Chapitre XVIII : Dans le coeur du volcan ...
Le soleil brûlait la terre aride et désolée. Même si l'été était encore loin, il faisait déjà chaud et les rares plantes survivaient avec difficulté sur le sol desséché. Le ciel restait désespérement bleu, sans nuage aucun à l'horizon. Une brise venue de la mer apportait par moments quelques souffles frais.
Les ruines antiques se dressaient près des falaises et surplombaient la caldera et ses eaux profondes, presque noires. Le site était abandonné depuis de longues années, les archéologues moldus ayant trouvé des endroits plus intéressants à fouiller. Un simple grillage défendait l'accès de l'ancienne cité. Quelques sorts habilement jetés permirent à Tisiphone d'errer sans problème dans les rues de la petite ville.
Cela faisait une semaine qu'elle était retournée sur sa terre brûlée si chère à son coeur. Bien entendu, son retour n'avait pas été simple pour elle : retrouver sa grande maison vide, emplie de souvenirs lui avait arraché de nombreuses larmes et les fréquents cauchemars peuplaient ses nuits grecques. Elle avait eu aussi la mauvaise surprise de découvrir sa maison sans dessus dessous : sa belle-mère avait dû y faire un tour pour récupérer Merlin sait quoi ...
Si Tisiphone était heureuse de retrouver la Grèce, Mana, elle, était aux anges : elle passait la plupart de son temps libre dehors. Le petit jardin autour de la maison blanche aux volets bleus n'avait jamais été si verdoyant et fleuri. L'elfe avait rapporté d'Angleterre quelques pots et ils s'étaient acclimité sans difficulté à la petite île. La magie de Mana les avait grandement aidés ...
Pour l'heure, Tisiphone, un foulard sur ses cheveux pour les protéger tant bien que mal de la poussière, était accroupie au pied d'une colonne en piteux état. Un petit nuage de terre ocre s'élevait régulièrement devant ses yeux. Elle s'arrêta soudain et se releva. Son visage était maculé par les fines particules et les minuscules grains de sable. Elle essuya ses joues, y laissant une traînée plus pâle.
Elle se sentait revivre et les événements des derniers mois lui paraissaient lointains, comme de mauvais souvenirs. Sa vie était là : sur son île magnifique, au milieu des blocs de pierre millénaires. Ses yeux avaient retrouvé leur éclat d'antan, la petite flamme s'y était rallumée.
Elle fit quelques pas, jusqu'au bord de la falaise. En contrebas, la mer fougueuse venait s'abattre avec violence contre les rochers noirs aux formes étranges. L'écume s'envolait en mille diamants d'argent qui étincelaient sous les rayons perçants de soleil. Quelques mouettes planaient dans l'azur, l'une d'elles parfois piquait à toute vitesse vers les eaux marines, attirée par un éclat doré d'un poisson. Sans une éclaboussure, elle entrait dans l'eau à toute vitesse pour ressortir quelques secondes plus tard, un poisson dans le bec.
Tout à l'heure, c'était décidé, alors que le soleil déclinerait lentement, elle emprunterait le petit sentier tortueux et irait plonger dans les profondeurs de la mer Egée. Pour l'heure, elle voulait finir de déblayer l'étroit passage qu'elle avait découvert. Un instant, elle se demanda comment elle avait pu être si aveugle : les fresques du palais racontaient toute l'histoire pour qui voulait prendre le temps d'y jeter un coup d'oeil. Sa seule excuse était de ne pas avoir su ce qu'elle cherchait ... mais maintenant tout était différent ...
La Boîte de Pandore ...
Elle se demanda ce qu'elle ferait si elle parvenait à mettre la main sur tous les pectoraux ... Bien sûr, elle pouvait toujours disparaître ... mais elle savait qu'Il la retrouverait. Elle pourrait toujours se servir de la Boîte, mais sans toutes les clés c'était impossible ... Elle avait été bête et imprudente, Il s'était montré plus rusé qu'elle : lorsqu'elle était retournée en coup de vent chez elle, le pectoral de Nathaniaël avait disparu. Le sien, non, bien à l'abri dans le vase à la Pieuvre. L'autre, elle l'avait laissé traîné sur son bureau ... Mana n'avait pas vu qui avait fait le coup, mais Tisiphone savait que Lucius n'était pas loin ... Lui seul savait où elle avait laissé le bijou Atlante. Elle lui en avait voulu, mais elle comprenait son geste... Chacun risquait gros dans cette histoire ... Elle en aurait fait autant, après tout ...
Son esprit vagabonda encore quelques instants alors qu'elle perdait ses yeux dans le bleu infini de la mer. Elle suivit l'horizon, grimpa le long des falaises qui entourait le cratère englouti, s'attarda quelques secondes sur les villages accrochés à mi hauteur.
Le cri d'une mouette en colère la sortit de sa rêverie, la sorcière fit demi-tour, contourna quelques blocs de marbre jetés là comme par la main d'un géant ou d'un cyclope peut-être ...
Elle leva les yeux au ciel : le soleil était encore haut : peut-être arriverait-elle à trouver l'entrée de ce fameux souterrain avant ce soir.
Elle s'agenouilla et recommença à creuser avec précaution. De petits éclairs fusaient de sa baguette, faisant disparaître la terre et les blocs de pierre éboulés.
Le gravier, derrière elle, se mit à crisser. Elle ne se retourna même pas, absorbée par les fouilles.
Tu ne t'arrêtes jamais ?
Jamais, répondit-elle en riant.
Elle tourna la tête puis se releva.
C'est que je voudrais finir avec la nuit tombée ...
Elle éclata soudain de rire.
Qu'est-ce qui te fait rire ? Demanda Lucius.
Toi ... répondit-elle.
Vraiment ? Et pourquoi donc ?
Le soleil grec ne te réussit pas ... Tu as attrapé un sacré coup de soleil ... Tu es tout rouge, s'esclaffa-t-elle.
Je ne pensais pas qu'on passerait toute la journée dehors ...
Pourtant, je t'avais prévenu ... Tu es venu me dire au revoir ? Demanda-t-elle plus sérieusement.
Oui ... marmonna-t-il.
Tu rentres quand ?
Normalement je serai là dès demain matin ... mais on ne sait jamais ... il peut toujours y avoir des imprévus ...
Elle ne répondit rien, elle ne préférait pas savoir de quelle nature étaient ces imprévus ... Tant qu'il revenait en un seul morceau et le plus vite possible, c'était le principal.
Elle rangea sa baguette et époussetta sa robe.
Je te raccompagne jusqu'à la maison, proposa-t-elle. J'en profiterais pour prendre quelque chose à manger !
Ils marchèrent en silence. Le petit sentier serpentait entre les rares buissons, au milieu de quelques oliviers.
Quelques moutons et quelques chèvres grignotaient le peu de brins d'herbe qu'ils pouvaient trouver.
La maison de la sorcière était isolée et peu de gens passaient à proximité, à part peut-être les vieux bergers. Le sentier la surplombait avant de la contourner. Pour un oeil non averti, il s'agissait simplement d'une vieille bicoque en ruine, au toit disparu depuis longtemps : le sort qui la protégeait était efficace, personne n'entrait jamais sur la proprieté.
Mana était affairée dans le jardin, enlevant quelques mauvaises herbes ou chassant la petite colonie de gnomes qui hantait le lieu.
Lucius récupéra quelques affaires rapidement, Tisiphone l'accompagna jusqu'au promontoire, le seul endroit où il était possible de se transplaner. Lorsqu'il eut disparut, elle fit demi-tour lentement. Mana n'était plus dans le jardin, elle s'affairait en cuisine.
Mana suppose que vous allez retourner aux fouilles ...
Tu as raison, je voudrais essayer d'en déblayer le plus possible ...
Mana a préparé un petit encas ... Il faut manger ! La gronda-t-elle.
Je sais, Mana, mais à force tu devrais avoir l'habitude ...
Ce n'est pas parce que vous êtes prise par vos travaux qu'il faut en oublier de manger !
Ne t'en fais pas, je ferai honneur à ce que tu as préparé ... Ne m'attends pas ce soir, j'irai sans doute faire un tour à la crique ... Et demain, je risque d'aller à Athènes, il faut que je fasse quelques achats. Prépare une liste, s'il faut quelque chose.
La petite elfe acquiesça.
Tisiphone prit le petit panier que lui tendit Mana et s'en retourna. Elle travailla tout l'après-midi sans relâche, mais ses efforts payèrent. Alors que le crépuscule peignait le ciel en rose et mauve, elle avait dégagé une étroite ouverture qui plongeait dans un couloir qui semblait s'enfoncer dans les entrailles de la terre. Un souffle frais sortait de cette bouche béante et obscure. Elle réprima sa curiosité : il serait dangereux de s'y aventurer comme ça ... Demain, elle ira chercher ce dont elle aurait besoin à Athènes et ensuite, elle pourrait tenter de percer les secrets des souterrains du temple.
Pour plus de précautions, Tisiphone lança un sort pour en masquer l'entrée, il valait mieux être prudente. Elle effaça ensuite les traces de son passage. Satisfaite, elle regarda les ruines en souriant. Personne ne pourrait savoir que quelqu'un venait d'effectuer quelques fouilles illégales en ce lieu. Elle ne craignait pas le département de Protection des Fouilles magiques Antiques : les bureaucrates étaient bien trop occupé à masquer aux archéologues moldus et les traces de leur travaux et celles de cités sorcières. De toute façon, le site d'Akrotiri avait été fouillé de fond en comble par les moldus et les sorciers. Les découvertes étaient trop insignifiantes pour fairer venir d'éminents chercheurs, les ruines pas assez extraordinaires pour attirer les touristes en mal de dépaysement. Ils avaient l'Acropole, la Crète ou Délos pour cela.
Tisiphone franchit le grillage qui ne tenait plus qu'à un fil par endroit. Elle ne se dirigea non pas vers sa maison, mais vers la mer. Evitant le sentier, elle coupa à travers le champ de cailloux et les herbes folles. Les derniers lézards et serpents s'en retournaient dans leurs abris pour y passer la nuit, dissimulés aux yeux perçants des chouettes.
La sorcière arriva à la falaise. La descente n'était guère aisée, mais les couches successives de lave avaient formé une sorte d'escalier naturel et la magie aidait beaucoup. La sorcière bondit de roches en roches et finit par arriver au pied de la falaise, sur une minscule plage de galets sombres. L'endroit était connu uniquement de la sorcière qui l'avait découvert par le plus grand des hasards. La crique était inaccessible par la mer, de gros rochers se cachaient sous la crête des vagues et la descente était trop difficile pour les moldus.
Cette petite crique avait une autre particularité : en longeant le bas de la falaise, on pouvait accéder à une minscule grotte creusée par la mer. En y faisant quelques pas, on découvrait un bassin peu profond alimenté par les sources chaudes qui pullulaient dans la région.
Mais pour le moment, Tisiphone préféra les eaux plus froides de la mer. Elle se débarrassa de sa robe qu'elle laissa sur la plage puis s'avança dans les flots bleus. Les vagues n'étaient pas très hautes et s'amusaient à éclabousser la sorcière. Elle plongea soudain. Ici la crique servait de refuge à de nombreux créatures marines. Des nuées de petits poissons se laissaient porter par le courant, tandis que les longues algues se ployaient sous l'effet des vagues. Un gros mérou passa soudain entre deux rochers et nageait nonchalamment. Il ne semblait nullement effrayé par la sorcière, il avait sans doute pris l'habitude de voir cette étrange créature empiéter quelques instants sur son territoire, il avait décidé qu'elle ne présentait aucun danger pour lui, bien au contraire, parfois, elle lui offrait quelques morceaux de poissons qu'une murène essayait de lui chiper. Mais ce soir, aucune offrande, le gros poisson battit de ses nageoires et continua à prospecter sur son territoire.
Tisiphone remonta à la surface, le manque d'air lui brûlait les poumons, elle reprit une grosse inspiration et plongea de nouveau vers les fonds marins. Elle aurait pu se jeter un sort de Têtenbulle, mais ce soir, elle n'en avait pas l'envie. De toute façon, elle ne resterait pas longtemps. Un poulpe habitué lui aussi des lieux, vint lui rendre une petite visite. Ses longs tentacules attrapèrent le bras de la sorcière pour la saluer. Elle le titilla un instant et l'animal retourna vaquer à ses occupations.
Le soleil avait totalement disparu et dans le ciel, les premières étoiles étincelaient unes à unes. L'obscurité et la fraîcheur de la nuit incitèrent Tisiphone à rentrer.
Fatiguée, elle se transplana directement près de chez elle, sur le petit promontoire de triste mémoire. Les ruines du temple se découpaient dans le ciel qui de mauve passait à un violet sombre, presque noir. Aucun nuage ne venait cacher les étoiles qui brillaient. Lentement, le fin croissant de lune se levait au-dessus des eaux devenues noires. Les premières cigales lançaient leurs mélodies stridentes. Une chouette frôla le sommet des oliviers avant de se perdre dans la nuit, en quête d'une imprudente proie. La nuit était calme et sereine.
Mana avait allumé quelques bougies aux fenêtres de la maison et dans la pergola, à même le sol. Des gros pots de lauriers roses étaient en fleurs et délimitait la pergola du reste du jardin. Mana avait dressé la table dehors, elle attendait patientemment le retour de la sorcière. Tisiphone soupa en silence. La maison était décidemment trop calme et trop silencieuse. Elle délaissa vite la pergola et rentra se coucher. Une longue journée l'attendrait le lendemain, il lui faudrait se rendre à Athènes pour y faire quelques emplettes.
Tisiphone se leva en même temps que le soleil. La maison était fraiche et la chaleur du zénith n'avait pas rendu l'air oppressant et suffocant. Mana avait ouvert en grand les larges fenêtres pour faire entrer la brise marine. L'elfe avait aussi déposé le courrier sur la grande table en chêne de la salle à manger. Tisiphone parcourut rapidement les missives, une seule attira son attention, l'écriture lui étant familière. Elle la décacheta à la hâte et la lut tout aussi rapidement. Ce qu'elle craignait le plus se réalisait, Lucius devait rester plus longtemps en Angleterre. Elle aurait aimé l'emmener sur l'Agora sorcière et la lui montrer, mais ses courses ne pouvant attendre, elle s'y rendrait seule.
Après un frugal petit déjeuner, elle se dirigea vers le promontoire pour se transplaner à Athènes. Dans le ciel, les mouettes entamaient déjà leur ballet, tandis que les premiers lézards sortaient une timide tête de leur abri, réveillés par le chaud soleil. La sorcière en effraya plus d'un sur le sentier. Ils ne ressortirent de leur abri que lorsque la sorcière se transplana.
Tisiphone arriva en plein centre d'Athènes. Les rues étaient noires de monde. D'un pas tranquille, elle se dirigea vers l'Acropole qui surplombait toute la ville. Bientôt, le murmures des passants et des voitures ne fut plus qu'un lointain écho.
Elle gravit la colline et se retrouva sur l'Acropole. Les hordes de touristes moldus n'avaient pas encore envahi les lieux. Elle croisa quelques ouvriers qui allaient d'un bon pas sur leurs chantiers de restauration. Elle passa d'abord les Propylées, dont il ne restait guère plus que quelques colonnes. Elle suivit le chemin des anciennes processions des Panathénées. Sur sa droite, autrefois, avait été érigé le Temple d'Artémis, dont il ne restait plus rien.. Le Parthénon se dressait fièrement juste après. Mais Tisiphone ne s'y dirigea pas. Elle bifurqua sur sa gauche, là où aurait dû se trouver la statue gigantesque d'Athéna. Un peu plus loin, l'olivier sacré au tronc tortueux semblait vouloir toucher le ciel de ses longues branches feuillues. Il masquait à moitié l'Erechtheion. De loin, Tisiphone admira les statues du temple. Mais bien vite, elle reporta toute son attention sur le vieil arbre. Le cadeau d'Athéna à la cité avait bravé fièrement les siècles. Sur son tronc noueux, d'étranges formes naissaient sur l'écorce au gré des caresses des rayons du soleil.
La sorcière sortit sa baguette et tapota l''arbre sur différents noeuds du bois. L'olivier inclina ses branches comme pour saluer Tisiphone. L'une d'entre elles s'appuya sur une dalle à moitié envahie par les herbes folles et la poussière. L'arbre se redressa soudain et reprit son immobilité millénaire. La dalle, quant à elle, émit un grincement strident, elle bougea lentement, dégagea une ouverture sombre dans le sol. Des escaliers apparurent et s'enfonçaient sous l'Acropole. Tisiphone s'y engagea. Les marches en marbres résonnaient de l'écho de ses pas. Des bougies s'allumèrent et s'éteignirent au passage de la jeune femme.
Soudain, la galerie s'élargit, les escaliers, désormais, tournaient non plus autour des pierres blanches mais d'une cascade. L'eau tombait avec force et l'écho de cette chute résonnait partout. L'humidité était présente partout, les marches, par endroits, étaient glissantes malgré les sorts jetés pour empêcher les sorciers de glisser. La grotte était superbe et aux proportions immenses. Les gouttelettes d'eau étincelaient comme des milliers de diamants. Les stalactites et stalacmites avaient d'étranges formes.
En contrebas, une forte lumière apparut. Tisiphone se hâta vers elle. Elle sauta les dernières marches et sortit de la caverne. Eblouie, elle cligna des yeux rapidement. Elle venait de déboucher sur l'Agora Sorcière d'Athènes. C'était un chatoyement de couleurs, d'odeurs variées et exotiques, à mi chemin entre l'Orient et l'Occident, tellement plus vivant que le Chemin de Traverse de Londres. Les échoppes des marchands ressemblaient à des temples en miniatures : l'entrée se faisait entre deux colonnes aux chapiteaux qui doriques, qui corinthiens. D'autres vendeurs avaient installé leur étal sous des auvents en tissus multicolores. Malgré l'heure matinale, l'Agora était déjà pleine de monde. Les sorciers qui s'y promenaient ou qui y travaillaient portaient d'étranges robes qui ressemblaient plus à des toges qu'aux vêtements plus classiques portés à Londres.
Tisiphone n'étant pas pressée, flâna. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus remis les pieds ici, les lieux n'avaient pas trop changés. Les mêmes boutiques aux mêmes emplacements. Les mêmes vieux sorciers assis devant leurs échoppes ou à discuter dans des ouzeria, tout en buvant le traditionnel Ouzo sorcier. L'agora sentait bon les épices auxquelles se mêlaient les odeurs de poissons frits.
Tisiphone laissa derrière les tavernes et alla vers les Portiques qui abritaient les plus nombreuses boutiques. Elle passa devant de majestueux bâtiments qui abritaient la Banque des Gobelins, l'Ecclésia, l'Héliée. C'était amusant de voir que les sorciers grecs n'avaient pas abandonné les vieilles traditions de l'Antiquité.
Tisiphone arriva sous une imposante colonnade, les badauds y étaient moins nombreux. Seuls les sorciers devaient faire des achats se retrouver là. La sorcière alla d'abord dans une discrète boutique, écrasée entre une librairie et la boutique de Balais,devant laquelle une troupe d'enfants était massée, admirant avec convoitise le dernier modèle de balai.
La vitrine était poussièreuse et sombre, impossible d'en distinguer l'intérieur. La sorcière poussa la porte, une fine clochette en terre cuite tinta, annonçant son arrivée. La boutique était obscure, malgré les nombreuses lampes à huile qui brûlaient un peu partout. L'atmosphère était étouffante, sans doute dûe aux effluves des mèches qui brûlaient.
Kalimera Giagia, lança Tisiphone.
Une vieille femme sans âge, toute de noire vêtue, venait de faire son apparition. Elle lui rendit son salut en silence.
Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas vue dans le coin, finit par marmonner la vieille femme.
J'étais très occupée ces derniers mois, admit la sorcière.
Un sourire édenté apparut sur le visage ridée. Il s'effaça aussi vite qu'il était apparu.
Tu as perdu beaucoup de choses, constata-t-elle.
Tisiphone baissa la tête.
C'est vrai, avoua-t-elle.
Le silence se fit, lourd.
Je suppose que tu n'es pas venue pour parler de cela.
Tisiphone acquiesça en silence.
Que te faut-il ?
Les mêmes choses que d'habitude.
Un éclair passa dans les yeux aveugles de la vieille.
De nouvelles recherches ?
Oui.
Où ?
Ce n'est pas officiel ...
La vieille éclata de rire.
Tu ne changes guère ...
Puis redevenant plus sérieuse, elle ajouta.
Tu penseras à moi ?
Comme d'habitude, ne t'en fais pas, Giagia ...
Tisiphone sortit alors de sa poche un petit sac en toile. Quelque chose bougeait à l'intérieur. Elle le jeta à la sorcière.
Tiens, en attendant la suite ! Mana les a attrapés à l'aube ...
Elle remerçia Tisiphone d'un sourire et fit aussitôt disparaître le sac.
La vieille retourna derrière son comptoir puis alla dans la réserve. Tisiphone resta dans la boutique. Son regard s'attarda sur le bric-à-brac qui encombraient les étages : de vieilles antiquités poussièreuses, des vases, des amphores parfois brisées, de petites statues en argile, d'innombrables poteries. Des monceaux de terre, attendant d'être sculptés, traînaient ça et là. Tisiphone eut un petit sourire. La vieille femme vivait toujours dans son désordre habituel. Malgré sa cécité et les objets qui traînaient partout, elle savait exactement où chaque chose se trouvait. Elle revint bien vite. Tisiphone alla se planter devant elle. Sur le comptoir, la propriétaire de la poterie alignait ses lampes à huile.
Voilà les dernières que j'ai faites. Fais ton choix.
Tisiphone les observa avec attention. Elle se décida pour six d'entre elles, toutes simples, ornées d'un serpent qui s'enroulait autour de la lampe et dont la gueule ouverte figurait l'ouverture où glisser la mèche.
Excellent choix ! Mais étrange ... Tu as abandonné tes pieuvres pour les vipères ... Que t'arrive-t-il ? Tu empruntes une voie étrange, Tisiphone.
Je le sais bien ... Mais toi, comment fais-tu pour le deviner ?
La vieille éclata de rire.
Ce n'est pas parce que mes yeux ne voient plus que je suis totalement aveugle ... Tu devrais le savoir.
Tisiphone prit les lampes et laissa une poignée de pièces sur le comptoir. Elle se dirigea vers la sortie.
Prends garde à toi, Tisiphone, lui lança l'aveugle avant qu'elle ne sorte.
La sorcière ne se retourna pas.
Ses lampes sous le bras, elle alla chercher l'huile et les mèches. Elle alla ensuite vers la ménagerie magique. Les propriétaires empiétaient la place publique en y exposant des cages. Les oiseaux aux plumages multicolores piaillaient tandis que les rats tentaient en vain de grignoter les barreaux qui les maintenaient enfermés.
Dans la boutique, c'était les mêmes concerts de cris, les mêmes explosions de couleurs, de plumes, de poils, d'écailles. Le magasin était divisé en plusieurs parties. Tisiphone alla directement dans le fond. Elle passa devant les aquariums remplis de poissons, de grenouilles, d'anguilles et de murènes. Elle traversa ensuite le coin des reptiles, ne leur accordant aucun regard. Elle arriva à destination. Elle regarda les différentes cages, à la recherche de l'animal qu'elle voulait. Elle espérait en trouver un ici, c'était le seul endroit où elle avait une chance d'en obtenir un. Une petite fille regardait avec admiration les cages qui enfermaient des boursoufs.
Derrière un enclos rempli de rats, Tisiphone trouva ce qu'elle cherchait. Elle s'agenouilla et regarda les petites créatures qui s'agitaient dans la paille et la terre.
Les Niffleurs étaient tout jeunes. Contrairement à leurs cousins anglais, les Niffleurs grecs, issus de divers croisements, avaient une robe qui pouvait aller du blanc au noir, en passant par le roux et le brun.
Tisiphone patienta pendant que le vendeur s'occupait de la petite fille. Elle finit par repartir heureuse, serrant dans ses bras son nouvel ami poilu. Le sorcier se tourna finalement vers Tisiphone.
Et pour vous ? Demanda-t-il.
J'aurai besoin d'un Niffleur.
Le visage du vendeur se referma.
Ca ne s'achète pas comme ça, marmonna-t-il. Vous savez qu'il ...
J'ai les papiers, l'interrompit Tisiphone, visiblement énervée.
Elle lui fourra sous le nez divers parchemins. Il mit ses lunettes et parcourut minutieusement les petites lignes du documents.
Il releva la tête.
Vous savez que votre autorisation s'arrête dans trois mois.
Je sais, dans trois mois ... Ce qui me permet encore d'acheter un Niffleur !
Le vendeur dévisagea une nouvelle fois la sorcière puis reprit sa lecture, essayant de trouver la faille ou la petite bête. Finalement, tout étant en ordre, il ne put qu'obtempérer.
Tout est en règle, annonça-t-il en rendant les documents à Tisiphone. Lequel voulez-vous ?
Tisiphone lui jeta un regard noir avant de reporter son attention sur les animaux. Elle fouilla encore dans une poche et sortit un tout petit cercle brillant.
Vous permettez ? Demanda-t-elle.
Puis sans attendre la réponse, elle jeta la pièce dans l'enclos des Niffleurs. Tous ne réagirent pas.
Qu'est-ce que c'est ? Demanda le vendeur intrigué.
Rien qui ne vous concerne, répliqua-t-elle sèchement. Ces papiers sont pourtant clairs ... Les travaux sont tenus secrets ...
Un Niffleur roux avec une tache noire sur le museau et une autre autour de son oeil s'était jeté sur le rond d'orichalque. Tisiphone fit disparaître le métal et s'empara de l'animal.
Je prendrais celui-ci, déclara-t-elle.
Très bien.
Le vendeur récupéra le Niffleur.
Je passerais d'ici une heure le récupérer. Il me reste d'autres courses à faire. Vous aurez tout le temps de faire les papiers, de l'enregistrer ...
Très bien.
Satisfaite, Tisiphone sortit de la boutique. Le soleil était bien haut et il faisait une chaleur étouffante. Elle fit à peine trois pas que son nom fut crié. Elle se retourna, surprise. Une sorcière, à peine plus âgée qu'elle, lui faisait de grands signes. Un grand sourire éclaira alors le visage de Tisiphone. Elle fit aussitôt demi-tour et alla à la rencontre de son amie. Elle avait des cheveux noirs, coupés court, si on exceptait une longue et fine tresse qui lui tombait dans le creux des reins. Elle portait une sorte de toge bleue. Les fibules qui la retenaient aux épaules étincelaient au soleil. Tisiphone fit la grimace en y voyant les symboles : deux chouettes.
Les deux sorcières se tombèrent dans les bras l'une de l'autre.
Tisiphone ! Je suis contente de te voir !
Bonjour Adonia, lança plus posément Tisiphone. Moi aussi je suis contente de te revoir.
Que fais-tu ici ?
Mes courses, répondit en riant la sorcière. Et toi ? Tu es là pour le boulot ?
Elle montra de la tête les fibules aux chouettes.
Non, je viens de finir, j'allais rentrer ...
Une chance que nous nous soyions croisées ...
Oui. Tu es pressée ?
Non ? Pourquoi ? M'inviterais-tu à boire un verre ?
Non ... Je roule pas sur les Gallions ... répondit Adonia. Mais on peut aller manger quelque chose et chacune paye sa part ... Ca te va ?
Parfait.
Elles se dirigèrent en riant vers une petite taverne. Il restait quelques tables dehors, à l'ombre d'un vieil olivier. Les deux sorcières s'y installèrent. Aussitôt, un charmant sorcier au regard de braise vint prendre leurs commandes.
Bonjour Lenaïc ! S'exclama Adonia. Tu dois te rappeler de Tisi, on venait souvent ici ...
La sorcière adressa un bref salut à Lenaïc. Ils s'étaient effectivement déjà aperçus.
Que prendrez-vous ? Demanda-t-il.
Comme d'habitude : ouzo en apéritif, ensuite Chtapodakiet Horiatiki Salata, commanda Adonia.
Pour
moi, ça sera aussi un verre d'Ouzo, mais je prendrai des
Dolmadakia
et du Tzatziki
...
Parfait !
Il s'en retourna à l'intérieur de la taverne pour réapparaître quelques instants plus tard. Il déposa devant les deux sorcières leur ouzo et une assiette remplie de mézedés. Les sorcières grignotèrent tout en sirotant leur alcool.
Que deviens-tu ? Demanda soudain Tisiphone.
Adonia éclata de rire ...
Toujours la même chose ... je suis toujours héliaste1..
Je l'avais remarqué ...
Je n'ai pas eu le temps de me changer, je te l'ai dit ...
Ce n'est pas trop dur ?
Adonia soupira.
Par moment, j'ai envie de tout plaquer ... Ce n'est pas évident et puis les Archontes2 ...
Elle s'interrompit et leva les yeux au ciel.
Tu es bien amère, constata Tisiphone.
Adonia ne répondit rien. Elle baissa les yeux et fit tourner l'alcool dans son verre. Puis elle releva la tête.
Et toi ? Demanda-t-elle. Que deviens-tu ?
Tisiphone eut un rire triste.
Pas grand chose ... Je remonte tout doucement la pente ... je suis partie quelque temps en Angleterre ...
En Angleterre ? Pourquoi là-bas ? Qu'y as-tu fait ?
J'étais sur la trace de celui qui a fait ça ...
Un nouveau rire amer la secoua.
Finalement, j'ai fini comme toi, je me suis engagée chez les Aurors ... mais, ce n'était pas ... ça ...
Te voilà de retour chez toi ...
Oui ! Je me suis remise aux recherches ...
Adonia éclata de rire.
Telle que je te connais, tu vas disparaître dans des ruines pour réapparaître trois mois plus tard, brandissant un vulgaire morceau de statue ou une vieille pièce ! Toute poussièreuse et crottée, mais ravie !
Elles rirent aux éclats. Puis Adonia redevint sérieuse.
Sur quoi travailles-tu ?
Des vieilles fouilles laissées en plan ... pas loin de chez moi ...
Les yeux noisettes d'Adonia se rembrunirent.
Fais attention à toi, murmura-t-elle.
Pourquoi me dis-tu cela ?
Certaines ... recherches sont plutôt mal vues en ce moment ... Les Archontes ont tout à l'oeil ...
Ca je le sais ... Je l'avais remarqué ...
Ce fut au tour d'Adonia de baisser les yeux.
Je suis tellement désolée, Tisi ...
Désolée ? Mais de quoi ?
J'ai essayé ... mais je suis arrivée trop tard ...
Elles furent interrompues par Lenaïc qui revenaient avec leurs assiettes. Il les déposa en silence et s'en repartit aussitôt.
Qu'essayes-tu de me dire ? Reprit Tisiphone.
Le soir où ton mari a été tué ... enfin l'après-midi ... j'ai surpris une conversation à l'Héliée. Ils ... ils ... allaient relâcher ... Abelforth Dumbledore ... L'Archonte était là ... ils ont conclu un marché ... En échange du silence des autorités grecques, il devait leur rendre un petit service ... Je n'ai pas tout entendu ... J'ai juste su que cela concernait Daëron ...
Sa voix se voilà soudain, Adonia était au bord des larmes.
J'ai voulu venir vous prévenir ... Mais ... mais ... quand je suis arrivée, c'était trop tard ... je ... je suis ... désolée ... je m'en ... veux tellement ... Si j'avais été plus ... rapide ...
Elle baissa la tête. Tisiphone ne dit rien. Une larme perla au coin de ses yeux, mais elle l'essuya rapidement. Elle prit la main d'Adonia.
Arrête, Adonia, tu n'as pas à t'en vouloir ... ce n'est pas ta faute.
Les deux sorcières se turent. Elles mangèrent en silence leur plat. Andonia ne toucha presque pas à son assiette.
Quand je suis arrivée, murmura-t-elle. C'était déjà trop tard. Et tu avais disparu. Il ne restait que quelques Héliates de la Brigade Magique sur les lieux ... C'est tout ... Ils n'ont pas voulu me dire ce qui ... s'est passé ... Je l'ai appris par la suite, comme tout le monde ... Que cherchaient-ils ? Finit-elle par demander.
Je ne l'ai jamais vraiment su ... mentit la sorcière. Ils pensaient que Daëron possédait quelque chose qu'ils recherchaient.
J'ai essayé de te faire sortir de là, tu sais. Par la suite, j'ai appris où ils t'avaient emmenée ... J'y suis allée, mais ils ne m'ont même pas laissé te voir ... ni même entrer. Ils m'ont fait comprendre que si j'insistais, je risquais ma place ... j'ai ... j'avais ... besoin de ce travail ... Je ... je ... suis désolée ...
Arrête de t'en vouloir ! Tu n'y es pour rien !
Les sorcières finirent leurs assiettes dans le calme.
Sous leurs yeux, peu à peu, l'Agora se remplissaient de sorciers sortant des bureaux pour leur pause déjeuner. La taverne où elles s'étaient installées, tout comme les autres, devint rapidement bondée.
Alors qu'elles sirotaient lentement leur café sorcier rehaussé d'un peu de liqueur de dragon, Tisiphone questionna Adonia.
Il y a une chose que j'aimerai bien savoir, souffla-t-elle. Je ne sais pas si tu sais quelque chose ... ou pas ...
Demande-moi toujours, peut-être pourrais-je répondre à tes questions !
Qu'avait bien pu faire Abelforth pour ... accepter leur ... leur ... marché ?
Je n'ai pas su toute l'histoire, avoua Adonia. Juste les grandes lignes. Il avait eu des problèmes, en Angleterre, il y a quelques temps, une histoire étrange sur des animaux et des sortilèges interdits ou je-ne-sais-quoi dans le même genre. Il n'a pas arrêté pour autant, bien au contraire. Il connaissait un vieux sorcier du coin et les deux ont été mis en cause dans un trafic de chèvres et d'autres animaux. Les bêtes ont été découvertes dans une toute petite malle. Ils les avaient soumis à un sortilège de retrécissement. Le problème c'est que les autorités s'en sont mêlés ... Elles n'avaient rien dit concernant les chèvres et autres animaux moldus, mais le scandale a éclaté lorsqu'ils ont découverts des espèces magiques protégées. Il y avait aussi quelques Antiquités cachées dans cette valise. Entre les animaux protégés et ça ... les Héliates et les Archontes n'ont rien laissé passé ... Surtout qu'Abelforth et son copain ont trempé dans une histoire de cambriolage du Musée de l'Acropole – même, si personnellement, je doute de cette partie de l'histoire.
Somme toute, un prétexte assez minable, conclut Tisiphone en faisant la mine.
Oui. Les Archontes ont simplement saisi le Vif d'Or au vol : dans le pire des cas, si cela se passait mal, Abelforth aurait été le bouc-émissaire parfait : aucun lien avec les Autorités grecques, l'histoire aurait vite été enterrée ... Le marché était simple pour eux : ou Abelforth coopérait et toutes le charges étaient oubliées ou il ne le faisait pas et tout lui retombait dessus ...
Tisiphone ne répondit rien.
Le serveur apporta leur addition et les sorcière payèrent chacune leur part.
Elles se levèrent. Au moment de se quitter, Tisiphone s'écria :
Tu m'as bien dit que tu avais fini ta journée ?
Oui !
Que dirais-tu de venir passer l'après-midi à la maison ? Nous pourrions discuter plus longuement !
Excellente idée ! Surtout que je n'ai rien de prévu ... Seul mon vieux chat m'attend, il pourra patienter encore un peu !
Il me reste juste quelques courses à faire, plus grand chose, en fait ...
Pas de problème !
Les deux sorcières s'en allèrent vers le Portique pour y effectuer les derniers achats de la sorcière. Elles se rendirent dans une sorte de bazar sorcier qui vendait tout et n'importe quoi : des chaudrons derniers cris aux robes de cérémonies des Archontes, en passant par des ingrédients pour potions et des baumes de Réduiride. Tisiphone acheta simplement quelques longueurs de corde tressée dans de la soie d'acromentule. Le prix était, certes, élevé, mais la qualité était au rendez-vous : legéreté et solidité à toute épreuve.
Puis, Tisiphone, toujours suivie d'Adonia retourna à la Ménagerie Magique. Elle y récupéra le petit niffleur. Le vendeur vérifia une dernière fois les papiers de la sorcière, lui en fit signer d'autres, lui présenta ensuite les certificats de vaccination de l'animal. Sa bourse fut de nouveau délestée de quelques pièces et Tisiphone repartit avec une petite cage sous le bras.
Je croyais que tu avais arrêté les fouilles ...
C'est juste pour passer le temps ...
Adonia la regarda d'un air interrogateur et circonspect, mais n'ajouta rien.
Les bras chargés, elles se dirigèrent vers la grotte sous l'Acropole.
Prenons l'ascenseur, proposa Adonia.
Sa proposition fut acceptée sans discussion. Elles arrivèrent en un clin d'oeil au sommet de l'Acropole.
Contrairement au matin, l'endroit était envahi de touristes moldus qui, avides, photographiaient les vieilles pierres tombées au sol et les restes de statues. Trop occupés, ils ne prêtèrent aucune attention aux deux sorcières qui dénotaient dans le paysage. Cachées derrière un reste de colonne, elles se transplanèrent tranquillement.
Il faisait encore plus chaud sur la petite île quand les sorcières arrivèrent, le vent de la mer qui soufflait le matin avait disparu. Pas le moindre mouvement ne venait agiter les feuilles des oliviers ou chahuter les buissons et les herbes folles qui envahissaient peu à peu le sentier poussièreux.
Tisiphone ouvrit la marche. Adonia la suivait de près, s'extasiant devant la beauté de la baie, des eaux profondes dont la crête des vagues était ourlée d'écume.
Tu as de la chance d'habiter ici et non pas à Athènes. Au moins, quand tu ouvres tes volets, tu vois la mer ... Moi je vois juste mon voisin moldu en petite tenue ... Et crois-moi, ce n'est pas un spectacle réjouissant ...
Elles éclatèrent de rire. La maison de Tisiphone apparut après un dernier virage. Mana avait tiré chaque volet bleu pour éviter que la chaleur n'entre dans la maison. Malgré ses pouvoirs, la petite elfe n'aimait pas s'en servir si elle pouvait s'en passer : jeter un sort de refroidissement aurait été à sa portée, mais pas forcément plus efficace que de garder la demeure dans l'ombre de ses volets. Tisiphone confia ses paquets à Mana, gardant seulement la cage du Niffleur. Avant de l'ouvrir, elle jeta rapidement un sortilège sur toute la demeure : les objets brillants perdirent alors tout leur éclat étincelant : ainsi la petite bête ne serait pas tenté de tout ravager, attiré par eux. Accompagnée d'Adonia, elle alla s'installer dans la pergola. L'ombre des oliviers et des lauriers en fleurs protégeaient l'endroit des rayons ardents du soleil.
Tisiphone posa la cage sur la table et l'ouvrit. Elle attrapa le Niffleur et le sortit. La petite créature ouvrit grand ses yeux noirs et regarda tout autour de lui. Encore un peu craintif, il ne bougea pas et renifla l'air en levant son museau. Son petit air innocent arracha un sourire aux deux amies.
J'espère que tu ne vas pas au devant de nouveaux ennuis, marmonna Adonia en observant le Niffleur qui prenait de l'assurance et s'aventurait autour de la table en reniflant tout.
Ne t'inquiète pas, lui répondit Tisiphone, je sais ce que je fais ...
Du moins, l'espérait-elle. Elle fit disparaître la cage au moment où Mana arrivait avec des rafraîchissements.
Les sorcières discutèrent longuement du temps passé, des connaissances qu'elles avaient en commun et qu'elles avaient pu perdre de vue. Elles discutaient encore que lentement le ciel prit des teintes mauves et roses. L'air devint plus frais et le vent de la mer se leva de nouveau. Les premières étoiles naissaient dans l'obscurité. Les petites bougies disposées tout le long de la pergola dans les oliviers s'allumèrent alors. Adonia avait accepté l'invitation de Tisiphone et resterait pour le dîner.
Un hibou arriva en silence. Sa silhouette plus sombre se détacha dans les derniers rayons du coucher qui embrasaient les cieux. Il se laissa descendre en planant, bougeant à peine sa queue pour maintenir son cap. Il se posa près de Tisiphone et tendit sa patte. Elle décrocha la missive et l'oiseau reprit son envol. Il disparut bien vite dans le crépuscule. Tisiphone reconnut l'écriture et décacheta bien vite l'enveloppe. Un sourire illumina son visage.
Bonnes nouvelles ? Demanda Adonia.
Oui, répondit la sorcière. Même si nos discussions risquent d'être écourtées ... Nous serons trois ce soir ...
Ah bon ?
Les
yeux d'Adonia cherchaient avidement ceux de Tisiphone en quête
d'éclaircisssement.
Qui se joint à nous ?
Un ami, répondit laconiquement Tisiphone.
Un ami ? C'est tout ? Tu es avare de réponses ...
Tu le verras bien assez tôt ... Il ne devrait plus tarder ...
Des pas retentirent soudain sur le sentier de pierre et de poussière. Une silhouette se détacha de l'ombre.
Le petit Niffleur qui avait fait quelques pas dans le jardin revint en courant se cacher sous la chaise de Tisiphone, abrité derrière les longs pans de la jupe, il passa une tête discrètement et regarda le sorcier arriver.
Il parut un peu surpris de voir que Tisiphone n'était pas seule. Il s'arrêta au pied de la pergola et salua la sorcière de la tête.
Tisiphone se leva et alla à la rencontre du nouveau-venu.
Lucius, lança-t-elle. Je suis contente que tu sois de retour.
Elle le prit par le bras et l'entraîna vers la chaise libre.
Laisse-moi te présenter une vieille amie, ajouta la sorcière. Voici Adonia.
Puis se tournant vers son amie, elle lui présenta Lucius.
Les sorciers se serrèrent brièvement la main. Puis Lucius prit place. Adonia curieuse et fidèle à sa réputation de grande bavarde le questionna aussitôt.
Comment avez-vous connu Tisi ? Lui demanda-t-elle.
Nous étions étudiants ensemble à Poudlard, répondit-il de bonne grâce. Et par le plus grand des hasards, nous nous sommes revus ...
Comprenant qu'il risquait de passer sa soirée à répondre au question de l'héliate, Lucius prit les devants et l'interrogea à son tour.
Et vous ? Comment avez-vous rencontré Tisiphone ?
Adonia éclata de rire, Tisiphone aussi.
C'est une longue histoire ...
Vraiment ?
Oui, nous nous sommes plusieurs fois croisées à l'Héliée.
L'Héliée ?
L'équivalent, en quelque sorte du Ministère, interrompit soudain Tisiphone. Mais plus pour ce qui est affaires courantes et diverses.
Oui, toujours est-il que cette chère Tisiphone venait là pour rechercher des papiers concernant des autorisations de fouilles ou quelque chose dans le genre.
C'était pour les fouilles de Délos ...
Je ne sais pas si c'est la même chose partout, mais ici l'administration est ... comment dire ... plutôt pointilleuse et ne fait guère dans la simplicité : entre le parchemin bleu à retirer au troisième étage, le bordereau rose du rez-de-chaussée, l'autorisation verte du sous-sol ... C'est une expérience assez déroutante et usante. Surtout lorsque nos chers archontes décident que pour récupérer une signature ou un autre papier, il faut revenir tous les jours pendant une semaine - le temps que le parchemin soit prêt ...
Mana avait préparé un repas froid et léger. Ils soupèrent dans le calme, la nuit était seulement rythmée par le bruit des vagues et le chant des cigales.
La lune était bien haute quand Adonia prit congé de Tisiphone et de Lucius. Les deux sorcières se promirent de se donner plus souvent des nouvelles. Juste avant de la quitter, Adonia reitéra ses mises en garde à Tisiphone, puis elle disparut.
Une fois seuls, Lucius s'intéressa à la petite boule de poils qui n'avait pas quitté Tisiphone.
Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il intrigué.
Un Niffleur.
Je vois bien, mais à quoi va-t-il servir ? Tu avais besoin d'un animal de compagnie ?
C'est pour demain ...
Demain ? Que se passe-t-il demain ?
J'explore le souterrain que j'ai découvert ...
Tu as fini d'en dégager l'entrée ?
Oui, hier soir ... comme je l'avais dit. Je suis allée à Athènes faire quelques achats ... des affaires pour l'exploration.
A quoi va nous servir le Niffleur ?
A vérifier que nous ne passons à côté d'aucun indice. Celui-ci a l'air particulier attiré par l'orchicalque, j'ai fait un test dans la boutique ...
A quelle heure partons-nous ?
Nous ? S'étonna Tisiphone.
Bien sûr ! Tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser t'y aventurer toute seule ...
Pourtant, j'ai l'habitude, marmonna la sorcière.
Ce n'est pas une raison ! Je viens avec toi ...
Je m'en doutais, rit Tisiphone. J'ai tout prévu en conséquence ... Nous partirons à l'aube.
Ils discutèrent encore quelques minutes dans l'air frais de la nuit, puis ils rentrèrent se coucher : une longue journée les attendait.
Le soleil n'était pas encore levé, le vent était frais. Tisiphone resserra sa cape contre elle. Malgré l'obscurité, elle avançait d'un bon pas sur le sentier. D'un sort, elle écarta le grillage qui défendait l'accès du site antique. Sans hésitation, elle se dirigea vers l'entrée du souterrain. Lucius la suivait. Devant la sorcière, le petit Niffleur trottait, son museau au ras du sol, reniflant le moindre caillou et le moindre brin d'herbe. Il s'arrêta soudain et gratta frénétiquement le sol. Ses griffes acérées soulevaient la terre. L'animal grognait de satisfaction. Tisiphone eut toute les peines du monde à l'entraîner plus loin : il n'était pas encore temps pour lui d'entrer en action.
Tisiphone dégagea l'entrée qu'elle avait soigneusement dissimulée. Une ouverture béante et sombre apparut soudain. Un courant d'air glacé s'en échappait. Le petit Niffleur fit quelques pas dans l'obscurité en couinant doucement.
Tisiphone sortit les lampes à huile qu'elle avait achetées la veille. Elle en tendit une à Lucius et garda l'autre pour elle.
Pourquoi ne pas se servir de nos baguettes ?
Pour différentes raisons ... Mais la première et la plus importante : la flamme tremble au moindre souffle d'air ... Cela peut être parfois utile à savoir : de quel côté vient le souffle, si on doit s'attendre à des ennuis ...Le Lumos, certes, éclaire bien mais parfois, il ne faut pas seulement se méfier de l'obscurité ...
Tu penses à quelque chose en particulier ?
Pas vraiment ... mais mieux vaut être prudents !
Tisiphone alluma sa lampe puis celle de Lucius.
Je passerai devant ! Et pas question de discuter ! Ajouta-t-elle.
Lucius ne discuta pas ... après tout, c'était elle la spécialiste de ce genre de choses, pas elle.
La sorcière entra donc dans le souterrain obscur. Elle dut baisser la tête pour ne pas se cogner. Quelques marches s'enfonçaient sous le sol, elles étaient couvertes de terre et de poussière, mais paraissaient intactes. Les murs étaient en pierres grossières dont le mortier s'effritait par endroits. Tisiphone compta dix marches. Au pied de l'escalier, un couloir sombre s'ouvrait. Elle s'y engagea, Lucius sur ses talons. Le Niffleur furetait ça et là. Visiblement, il ne trouvait rien d'intéressant. Il trottait loin devant Tisiphone, s'arrêtait un instant, courait vers elle avant de repartir de nouveau. Les murs du couloir étaient nus.
Le plafond était en assez mauvais état et inexistant par endroits : le lieu ressemblait plutôt à un tunnel de grotte plutôt qu'à quelque chose bâtie par une main humaine. Le plafond éboulé avait disparu et on ne voyait plus que la terre et les cailloux qui ne semblaient tenir que par miracle. Le sol était irrégulier : parfois, il montait en pente douce, parfois, il fallait escalader de gros blocs de pierre tandis qu'à d'autres moments, il descendait. A certains endroits, ils durent progresser à moitié courbé, la hauteur ne permettait plus à quelqu'un de se tenir debout. Le niffleur semblait aux anges : la terre meuble, l'obscurité du tunnel : il était comme chez lui.
Le tunnel se retrécissait progressivement : plus question pour Lucius de progresser debout, Tisiphone finit par l'imiter rapidement. Leurs robes noires étaient pleines de poussière.
Ils durent soudain s'arrêter : impossible ou presque de progresser plus loin : le plafond était totalement éboulé et barrait l'accès du tunnel. Le Niffleur avait pourtant trouvé un passage puisqu'il avait disparu et que la sorcière l'entendait gratter de l'autre côté. Tisiphone observa avec attention le tas de pierres et de rochers qui leur faisait face. Elle remarqua alors un étroit passage. Elle le montra à Lucius qui fit la grimace.
Je vais aller voir comment ça se présente, annonça-t-elle.
Tu vas t'engager là dedans ?
Il avait ouvert grand ses yeux d'étonnement.
C'est de la folie, ajouta-t-il. Tu vas rester coincée là-dessous.
Ne t'en fais donc pas ! J'ai déjà fait ça et puis j'ai ma baguette ... au pire, un p'tit sort et tout ira bien !
Lucius fit la moue, mais Tisiphone était déjà à genoux devant l'étroit passage. Elle se coucha à terre et commença à ramper. Sa tête disparut et tout le reste suivit.
Tout va bien, murmura-t-elle. Ca n'a pas l'air de rétrecir ...
Fais quand même attention.
Tisiphone avait laissé sa lampe et progressait dans le noir le plus total. Sa baguette entre les dents, elle décida pourtant de l'utiliser.
... umo' marmonna-t-elle.
Une faible lueur éclaira sa route. Les rochers tenaient Merlin-sait-comment, mais ils tenaient. S'agrippant à tout ce qu'elle trouvait, la sorcière avançait sans trop de difficulté. Soudain sa main toucha quelque chose qui n'avait pas la même texture que les rochers. Elle se laissa glisser vers ce qu'elle tenait. De surprise, elle poussa un cri, lâcha sa baguette et se retrouva dans le noir.
Tout va bien ? Cria Lucius.
Oui, oui, pesta Tisiphone qui lança de nouveau un Lumos.
Que s'est-il passé ?
Rien du tout, j'ai rencontré un ancien archéomage ou un ancien habitant de la cité ...
Sa main était toujours accrochée à l'humérus. Les restes humains étaient à moitié recouvert par les rochers, mais Tisiphone distingua néammoinsla cage thoracique et une partie du crâne. Sans plus lui accorder la moindre importance, elle continua sa route. Le tunnel finit par s'élargir lentement elle franchit un dernier étroit passage et put se relever, elle venait de franchir l'éboulement. Le Niffleur, tout heureux de la retrouver sauta tout autour d'elle.
C'est bon, Lucius, tu peux venir. Ca passe sans trop de problème. Fais juste attention à ta tête au niveau du squelette, c'est le passage le plus bas.
Le sorcier grogna une réponse que Tisiphone ne put entendre. Elle ne put esquiver un petit sourire en imaginant Lucius ramper au sol. Dommage que le tunnel soit trop étroit pour qu'elle ne puisse assister à ce spectacle.
En l'attendant, elle reporta toute son attention au nouveau couloir dans lequel elle se trouvait. Il ressemblait à s'y méprendre à celui qu'elle venait de quitter. Elle fit apparaître une nouvelle lampe à huile et l'alluma. Le Lumos disparut.
Sous les rochers, elle entendit Lucius râler et souffler. Elle s'agenouilla à l'entrée du trou et l'attendit. Une tête blonde finit par apparaître. Elle lui tendit la main et l'aida à se relever. Il était dans un triste état. Elle ne put s'empêcher de sourire.
Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour te suivre, marmonna-t-il.
Je te rappelle que c'est toi qui a tenu à m'accompagner.
Elle préféra taire la possibilité qu'elle avait eu de faire tout simplement disparaître l'obstacle. Après tout, ramper sous des tonnes de pierres n'était pas si courant, autant en profiter ...
Ils reprirent en silence l'exploration des lieux.
Plus ils progressaient, plus les pierres étaient en bon état et bien conservées. Le couloir s'arrêta brusquement. Aucun éboulement n'en bouchait le bout : juste un mur, semblable aux autres. Aucune porte ne permettait de le franchir. Le Niffleur avait commencé à gratter le sol, devant un des coins du mur. Il s'agitait et sa petite queue bougeait frénétiquement. De petits cris s'échappaient de sa gueule. De la poussière s'élevait tout autour de lui. Tisiphone regarda le mur perplexe. Elle remarqua alors une sorte de petite niche, d'à peine quelques centimètres de profondeur, à peine de quoi y glisser un doigt, ou l'extrémité d'une baguette. Elle sortit la sienne et l'enfonça dans l'espace libre. La sorcière sentit quelque chose au fond de la niche, elle appuya plus fortement sa baguette. Il y eut soudain un fort déclic. Le Niffleur couina et sursauta, avant d'aller se réfugier derrière Lucius.
Le sol se mit à vibrer, le mur à bouger. Il pivota lentement, comme une immense porte. Un nouveau tunnel apparut.
Allons-y murmura Tisiphone.
Un souffle froid fit vaciller les flammes des lampes qui flottaient devant les sorciers.
Le
couloir dans lequel ils s'engagèrent était différent
du premier. Le sol comme les murs étaient en marbre de
différents couleurs. Par terre, les carreaux noirs, gris et
rosé se succédaient en formant d'étranges
arabesques compliquées. Les murs blancs brillaient légèrement
sous la lueur des flammes.
Où sommes-nous ? Demanda Lucius.
Je ne sais pas vraiment. Sous le temple ou sous le palais de la cité ...
A un endroit, le couloir se rétrécit : les sorciers passèrent entre deux colonnes qui marquaient le passage étroit. Les dessins de marbre changèrent aussi : ce n'était plus qu'une sorte de dallage tout simple qui contrastait avec les motifs d'avant.
La petite créature furetait un peu partout, sans bruit. Ses griffes crissaient sur le sol qui faisait résonner le pas des deux sorciers.
Tisiphone s'arrêta plusieurs fois en posant sa main sur les murs.
L'état de conservation de cet endroit est assez extraordinaire, murmura-t-elle pour elle-même. La magie y est sans doute pour quelque chose.
Le couloir semblait interminable, ils progressaient lentement. Tisiphone préférait faire attention. Un piège n'était jamais à exclure. Elle compta sur sa vigilence et celle du Niffleur pour l'avertir en cas de problème.
Peu à peu le marbre coloré disparut pour ne laisser place qu'aux teintes les plus sombres.
Ils furent de nouveau arrêté par une porte cette fois. Elle aussi était en marbre noir, monumentale, elle était couverte d'inscriptions.
Tisiphone n'eut aucun mal à les déchiffrer.
Toi qui t'apprête à franchir cette porte, prends garde à la colère du volcan. Ne réveille pas les Anciens où la colère du Feu de la Terre s'abattera sur toi ! Murmura Tisiphone.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
J'ai l'impression que nous allons pénétrer dans une sorte de sanctuaire dédié aux Ancêtres, c'est très étrange et assez inhabituel ...
La colère du Feu de la Terre, répéta Lucius.
Sans doute le volcan ... Il était actif pendant l'Antiquité et bien souvent, les anciens sorciers y voyaient quelque chose de divin ... Mais, rassure-toi, nous n'avons rien à craindre : le volcan est définitivement éteint. Il ne se réveillera pas ...
Je l'espère bien.
La serrure de la porte était en or et attirait fortement le Niffleur qui ne cessait de sauter pour tenter de l'attraper.
Alohomora, lança Tisiphone.
Il y eut un cliquetis et la porte s'entrouvrit. Ils ne furent pas trop de deux pour pousser les lourds battants.
Un souffle brûlant s'engouffra dans l'ouverture.
Je commence à comprendre, murmura Tisiphone.
Elle s'engagea la première.
Ici plus de marbre ou de pierre, juste un tunnel creusé à même la roche. Une roche noire et marquée de crevasses et d'étranges sillons.
Qu'est-ce qui a bien pu faire ça ? Demanda Lucius en touchant les marques de la roche.
La lave, répondit Tisiphone. Je crois que nous marchons dans une ancienne cheminée du volcan ...
Le Niffleur ne semblait guère rassuré par le lieu, il marchait sagement à côté de Tisiphone.
Par moment, des grondements sourds venus des entrailles de la terre se faisaient entendre.
Tu es vraiment sûre que ce fichu volcan est éteint ? Répéta Lucius.
Oui, répondit Tisiphone.
Mais
bizarrement sa voix était moins ferme, le ton moins sûr.
Ils descendaient lentement mais sûrement dans les entrailles de la terre. Le chemin parcouru il y a des millénaires par la lave était aisé à suivre.
Soudain une sorte de lueur apparut vers ce qui semblait le bout du tunnel. La chaleur devenait aussi plus forte, les grondements plus forts. Par moment, il semblait à Tisiphone que le sol et les parois vibraient légèrement.
Plus ils se rapprochaient de la lueur, plus il faisait chaud. Les deux sorciers transpiraient maintenant à grosses gouttes, l'air en était presque irrespirable.
Le Niffleur couina soudain plus fort et décida qu'il ferait mieux de filer. Il déguerpit sans demander son reste comme s'il avait un dragon à ses trousses. Lucius le regarda filer avec envie. Tisiphone, elle, impertubable et inconsciente, continua à avancer.
Elle venait d'arriver au bout de la galerie et ne put retenir un cri d'étonnement et de surprise. Intrigué, Lucius se hâta de la rejoindre.
La galerie déboucha au sommet d'un vertigineux précipice. Le fond n'était pas obscur et sombre, bien au contraire. Tout en bas, un fleuve de lave poursuivait tranquille sa route millénaire. L'air était brûlant et suffocant.
Le Feu de la Terre, marmonna Tisiphone presque hypnotisée et fascinée. Je crois que nous ne sommes plus très loin ... Il faut continuer.
Plus très loin de quoi ? Et continuer ? Mais comment ?
Plus très loin de notre destination finale ... Quant au moyen de continuer, c'est simple, regarde !
De la main, elle montra un étroit sentier au sommet du précipice. Il paraîssait à peine plus large qu'un pied d'elfe. Un seul faux pas et c'était la chute dans les entrailles du volcan.
Tu ne veux tout de même pas t'aventurer là-dessus !
Bien sûr que si ! C'est le seul chemin !
C'est de la folie !
Mais non, il a déjà été emprunté, il y a même une sorte de rampe.
Effectivement, fixés dans la paroi, à intervalles réguliers de gros anneaux en orichalque permettaient à une chaîne – du même métal- de courir le long de la roche.
Attends-moi là si tu veux, mais moi je continue ! Lança Tisiphone.
Lucius grogna mais se décida tout de même à suivre la sorcière.
Elle se tenait à la chaîne et progressait avec facilité, comme si le vide et la lave n'existait.
C'est simple, cria-t-elle à Lucius. Il suffit de ne pas regarder en bas ...
Elle
disparut soudain derrière un coude de la paroi.
Le chemin n'est pas très long, je suis déjà arrivée !
Lucius passa le même coude et se retrouva sur une nouvelle plateforme. Une nouvelle ouverture dans la roche les invitait à pénétrer dans le sanctuaire. Sans laisser de répit à Lucius, Tisiphone s'y engagea.
Ils descendaient encore et toujours, mais la température avait baissé, les grondements du magma étaient à présent inaudibles. Un autre bruit se faisait entendre à présent : celui de milliers de gouttes d'eau qui venaient s'écraser au sol. Ils arrivèrent alors dans une immense salle mi grotte mi salle du trône. Impossible de savoir où commençaient les murs en marbre blanc et les véritables parois de la grotte. Le sol était de roche volcanique totalement blanche qui reflétait comme une onde tranquille la lumière des deux lampes à huile. Il n'y avait pas de colonnes, juste des stalagtictes et des stalagmites qui, parfois, se rejoignaient.
Au centre de la pièce, une étrange cascade sans conteste d'origine magique s'écoulait avec bruit. Un mur d'eau de quelques centimètres de profondeur, mais très long et haut, venait s'écouler dans une grande vasque stylisée. Les milles gouttelettes argentés rebondissaient avec force du bassin et scintillaient comme mille diamants.
Où sommes-nous ?
Je n'en ai aucune idée.
Tisiphone avait fait quelques pas dans le sanctuaire, ne sachant pas où poser les yeux.
C'est magnifique !
Dans certains coins de la grottes, des statues en or, en orichalque, en argent avaient été érigées et représentaient d'anciens sorciers.
Tisiphone s'en approcha et ne put déchiffrer les inscriptions des socles.
De l'Atlante, constata-t-elle.
Lucius s'était approche de la cascade. Il toucha l'eau : elle était tiède. L'onde du bassin se troubla alors, tout comme celle qui cascadait.
Ca alors, s'exclama-t-il surpris. Tu devrais venir voir !
Tisiphone courut le rejoindre.
Derrière le mur d'eau, une scène était apparue : une vue depuis les hauteurs d'une cité. Les maisons blanches descendaient jusqu'à la mer ; la baie, immense était sillonnée de nombreux bateaux aux étranges allures démodées.
- L'Atlantide, murmura alors Tisiphone. L'Atlantide ...
1 : ici l'équivalent grec des Aurors anglais.
Dans l'Antiquité, il existait 600 héliates, c'étaient des citoyens qui siègeaient à l'Héliée, ils étaient chargés de rendre la justice.Ils étaient tirés au sort.
2 : ici en gros, les dirigeants sorciers, qui secondent le Ministre grec.
Dans l'antiquité, ils étaient au nombre de 10 et s'occupaient des affaires religieuses, militaires, des fêtes, des droits de la famille. Eux aussi étaient tirés au sort. 10 anciens Archontes dirigeaient les magistrats à l'Aéropage qui jugeaient les affaires graves (crimes),
