Chapitre VI : Un Noël plein de surprises …

La neige avait recouvert toute la lande de son manteau. Un océan de blancheur s'étendait à perte de vue et venait se confondre avec le ciel gris pâle. Tout comme l'an passé, ce noël était un noël blanc. Le soleil était levé depuis longtemps, mais ses rayons ne parvenaient pas à transpercer les nuées blafardes qui avaient envahi les cieux. Lentement le manoir s'éveillait. Tout le rez-de-chaussée était illuminé. Dans le grand salon, un immense sapin qui touchait presque le plafond scintillait sous la lueur des bougies qui avaient été disséminées parmi le feuillage vert. Les cadeaux, en grand nombre, disposés au pied de l'arbre n'avaient pas encore été ouverts. Un elfe de maison arrangeait sur la table les encas pour le déjeuner. Ses grandes oreilles frémissaient à l'affût des moindres bruits de la demeure. Au premier étage, sa maîtresse venait de sortir de la salle de bain : il reconnaissait sans peine les craquements caractéristiques de ses pas sur le parquet de chêne. Dans un instant, elle allait hurler son nom et l'elfe devrait accourir aussitôt pour prendre les nouveaux ordres de la journée. La petite créature se transplana avant que son nom ne résonne dans toute la maison. Arrivé devant la porte de la chambre, il l'ouvrit en silence. Sa maîtresse était assise devant sa coiffeuse, occupée à arranger ses longs cheveux blonds, elle ne prêta aucune attention à l'elfe. Elle finit d'attacher son chignon puis daigna enfin se retourner vers l'elfe. Elle lui fit un signe et aussitôt une robe noire apparut entre ses petits bras. La sorcière fit la moue, l'elfe fit disparaître la robe pour en faire apparaître une autre, bleue cette fois. Le petit manège dura longtemps : la femme ne trouvait aucune toilette à son goût. Finalement, son choix se porta sur une longue robe dans les tons verts très pâles qui faisait davantage ressortir la blancheur de son teint. Après s'être habillée, la sorcière donna ses dernières recommandations à l'elfe pour le reste de la journée et la préparation du repas de noël.

Et que tout soit parfait ! répéta-t-elle d'un ton hautain une dernière fois avant de descendre dans le grand salon.

Alors qu'elle arrivait dans le salon, elle croisa dans le hall Lucius qui venait d'arriver.

Bonjour mère.

Elle ne lui rendit pas son salut et le regarda d'un air réprobateur.

Te voilà enfin ! Tu daignes enfin te montrer ! Je pensais que tu aurais passé le réveillon parmi nous !

Je suis désolé, mais j'ai eu … un imprévu …

Un imprévu ? Etait-ce si important que tu dénigres ta propre famille ?

Je ne dénigre personne, mère ! Je ne pouvais pas faire autrement !

Tu es comme ton père ! soupira-t-elle. Toujours pris par le travail. D'ailleurs, il vient d'envoyer un hibou … Nous ne devons pas l'attendre, il est encore occupé …

Lucius ne dit rien, il savait très bien de quoi il en retournait … Si son père ne voulait pas en parler et bien tant pis ! Ce n'était pas à lui de subir les foudres de sa mère.

Elle entra dans le grand salon. Il lui laissa quelques secondes d'avance. Il sentait que cette journée serait très longue … surtout s'il devait être seul avec sa mère. Lucius soupira puis entra. S'il tardait trop, il savait qu'elle allait se mettre encore une fois à le submerger de questions. Une tasse de thé dans la main, la sorcière était assise dans un somptueux fauteuil. D'un signe de la main, elle invita Lucius à venir la rejoindre.

Tu ne bois rien ? lui demanda Ellebora Malefoy.

Non, j'ai pris un café avant de venir.

Un silence un peu lourd régna quelques instants.

Cela faisait longtemps que Lucius n'avait pas remis les pieds au manoir. Il aurait pu partir dix ans et revenir, rien ne changeait ici. La cheminée monumentale était toujours surmontée des armoiries de la famille. Les tapisseries anciennes étaient toujours accrochées aux murs beiges. Les fauteuils et canapés se faisaient toujours face dans le même alignement. Le seul changement était dû au sapin de noël qui trônait dans un coin de la pièce.

Vous n'avez pas ouvert vos cadeaux ?

Ellebora regarda Lucius étrangement.

Non, je pensais attendre que tout le monde soit là … mais je crains de ne jamais réussir à réunir toute la famille …

Peut-être que les affaires de père ne prendront pas trop de temps, se risqua Lucius.

J'en doute … Nous ne devons pas l'attendre pour le déjeuner …Je vais devoir encore l'excuser auprès de nos invités …

Nos invités ? s'exclama Lucius. Quels invités ?

Madame Malefoy eut un petit rire.

Que croyais-tu, Lucius ? Nous n'allions tout de même pas passer noël en petit comité ! Sois réaliste ! C'est une occasion parfaite pour rassembler tout le monde.

Et qui sont vos invités, mère ?

Oh, juste la famille proche … Irina, Stephan, Sarah, Carolania et ses enfants, tes cousins Sebastian et James accompagné sa femme …

Ellebora avait insisté sur ces derniers mots et jetait un regard réprobateur à Lucius. Le sorcier ne réagit pas et sa mère continua sa longue énumération. Finalement, elle s'arrêta.

Et quand doivent-ils arriver ? demanda Lucius.

Ils ne devraient pas trop tarder … mais nous aurons tout de même assez de temps pour parler …

Pour parler ?

Oui, Lucius !

De quoi voulez-vous m'entretenir, mère ?

J'ai rencontré Eugénia mardi dernier …

Ah oui ? Je croyais que vous ne la fréquentiez plus.

Voyons Lucius, je ne t'ai jamais dit que je ne voyais plus Eugénia, c'est simplement que je ne vais plus au Club les mardis … Enfin, ce n'est pas là la question …

Lucius fulminait en silence, il était à peu près certain de la teneur de la conversation qu'allait engager sa mère … surtout si Eugénia Garmond venait fourrer son nez là-dedans. Sentant que cela allait prendre des heures, il se leva et alla chercher quelques toasts préparés par l'elfe de maison. Sa mère ne dit rien mais le suivit longuement du regard, scrutant le moindre de ses gestes. Lucius se retourna lentement et s'adressa à sa mère tout en retournant à son fauteuil.

De quoi est-il question mère ?

De toi !

De moi ?

Oui … Eugénia m'a appris qu'elle t'a croisé l'autre soir …

C'est fort possible, je suis sorti souvent ces dernières semaines pour le travail. Mais je ne me souviens pas de l'avoir croisée …

Elle n'est pas venue te saluer … Elle avait peur de te déranger …

Me déranger ? Et pourquoi donc ?

Tu n'étais pas seul ce soir-là …

Je viens de te le dire … J'avais beaucoup de travail, j'ai rencontré plein de monde …

Tu as fait de nouvelles connaissances paraît-il …

C'est fort possible …

Allons Lucius … ne fais pas l'innocent … Qui est cette jeune personne avec qui tu discutais au Dragon Cracheur … D'après Eugénia, ce n'était pas le première fois que tu étais en sa compagnie …

Lucius soupira.

Allons … Qui est cette sorcière ? Une sang-pure bien entendu … Comment en pourrait-il être autrement … Tu sais choisir les sorciers que tu fréquentes …

Ne vous en faites pas, mère … C'est effectivement une sang-pure …

Parfait, parfait … Allons, ne joue pas les cachottiers ! Qui est-ce ? Comment s'appelle-t-elle ? Comment l'as-tu connue ? Eugénia m'affirme qu'elle l'a déjà vue quelque part, mais elle ne parvient pas à s'en souvenir.

C'est une sorcière qui était avec moi à Poudlard.

Sa mère n'eut même pas le temps de l'interroger plus, Lucius continua sur sa lancée.

Ne vous en faites pas, mère, elle était Serpentard …

Mais c'est parfait tout ça ! s'exclama-t-elle visiblement ravie.

Lucius fit la grimace et grogna.

Je doute que vous soyez longtemps ravie, murmura-t-il.

Mais pourquoi donc, Lucius ?

Vous ne serez pas enchantée de me voir fréquenter cette personne …

Qu'est-ce qui te fait penser cela ?

Plusieurs raisons, mère …

Lesquelles ?

Elle est mariée … Enfin, elle était mariée …

Etait ?

Oui, son mari est mort.

Je ne vois pas de mal à cela …

Lucius marmonna quelque chose que sa mère ne put entendre. Ellebora n'eut pas le temps de le faire répéter, la porte s'ouvrit sur le petit elfe. Il s'inclina jusqu'au sol et annonça les premiers invités qui le suivaient. Une sorcière accompagnée de trois jeunes enfants fit son entrée. A peine arrivés dans la pièce, les trois garçons se mirent à courir partout, sous les regards amusés de leur mère et d'Ellebora.

Bonjour Carolania, s'exclama madame Malefoy.

Ellebora, je suis contente de te revoir ! Lucius, ajouta-t-elle d'un signe de la tête.

Il lui répondit d'un bref salut de la main.

Les garçons ! Venez dire bonjour !

Ils interrompirent leur escalade du canapé et vinrent en courant vers Lucius et Ellebora. Le sorcier se prêta de bonne grâce aux assauts des gamins qui l'entraînèrent vers le sapin et les cadeaux en dessous. Madame Malefoy les invita à les ouvrir, les garçons crièrent de joie et se jetèrent sur les paquets.

Pendant ce temps, d'autres invités avaient fait leur apparition : les sœurs et frères d'Ellebora, les cousins et cousines de Lucius. Les discussions et les rires s'élevèrent rapidement dans le salon. L'elfe avait fait sa réapparition, portant un plateau chargé de verres et de bouteilles. Lucius avait abandonné le sapin et s'était choisi un coin à l'écart de la famille. Il avait en horreur ce genre de réunion et pour couronner le tout une silhouette familièrement désagréable se tenait de l'autre côté de la pièce et le regardait avec attention. L'homme avait à peu près la même taille que Lucius. Il avait les cheveux aussi noirs que Lucius les avait blonds. Ses yeux verts dévisageaient Malefoy et un sourire un peu narquois naissait au coin de ses lèvres. Il était vêtu tout de noir des pieds à la tête. Ses cheveux mi-longs relâchés négligemment sur ses épaules volaient derrière lui tandis qu'il s'avançait vers Lucius.

Cher cousin, je suis surpris de te voir là … ta mère n'était pas certaine que tu puisses te libérer …

Sebastian, marmonna Lucius. Comme tu le vois, j'ai pu finalement venir … Je n'allais tout de même pas laisser ma mère seule aujourd'hui …

Sebastian éclata de rire puis s'en retourna vers le buffet. Lucius ne le lâcha pas du regard, se demandant pourquoi sa mère l'avait invité. La mésentente entre son cousin et lui datait de plusieurs années maintenant et Lucius en avait oublié la raison. Toujours est-il qu'il ne pouvait supporter d'être dans la même pièce que lui et que ce dernier le lui rendait bien.

Le repas de noël fut finalement servi, chacun se dirigea dans la salle à manger et prit place autour de l'immense table décorée avec soin. Ellebora s'était arrangée pour que Lucius soit assis à côté de ses cousines qu'il n'avait vu depuis son enfance. Peut-être espérait-elle qu'il tombe sous le charme de l'une d'entre elles … Les petites manœuvres de sa mère qui, au début, le faisait rire, usaient maintenant Lucius. Le visage fermé, il n'adressa aucun mot à ses voisines, malgré le regard insistant et réprobateur de sa mère qui le surveillait du coin de l'œil. Les conversations allaient bon train et portaient essentiellement sur les derniers potins familiaux. Si on tendait suffisamment l'oreille, il était possible d'apprendre qu'untel s'était enfin fiancé, que le petit dernier avait attrapé la varicelle du dragon … Le repas ne faisait que commencer et Lucius n'en pouvait déjà plus. Il regrettait d'avoir accepté l'invitation de sa mère et d'être revenu au manoir … Il enviait son père qui avait été appelé ailleurs en ce jour.

Le poisson fut servi et à ce moment, l'elfe de maison revint et s'approcha de Lucius.

Un hibou vient d'apporter cela, maître Lucius, expliqua l'elfe en s'inclinant.

Lucius lui arracha la lettre des mains, espérant une excuse pour s'échapper de ce déjeuner. Il reconnut sans peine la fine écriture sur l'enveloppe et s'empressa de décacheter le sceau. Ellebora le dévisageait d'un regard noir, mais Lucius n'en avait que faire. Le parchemin était entièrement recouvert d'écriture.

« Lucius,

Excuse-moi de te déranger en ce jour de noël, mais je suis certaine que tu ne m'en voudras pas … J'ai fait quelques avancées significatives dans la traduction de ton texte et je pense que ce petit extrait ne pourra que t'intéresser.

« De la magie les pouvoirs sont immenses mais plus encore de la Boîte de Pandore. Le passé nous l'a bien montré et ceux qui ne sont plus pourraient en témoigner. Les flots ont peut-être tout englouti mais tous ne sont pas morts et certains ont gardé les secrets les plus puissants. »

Ensuite, l'écriture est différente, je pense qu'il s'agit de notes qui ont été rajoutées ; enfin, pas vraiment des notes, mais plutôt une citation du Critias de Platon. Je ne sais pas trop pourquoi cela a été mis ici même si je pense le deviner …La citation n'est pas donnée en entier, je ne sais pas si cela a été voulu ou pas ; c'est comme si on avait cité Platon en ne gardant que des morceaux de phrases pour faire dire autre chose à son texte … Voici ce qui est dit :

« Mais quand vint se ternir en eux, pour avoir été mélangé ; et maintes fois avec maint élément mortel, le lot qu'ils tenaient du Dieu ; quand prédomina chez eux le caractère humain alors impuissants désormais à porter le poids de leur condition présente

ici il manque toute une partie, j'ai vérifié dans Platon –

le Dieu des Dieux songeant à quel point de dépravation en était venue une race excellente, prit le parti de lui imposer un châtiment. »

En traduisant toute cette partie, beaucoup de choses me sont venues à l'esprit – des idées et des questions aussi. J'aimerais bien que nous en discutions. Je sais que tu ne pourras sans doute pas te libérer aujourd'hui, mais le plus tôt sera le mieux … Il faut vraiment que nous en parlions !

En attendant de te voir, je te souhaite un joyeux Noël,

Tisiphone

PS : au fait, merci pour les fleurs. »

Lucius replia la lettre un grand sourire aux lèvres. Il se leva brusquement.

Un problème urgent ! s'excusa-t-il. Je dois y aller.

Lucius ! Tu ne peux pas partir comme ça ! s'insurgea sa mère.

Je suis navré, mais c'est de la plus haute importance.

Il entendit le ricanement de Sebastian et le fusilla simplement du regard. Lucius s'excusa une nouvelle fois puis quitta la salle à manger.

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Tisiphone fulminait en faisait les cent pas dans sa bibliothèque. Elle ne savait pas vraiment contre qui ou quoi elle était en colère. Tout venait se mélanger. Sans doute était-ce dû en partie à sa convocation le matin même au Ministère. Bien qu'elle n'avait rien à fêter, la faire venir aux aurores au Ministère, le jour de noël, quel culot ! L'entretien avec son chef avait été plutôt bref. Il l'avait félicité à propos des quelques dossiers sur lesquels elle avait travaillé avant d'en venir au vif du sujet.

J'ai appris que vous rencontriez de temps à autres Lucius Malefoy, commença Croupton.

Tisiphone soupira, elle savait que cela allait lui retomber dessus à un moment ou un autre et le moment était venu.

Je ne vois pas quel est le problème, s'étonna la sorcière. Nous étions ensemble à Poudlard.

Il n'y a aucun problème, la rassura l'Auror. Au contraire …

Au contraire ?

Il se trouve que …

Croupton s'interrompit et toussota, cherchant ses mots.

Il se trouve, répéta-t-il, que nous aimerions bien avoir quelques renseignements sur Malefoy.

Sur quel sujet ?

Eh bien … sur ses activités, les gens qu'il rencontre … ce genre de choses …

Je vois … En gros vous voudriez que je l'espionne pour vous ?

Espionner … est un bien grand mot !

Tisiphone décida de jouer les innocentes.

Et puis-je savoir pourquoi Lucius suscite-t-il tout à coup votre intérêt ?

Oh, nous voudrions juste vérifier quelques petits détails … des rumeurs courent sur tout le monde ces temps-ci … Personne n'en est à l'abri. Notre travail, après tout, est de vérifier cela aussi … Vous comprenez ?

Pas vraiment, insista Tisiphone.

Croupton soupira.

On raconte qu'il aurait peut-être des liens avec certaines personnes … mal intentionnées.

Des Mangemorts ? Vous voulez dire ?

Je ne savais pas que ce mot était déjà si répandu …

Avec ce qui se passe en ce moment, cela n'a rien d'étonnant, commenta Tisiphone.

Bref, toujours est-il que vous devez garder un œil sur Malefoy …Nous avons songé à vous puisque vous le voyez de temps en temps, ce sera plus … subtil … que de le filer. Nous attendons de vous un rapport précis et détaillé …

Bien, marmonna Tisiphone.

Croupton la congédia en lui souhaitant un joyeux noël auquel elle ne répondit rien. Elle referma la porte du bureau de son chef sans doute un peu trop brutalement, mais la sorcière n'en avait que faire.

Surveiller Lucius … voilà qui était bien ironique … Elle qui justement faisait pour lui cette traduction.

La traduction, d'ailleurs … Tisiphone avait beaucoup trop d'interrogations à ce sujet. Lucius aurait intérêt à lui donner des réponses.

Elle n'en avait pas trop dit dans sa lettre, sans doute pour ne pas lui mettre la puce à l'oreille et pour le faire venir rapidement.

Elle se rendit alors compte que cela avait marché en entendant du bruit dans le couloir. Mana apparut suivie de Lucius.

La petite elfe s'en alla aussitôt sur un regard de la sorcière. Lentement, Tisiphone s'approcha de Lucius. Le sourire qu'il avait aux lèvres disparut bien vite en voyant le regard noir de la sorcière. Sans prévenir, elle le gifla violemment. Sur la joue pâle de Lucius apparut une marque rouge.

Qu'est-ce qui te prend ? cria-t-il.

A toi de me le dire ! cracha Tisiphone. Tu n'as pas intérêt à jouer avec moi, Lucius, ou tu le regretteras !

Mais enfin, vas-tu m'expliquer ce qui se passe !

Il se passe que … il se passe que, répéta Tisiphone hors d'elle.

La sorcière était retournée près de son bureau et prit le vieux morceau de peau sur lequel elle travaillait depuis de longues semaines.

CA ! tonna-t-elle.

Vas-tu enfin me dire d'où tu le tiens ! QUI te l'a donné ? POURQUOI faut-il le traduire ? POURQUOI, d'ailleurs, est-ce à MOIi qu'on fait appel pour cette traduction ? JE VEUX des réponses, Lucius !

Le sorcier alla tranquillement s'asseoir dans un des fauteuils qui faisaient face au bureau de Tisiphone. La trace rouge commençait à s'estomper légèrement.

Je ne peux pas répondre à toutes tes questions, Tisiphone. Calme-toi, ajouta-t-il en la voyant serrer ses poings. Mais si tu le souhaites, je peux te faire rencontrer la personne qui m'a donné ce papyrus. Il pourra peut-être répondre à tes questions …

Il se tut et dévisagea la sorcière.

D'accord, finit-elle par concéder. Quand ?

Je peux arranger cela pour dans … deux jours, trois maximum, réfléchit Lucius. Cela te convient-il ?

Oui.

Un soulagement certain passa sur le visage de Lucius.

Par contre, je peux juste te dire que c'est moi qui ait pris la décision de te confier cette traduction. Je connais ta réputation, Tisiphone. J'étais certain que toi seule pourrait y venir à bout …

Si elle releva le compliment, elle n'en laissa rien paraître.

Le regard de Lucius se fit soudain plus dur.

Qu'as-tu donc trouvé qui te mette en colère ? demanda-t-il dans un souffle glacé.

Plein de choses, répondit-elle sur le même ton. Des choses étranges, pour être franche, des coïncidences qui ne devraient être …

Elle soutint le regard froid de Lucius. Elle ne céderait pas … tant qu'elle n'aurait pas rencontré qui de droit, Lucius n'en saurait pas plus. Il le savait, elle en était consciente, mais elle ne le laisserait pas gagner cette manche. Il avait besoin d'elle, tous deux le concédaient et Tisiphone était certaine que Lucius arrangerait cette rencontre s'il voulait qu'elle continue à livrer cette traduction. La sorcière avait toutes les cartes en main, elle ne dévoilerait pas encore son jeu, le moment n'était pas encore venu pour elle …