Chapitre XV : Le Bal de Printemps
Le soleil se levait lentement et un timide rayon venait caresser les deux corps enlacés dans le lit. La lumière un peu trop vive tira les deux sorciers de leur sommeil. Leurs yeux s'ouvrirent en même temps et ils se sourirent doucement dans le jour naissant.
L'horizon parut soudain un tout petit peu moins sombre à Tisiphone. Elle aurait bien aimé paresser au lit mais une longue journée de travail l'attendait au Ministère. A regret, elle quitta la douceur des bras de Lucius et se leva.
Ils déjeunèrent rapidement et Tisiphone dut partir pour le Ministère.
La sorcière n'était pas en avance, mais la réunion n'avait pas encore commencé. Elle prit place à l'autre bout de la rangée où était Alice qui n'avait pas réussi à lui garder une chaise libre. Un court instant, elle croisa le regard réprobateur de Maugrey. Elle lui adressa un petit sourire moqueur avant de se tourner vers Alice. Les deux femmes ne savaient pas ce qu'allait leur réserver cette réunion matinale. Elles se dirent rapidement bonjour de la main, alors que Croupton faisait son arrivée.
Le chef du bureau des Aurors commença son discours qui, il faut l'avouer, n'intéressait pas grand monde : beaucoup d'Aurors continuaient à papoter tout doucement ou se passaient discrètement de petits messages. Les parchemins ensorcelés étaient bien pratiques pour communiquer avec des personnes à plusieurs rangées de soi. Croupton n'était pas dupe de ces petits manèges, pourtant, il continuait imperturbable à discourir sur de nouveaux plans d'action contre les Mangemorts et Vous-Savez-Qui.
Tisiphone sortit un petit bout de papier et lui jeta un sort. Elle griffonna rapidement quelques mots dessus : « Au fait, j'ai quelques courses à faire ce soir sur le Chemin de Traverse, ça te dira de venir avec moi … A vrai dire, j'aurai besoin de tes conseils ! ».
Le parchemin se plia en une sorte de grenouille de papier et il sautilla jusqu'à Alice qui le regardait se diriger vers elle avec amusement. Elle le récupéra et le déplia. Avant de répondre, elle adressa un grand sourire à Tisiphone. Elle lui écrivit rapidement quelques mots. Le parchemin refit le chemin en sens inverse et sauta sur les genoux de Tisiphone.
« Ah oui ? Et pourquoi donc ? Quelles courses dois-tu faire ? »
« J'ai besoin d'une nouvelle robe, et le plus vite possible. »
Les yeux d'Alice se mirent à briller quand elle lut cela. Elle s'empressa d'écrire à toute vitesse une nouvelle question.
« Un rendez-vous galant ? »
La lecture du mot arracha un sourire à Tisiphone. Alice était vraiment incorrigible. La sorcière dévisageait Tisiphone en attendant une réponse. Cette dernière haussa les épaules mystérieusement. Alice lui fit signe de tout lui raconter. Elle était vraiment impatiente d'en découvrir plus.
Les mots coururent sur le parchemin : « Je suis invitée au Bal du Printemps ! »
Le petit morceau de parchemin repartit aussitôt vers Alice. Elle l'ouvrit fébrilement et ses yeux s'arrondirent de surprise en lisant ce qui y était inscrit.
-Non ! s'écria Alice.
Le silence soudain se fit dans la salle et tous les regards se tournèrent vers elle. Alice sentit le rouge monter à ses joues. Croupton la dévisagea.
-Et si, mademoiselle, c'est une terrible nouvelle, je sais.
Puis, comme si de rien n'était, il reprit son discours.
Tisiphone et Alice se regardèrent avant de pouffer de rire. Elles n'avaient aucune idée de quelle terrible nouvelle il s'agissait mais elle était arrivée à point.
Les allers-retours reprirent de plus belle, Alice inondait de questions son amie qui restait très évasive. Finalement, Tisiphone passa un marché avec l'Auror : elle lui promit de tout lui raconter si elle l'accompagnait.
La réunion se termina : ni Alice ni Tisiphone n'étaient capables de dire de quoi il avait été question. Elles s'en fichaient bien et n'étaient pas les seules dans ce cas. Caradoc les appela et elles le rejoignirent. Il avait toujours sur ses talons son fidèle Perceval qui se jeta sur Alice et Tisiphone en quête de caresses. Caradoc passa sa main dans ses cheveux, l'air un peu gêné.
-Qu'est-ce qu'il voulait Croupton ? demanda-t-il.
Les deux sorcières éclatèrent de rire.
-Aucune idée, avoua Alice. On allait te poser la même question !
-Voilà ce qui arrive QUAND ON N'ECOUTE PAS ! tonna une voix.
Les trois sorciers se retournèrent en sursautant et tombèrent nez à nez avec Maugrey.
-Le Ministère a mis en place de nouvelles mesures de sécurité ! expliqua Alastor. Un couvre-feu a été mis en place : interdiction de sortir la nuit après vingt-deux heures – sauf pour de rares exceptions ! Il conseille également de ne pas se promener seul …
L'Auror portait sous ses bras d'épais dossiers.
-Voilà de quoi vous occuper, ajouta-t-il en lançant les dossiers vers ses collègues. Je veux un rapport complet pour ce soir !
Il s'éloigna en boitant, sa jambe blessée le faisant toujours souffrir.
Alice et Tisiphone se regardèrent en soupirant ; le seul avantage à ce gros dossier est qu'elles pourraient travailler ensemble et bavarder. Malheureusement pour les deux Aurors, le dossier était trop prenant pour qu'elles aient quelques instant pour discuter.
Seul un hibou vint perturber le calme du bureau. L'oiseau s'approcha de Tisiphone et lui donna la lettre. Elle la décacheta rapidement.
« Si tu as besoin d'une robe de bal, tu devrais aller faire un tour chez Guipure, il paraît qu'ils ont de nouveaux modèles très bien …
Est-ce que tu serais libre ce soir, vers dix-neuf heures, pour rencontrer ma mère ? Elle vient sur Londres et ce serait l'occasion … On pourrait se retrouver quelque part, sur le Chemin de Traverse … Qu'en penses-tu ?
Réponds-moi par hibou !
A ce soir,
Lucius »
Tisiphone se saisit d'une plume et répondit rapidement sur la lettre, le hibou la prit dans son bec et s'en repartit.
Le soir tombait doucement, quand enfin, les deux sorcières purent quitter le Ministère. Elles se rendirent aussitôt sur le Chemin de Traverse. Les nouvelles mesures de Ministère étaient déjà d'actualité : très peu de sorciers se promenaient dans le crépuscule. Au moins, il n'y aurait pas trop de monde dans les boutiques.
-Où veux-tu aller ? demanda Alice. Tu ne m'as toujours pas dit avec qui tu y allais d'ailleurs !
-Tu connais cette nouvelle boutique, chez madame Guipure ?
-J'en ai juste entendu parler … Mais je n'y suis jamais allée. Il paraît qu'ils ont des robes vraiment belles !
-Très bien, alors !
Les deux sorcières se dirigèrent donc vers le magasin. Alice pendant tout le trajet n'arrêta pas de questionner Tisiphone.
-Tu ne m'as toujours pas dit avec qui tu y allais !
-Tu es bien curieuse, lui répondit Tisiphone en souriant.
-Tu avais pourtant promis de tout me raconter !
-Oui, mais je ne t'ai pas dit quand !
-Tu mériterais que je t'abandonne là …
-Ca, ça m'étonnerait, tu partirai comme ça, sans même avoir les réponses à tes questions ?
Alice ne répondit rien mais éclata de rire.
Les deux sorcières étaient arrivées devant la boutique. Quelques modèles étaient exposés en vitrine. Les deux sorcières les regardèrent rapidement avant de se décider à rentrer. Tisiphone poussa la porte, une petite clochette carillonna. Il n'y avait aucun client, à l'intérieur, juste la propriétaire qui quitta son comptoir pour accueillir les deux nouvelles venues.
-Bonjour, lança la petite sorcière replète.
-Bonsoir, répondirent en chœur les deux Aurors.
-Je cherche … commença Tisiphone.
-Vous êtes sans doute la demoiselle qui a besoin d'une tenue pour le Bal du Printemps, l'interrompit madame Guipure.
Surprise, Tisiphone mit un temps avant de répondre.
-Euh … oui … mais comment le savez-vous ?
-J'ai reçu un hibou m'avertissant que vous risqueriez de passer … Vous avez beaucoup de chance …
-Vraiment ?
-Oui, sourit madame Guipure, vous avez carte blanche pour votre robe !
-Je … j'ai … carte … blanche ? Mais …
-Monsieur Malefoy s'occupera de tout … vous n'avez qu'à choisir la robe qui vous plaît.
Le rouge monta aux joues de Tisiphone tandis qu'Alice pouffait de rire en lui donnant un coup de coude discret.
-Tu en as de la chance, lui chuchota Alice. Ce n'est pas à moi que cela arriverait … D'abord le Bal et maintenant carte blanche …
Madame Guipure conduisit les deux sorcières dans le fond de la boutique, où étaient exposées les robes de soirée.
-Je vous laisse regarder, si vous avez la moindre question, n'hésitez surtout pas. Les cabines d'essayages sont sur votre droite, ajouta la sorcière en souriant.
Elle s'en retourna à son comptoir.
Alice et Tisiphone commencèrent à regarder les modèles.
-Dois-je en conclure que tu vas à ce Bal avec le célibataire le plus prisé d'Angleterre ?
Tisiphone se tourna vers Alice en souriant.
-Ca se pourrait bien …
-Tu persistes encore à rien me dire … Allez, je suis certaine que tu y vas avec lui … Entre les roses à Sainte Mangouste et ça … Pourquoi tu ne veux rien me dire ?
Tisiphone marmonna une réponse incompréhensible et reposa la robe rouge qu'elle venait de sortir pour mieux la voir.
-Allez ! insista Alice. Et puis tiens, celle-là t'ira très bien.
Elle lui tendit une robe assez simple dans les tons verts pâles, avec un grand col et une jupe très bouffante.
-Pas mal, concéda Tisiphone.
Puis voyant qu'Alice ne cessait de lui faire des gros yeux, elle finit par répondre à ses questions.
-D'accord, d'accord, tu as gagné.
Un grand sourire de contentement éclaira le visage de son amie.
-Oui, je vais bien au Bal avec lui … et disons que j'aime pas trop en parler …
-Pourquoi ?
Le rire de Tisiphone s'éleva dans la petite boutique.
-Tu es bien la seule à ne pas monter sur de grands chevaux dès qu'il est question de Lucius Malefoy …
-Tu sais, par les temps qui courent, tout le monde, à un moment ou un autre, est dans le collimateur du Ministère. Tant que rien n'a été prouvé …
-Tu es une drôle d'Auror, murmura Tisiphone en souriant.
-Tout le monde ne s'appelle pas Alastor Maugrey …
Tisiphone avait sélectionné trois modèles qui lui plaisaient, elle décida de les essayer sans plus attendre. La robe que lui avait trouvée Alice lui allait à merveille et faisait ressortir ses yeux. Le tissu très léger et vaporeux retombait en douces vagues jusqu'au sol. Les cheveux de la sorcière s'emmêlaient dans le grand col. Elle les releva en un chignon tout simple.
-Alors ? demanda-t-elle en se tournant encore et encore devant la glace.
-Elle te va très bien, s'exclama Alice. La jupe vole autour de toi quand tu tournes, c'est vraiment très joli ! Mais essaye quand même les autres.
Tisiphone retourna dans la cabine d'essayage et passa une nouvelle robe.
-Elle est encore mieux, s'écria Alice alors que Tisiphone faisait son apparition.
La sorcière sentit le rouge lui monter aux joues. Elle se regarda dans la glace et vit qu'Alice avait raison.
La robe laissait libre les épaules, un fin pourtour en fourrure noire très douce bordait le décolleté. Les manches s'évasaient et cachaient presque les mains de la sorcière. La robe était très resserrée à la taille et accentuait la finesse des ses formes avant de retomber en longs pans lourds de tissu bleu foncé. Un fin voile de dentelle d'un bleu plus clair recouvrait la jupe et était maintenu par une ceinture de soie pâle.
-C'est ce modèle qu'il te faut !
-Non, répondit simplement Tisiphone les larmes aux yeux.
Dans son enthousiasme, Alice ne voyait pas ce qui sautait aux yeux de son amie. Le grand décolleté laissait apparaître les trop nombreuses cicatrices qui parcouraient ses épaules et le haut de son dos. La sorcière se hâta de retourner dans la cabine et se changea.
Son passé la rattraperait toujours … Pourquoi fallait-il que les mauvais souvenirs reviennent lorsqu'elle pensait avoir trouvé un peu de répit et de joie. Elle ferma les yeux et attendit que son envie de pleurer passe.
-Tisiphone ? Tout va bien, s'inquiéta Alice.
-Oui, oui, j'essaye l'autre robe. Ne t'en fais pas !
-Pourquoi l'autre ne te convenait pas ?
-Je me sentais trop serrée dedans, mentit la sorcière.
-C'est dommage …
-Oui, dommage.
Des froufrous s'échappaient de la cabine d'essayage : Tisiphone avait dû mal à se dépêtrer des jupons du dernier modèle.
-De toute façon, finit-elle par ajouter, je crois que j'ai trouvé …
-Ah oui ?
Alice se permit d'entrouvrir le rideau et poussa un cri de ravissement.
-Tu as entièrement raison ! murmura-t-elle. N'hésite pas, prends celle-là.
Madame Guipure était revenue auprès des deux sorcières.
-Tout se passe bien, demanda-t-elle. Vous trouvez votre bonheur.
-Oui, répondit Tisiphone ravie qui venait d'ouvrir en grand le rideau. Et je n'ai même pas besoin de retouches …
-Elle vous va comme un gant, approuva la petite sorcière. Votre choix est-il fait ?
-Oui, je prends celle-là.
-Parfait, répondit Madame Guipure.
Tisiphone ressortit de la cabine, sa robe sous le bras. Madame Guipure la lui prit et les deux Aurors la suivirent jusqu'au comptoir.
-Je vous l'emballe et vous la fais livrer chez vous ? ou préférez-vous partir avec ?
-Je préférerai la recevoir chez moi, j'ai encore d'autres courses à faire.
Tisiphone griffonna son adresse sur un petit carré de parchemin aux arabesques compliquées de l'enseigne de la boutique.
Les deux sorcières sortirent de la boutique.
-Que comptes-tu faire ? demanda Alice.
-Je ne sais pas trop, avoua Tisiphone. J'ai rendez-vous à dix-neuf heures …
-Ce qui te laisse presque trois quarts d'heure … l'interrompit Alice. On peut aller boire un verre quelque part, si tu veux.
-Pourquoi pas !
Alice conduisit Tisiphone dans un pub que la sorcière ne connaissait pas. L'établissement, à l'image du Chemin de traverse était presque désert. Seule une petite poignée de sorciers était attablée ou accoudée au bar. Tous relevèrent la tête à l'arrivée des deux Aurors. Tisiphone reconnut tous les visages.
-C'est le repère des Aurors et des employés du Ministère ? demanda-t-elle à Alice.
-En quelque sorte !
Les deux amies s'assirent au bar. Le serveur s'approcha et prit leur commande. Alice semblait une habituée des lieux puisqu'elle n'eut même pas besoin de prononcer une parole. Les sorcières discutèrent de choses futiles. Plusieurs fois, Tisiphone remarqua un sorcier de leur âge qui ne les lâchait pas des yeux. Elle finit par le faire remarquer à Alice. Elle se retourna discrètement et jeta un rapide coup d'œil. Elle se mit à rougir violemment alors qu'il lui adressait un rapide signe de la main.
-Qui est-ce ? demanda Tisiphone curieuse. Sa tête me dit quelque chose.
-Il est Auror lui aussi, mais pas dans la même équipe que la nôtre. Il travaille surtout la nuit.
-Tu sembles bien renseignée …
Alice ne répondit rien.
-En tout cas, il ne te quitte pas des yeux, insista Tisiphone. Tu connais au moins son nom ?
-Oui, marmonna Alice toute gênée. Il s'appelle Franck …
-Invite-le !
-Non, non, je n'oserai jamais.
Tisiphone leva les yeux sur la pendule suspendue au-dessus des bouteilles de Bièraubeurre et sourit.
-Je vais devoir y aller, dit-elle en se levant.
-Attends, cria Alice alors que Tisiphone avait fait quelques pas, tu oublies ta veste.
Tisiphone ne lui répondit pas et Alice n'insista pas puisque la sorcière ne se dirigeait absolument pas vers la sortie mais vers la table de Franck Longdubat. Elle s'approcha de l'auror et lui murmura quelques paroles. Il hocha la tête et se leva. Tisiphone revint vers Alice suivie de Franck.
-Cette fois, je file, Alice.
-Qu'est-ce que tu as fait ? murmura la sorcière en montrant Franck de la tête.
-Je suis allée voir notre collègue en lui demandant s'il pouvait rester avec toi, puisque tu allais être toute seule … tu sais … les nouvelles directives : ne pas sortir seul … ce que Maugrey nous a rabâché toute la journée !
Elle fit un clin d'œil à Alice, remercia Franck, récupéra sa cape et sortit.
Tisiphone n'eut pas beaucoup à marcher pour retrouver Lucius. Toujours aussi élégant et charmant, il lui offrit son bras.
-Tu es tout seul ? demanda Tisiphone, une lueur d'espoir dans la voix.
Plus la journée s'était avancée, plus la sorcière s'était dit que rencontrer la mère de Lucius était une mauvaise idée. Mais voyant Lucius seul, un peu de baume lui était revenu dans le cœur, mais elle déchanta vite.
-Non, ma mère nous attend au chaud.
Il montra de la tête une petite échoppe éclairée à mi chemin entre un pub et un salon de thé – mais quand même plus proche du salon de thé. Tisiphone regarda Lucius en souriant.
-Tu mets les pieds dans ce genre d'endroits ? s'esclaffa-t-elle.
Il détourna vite la question.
-Alors, tu as trouvé ce que tu voulais ?
-Oui … Je crois que tu ne seras pas déçu …
Elle l'arrêta et l'embrassa.
-Merci pour la robe, chuchota-t-elle à son oreille.
-De rien. J'ai hâte de voir ça.
-Tu devras encore attendre un peu …
-Je n'aurais même pas droit à un petit avant-goût ?
-Non.
Tisiphone avait essayé de prendre un air sérieux, mais elle ne put s'empêcher de rire devant la mine désappointée de Lucius.
-Je croyais que nous devions aller chez ta mère, demanda soudain Tisiphone, et non pas la retrouver sur le Chemin de traverse.
-Elle venait à Londres, j'ai pensé que ce serait plus « pratique » et puis, au moins nous serions sur terrain neutre.
-Tu sais que ce que tu me dis n'a rien de rassurant pour moi …
Lucius ne répondit rien.
Ils étaient arrivés devant le salon de thé où les attendait la mère de Lucius. Le sorcier ouvrit la porte et s'effaça pour laisser passer Tisiphone. Elle entra. L'endroit était une vraie étuve. Contrairement aux autres endroits du Chemin de Traverse, celui-ci est bondé : des sorcières d'un certain âge discutaient de vive voix autour de petites tables rondes recouvertes de nappes de dentelles.
En d'autres circonstances, Tisiphone aurait éclaté de rire de voir Lucius dans un tel lieu, mais elle se retint. La mine grave, il la conduisit à travers le dédale de tables et de fauteuils.
Bien qu'elle ne l'ait jamais vue auparavant, Tisiphone n'eut aucun mal à reconnaître la mère de Lucius. Elle sut tout de suite de qui il tenait ses cheveux blonds si pâles et ses yeux gris parfois si froids. La mère de Lucius, droite comme un i sur son fauteuil, les regardaient arriver en silence. Elle dévisagea longuement Tisiphone. Ellebora ne laissait rien transparaître sur son visage pâle. Ses fines lèvres pincées lui donnaient un air sévère. Elle rappela immédiatement une autre personne à Tisiphone. La jeune sorcière supposa que leurs caractères étaient semblables et elle sut que la partie était loin d'être gagnée.
-Mère, laissez-moi vous présenter Tisiphone.
-Bonsoir madame Malefoy.
La mère de Lucius ne répondit rien, elle les invita seulement à s'asseoir. Lucius aida Tisiphone à prendre place.
Un lourd silence s'installa. Les deux sorcières se détaillaient soigneusement sans dire un mot. Lucius assistait sans bouger à leur affrontement silencieux. Finalement, Ellebora se mit à interroger Tisiphone.
-Ainsi, vous êtes … l'amie de Lucius ?
C'était plus une constatation qu'une question.
-Oui, madame, approuva Tisiphone.
-Lucius m'a dit que vous vous êtes connus à Poudlard ?
-C'est cela, nous étions ensemble à Serpentard.
-Et qu'avez-vous fait après avoir quitté Poudlard ?
-J'ai étudié l'archéomagie, expliqua Tisiphone. Je me suis spécialisée dans les mythes antiques grecs.
-L'Antiquité grecque ? Quelle drôle d'idée !
-Mon père était grec et il m'a transmis sa passion pour l'Antiquité grecque, voilà tout.
-Lucius m'a également dit que vous aviez arrêté de travailler dans cette branche ? Pourquoi ?
Tisiphone baissa les yeux. Elle tourna la tête ensuite rapidement vers Lucius puis répondit à Ellebora.
-Lucius vous a sans doute dit que j'avais perdu mon mari.
Ellebora acquiesça.
-Il faisait les mêmes recherches que moi et après sa mort, il m'a été impossible de continuer dans cette voie. C'était … trop difficile.
-Et pourquoi avoir décidé de devenir Auror ? C'est quand même très éloigné de votre premier métier.
Tisiphone décida qu'il valait mieux jouer franc-jeu.
-Sur le moment, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour tenter de découvrir qui avait tué mon époux, expliqua la sorcière.
-Sur le moment ? reprit madame Malefoy. Regretteriez-vous votre choix ?
-Ce n'est pas un métier des plus faciles, concéda Tisiphone laconiquement.
Leur discussion fut soudain interrompue par une voix pincharde.
-Ellebora !
Une sorcière d'un certain âge aux cheveux bruns entremêlés de mèches blanches fit un signe de la main et avança à grand pas vers la table de madame Malefoy. Sans demander son reste, elle prit une chaise et s'installa auprès d'Ellebora.
-Je suis surprise de te voir ici, marmonna madame Malefoy peu enchantée de voir cette sorcière.
-J'avais quelques achats à faire en ville, comme toi, je suppose.
-Exact, Eugénia, j'en profitais aussi pour voir Lucius.
L'amie de madame Malefoy se tourna alors vers Lucius et Tisiphone.
-Lucius, cela faisait longtemps !
Le sorcier blond grimaça une courte réponse polie qu'Eugénia n'écouta même pas. Elle souriait à Tisiphone et lui tendit la main.
-Eugénia Mc Adans, je ne crois pas que nous ayons été présentées …
-Tisiphone Argos, répondit-elle simplement.
A la réaction de la sorcière, Tisiphone se rappela alors où elle l'avait déjà vue une unique fois.
Le visage d'Eugénia s'était agrandi de stupeur.
-Argos ? Comme …
Elle s'interrompit soudainement, le regard noir que lui lança Tisiphone suffit à la calmer. Eugénia se leva précipitamment, salua Ellebora et prétextant qu'elle n'allait pas interrompre plus longtemps les retrouvailles mère-fils, les quitta.
-Eh bien, constata Ellebora, c'est la première fois qu'Eugénia s'en va si rapidement …
Elle regarda avec attention Tisiphone.
-La connaîtriez-vous par hasard ? Elle semblait vous avoir déjà vue …
-Il me semble en effet que je l'ai aperçue une seule fois, lorsque j'étais en visite dans la famille de mon mari, marmonna Tisiphone.
-C'est fort possible, Eugénia connaît et fréquente tout le monde.
La discussion ou plutôt l'interrogatoire d'Ellebora reprit. Tisiphone s'y prêta avec plus ou moins de bonnes grâces.
Heureusement, le salon de thé ne tarda pas à fermer ses portes aussi la rencontre fut abrégée. Au moment de partir, Ellebora ouvrit son sac et en sortit deux enveloppes qu'elle tendit à Lucius.
-Vos invitations pour le Bal, sans elles, impossible pour vous d'entrer au Manoir.
Ellebora les laissa.
-Aurais-je réussi le test ? demanda Tisiphone dans la nuit glacée.
-Ton invitation le prouve, lui répondit Lucius. Mais dis-moi qu'as-tu fait à cette Eugénia pour qu'elle déguerpisse aussi vite ? Elle qui, habituellement, raffole de potins … je ne l'ai jamais vu partir si rapidement !
-Je n'ai rien fait, je lui ai juste fait comprendre qu'elle serait mieux ailleurs. Disons que les relations entre ma belle-famille et moi sont plus que tendues, tu avais pu t'en rendre compte … et je ne tiens pas à ce que cette sorcière en rajoute une couche.
Ils s'enfoncèrent dans les ténèbres de la nuit et malgré les lumières des lampadaires qui s'égrenaient sur le Chemin de Traverse, leurs deux silhouettes furent bientôt englouties par l'obscurité.
Le grand moment arriva rapidement. Tisiphone n'avait eu qu'une seule crainte durant les quelques jours qui la séparaient du Bal : qu'un imprévu au Ministère l'empêche d'y aller. Mais heureusement, rien de bien important ne se passa.
Son cœur battait la chamade et la sorcière était excitée comme le jour où elle avait reçu sa première baguette.
Elle venait juste de finir de se préparer quand la sonnette retentit.
-Laisse, Mana, j'y vais.
Pieds nus, elle courut dans le couloir sous les yeux ébahis de la petite elfe. D'une main, la sorcière tenait les pans de sa superbe robe de soirée pour éviter de se prendre les pieds dedans. Un peu essoufflée, elle ouvrit la porte.
Lucius eut un temps d'arrêt en la voyant. Il eut ensuite un immense sourire.
-Tu es … resplendissante … lui murmura-t-il.
Tisiphone était effectivement superbe.
Sa robe d'un bleu très sombre, presque noir lui allait à merveille. Les longs pans de la jupe affinaient encore plus sa fine taille. Le haut de la robe était lacé dans le dos et les manches évasées recouvraient à moitié les mains de la sorcière. Le fin col qui arrivait à mi hauteur du cou était bordé d'un fin liseré argenté. Le même liseré courait aux poignets des manches. La jupe était constituée d'une superposition de voiles fins qui allaient du noir au bleu marine. Contrairement à son habitude, la sorcière avait relevé ses cheveux en un savant et compliqué chignon d'où quelques mèches s'échappaient. Une grosse épingle argentée maintenait la coiffure en place. Elle avait bordé ses paupières d'une fine poudre rosée qui faisait ressortir l'éclat marin de ses yeux.
-Vraiment magnifique, répéta Lucius.
Le rose monta aux joues de Tisiphone.
-Tu n'es pas mal non plus, lui lança-t-elle.
Pour une fois, Lucius n'avait pas eu à se plaindre des goûts de sa mère. Il portait une robe de sorcier très sobre mais d'une grande élégance.
-Tu as même mis le nœud papillon, le taquina-t-elle en riant.
-Il faut bien que je fasse honneur à ma cavalière !
-Alors ma robe te plaît ?
-Oui ! Mais il te manque quelque chose, ajouta-t-il en se rapprochant. Tourne-toi.
Tisiphone s'exécuta. Lucius passa autour de son cou une fine chaîne argentée avec un petit médaillon serti d'une émeraude. La pierre précieuse était retenue prisonnière par un dragon qui l'entourait fermement. L'animal était d'une grande beauté et l'orfèvre qui l'avait crée l'avait fait le plus réaliste possible : il avait poussé le sens du détail jusqu'aux innombrables et minuscules écailles qui recouvraient tout le corps de la créature. Les deux yeux du dragon étincelaient comme les diamants qu'ils étaient.
-Tu es parfaite comme ça.
Tisiphone rougit une nouvelle fois.
-Prête ?
-Laisse-moi encore une minute le temps de mettre mes chaussures.
La sorcière retourna en courant dans sa chambre, tenant toujours sa robe d'une main. Elle réapparut presque aussitôt.
Lucius lui offrit le bras puis lui tendit son invitation.
Ils arrivèrent directement dans le hall du manoir Malefoy, brillamment éclairé par une myriade de bougies.
La mère de Lucius accueillait ses invités, comme une reine au milieu de ses sujets, dispensant des sourires à tour de bras. Tout ce que l'Angleterre comptait de sorciers des meilleures familles et sang-pur se pressait au Bal des Malefoy. En voyant ce spectacle, Tisiphone ne put s'empêcher d'avoir une pensée pour Maugrey, il aurait été ravi de se trouver là et d'arrêter tout ce beau monde. La sorcière reconnut de nombreux sorciers qu'elle avait pu croiser au club de Nathaniaël.
Ellebora les accueillit avec un grand sourire mais Tisiphone sentit son regard froid la dévisager.
Lucius conduisit Tisiphone dans le grand salon de réception. Ils mirent un certain temps à y parvenir car Lucius se faisait arrêter tous les deux pas pour saluer de vieilles connaissances ou des amis de sa mère qui ne manquaient de le submerger de questions.
Un orchestre s'était installé dans un coin de la pièce. De nombreux couples avaient déjà envahi la piste de danse.
Pour ne plus être importuner par des énièmes salutations, Lucius emmena aussitôt Tisiphone danser.
Tu sais, avoua Tisiphone, cela fait longtemps que je n'ai plus dansé … J'espère ne pas faire trop de bêtises …
Tu n'as pas à t'inquiéter, tu t'en sors très bien.
Lucius faisait tournoyer majestueusement sa cavalière, sa robe virevoltait autour d'elle. Ils évoluaient avec grâce dans le salon et la plupart des regards se tournaient vers eux.
Tisiphone était aux anges, pendant qu'elle valsait, elle en oubliait toutes les années de peine et de larmes qu'elle portait en elle. C'était comme si tout cela n'avait été qu'un simple cauchemar. La sorcière se sentait revivre. Pourtant, lorsqu' elle fermait les yeux, elle ne pouvait s'empêcher de s'imaginer dans les bras d'un autre sorcier. Malgré la blessure au fond de son cœur, il lui fallait aller de l'avant encore et toujours.
Lucius et Tisiphone dansèrent longtemps, ils semblaient infatigables.
La soirée était déjà bien avancée quand ils finirent par s'arrêter. Les joues légèrement rougies par l'effort, Tisiphone s'agrippait fermement au bras du sorcier tandis qu'il la menait jusqu'au bar. Un elfe leur apporta aussitôt leur commande et les deux sorciers allèrent s'installer près des grandes baies vitrées qui donnaient sur la lande obscure. La fenêtre était grande ouverte mais un sort empêcha le froid de la nuit de printemps d'entrer. Le vent faisait balancer doucement les lourds rideaux rouges. Lucius avait pris Tisiphone dans ses bras et tous deux regardaient la lune se lever sur l'horizon.
Comment se passe ta soirée ? lui chuchota Lucius à l'oreille.
Merveilleusement bien !
Espérons qu'elle continue sur cette lancée.
Pourquoi dis-tu cela ? demanda Tisiphone surprise.
Ma mère …
Il la montra de la tête, elle était accompagnée d'une sorcière blonde que Tisiphone avait déjà vue par le passé. Ellebora arrivait à grand pas droit sur eux.
Tisiphone voulut se défaire de l'étreinte de Lucius, mais ce dernier l'en empêcha en la serrant plus fort. Même le regard noir de sa mère ne le fit pas lâcher Tisiphone.
Ellebora, pour le moment n'accorda aucun regard à Tisiphone : la sorcière n'existait pas pour elle. Elle s'adressa uniquement à Lucius.
Lucius, laisse-moi te présenter Narcissa Black, même si je crois que vous vous êtes déjà rencontrés …
Narcissa acquiesça en silence, elle ne lâchait le grand sorcier des yeux.
C'est fort possible, marmonna Lucius qui voyait trop bien où sa mère voulait en venir.
Tisiphone ne put réprimer un sourire en voyant sa cousine. La robe qu'elle portait était celle que Tisiphone avait essayée quelques jours auparavant et qu'elle n'avait pas pu prendre. Ce n'était, certes, qu'une petite et mesquine victoire : mais la tenue lui allait mille fois qu'à la sorcière blonde.
Le petit sourire de Tisiphone ne passa pas inaperçu, Ellebora daigna enfin s'intéresser à elle.
Vous devez également vous connaître, vous êtes cousines, me semble-t-il.
La grimace que firent les deux cousines montra bien les relations qu'elles avaient pu partager par le passé. Bien qu'elles aient partagé le même dortoir à Poudlard, elles ne s'étaient jamais entendues : les vieilles querelles des parents déteignaient sur les enfants. Tisiphone se souvenait trop bien des soirées où, épuisée par la journée de cours, elle allait se coucher et trouvait son lit sans dessus dessous, dévasté par un sort jeté par sa cousine.
Effectivement, mais nous dirons que nous ne nous sommes jamais vraiment fréquentées … Les histoires de familles … De toute façon, ajouta Tisiphone, je n'ai jamais été très famille.
C'est fort regrettable, critiqua madame Malefoy. La famille est une des valeurs importantes pour les sorciers de sang-pur. Enfin, là n'est pas la question.
Un certain sourire de contentement se dessina alors sur ses lèvres fines.
Lucius, aurais-tu l'extrême obligeance de proposer une danse à Narcissa, son cavalier doit régler une affaire urgente … De plus, je dois m'entretenir avec … avec … Tisiphone.
Le ton ne réclamait aucun refus. Lucius dût obtempérer. Ellebora lâcha le bras de Narcissa non sans lui avoir soufflé quelques paroles à l'oreille, la sorcière sourit en hochant la tête.
De son côté, Lucius n'avait toujours pas lâché Tisiphone. Il se pencha et lui murmura des mots qu'il espérait rassurant.
Ne t'en fais pas, je n'en ai pas pour longtemps. Tout ira bien …
Tisiphone en était moins sûre …Il lui glissa un discret baiser dans le creux de son cou sous le regard noir de sa mère.
Ellebora s'approcha de Tisiphone, la prit par le bras, comme elle avait pu le faire avec Narcissa et l'entraîna un peu plus loin. Elle allait commencer son petit discours quand elle fut interrompue par l'arrivée de Nathaniaël. Il salua d'abord Ellebora puis se tourna vers Tisiphone, lui prit la main et y déposa un baiser, sous les yeux médusés de la mère de Lucius.
Nathaniaël, sourit Tisiphone. Je suis ravie de vous revoir.
Moi de même, ma chère.
J'ignorais que vous vous connaissiez si bien, les interrompit Ellebora.
Tisiphone et moi-même avons un projet des plus intéressants en commun.
Vraiment ? demanda Ellebora curieuse.
Oui et son aide m'est des plus précieuses …
Tisiphone rougit.
Il faudra que nous nous voyions très prochainement, Lucius m'a parlé de découvertes importantes que vous avez faites, je suis curieux et impatient de voir cela.
La sorcière lui sourit de nouveau et promit de l'entretenir de tout cela très prochainement. Nathaniaël prit congé des deux femmes.
Le répit avait été de courte durée, elle s'en rendit compte immédiatement, avant même qu'Ellebora ouvre la bouche, ses yeux la fusillaient avec mépris.
Vous croyez qu'il vous suffit de connaître Nathaniaël, de participer à ce Bal pour prétendre être des nôtres ? Ou que porter ce médaillon vous donne tous les droits ? lui lança Ellebora.
Elle avait saisi l'émeraude au dragon entre ses doigts.
Quel est le problème ?
Ellebora éclata de rire.
Le problème ? C'est vous, tout simplement.
Madame Malefoy fit se retourner Tisiphone et la força à regarder les danseurs. Lucius était au centre de la pièce et faisait tournoyer Narcissa. Cette dernière avait un grand sourire aux lèvres, tandis que Lucius semblait absent.
Regardez ! Que voyez-vous ?
Je vois Lucius qui danse, et qui, à mon humble avis, préférerait être ailleurs … répondit Tisiphone du tac au tac.
C'est intéressant de voir comme nos visions peuvent diverger.
Ah bon ? Que voyez-vous, dans ce cas ?
Moi, je vois un charmant couple de sorciers, bien assorti, qui fait honneur à son rang et à son sang …
Bien assorti ?
Ce fut au tour de Tisiphone d'éclater de rire.
Si c'est cela qui vous pose problème, je peux toujours me teindre en blonde ! s'exclama Tisiphone.
Elle savait qu'elle avait été trop loin, mais peu lui importait à présent. Le regard courroucé que lui jeta Ellebora fut aussi froid que ses paroles.
Petite impertinente ! Pour qui vous prenez-vous ? Je sais à quel jeu vous jouez !
Vraiment ?
Que ferez-vous quand vous aurez obtenu ce que vous voulez de mon fils ? Le tuer, lui aussi, et récupérer tout son argent.
L'envie de gifler la sorcière qu'elle avait face à elle traversa Tisiphone, mais elle se contint avec peine.
Je vous interdis de me parler de la sorte ni d'évoquer mon mari !
Le rouge était monté aux joues de Tisiphone. La colère la faisait bouillir. Elle serait partie sur le champ, mais c'était ce que souhaitait Ellebora.
Vous me faites bien rire avec vos grands airs … je croyais que fréquenter les sorciers étrangers était la pire des infamies, peut-être aussi déshonorant que de côtoyer des moldus … Pourtant, apparemment, dans certains cas, vous faites exception !
Vous n'êtes pas quelqu'un pour mon fils, répliqua madame Malefoy.
Je pense que Lucius est assez grand pour en décider seul ! Il n'a pas besoin de sa mère pour ce genre de choses …
Ellebora allait rétorquer, mais Tisiphone l'interrompit.
Ne vous donnez pas la peine de chercher une réplique cinglante pour provoquer une scène ! Jamais je ne vous donnerai ce plaisir !
Tisiphone se dégagea de l'étreinte de la mère de Lucius et fit demi-tour.
Pourtant, elle n'alla pas loin. Elle fit soudain intercepter par un sorcier aux cheveux aussi noirs que la nuit.
Alors, on se dispute avec ma chère tante, lui lança Sebastian.
Profitant de cette aubaine, Ellebora avait rattrapé Tisiphone.
Ne comptez pas vous en tirer à si bon compte …
Désolé de vous décevoir, ma tante, mais je vous enlève Tisiphone pour une danse !
Sebastian s'était approché de Tisiphone qui, trop surprise pour réagir, se laissa entraîner sur la piste de danse.
Il semblerait que je sois arrivé à temps, lui chuchota Sebastian.
Je ne vois pas de quoi tu parles ! Je me débrouillais très bien avant. Je ne t'ai rien demandé.
Sebastian éclata de rire avant d'emporter Tisiphone un peu plus long dans un tourbillon.
Ma tante ne renonce jamais, elle ne lâche jamais sa proie. Ta seule chance de lui échapper est la piste de danse, elle ne viendra pas te chercher ici …
La sorcière ne répondit rien.
Au fait, comment se fait-il que mon bon à rien de cousin t'ait laissée seule avec sa mère ? Où est-il passé ?
Un nouveau silence de la sorcière accueillit cette question. Sebastian avait visé juste … ses yeux brillaient d'un éclat de satisfaction. Il l'aperçut soudain dans la foule mouvante.
Quel culot, murmura-t-il à l'oreille de Tisiphone. Il te laisse avec sa mère et en profite pour danser avec une autre que toi … Tu as vraiment mal choisi ton cavalier …
Et quel cavalier m'aurait mieux convenu ?
Je ne sais pas … Moi par exemple !
Ce fut au tour de Tisiphone de rire.
Toi ? Plutôt venir avec troll qu'avec un sorcier tel que toi … Je n'ai pas oublié ce que tu as fait, Sebastian … et tu me le paieras tôt ou tard …
Tu ne doutes vraiment de rien, Tisiphone … Mais ne t'en fais pas, je t'attends, je suis vraiment curieux de voir ce que tu vaux … Tu n'étais pas au mieux de ta forme l'autre nuit … Je suis certain que notre prochaine rencontre pourrait être des plus … intéressantes …
La musique venait de s'arrêter. Un à un, les couples sur la piste de danse s'écartaient. Certains allaient se reposer, d'autres attendaient simplement un nouveau morceau.
Sebastian lâcha tout à coup Tisiphone, ce faisant, il fit glisser sa main un peu plus bas que la décence ne l'autorisait. Tisiphone voulut riposter par une gifle mais le sorcier était déjà loin. Il ne perdait vraiment rien pour attendre.
Elle regarda tout autour d'elle : plus aucune trace d'Ellebora. Elle se dirigea alors vers une fenêtre grande ouverte et sortit sur la terrasse. Le jardin était plongé dans la pénombre, malgré les bougies éparpillées un peu partout entre les buissons de roses et les buis impeccablement taillés. Dans les cieux obscurcis, la lune jouait à cache-cache parmi les nuages.
Tisiphone resta de longues minutes dans le froid de la nuit, songeuse.
Te voilà enfin, je t'ai cherchée partout !
La sorcière ne se retourna pas.
J'avais besoin de prendre un peu l'air …
A rester dans le froid, tu vas finir par tomber malade …
Tu n'as pas à t'en faire …
Elle se retourna enfin. Lucius était là, toujours aussi superbe et fier.
Que te voulait ma mère ?
Oh, pas grand-chose … Juste me faire remarquer que je n'étais pas une sorcière assez bien pour toi …
Lucius soupira simplement.
Je suis désolé, lui murmura-t-il.
La sorcière préféra ne pas répondre, elle aurait pu dire des choses qu'elle aurait regrettées par la suite. Elle baissa la tête. Lucius la prit dans ses bras.
Tu es glacée … Viens, retournons à l'intérieur …
Tisiphone se laissa entraînée, même si elle n'avait plus trop envie d'y retourner : Ellebora avait fini par gâcher sa soirée, de même que la passivité et la résignation de Lucius face à sa mère.
Où m'emmènes-tu ? demanda alors Tisiphone voyant que Lucius ne se dirigeait nullement vers la salle de Bal.
Dans un endroit plus calme, où personne ne viendra t'embêter …
Ils firent le tour de la bâtisse. Lucius s'arrêta devant une porte fenêtre et l'ouvrit d'un Alohomora. Ils pénétrèrent dans une pièce plongée dans le noir.
La bibliothèque, expliqua Lucius.
Ils la traversèrent rapidement. Le couloir était désert. Comme deux fugitifs, ils coururent jusqu'au grand escalier et montèrent les marches quatre à quatre. Le premier étage était dans la pénombre. Quelques tableaux murmurèrent au passage du couple.
Finalement, ils parvinrent à destination. Lucius ouvrit une porte et entra dans la pièce, entraînant Tisiphone avec lui.
D'un sort, il alluma les bougies.
Te voilà dans mon domaine, annonça-t-il fièrement.
Ils se trouvaient dans les appartements de Lucius. Le couloir dans lequel ils se tenaient avait les murs recouverts de tentures vert pâle. Il s'avança et ouvrit une porte, non sans tourner préalablement la clé vers la gauche. Il y eut un petit déclic et le bois parut soudain plus clair à Tisiphone. Lucius poussa la porte et l'entrouvrit.
Mon bureau, expliqua-t-il.
Puis il referma la porte. Il tourna la clé dans l'autre sens, un nouveau déclic, plus sec, retentit. Cette fois Tisiphone en était certaine, la porte était devenue presque noire et des moulures qui n'existaient pas quelques secondes auparavant venaient d'apparaître. Une nouvelle fois, Lucius l'ouvrit à moitié.
Ma bibliothèque.
La porte fut de nouveau refermée. Cette fois, il ne joua pas avec la clé. Il sortit sa baguette et la posa sur la serrure. Il y eut un nouveau déclic. La porte s'ouvrit en grand. Il entra dans la pièce.
Très ingénieux, murmura Tisiphone admirative.
Elle le suivit à son tour et pénétra dans la chambre de Lucius. La porte se referma sans bruit.
Les bûches sèches se mirent à crépiter quand les premières flammes allumées par Lucius se mirent à les lécher.
La chambre était calme, la musique du Bal leur parvenait étouffée comme si toute l'agitation de la fête se déroulait à des lieues d'ici.
Lucius fit apparaître deux flûtes de champagne et en tendit une à la sorcière. Elle la prit et fit quelques pas dans la pièce. La décoration de la chambre était sobre. Cela arracha un petit sourire à la sorcière.
La grande cheminée occupait une bonne partie d'un mur, elle était encadrée par de solides bibliothèques remplies de quelques livres. Deux fauteuils en vis-à-vis étaient au plus prés de la cheminée. Ils étaient séparés par une petite table aux pieds sculptés. En face, trônait le lit, immense. Un coffre était posé à son pied.
Son inspection effectuée, Tisiphone alla devant la cheminée. Elle dédaigna les fauteuils et préféra s'asseoir à même le sol. Lucius alla la rejoindre. Ils n'échangèrent aucun mot, les regards étaient bien assez éloquents.
Le monde autour d'eux n'existait plus.
Des coups furent soudain frappés avec force contre la porte de la chambre.
LUCIUS ! hurla une voix.
Tisiphone et Lucius se relevèrent en sursaut. Au même moment, la porte s'ouvrit avec violence et vint claquer contre le mur.
Madame Malefoy fit son apparition.
Lu ….
Elle s'arrêta soudain. Pour le moment, elle ne s'intéressa guère aux deux sorciers. Son regard restait suspendu sur les vêtements éparpillés un peu partout au sol. Ses yeux s'arrondirent de surprise avant de se voiler d'une lueur noire de colère.
MAIS ENFIN ! QUE SE PASSE-T-IL ICI ? hurla de plus belle Ellebora.
Lucius s'était levé d'un bond.
Qu'est-ce que vous faites ici, Mère ?
Par Merlin, murmura sa mère, voudrais-tu te rhabiller !
Il récupéra sa robe et la passa rapidement. Tisiphone n'avait toujours pas bougé, elle était à moitié cachée par le fauteuil. Elle ne savait pas trop si elle devait rire ou pleurer de la situation.
Que faites-vous ici ? répéta Lucius furieux.
Je te cherchais … J'avais à te parler … Visiblement, tu n'as aucune considération pour tes obligations …
Mes obligations ?
Ne crois pas qu'il te suffise d'apparaître au Bal quelques heures, saluer vaguement quelques personnes pour remplir ton rôle ! Je vois que tu t'es encore une fois laissé entraîné … par … par … cette sorcière, cracha-t-elle.
Cette sorcière, comme vous dites, elle a un nom ! tonna Tisiphone. Et elle se trouve ici ! Allez-vous enfin arrêter de faire comme si je n'existais pas !
C'était bien la première fois que quelqu'un osait lui parler sur ce ton. Ellebora était hors d'elle.
Cette conversation nous vous concerne en rien ! Vous ne nous avez que trop imposé votre présence !
Imposé ma … présence ?
Tisiphone regarda Lucius, attendant une réaction. Mais il ne dit rien.
C'est bon, j'ai compris, marmonna-t-elle.
Elle lança plusieurs accio, récupéra ses affaires et se rhabilla en toute hâte.
Elle se leva.
Tisiphone, qu'est-ce que tu fais ?
Tu l'as très bien entendu, Lucius, je suis indésirable ici, je préfère m'en aller …
Un grand sourire apparut sur le visage d'Ellebora.
Attends ! lui intima Lucius.
Mais la sorcière venait de claquer la porte.
Mère … grogna le sorcier.
Il se lança à la poursuite de Tisiphone.
Le couloir du premier étage était déjà désert. Il descendit les escaliers quatre à quatre. Il arriva dans le hall … trop tard … Tisiphone avait disparu.
