Chapitre XIV : Les soucis de Lucius.

Le hibou filait à toute vitesse dans les cieux chargés de nuages. Il se posa finalement sur le rebord de la fenêtre et tapota de son bec contre la vitre glacée. Ses grands yeux jaunes luisaient doucement dans l'ombre. Le vent ébouriffait ses plumes, il secoua la tête. La fenêtre s'ouvrit et il sautilla à l'intérieur de la pièce.

En voyant le hibou familial, Lucius fit la grimace. Il se saisit de la missive que tenait l'oiseau. Il reconnut la fine écriture de sa mère et soupira. Cela ne présageait rien de bon. Il ouvrit la lettre et commença à la lire. Au fur et à mesure, son visage se décomposa. Il soupira une nouvelle fois. Il alla chercher une plume et gribouilla quelques mots sur la lettre de sa mère. Il tendit le message au hibou et celui-ci retrouva l'immensité du ciel gris.

Lucius le regarda voler jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une minuscule point puis il se retourna. Il regarda rapidement l'horloge : il lui restait moins d'un quart d'heure pour s'enfuir, mais il savait que cela ne servirait à rien et qu'au contraire, son absence risquerait d'empirer les choses. Autant crever l'abcès immédiatement. Il sortit sa baguette et commença à mettre un peu d'ordre dans le salon. Sa mère aurait un œil sur tout …

Trop rapidement, Lucius entendit des pas dans le couloir, il rangea bien vite sa baguette. La porte s'ouvrit et sa mère fit son entrée. Chignon impeccablement noué, Ellebora ne dit rien, elle inspecta rapidement les lieux comme une reine visitant ses sujets. Elle alla ensuite s'asseoir dans le grand canapé et salua enfin son fils. Lucius prit place face à sa mère et se prêta de bonne grâce à son examen minutieux. Elle plissa le nez et fit une moue dépitée.

Tu as l'air fatigué, lui reprocha-t-elle. Je suis certaine que tu ne dors pas assez …

Je travaille beaucoup en ce moment …

Toujours le travail …Tu es bien le digne fils de ton père. Tu ne vis que pour le travail …

Elle le regarda une nouvelle fois en silence.

Approche-lui, dit-elle soudain.

Lucius vint s'asseoir près de sa mère.

Que se passe-t-il ? demanda-t-il en voyant le regard réprobateur de sa mère s'attarder sur lui.

Tes cheveux, soupira-t-elle. Ils sont tellement longs … ce n'est pas très … distingué.

Ils me plaisent très bien comme ça !

Tu pourrais au moins les attacher !

Un sourire que Lucius connaissait trop bien apparut sur le visage d'Ellebora. D'une main ferme, elle tourna la tête de son fils et entreprit de nouer ses cheveux en un catogan. Lucius protesta en vain.

Je ne suis plus un enfant, Mère !

Elle n'écouta pas ses protestations et continua.

- Voilà, finit-elle par annoncer. Tu es quand même plus présentable ainsi ! Comment espères-tu qu'une sorcière veuille de toi avec une telle coiffure !

Lucius eut un petit rire désabusé.

De quoi vouliez-vous m'entretenir, Mère ?

Autant en venir aux faits immédiatement, même s'il savait que sa mère n'en partirait pas plus vite.

Je suis venue te rappeler tes obligations !

Mes obligations ?

Exactement. Obligations, que je vois, tu as totalement oubliées, ajouta-t-elle vertement.

Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

Bien entendu … Est-ce que la date du vingt-et-un mars te rappellerait quelque chose ?

Lucius réfléchit avant d'avouer qu'il ne savait absolument pas de quoi parlait sa mère. Elle prit un air résigné.

Chaque vingt-et-un mars se tient le Bal du Printemps, cher Lucius. Cela te dit-il quelque chose ? Ou bien dois-je encore te rafraîchir la mémoire en te rappelant que chaque année nous l'organisons et que bien entendu, ta présence à cette soirée est plus que nécessaire ?

Lucius se renfonça dans son fauteuil, essayait-il de se faire tout petit et de se faire oublier ? Sa mère le regarda d'un air réprobateur.

Il n'est pas question cette fois que tu me fasses faux bond comme tu as pu le faire à Noël ! Tu ne pourras de dérober à tes obligations, Lucius Malefoy !

Je viendrai, marmonna-t-il.

Bien, je n'en attendais pas moins de toi !

Lucius n'avait pas vraiment le choix cette fois. Rien ne pourrait le sauver de cette corvée. Un éclair de satisfaction passa dans les yeux bleus d'Ellebora. Un sourire se dessina sur ses lèvres fines.

J'imagine, Lucius, que tu as déjà une idée de la personne qui t'accompagnera.

Les yeux de Lucius s'arrondirent de surprise.

Je … je …

Sa mère l'interrompit d'un geste de la main.

Ne t'inquiète pas, j'ai pensé à tout ! Je connais quelques sorcières qui seraient parfaitement ravies d'être ta cavalière ce soir-là !

Ce n'est pas la peine, se ressaisit-il soudain.

Mais sa mère l'ignora totalement.

Ce sont toutes des jeunes sorcières de bonne famille qui feraient un très bon parti !

Cela ne sert à rien de vous faire du souci à ce sujet, Mère.

Penserais-tu à quelqu'un en particulier ? demanda-t-elle surprise et curieuse.

Oui, soupira Lucius.

Il avait longtemps repoussé cette discussion, mais maintenant, il ne pouvait plus faire demi-tour.

Nous en avions un tout petit peu discuté, le jour de Noël …

Ellebora fronça les sourcils.

Cette jeune personne qu'Eugénia avait vue avec toi ?

Oui.

C'est vrai tu m'en avais vaguement parlé … J'en déduis que tu la fréquentes toujours … et que tu restes très évasif à son sujet ! Je ne connais pas même son nom.

Elle s'appelle Tisiphone, marmonna Lucius de plus en plus embarrassé par la tournure que prenait la discussion.

Et elle n'a pas de nom de famille ?

Argos.

Ellebora réfléchit un court instant.

Ce nom ne m'est pas inconnu.

Elle attendit un indice de la part de Lucius, mais celui-ci ne lui répondit rien. Ellebora n'abandonna pas pour autant son interrogatoire.

Et que fait-elle comme profession ?

Elle travaille au Ministère.

Ellebora leva les yeux au ciel.

Tu n'es vraiment pas très loquace … Dans quel département travaille-t-elle exactement ?

Elle est Auror, finit par lâcher Lucius.

Auror ? Hum ! Ce n'est pas vraiment un métier très convenable pour une jeune sorcière de sang-pur …

Ce n'est que provisoire, je crois. Auparavant, elle faisait des recherches en archéomagie.

Voilà une profession plus qu'acceptable ! Mais pourquoi avoir abandonné l'archéomagie pour devenir Auror ? C'est étrange.

Je l'ignore.

Tu devrais peut-être t'en inquiéter …

Lucius leva les yeux au ciel et préféra ne pas répondre.

Il se leva brusquement.

Où vas-tu ? Essayerais-tu encore une fois de te sauver ?

Je vais préparer du thé, Mère.

Ellebora éclata de rire puis se leva à son tour.

Qu'est-ce qui vous fait rire ? demanda Lucius. Et pourquoi vous levez-vous ?

Je ne t'ai jamais vu mettre un pied dans une cuisine, alors te voir préparer du thé … C'est un spectacle rare – aussi rare que tes réponses à mes questions - que je ne voudrais pas manquer …

Lucius fit une étrange grimace mais ne répondit rien. Sa mère sur les talons, il alla préparer du thé, sous les ordres d'Ellebora qui ne manqua pas de venir mettre son grain de sel. Elle critiqua les moindres faits et gestes de son fils. Finalement le thé fut prêt et les Malefoy mère et fils retournèrent s'installer au salon. Lucius servit une tasse à sa mère. Au moins pendant qu'elle buvait, il aurait quelques instants de répit. Un court moment, l'idée de verser dans le liquide une potion de silence lui avait traversé l'esprit, mais il n'avait pas osé. Les colères d'Ellebora étaient légendaires et il ne voulait surtout pas tenter le diable.

Ellebora reposa sa tasse puis darda ses petits yeux sur son fils.

Je compte sur toi pour me présenter ton … amie.

Elle avait hésité sur les derniers mots.

Avant le Bal du Printemps …

Pardon ? demanda Lucius.

Il n'est pas question que je la rencontre pour la première fois lors de cette soirée !

Mais …

Ne discute pas, Lucius ! Je dois m'assurer par moi-même que cette sorcière est digne de se joindre à nous pour cet événement, puisque tu restes si mystérieux à son sujet ! Tu comprends bien que le Bal de Printemps n'est pas ouvert à n'importe qui !

Mère ! s'indigna Lucius.

C'est comme cela, Lucius, que cela te plaise ou non … Soit tu me présentes ton amie avant le Bal, soit je me charge de te trouver une autre cavalière !

C'est bon, céda Lucius. Je vous présenterai Tisiphone.

Ellebora eut un sourire de satisfaction. Elle se leva et prit congé de son fils : il n'avait peut-être pas satisfait aujourd'hui sa curiosité, mais elle avait obtenu ce qu'elle cherchait : rencontrer cette mystérieuse sorcière.

Avant de partir, elle se retourna :

D'ailleurs, quand tu passeras au Manoir, profites-en pour essayer ta tenue pour le bal !

Ma tenue ? Quelle tenue ?

Celle que je t'ai commandée ! Voyons !

Ce n'était pas la peine, Mère !

Pour que tu viennes habillé n'importe comment ? De toute façon, ne discute pas, il est trop tard ! J'ai longtemps hésité pour la couleur de ta robe …

A quoi dois-je m'attendre ? l'interrompit Lucius. Vous savez que je préfère les tenues … les plus classiques …

Le sorcier était un peu inquiet, il connaissait trop bien les goûts de sa mère et avait peur de se retrouver avec une robe – certes élégante- mais trop voyante. Il se souvenait particulièrement de la dernière robe de sorcier qu'elle avait offert à son père : avec un énorme col en jabot avec de la dentelle un peu partout.

Ne t'en fais pas, Lucius. Tu verras, le modèle te plaira, d'un bleu marine sombre qui ne fera que davantage ressortir tes yeux.

Lucius préféra ne rien dire et attendre de voir ce qu'il en serait vraiment.

Il laissa échapper un soupir de soulagement quand sa mère eut enfin disparu. Il venait de perdre la bataille. Cette année, impossible pour lui d'échapper à ce maudit bal, il ne lui restait plus à espérer que Tisiphone veuille bien l'accompagner …

Il fit disparaître la théière et les tasses, espérant passer le reste de la journée en toute tranquillité. Mais malheureusement pour lui la journée ne faisait que commencer.

Quelques heures plus tard, Lucius se trouvait devant une luxueuse demeure, perdue au milieu d'une lande battue par les vents les plus violents. Les petits buissons épineux se ployaient sous le souffle glacé, tandis que dans les cieux, les nuages dansaient une valse endiablée. La mer n'était pas très loin et on entendait son gémissement plaintif lorsqu'elle venait mourir avec force contre les noirs rochers de la côte découpée au rasoir.

Malgré l'état impeccable du manoir aux nombreuses tours et tourelles, personne ne semblait y vivre depuis bien longtemps. D'ailleurs qui aurait eu l'idée de venir dans un coin si désolé et désert ? Pourtant, Lucius savait que la demeure n'était pas vide, sa présence en ces lieux n'aurait eu aucun sens. Il resserra sa cape contre lui et avança sur l'allée de gravier. Les petits cailloux crissaient sous ses pas.

Il arriva devant la porte de la demeure. Les deux colonnes qui soutenaient le porche étaient de recouvertes par un vigoureux lierre, la plante n'avait pas arrêté là sa conquête de nouveau territoire : elle barrait le passage. A l'approche de Lucius, quelques branches se déroulèrent en sa direction et battirent l'air avec violence. Contrairement à ses semblables plus normaux, ce plant de lierre avait également une autre particularité : ses fleurs qui ne se fanaient jamais abritaient de petites créatures, des sortes de fées, qui pouvaient se montrer très vindicatives. Quelques unes sortirent leur tête humanoïde en voyant arriver le sorcier. Lucius releva alors sa manche et l'approcha de la fleur la plus proche.

Laissez-le passer, murmura la fée.

Un écho parcourut la plante et chacune des fées reprirent en chœur les mots de leur congénère. Le lierre frissonna et les branches s'écartèrent pour laisser passer Lucius. Il put ainsi accéder sans problème à la porte. Les deux battants monumentaux étaient en bronze et sculptés de silhouettes torturées. Lucius les poussa et entra dans la pénombre du hall d'entrée. Aussitôt, des bougies s'allumèrent. Elles flottaient bien au-dessus des carreaux noirs et blancs de marbre. Au milieu du hall d'entrée, trônait une imposante statue de dragon. Ses yeux, deux énormes rubis, flamboyaient ; à chaque fois que Lucius croisait son regard, il avait l'impression que la statue le suivait des yeux.

Le sorcier était arrivé au pied d'un majestueux escalier qui, après un premier palier, se scindait en deux. Les marches en pierre étaient recouvertes d'un tapis de velours pourpre.

Arrivé au premier étage, Lucius s'engagea dans le couloir de droite. Le plafond était voûté et chaque clé de voûte était décorée par la tête d'un personnage grimaçant assez effrayant. Sur les murs recouverts de tentures sombres, de nombreux miroirs se mêlaient aux tableaux qui chuchotaient sur le passage du sorcier. Toutes les portes que Lucius croisait étaient fermées et chacune avec une serrure différente, représentant des figures torturées. Là encore, comme dans le hall, les bougies s'allumaient et s'éteignaient au passage du sorcier. Finalement, Lucius s'arrêta devant une porte un peu plus grande que les autres. La clenche ressemblait à une patte griffue de dragon et le trou béant de la serrure figurait la bouche ouverte d'un vieillard hurlant. Lucius poussa la porte et entra dans une immense bibliothèque. Les rayonnages montaient jusqu'au plafond. Des échelles couraient le long des murs pour permettre d'atteindre les livres les plus hauts. Trois fenêtres aux rideaux fermés étaient censées apporter un peu de lumière à la pièce. Le bois des lattes du parquet était gris, presque noir. Une cheminée occupait une partie du mur qui faisait face à la porte d'entrée. Deux fauteuils étaient disposés devant, c'était les seuls meubles de la pièce. L'un des fauteuils était occupé. L'homme était dissimulé dans la pénombre. Il lui fit signe d'avancer. Lucius s'exécuta. Arrivé devant l'homme, il s'inclina.

Maître.

A son grand étonnement, il l'invita à s'asseoir. Très surpris, Lucius obéit. Le sorcier blond remarqua alors quelques livres ouverts aux pieds du fauteuil.

Où en est notre affaire ? demanda le Seigneur des Ténèbres.

Il y a eu quelques avancées mais qui laissent présager une issue plus longue que prévue, avoua Lucius.

Restait à savoir maintenant comment Lord Voldemort allait prendre cette nouvelle. Lucius préférait s'attendre au pire.

Quelles avancées ? demanda-t-il simplement d'une voix basse.

Les clés. Nous savons à présent ce qu'elles sont et leur nombre.

Voilà quelque chose d'intéressant, effectivement. Tu as toute mon attention, Lucius.

Avec le journal, raconta Lucius, il y avait un pectoral. C'est une des clés. Les pectoraux appartenaient aux rois de l'Atlantide et permettaient l'ouverture de la Boîte. Il y en a dix, en tout. Voilà ce qui risque d'être difficile à trouver : personne ne sait ce qu'ils ont bien pu devenir. Tisiphone en possède un, elle aussi. Reste à découvrir où sont les huit autres …

Tu sais donc ce qu'il vous reste à faire, murmura le sorcier.

Lucius acquiesça.

Et comment l'avez-vous su ? ajouta-t-il au bout d'un court instant.

Le pectoral est une sorte de Portoloin qui emmène dans les souvenirs du roi qui le possédait. Tisiphone y a été par hasard, elle a assisté à une sorte de procès et a vu fonctionner la Boîte de Pandore.

Vraiment ? Il faudrait peut-être que j'y jette moi-même un coup d'œil …

Le mage noir congédia le sorcier d'un geste de la main. Lucius se leva et se dirigea vers la porte. Alors qu'il allait l'ouvrir, il fut arrêté dans son élan.

Lucius !

Il se retourna vivement.

Cette jeune sorcière a l'air des plus prometteuse et intéressante … Il faut vraiment que tu me la présentes … le plus rapidement possible …

Bien, Maître.

Et ne me déçois plus, Lucius … Est-ce clair ?

Très clair, Maître.

La porte s'ouvrit, et Lucius put partir. Il était soulagé de quitter ce manoir. Alors qu'il s'en retournait, il se demandait ce qui serait le plus difficile : retrouver les autres pectoraux ou convaincre Tisiphone …

Tisiphone avait réussi à rentrer chez elle, ce soir, Mana lui apprit qu'elle était déjà dans sa bibliothèque. Lucius alla l'y retrouver. Il la surprit penchée sur les pectoraux, essayant toujours de comprendre les étranges symboles. A son arrivée, elle leva les yeux, ravie de le voir.

Ca va ? lui demanda-t-elle en souriant.

Sans attendre sa réponse, elle fit un peu de place parmi son bazar qui envahissait la pièce. Avant de s'asseoir, Lucius prit la sorcière dans ses bras et l'embrassa. Un peu surprise par cette démonstration, elle se laissa faire.

Dure journée ? lui demanda-t-elle lorsqu'il relâcha son étreinte.

Il acquiesça en silence. Il alla s'asseoir et lui fit signe de s'approcher.

J'avais quelque chose à te demander, murmura-t-il alors qu'il la prenait sur ses genoux.

Que veux-tu ?

Tisiphone avait passé ses bras autour de son cou et jouait avec son catogan. Lucius ne savait pas trop par où commencer.

Je ne sais pas si tu en as entendu parler … mais dans quelques jours … va se tenir le Bal du Printemps … et … je … je me demandais si tu voulais bien … y aller avec moi.

Tisiphone le regarda de longues secondes avant de répondre. Ses yeux pétillaient et semblaient remplis d'étoiles.

Tu veux rire ?

Non … ça fait plusieurs fois que j'arrive à esquiver ce bal, mais impossible cette année … D'autant plus … que ma mère l'organise …Alors, tu es d'accord ?

Tisiphone éclata de rire.

Mais bien entendu ! Comment pourrais-je refuser cela ? Il faudrait être fou pour dire non !

Elle s'interrompit avant de reprendre plus lentement.

Ma mère m'en parlait beaucoup de ce bal. Elle y avait été avant de se marier … Elle me racontait la fête en détail : les jolies toilettes, les grandes robes de bal, la musique. C'était un peu comme dans les histoires de princesses, tu sais … Et puis, ma mère a rencontré mon père … Ensuite, elle est devenue –dirons-nous- persona non grata dans ce genre de mondanités …

Pourquoi ? demanda Lucius.

Ma grand-mère avait les idées bien arrêtées … Et mon père ne lui plaisait pas. Ma mère déshonorait la famille en le fréquentant.

Quel était le problème ?

Disons qu'épouser un sorcier grec –même sang pur- ne faisait pas partie des traditions des Black, c'était un peu comme épouser un Crac-Mol ou pire … expliqua Tisiphone en levant les yeux au ciel. Pour ma grand-mère c'était sang-pur anglais ou rien du tout …

Tisiphone se tut de nouveau.

Je ne vais pas te causer de soucis au moins ? demanda-t-elle sérieusement.

Comment ça ?

Je ne suis pas tout à fait anglaise ! J'ai du sang grec aussi … et puis … il y a … mon passé …

Ne t'en fais pas. Tout ira bien … par contre …

Oui ?

J'ai encore deux p'tites choses à te demander …

Lesquelles ?

C'est ma mère … Il faut qu'on aille la visiter avant le Bal … C'est tout … Elle a, elle aussi, les idées bien arrêtées et préférait te rencontrer avant plutôt que d'avoir la surprise …

Je vois, murmura Tisiphone. Si c'est juste ça le prix à payer pour être ta cavalière, ça me va.

Parfait.

Il va falloir que je me trouve une robe … réfléchit Tisiphone … Je ne sais vraiment pas quoi mettre …

Peu importe, quoique tu portes, tu seras ravissante !

La sorcière ne répondit rien, mais rougit et serra Lucius un peu plus fort. Elle resta quelques instant sa tête appuyée contre la sienne. Elle se releva alors.

Et c'était quoi l'autre chose que tu voulais me demander ?

L'autre chose ?

Oui, tu n'avais pas parlé de deux choses ?

Ah, … Rien du tout. Oublie ça !

Tisiphone le dévisagea, persuadée que Lucius lui cachait quelque chose de plus grave, de plus important. Il semblait vraiment soucieux, et ce n'était pas à cause du Bal ou de sa mère.

La nuit était tombée depuis longtemps mais Tisiphone ne parvenait pas à trouver le sommeil. Trop de choses lui passaient par la tête, elle ne pouvait s'en défaire. Une idée désagréable s'était insinuée en elle et ne voulait plus partir de sa tête. La sorcière ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle venait de commettre – encore une fois – une énorme bêtise et qu'il était maintenant trop tard pour reculer.

Ladite bêtise était à présent profondément endormie entre ses bras. Bien calée contre ses oreillers, Tisiphone caressait nonchalamment les longs cheveux blonds de Lucius. Sa main lentement s'égara dans son cou avant de descendre le long de son bras musclé. Ses doigts fins s'arrêtèrent de longs instants sur son avant-bras et suivait les sillons noirs de sa Marque.

Elle avait vu sa Marque et n'avait rien dit.

Il avait vu ses marques et n'avait rien dit – non plus.

Un silence peut-être qu'il faudrait rapidement briser …

Tisiphone soupira une nouvelle fois.

Elle ferma les yeux. Elle n'aimait pas ce qu'elle allait faire, mais c'était le meilleur moment pour : il était là, endormi, sans défense entre ses bras.

Elle poussa de nouveau un lourd soupir.

Lentement et avec douceur, elle s'insinua dans ses pensées.

C'était donc cela l'autre chose dont il n'avait pas voulu lui parler. Le moment était donc tout proche. Elle serra un plus Lucius contre elle. Elle aurait une nouvelle étape à franchir très prochainement. Elle était inévitable, elle le savait, mais au fond d'elle une sourde angoisse la saisit. De toute façon, le choix ne lui était pas tellement offert … Elle le savait depuis bien longtemps.

Dehors, la pluie se mit à tomber, lavant les dernières traces neigeuses qui pouvaient encore rester dans les sombres recoins.

Lorsque l'averse cessa, la sorcière n'avait toujours pas trouvé le sommeil, mais sa décision était prise.