Chapitre XII : Une lointaine Aube sanglante
La chambre était plongée dans la pénombre. Tisiphone s'était réveillée en sursaut. Elle venait de refaire le même cauchemar qui la hantait depuis quelques nuits … depuis cette fameuse nuit en Ecosse et le petit Tyler. Elle respira un peu plus fort, au bord de la nausée. Elle ouvrit les yeux. Une silhouette se déplaça et vint s'asseoir sur le lit à ses côtés.
Que se passe-t-il ? lui demanda Lucius.
Elle ne répondit rien, se releva et vint se blottir dans ses bras. Elle tremblait.
Que se passe-t-il ? répéta-t-il.
Elle éluda sa question.
Tu es resté ?
Bien sûr … Tu me l'avais demandé …
Tu aurais pu t'éclipser en douce …
J'aurais pu … mais je n'en avais pas envie …
Heureusement que la pièce était sombre car la sorcière sentit un feu dévorer ses joues.
Je t'ai regardée dormir … Tu es très belle.
Le rouge monta de nouveau à ses joues.
De toute façon, ajouta-t-il pour la taquiner, je n'aurais pas pu m'enfuir : tu t'étais agrippée à moi avec force …
Les tremblements de Tisiphone s'étaient enfin calmés.
Que s'est-il passé ?
Rien, juste un mauvais rêve, marmonna-t-elle. Que j'ai déjà oublié …
Elle se dégagea de l'étreinte de Lucius et se leva. Elle passa une robe d'intérieur bleue nuit. Lucius aussi s'était levé.
Que fais-tu ?
Je sais que je n'arriverai plus à dormir. Ca ne sert à rien que je traîne au lit …
Ce n'est pas raisonnable … Il doit être à peine cinq heures … Tu n'étais pas censée te reposer.
Je vais bien …
Il l'attrapa par le bras alors qu'elle allait se dérober.
Tisiphone, murmura-t-il.
Elle ne chercha pas à se défaire de son emprise.
Je sais que tu t'inquiètes … Mais … je te l'ai déjà dit … Je ne suis pas quelqu'un pour toi, Lucius. Il est des choses dont je ne pourrais jamais me défaire … des choses que j'ai enfouies au plus profond de moi … mais qui refont surface la nuit, dans les ténèbres de mes songes … Et ça personne n'y pourra jamais rien … Je … je préfère m'occuper plutôt que de ressasser cela … C'est … c'est trop difficile d'y penser ne serait-ce qu'une seule seconde … Alors … s'il te plaît, laisse-moi … oublier.
Avec douceur, elle repoussa le bras du sorcier qui la serrait.
Elle fit quelques pas hésitants, puis se retourna soudainement.
Je suis désolée, sanglota-t-elle avant de venir se blottir contre Lucius.
Il la berça et la consola du mieux qu'il put.
Tisiphone profita de ses jours de repos pour travailler à sa traduction, qui, il est vrai n'avançait plus. Elle avait réussi à traduire tout ce qui était traduisible, il ne lui manquait plus que la partie écrite avec ces étranges symboles qui se retrouvaient aussi sur les pectoraux. Lucius passait le plus clair de son temps avec la sorcière, même s'il lui arrivait de s'absenter de longs moments, surtout la nuit. Tisiphone ne lui demandait aucune explication et les deux sorciers s'en trouvaient très bien comme ça. Malgré les heures sombres et les cauchemars qui la hantaient, la sorcière était sur un petit nuage. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie comme cela.
Prise par ses recherches, les jours s'écoulèrent rapidement. Demain, elle devrait retourner au Ministère et affronter Maugrey. Elle avait reçu nombre de hiboux de l'Auror, l'enjoignant de passer au bureau donner sa version des faits. Mais la sorcière avait prétexté un repos absolu et obligatoire pour éviter l'Auror. Ce n'était pas tant l'interrogatoire qui lui posait problème … mais bien la personne qui l'interrogerait. Tisiphone voulait lui rendre une partie de la monnaie de sa pièce. Elle savait que son silence devait le mettre hors de lui et elle en était bien contente.
Lucius l'avait encore abandonnée ce soir-là, la sorcière se doutait bien que le lendemain, pour son retour au Ministère, elle aurait beaucoup de travail. Aussi, se montra-t-elle raisonnable : elle se coucha tôt.
Par la fenêtre, la lune se leva lentement parmi les nuages. Le ciel sombre prenait des teintes grises éclatantes à proximité de l'astre qui apparaissait et disparaissait au gré des nuages. Le fin croissant finit par être totalement absorbé par les nuées et l'obscurité régna en maître.
Tisiphone s'endormit rapidement.
C'est le silence, inhabituel qui tira la sorcière de son sommeil. Elle se leva. La fenêtre était ouverte, elle jeta un coup d'œil dehors. Le vent jouait avec les grands rideaux blancs. La lune énorme et ronde se couchait lentement sur l'horizon. La mer était calme et immobile. Tout était paisible, trop paisible. Sur les carreaux de marbre, les pas de la sorcière ne faisaient aucun bruit. Elle se dirigea, silhouette fantomatique, vers une petite chambre. La porte était ouverte. Elle sursauta. Elle était à peu près certaine de l'avoir fermée avant d'aller se coucher. Elle entra sans bruit. Là aussi la fenêtre ouverte donnait sur la baie. Son regard fut attiré par les feux qui brillaient au loin, sur le promontoire. Elle n'y prit pas garde tout de suite. Elle reporta toute son attention sur le berceau et ne put réprimer un cri d'horreur. Le petit lit était vide. Les couvertures de lin avaient été rejetées et montraient l'absence béante et cruelle du bébé.
Leandros ! cria Tisiphone, une pointe de panique dans la voix.
Elle chercha dans toute la pièce, mais aucune trace du bébé.
Mana, hurla-t-elle soudain.
Contrairement à son habitude, la petite elfe ne répondit pas à l'appel de la sorcière. De plus en plus paniquée, elle courut dans toute la maison. Elle finit par découvrir la petite elfe, sans connaissance sur le sol froid de la cuisine.
Enervatum, lança la sorcière.
Mana se réveilla et porta sa main à la tête.
Que s'est-il passé ? demanda-t-elle. Mana a tellement mal à la tête.
La sorcière s'était agenouillée face à l'elfe.
Où est Leandros, murmura-t-elle.
Les larmes perlaient au coin de ses yeux.
Dis-moi que tu l'as vu, continua-t-elle. Dis-moi que tu sais où il est …
Mana est désolée, répondit piteusement l'elfe en baissant la tête. Mana ne l'a pas vu …
Il n'est plus dans son berceau …As-tu vu ou entendu quelque chose ?
Non … Mana préparait le biberon. Dehors Mana a vu passer les villageois, ils formaient une procession. Mana a entendu un bruit et a été voir à la porte de derrière et ensuite … Mana ne se souvient plus de rien.
La sorcière regarda la porte de derrière. C'était par là qu'ils étaient entrés. La procession … Elle se rappela alors les lueurs des feux sur le promontoire, près du vieux temple. Elle raffermit sa prise sur sa baguette avant de s'élancer dehors, une sourde angoisse étreignant son cœur.
Elle traversa à toute allure le jardin bordé d'oliviers millénaires. Sa course effrénée effraya son hibou qui s'envola vers la lune en hululant de colère. Ses pieds nus dérapaient sur les pierres du sentier. La grille du jardin – plus ornementative qu'autre chose puisque par endroits le mur était effondré – s'ouvrit devant la sorcière. De sa baguette et sans cesser sa course, elle la referma.
Combien elle aurait voulu se transplaner directement au promontoire, mais l'endroit était protégé. Aussi courut-elle le plus vite qu'elle pouvait. Le sentier descendait vers la plage avant de remonter la falaise pour aboutir au temple. La sorcière coupa court dans la descente, arrachant au passage sa robe dans les petits buissons épineux qui s'étaient développés sur la pente. Elle ne prit pas garde au sang qui coulait de ses jambes et de ses pieds écorchés par les plantes et les cailloux. Elle n'avait qu'une idée en tête, retrouver son fils au plus vite. Ses longs cheveux noirs flottaient derrière elle, elle était pareille à une Erinye qui poursuivait un meurtrier. Dans un dernier saut, elle parvint à la plage.
Le sable noir était froid. Ses pieds martelaient en rythme le sol. La falaise se rapprochait de plus en plus. Elle voyait un peu mieux ce qui se déroulait à son sommet. Les villageois avaient formé un cercle. Leurs torches brûlaient d'un éclat morbide dans la nuit.
La lune venait de se coucher dans la mer, comme si elle préférait se réfugier dans les flots rassurants plutôt que d'assister au drame qui se préparait. Derrière la maison de la sorcière, l'aube aux doigts roses éteignait les dernières étoiles qui paressaient encore dans le ciel d'été.
La pente pour atteindre le temple était plutôt escarpée mais cela ne ralentit en rien la sorcière. Elle trébucha pourtant plusieurs fois, ses yeux étaient trop embrumés de larmes.
Les chants des villageois parvenaient à ses oreilles, plus forts, funestes comme peut l'être celui du cygne.
Elle arriva essouflée au sommet de la falaise. Elle ne s'arrêta qu'une seconde pour reprendre son souffle.
Le vent qui accompagnait l'aube se leva soudain de la mer et se mit à souffler avec force. La poussière fut soulevée violemment et la sorcière dût fermer les yeux. La clameur des villageois avait encore enflé. Soudain, plus un bruit ne se fit entendre. Un cri résonna alors, un cri de femme. Des hurlements éclatèrent, de peur, de douleur surtout.
La sorcière reconnut entre tous ces pleurs. Elle se mit à hurler, puis reprit sa course fanatique.
Leandros !
Elle traversa le petit temple, zigzaguant entre les colonnes encore debout et celles qui s'étaient effondrées. Le marbre blanc avait pris des teintes rouges avec le lever du soleil, comme pour s'accorder un peu plus avec ce qui se passait un peu plus loin.
Au sortir du temple, la sorcière s'arrêta interdite.
A son arrivée, les villageoises – car ce n'étaient que des femmes – se retournèrent toutes vers elle. Elle put ainsi embrasser d'un seul coup d'œil la scène qui se tenait devant elle.
La mer devenant violette occupait tout l'horizon. Deux vieux ifs se balançaient mollement malgré la forte brise. Le corbeau, au sommet de l'un d'entre eux, croassa avant de s'envoler. Les femmes, en transe, aux yeux exorbités formaient un demi-cercle autour d'un vieux morceau de colonne ou de mur. Une vieille femme se tenait derrière la pierre maintenant rougie. Un éclair de folie passait dans ses yeux. Elle tenait toujours à la main un couteau dont la lame ensanglantée gouttait. L'avant-bras de la vieille femme ruisselait lui aussi de sang. Ses yeux noirs dévisageaient la nouvelle venue avec cruauté et satisfaction.
La sorcière baissa les yeux vers la pierre. Presque immobile, le bébé se débattait mollement. Il ne pleurait plus, il ne criait plus. Ses langes étaient maculés de sang. De là où elle était, la sorcière pouvait voir la plaie béante dans la poitrine du petit garçon. Qu'il fut encore vivant tenait du miracle.
Leandros, sanglota sa mère doucement. LEANDROS !
Elle releva la tête, pointa sa baguette sur la vieille femme.
Qu'avez-vous fait, lui cracha-t-elle grec.
La vielle femme n'avait toujours pas lâché le couteau, elle s'avançait sans crainte vers la sorcière.
Kake Magos¹ ! lui hurla la vieille femme.
Qu'as-tu fait vieille folle ? répéta la sorcière.
Elle s'était un peu plus rapprochée du sordide autel, laissant derrière elle ses traces de pas sanglantes. Elle n'en avait que faire, elle ne pensait qu'à son enfant. Plus rien n'existait autour d'elle, plus rien à par le bébé qui agonisait dans le soleil levant. Les villageoises, pour elle, n'existaient déjà plus.
La vieille femme la laissa s'approcher de l'enfant. Elle le prit dans ses bras et le berça. Il ouvrit soudain les yeux, reconnaissant peut-être la voix et les bras de sa mère. Il lui adressa un petit sourire timide. Il n'avait plus la force de pleurer, il était au –delà de la douleur.
La sorcière se releva, le bébé toujours dans ses bras.
Qu'avez-vous fait ? répéta-t-elle une dernière fois.
La vieille grecque éclata de rire et montra sa bouche édentée. Les autres femmes n'avaient toujours pas bougé. Elles observaient en silence le face à face.
J'ai tué le démon, hurla-t-elle en brandissant de nouveau son couteau. A défaut d'avoir la source du Mal !
Espèce de vieille folle ! gronda la sorcière.
La femme éclata de rire, son chignon se dénoua et ses cheveux blancs s'envolèrent dans le vent ; une mèche vint se plaquer contre son bras et se teinta aussitôt de sang.
Ne pleure pas sorcière ! Tu le rejoindras bientôt !
Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle pleurait de nouveau. Elle serra son bébé contre sa poitrine, le serra un peu plus fort contre son cœur. Le tenant d'une main, elle brandit de l'autre sa baguette.
Puisses-tu pourrir dans les enfers les plus terribles, lança la sorcière en direction de la vieille femme.
Elle la regarda puis reposa les yeux sur son fils. Sa décision était prise.
Avada Kedavra, hurla-t-elle.
Le rayon vert s'abattit avec violence sur la femme. Elle tomba en arrière, lentement, comme au ralenti. Elle n'avait pas encore touché le sol qu'elle était déjà morte. La sorcière s'approcha du cadavre et lui cracha à la figure.
Puis elle se retourna vers les autres femmes. Elles s'étaient enfin décidées à bouger après avoir vu leur chef mourir. Certaines s'étaient baissées pour ramasser des pierres, d'autres s'avançaient comme des lionnes prêtes à passer à l'attaque. La sorcière sut qu'elle lui faudrait réagir promptement.
Une première pierre vola.
Elle effleura la joue de la sorcière en y laissant un sillage rouge.
La sorcière ne pensait qu'à la vengeance. Elle éclata de rire, son nom ne lui irait jamais aussi bien qu'en cet instant. Le bébé toujours dans ses bras, elle commença à lancer des sortilèges impardonnables. Elle ne réfléchissait plus, elle était comme possédée. Sa baguette agissait seule, c'est ainsi qu'elle le ressentait en cet instant. Juste un sentiment de vide, pas même de satisfaction.
Trois femmes étaient déjà tombées, mais cela n'arrêta ni les autres ni la sorcière. Elle continuait à jeter méthodiquement des avada kedavra à tour de bras.
Lorsque le soleil émergea totalement de l'horizon, la sorcière s'arrêta. Il ne restait plus personne autour d'elle. Elle lâcha sa baguette qui tomba au sol avec un petit bruit sourd. Elle s'agenouilla. Avec délicatesse, elle posa le bébé sur un petit tapis d'herbe. Ses mains étaient tachées de sang. Sa robe déchirée était, elle aussi, dégoulinante du liquide pourpre. Le bébé, malgré son impressionnante blessure, était toujours en vie. Mais pour combien de temps encore ?
La sorcière savait qu'il était trop tard pour le sauver. Il n'y avait plus aucun espoir, il s'en allait déjà sous d'autres cieux. Les yeux brouillés par les larmes, elle déposa un baiser sur le front du nourrisson. A tâtons, elle chercha sa baguette. Quand sa main la rencontra finalement, elle la serra avec force.
Tous … ils allaient tous payer pour ce qu'elle était obligée de faire.
Pardonne-moi Leandros, pardonne-moi.
Les larmes coulaient de plus belle et s'écrasaient avec violence sur le sol poussiéreux. L'herbe sous le bébé était devenue rouge.
Plus elle attendait, plus ce serait difficile.
Elle pointa sa baguette en direction de son fils.
Elle ferma les yeux.
Avada kedavra, murmura-t-elle.
La baguette lui tomba une nouvelle fois des mains, la sorcière s'effondra au sol en hurlant et en pleurant.
Elle resta là prostrée de longues minutes.
Elle se releva et passa une main sur son visage. Ses joues baignées de larmes se maculèrent aussitôt de sang.
Au loin, elle entendit des voix qui criaient son nom et celui de Leandros. Elle se releva. Avec douceur, elle prit le cadavre du bébé dans ses bras.
Elle devait filer et vite, si elle voulait accomplir sa vengeance. Elle s'engagea sur le petit sentier, mais bifurqua sur sa gauche. Elle s'éloignait de la plage et des cris. Elle longeait le sommet des hautes falaises noires qui plongeaient dans les abysses insondables de la mer. Ses pieds la faisaient cruellement souffrir, mais ce n'était rien à côté de la plaie béante qu'elle ressentait au fond d'elle.
Le petit village moldu se dessinait devant elle. Les blanches maisons étaient accrochées à la falaise. Dans le port, les trois bateaux venaient de rentrer et elle pouvait entendre les cris des pêcheurs qui débarquaient leur pêche. La cloche de la petite église sonna. La sorcière se rapprochait toujours. Elle ne rentra pas dans le village. Elle prit le sentier qui permettait de le surplomber. Quelques pêcheurs l'aperçurent de loin et lui firent un petit signe.
Bientôt, eux aussi, ils connaîtraient la douleur.
Elle laissait un sillage de sang derrière elle, et bientôt ce serait un sillage de morts.
Elle s'arrêta. Elle était arrivée à destination.
Le vent avait tourné. Il ne venait plus de la mer mais de la terre. Un sourire féroce se dessina sur son visage d'habitude si doux. Même les éléments semblaient de son côté.
Elle ferma les yeux et brandit sa baguette.
Elle murmura des paroles dans une langue oubliée depuis longtemps.
Les flammes de l'Enfer se déchaînèrent soudain.
En un instant, il ne resta plus rien du petit village, juste des cendres et de la fumée. Plus rien …
Elle baissa sa baguette. Elle avait accompli sa vengeance. Elle n'en retira rien, juste un certain soulagement, peut-être.
Son nom fut crié plusieurs fois avant qu'elle ne réagisse.
Elle ouvrit les yeux. Elle était à genoux, le corps de Leandros toujours dans ses bras. Elle entendit une course effrénée et quelques instants après, elle sentit quelqu'un la forçait à se relever et à se retourner.
Tisiphone !
Elle cligna des yeux plusieurs fois, comme si elle sortait d'un mauvais rêve, mais ce n'en était pas un. Le sang sur ses mains était trop rouge … Le bébé dans ses bras ne rirait plus jamais …
Elle gémit de plus belle.
Tisiphone, répéta la voix. Ca va aller, je suis là.
Elles ont voulu le tuer … Il est mort … Leandros est mort … Je n'avais pas le choix … Je …
Tais-toi … Ne restons pas là. Viens, rentrons.
Sonnée, elle se laissa faire.
Elle ne garda aucun souvenir du chemin du retour. Juste qu'au niveau du temple, quelqu'un avait fait disparaître les corps.
Elle était assise sur la terrasse, le soleil caressait doucement ses cheveux comme pour la consoler. Elle serrait toujours Leandros contre elle.
Elle pleura, elle pleura longtemps.
Puis, elle lui raconta tout, absolument tout.
Daëron ne lui en avait jamais voulu. Il l'avait soutenue sans faillir. Il avait menti pour la couvrir : même quand les sorciers de la Brigade Magique étaient venus pour enquêter, il avait affirmé que sa femme ne l'avait pas quitté de la nuit, que ni elle ni lui ne savait ce qui avait bien pu se passer dans le village moldu d'à côté.
Tisiphone se réveilla en sursaut. Le front baigné de sueur. Encore ce maudit cauchemar ! Machinalement, elle essuya ses longues mains sur le draps, pour ôter le sang qui s'y était trouvé il y a si longtemps. Ensuite, elle passa ses mains sur son visage : ses joues étaient baignées de larmes. Elle gémit une dernière fois et se leva. Pourquoi fallait-il que ces souvenirs lui reviennent en mémoire maintenant ? Elle avait enterré tout ça au plus profond de son être et tout surgissait avec violence.
Dans la cheminée, le feu mourait lentement. Il faisait frais dans la chambre, elle frissonna et passa une robe de chambre. Ses pieds nus sur le parquet ne faisaient aucun bruit. Elle se dirigea vers la salle de bain.
L'eau fraîche sur son visage lui fit du bien et chassa les dernières brides de souvenirs.
Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre de sa salle de bain. Au dessus des toits givrés l'aube naissait lentement. Elle soupira et s'habilla. Une longue journée l'attendait au Ministère. Elle ne pourrait plus éviter les questions d'Alastor. Son témoignage était tout prêt : elle n'avait aucune idée de ses agresseurs : entre la brume et les cagoules, impossible de savoir de qui il s'agissait.
Tisiphone après s'être habillée d'une robe noire toute simple se dirigea vers la cuisine. Mana s'y activait déjà. La pièce sentait bon le pain chaud, le café et les fruits compotés.
Tu es une vraie mère pour moi, Mana.
La petite elfe ne répondit rien mais adressa son plus beau sourire à la sorcière.
Je peux faire des œufs aussi, dit-elle en disposant sur la table la marmelade.
C'est bon ! Ca ira comme ça !
Mana ouvrit la porte d'un placard et sortit la petite fiole que la guérisseuse avait donné à Tisiphone. L'elfe la posa devant la sorcière.
Une chouette cogna son bec contre la vitre. L'elfe alla lui ouvrir et prit la Gazette. L'oiseau repartit aussi vite qu'il était venu.
Tisiphone ouvrit son journal et le parcourut rapidement. Les nouvelles étaient les mêmes que les jours précédents … Elle soupira. Encore beaucoup de travail en perspective.
Elle quitta son appartement et rejoignit le Ministère. Comme c'était le cas depuis quelques semaines, il était en pleine effervescence.
La sorcière se dirigea vers les ascenseurs. Elle ne put prendre le premier tant il était bondé, elle dut attendre le suivant.
Elle arriva sans encombre à son étage et se dirigea vers le bureau des Aurors. Il y régnait un certains désordre : la sorcière n'avait même pas encore ouvert la porte qu'elle entendait déjà des voix énervées. Elle soupira et poussa la porte ; le spectacle qu'elle découvrit la laissa sans voix. La moitié de la pièce disparaissait sous une montagne d'artichauts. Au milieu de ce désordre, Caradoc se faisait passer un savon par Maugrey. Alice était déjà là et essayait de cacher tant bien que mal son fou rire.
Tisiphone s'avança vers elle.
Que se passe-t-il ? lui demanda-t-elle.
Je ne sais pas trop. Quand je suis arrivée le bureau était déjà dans cet état. D'après ce que j'ai compris. Caradoc a passé la nuit ici avec un autre Auror que je ne connais pas. Comme ils s'ennuyaient un peu, ils ont passé le temps en jouant à je ne sais quoi … le résultat, tu l'as sous les yeux. Et bien entendu, cela n'a pas fait plaisir à Maugrey …
Maugrey en avait fini avec Caradoc. Ce dernier fit disparaître promptement les traces de son forfait.
Alastor remarqua enfin la présence d'Alice et de Tisiphone. Il se tourna vers elles en souriant.
Vous deux, avec moi dans mon bureau ! grogna-t-il.
Elles n'avaient pas d'autre choix que d'obtempérer. Elles le suivirent en silence.
Tisiphone n'était jamais rentrée dans le bureau de l'Auror. Il n'était guère plus grand qu'un placard à balais. La pièce, sans fenêtre, était sombre et étroite. Le seul mobilier était constitué d'une table et de deux chaises. Les murs étaient recouverts d'avis de recherche de Mangemorts, de mages noirs et autres criminels. L'Auror avait aussi accroché des coupures de journaux qui vantaient les exploits des Aurors et quelques arrestations spectaculaires.
Sur son bureau, Alastor avait disposé quelques objets étranges qui ressemblaient à des strutoscopes. Aucun ne marchait : Maugrey avait dû tous les débrancher car, dans le Ministère, les sorciers en concurrence les uns avec les autres faisaient clignoter et sonner les instruments de l'Auror sans arrêt.
Tisiphone laissa la chaise à Alice. Elle préférait rester debout. Sans préambule, Alastor entra dans le vif du sujet.
Que s'est-il passé ce soir ?
On patrouillait ensemble, commença Alice. A un moment, nous nous sommes séparées …
MAUVAISE IDEE, hurla Alastor. C'est la base que tout Auror doit savoir : ne JAMAIS se séparer en mission …
Imperturbable, Alice continua.
Je marchais dans la brume et j'ai entendu un bruit, je me suis retournée. J'avais cru voir une silhouette. Ensuite, un sort m'a touchée dans le dos … et je ne me souviens plus de rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à Sainte-Mangouste.
Et toi ? Qu'as-tu à dire ?
Comme je ne voyais pas Alice arriver, je suis allée à son devant …
DEUXIEME ERREUR ! s'époumona Maugrey. Dans un tel cas, il faut aller chercher du renfort …
Et laisser quelqu'un se faire tuer à deux pas de soi ?
Alastor ne répondit rien. Tisiphone reprit son histoire.
J'ai vu Alice étendue sur le sol. Je me suis approchée et quatre Mangemorts sont apparus …
DES NOMS ?
Non, je n'ai vu aucun visage : ils portaient tous une cagoule. Ensuite, leur chef est arrivé. Il leur a dit qu'ils devaient aller donner un coup de main aux autres, qu'il allait s'occuper seul de moi … On s'est battu … mais comme je n'étais pas en très grande forme …
Tisiphone insista avec force sur ces derniers mots.
Il n'a pas tardé à avoir le dessus.
Maugrey grogna. La plume magique n'avait pas cessé de prendre des notes tout au long du récit de la sorcière. Il jeta un coup d'œil sur le parchemin puis dévisagea longuement Tisiphone.
Quel est le dernier sort que le Mangemort t'ait lancé ?
Tisiphone marmonna quelque chose comme tu-le-sais-très-bien-espèce-de- … le reste se perdit dans un murmure. Alastor fit comme si de rien n'était. Il répéta sa question.
Quel sort t'a-t-il jeté ?
Un Doloris, cracha la sorcière excédée.
Et bien entendu, tu n'as aucune idée de qui il s'agit …
Aucune, il portait une cagoule et je n'ai pas non plus reconnu sa voix, ajouta-t-elle en devançant la question de l'Auror. C'est tout ?
C'est tout, finit par conclure Maugrey.
Les deux femmes sortirent, avec sous leur bras un nouveau dossier à étudier avant d'aller sur le terrain. En prime, Maugrey leur avait ajouté le manuel de l'Auror débutant avec pour ordre de le relire à nouveau. Tisiphone jeta le sien à la poubelle dès qu'elle s'assit derrière son bureau. Alice rit et ne tarda pas à l'imiter. Puis les deux sorcières se plongèrent dans leur nouvelle mission.
1) Magicienne maléfique
