Chapitre XVI : Entre les crocs du serpent …
Une nouvelle lettre venait d'arriver, la sorcière ne l'ouvrit même pas et la jeta directement au feu. Elle soupira en voyant le hibou s'envoler sous la pluie fine. Ce petit manège durait depuis plus de deux semaines, mais elle ne se lassait toujours pas. Elle referma la fenêtre, le vent était encore trop froid pour qu'elle ouvre tout en grand. Elle jeta un rapide coup d'œil dehors : le petit coin de verdure qu'elle avait fleurissait doucement : les primevères explosaient leurs couleurs dans les premiers brins vert tendre. Les jonquilles et les crocus ouvraient leurs premières fleurs, tandis que les bourgeons des arbustes dégorgeaient de verdure.
Elle soupira une nouvelle fois puis retourna s'enfermer dans sa bibliothèque. Pour cela, elle dut traverser la jungle qui faisait désormais office de couloir : des montagnes de fleurs multicolores aux parfums suaves et envoûtants avait tout envahi. Contre l'avis de la sorcière, Mana avait gardé tous les bouquets et les pots volumineux. Tisiphone était partisane de les jeter au feu, mais la petite elfe ne pouvait s'y résoudre : depuis toujours elle adorait les fleurs et les plantes et s'en débarrasser était un acte aussi répréhensible que de lancer un sortilège impardonnable. Aussi installait-elle et soignait-elle avec amour les arrivages quotidiens de végétaux. Tisiphone soupira devant l'amoncellement de fleurs avant d'esquisser un pâle sourire : il ne faisait pas les choses à moitié. Justement, Mana venait de faire son apparition, portant entre ses petits bras une immense gerbe d'orchidées-papillons. Les fleurs délicates et veloutées ressemblaient à s'y méprendre à de doux papillons prêts à s'envoler. Les pétales offraient aux yeux des dégradés de roses, mauves, violets et rouges. Mana posa le bouquet et arrangea les fleurs. Elle toucha du bout de ses doigts une fleur, aussitôt, les pétales s'ouvrirent et se fermèrent plusieurs fois et la fleur s'envola dans le couloir avant de venir se reposer sur sa tige. Impossible de savoir où commençait la fleur et où s'arrêtait le papillon. La petite elfe eut un grand sourire en se tournant vers Tisiphone.
Et vous vouliez brûler cela ?
Tisiphone hocha la tête.
Tu sais, Mana, je n'ai rien contre ces fleurs …
Je sais, mais tout de même, vouloir s'en débarrasser comme ça … Elles sont trop magnifiques pour qu'on n'en veuille pas …
Tisiphone éclata de rire. Mana la regarda d'un air interrogateur, ses grands yeux clignèrent rapidement.
Mana ne voit pas ce qu'il y a de drôle, se vexa-t-elle.
Tisiphone se contint à grand peine, elle toussota puis se reprit.
Je suis certaine que tu as du sang de Botruc dans tes veines, pour aimer et protéger autant les fleurs et les plantes.
Mana essaya de paraître fâchée, mais elle finit par laisser échapper un discret petit rire.
La sorcière s'en retourna dans sa bibliothèque, épargnée par les fleurs.
Depuis la dernière fois, Tisiphone n'avançait pas : ses recherches étaient au point mort par manque d'indices et surtout de temps.
Le printemps ne marquait pas seulement le renouveau des fleurs, mais aussi celui des morts et des attentats. Chaque matin, malgré la censure du Ministère qui tentait de cacher la vérité aux sorciers, la Gazette apportait son lot de morts et de désolation en quelques lignes. Tisiphone ne chaumait pas au Ministère. Elle était, comme tous les autres Aurors, épuisée et à bout de nerfs. Lorsqu'elle avait l'opportunité de rentrer chez elle prendre quelques heures de sommeil, elle n'y parvenait que très rarement : les images qu'elle avait vu lors des ses missions peuplaient ses songes : aux visages des morts qu'elle croisait chaque jour se substituaient d'autres visages, plus familiers, plus douloureux à évoquer. Elle ne savait plus vraiment quel doxy l'avait piquée pour qu'elle choisisse cette voie torturée. De même elle se demandait souvent ce qui était le pire : partir sur le terrain pour enquêter, en vain, sur de nouvelles affaires ou rester au bureau et subir l'ire de Maugrey ou de Croupton qui attendait d'elle qu'elle fasse des miracles. De toute façon, vu la situation présente, il fallait que Croupton se fasse une raison, il lui faudrait trouver quelqu'un d'autre pour lui apporter des informations- même si Tisiphone était persuadée que cela est déjà en marche. Les deux camps procédaient de la même manière, envoyant l'un chez l'autre des espions : des têtes que Tisiphone avait pu croiser dans une certains demeure avaient mystérieusement fait leur apparition dans différents services du Ministère. Croupton ne devait pas être en reste. Cela expliquait sans doute les fréquentes visites d'Albus Dumbledore dans les bureaux du chef des Aurors. Quelquefois, le nouveau directeur de Poudlard tout juste nommé, venait faire un petit tour du côté des Quartiers des Aurors. La plupart du temps, il ne disait rien, se penchait sur un dossier, serrait une main en silence puis repartait. A d'autres moment, il discutait avec quelques Aurors : Alice, Maugrey et d'autres. Ils s'échangeaient quelques sourires avant de retourner vaquer à leurs occupations. Bizarrement, Alice n'avait pas voulu en dire plus à Tisiphone.
Albus s'était une seule fois approché de Tisiphone. Il n'avait rien dit, elle non plus. Ils s'étaient salués brièvement en silence. Personne n'avait rien ouvert la bouche : Tisiphone n'avait ni l'envie ni le courage de lui parler et lui, il était resté immobile à la dévisager, l'air un peu triste et désolé. Désolé, il pouvait bien l'être. Tisiphone aurait voulu lui hurler à la figure mais aucun mot n'était sorti de ses lèvres closes, seuls ses grands yeux parlaient pour elle et demandait à Albus pourquoi. Presque gêné, le sorcier détourna son regard et secoua la tête puis s'en alla. Tisiphone le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. Elle avait tellement serré ses poings que la jointure de ses doigts en était devenue blanche. Alice la sortit de ses souvenirs et les deux sorcières travaillèrent à nouveau sur l'épais dossier qui les attendait. Tisiphone oublia presque sa rancœur. Les soucis disparaissaient vite, sous le travail harassant qui empêchaient les sorciers de penser à autre chose.
Le début du mois d'avril fut pluvieux, mais au bout de quelques temps, le soleil fit définitivement son apparition. La vie revenait après le long hiver glacial, du moins dans la nature : dans le monde sorcier et moldu, c'était la Mort qui régnait en maître.
Au beau milieu de la nuit, une poignée d'Auror fut convoquée de toute urgence au Ministère. Tisiphone en faisait partie. Intriguée seulement à moitié, elle se hâta dans la salle de réunion. Son arrivée provoqua quelques remous ; elle entendit des murmures sur son passage. Alice était là aussi, elle s'en approcha.
Que se passe-t-il ? demanda Tisiphone.
Aucune idée, avoua Alice.
Tisiphone se retourna brusquement : les trois sorciers debout près de la plante venaient de chuchoter son nom. Elle ne comprit pas tout.
Argos … pas partie … ordre …
Elle leur lança un regard noir, ils toussotèrent puis allèrent prendre place sur des sièges inoccupés.
Croupton, Maugrey et Albus firent alors leur apparition. Seul Croupton prit la parole, Alastor et Dumbledore restèrent en retrait.
De nouvelles informations viennent de nous parvenir. Après en avoir discuté, une conclusion nous est parvenue : il faut agir immédiatement pour profiter de cette opportunité qui s'offre à nous ! Nous venons, en effet, de découvrir une des cachettes de ceux qui se font appeler Mangemorts. C'est une occasion unique, à nous de la saisir et de la retourner à notre avantage. Pour ce qui est du plan d'attaque – car nous sommes en guerre, je vous le rappelle – Alastor Maugrey va vous l'exposer.
Croupton céda sa place aussitôt à Maugrey.
Il dévisagea l'assemblée.
VIGIL ...
Son cri s'étouffa soudain. Un hibou arrivait à toute vitesse dans la salle, la porte était restée entrouverte et il s'y était engouffré comme s'il avait le diable à ses trousses. Les yeux grands écarquillés, le volatile semblait terrifié. Tous le suivirent du regard. Ils comprirent la cause de son émoi en voyant quelques volutes de fumée qui s'échappaient de la lettre qu'il tenait entre ses serres. La Beuglante qu'il était chargé de livrer était sur le point d'exploser. Mue par une terrible prémonition, Tisiphone se fit toute petite sur sa chaise. Son mouvement dut attirer l'oiseau, car il piqua vers elle, frôlant les têtes des Aurors qui se tournèrent aussitôt vers leur collègue. Il remonta alors soudain vers le plafond, juste au-dessus de la tête de la sorcière. Il ouvrit ses serres et lâcha la Beuglante qui devenait de plus en plus rouge. Il se sauva sans demander son reste. La lettre descendait lentement en tournoyant comme une feuille morte tombant d'un arbre. Soudain, à mi chemin, elle s'arrêta brusquement. Tisiphone voulait attraper la lettre et sortir rapidement, mais il était trop tard. La beuglante explosa. Le parchemin se déplia avec violence, quelques petits morceaux furent arrachés et tombèrent sur les cheveux de Tisiphone et au sol. Malgré les hurlements qui résonnèrent dans toute la pièce, Tisiphone n'eut aucun mal à reconnaître la voix.
ESPECE DE SALE PETITE SORCIERE ! VOUS PENSIEZ GAGNER LA GUERRE, MAIS VOUS VOUS ETES FOURVOYEE ! JAMAIS VOUS NE VERREZ LA COULEUR D'UN SEUL DE MES GALLIONS ! LUI NON PLUS, D'AILLEURS, A MOINS QU'IL NE REVIENNE A LA RAISON ! VOUS N'ETES QU'UNE PATHETIQUE SORCIERE AU SANG CORROMPU !
Tisiphone ne savait plus où se mettre. Tous les regards étaient braqués sur elle, le rouge montait à ses joues, elle ne savait si c'était de honte ou de colère. La beuglante s'enroula alors sur elle-même avant de se déchiqueter en mille morceaux aiguisés qui tombèrent sur la sorcière. Ils étaient coupants comme des lames de rasoir et quelques gouttes de sang perlèrent sur ses poignets et ses mains nues, là où les bouts du parchemin s'étaient déposés sur elle. Elle soupira lourdement. Visiblement, ne pas ouvrir les lettres était encore une de ses mauvaises idées. Elle avait dû manquer une chose importante au vu de la Beuglante. Tisiphone épousseta sa robe et les derniers débris de la beuglante voltigèrent au sol. De sa baguette, elle en fit un petit tas avant de les faire disparaître. Elle releva la tête et rangea sa baguette, le regard courroucé et interrogatoire de Maugrey la suivit.
Et que se serait-il passé si ce genre d'incident s'était déroulé en mission ? hurla-t-il à Tisiphone, oubliant qu'ils n'étaient pas seuls.
Elle ne répondit pas et haussa simplement les épaules. Les yeux de Maugrey roulèrent dans ses orbites, tant il était furieux. Soudain, Albus s'avança et posa simplement sa main sur l'épaule de l'Auror.
Alastor, murmura-t-il doucement et calmement. Vous oubliez ce pour quoi nous sommes ici.
Maugrey acquiesça, puis comme si de rien n'était, il reprit la parole.
VIGILENCE CONSTANTE, donc !
Alice et Tisiphone se regardèrent, sans rien dire, les questions seraient pour plus tard.
Voilà comment nous commencerons ! Nous encerclerons la maison. Et au signal, les équipes enfonceront portes et fenêtres pour investir les lieux. Nous avions pensé à nous transplaner directement à l'intérieur, mais l'endroit est protégé bien entendu ! Une fois à l'intérieur, pas question de se séparer : nous formerons des groupes de trois. Chaque pièce devra être minutieusement fouillée ! La moitié des équipes commencera par le haut, l'autre par les sous-sols. Nous nous rejoindrons dans les étages. Bien entendu, d'autres Aurors seront dépêchés pour empêcher toute fuite et s'occuper des prisonniers. Albus et moi-même nous nous accordons pour dire qu'il faut faire un maximum de prisonniers ! Evitez dans la mesure du possible de vous mettre à leur niveau en causant des pertes dans leurs rangs !
Maugrey s'était tourné vers Croupton et le regarda d'un air de défi : les sorciers n'étaient pas d'accord sur la méthode à employer.
Je n'ai qu'un mot à rajouter, conclut Alastor : VIGILENCE CONSTANTE !
Les équipes avaient déjà été formées par Albus et Alastor. Pour leur plus grande surprise, Alice et Tisiphone se retrouvèrent ensemble sans Maugrey. Ce dernier prenant la direction des opérations ne s'était mis dans aucune équipe.
Avant de quitter le Ministère, chaque Auror dut présenter sa baguette pour vérification : il ne fallait surtout pas que le moindre grain de poussière vienne briser toute l'organisation. Il suffisait du moindre accroc dans un sortilège pour que toute l'opération soit un échec total.
Les équipes reçurent en plus un portoloin ensorcelé pour l'occasion pour se rendre sur les lieux.
Une dernière fois, Albus et Alastor passèrent en revue les équipes, ils leur souhaitèrent bonne chance.
Les portoloins se mirent à luire et les Aurors disparurent.
La campagne était plongée dans le noir, même si le ciel, à l'est, devenait un peu plus clair. Une fine brume blanche montait des champs et des ruisseaux qui parcouraient le paysage endormi. Quelques rares nuages se teintaient de violet. Il n'y avait aucun bruit : tout était calme et inanimé.
Une grande bâtisse délabrée se dressait devant les Aurors. Elle semblait à l'abandon. Le muret qui délimitait la propriété était par endroit totalement écroulé et recouvert de ronces et de lierre. Les équipes se séparèrent et certaines firent le tour de la petite butte en haut de laquelle avait été construire la maison.
Tisiphone observa avec attention la façade : le crépi disparaissait sous la vigne vierge qui avait tout envahi, les volets étaient inexistants ou brisés. Certaines fenêtres avaient été murées, d'autres sans doute cassées par des jets de pierre. L'endroit était lugubre. Tisiphone secoua la tête, un étrange pressentiment la saisit : cette maison était vide et n'avait plus servi depuis des années. Elle se demanda comment ils pouvaient se réunir dans un tel lieu, en comparaison avec la demeure de Nathaniaël. Tout cela était anormal. Elle secoua la tête comme pour sortir de ses pensées, puis elle emboîta le pas à Alice et Caradoc. Les trois Aurors avaient pour mission de pénétrer par la porte de la cuisine, qui donnait sur ce qui, autrefois, avait été le potager. Il fallait d'abord pénétrer dans une petite véranda avant d'entrer dans la cuisine et le reste de la maison.
Ils se postèrent en demi-cercle, face à la véranda. Là aussi, la plupart des vitres avaient disparu, de nombreux morceaux de verre jonchaient le sol. Un sort d'insonorisation leur permit d'avancer sans faire crisser le verre sous leurs pieds. Caradoc était à la tête du groupe : c'est lui qui donnerait le signal de départ. Il avait sorti de sa poche un étrange objet : une sorte de montre à gousset ornée d'un phénix. Il l'ouvrit. Autant qu'elle put le voir, le cadran était vide, ce qui ne manqua pas d'étonner Tisiphone. Soudain, il se mit à briller doucement. Caradoc referma la montre et fit signe d'avancer.
La porte n'était pas fermée à clé. Il la poussa et entra le premier dans la véranda. Un petit muret de brique la séparait de la cuisine, il poussa le battant de la porte et disparut dans l'obscurité. Alice et Tisiphone le suivirent.
La pièce dans laquelle ils se tenaient était vide : une grande cheminée n'avait plus connu de flammes depuis bien longtemps. La pierre à eau était fendue. Ce qui restait d'une table gisait au sol. Une couche de poussière recouvrait les lieux : aucune trace de pas. Alice et Tisiphone s'étaient rapprochées et ne se lâchaient plus. La baguette en avant, elles progressaient dans la semi obscurité. Pour ne pas se faire remarquer, seul un faible Lumos était autorisé. Le rez-de-chaussée était inoccupé. Ils descendirent dans les sous-sols. Selon Maugrey, les caves étaient nombreuses, de longs et sombres couloirs les desservaient.
Caradoc s'avançait toujours en tête. Un autre groupe d'Aurors les rejoignit. Pour eux aussi, la chasse avait été infructueuse.
L'escalier, en pierre, qui menait sous la maison était humide et glissant. La vieille rampe en fer, toute rouillée, ne tenait presque plus au mur. Quand un Auror s'y appuyait un peu trop, quelques morceaux de ciment s'effritaient et tombaient au sol. Ils parvinrent à un long couloir qui courait devant eux. La cave était disposée de manière étrange, elle avait la même configuration que les étages supérieurs, on aurait pu la confondre avec, si on exceptait les murs en pierre.
L'endroit était des plus humides. Les parois suintaient l'humidité et de la mousse, malgré l'absence de lumière avait poussé par endroit. Une odeur pestilentielle flottait dans l'air. Les deux équipes se séparèrent : chacune s'occupa d'une aile de la cave. Sur le couloir s'ouvraient de nombreuses portes. Caradoc les poussait une par une : toutes les salles se ressemblaient : hauts plafonds voûtés, murs recouverts de moisissures et de champignons. Certaines pièces possédaient un soupirail et les premiers rayons du soleil parvenaient à repousser l'obscurité pesante. Dans la grande majorité des salles souterraines, de gros anneaux reliés à de lourdes chaînes rouillées étaient fixés dans les murs. D'autres pendaient des plafonds et se balançaient lentement quand un souffle léger venait troubler leur quiétude. L'endroit n'était vraiment pas des plus accueillants.
Les Aurors parcoururent le couloir en long et en large sans trouver, pour le moment, aucune trace de Mangemorts. Cela n'étonne guère Tisiphone : sa première impression persistait toujours : comment passer du luxueux manoir à cette bicoque délabrée, qu'ils puissent se réunir ici aurait bien stupéfié la sorcière.
Soudain, un bruit les fit sursauter : des sifflements étranges. Caradoc fit un peu plus de lumière ; il identifia aussitôt la source de ce son. Dans un coin de la pièce dans laquelle ils se trouvaient, sur un tas de branchages miraculeusement épargné par l'humidité, il découvrit un nid de vipères. Les serpents, sans doute éveillés, par la lumière, fourmillaient parmi les branches. Certains se redressaient, la langue en avant et crachant à l'encontre des intrus. Les petites têtes triangulaires suivaient tous les mouvements des sorciers, les reptiles étaient prêts à passer à l'attaque si quiconque tenterait quelque chose contre le nid.
Alice ne put réprimer un cri d'horreur : la masse grouillante la répulsait. Tisiphone les regarda étrangement. Elle n'en avait pas peur : son île en Grèce en regorgeait, elle avait appris à faire avec. Pendant un moment, elle se demanda comment ces animaux faisaient pour vivre dans un tel lieu sombre … D'habitude, ils aimaient les chauds rayons du soleil et la chaleur des pierres exposées plein sud toute la journée. C'est alors que Tisiphone et ses compagnons se rendirent compte que ce qu'ils avaient pris pour des branchages n'en étaient nullement. Des serpents plus gros et plus lourds en rampant avaient dérangé le fragile équilibre du nid et ce qui, dans l'obscurité ressemblait à des branches, en tombant se révélèrent être des ossements. Ils ressemblaient à s'y méprendre à des restes humains : fémurs, cage thoracique, humérus … mais de taille plus petite … Alice frissonna une nouvelle fois. Même si la sorcière était une excellente Auror, ses sentiments prenaient parfois le dessus.
Ce n'est pas ce que je crois, chuchota-t-elle.
J'en ai bien peur, concéda Caradoc qui sans s'en rendre compte avait fait quelques pas en arrière.
Tisiphone n'avait toujours pas bougé, hypnotisée par les reptiles ou les ossements, peut-être fascinée par les deux à la fois.
Rassure-toi Alice, lança-t-elle soudain. Ces os ne sont pas humains … On dirait ceux d'elfes …
Caradoc donna alors le signal de départ et avec soulagement, tous virent la porte de la salle se refermer. Ils avaient retrouvé le lugubre couloir aux murs moisis.
Les gouttes d'eau qui tombaient du plafond venaient s'écraser avec violence sur le sol et résonnaient dans toute la cave. Dehors, le soleil devait être totalement levé et ses rayons devaient réveiller la campagne endormie, mais ici, au cœur de l'obscurité aucune clarté ne venait annoncer la naissance du nouveau jour.
Les trois Aurors reprirent leur progression. Tisiphone fermait la marche. Elle se retourna soudainement, faisant voler cape et cheveux derrière elle. Elle s'immobilisa, les sens aux aguets. Elle n'en mettrait pas sa main à couper, mais il lui semblait pourtant avoir senti une présence dans son dos. Les ténèbres étaient bien trop profondes pour qu'elle espère pouvoir les percer. Un court moment, elle eut envie de jeter un sort pour éclairer toute cette cave, mais autant crier tout de suite leur position … Elle serra plus fortement sa baguette et s'apprêta à repartir. Son regard fut alors attiré par quelque chose. Elle ne bougea plus. Elle était presque certaine d'avoir vu une ombre se mouvoir dans l'obscurité.
Elle sursauta quand Alice posa sa main sur son bras.
Que se passe-t-il ? chuchota son amie.
Je ne sais pas, avoua Tisiphone. Je jurerai avoir vu quelque chose … Mais ces ténèbres sont trop épaisses …
Peut-être est-ce simplement l'autre équipe qui patrouille dans la seconde aile ?
Je l'espère …
Tisiphone frissonna une nouvelle fois.
Tu as l'air sur les nerfs, constata Alice.
C'est cet endroit … Cette obscurité … J'ai l'impression d'être revenue en arrière …
Caradoc se retourna soudain, les sourcils froncés, le regard réprobateur.
Puisque tu détestes tant cet endroit, marmonna-t-il à Tisiphone, autant ne pas traîner … Si vous vouliez bien arrêter de papoter, on pourrait peut-être en finir avec cette cave !
Les deux sorcières approuvèrent Caradoc et se remirent en marche. Ils ne leur restaient plus que quelques portes à pousser et ils en auraient fini avec l'inspection de la cave.
Avec prudence, Caradoc s'engagea dans la dernière pièce. La porte avait été plus difficile à forcer, mais elle avait fini par céder. Cette salle était différentes des autres : quelques meubles cassés étaient dispersés. Des mousses et des champignons avaient remplacé les livres d'une bibliothèque défoncés. L'armoire aux portes grandes ouvertes contenait de vieux bocaux aux verres sales et poussiéreux. Certains avaient été cassés et le liquide gluant qu'ils contenaient s'était figé en une mare aux odeurs pestilentielles. Curieux, les trois Aurors regardèrent les récipients en verre encore intacts. La couche d'humidité avait fait pousser dessus une moisissure verdâtre qui semblait luire sous la lueur du Lumos de Caradoc. Du bout de sa baguette, il gratta la pourriture sur le bocal le plus proche. Dans l'eau putride nageaient des globes oculaires vitreux.
C'est dégoûtant, marmonna-t-il.
Avec une fascination morbide, il secoua le bocal, faisant danser les yeux à l'intérieur.
Caradoc, marmonna Alice, une main sur sa bouche.
Quoi ? demanda-t-il en se retourna, le bocal toujours à la main.
Arrête avec ça, c'est immonde … Tu vas me faire vomir.
Bah quoi ?
Il secoua de plus belle les yeux.
Au lieu de faire joujou avec ça, pense un peu à leurs propriétaires, grommela Alice écoeurée.
Tout penaud, Caradoc reposa le pot. Mais sa curiosité n'était pourtant pas assouvie. Il poursuivit son inspection du contenu de l'armoire. Les yeux n'étaient qu'un pâle avant-goût de ce qui subsistait dans les bocaux intacts : des langues, des doigts, des cœurs et d'autres organes qui – heureusement - n'étaient pas tous humains.
Sur une table à moitié effondrée, une pile de papiers avait moisi. Des bougies dont la cire formait d'étranges formes torturées avaient été plantées. Du bout de sa baguette, Tisiphone essaya de jeter un coup d'œil sur les rouleaux et les cahiers. Mais c'était peine perdue : dès qu'elle les toucha, la moisissure se désintégra et un nuage verdâtre et nauséabond monta jusqu'au plafond voûté. Tisiphone toussa et s'éloigna rapidement de la table.
Caradoc était toujours plongé dans le recensement des bocaux gluants. Au grand dam d'Alice qui voyait d'un mauvais yeux sa curiosité malsaine et le fait qu'il monopolise toute la lueur de l'unique Lumos de l'équipe. Tisiphone, tout comme Alice, se sentait vulnérable et mal à l'aise dans cette opaque obscurité. Elle enviait presque les autres équipes à qui les étages avaient été échus, au moins, grâce aux fenêtres, ils pouvaient profiter de la lumière du soleil. Contrairement à la cave … Ils étaient comme dans un autre monde, coupés de la lumière, des bruits de la campagne, de la vie même. Tisiphone frissonna une nouvelle fois. Ce lieu lui rappelait trop la noirceur de sa cellule en Grèce, le froid, l'humidité, la douleur et les peines. Il lui tardait de remonter à la surface. Elle s'approcha alors de Caradoc, le pressant de terminer son inventaire.
Maugrey nous a demandé de ne rien laisser passer, se justifia-t-il.
Je ne pense pas que tu trouves quelque chose d'intéressant dans ces restes, insista Tisiphone. Nous n'avons rien vu jusqu'à présent …
Justement ! C'est le seul endroit qui contienne quelque chose ! Il faut y prêter la plus grande attention.
Il regarda le dernier bocal et le reposa. Dedans s'agitaient quelques filaments étranges, pourvus par endroits de ventouses.
De toute façon, ajouta Caradoc. J'en ai fini ! Nous pouvons y aller !
Ce n'est pas trop tôt, lança Alice soulagée.
Elle fut la première à retourner dans le couloir. Tisiphone sortit la dernière comme à son habitude. Elle poussa la porte. Au moment où elle refermait la porte, elle sentit une forte vibration, avait-elle été provoqué par la fermeture de la porte –peut-être trop vive- ou par autre chose.
Un nouveau pressentiment la saisit, plus fort. Elle ne bougea plus. Caradoc et Alice se retournèrent intrigués.
Que …
Tisiphone mit son doigt sur sa bouche. Ils se turent.
La sorcière avait toujours sa main sur la clenche de la porte. De nouveau, elle sentit la vibration, plus forte. Elle fut suivie d'un grondement presque étouffé. Tisiphone n'avait pas rêvé : Caradoc et Alice l'avaient eux aussi senti.
Ils n'eurent pas le temps de se poser davantage de questions.
Un éclair lumineux puis une brève explosion les projeta à terre. Ils se relevèrent d'un bond. Ils mirent quelques secondes avant de se réhabituer à l'obscurité : rien ne semblait avoir changé : tout était calme, silencieux, désert.
Les étages, marmonna Caradoc.
Il voulut se ruer vers l'escalier à l'autre bout du couloir, mais Tisiphone le prit par le bras. Toujours sans parler, elle l'intima à ne pas bouger. Caradoc essaya de se dégager, mais en vain.
Qu'est-ce que …
Je crois que c'est une très mauvaise idée, Caradoc … Ca sent le piège à plein nez, chuchota-t-elle dans un souffle.
On ne peut pas les laisser comme ça …
Je sais mais mieux vaut être prudent …Ca ne sert à rien de se ruer comme ça si c'est pour se faire prendre là-haut …
Tisiphone a raison, renchérit Alice.
Bien … On y va mais sur nos gardes, conclut Caradoc.
Les trois Aurors remontèrent le couloir lentement, la baguette pointée devant eux. Ils étaient l'un à côté de l'autre, mais légèrement décalés : Caradoc avait quelques pas d'avance tandis que Tisiphone était la plus en retrait. Les Aurors auraient bien voulu se passer de lumière, mais l'endroit était tellement noir qu'ils ne pouvaient progresser sans. Ils avaient résolu le problème en projetant à quelques pas devant eux une petite boule de lumière- de la même intensité que le Lumos. Au moins, si des sorts étaient jetés contre la lueur, personne ne serait touché.
Un souffle glacé traversa alors le couloir, faisant valser la lueur. Tous s'arrêtèrent. Tisiphone se retourna : une nouvelle fois, elle était persuadée d'avoir vu une ombre dans son dos. La sorcière tournait toujours le dos aux autres Aurors, elle n'avait pas vu qu'ils avaient repris leur progression silencieuse.
Une poignée de pas les séparaient à présent, c'est la lueur affaiblie qui fit prendre conscience à Tisiphone qu'elle allait se retrouver seule dans le noir.
Elle serra un peu plus fort sa baguette et fit demi-tour pour rejoindre les deux Aurors.
C'est à ce moment que l'éclair surgit de nulle part. Il ne frappa pas la sorcière mais la main qui tenait sa baguette. Elle alla s'écraser loin de la sorcière désarmée. Tisiphone massa sa main brûlée par l'éclair vif.
Malgré la douleur, elle ne poussa aucun cri et ni Alice ni Caradoc ne se rendirent compte de quelque chose.
Cependant, ils s'étaient arrêtés eux aussi.
Devant eux, l'obscurité s'était ouverte. Une dizaine de sorciers aux visages masqués se tenaient devant eux.
Au moins, Tisiphone put sans mal voir où était tombée sa baguette. Elle voulut la récupérer mais sans douceur quelqu'un l'en empêcha. La sorcière n'avait pas vu d'autres silhouettes s'avancer derrière elle. Un des arrivants l'avait attrapée par le bras et le lui avait plaqué dans son dos. Tisiphone laissa échapper un petit cri de surprise. Elle se retrouva plaquée contre le Mangemort qui la tenait fermement. Elle essaya, en vain, de se débattre, mais le sorcier serra encore plus fort son bras.
A ta place, lui murmura-t-il, je resterai tranquille.
Tisiphone sursauta : elle avait reconnu sans peine cette voix. Elle tenta de se retourner mais il ne lui en laissa pas la possibilité.
Ne bouge pas, répéta-t-il plus durement.
Tisiphone obtempéra : que pouvait-elle faire de plus de toute façon. Une seule chose rassurait quelque peu la sorcière : les Mangemorts devaient être là depuis pas mal de temps et pourtant à leur merci, ils n'avaient rien tenté contre eux.
Alice et Caradoc se regardèrent rapidement : à deux contre une bonne dizaine, les chances étaient inégales, ils le savaient.
Un des sorciers fit un pas en avant. Il s'adressa aux deux Aurors encore aptes au combat en leur ordonnant de baisser leurs baguettes. Les Aurors se dévisagèrent une nouvelle fois : eux aussi devaient en être arrivés aux mêmes conclusions que Tisiphone puisqu'ils cédèrent. Le Mangemort récupéra les baguettes.
Des liens apparurent soudain et vinrent entraver Alice et Caradoc. Un des sorciers ouvrit la porte d'une pièce que les Aurors venaient d'explorer. Les deux prisonniers y furent jetés sans ménagement. La plupart des Mangemorts se dispersèrent.
Bientôt, il ne resta plus que Tisiphone, le sorcier qui ne l'avait toujours pas lâché et un autre qu'elle reconnut rapidement malgré la cagoule qui masquait son visage.
C'est surprenant de voir comment tu arrives toujours à te retrouver là où on ne t'attend le moins ! lança alors Sebastian.
Tisiphone ne répondit rien. Elle se débattit un peu, mais l'autre sorcier ne lâcha pas sa prise.
Tu me fais mal, finit-elle par avouer.
La pression se fit un peu moins forte. Elle soupira doucement.
Qu'est-ce que tu fais ici ? répéta Sebastian.
Je passais juste dans le coin, ironisa la sorcière. En quoi cela t'intéresse-t-il donc ? Et qu'est-ce que vous allez faire d'eux ?
Elle montra de la tête la porte derrière laquelle avaient été enfermés Caradoc et Alice.
Sebastian éclata de rire.
Ta curiosité finira par t'apporter de gros problèmes, Tisiphone ! Quant à tes … tes collègues, ça dépendra uniquement d'eux …
Il fit quelques pas dans sa direction.
Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu faisais ici !
Pourquoi me demander cela ? Tu sais très bien pourquoi je suis ici !
Sebastian la regarda étrangement, une lueur d'incrédulité dans les yeux.
Il lui posa simplement une nouvelle question.
Ce n'est pas possible, se pourrait-il que ce soit une simple coïncidence ?
Si tu veux que je réponde à tes questions, tu as intérêt à te montrer plus clair …
Visiblement tu n'es au courant de rien …
Au courant de quoi ?
Elle s'était tournée vers l'autre sorcier qui la retenait toujours prisonnière. Mais ce fut Sebastian qui lui répondit.
Les Aurors ne nous intéressent plus vraiment … expliqua vaguement Sebastian. Ce qui est étonnant, ma chère, ce que tu te sois retrouvée ici, avec les hommes de Dumbledore … Vraiment étrange …
Les hommes de … Dumbledore ? s'étrangla presque Tisiphone.
Il va te falloir choisir ton camp, ma belle … Et vite …
Vos histoires ne me concernent nullement … cracha la sorcière. Je n'ai qu'un camp, le mien !
En es-tu certaine ? Ce n'est pourtant pas l'impression que tu donnes …
Tisiphone baissa la tête en silence. Sebastian n'avait pas tort. Elle le savait, tout comme elle savait que le moment de faire un choix était proche.
Tu sais que j'ai raison, n'est-ce pas ?
Elle acquiesça en silence.
Qu'allez-vous faire de moi ? demanda-t-elle soudain.
Ce n'est pas à nous de le décider … Mais en attendant, tu iras rejoindre tes petits copains du Ministère. Nous avons d'autres affaires plus urgentes à régler.
Le cœur de Tisiphone bondit soudain. Il n'allait pas la laisser là, dans le noir … Une sueur glacée la traversa.
Sebastian disparut soudain.
Tisiphone se retrouva seule avec l'autre sorcier.
Tout ira bien …
Oui, c'est ça, cracha Tisiphone.
D'une main, il ouvrit la porte qui donnait sur les ténèbres les plus épaisses.
Tisiphone se dégagea de son emprise et s'avança lentement. Une main glacée emprisonnait son cœur qui battait à tout rompre. Elle frissonna. La porte se referma lentement.
Il n'y eut plus rien … juste l'obscurité glacée.
La sorcière savait qu'elle n'était pas seule ici, que Caradoc et Alice étaient quelque part dans le noir.
Mais pour le moment, la panique l'empêchait de songer à autre chose qu'aux vieux souvenirs qui refaisaient surface avec force.
Elle respirait avec force.
Tisiphone, ça va ? lança la voix inquiète d'Alice.
La sorcière ne répondit rien.
Tisiphone ? répéta Caradoc.
Les Aurors n'eurent pour seule réponse que sa respiration saccadée. Tâtonnant dans le noir, Alice essayait de se rapprocher de son amie. Elle se guidait uniquement sur les soupirs de la sorcière.
Ne bouge pas, j'arrive !
L'ordre était inutile : elle était tétanisée.
Au bout d'interminables minutes, Alice parvint à atteindre Tisiphone. Elle toucha son bras. Elle sursauta et se mit alors à hurler. Alice eut toutes les peines du monde à la calmer. Elle la força à s'asseoir par terre et la prit dans ses bras.
Calme-toi, Tisiphone, ce n'est que moi, Alice. Tout va bien.
Elle lui caressa ses longs cheveux, tout en lui répétant les mêmes phrases. Finalement, les sanglots paniqués de la sorcière se calmèrent.
Alice ? C'est toi ?
Oui ! Tout va bien ?
Tisiphone ne répondit rien.
Que t'ont-ils fait ?
Rien, finit par répondre Tisiphone.
Rien ?
Alice était plus que dubitative.
Vu ton état, ce n'est pas l'impression que j'ai …
C'est … c'est … cet endroit, bégaya Tisiphone. Ce noir … Je …
De nouvelles larmes vinrent s'écraser le long de ses joues.
J'ai … j'ai l'impression de revenir en arrière … de revivre des choses auxquelles je ne veux plus jamais penser.
Alice ne dit rien, que pouvait-elle dire ?
Malgré la présence de son amie, la panique rôdait encore dans l'esprit et le cœur de Tisiphone. Le cœur battant, elle ne savait plus vraiment où elle se trouvait. Elle avait l'impression d'avoir les mains encore couvertes du sang de Daëron – ils n'avaient même pas voulu qu'elle se les essuie quand ils étaient venus la chercher.
Le temps passait lentement. Aucun bruit ne filtrait de l'extérieur et des étages supérieurs.
Les deux sorcières étaient assises l'une à côté de l'autre quand la porte s'ouvrit brutalement. Tisiphone sursauta violemment. Ils allaient encore lui poser des questions sur Daëron, elle baissa la tête, éblouie. C'est alors qu'elle sentit la main d'Alice qui pressait la sienne. Personne ne lui parlerait de son mari, cela s'était passé il y a bien longtemps. Ils n'étaient pas là pour elle.
Caradoc fut stupéfixé et emmené sans ménagement hors de la pièce. La porte se referma. Les ténèbres reprirent leurs droits.
Que veulent-ils ? demanda soudain Alice. Pourquoi ne pas s'être débarrassé de nous ?
Aucune idée, mentit Tisiphone.
Ce n'était pas véritablement un mensonge, à part la mention de Dumbledore par Sebastian, elle n'en savait pas plus. Elle se tourna vers Alice, même si dans le noir cela était inutile.
Je crois juste qu'ils parlaient de Dumbledore … C'est tout.
Le soupir que laissa échapper Alice en dit long à Tisiphone.
Tu sais quelque chose, constata-t-elle.
Alice ne lui répondit rien, Tisiphone sut qu'elle avait raison.
De longues heures passèrent. Finalement, la porte se rouvrit. Caradoc, plus mort que vif, fut jeté au sol sans ménagement. Une mare de sang se forma autour de sa tête. Il respirait avec difficulté.
Un Mangemort entra dans la pièce. Il repoussa du pied le corps inanimé de l'Auror puis se tourna vers les deux sorcières. Il fit signe à Tisiphone de se lever. Elle sentit alors la main d'Alice la serrer fortement, lui enjoignant de ne pas bouger. Etonnée, elle se tourna vers son amie. Alice releva la tête.
Elle n'est au courant de rien ! s'écria soudainement Alice. Laissez-là tranquille !
Alice, murmura Tisiphone. Tais-toi !
Le Mangemort éclata alors de rire.
C'est à nous de décider ce qu'elle sait ou pas … Mais ne t'en fais pas, ton tour viendra !
Pendant ce temps, Tisiphone s'était levée et s'était approchée de la porte. Le sorcier lui fit signe de sortir. Elle ne se retourna pas vers Alice ou Caradoc. Pour le moment, ils étaient encore en vie.
Le couloir était à présent éclairé faiblement par quelques bougies à la flamme tremblotante. Tisiphone cligna plusieurs fois des yeux, éblouie par cette nouvelle clarté qui l'agressait.
La porte se referma dans un claquement sec.
La sorcière se retourna.
Que se passe-t-il ? demanda-t-elle sèchement.
Le Mangemort ne lui répondit pas.
Le couloir était désert. Il ôta alors sa cagoule, libérant une masse de cheveux blonds. Tisiphone n'avait toujours pas desserré ses dents.
Tu as pleuré ? constata Lucius.
Il voulut effacer les dernières traces de larmes mais elle le repoussa.
Es-tu toujours fâchée ? demanda-t-il.
Oui, répondit-elle laconiquement.
Tu n'as pas ouvert mes lettres …
Elles ont fini au feu … Tes fleurs ont failli prendre le même chemin, mais seule Mana m'en a empêchée …
Elles auront au moins fait plaisir à quelqu'un …
Ce n'est pas drôle ! Au fait, lança soudain Tisiphone, que se passe-t-il avec ta mère ?
Lucius la regarda avec étonnement.
Si tu avais ouvert mes lettres … Mais pourquoi me demandes-tu cela ?
J'ai juste reçu une superbe Beuglante qui m'a explosée dessus … en pleine réunion …
Disons, pour être bref, que nous ne nous parlons plus … qu'elle n'a plus de fils …
Un éclair passa dans les yeux de la sorcière qui s'arrondirent de surprise.
L'aurais-tu envoyée balader ? demanda-t-elle incrédule.
Oui, admit Lucius.
La sorcière ne trouva rien à répondre. Mais lorsqu'il voulut la serrer contre elle, elle ne le repoussa pas.
Elle finit par le repousser doucement.
Tu ne m'as toujours pas dit ce qui se passait …
Le visage de Lucius se ferma un peu plus. Il avait l'air inquiet et soucieux. Il remit alors sa cagoule et prit Tisiphone par le bras. La réponse qu'il lui fit glaça le sang de la sorcière.
- IL veut te rencontrer …
