Chapitre XI : La Boîte de Pandore
Lorsque Tisiphone ouvrit les yeux, elle se demanda pendant un long moment où elle se trouvait. Elle ne voyait que du blanc, un blanc des plus éblouissants, comme si tout avait été récuré avec du produit de la Mère Grattesec. Elle essaya de tourner la tête mais une vive douleur lui vrilla le crâne. L'endroit où elle se trouvait était très calme, elle n'entendait aucun bruit, à part celui de sa propre respiration.
Il y eut soudain un discret chuintement puis le bruit d'une chaise qu'on tire. Malgré la douleur, la sorcière tourna la tête. Elle se trouva face aux grands yeux globuleux de Mana. La petite elfe lui sourit.
Tisiphone voulut ouvrir la bouche, mais l'elfe lui fit signe de se taire. Elle prit la parole.
Vous êtes à Sainte-Mangouste, expliqua-t-elle. Depuis deux jours. Au début, ils ne voulaient pas dire à Mana ce qui s'était passé … ni me laisser entrer … C'est Monsieur Malefoy qui leur a dit que Mana pouvait venir vous voir …
Tisiphone lui sourit tristement.
Je suis contente de te voir là, murmura-t-elle.
Il ne faut pas parler, la gronda Mana. Il faut vous reposer !
Que s'est-il passé ? Comment me suis-je retrouvée là ?
Les autres Aurors vous ont trouvée dans le village dévasté … Ils vous ont ramenée ici avec votre amie.
Elle … elle va bien ?
Oui. Elle est dans le lit juste à côté …
Tisiphone tourna la tête au prix d'un effort intense. Elle aperçut Alice qui dormait. Tisiphone eut un sourire satisfait et rassuré.
La porte de la chambre s'ouvrit et une guérisseuse fit son entrée. Tisiphone lui trouva un air familier. Elle portait un petit plateau blanc avec de nombreuses fioles dessus. Elles contenaient des liquides de toutes les couleurs qui tranchaient avec le blanc immaculé du lieu.
Vous êtes enfin réveillée, constata-t-elle. Comment vous sentez-vous ?
Elle avait posé le plateau sur la table de nuit de Tisiphone. C'est seulement à ce moment que la sorcière remarqua l'énorme bouquet de roses rouges. Elle soupira simplement. Elle était à peu près certaine de leur expéditeur. Encore un problème à régler plus tard …
Mal à la tête, marmonna-t-elle.
Cela n'a rien d'étonnant, dit-elle en souriant. Vous n'étiez pas au mieux de votre forme quand vous êtes arrivés ici. D'ailleurs, votre collègue, Maugrey, veut absolument entendre votre version de faits, il a presque forcé la porte pour entrer dans la chambre. Je lui ai dit que vous n'étiez pas en état … Il a fait le même cirque pour discuter avec ma fille.
Elle montra de la tête Alice toujours endormie.
Vous êtes la mère d'Alice ?
Oui … Vous êtes Tisiphone ? Alice m'a parlé de vous, une des dernières recrues des Aurors … Vous faites équipe depuis quelques jours.
C'est ça.
Bon assez parlé, je dois m'occuper de vos blessures. Oh rien de grave, rassurez-vous ! Vous avez eu de la chance !
Je sais …
Juste quelques bleus assez impressionnants … et votre mal de tête.
La mère d'Alice tendit à Tisiphone un verre qu'elle venait de remplir d'un liquide vert vif.
Ca, expliqua-t-elle, c'est pour vous rétablir plus vite.
Tisiphone l'avala. Le liquide avait un goût très prononcé de sang de scarabées.
Celui-là, continua la guérisseuse, c'est pour votre mal de tête.
Le liquide, cette fois, était bleu turquoise. Tisiphone fit la grimace. C'était âcre.
Et pour finir, un p'tit quelque chose qui vous procurera un sommeil réparateur.
Tisiphone avala sans mot dire la potion jaune.
Bon, maintenant, passons à ces ecchymoses.
Elle demanda à la sorcière de lui montrer ses épaules, ses bras et son ventre. Tisiphone ouvrit sa robe de nuit. Par endroits, là où le sort, sans doute, l'avait touchée de plein fouet, sa peau avait pris des teintes bleues violacées surprenantes. La guérisseuse appliqua un baume glacé dessus.
C'est froid, mais cela va vous aider à guérir plus rapidement. Je vais vous laisser vous reposer. Je repasserai plus tard. En attendant, je vais monter la garde, pour éviter que Maugrey ne débarque !
Elle fit un clin d'œil à la sorcière puis quitta la chambre.
Mana ne bougea pas ; elle avait sans doute l'intention de passer toute la nuit aux côtés de Tisiphone. La sorcière lui en était reconnaissante. Ses paupières étaient lourdes. La potion de sommeil faisait déjà son effet. Elle ferma les yeux et sombra dans un sommeil sans songes.
Le soleil était déjà haut quand Tisiphone se réveilla. Mana n'avait pas bougé. La petite elfe lui sourit. Le mal de tête de la sorcière avait presque totalement disparu. Elle se releva et s'assit dans son lit. L'elfe l'aida à s'installer confortablement en arrangeant les oreillers du mieux qu'elle put. Tisiphone jeta un coup d'œil à la pièce ; Alice aussi s'était réveillée et avait l'air en pleine forme. Les deux sorcières se saluèrent.
Contente de voir que tu n'as rien, lui lança Tisiphone.
Ce sont les risques du métier …
Je sais … Que t'est-il arrivé ?
Juste après qu'on se soit séparées, les Mangemorts me sont tombée dessus. Après … le trou noir … et toi ?
Ne te voyant pas venir, je suis allée à ton devant … C'était un piège …
C'est vrai, ce qu'on raconte, demanda doucement Alice.
Quoi ?
Quand tu es arrivée ici, tu étais plutôt mal en point … ma mère m'a appris qu'on t'avait soumise … au … doloris.
Tisiphone détourna la tête.
C'est vrai …
Elle revoyait le visage rayonnant de Sebastian … Il allait payer … Elle n'allait pas le laisser s'en sortir comme ça !
C'est de ma faute, s'excusa Alice. Si j'avais plus été sur mes gardes, tout cela ne serait pas arrivé …
Arrête, tu n'y es pour rien …cela aurait très bien m'arriver.
Tisiphone ne put s'empêcher de frissonner. Après tout, rien n'était moi sûr qu'Alice s'en soit sortie si les rôles avaient été inversés. Sebastian n'aurait pas eu la même … clémence.
Alice décida qu'il était temps de changer de discussion.
Ma mère m'a dit que nous pourrions sortir aujourd'hui, sauf contre-ordre … Elle ne pouvait plus repousser notre sortie … Ce qui veut dire que nous allons devoir supporter de nouveau Maugrey.
Il parait qu'il a fait des siennes ?
Oui, il voulait absolument qu'on lui raconte ce qui s'était passé … pour son précieux rapport …
Elle leva les yeux au ciel.
Il ne vit que pour son boulot … Il sera déçu … Nous ne pourrons pas lui apporter grand-chose : entre la brume et les masques … impossible de reconnaître quelqu'un …
Tisiphone ne répondit rien. Pour le moment, l'identité du Mangemort, elle voulait la garder secrète, elle s'en occuperait plus tard.
Au fait, s'exclama Alice d'un ton mystérieux et curieux. Tu as eu de la visite pendant ton sommeil …
Ah oui ?
Oui.
Un grand sourire illuminait le visage d'Alice.
Qui ? demanda Tisiphone, même si elle connaissait déjà la réponse.
Lucius Malefoy. Je ne savais pas que tu le connaissais …
Nous étions ensemble à Poudlard …
C'est vrai … En tout cas, il semblait vraiment inquiet pour toi …
Tisiphone éclata de rire.
Ca, ça m'étonnerait. Malefoy ne s'inquiète pour personne d'autre que lui …
En tout cas, il t'a laissé ses superbes roses …
La porte s'ouvrit coupant court à la conversation. La mère d'Alice fit son apparition.
Je vois que vous êtes réveillées. C'est parfait.
Elle posa son petit plateau et tendit les remèdes aux deux sorcières.
Vous allez pouvoir rentrer chez vous ! Vous êtes en pleine forme maintenant ! D'ailleurs, si vous voulez un conseil, ne tardez pas trop. Maugrey a dû repartir au Ministère … Vous pourriez en profiter pour vous éclipser en douce !
Les deux sorcières éclatèrent de rire.
Vous serez tranquille jusque lundi.
Lundi ? s'exclama Alice.
Oui, interdiction de reprendre le travail !
Cela nous fait …
Quatre jours de repos, continua la mère d'Alice. Vous ne pensiez tout de même repartir sur le terrain aussi vite. De toute façon, c'est repos chez vous ou ici …
Tu vois, Tisiphone, ça a du bon d'avoir une mère travaillant à Sainte-Mangouste, on a droit à quelques jours de vacances !
Eh, Alice, ce ne sont pas des vacances, mais du repos bien nécessaire à vous deux …
Je sais …
Trève de plaisanterie. Avant de partir, voici quelques potions à ramener chez vous : cure d'une semaine de celle-là !
Elle tendit aux sorcières une petite fiole au liquide vert.
Une cuillère le matin suffira, expliqua la guérisseuse. Surtout pas plus !
D'accord, répondirent en chœur les deux patientes.
J'ai l'impression d'avoir de nouveau dix ans, marmonna Alice.
Désolée de te décevoir, Alice, mais si tu avais dix ans, je viendrais moi-même te donner ta cuillère chaque matin.
Les deux femmes éclatèrent de rire. La guérisseuse ajouta pour Tisiphone ce fameux baume pour ses hématomes.
Bon, je dois vous laisser, mes autres patients m'attendent. Surtout, n'oubliez pas : du repos et encore du repos !
Très bien !
La mère d'Alice quitta les deux Aurors.
Mana s'était levée et avait ouvert le placard blanc. Elle en sortit les vêtements de sa maîtresse.
Alice, elle, était déjà prête, aussi quitta-t-elle rapidement la chambre de l'hôpital.
A bientôt, Tisiphone, lui lança-t-elle au moment de partir. Au fait … prends les escaliers plutôt que l'ascenseur, on ne sait jamais : on pourrait y croiser Maugrey … et se retrouver coincé dedans avec … Il vaut mieux être prudente !
Les deux sorcières éclatèrent de rire, imaginant la scène.
D'accord, à lundi !
Les mouvements de la sorcière étaient encore lents et hésitants. Heureusement que Mana était là pour l'aider à s'habiller. Sa tête lui tournait encore légèrement, mais la douleur n'était plus là.
Elle venait de mettre sa cape, toujours maintenue par la fibule de Lucius quand la porte s'ouvrit en silence.
Déjà prête à rentrer ?
Tisiphone sursauta et se retourna lentement.
Lucius ! Que fais-tu ici ?
Voir comment tu allais ! J'étais inquiet …
Ca va, comme tu peux le voir. J'allais rentrer.
Je te raccompagne.
Son ton n'admettait aucun refus. Tisiphone obtempéra. Après tout, cela lui permettrait de vérifier un petit détail qui lui restait en travers de la gorge depuis son tête à tête avec Sebastian.
Le sorcier lui offrit son bras qu'elle accepta promptement. Le sol tanguait sous ses pas.
Tisiphone remarqua alors que Mana s'était éclipsée sans demander son reste. Parfois, elle enviait les pouvoirs de la petite elfe qui n'était pas soumise aux contraintes magiques.
Lucius et Tisiphone durent sortir de Sainte Mangouste pour se transplaner à proximité de l'appartement de la sorcière.
Dehors, le soleil brillait ; la neige commençait lentement à fondre. Tisiphone cligna des yeux plusieurs fois et raffermit sa prise sur le bras de Lucius. Ils arrivèrent sans encombre devant le vieil immeuble qui abritait l'appartement de la sorcière. Ils montèrent les escaliers en silence.
Mana était déjà affairée dans la cuisine. Quand Tisiphone rentra chez elle, elle entendit la bouilloire siffler.
Tisiphone se débattait avec la fibule pour l'enlever.
Laisse-moi faire, proposa alors Lucius.
Il enleva la fibule sans aucun problème et la tendit à Tisiphone. Un grand sourire de satisfaction apparut sur le visage fatigué de Tisiphone. Lucius l'aida ensuite à ôter sa cape. Mana arriva et la rangea aussitôt, elle en profita pour faire disparaître les petites flaques boueuses qui s'étendaient sur le parquet.
Les deux sorciers allèrent s'installer dans le salon. L'elfe revint peu de temps après, avec un gros plateau en argent sur lequel elle avait disposé la théière. Tisiphone voulut servir le thé, mais ses mains tremblaient trop. Lucius s'en occupa.
Au début, aucun des deux ne parla. Lucius avait simplement pris la sorcière dans ses bras et lui caressait les cheveux, elle se laissa faire sans rien dire. Elle avait posé sa tête contre sa poitrine et écoutait son cœur battre. Cela avait un côté rassurant que la sorcière n'avait pas ressenti depuis si longtemps. Elle voulut bouger pour mieux s'installer, replier ses jambes sous elle, mais Lucius sursauta. Elle se releva et le regarda étrangement.
Que t'arrive-t-il ? demanda-t-elle surprise.
Il grimaçait comme de douleur.
Rien, marmonna-t-il.
La sorcière ne le crut pas un seul instant.
Laisse moi voir, insista-t-elle.
Ce n'est rien, répéta Lucius, visiblement vexé d'avoir laissé paraître sa douleur.
La sorcière insista mais Lucius ne voulait pas céder. Mais au final, Tisiphone parvint à ses fins, elle réussit à faire sauter les deux premiers boutons de la robe de Lucius. Elle écarta le tissu, délicatement, malgré les protestations du sorcier.
Tisiphone eut un petit hoquet de surprise : elle reconnut les mêmes traces violacées qu'elle avait reçues suite au doloris de Sebastian.
Que t'est-il arrivé ? demanda-t-elle plus doucement.
Une divergence d'opinion, dirons-nous …
La sorcière n'ajouta rien, elle savait qu'elle n'en obtiendrait rien de plus.
Ne bouge pas, lui intima-t-elle. Je reviens.
Qu'est-ce que tu mijotes encore ?
Tisiphone avait déjà disparu. Elle revint rapidement avec le petit pot que lui avait remis la mère d'Alice.
Qu'est-ce …
Laisse-moi faire ! lui ordonna-t-elle.
Le regard qu'elle lui lança lui fit comprendre qu'il ferait mieux d'obtempérer. Il se laissa faire pendant que Tisiphone appliqua la crème sur ses blessures. Il grimaça un peu quand elle passa ses doigts sur des zones vraiment sensibles.
Désolée …
Elle referma le pot et alla le ranger, puis revint s'asseoir aux côtés de Lucius.
Le silence se fit de nouveau.
Tisiphone ne voulait pas engager la conversation, car elle savait que Lucius ne répondrait pas à ses questions et que de toute façon, il voudrait reparler de ce qui s'était passé pendant sa mission et, ça, elle n'en avait pas envie. Aussi prit-elle tout son temps pour siroter son thé. Le liquide brûlant lui fit du bien.
Finalement, ce fut Lucius qui rompit le silence.
Je suis bien content que tu aies porté la fibule, lui murmura-t-il doucement.
Tisiphone le fixa longuement avant de répondre.
Tu sais, pour être sincère, je ne sais pas si cela aurait changé grand-chose …
Il ne perd rien pour attendre, marmonna Lucius.
Ne fais rien d'inconsidéré …
Il eut un petit rire désabusé …
Tu sais, au point où j'en suis en ce moment …
Pourquoi dis-tu cela ? Que s'est-il passé ?
Rien, rien … ne t'en fais pas. Je finis toujours par retomber sur mes pattes … Et puis Sebastian finira par se brûler les ailes … et plus dure sera sa chute.
Il s'interrompit et regarda Tisiphone.
Le principal, c'est que tu n'aies rien … conclut-il doucement.
Oui … et puis cela me permet d'avoir quelques jours de vacances en plus, ajouta-t-elle en souriant. Je pourrais avancer sur la traduction !
Où en es-tu ? Le coffret de Nathaniaël t'a-t-il aidé ?
Oui et non … Il a confirmé certaines de mes hypothèses … mais pour d'autres, c'est encore plus obscur … Mais bon, j'en viendrais à bout ! Tu veux voir ce que j'ai déjà trouvé ? demanda-t-elle soudain.
Je croyais que tu devais te reposer, la gronda-t-il.
Je suis sûre que tu en meures d'envie …
Tisiphone se leva.
Allez viens !
Il la suivit sans rechigner. Il était vraiment curieux de voir ce que contenait le coffret de Nathaniaël et où en était Tisiphone.
Les bougies de la bibliothèque de Tisiphone s'allumèrent à son arrivée. La pièce était un vrai capharnaüm : des livres et des grimoires ouverts encombraient le sol, les sièges et le bureau. Un tas impressionnant de dictionnaires envahissait la moitié du bureau. Le journal du grand oncle de Nathaniaël était à moitié caché sous divers papyrus et parchemin. Le petit carnet de Tisiphone était la seule chose visible. Même le fameux morceau de peau était introuvable.
Désolée pour le désordre, s'excusa-t-elle. Mais c'est toujours comme ça quand je fais mes recherches et j'interdis quiconque d'y toucher, sans quoi impossible de m'y repérer … Tout est disposé selon un ordre bien précis … même si cela n'en a pas l'air.
Tu arrives vraiment à te retrouver là dedans ?
Bien sûr qu'est-ce que tu crois ! Tu veux que je t'énumère en détails tous les volumes sur lesquels je travaille et leur emplacement exact dans cette pièce ?
C'est bon, je te crois … Alors ces fameuses découvertes …
Pour quelqu'un qui, il y a cinq minutes, voulait ne pas savoir, tu es bien pressé …
C'est toi qui a éveillé ma curiosité …
Tisiphone s'approcha de son bureau en zigzaguant entre les piles de livres. Lucius se demandait comment certaines faisaient pour tenir debout tant l'équilibre en semblait précaire. De sa baguette, la sorcière fit voler une dizaine de grimoire pour laisser son siège vide. Elle fit de même avec un fauteuil.
Viens t'asseoir ici ! lui intima-t-elle. Et fais attention en venant … Ne touche à rien et ne renverse rien !
Tisiphone s'assit à son bureau et surveilla du coin de l'œil Lucius qui s'avançait vers elle. Un moment, il frôle la catastrophe quand il cogna un entassement de vieux parchemins grecs. Prestement, la sorcière les rétablit avec sa baguette avant de faire les gros yeux à Lucius. Il arriva sans encombre au fauteuil libre. Il s'y installa.
L'avantage de mon désordre organisé c'est qu'il décourage quiconque de venir fouiner par ici … et dans le pire des cas, je sais si quelqu'un a mis son nez dans mes affaires.
Si c'était une mise en garde déguisée, Lucius ne tint pas compte.
Tisiphone tapota le premier tiroir de son bureau, celui-ci s'ouvrit avec un petit déclic. Elle en sortit le coffret de Nathaniaël. Elle souleva le couvercle et prit le pectoral. Elle le tendit à Lucius.
Voici ce qui accompagnait le carnet de notes, expliqua-t-elle laconiquement.
Qu'est-ce que c'est ?
Un pectoral … Un bijou, si tu préfères … en orichalque …
En orichalque ? Qu'est-ce que c'est ?
Tisiphone éclata de rire.
Normal que tu ne connaisses pas … Le contraire eut été étonnant …
Pourquoi ?
Ce métal n'est pas sensé exister … voilà pourquoi …
Que veux-tu dire ?
Simplement que les seules mentions de l'orichalque sont dans les vieux mythes grecs … Personne n'en a jamais trouvé la trace … jusqu'à ce jour …
Et comment sais-tu qu'il est en orichalque et pas en or ou en bronze ou en je ne sais quoi …
Contrairement aux autres métaux ou alliages, celui-ci est sensible à la magie … Son éclat devient plus intense au contact d'une source de magie. Il suffit de lui jeter un sort et on a vraiment l'impression qu'il va s'enflammer. Il ne s'est pas fait appelé « éclat de feu » pour rien !
Voyant l'air dubitatif de Lucius, elle lui proposa d'essayer. Elle lui prit le pectoral des mains.
Jette-lui un sort … Tu verras bien ce qui se passe !
Très bien …
Il sortit sa baguette et la pointa sur le disque aux reflets déjà étincelants.
Je te préviens … C'est assez impressionnant !
Accio !
Non seulement le disque échappa des mains de Tisiphone mais il se mit à luire avec plus d'intensité encore : comme si un brasier intense le dévorait de l'intérieur.
Alors convaincu ?
Tu as toute mon attention …
Bien entendu, je suppose que le mot orichalque ne t'évoque rien …
Rien du tout, admit le blond sorcier.
Si tu avais écouté un peu plus les cours de Binns …tu aurais su …
Tu as fini de me faire la morale ? Je ne sais pas si c'est le fait de te retrouver dans cette pièce avec tes vieux livres et bout de papyrus, mais tu n'es plus la même que celle qui était à Sainte-Mangouste, il y a encore une heure …
C'est vrai … Je dois me laisser trop enflammer … par … mes recherches …
Pendant tout ce temps, les deux sorciers ne s'étaient pas lâchés un seul instant du regard.
Bon, continua Tisiphone. Toujours est-il que l'orichalque est un métal légendaire associé au mythe de l'Atlantide. L'Atlantide, tu connais au moins ?
Euh … C'est pas en rapport avec une cité engloutie ou quelque chose dans ce genre ?
Effectivement. L'Atlantide était une île prospère, au large des Colonnes d'Hercule – selon la tradition – mais ses habitants négligèrent les dieux et ceux-ci se vengèrent et engloutirent l'île sous les eaux en une seule nuit. Voilà en gros ce que nous livre Platon dans les quelques écrits qui en traitent et qui sont parvenus jusque maintenant. Ca, c'est la version moldue, si tu veux …
Pourquoi, il existe une version sorcière ?
Oui. D'après quelques travaux anciens et plus récents – sur lesquels j'ai pu travailler – les Atlantes étaient tous des sorciers d'où le pouvoir et l'immensité de leur empire constitué si rapidement. D'après ce qu'on en sait, l'Atlantide n'a pas disparu suite au courroux d'un dieu, mais a bel et bien été engloutie par une puissante magie …
Il faudrait être un mage très puissant pour réussir une telle chose …
Oui … ou posséder un objet qui puisse t'y aider …
Un tel objet existerait ?
Oui … Et je crois que c'est ce dont parle ce morceau de peau dont tu m'as confié la traduction … Etais-tu au courant de cela ?
Non, avoua Lucius. Pourquoi me poses-tu cette question ?
Nathaniaël, lui, le sait. J'en suis certaine …
Serais-tu en train de dire que pour le moment tu as découvert des choses que Nathaniaël savait déjà ?
Non, j'en sais bien plus, dit-elle fièrement.
Un éclair passa furtivement dans les yeux de Lucius. Tisiphone ne le remarqua pas, elle continua sur sa lancée.
Te rappelles-tu, j'avais fait allusion à la Boite de Pandore ?
Oui … Tu m'avais expliqué que cette boite contenait tous les maux de la Terre, que Pandore l'avait ouverte et que tous s'en étaient échappés et qu'il ne restait au fond que l'espoir …
Exact … Mais cette version n'en est qu'une parmi d'autres … La plus connue surtout pour les moldus … Il en existe une autre … que j'ai découvert grâce à la traduction. Certains rapports ont pu être établis – sans avoir été vérifiés – entre la Boîte de Pandore et la disparition de l'Atlantide. Suite à l'ouverture de la Boîte, les maux se sont multipliés sur Terre et on raconte que Zeus pour effacer cette race maudite a tout recouvert d'eau. La mer a rejoint la mer … et tout a disparu, englouti sous les eaux … Ca ne te rappelle rien ?
Si ta fameuse légende d'Atlantide … Donc l'ouverture de la Boîte aurait entraîné la chute d'Atlantide …
Ca c'est la version moldue, je te l'ai dit … Mais écoute ça …
Tisiphone s'interrompit, farfouilla dans les papiers étalés sur le bureau et se saisit du fameux morceau de peau.
Ce texte a été écrit dans trois langues … Le grec ancien, le linéaire A et le linéaire B … J'ai tout traduit … Il ne me manque plus qu'une partie, la plus importante … Celle avec des symboles étranges qui se retrouvent aussi sur le pectoral … J'ai déjà pu établir quelques correspondances entre cette langue étrange et le grec …
Lucius s'était levé et avec précaution s'était approché de Tisiphone. Il était juste derrière elle, penché sur son épaule. Il passa une main dans les longs cheveux noirs de la sorcière. Troublée plus qu'elle ne voulait l'avouer, Tisiphone poursuivit son exposé.
Tu te souviens, le début du texte parlait de la fameuse boîte de Pandore, en mettant en garde contre l'immensité de son pouvoir. Il y est de nouveau question plus loin, avec plus de précision. Il y a quelques lacunes, car le texte était trop abîmé pour pouvoir lire les mots …
Elle commença à traduire le texte, suivant les mots avec son index.
La Boîte de Pandore ne renferme pas tous les maux de l'humanité – encore moins l'espoir. Mais un mauvais possesseur peut déchaîner sur tous les êtres vivants peine, fatigue, maladie, vice, tromperie, folie et malheurs. La Boîte se nourrit de la puissance magique, plus elle est forte, plus elle en demande. Craignez-donc son pouvoir, pauvres inconscients qui la recherchaient, car le malheur qu'elle a déjà causé pourrait de nouveau s'abattre sur la tête des inconscients …
Tisiphone se tut un instant et se tourna vers Lucius.
Comme tu le vois, ici, le texte est trop abîmé pour le traduire, cependant, je suis à peu près certaine que ce passage parle de l'Atlantide, j'ai reconnu quelques mots …
Lucius ne lui répondit rien, il l'écoutait simplement avec attention. Tisiphone poursuivit. Le texte était des plus lacunaires sur la fin du morceau de peau.
… les rois ont les clés. Les clés symboles … sont … du même nombre magique … Toutes les posséder … la puissance … de Pandore. Alors de la magie … devient maître.
Elle reposa le papyrus.
Voilà, conclut-elle, c'est tout ce que j'ai réussi à traduire.
C'est impressionnant, murmura Lucius. Mais très obscur …
N'est-ce pas … Mais on apprend tout de même des choses intéressantes … La boîte de Pandore est un objet magique d'une grande puissance qui peut tout détruire … comme elle a détruit l'Atlantide … Ce ne sont pas les dieux qui ont ravagé l'île mais sans doute un sorcier très puissant grâce à la Boîte … Comment, je l'ignore encore. Le texte s'il en parle est trop abîmé pour le savoir. J'ai pourtant essayé quelques sorts pour faire réapparaître ce qui avait disparu, mais impossible … On ne peut faire que des déductions …
Et qu'en déduis-tu ?
Je ne sais pas …
Elle reprit le morceau de peau et montra un passage à Lucius.
Là … c'est à la fois très clair et très obscur : « La Boîte se nourrit de la puissance magique, plus elle est forte, plus elle en demande. » L'impression que j'ai … je ne sais pas trop … on pourrait croire que la Boîte absorbe la magie … Enfin c'est comme cela que je le comprends … Mais je n'ai jamais entendu parler d'un objet qui aurait un tel pouvoir … Si c'était le cas … ce
Elle s'arrêta brusquement. Ses yeux se plongèrent dans ceux de Lucius.
C'est cette Boîte … que recherche Nathaniaël ! Je pensais qu'il ne s'intéressait qu'à l'Atlantide … en fait, il n'en est rien … Il veut la Boîte de Pandore !
Lucius ne disait rien, il s'était reculé d'un pas. Tisiphone se leva.
J'ai raison, n'est-ce pas ?
Je ne connais pas les desseins de Nathaniaël … mais tu ne dois pas avoir tort …
Tisiphone réfléchit encore quelques instants.
La Boîte … si c'est cela qu'il recherche … ce n'est pas pour lui, conclut la sorcière …
Lucius ne répondit rien cette fois, mais Tisiphone vit dans ses yeux qu'elle ne s'était pas trompée.
Elle lui fut reconnaissante de ne pas lui demander ce qu'elle comptait faire. Elle se doutait bien que tôt ou tard, il lui faudrait faire un choix … mais pour le moment, elle s'en sentait incapable … choisir entre les deux routes qui s'offraient à elle revenait pour la sorcière à choisir entre Charybde et Scylla. Si elle était revenue en Angleterre ce n'était pas pour prendre part à cette guerre, elle était venue jusqu'ici pour assouvir sa vengeance et connaître la vérité … mais plus elle progressait plus l'obscurité grandissait autour d'elle. De toute façon, elle avait encore un peu de temps devant elle pour prendre sa décision. Sa traduction n'était pas terminée, loin de là et le texte indiquait clairement qu'il fallait des clés pour ouvrir la boîte : encore fallait-il découvrir combien de clés, quelles étaient-elles et ou se trouvaient-elles … Tisiphone savait que cela prendrait du temps, surtout en l'absence d'autres indices. Mais du temps, en avait-elle vraiment ?
Elle repensa à la blessure de Lucius … et aux paroles de Sebastian : on attendait beaucoup d'elle et rapidement.
Elle frissonna sans le vouloir. Lucius s'approcha d'elle et la prit dans ses bras.
Ne t'inquiète pas, tout ira bien, lui murmura-t-il comme s'il était conscient de ses angoisses.
Dans l'appartement devenu silencieux, la pendule du salon sonna douze coups.
Dis donc, la gronda Lucius soudain. Tu n'étais pas censée te reposer ? Il est minuit, tu ne devrais pas être encore debout …
Je …
Ne discute pas !
Il la souleva soudain et la prit dans ses bras.
Qu'est-ce que tu fais, protesta la sorcière.
Je m'occupe de toi …
Il fit quelques pas en direction de la chambre.
Fais attention aux livres … murmura Tisiphone.
Ils parvinrent sans encombre dans la chambre de la sorcière. Il la déposa délicatement sur le grand lit. Elle resta pendue à son cou.
- Reste, lui murmura-t-elle avant de l'embrasser. Reste …
