Chapitre V : Plongée en eaux troubles

La neige tombait depuis plusieurs jours, sans réelle accalmie. Un épais manteau blanc recouvrait toute la ville de Londres. Les rues devenues impraticables étaient désertées : la circulation était rendue impossible : par endroit la couche poudreuse atteignait presque un mètre de hauteur. Les voitures moldues ne pouvaient avancer aussi les transports en commun étaient bondés – enfin ceux qui pouvaient encore circuler. Le monde sorcier lui n'avançait pas au ralenti comme celui des moldus. Mais la neige semblait l'avoir plongé dans une sorte de nonchalance : les hiboux frigorifiés mettaient plus de temps à livrer leurs lettres et les sorciers réfléchissaient à deux fois avant de se transplaner : certains s'étaient retrouvés coincés dans des congères de plus de deux mètres de haut. Le seul moyen fiable de transport restait donc la Poudre de Cheminette. La file au Ministère s'étirait sur plusieurs couloirs et les sorciers qui attendaient perdaient souvent patience et s'énervaient pour des broutilles. L'ambiance tendue s'en ressentait dans tous les services. Les fenêtres magiques des différents services offraient le même horizon noir et sombre qui concordait parfaitement avec l'humeur des sorciers qui s'en chargeaient.

Pourtant, malgré le temps exécrable qui mettait tout le monde de mauvaise humeur, une certaine fébrilité joyeuse régnait un peu partout : l'approche des fêtes se faisait vivement sentir. Les couloirs et bureaux du Ministère avaient été égayés de sapins décorés avec soin, de petites étoiles flamboyantes volaient dans tout le bâtiment en parsemant dans leurs sillages des paillettes colorées.

Tout le monde avait hâte de voir arriver les vacances pour pouvoir passer les fêtes en famille. Une seule personne ne partageait pas l'allégresse générale. Tisiphone qui ne parlait guère en d'autres occasions s'était totalement refermée sur elle-même. Elle n'esquissait plus aucun sourire et dès cinq heures quittait à tout hâte son bureau pour rentrer chez elle. De même, la sorcière avait abandonné ses soirées au Dragon Cracheur. La vue des couples dans le Chemin de Traverse lui faisait sentir la cruelle absence de son mari et de son fils. Aussi, elle se cloîtrait chez elle. De toute façon, elle avait autre chose de plus intéressant à faire : la trouvaille de Lucius lui donnait du fil à retordre. Le texte en différentes langues semblait ne vouloir rien dire et certaines écritures étaient indéchiffrables. Chaque soir après son travail, elle passait de longues heures dans sa bibliothèque pour tenter d'y voir plus clair. Parfois, Lucius faisait son apparition, Mana venait lui ouvrir et le conduisait sans dire mot jusqu'à la bibliothèque. Il prenait place près de Tisiphone et la regardait travailler sur le morceau de peau. Tisiphone tolérait sa présence mais l'ignorait presque totalement. Quelquefois, cependant, elle se tournait vers lui et lui demandait d'aller lui chercher tel ou tel livre. La mission lui était difficile à remplir car les livres de Tisiphone n'étaient absolument pas classés, il régnait un joyeux désordre dans sa bibliothèque : de vieux grimoires de recettes de grand-mère côtoyaient des ouvrages qu'il ne valait mieux pas laisser traîner entre toutes les mains. Lucius prenait aussi son temps pour regarder tous les bibelots qui traînaient sur les rayonnages, osant même interrompre Tisiphone pour lui demander des explications sur tel objet. La sorcière répondait simplement à ses questions, s'amusant souvent de voir l'air étonné de Lucius quand elle apportait les réponses. La sorcière le surveillait toutefois du coin de l'œil, l'empêchant de toucher à tout et n'importe quoi.

Si j'étais toi, lui lança-t-elle soudain, je ne poserais pas ma main la dessus.

Le geste de Lucius se suspendit et il se retourna.

Pourquoi ?

Ce truc là est ensorcelé …

Lucius regarda de nouveau la baguette qui avait été rangé dans un étui sombre.

Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il curieux.

Une vieille baguette magique.

Je le vois bien ! Mais je n'ai jamais entendu dire qu'une baguette puisse être ensorcelée …

Celle-là si …

A qui était-elle ?

Cette baguette appartenait à Circé.

Circé ? répéta Lucius.

Oui, la sorcière qui apparaît dans l'œuvre d'Homère … avec Ulysse …

Lucius se gratta le menton.

Oui, je vois … mais en quoi cette baguette est-elle ensorcelée ?

C'est simple. Circé était très réputée pour ses enchantements : elle changeait les hommes en animaux … Elle a protégé sa baguette de la sorte …Tous ceux qui touchent sa baguette se retrouvent changés en porc … Seules les sorcières échappent à cette malédiction …

Sans le vouloir, Lucius avait fait quelques pas en arrière et regardait avec méfiance la baguette.

Comment en es-tu venu à la posséder ?

Je crois qu'elle a toujours été dans ma famille depuis des générations …

Tu as d'autres objets dont je ferai mieux de me méfier ?

Tisiphone avait reposé son crayon et ôté ses lunettes arrondies. Elle se leva et se dirigea vers Lucius.

Si tu veux mon avis, tu ferais mieux de ne toucher à rien ici … Tous mes objets ont une certaine histoire …Certains sont inoffensifs, d'autres non … Et les apparences peuvent être trompeuses …

Tisiphone montra du doigt un vieux vase grec. Il était des plus simples : rouge avec les figures noires. Il représentait un poulpe immense qui courait sur tout le vase, lançant au loin ses huit tentacules. Au niveau du col du vase s'étirait une petite frise qui ressemblait aux vagues de la mer.

La sorcière fit signe à Lucius de reculer. Il s'exécuta. Tisiphone ramassa un papier qu'elle roula en boule et le lança en direction du vase. La boule de papier toucha le cratère et aussitôt un fin tentacule en jaillit et attrapa le papier froissé. Le tentacule retourna contre la paroi du vase, le morceau de papier avait disparu.

Où est-il passé ?

Aucune idée … avoua la sorcière. Le problème avec ce cratère c'est qu'il est capable de faire disparaître un sorcier … et on ne sait pas où … Je ne préfère pas tenter le diable.

Comment fais-tu pour le transporter ? Il n'est quand même pas soudé à ta bibliothèque ?

Regarde, répondit simplement Tisiphone.

Elle sortit sa baguette et la pointa sur le vase.

Gelatus !

Le cratère se recouvrit d'une fine couche de glace. Tisiphone le prit sans aucun problème. Lucius remarqua seulement que les tentacules derrière la couche givrée s'agitaient avec ferveur. La sorcière le reposa alors que quelques fissures apparaissaient. Il y eut un tintement comme si quelque chose à l'intérieur du cratère avait bougé quand le vase retrouva sa place d'origine. Tisiphone s'en écarta rapidement, la glace avait totalement fondue.

Lucius la regarda étrangement.

Tu ne crains pas de t'attirer des ennuis avec toutes ces choses que tu gardes chez toi ?

Un peu plus ou un peu moins d'ennuis … Au point où j'en suis …

Je croyais que toute la lumière avait été faite …

Oui, mais, cela n'empêche pas les gens de penser … et de continuer à croire ce qu'ils ont envie de croire …

C'était le dernier soir avant la veillée de Noël. Les rues étaient toujours recouvertes d'une épaisse couche de neige. Les nuages gris continuaient à déverser leurs pleurs blancs. Malgré le froid et le mauvais temps, il y avait beaucoup de monde dehors : les retardataires pour les achats de Noël.

Tisiphone, elle, n'en avait que faire. Elle avait quitté la douceur de son appartement pour prendre l'air. Mana avait tenu à décorer un arbre de Noël et voir l'elfe s'activer seule à accrocher étoiles et autres décorations brillantes lui avait fait monter les larmes aux yeux. Elle avait marmonné un bref au revoir à l'elfe et Tisiphone était sortie. Ses pas l'avaient conduits devant l'entrée du Dragon Cracheur. Elle entra. Le pub ce soir là était désert. Les gens étaient dehors non pas pour boire un verre mais pour faire leurs derniers achats. La sorcière alla s'asseoir sur un tabouret au bar, près de la fontaine de Bièraubeurre. Le barman salua Tisiphone de la tête et s'apprêta à lui servir sa boisson habituelle.

Elle lui fit signe de la tête.

Pas ce soir, Baghard. Je vais prendre quelque chose de plus … corsé !

Très bien.

Le sorcier sortit une petite bouteille de firewhisky et remplit l'étroit verre qu'il avait posé devant Tisiphone. Il reboucha ensuite la bouteille.

Tu peux la laisser sortie, murmura Tisiphone.

Le barman ne répondit rien mais abandonna la bouteille à Tisiphone. Il retourna à l'essuyage de ses verres.

La sorcière avait vidé son premier verre d'un trait. Le liquide lui brûlait la gorge, mais elle se resservit aussitôt et avala tout aussi rapidement le nouveau verre. Baghard la regarda.

Dure journée, demanda-t-il.

Oui, acquiesça Tisiphone. Mais soirée encore plus difficile.

Alors j'ai peut-être ce qu'il faut, murmura-t-il.

Baghard venait de reprendre le firewhisky. Il fouilla sous le comptoir et sortit une bouteille sans âge poussiéreuse. Tisiphone le dévisagea avec étonnement. Baghard en remplit deux verres. Le liquide était légèrement verdâtre. Il tendit un verre à la sorcière et leva le sien vers elle. Elle fit de même et avala l'étrange boisson. Elle s'étouffa à moitié tant c'était fort.

Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle entre deux toux.

La liqueur du patron ! La cuvée spéciale ! expliqua fièrement Baghard. Une recette familiale … Quelques plantes qui marinent dans l'alcool, un peu de sang de dragon et l'ingrédient secret.

C'est pas mauvais, mais c'est fort !

J'avais dit que c'était pour les cas spéciaux …

Il resservit Tisiphone, encore plus généreusement cette fois.

Au bout d'un moment, Tisiphone ne savait plus combien de verres elle avait déjà bus, une bonne quantité au vu du monde qui tanguait autour d'elle. Pourtant, la sorcière ne réduisit pas sa quantité d'alcool. Ce soir, elle voulait tout oublier : la douleur sourde au fond de son cœur qui s'était ravivée. Ce soir, elle voulait noyer son chagrin et pour le moment, elle y arrivait bien. L'alcool l'avait réchauffée et une couleur d'un rouge intense avait envahi ses joues, pourtant, elle ressentait un froid intense au plus profond de son être. Elle essaya de le chasser avec un nouveau verre puis un autre et encore un autre.

La porte du pub s'ouvrit soudain et une bourrasque glacée chassée de neige s'engouffra dans le pub. Tisiphone trop enfermée dans son chagrin ne se retourna pas, elle ne fit pas un mouvement quand la personne vint s'asseoir à ses côtés. Ce fut seulement à l'appel de son nom qu'elle réagit. Elle tourna lentement sa tête, en s'accrochant fermement au bar, elle ne voulait pas tomber de son tabouret, surtout quand elle reconnut le sorcier qui venait d'arriver.

Malefoy !

Bonsoir.

Qu'est-ce que tu fais là ? cracha Tisiphone.

Je voulais avoir de tes nouvelles. Je suis passé chez toi et ton elfe m'a dit que tu étais sortie …

La sorcière soupira. Elle fit signe à Baghard de la resservir. Il allait s'exécuter mais Lucius l'en empêcha.

Je crois que ça suffit pour ce soir ! ordonna-t-il.

Tisiphone le regarda fixement.

Qui es-tu pour me donner des ordres !

Elle s'était levée en titubant, Lucius aussi. Tisiphone voulut faire quelques pas, mais elle trébucha. Elle se rattrapa de justesse à Lucius. Il la prit dans ses bras un court moment.

Laisse-moi t'aider, je vais te raccompagner.

La sorcière ne répondit rien et se laissa aller contre le sorcier. Puis lentement, elle s'écarta. Lucius attrapa sa cape en fourrure et la passa autour de Tisiphone.

Viens, rentrons.

Il déposa quelques pièces sur le comptoir, salua le barman et attrapa Tisiphone par le bras. Elle l'agrippait fortement tant tout roulait autour d'elle. Le retour fut difficile pour la sorcière. Elle fut soulagée de voir la porte de son appartement s'ouvrir sur une Mana en colère. La petite elfe la regarda avec rage, sans dire un mot.

Lucius conduisit Tisiphone jusqu'au salon. Elle se laissa tomber lourdement dans le canapé, toujours emmitouflée dans la cape de Lucius. Elle la serra encore plus fort contre elle.

Mana revient avec deux grandes tasses de café. Elle regarda une nouvelle fois Tisiphone en silence, ses petits poings serrés sur ses hanches, puis elle repartit comme elle était venue. Lucius prit une tasse et la tendit à Tisiphone. L'odeur forte du café la sortit de sa demi torpeur, elle but une gorgée puis remercia Lucius. Le liquide brûlant lui éclaircit un peu les idées sans pour autant chasser son malaise.

Qu'est-ce qui t'a pris ? demanda Lucius doucement. Je ne t'ai jamais vu comme ça.

Trop d'idées noires que je voulais chasser, marmonna Tisiphone.

A cause des fêtes ?

Entre autre…

Elle s'interrompit brusquement. Elle but une longue gorgée de café, tentant de refouler les premières larmes qu'elle sentait perler au coin des ses yeux. Elle aurait voulu les cacher, mais ce soir elle n'en avait plus la force. Ses larmes roulèrent sur ses joues avant de venir s'écraser sur sa robe de sorcier. En silence, Lucius prit la tasse de Tisiphone et la reposa sur la table. Puis, il prit la sorcière dans ses bras pour essayer de la consoler. Elle tenta de résister un instant, mais finalement vaincue, elle se laissa tomber contre son épaule. Elle pleura un long moment. Lucius ne disait rien, il passait de temps en temps sa main dans les cheveux noirs de la sorcière. Finalement, elle parvint à se calmer. Elle se redressa et repoussa doucement Lucius.

Désolée, marmonna-t-elle. La cuvée spéciale du Dragon Cracheur, ça ne me réussit pas …

Tu n'as pas à t'excuser, Tisiphone. Je suppose que ça ne doit pas être évident …

Pas évident … répéta Tisiphone.

Que s'est-il vraiment passé ? demanda Lucius plus doucement.

Ce qui s'est passé ? Tu ne lis pas les journaux ?

Si, mais je n'y crois pas !

Vraiment ? Tu serais bien le premier …

Si tu avais effectivement fait cela, je doute que tu te mettes dans de tels états …

N'aurais-je pas pu avoir des remords ?

C'est possible … Mais dans ce cas, pourquoi vouloir rejoindre les Aurors ? pour expier ta faute ? Je n'y crois pas …

Alors, à ton avis, quelle en est la raison ?

La vengeance …

Et me venger de qui ? de quoi ?

A toi de me le dire …

Tisiphone soupira. Elle se leva et se dirigea vers la cheminée en titubant. Elle prit un petit coffret que Lucius avait du mal à voir car la sorcière le lui cachait. Tisiphone passa ses doigts sur les gravures du couvercle. La petite boîte n'avait ni serrure ni mécanisme d'ouverture apparent. La sorcière appuya trois fois sur une nervure du bois puis sur une feuille de chêne sculptée. Il y eut un petit déclic. Le coffret s'ouvrit. A l'intérieur se trouvait un petit bijou argenté. C'était une broche en argent massif qui représentait une sorte de feuille – d'olivier peut-être – avec une pierre étrange incrustée auprès de la tige de la feuille. La gemme était ronde et n'avait pas vraiment de couleur puisqu'elle semblait refléter ce qui se trouvait autour d'elle. Elle accrocha la broche à sa robe avec des gestes maladroits. Elle réussit à se piquer le bout du doigt et elle pesta tout bas. Dès que le bijou fut posé, la pierre changea de teinte et devint transparent un court instant. Puis une sorte de fumée argentée sembla envahir l'intérieur du cristal. Voyant la teinte pâle de sa broche, Tisiphone eut un petit sourire de satisfaction. Même si elle avait abusé de l'alcool, elle restait lucide sur certaines choses … les intentions de Malefoy, par exemple.

Elle retourna s'asseoir. Les jambes repliées en tailleur, elle avait récupéré sa tasse et s'amusait à faire tourner le reste de café à l'intérieur.

Qu'est-ce que c'est ? demanda Lucius en montrant le bijou que Tisiphone avait été chercher.

Un vieux souvenir, répondit-elle.

Pourquoi le porter maintenant ?

Parce que j'en ai besoin …

Besoin ?

Oui, je me sens plus … forte …

C'est si difficile que cela ?

Disons que ce n'est pas évident tous les jours, se confia Tisiphone, particulièrement en ce moment.

Ce sont tes premières fêtes toute seule ?

Oui …

A cette mention, les larmes montèrent de nouveau aux yeux de la sorcière. Elle qui s'était promise de ne plus pleurer … elle rompait sa promesse un peu trop facilement ce soir … L'alcool … cette cuvée spéciale du Dragon Cracheur n'était pas bonne pour elle : loin de chasser ses souvenirs, elle les faisait revenir au galop, les larmes qui n'avaient plus coulé depuis longtemps étaient aussi de retour et elle allait sans doute finir par se confier à Malefoy. La sorcière secoua la tête, ce qui n'arrangea pas la migraine qui l'avait saisie. Elle baissa les yeux sur la broche : la couleur était toujours la même. Au moins, pour le moment, Lucius ne présentait pas une menace et ce qu'elle s'apprêtait à faire n'aurait pas de conséquences néfastes.

Oui, répéta Tisiphone, mes première fêtes en Angleterre, seule …

Tu ne les as pas tués, n'est-ce pas …

C'était plus une constatation qu'une question.

Lucius insistait vraiment pour connaître son histoire … et bien, il allait être servi.

C'était un soir … très tard … Je n'avais pas pu rentrer plus tôt, car j'avais eu beaucoup de travail sur jour-là sur les fouilles … Il y a une protection autour de la maison, si bien qu'il faut se tranplaner en contrebas sur la plage. Je venais de remonter le petit sentier de la falaise, quand j'ai remarqué quelque chose d'étrange … pas un bruit excepté celui des vagues … et surtout tout était plongée dans le noir. D'habitude, la maison, le jardin, tout était éclairé … et ce soir, ce n'était que ténèbres. J'ai couru et quand je suis arrivée sur la terrasse, la porte du salon était grande ouverte. Je me rappelle très bien que le rideau s'envolait à l'extérieur. C'était la seule chose qui n'avait pas la couleur de la nuit. On aurait dit un fantôme qui dansait dans le vent. Ensuite, j'ai remarqué qu'une des chaises avait été renversée. J'ai sorti ma baguette … et … je suis entrée. Il faisait sombre à l'intérieur … mais avec la lune, on pouvait quand même distinguer les détails du salon. J'ai quand même fait apparaître de la lumière …

Sa voix se cassa soudain et quelques larmes perlèrent à ses yeux.

Elle respira un bon coup puis reprit.

Ils étaient étendus au sol … il y avait tant de sang … tant de sang …

Sans s'en rendre compte, elle se frottait les mains comme pour en faire partir le sang qui jadis les avaient maculées.

Ils étaient déjà morts … quand je suis arrivée. Mais j'ai … j'ai essayé … mais … c'était … trop tard. Le couteau … il était plein de sang … mais je l'ai ramassé … je ne sais pas pourquoi … Peut-être parce que … je l'avais déjà vu … peut-être parce que je savais d'où il venait …peut-être parce que j'en connaissais sa signification … Je suis allée dans la pièce à côté … dans la bibliothèque. Elle était méconnaissable … Quelqu'un l'avait fouillé sans soin … Tous les livres étaient à terre, ouverts, certains pages déchirées. Le bureau était vide, tout son contenu était au sol. J'ai … j'ai ramassé la boîte du couteau … j'ai voulu le ranger dedans … Mais, j'ai entendu un bruit … je suis retourné dans le salon. Il y avait quelqu'un … Je n'ai pas vu son visage … juste une haute silhouette, le visage caché dans l'ombre de sa capuche. J'avais toujours le couteau à la main … J'ai voulu me jeter dessus … mais … il m'a arrêté en pleine course … Un sorcier très puissant … Il m'a demandé où il était … Je n'ai pas compris ce qu'il … voulait … Il a répété sa question … plusieurs fois … je lui ai dit que je … ne savais pas … que je ne comprenais pas … Il m'a dit … que … j'allais … bientôt les … rejoindre … si je ne le lui donnais pas … Alors j'ai crié que je n'attendais que ça …Mais il s'est retourné … et a disparu … je ne sais pas comment il a fait pour se tranplaner malgré les protections … Une minute plus tard, les sorciers de la brigade spéciale étaient là …la suite … tu la connais …

Tisiphone se tut. Elle pleurait en silence, se tordant les mains. Lucius se rapprocha d'elle et prit ses mains dans les siennes, essayant de la consoler. Tisiphone pleura de longues minutes. Finalement elle se calma. Elle releva la tête et regarda Lucius en silence, attendant sa réaction.

Sais-tu qui était ce sorcier ? finit-il par demander.

La sorcière eut un petit soupir de soulagement.

Aucune idée. Mais … sa voix … je sais que je la reconnaîtrais entre mille. Et quand il sera devant moi, il paiera.

Ses yeux étaient devenus gris foncés presque noirs comme la mer quand couve la tempête.

Serait-ce donc pour cela que tu es entrée chez les Aurors ?

Tisiphone ne répondit pas, elle regardait la pierre pâle de sa broche.

Et si c'était le cas ? Qu'est-ce que cela te ferait ?

Une lueur de défi passa dans les yeux de la sorcière.

C'était par curiosité … Ne t'en fais pas …

Je ne suis pas inquiète … Juste étonnée de toutes tes attentions …

Lucius changea soudain de sujet, ne voulant pas, pour le moment, s'engager dans cette voie. Tisiphone ne fut pas dupe de sa manœuvre mais répondit à ses questions. Elle n'avait pas envie de justifier ses choix …

Le couteau était à moi, expliqua-t-elle. Je l'avais trouvé lors de fouilles et je l'avais gardé … Peu de personnes était au courant de son existence … je suis sûre que sa présence n'était pas une coïncidence …

Pourquoi ?

D'après les recherches … que j'avais faites, ce n'était pas vraiment une arme. Ce couteau était utilisé lors de cérémonies … pour des sacrifices pour obtenir de l'aide ou autre chose des dieux …

Tisiphone jouait avec sa broche.

Et à ton avis, qu'est-ce que ce sorcier cherchait ?

Les doigts de la sorcière s'attardèrent un court moment sur la pierre lisse. Si Tisiphone remarqua que le blanc avait fait place à un gris foncé, elle ne le montra pas.

Aucune idée … c'est bien cela le problème … je crois que c'était lié aux recherches de Daëron … Il … il manquait des papiers …

Voyant qu'il n'en saurait pas plus, Lucius n'insista pas.

Pourquoi t'a-t-on accusé du meurtre alors ?

J'avais le couteau dans les mains, j'étais couverte de sang. Personne n'a cru à cette histoire … Et puis les circonstances ne m'étaient pas favorables …

Pourquoi ?

Le couteau …

Encore ?

Oui … L'autre affaire …

Elle le regarda avec attention.

Ne fais pas l'innocent … Tu sais très bien de quoi je parle !

Pourtant, tu avais été innocentée.

Oui … Faute de preuves suffisantes contre moi …

Elle eut un petit rire désabusé.

Elle se pencha vers la table pour se resservir du café qu'elle avala d'un trait. Elle se tourna vers Lucius.

Merci de m'avoir raccompagnée ce soir, lança-t-elle soudain, lui faisant comprendre qu'il était temps pour lui de partir.

Il se leva et salua Tisiphone. La sorcière ne le raccompagna pas ; elle le regarda partir. Lorsque la porte se referma, elle ferma les yeux, se demandant si elle ne venait pas de faire une bêtise … Elle ôta sa broche, joua un instant avec puis alla la ranger. Elle quitta le salon et alla se coucher.