Chapitre XVII : Face aux Ténèbres …

Le couloir résonnait encore des derniers de mots de Lucius. Tisiphone ne put s'empêcher de sentir une sourde angoisse étreindre son cœur et son âme.

Ils étaient arrivés aux pieds de l'escalier qui menait hors de la cave, vers des étages plus accueillants que l'humidité glaciale du sous-sol.

Fais attention, la prévint Lucius, les marches sont glissantes.

La sorcière marmonna une brève réponse incompréhensible. Elle releva le bas de sa robe pourtant taché de boue et de mousses moisies. Lucius monta les marches rapidement, visiblement pressée. La sorcière prit son temps et malgré la cagoule, elle sentit que le sorcier était en colère contre sa lenteur. Elle ne dit rien. Il ne lui fit aucune remarque non plus, ne préférant pas envenimer davantage les choses. Lucius s'en voulait de la mettre ainsi au pied de mur, mais plus question pour lui – ni pour elle – de reculer.

Ils étaient arrivés au rez-de-chaussée. Contrairement à tout à l'heure, l'endroit grouillait de sorciers. Tous avaient le visage masqué. Certains encadraient quelques sorciers aux visages découverts : leurs dernières prises d'Aurors. Les Mangemorts avaient été parfaitement renseignés : tout semblait se dérouler sans trop d'accrocs.

Lucius la mena ensuite vers les étages. Il ne s'arrêta pas au premier d'où sortaient des cris de douleurs, sans doute ceux des Aurors qui étaient entre les mains de leurs bourreaux. Tisiphone frissonna, elle se demanda ce qui était le pire : le sort réservé aux sorciers du Ministère qui étaient en train de se faire interroger ou le sien. Elle savait qu'elle ne sortirait pas indemne de cette entrevue.

Au second étage, il n'y avait pas un bruit. Toutes les fenêtres laissaient passer les rayons du soleil, l'atmosphère en était moins lourde, presque chaleureuse, comme pour tromper la sorcière.

Lucius s'engagea dans le couloir de droite. Le parquet grinçait légèrement sous ses pas. Il s'arrêta devant une porte fermée. Des éclats de voix parvenaient jusqu'aux deux sorciers. Sans frapper, Lucius ouvrit la porte et fit signe à Tisiphone de le suivre. Elle entra à contrecoeur. Elle franchit le seuil et se retrouva dans la pièce : impossible maintenant pour elle de faire demi-tour …

Ils se trouvaient dans ce qui autrefois avait du servir de bureau ou de bibliothèque. Les murs étaient occupés par des étagères vides, à l'exception de quelques bocaux, semblables à ceux qui moisissaient dans la cave. Dans la cheminée, un feu avait été allumé. Les flammes avaient pris une couleur verdâtre qui oscillait parfois avec le jaune. Elles dansaient violemment comme soumises à un vent rageur, pourtant aucun souffle ne parcourait la pièce. Les yeux de Tisiphone presque verts aujourd'hui s'attardèrent ensuite sur les deux sorciers qui se tenaient dans la pièce. Elle abandonna rapidement la silhouette agenouillée de Sebastian pour s'attarder devant le Sorcier qui attisait toutes les conversations et toutes les craintes. Lord Voldemort était de haute taille. Ses prunelles rouges flamboyaient de rage contre Sebastian. Ses cheveux châtains très foncés étaient coiffés avec soin. C'est Son visage qui frappait le plus Tisiphone, il avait quelque chose d'animal, presque plus rien d'humain. Etait-ce Ses yeux à la couleur étrange ? Son nez qui semblait inexistant ? Son teint blafard ? Ses fines lèvres pincées ? La sorcière était incapable de le dire, elle eut l'impression de sentir souris face à un cobra prêt à l'attaque.

… des résultats ! Ton plan, cracha le Seigneur des Ténèbres, était censé se dérouler sans problèmes ! Tu m'avais assuré de très bons résultats, immédiats ! Hors pour le moment, je n'ai toujours aucune réponse à mes questions ! J'ai déjà dû me déplacer en personne, ici, vais-je devoir prendre le reste des choses en mains ?

Non … maître, balbutia Sebastian.

Voldemort avait sorti sa baguette et la pointa sur Sebastian. L'éclair le frappa de plein fouet, il s'écroula sur le sol, les muscles tétanisés par la douleur. Cependant, aucun son ne sortit de sa bouche. Longtemps, le regard amusé, le Mage noir se délecta de la souffrance de son Mangemort. Il leva alors les yeux et aperçut Lucius et Tisiphone, Il dévisagea en silence la sorcière, observant la moindre de ses réactions. Tisiphone ne le remarqua pas, absorbée elle aussi par Sebastian qui n'avait que ce qu'il méritait. Finalement, Voldemort rompit le sort et rangea sa baguette.

Il fit alors signe à Lucius et Tisiphone d'avancer. Ils progressèrent en silence. Lucius s'inclina devant le seigneur des ténèbres, la sorcière ne bougea pas, ce n'était pas son Maître. Elle releva la tête fièrement. Un éclair d'amusement mêlé de surprise passa dans le regard de Voldemort.

Il parla alors d'une voix grave comme venue d'outre tombe. Tisiphone sursauta, c'était la première fois qu'elle L'entendait.

Lucius, fais disparaître ce misérable de ma vue et laisse-nous ! ordonna-t-il. Seuls !

Lucius inclina de nouveau la tête en silence. De sa baguette, sans douceur, il fit sortir le corps inanimé de Sebastian. Tisiphone le regarda partir. Elle sursauta quand il referma la porte pourtant en silence. Son cœur battait la chamade. Une peur glacée la saisit.

Lord Voldemort la dévisageait en silence, elle se prêta de bonnes grâces à cet examen, de toute façon que pouvait-elle faire ? Elle ne devait pas avoir fière allure avec sa robe tachée, ses cheveux emmêlés, son visage maculé poussière et de traces de larmes.

Il prit alors la parole et invita la sorcière à s'asseoir. Deux fauteuils venaient de faire leur apparition. Il s'assit dans l'un d'entre eux et Tisiphone l'imita.

Nous serons plus à notre aise pour discuter, se justifia-t-il.

La première impression de Tisiphone restait la même, elle se sentait hypnotisée comme face à un dangereux serpent.

La sorcière se cala dans le fond du fauteuil puis croisa les jambes. Pendant un court instant, elle joua nerveusement avec l'ourlet de ses manches, elle finit par arrêter son petit manège. Cela n'échappa à Voldemort et Il eut un petit rire amusé. Cette sorcière l'intriguait, elle ne paraissait pas avoir peur de Lui. Elle était juste anxieuse, anxieuse mais pas terrifiée. Lorsqu'Il l'avait croisée chez Nathaniaël, Il l'avait rapidement sondée et elle avait éveillé Sa curiosité : son cœur était plein de noirceur.

Tisiphone restait immobile, elle avait décidé de fixer son regard sur la flamme vacillante d'une bougie, elle ne voulait pas Le regarder dans les yeux. Elle attendait en silence, elle ne savait pas quoi dire, de toute façon c'était Lui qui voulait la rencontrer, pas elle.

Finalement, Il brisa le silence.

Ainsi, te voilà enfin. J'étais très … curieux … de te rencontrer … J'avais tellement entendu parler de toi.

Le Mage noir pesait chacun de ses mots en fixant intensément la sorcière.

En bien ? répondit du tac au tac Tisiphone.

Sa franchise sans crainte arracha un rire au Seigneur des Ténèbres. Cette jeune sorcière ne manquait pas d'aplomb.

Cela dépend, le Bien et le Mal ne sont, finalement, qu'une question de point de vue … Prenons un exemple …

Il s'interrompit un court instant comme pour réfléchir. Un cruel sourire naquit sur son visage.

Tuer une dizaine de moldues puis raser un village entier pour venger une seule et unique personne … Est-ce un acte qu'on peut qualifier de bon ou de maléfique …

La sorcière sursauta et son regard se fit plus froid.

Comment savez-vous cela ? demanda-t-elle sèchement. Personne n'est au courant …

Je sais tellement de choses sur toi …Ta colère et tes envies de vengeance te rendent … vulnérables, il est tellement facile pour Moi de lire en toi … et donc pour d'autres aussi. Tu devrais te montrer plus … prudente … Vois-tu, pour d'autres sorciers, cet acte que tu as commis serait qualifiable de mauvais … Tout n'est que question de point de vue …

Il se tut de nouveau, avant de reprendre d'une voix plus douce.

Je peux faire de toi une sorcière encore plus grande que tu n'es …

Tisiphone éluda rapidement la proposition.

Et que savez-Vous d'autre sur moi ? demanda-t-elle.

Je sais quelle route t'a menée jusqu'ici … Je sais ce que tu recherches par-dessus tout …

Vraiment ?

Oui, je te l'ai dit, tes défenses, par moment, sont si faciles à briser …

Tisiphone sursauta, elle sentit une main glacée s'insinuer au plus profond de son être, franchissant une à une les barrières derrières lesquelles elle cachait ses douloureux souvenirs et qu'elle avait eu tant de mal à ériger. Elle ne savait plus ce qui était le présent, ce qui était le passé, où commençaient les souvenirs et où s'arrêtait la réalité.

Elle gémit et porta ses mains à sa tête.

Arrêtez, murmura-t-elle, arrêtez !

Voldemort continua de longues minutes à fouiller dans le passé de la sorcière, un sourire féroce aux lèvres.

Il cessa soudainement son incartade dans les souvenirs de Tisiphone. Il la regarda en silence, elle haletait comme si elle venait de faire la course avec un dragon. Finalement sa respiration redevint normale, elle passa une main sur son visage pour en chasser les quelques larmes qui s'étaient échappées, puis elle releva la tête fièrement, essayant de faire comme si rien ne s'était passé.

Je sais ce que tu veux, répéta alors Voldemort dans un souffle.

Une lueur étrange éclaira Son regard pourpre.

Il se leva soudain.

Et qu'est-ce que cela fait ? rétorqua Tisiphone en se levant à son tour.

Ce que tu désires, expliqua-t-Il alors, je peux te le donner …

Il se tenait devant les flammes de la cheminée et les observait.

Les Morts ne reviennent jamais, marmonna Tisiphone.

Il éclata de rire une nouvelle fois.

Je le sais bien, mais les faire revenir n'est pas ce que tu désires le plus … Peut-être est-ce que tu aimerais penser … Il y a autre chose que tu souhaites par-dessus tout … Approche !

Le ton était tel qu'elle ne put refuser. Les paroles qu'Il venait de prononcer semer le doute en elle, se pouvait-il qu'Il ait raison ? Que les revoir n'était pas ce qu'elle voulait le plus … Pourquoi continuer à se torturer puisque cela était impossible.

Tisiphone s'était rapprochée, elle se tenait maintenant près du feu, curieuse de voir ce que Voldemort allait lui montrer.

Il passa sa main au-dessus des flammes. Elles changèrent aussitôt de couleurs : de vertes, elles passèrent à un rouge et or aussi flamboyant que le plumage d'un phénix.

Ce que tu désires le plus, répéta le Seigneur des Ténèbres, Je peux te le donner …

Il regarda Tisiphone puis se tourna de nouveau vers les flammes, leur intensité avait faibli. Il semblait à la sorcière qu'elles ne dégageaient plus aucune chaleur, bien au contraire, un froid vif la saisit, alors qu'elle était au plus près du feu.

Voldemort passa de nouveau sa main au-dessus des flammes. Elles se ravivèrent doucement en dansant étrangement. Soudain, une forme parut émerger du feu. Une flamme, un peu plus pâle que les autres, se mit à grossir puis prit soudain la forme d'un visage, puis la silhouette toute entière d'un homme.

Au moment même où ses yeux tombèrent dessus, Tisiphone serra ses poings de toutes ses forces, un rictus de haine apparut.

Le sorcier dont l'image venait de se dévoiler dans le feu était grand et mince. C'était homme d'un certain âge déjà, à l'imposante barbe grise de la même couleur que ses longs cheveux. Il portait de petites lunettes.

Tisiphone pâlit un peu plus. Lentement, elle se tourna vers Voldemort et leva la tête vers Lui.

Comment savez-vous que c'est lui ? cracha-t-elle.

Il éclata de rire.

Tu sais maintenant sur quoi travaillait ton mari à sa mort … Ce genre de travaux mérite qu'on leur apporte toute leur attention, qu'on veille sur eux … de loin. Beaucoup de sorciers sont intéressés par les vieilles légendes …

Ca, marmonna la sorcière, je l'avais remarqué …

Le silence régna de nouveau, Voldemort patientait, attendant que la colère de la sorcière retombe, ménageant son petit effet.

C'est également normal que je sois aussi au courant, finit-il par poursuivre en souriant.

Pourquoi donc ? l'interrompit Tisiphone.

Voldemort éclata alors de rire.

Je pensais qu'après tout ce temps, tu l'aurais compris …

De quoi parlez-vous !

Penses-tu sincèrement que j'ai pu confier cette traduction et ces recherches à n'importe qui ?

Je le traduis bien, ce fichu parchemin !

Mais tu n'es pas n'importe qui ! Tu es appelée à faire de grandes choses … Enfin, pour le moment, là n'est pas la question !

Tisiphone avait croisé ses bras et fixait les flammes avec intensité, la silhouette du sorcier était toujours là à la narguer. Soudain, elle sut avant même qu'Il ne parle ce qu'Il allait lui dire.

Même s'ils sont loin de Moi, Je garde toujours un œil sur les avancées de mes hommes, déclara Voldemort.

Tisiphone blêmit un peu plus.

Mais pour être tout à fait sincère, Je ne pensais pas que ce vieux fou de Dumbledore laisse faire une telle chose … Il M'a pris au dépourvu. Il n'est pas coutumier de ce genre de choses … Ce ne sont pas ses méthodes habituelles …

Tisiphone ne répondit rien, elle était encore sous le choc de ce qu'elle venait d'entendre. Bien sûr, au fil des derniers mois, elle avait eu des doutes, mais là ils venaient de s'envoler d'un seul coup. Mana devait être au courant, voilà pourquoi elle lui avait déconseillé d'en savoir trop … Ce que Tisiphone ne comprenait pas, c'était le secret absolu autour de toute cette histoire … De toute façon, il était trop tard pour changer quoique ce soit … Maintenant, la seule chose qu'elle voulait par dessus tout n'était plus la vérité, mais la Vengeance.

Elle se tourna vers le Seigneur des Ténèbres.

Pourquoi ne pas avoir agi ? demanda-t-elle.

Je te l'ai dit, J'ai été surpris, et puis, des pertes sont inévitables.

Il avait dit cela avec froideur et détachement.

Tisiphone serra encore plus fort ses poings. La silhouette dansait toujours dans les flammes. Elle aussi, finalement, avait été surprise. Surprise qu'Albus puisse cautionner un tel acte, surtout venant de son frère.

Elle soupira.

Parlons de choses plus sérieuses, annonça Voldemort tout en l'invitant à s'asseoir de nouveau.

La sorcière s'exécuta machinalement, encore abasourdie par ce qu'elle venait d'apprendre.

Que voulez-vous savoir de plus ? demanda la sorcière, résignée.

Par exemple où en est cette traduction que Lucius t'a confiée …

Je suis au point mort, avoua la sorcière.

Vraiment ?

Le ton glacial la fit frissonner et ne laissait rien présager de bon pour la sorcière.

J'ai traduit une bonne partie du texte, mais ce qui est en Atlante me pose encore beaucoup de problèmes … Je n'ai rien sur quoi me baser, à part quelques mots glanés ça et là par comparaison.

Il me semblait que Lucius m'avait parlé de clés et d'un voyage dans des souvenirs.

J'allais y venir, marmonna la sorcière. Les pectoraux renferment des souvenirs des Atlantes qui les possédaient. Par le plus grand des hasards, j'ai pu y entrer. C'est ainsi que j'ai appris comment fonctionnait la Boîte de Pandore … et le nombre de clés …

Tu as toute Mon attention !

La Boîte de Pandore aspire toute la magie des sorciers ; plus elle en possède, plus elle en réclame … Les clés sont au nombre de dix, comme les dix rois de l'Atlantide : chacun en possédait une. Et toutes réunies, elles permettent d'activer la Boîte … Seulement voilà, pour les retrouver, elles et la Boîte, ça va être difficile en l'absence d'indices.

Voldemort éclata alors de rire. Tisiphone fit la grimace, il n'y avait rien de drôle là dedans. Elle faillit le Lui dire, mais elle préféra se taire … Qui sait combien temps continuerait-Il à être bien disposé à son égard …

Il se leva soudain et se dirigea de nouveau vers le feu. Il sortit d'une de ses poches une petite bourse en cuir et jeta son contenu dans les flammes. La silhouette d'Abelforth disparut soudain. Les flammes devinrent d'un beau bleu turquoise. Il y eut un ploc sonore. Quelque chose apparut dans le feu, quelque chose que la sorcière ne parvint pas à voir.

Voldemort se retourna soudain. Ce qu'Il tenait entre les mains restait dissimulé aux yeux de Tisiphone. Il eut un sourire satisfait.

J'ai quelque chose qui pourrait fortement t'intéresser … Mais en échange, tu devras continuer tes recherches …

Qu'est-ce donc ?

Il tendit alors l'objet emballé avec soin dans de la soie et du lin. Intriguée, Tisiphone prit le paquet qu'Il lui tendit. Elle allait l'ouvrir quand Il l'interrompit.

Bien entendu, ajouta-t-il d'une voix glaciale, une fois que tu l'auras ouvert, j'attends de toi le même engagement que ton défunt mari …

Les mains de la sorcière tremblèrent. Elle suspendit son geste et releva la tête en prenant une forte inspiration. Elle allait parler, mais de nouveau, il fut le plus rapide.

Tout travail mérite salaire, ajouta-t-Il. Mais Je doute que ce soit les Gallions qui t'intéressent …

Que me proposez-vous en échange ?

Ce que tu souhaites le plus …

Vous savez où il est ?

Non, avoua le Seigneur des Ténèbres. Mais il M'est très facile de le découvrir …

Comment ? demanda la sorcière.

Suis-moi !

Tisiphone n'hésita qu'un court instant. Elle garda le paquet entre ses mains et se leva.

Voldemort la précéda et la guida dans le dédale de couloirs. De l'extérieur, la maison semblait avoir des proportions normales, mais lorsqu'on se trouvait à l'intérieur, elle paraissait plus vaste qu'un vieux palais antique. Tisiphone en fit la remarque tout haut. Voldemort se tourna vers elle et entreprit de lui raconter l'histoire de ce lieu.

Cette maison n'est pas si vieille que les ruines sur lesquelles tu as pu travailler. Elle a été bâtie il y a un peu plus de trois cents ans, par un vieux sorcier excentrique. La plupart des sorciers, aujourd'hui en ont oublié jusqu' à son existence. Pourtant certaines de ses recherches restent célèbres … dans certains domaines …

Qui était-ce ?

Balthazar Arlior.

Tisiphone sursauta, ce nom ne lui était pas inconnu, mais elle comprit ce qu'avait voulu dire Voldemort en faisant allusion à la notoriété de certains de ses travaux. Arlior était surtout connu pour un sortilège qu'il avait inventé … Le sortilège de Doloris.

Effectivement … Il a expérimenté ce sort ici même, dans les souterrains sur de nombreux … volontaires …

Voldemort la conduisit alors au premier étage.

Ce sorcier savait alors comment s'y prendre. Sa demeure est parfaitement adaptée à ses « recherches ». Lui et ses disciples pouvaient travailler en toute quiétude, dans un cadre parfaitement adapté : des sous-sols vastes pour y … loger … ses cobayes, des bureaux – dirons-nous – et des salles de travail répondant aux moindres besoins de ses recherches. Dommage que ce lieu ait été laissé à l'abandon.

Tisiphone ne put s'empêcher de sourire, aurait-elle pu imaginer un seul instant que Voldemort lui serve ainsi de guide … C'était comme si elle jouait aux touristes …

Le Seigneur des Ténèbres s'arrêta soudain devant une porte ; de l'intérieur de la pièce s'échappaient quelques cris déchirants. Il poussa alors la porte et se recula pour laisser, galamment, passer la sorcière.

La salle dans laquelle elle entra, était plongée dans la pénombre. Une immense baie vitrée remplaçait un des murs et donnait sur une autre pièce plus petite, aux murs carrelés. Voldemort vint se placer juste derrière la sorcière. Elle sentait Son souffle sur sa nuque.

Personne ne te verra, lui expliqua le Mage noir. La vitre est ensorcelée pour voir sans être vu …

Cela rassura quelque peu Tisiphone : elle venait de reconnaître sans peine une des personnes qui se trouvait de l'autre côté : un Auror qu'elle avait plusieurs fois côtoyé au Ministère. L'autre sorcier qui se trouvait dans la pièce, elle le reconnut également immédiatement, malgré la cagoule qui masquait son visage.

Elle sut exactement ce qui allait se passer sous yeux.

Elle détourna la tête et interrogea Voldemort.

Que recherchez-vous exactement ?

Pour le moment, des informations … des noms … un lieu aussi … D'insignifiants moustiques me dérangent et je voudrais écraser leur nid …

Dumbledore ?

Oui, malgré ce qu'en pense ce cher Sebastian, je sais que tu n'es au courant de rien concernant cette histoire …

Tisiphone songea aussitôt à l'histoire qu'Alice essayait de lui cacher et des paroles mystérieuses de certains Aurors au Ministère.

Dans la salle aux carreaux noircis par d'anciennes flammes et rougis par le sang, le Mangemort continuait à torturer le sorcier tout en répétant les mêmes questions, mais sans succès.

Pourquoi m'amener ici ? demanda Tisiphone, peu enthousiaste à l'idée s'assister à un interrogatoire.

Je te l'ai déjà dit … Ce que tu souhaites tant, Je peux t'aider à l'obtenir … La réponse est là, juste de l'autre côté de cette vitre …

Je doute qu'il sache quelque chose … marmonna la sorcière.

Tu doutes ? Mais laisserais-tu passer une chance, ne serait-ce infime, d'avoir cette information si importante à tes yeux ?

La sorcière se retourna lentement vers le mage noir, se demandant si elle avait bien compris le sens de ses dernières paroles. Un sourire démoniaque et satisfait était apparu sur Son visage reptilien.

Mes paroles te choqueraient-elles ?

La sorcière ne répondit rien.

Ta retenue m'étonne un peu … pour quelqu'un qui ne fait pas dans la demi-mesure …

Elle grimaça, Il n'allait pas abandonner si facilement son passé …

Alors ? continua-t-Il dans un souffle glacé mais tentant. Vas-tu laisser passer cette chance ? N'est-ce pas ce que tu cherches ? Savoir où se trouve le sorcier qui a tué les tiens …

Elle n'avait toujours pas bougé, ni réagi … Elle restait immobile, les yeux dans le vague. Elle finit par se retourner et jeter un coup d'œil de l'autre côté de la vitre.

L'Auror avait glissé à terre, il gisait sur le côté, tandis que des éclairs mordorés continuaient à déferler sur son corps déjà en sang.

Voldemort s'était de nouveau rapproché de Tisiphone. Il posa une main sur son épaule, elle sursauta.

Il sait, lui chuchota-t-Il à l'oreille. Il sait où il se cache … Qu'attends-tu ?

Elle soupira. Voldemort lâcha son épaule et vint se placer face à elle. Il la débarrassa du paquet qu'elle n'avait toujours pas ouvert, puis Il prit la main de la sorcière et la posa à plat entre eux. Il passa ensuite la Sienne au-dessus dans un lent mouvement. Une sorte de nuage noir, totalement opaque, apparut et enveloppa leurs mains. Bien qu'elle ne puisse rien voir, elle sentit quelque chose se déposer dans le creux de sa paume. Quelque chose d'assez gros et de doux au toucher.

Voldemort ôta Sa main, le nuage commença à se dissiper lentement. Une lueur étrange dans ses yeux, Il observait la sorcière et la moindre de ses réactions.

Finalement, elle put enfin voir ce qui avait été déposé dans sa main. Un hoquet de surprise lui échappa, mais elle ne dit rien. Elle leva les yeux en frissonnant vers le Seigneur des Ténèbres. Il avait toujours Son petit sourire de satisfaction au coin des lèvres.

Sans mot dire, elle prit la cagoule noire et la déplia.

Ses mains tremblaient légèrement.

N'oublie pas, ta récompense sera double …

De la tête, Il montra l'Auror de l'autre côté puis le petit paquet qui flottait près d'elle.

Le visage fermé, mais les yeux flamboyants de haine, avec des gestes lents, elle enfila la cagoule.

Un froid immense l'envahit alors que son visage était à présent masqué. Son cœur battait la chamade et une sueur glacée parcourut son dos. La sorcière était au bord des larmes et de la nausée. Elle se cramponna à sa haine, attendant que son corps retrouve un certain calme.

Le rire de Voldemort s'éleva alors dans la pièce.

Ce masque te va mieux que celui d'Auror ! déclara-t-Il.

Tisiphone ne trouva rien à répondre.

Va chercher tes réponses, maintenant, et montre-toi digne de Ma … confiance !

Tisiphone avait sorti sa baguette, ses mains ne tremblaient plus.

Le Mage Noir lui saisit le poignet et dirigea sa baguette contre la paroi vitrée. La pointe la frappa à trois reprises, le verre, par endroits, devint plus brillant et une ouverture apparut.

Tisiphone entra, suivie de près par Voldemort.

L'Auror était à terre, inconscient.

Voldemort fit signe à son Mangemort de laisser sa place à la sorcière. Si ce dernier parut étonné de la voir en ce lieu, il ne dit rien.

Tu peux assister au spectacle, si tu le souhaites, l'invita Voldemort.

En silence, il alla se placer aux côtés de son Maître.

La voie était libre pour la sorcière.

Montre-nous ce dont tu es capable !

Tisiphone hocha simplement la tête.

Enervatum ! lança-t-elle.

Le sorcier revint à lui et gémit.

Peu lui importait, au final, elle n'avait plus rien à perdre … Son âme, cela faisait longtemps qu'elle l'avait vendue au diable.

Ce qui se déroula ensuite resta très flou dans l'esprit de la sorcière. Elle n'en garda qu'un vague souvenir voilé. Elle agissait comme une machine, posant une question, jetant un sort. Longtemps, le manège se répéta : un sort, une question, du sang versé, un sort, une question, du sang versé …

Pourtant, elle comprit rapidement qu'il ne savait rien … mais elle ne s'arrêta pas pour autant … Il voulait voir ce dont elle était capable, alors Il aurait ce qu'Il voulait puisque, elle, elle ne pouvait l'avoir …

Elle levait sa baguette une nouvelle fois, quand une main agrippa son poignet. Elle se retourna vivement, faisant voler ses cheveux.

Ca suffit maintenant, Tisiphone ! Il est mort … depuis dix bonnes minutes, ajouta Lucius.

Elle abaissa sa baguette, épuisée.

Elle ôta sa cagoule, violemment, et la jeta au sol avec force.

Elle se tourna alors vers Voldemort, les yeux flamboyant de rage et de haine.

Satisfait ? cracha-t-elle.

Voilà une bonne petite sorcière zélée !

Il éclata de rire.

Mais nous n'en avons pas encore fini, suis-moi !

Serrant avec force sa baguette, elle lui emboîta le pas, en silence. Au passage, elle récupéra le présent du Seigneur des Ténèbres qu'elle n'avait toujours pas ouvert.

Ils retournèrent dans la bibliothèque et reprirent place dans les fauteuils.

Vous le saviez ?

Quoi ? demanda innocemment Voldemort.

Qu'il n'était au courant de rien …

Et toi, tu l'as deviné immédiatement, ce qui ne t'a pas empêché de le torturer, répondit-Il dans un murmure. Et de t'amuser …

Elle baissa la tête. Il avait raison.

Mais passons à la suite ! ajouta-t-Il en montrant de la tête le paquet que la sorcière avait posé sur ses genoux.

Avec précaution, elle ôta les bandes de tissu qui protégeaient l'objet.

Quand elle put enfin voir de quoi il s'agissait, elle ne put réprimer une exclamation.

Comment avez-Vous eu cela ? s'étonna-t-elle, presque admirative. Si c'est bien ce que je crois …

Tu ne trompes nullement … Je savais que cela te plairait …

Tisiphone laissa ses doigts courir sur le bois précieux de la Boîte de Pandore. Les dorures luisaient doucement à la lueur des flammes. Elle regarda les dix emplacements vides destinés à recevoir les pectoraux. La Boîte était semblable à celle qu'elle avait aperçue dans le souvenir de Cleito. L'objet ne portait aucune trace des millénaires qui s'étaient écoulés depuis sa naissance.

Comment êtes-Vous rentré en sa possession ? répéta la sorcière.

Par le plus grand des hasards … Je l'ai récupérée chez quelqu'un qui ignorait tout de cette Boîte, il voulait s'en débarrasser car elle ne lui servait à rien, puisqu'elle était impossible à ouvrir … La magie, la puissance qu'elle dégageait M'intriguait au plus haut point …

Tisiphone hocha la tête en silence. Le pouvoir qui émanait de cet objet était immense, elle pouvait en sentir une infime partie. Rien d'étonnant à ce qu'Il ait eu envie d'en savoir plus …

Elle poursuivit l'examen de la Boîte. En la retournant, elle vit les mêmes symboles indéchiffrables ; elle fronça les sourcils devant la tâche qui, nul doute n'était possible, l'attendait.

Voldemort sourit en voyant la curiosité et la nature de Tisiphone reprendre le dessus.

Déjà au travail ?

Elle releva la tête, comme une enfant prise en flagrant délit.

Bien entendu, si tu remplis ta mission, ta récompense sera à la hauteur …

Il n'eut pas besoin d'en dire plus, elle savait ce qui l'attendait si elle échouait … Elle n'avait pas le choix.

Et naturellement, tu as carte blanche pour cette affaire …

Elle acquiesça.

La personne … à qui elle appartenait auparavant, où l'avait-elle eue ?

Si mes souvenirs sont bons, je crois qu'elle avait parlé d'une île grecque … d'un site archéologique … Akrotiri …

Akrotiri ? s'écria Tisiphone. Sur Théra ?

Oui …

Un grand sourire éclaira le visage de la sorcière. Elle savait par où commencer.

Je dois aller sur place, murmura-t-elle plus pour elle-même.

Elle se leva, tenant toujours la Boîte de Pandore contre elle. Ses yeux se posèrent alors sur elle.

J'aurais … besoin … de … la garder, pour mieux l'étudier, dit-elle.

Je te l'ai dit, tu as carte blanche … Cependant, ajouta-t-Il d'une voix soudain plus féroce, prends-en le plus grand soin … Cette Boîte de Pandore M'est très précieuse … J'y tiens comme … si elle faisait partie de Moi … Est-ce clair ?

Très clair !

Trop heureuse de la tournure qu'avait pris cet entretien, Tisiphone ne demanda pas son reste et fila.

Elle venait de poser la main sur la porte quand Voldemort l'interpella. Elle se retourna fébrilement. Il s'était levé.

Tu as oublié quelque chose, je crois.

La cagoule noire apparut alors devant Tisiphone. Elle la saisit sans rien dire, puis s'éclipsa.