sorcière. En réalité, Zeus était un sorcier très doué en métamorphoses. Tous les récits antiques le montrent bien : ses métamorphoses animales font de lui le premier animagus connu, animagus d'autant plus puissant qu'il pouvait prendre n'importe quelle forme. Ce qui est un don exceptionnel rare.

La sorcière s'interrompit soudain. Lucius semblait boire littéralement ses paroles. Elle le regarda d'un air interrogateur.

Pourquoi me poses-tu toutes ses questions ? s'étonna-t-elle. Cela fait maintenant plusieurs jours que tu me questionnes …

J'aime bien l'Histoire !

Tisiphone éclata de rire.

Toi ! Arrête ! Tu n'as jamais écouté un seul cours de Binns ! Tu étais trop occupé à faire je-ne-sais-quoi !

Justement, j'aimerai rattraper mon retard !

Seulement maintenant ?

Que veux-tu, je suis si occupé … Et puis je n'ai jamais trouvé quelqu'un qui m'en parle avec tant de passion.

Mouais …

La sorcière fit une moue dubitative malgré le rouge qui montait doucement à ses joues. Elle prit une grande gorgée de Bieraubeurre.

Au final, elle décida que ce que voulait Lucius, elle n'en avait que faire … pour le moment, il ne la dérangeait nullement … Après, ce serait peut-être une autre histoire.

Ils avaient donc longuement discuté. Elle lui avait parlé de son île, de la Grèce. Cela lui avait fait étrange de parler ainsi, un soir d'automne glacé, de la mer turquoise, du soleil brûlant, des maisons blanches aux toits bleus, des hautes falaises noires qui surplombaient une mer d'huile, des nombreux chats, assis à l'ombre, qui guettaient avec impatience le retour de pêcheur, des fouilles qu'elle avait entreprises un peu partout dans les miettes de terre semées dans la mer Egée. Ce dernier point avait particulièrement intéressé Lucius, il lui avait demandé plusieurs fois quelles avaient été ses découvertes. Des vieilleries, avait répondu Tisiphone, des morceaux de vases, de poteries, quelques bijoux, des statues …

Ce soir-là, Tisiphone rentra chez elle plus tard que d'habitude. La tête lui tournait un peu à cause de la Bièraubeurre et du Firewhisky qui lui avait succédée. Tisiphone alla directement se coucher. Comment elle réussit à se déshabiller et à se mettre au lit, elle n'arrivait pas à le dire … Un rayon de soleil frileux vint la tirer de son sommeil. Il devait être tard et Tisiphone remercia intérieurement Mana de ne pas l'avoir levée. Elle paressa donc de longues minutes sous ses chaudes couvertures. Elle avait ouvert ses rideaux en grand et regardait le ciel qui s'obscurcissait. Le répit solaire ne durerait guère. La porte de sa chambre s'ouvrit sans bruit. La petite tête de l'elfe se glissa dans l'entrebâillement. Ses grands yeux verts, un peu globuleux, se posèrent sur sa maîtresse.

J'avais bien entendu du bruit, murmura Mana. Vous avez dormi tard …

Je me suis couchée tard, admit la sorcière prise sur le fait comme une enfant.

Heureusement que vous ne travaillez pas aujourd'hui …

Tisiphone ne répondit rien, elle se laissa de nouveau tomber en arrière contre ses oreillers.

Il est vraiment tard ? demanda-t-elle soudain.

Presque onze heures.

La sorcière soupira. Elle était partagée entre l'envie de paresser au lit et ses affaires qui l'attendaient, elle devait y mettre de l'ordre.

Un bain, proposa alors Mana qui semblait avoir compris le dilemme de sa maîtresse.

Tisiphone accepta.

Dans la salle de bain, l'eau coulait à flot et faisait grandir des montagnes de mousse vaporeuse. Tisiphone remarqua que Mana avait déposé sur le rebord de la baignoire une énorme tasse de café. Elle sourit et remercia l'elfe qui avait fait sa réapparition. Voyant qu'il ne manquait plus rien, la petite créature s'en retourna.

La sorcière plongea avec délice dans l'eau brûlante. Depuis qu'elle était revenue à Londres, elle avait redécouvert les joies du bain. En Grèce, elle n'en prenait que très rarement, à cause de la chaleur, mais ici, le froid et la pluie lui servaient de bonne excuse.

Elle laissait vagabonder ses pensées. Ces derniers jours, avec l'approche des fêtes, elle ressentait cruellement l'absence de Daëron et de Hector. Tellement de petits souvenirs lui revenaient en mémoire. Elle sentait déjà les premières larmes perler à ses yeux. Elle secoua la tête et comme pour chasser son désespoir, elle se laissa couler au fond de l'eau. Elle n'en ressortit que lorsque ses poumons commencèrent à la brûler. L'eau lui coulait sur la figure, chassant ses dernières larmes. Appuyée contre la faïence, Tisiphone ferma un instant les yeux.

Elle les ouvrit soudain. Elle venait d'entendre la voix de Mana s'élever et l'elfe semblait énervée. Il y avait une autre voix que Tisiphone ne reconnut pas immédiatement. De toute façon elle n'eut pas à s'interroger longuement. La porte de sa salle de bain s'ouvrit brutalement et Lucius fit son entrée. Mana était sur ses talons et voulut s'interposer. Mais le sorcier la repoussa sans douceur.

Lucius ! s'emporta la sorcière. Que fais-tu ici ? Comment oses-tu traiter mon elfe ainsi ?

Il jeta un coup d'œil à l'elfe et remarque seulement maintenant qu'elle portait une sorte de robe qui ressemblait à une toge. Il interrogea la sorcière du regard.

Oui, mon elfe est libre …Elle reçoit un salaire pour son travail … Maintenant pourrais-tu me dire pourquoi tu débarques comme ça dans ma salle de bain ?

Tisiphone fit signe à Mana et cette dernière se retira les laissant seuls.

J'avais besoin de te parler … et je voulais aussi te montrer quelque chose …

Malefoy croisa ses bras sur sa poitrine comme s'il se tenait en pays conquis.

Tisiphone le fusillait du regard, mais le sorcier n'était pas disposé à bouger. Sentant que la situation pourrait durer longtemps, Tisiphone soupira et se résigna à sortir. Elle ne dit aucun mot mais montra à Lucius un tas de serviettes. Il se saisit de la première et la tendit à Tisiphone. Elle savait qu'il ne détournerait pas les yeux. Le fusillant du regard, elle se leva lentement de sa baignoire et sortir de l'eau. Elle attrapa la serviette et s'enroula dedans. Si Lucius avait vu les cicatrices qui courraient sur tout son corps – et Tisiphone était persuadée qu'il les avait vues – il ne dit rien. Elle aurait sans doute bondi sur lui s'il avait fait la moindre réflexion. Elle retourna dans sa chambre, Lucius toujours sur ses talons. Un sort sécha ses longs cheveux noirs, elle passa rapidement une robe grise. Elle gagna ensuite le salon. Mana avait déjà disposé deux tasses fumantes sur la petite table qui faisait face à la cheminée. Tisiphone prit place dans le canapé et s'assit en tailleur au milieu, faisant ainsi comprendre à Lucius que sa place était sur un des deux fauteuils. La sorcière prit son temps, elle sirotait son café sans quitter son « invité » des yeux. Elle reposa finalement sa tasse.

Alors ? cracha-t-elle. Que me veux-tu ?

J'aimerai bien que tu me rendes un petit service …

Vraiment ? et tu crois qu'en débarquant comme ça chez moi, j'accepte … Tu te trompes, Lucius, je ne suis pas un de tes pantins du Ministère …

Je n'ai jamais pensé cela de toi … Mais je suis certain que ce que j'ai t'intéressera énormément …

Tisiphone allait lui demander de quoi il en retournait, mais elle fut interrompue par des hurlements. Une lettre vola soudain dans le salon en hurlant, poursuivit par Mana qui sautait désespérément pour la rattraper. Mais la Beuglante était à bonne hauteur. Elle s'arrêta au dessus de Tisiphone.

COMMENT OSES-TU IGNORER MES LETTRES ! ET DEMANDER A TA SALETE D'ELFE DE LES JETER AU FEU ! PRENDS GARDE A TOI SALE PETITE VOLEUSE …

Tisiphone avait bondi et saisit sa baguette.

Incendio, cria-t-elle.

La Beuglante s'embrasa aussitôt, continuant de plus en plus faiblement à proférer ses insultes et ses menaces. Un petit tas de cendres tomba à terre et le silence se fit de nouveau. Tisiphone se tourna alors vers Mana.

A-t-elle bien dit que tu jetais mes lettres au feu ?

L'elfe acquiesça.

Comment fait-elle pour le savoir …

Tisiphone observait attentivement son salon. Soudain, ses yeux brillèrent d'une lueur féroce. Elle se retourna vers la cheminée.

Accio couteau !

Un poignard au manche finement ciselé vint atterrir dans sa main. La sorcière tourna le dos à la cheminée. Elle prit le couteau par la lame et le lança avec force. Il alla se planter en plein milieu du visage d'une forte femme dessinée sur un tableau. Le sujet se mit aussitôt à hurler et à injurier la sorcière.

Tisiphone s'était rapprochée du tableau qui en plus de cette femme représentait deux sorciers.

SIGA ! hurla Tisiphone en grec. Si tu oses encore une fois m'espionner, vieille harpie, je brûle le tableau !

Tu n'oserais pas, la défia la femme.

En es-tu sûre ?

La sorcière avait fait apparaître une petite flamme au bout de sa baguette et s'amusait à l'approcher dangereusement de la toile et du visage tordu de douleur de la femme. Tisiphone approcha une dernière fois la flamme puis fit disparaître le feu. Elle tourna le dos au tableau et retourna s'asseoir, sans avoir retiré le poignard.

Lucius lui lança un regard interrogateur.

Des histoires de famille, expliqua laconiquement Tisiphone. Un … petit désaccord avec ma belle-mère …

Je vois.

Tisiphone changea de sujet.

Quel est donc ce service que tu veux me demander ?

Pas grand-chose en vérité …

Pas grand-chose ? Et cela justifie le fait que tu viennes me déranger ? Il faut savoir … C'est urgent ou pas ?

Lucius ne répondit rien. Il sortit une petite boite en bois très sombre et la posa sur la table. Le coffret n'avait rien de particulier : aucune gravure, aucune marque.

Tisiphone s'en saisit et le posa sur ses genoux.

Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle intriguée.

Ouvre !

Le coffret n'était pas fermé à clé. Délicatement, la sorcière ouvrit le couvercle. L'intérieur de la boîte avait été recouvert d'un velours bleu foncé. Dans le fond, il n'y avait qu'un rouleau qui semblait ancien et abîmé. La sorcière n'y toucha pas et referma la boîte.

Tu ne le déroules pas ? demanda Lucius surpris de son attitude.

Pas comme ça, il a l'air très détérioré, ça ne ferait que l'abîmer davantage.

Elle se leva et invita Lucius à la suivre. Ce dernier avait éveillé sa curiosité, elle savait que ce qu'elle avait entre les mains était des plus mystérieux. Sans vouloir l'admettre, elle avait hâte de voir ce que le papyrus renfermait. Lucius ne lui avait pas menti quand il lui avait assuré que cela l'intéresserait, il avait bien calculé son coup.

La sorcière était arrivée devant une tapisserie dans un coin du salon. Elle représentait Orphée avec sa lyre qui charmait tous les animaux aux alentours. Le musicien était assis sur une pierre au pied d'un olivier et était entouré d'une foule animale : tortues, serpent, panthère, cerf, renard, ours, loup, bœuf, paon, grue et lion. La tapisserie ressemblait étrangement à une mosaïque antique. Tisiphone sortit sa baguette et tapota sur la tête de la panthère. Il y eut un déclic et la tapisserie pivota lentement, révélant une porte cachée. La sorcière actionna la porte et ouvrit la porte. Elle entra dans la pièce plongée dans la pénombre. Elle agita sa baguette et toutes les bougies s'allumèrent. Lucius entra à son tour.

Ils se trouvaient dans une immense bibliothèque circulaire avec une mezzanine. La pièce était aveugle. La seule lumière en dehors de celles de bougies venait de la rotonde en verre. La verrière était en fait un vitrail coloré qui ne laissait guère passer la lumière. La scène montrait la construction de la nef grecque Argo. Tout autour, avaient été représentés les cinquante-cinq héros grecs qui avaient participé à la conquête de la Toison d'or : Jason, Argos, Orphée, Castor et Pollux, Héraclès, Lyncée …

Au rez-de-chaussée, les volumes étaient rangés dans une bibliothèque aux portes grillagées. Une petite échelle dorée faisait le tour de la pièce pour permettre d'atteindre les volumes les plus haut. Un escalier en colimaçon permettait d'atteindre la mezzanine.

Au centre de la pièce se dressait un bureau qui disparaissait sous un monceau de papyrus, parchemin, livres et autres objets divers. Quelques objets avaient aussi été exposés sur les rayonnages de la bibliothèque. Lucius fit lentement le tour de la pièce, admirant certaines pièces : une vieille baguette magique, des morceaux de poterie qui paraissaient sans âge, des vases grecques aux figures noires, de petites statues en bronze ou en or, de vieux bijoux.

Ainsi, c'est ton antre secrète, s'amusa Lucius.

Si on veut.

Où as-tu récupéré cela ? demanda-t-il curieux en montrant les objets.

Oh, ça dépend, certains sont dans ma famille depuis des générations, d'autres viennent de mes fouilles et enfin certains sont des prêts pour que je les étudie.

Je croyais que ta carrière était terminée, que tu voulais passer à autre chose.

C'est toi qui m'as mal comprise ! Je n'ai jamais dit que j'avais totalement tourné le dos à mes recherches Disons que je les mets entre parenthèses pour le moment.

Tout en parlant, Tisiphone faisait un peu de place sur son bureau. Elle avait posé au sol les piles de livres et de parchemins. Elle déposa ensuite le coffret sur son bureau et s'assit. Lucius se tenait debout derrière elle, l'observant avec attention.

Tisiphone sortit le papyrus. Elle ouvrit un tiroir et sortit deux plaques de verres très fines.

C'est pour quoi faire ? interrogea Lucius.

Je vais dérouler ton papyrus et le mettre entre ses deux plaques, pour éviter qu'il ne s'abîme lors de sa manipulation.

Avec soin, du bout de sa baguette, elle jeta un sort. Le papyrus se déroula très lentement. Aussitôt, Tisiphone l'emprisonna entre les deux plaques de verre. Elle y jeta un rapide coup d'œil et le reposa très rapidement.

Elle se retourna ensuite vers Lucius.

Maintenant, parlons un peu !

De quoi veux-tu parler ?

De ça, répondit-elle en montrant le papyrus. Où l'as-tu eu ?

Tu ne me croiras jamais !

Essaye toujours !

C'est assez étrange, enfin, plutôt mystérieux pour être exact. J'étais au Dragon Cracheur un soir, le pub était désert, il était tard et il allait fermer. Je m'apprêtais à partir quand un vieux est entré. Il s'est dirigé droit sur moi, sans dire un mot et m'a donné cette boîte. Voilà tout.

Je n'en crois rien !

Sa provenance est-elle donc si importante ?

Ne te moque pas de moi, Lucius ! Je suis certaine que tu sais la valeur d'un tel objet !

Elle avait posé ses mains sur ses hanches et paraissait furieuse. Pourtant ce fut presque en murmurant qu'elle poursuivit.

N'as-tu pas peur que je te dénonce ?

Que tu me dénonces ? A qui ? Et pourquoi ?

Ne fais pas l'innocent. Tu n'es plus vraiment en odeur de sainteté au Ministère par les temps qui courent …

Et alors ?

Je ne sais pas encore de quoi, il en retourne, mais ça … ça intéresserait pas mal de monde chez les Aurors … Ca sent la magie noire à plein nez !

Comment peux-tu le savoir ! Tu n'as même pas essayé de déchiffrer ce papyrus.

Exact … mais je n'ai pas besoin de le lire pour savoir que ce n'est pas une recette de dragée surprise de Bertie Crochue ! Ouvre les yeux, Lucius, ce n'est pas un papyrus ce que tu m'as apporté …

Et qu'est-ce que c'est alors ?

Un morceau de peau … humaine … et l'encre, ajouta Tisiphone, ne ressemble pas vraiment à de l'encre … On dirait plutôt du sang …

Tu ne me dénonceras pas !

Qu'est-ce qui te fait dire ça, je suis Auror après tout !

Si tu avais vraiment voulu me dénoncer, nous ne serions pas en train d'en discuter ! Avoue, j'ai piqué ta curiosité !

Tisiphone ne répondit rien mais fit une moue grognonne.

Elle se pencha sur le texte. Elle sentit Lucius qui se rapprochait d'elle, son souffle venait lui chatouiller la nuque.

C'est très étrange, murmura-t-elle.

Quoi ?

Ce n'est pas écrit qu'en grec ancien, il y a un mélange de plusieurs dialectes, du grec homérique aussi … et ça, dit-elle en montrant d'étranges symboles, c'est du linéaire B … Ca va me prendre pas mal de temps. Surtout qu'il y a beaucoup de lacunes … Je vais devoir reconstituer les morceaux manquants.

On ne peut pas y arriver avec une formule ?

Non, on pourrait peut-être si on savait ce qu'il y avait avant … mais là, il manque de gros morceaux de peau …

Lucius eut un sourire de satisfaction.

Tu acceptes donc ?

Je n'ai jamais dit ça … Mais tu as éveillé ma curiosité …

Elle se retourna et fixa Lucius.

Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne te promets rien. Que ce soit très clair, je ne veux en aucun cas avoir à faire avec tes copains … Si je fais cette traduction, c'est parce que c'est mon domaine, rien de plus !

Lucius ne répondit rien, mais il était certain que Tisiphone changerait d'avis, tôt ou tard … Son travail d'Auror n'était qu'une couverture qu'il était bien décidé à déchirer. Son passé ne pouvait pas la laisser s'engager dans cette voie … Il referait surface bientôt, il en était certain. Dans tous les cas, il lui faudrait se montrer très prudent, il ne tenait pas à s'en faire une ennemie …