Chapitre XXII :
Une lumière aveuglante envahit soudain le salon.
Puis peu à peu, la lumière s'estompa avant de disparaître totalement. Aveuglé, Lucius mit quelques instants avant de distinguer la scène qui se déroulait sous ses yeux. Quelque chose n'allait pas ; la dernière fois, le retour de Tisiphone s'était passé normalement, comme si elle se réveillait d'un profond sommeil. Il n'y avait pas eu cette étrange lumière. Instinctivement, le sorcier raffermit sa poigne sur sa baguette.
Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Tisiphone aux prises avec Sebastian.
Les trois sorciers se figèrent. Le temps semblait suspendu.
Tisiphone et Sebastian étaient trop surpris par ce retour brutal pour réagir immédiatement. Lucius profita de cet instant pour viser son cousin. Mais ce dernier réagit promptement et réussit à éviter l'éclair.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Grogna Lucius.
Sebastian ne répondit rien. Ses yeux noirs brillaient d'une étrange lueur. Un sourire féroce illuminait son visage.
- Tu me le paieras, Lucius, tu me le paieras.
Puis il se tranplana et disparut.
Tisiphone ne s'occupait nullement des deux sorciers. Autre chose, de plus important à ses yeux, retenait toute son attention.
Sur le sol du salon, le pectoral en orichalque gisait, brisé en mille petits éclats de feu. Elle posa un petit cri de dépit. Lucius se retourna. Il n'avait pas encore remarqué le bijou cassé. Il s'agenouilla face à la sorcière et lui releva la tête.
- Tu saignes, lui fit-il remarquer.
- Ce n'est rien, répondit-elle.
Néanmoins, il essuya le sang qui perlait au coin de ses lèvres.
- Ca va ? Demanda-t-il.
Tisiphone hocha la tête, puis se ravisa.
- En fait, rien ne va, murmura-t-elle.
Elle avait pris les deux plus gros morceaux de son pendentif atlante et les mit dans la paume de Lucius.
- Il s'est brisé, dit-elle incrédule. Comment est-ce possible ?
La sorcière avait le visage décomposé. Lucius, aussi, fit la moue.
- Ca ne présage rien de bon ...
Tisiphone réagit vivement.
- Il n'est pas question que je paye pour les erreurs de ton cousin, s'écria-t-elle en se levant brusquement.
- Je doute que cela entre en compte, répondit-il lugubre.
- Ca a son importance ! Tout est de la faute de Sebastian ...
Il lui prit les mains.
-Ne t'en fais pas ... On trouvera une solution.
Elle acquiesça, peu rassurée. Soudain, son regard s'illumina. Son visage pâle avait retrouvé quelques couleurs.
- Je sais quoi faire ! S'exclama-t-elle.
Lucius la dévisagea, attendant de plus amples explications.
Tisiphone poursuivit.
- Conduis-moi à Lui ! Ordonna-t-elle d'un ton vif.
- Tu ... tu es certaine ?
- Oui ! Je préférerais être la première à donner ma version des faits, ajouta-t-elle un peu moins sûre d'elle.
- Très bien, céda Lucius. Je t'y emmène.
Tisiphone ramassa les morceaux de son pectoral. Elle farfouilla également dans ses papiers, sous le regard interrogateur de Lucius. La sorcière ne lui donna aucune explication.
Ils sortirent du cottage pour se tranplaner.
- Pourquoi ? Demanda Tisiphone.
Lucius la regarda, intrigué.
- Pourquoi ne peut-on pas se tranplaner depuis l'intérieur ? Sebastian s'est bien échappé ainsi.
- Seul un Malefoy le peut ... Je vais devoir changer les protections, finit par ajouter Lucius.
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La maison se dressait comme une sentinelle sur la lande. Tisiphone s'arrêta un moment pour l'observer. L'immense bâtisse lui sembla tout à coup menaçante. Elle fut prise d'un énorme doute ... Et si son idée n'était pas aussi bonne que ça ? Lucius patientait à ses côtés, l'air vaguement inquiet.
Finalement, elle se décida à avancer.
L'entrée de la maison semblait inaccessible, protégée par un mur végétal.
- Comment entre-t-on ? Demanda la sorcière.
- Ne bouge pas, lui intima Lucius.
Il s'avança. Tisiphone restait en retrait, prudemment. Il lui semblait que le lierre prenait vie et murmurait quelques étranges paroles. Une vague paraissait parcourir les feuilles et les branches. La sorcière ne voyait pas ce que faisait Lucius, mais soudain, l'entrée fut dégagée. Le sorcier se retourna et lui fit signe d'avancer. Elle courut le rejoindre. Il avait déjà poussé la porte. Tisiphone s'engouffra à l'intérieur tandis que la nature reprenait ses droits.
L'entrée de la demeure était sombre et poussièreuse.
Au rez-de-chaussée, des voix se faisaient entendre, mais Lucius ne se dirigea pas vers elle.
Sans hésiter, il s'approcha de l'escalier. Des bougies s'allumaient sur son passage. Leurs pas ne faisaient aucun bruit sur les tapis qui protégeaient les marches et le parquet du couloir du premier étage.
Tisiphone sentait son coeur battre à tout rompre tandis que le moment de l'entrevue approchait. Elle ne savait comment Il allait réagir mais la seule chose dont elle était sûre est qu'elle jouait à pile ou face. Elle espérait que son « statut » d'archéomage lui offrirait quelque avantage sur Sebastian, mais, à présent, elle doutait puisque Voldemort avait découvert un moyen de récupérer les pectoraux sans son aide. Elle soupira tandis que Lucius s'arrêtait devant une porte. Il se tourna et regarda en souriant Tisiphone. Puis, il poussa la porte.
Tisiphone entra, sur les talons de Lucius.
Ils se trouvaient dans une grande pièce, assez sombre, qui semblait faire office de bureau. Il n'y avait que très peu de meubles. Un bureau, devant la cheminée aux flammes orangées dansantes, une chaise derrière ce bureau. Et c'était tout.
Aucune étagère, aucune bibliothèque pour accueillir tous les volumes qui traînaient au sol en d'immenses piles qui paraissaient prêtes à s'effondrer au moindre souffle.
Le Maître des lieux était là, assis derrière Son bureau. Son visage était entièrement dissimulé dans la pénombre, mais Tisiphone pouvait voir Ses yeux rouges luire dans l'obscurité.
Lucius s'agenouilla devant le Seigneur des Ténèbres, imité par Tisiphone, certes, à contre-coeur. Le sorcier se releva et s'avança.
- Lucius ! S'exclama Voldemort. Que me vaut ta visite ?
Le Mage Noir s'interrompit un instant, Il venait de voir Tisiphone.
-Je vois que ce n'est pas toi qui souhaitait Me rencontrer. Tu peux t'en aller !
Lucius s'agenouilla une nouvelle fois avant de prendre congé.
Tisiphone se retrouva toute seule face au Seigneur des Ténèbres.
- Alors ? S' impatienta le Maître avec un sourire comme s'Il savait déjà tout.
Tisiphone décida d'y aller franchement ; tant pis pour les conséquences ...
- Il y a, gronda-t-elle, que je ne peux pas faire ce que Vous m'avez demandé correctement ...
- Vraiment ?
Voldemort s'amusait de l'assurance de la sorcière.
- Et pourquoi ? Demanda-t-Il dans un souffle.
Tisiphone ne se démonta. Elle sortit un petit sac d'une des poches de sa robe. Elle défit les liens de cuir et fit tomber son contenu dans sa main.
- Voilà ce qu'il y a !
Sa paume était recouverte par les débris de son pectoral atlante. Le morceau de peau qu'elle devait traduire était présent, lui aussi.
Voldemort ne dit rien, attendant les explications de la sorcière.
- Votre cher Mangemort, Sebastian, a détruit mon pectoral ! Et toute ma traduction ! Tout ce que j'avais pu comprendre ... tout est à refaire ... Comment puis-je espérer trouver les autres pectoraux ? Comment ouvrir la Boîte de Pandore dans ces conditions ?
- Que s'est-il passé ?
Un souffle glacé saisit la sorcière. Son insolence avait-elle été trop forte ? Elle frissonna.
- A jouer dans le passé, ce dernier a été modifié ... Il semblerait, exposa-t-elle, que Votre incursion sur l'île ait provoqué d'immenses changements dans l'Histoire Antique. L'Atlantide n'a pas été détruire .. Loin de là, semble-t-il. Elle a règné pendant de longs siècles sur la Méditerranée. Tous les peuples antiques, des Grecs aux Egyptiens, en passant par les Romains ... ont été affectés ... Ce texte que je devais traduire ... Il n'est plus le même. Même l'écriture, la langue ... tout a changé ... Je dois tout reprendre à zéro ...
Voldemort balaya de la main les objections de la sorcière.
- Ce n'est qu'un petit contretemps ...
- Et pour le pectoral ?
- Pourquoi s'est-il brisé ?
- Par la faute de Sebastian.
Les joues d'habitude si pâles de la sorcière avaient pris de vives teintes pourpres.
- Sebastian ? Vraiment ?
Au même moment, il y eut un discret grincement. Tisiphone tourna la tête. Une des boiseries du mur était en train de tourner. Une porte secrète s'ouvrit.
Une haute silhouette sombre fit son apparition, quand elle passa dans la lumière, Tisiphone reconnut Sebastian.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Cracha la sorcière.
Le Seigneur des Ténèbres semblait S'amuser de cette arrivée.
- Je pourrais te retourner la question !
Il aperçut alors les débris du bijou. Un sourire cruel s'épanouit sur son visage.
- Oh, tu as cassé ton précieux bijou ...
- Non, JE n'ai pas cassé mon pectoral. Tout cela est de ta faute ...
Les deux sorciers semblaient avoir oublié la présence de Voldemort.
- Ah oui ? S'étonna Sebastian. Est-ce vraiment de ma faute ? Si tu cherches vraiment un responsable, tu devrais plutôt te tourner vers ton cher Lucius.
Le Seigneur des Ténèbres Se délectait de ce spectacle. Après tout, cela Lui permettait d'apprécier les réelles motivations de deux parties qui se faisaient face. Son regard perçant ne lâchait pas les sorciers en colère. Il ne S'attarda pas trop longuement sur Sebastian. Ce dernier commençait à L'exaspérer sérieusement. Sa trop grande soif de pouvoirs et de responsabilités le poussait à commettre des actes désespérés et inefficaces : l'échec de la capture d'Aurors ... Au final, Il n'avait pas été mécontent de le savoir coincé sur l'Atlantide ...
Le Seigneur des Ténèbres préféra reporter Son attention sur Tisiphone. Cette sorcière l'intriguait et l'amusait. Sa venue aujourd'hui même ... Cette jeune femme était soit totalement inconsciente soit hautement résolue. Le Mage Noir avait opté pour la seconde solution. Il savait qu'elle n'avait rejoint Ses rangs que pour se servir elle-même. Mais sa détermination L'avait surpris, sa soif de vengeance et de sang aussi. Elle pourrait devenir une sorcière très puissante s'Il Se chargeait un peu de son apprentissage des Arts Noirs. Elle-même ne se doutait pas de l'étendue de ses propres pouvoirs ; il pourrait être intéressant de les lui faire révéler. Mais pas pour le moment. S'Il l'avait acceptée à Ses côtés, c'était pour ses talents d'archéomage ... et sa position actuelle au Ministère ...
- Après tout, poursuivait Sebastian. A qui la faute si je suis resté sur l'Atlantide ?
Tisiphone ne répondit rien. Elle fusillait le cousin de Lucius du regard.
- Ca n'aurait pas été plus mal qu'il nous débarrasse de toi, finit-elle par lancer.
- Il n'aurait jamais ...
Voldemort Se décida enfin à intervenir.
- Il suffit, Sebastian ! Tonna le Seigneur des Ténèbres;
Tisiphone et Sebastian se figèrent aussitôt. Lentement, tous deux se tournèrent vers le Maître.
- Mais, Maître, protesta Sebastian. Vous savez bien que Lucius a volé le pectoral que j'avais récupéré pour Vous ! Qu'il m'a laissé moisir là-bas, m'empêcher de vous servir au mieux !
- Je le sais bien, Sebastian ... Mais vois-tu, peu M'importe cette histoire ... Seul le résultat compte ! J'ai récupéré un pectoral de plus ! Voilà ce qui est important ! Alors la manière dont Lucius l'a obtenu ne compte guère ! Encore une fois, cela montre ton incompétence ...
- Mais, Maître, se défendit Sebastian.
- Ne M'interromps pas ! Gronda le Mage Noir. Tes échecs à répétition commençent sérieusement à Me lasser ... Et que viens-Je d'apprendre ... Tu es responsable de la disparition d'un des pectoraux ?
- Non ... Je ...
Sebastian ne put en dire plus. Le Seigneur des Ténèbres venait de sortir sa baguette. Il la pointa sur Sebastian. Le visage de ce dernier pâlit.
- ENDOLORIS !
Sebastian tomba lourdement à terre, secoué de spasmes violents. Longtemps, Voldemort maintint sa baguette sur le sorcier.
Tisiphone ne détourna pas le regard, mais malgré elle, son corps fut secoué de frissons.
Finalement, le spectacle n'amusa plus Voldemort, il rompit le lien. Ignorant totalement le corps inanimé de Sebastian, il Se tourna vers Tisiphone. Ses prunelles luisaient d'une lueur maléfique.
- Nous ne serons plus dérangés, conclut-Il.
- Dois-je continuer à rechercher les pectoraux ? Reprit Tisiphone.
Voldemort la regarda avec étonnement.
- Et pourquoi voudrais-tu cesser cette quête ?
- La Boîte de Pandore ... marmonna-t-elle. Elle doit être enfoui sous des mètres de lave, inaccessible ...
Le Seigneur des Ténèbres éclata alors de rire.
- Justement ! Elle est en sûreté pour le moment ... Grandiose idée que J'ai eue ! Proclama-t-il. Me servir du volcan, le réveilller pour protéger la Boîte ...
Tisiphone sursauta. Ainsi, Il était la cause de tout cela ? Du réveil du volcan sur Théra et par là même sur l'Altantide ? Etait-ce Lui aussi qui sans le vouloir avait mis Theronos à la tête de l'Atlantide. Tisiphone se souvenait des paroles de Cleito. C'était Theronos qui, par sa magie, avait empêché la destruction de la cité ...
- Je suppose que tu n'es pas uniquement venue ici pour Me parler de ce pectoral brisé ... Aurais-tu une idée pour remédier à cela ?
Tisiphone sortit brutalement de sa rêverie.
-Il existe un moyen ...
-Et quel est-il ?
- Retourner le chercher ... directement à sa source !
Tisiphone s'en voulait d'agir ainsi, mais si elle n'apportait pas de solution, elle subirait le même sort que Sebastian, et cela n'était pas envisageable.
- Je sais où se trouve mon pectoral, dans le passé ! Il me suffit d'y retourner.
- Et par quel moyen ?
- Par le même moyen qui m'a permit de le savoir ... En entrant dans le souvenir d'un autre pectoral et en ... utilisant le sort qui Vous a permis d'en récupérer d'autres ...
Voldemort éclata de rire.
- Tu as donc besoin de Mes ... « services » ...
- C'est le seul moyen que j'ai trouvé, marmonna Tisiphone.
- Soit, Je peux te procurer un nouveau pectoral et te soumettre au sortilège ...
- Mais ... compléta Tisiphone.
Le rire du Seigneur des Ténèbres s'envola de nouveau.
- Tu comprends vite ...
Il la fixa un long moment. Tisiphone ne cilla pas.
- Et si, demanda-t-Il, et si Je te demandais de Me ramener par la même occasion les autres pectoraux ... que Me répondrais-tu ?
- Vous le savez très bien !
- Vraiment ? Insista-t-Il. Ne craindrais-tu donc pas ma colère ?
-Ce serait non ! Déclara Tisiphone, sûre d'elle et ignorant la dernière remarque. D'abord, tout simplement parce que j'ignore où ils se trouvent et comment les récupérer, ensuite, le passé a déjà trop changé. Cela impliquerait de trop lourdes conséquences ...
- Pourtant, tu t'apprêtes bien à aller le perturber.
- Oui ... C'est l'unique moyen pour retrouver celui-ci ... Il a été détruit ... mais ce sera la dernière et ultime fois ...
- Tu Me désobéirais donc ?
- Non ! Je trouverai les autres pectoraux et je Vous les ramènerai, mais pas de cette manière ...
- Serais-tu folle pour ainsi Me tenir tête ?
- Non, juste sûre de moi ! Je suis la meilleure dans mon domaine ! Je trouverai les autres bijoux !
- Soit, accepta le Mage noir, amusé devant tant d'assurance. J'accepte ta proposition. Après tout, en ce qui concerne la Boîte de Pandore, je peux encore un peu patienter ...
Tisiphone sentit un grand poids s'envoler. Son audace avait été payante.
Il Se leva soudain.
- Suis-moi, ordonna-t-Il.
Tisiphone lui emboîta le pas, Il était grand, bien plus grand qu'elle. Il emprunta le même passage par où Sebastian était entré. La porte cachée se referma sans bruit sur Tisiphone. Un petit escalier en colimaçon montait raidement. Quelques torches permettaient de voir où ils mettaient les pieds. L'endroit semblait être peu emprunté : la poussière était épaisse et de nombreuses araignées avaient fait de ce lieu leur domaine : leurs toiles innombrables couraient partout.
Le Seigneur des Ténèbres S'était arrêté. La sorcière se demanda pourquoi : l'escalier continuait à monter.
Il Se retourna alors vers Tisiphone.
- Bien entendu, tu dois te douter de l'immense honneur qui t'ait fait ... Peu de Mes Mangemorts ont vu cet endroit.
Tisiphone acquiesça simplement.
Il avait sorti Sa baguette et la pointa contre le mur. Au lieu de tapoter les pierres, Il traça d'étranges arabesques sur une toile d'araignée. La toile se mit à luire, un cliquetis se fit entendre et le mur s'ouvrit sur une pièce secrète.
Voldemort entra et invita la sorcière à L'imiter. Elle fit un pas et franchit le seuil. Le mur se referma sans bruit.
La pièce était plongée dans le noir, mais la lumière ne tarda pas à se faire. Des bougies s'allumèrent sur un ordre du Maître. Le feu dans la cheminée se mit à flamber ; les flammes à danser.
La pièce était circulaire, très haute de plafond. Aucune ouverture ne donnait sur l'extérieur; Tisiphone se retourna, le passage qu'elle venait d'emprunter avait disparu. Impossible de sortir de cet endroit si on n'en connaissait point les secrets.
Des hautes étagères se dressaient jusqu'au plafond. Certaines étaient remplies de livres, d'autres de bocaux tous plus étranges les uns des autres, d'autres, enfin d'objets que Tisiphone n'avait jamais vus. Des crânes minuscules ou énormes étaient parsemés ça et là dans la pièce. La sorcière reconnut des restes de dragons, d'elfes ou de manticore ; mais certains os lui étaient totalement inconnus. Dans un coin, un bureau disparaissait sous les papiers, les grimoires, les parchemins. Le regard de la sorcière fut attiré par des rouleaux qui semblaient venir d'un autre temps. Son coeur bondit, elle avait sans doute sous les yeux les fameux papyrus qu'Il avait dérobés dans la bibliothèque atlante. Elle réfréna son envie de s'approcher et d'y jeter un coup d'oeil. Voldemort l'observait avec attention, en souriant, Il avait surpris le désir presque incontrôlé de l'archéomage.
Près du bureau, une petite table aux pieds sculptés en forme de serpent soutenait une vieille Pensine de marbre noir, des veines verdâtres couraient sur la pierre lisse. D'antiques runes entouraient le bassin miroitant et luisant.
Devant la cheminée, deux confortables fauteuils se faisaient face. Le Sorcier alla S'asseoir dans l'un d'entre eux. Le second était occupé par un serpent qui semblait somnoler, mais les mouvement de sa langue indiquaient tout le contraire.
Le Seigneur des Ténèbres eut un nouveau petit sourire en invitant Tisiphone à s'asseoir. Il attendait de voir comment elle réagirait face au reptile. Très peu de sorciers qui avaient eu l'honneur d'entrer ici avait osé déranger Nagini pour prendre place.
La sorcière s'avança sans crainte. Elle ne comprenait pas la peur que certaines personnes pouvait éprouver à l'égard de ces animaux. La peur, elle la connaissait, mais pas à cause de cela. Et puis le reptile n'était pas si gros que cela, juste un bébé, sans venin mortel.
Avec une certaine délicatesse, elle attrapa les anneaux de l'animal et le déposa à terre. Nagini souleva sa tête et observa avec curiosité cette femme qui avait osé le chasser de son trône. Il siffla quelques secondes avant de se dérouler et de trouver un coin plus tranquille pour continuer à somnoler.
Le Sorcier se pencha vers les flammes. Il brandit Sa baguette et un éclair frappa le feu qui devint instantanément bleu. Il passa Son bras dans les flammes qui s'écartèrent à Son contact. Il récupéra ainsi une petite boite toute blanche. La matière luisait étrangement et Tisiphone se demanda si elle n'était pas en os humains. Voldemort saisit sa pensée au vol et lui narra l'histoire de cet objet.
- C'est une vieille babiole, récupérée il y a peu. Son histoire M'a intriguée, expliqua-t-Il. Le sorcier qui l'avait fabriquée croyait qu'il pouvait récupérer les pouvoirs de ses adversaires, non pas en mangeant leur chair, mais en gardant une partie d'eux. Il s'est donc fait cette boîte, avec les ossements des sorciers qu'il avait vaincus. Coinvaincu que la magie de ces derniers lui revenait, il y rangea sa baguette.
- Sa baguette ? Comment pouvait-elle y entrer ? La boîte est trop petite.
- Elle était chargée de magie et permettait d'y ranger de nombreux objets quelques soient leur taille et leur poids.
Voldemort ouvrit la boîte, en pressant le couvercle à des endroits précis. Les parois blanches se mirent à bouger et à se dérouler. Le contenu de la boîte fut exposé. Quatre pectoraux qui brillaient comme les flammes les plus ardentes.
- Fais ton choix.
Il montrait les bijoux à la sorcière. Elle prit son temps avant de répondre.
- Celui que possédait Nathaniaël, finit-elle par se décider.
- Pourquoi celui-là précisement ? S'interrogea le Seigneur des Ténèbres.
- Si je veux aller chercher le pectoral, sans affecter encore plus le passé, je pense que je dois le récupérer après que les autres aient disparu. De plus, je sais où il se trouve dans cette époque précise.
- Ton acte aura tout de même de lourdes conséquences ...
- Je le sais bien, marmonna-t-elle dépitée ... Mais ai-je vraiment le choix ?
- Non !
Le Sorcier lui tendit le pectoral qui avait appartenu à Nathaniaël. Il rangea les autres et fit disparaître la boîte dans les flammes.
Tisiphone n'espérait plus qu'une seule chose qu'elle puisse entrer dans le pectoral tout comme elle avait pu le faire avec le sien.
- Et le sort ? Demanda-t-elle. Comment fonctionne-t-il ?
-Rien de plus simple, expliqua Voldemort. Pendant quelques heures, il permet d'agir au sein du souvenir comme si ce n'était pas un souvenir. Mais tu ne peux pas te faire voir, tu restes invisible ...
- Et pour sortir du souvenir ?
- Il suffit juste de le vouloir ! Rien de bien compliqué, conclut-Il.
- Et pourquoi, s'interrogea Tisiphone, pourquoi ce sort est-il si peu connu ?
Le Seigneur des Ténèbres éclata de rire.
- C'est de la magie noire très puissante ! Jeter ce sort n'est pas à la portée de n'importe qui ... Et puis, très peu de sorciers sont au courant de son existence ...
Il fixa intensément la sorcière puis eut un petit sourire.
- Voudrais-tu que Je te l'apprenne ? Demanda-t-Il soudain.
Tisiphone sursauta, dans quel nid de manticores s'était-elle encore fourrée ? La voilà qui passait une sorte de test et elle ne savait vraiment pas quelle réponse donner. Elle réfléchit de longues secondes.
- Cette proposition ne te tente pas ? Insista-t-il. Pouvoir retourner dans le passé et le changer.
Elle fit une grimace.
- Le passé ... Le passé ... Je ne sais pas si le changer ... serait si bénéfique que cela ... les conséquences ... sont tellement inimaginables ... Mais posséder un tel savoir ...
Le Seigneur des Ténèbres sourit.
- Nous reparlerons de tout cela plus tard, murmura-t-Il.
Elle acquiesca.
Il sortit Sa baguette. Le bois d'if luisait faiblement sous la lueur des flammes. Le coeur de Tisiphone se mit à battre un peu plus vite. Et s'Il l'avait menée en bateau ... et si le sort qu'Il allait jeter était tout autre.
Aucune parole ne franchit les lèvres du Mage.
La pointe de la baguette brillait étrangement. Une lueur dorée qui laissait s'échapper des milliers de petits filaments. Le sort frappa Tisiphone et l'enveloppa toute entière d'une sorte d'aura étincelante.
- A partir de maintenant, le sort fait effet ...
Elle commença à marmonner les mêmes paroles en faisant tourner le bijou atlante dans ses mains. Aussi rapidement que la dernière fois, la pierre centrale brilla et la lumière recouvrit Tisiphone. Elle ferma les yeux.
Le vent soufflait avec vigueur dans les palmes qui voltigeaient dans cette valse endiablée. La terre était recouverte d'une fine couche de neige fraîchement tombée. Tisiphone se trouvait dans ce qui lui semblait être un jardin ou un parc. Des grandes pelouses superbement entretenues malgré le manteau blanc, des arbres majestueux et centenaires, des milliers de fleurs épanouies malgré la saison hivernale. Ca et là, des fontaines bruyantes laissaient couler leur flots turquoises. Le lieu respirait la magie.
Tisiphone fit quelques pas. La vue devant elle était dégagée. Elle pouvait embrasser toute la baie atlante et le reste de la cité, encadrée par les deux monstrueuses langues de lave. Au moins elle était dans la bonne cité atlante. Qui sait ce qui se serait passé si elle avait dû voyager ...
Elle se retourna, essayant de savoir où elle se trouvait. A en juger par le panorama qu'elle avait eu sous les yeux, elle était sans doute dans les beaux quartiers, non loin du temple. Il lui fallait se diriger vers le palais. Non loin, d'elle près d'une fontaine, une femme et un homme se promenaient. L'homme portait autour du cou le pectoral qui lui avait permis de venir ici. Tisiphone l'observa avec attention. Il avait les cheveux courts poivre et sel, le visage sevère et fermé. Il portait une courte barbe taillée avec soin. Sa longue toge était à moitié recouverte par une cape de fourrure noire qui rendait le sorcier encore plus impressionnant. Tisiphon s'approcha : il discutait vivement, malgré l'air apeuré de sa compagne.
- ... c'est de la folie, il va nous conduire à notre perte ...
- Je t'en prie ! Ne parle pas si fort ... Si quelqu'un t'entendait. Thalatheon ou pas, tu sais comment cela finirait ... Il s'est déjà débarrassé du vieux Celenon ...
- Il n'y a personne ici, à part nous ...
- Il a ses espions partout ... qui sait ce dont il est capable ! Il pourrait très bien enchanter ces fontaines, ou ces brins d'herbe ...
- Allons, ne sois pas ridicule. Il est temps que nous nous réveillons et l'empêchons d'agir ainsi !
La femme soupira, résignée.
- Ne t'en fais, nous avons de précieux alliés ...
Elle leva les yeux au ciel.
- Un poignée de vieux illuminés qui regrettent les anciens temps ... Sois réaliste ! L'armée est à sa botte, il n'a qu'à dire un mot pour tous nous écraser ...
- Les Anciens ne sont pas les seuls à ouvrir les yeux ! Même à ses côtés, certaines murmurent ...
Tisiphone secoua la tête, il lui fallait aller au palais ... Même si cette conversation était des plus intéressantes, elle ne devait pas oublier ce pourquoi elle était ici. Elle se demandait quelles seraient les conséquences de cet acte. Elle soupira, il était vraiment trop tard pour faire demi-tour. De toute façon, c'était le passé ou elle ... Et le passé était déjà révolu ... Elle, elle était toujours en vie et tenait à le rester.
Cachée derrière les hauts palmiers blancs, une demeure luxueuse se dressait. Tisiphone se dirigea vers elle. Il lui fallait sortir d'ici au plus vite.
Derrière elle, l'homme et la femme se disputaient avec un peu plus de force. La sorcière se retourna. L'homme quitta la femme et avançait à grand pas vers elle.
- Reste ! Je t'en prie ! Suppliait-elle.
- Non ! Je dois m'y rendre !
- Et si tu te fais prendre !
Elle pleurait avec force maintenant.
- Alors, je mourrai en sachant que j'ai tout fait pour mon royaume.
Il dépassa Tisiphone.
- Attends ! De toute façon, tu ne pourras entrer au Palais.
Il s'arrêta. Lentement, il se retourna. La femme aussi avait stoppé net. Il brandit son pectoral.
- Cette pacotille me servira de laisser passer.
- C'est de la folie, gémit-elle. Je t'en supplie ! Ne fais pas ça.
- Trop de gens comptent sur moi ... Je ne peux plus reculer ...
Il reprit sa marche, Tisiphone sur les talons. Si ce Thalatheon allait au palais, elle le suivrait.
A toute vitesse, il traversa le hall marbré de sa demeure et sortit. La maison donnait directement sur un étroit quai. A peine eut-il fait un pas qu'un bateau doré surgit. Il monta dedans et sans qu'il eut besoin de donner d'ordres, les rameurs s'éloignèrent du quai.
L'homme ne se retourna pas vers sa demeure. Pourtant, il savait que sur le ponton sa femme le regardait aller au devant, sans nul doute, de sa mort.
Le Thalatheon n'habitait pas loin du palais. La traversée fut courte. Ils franchirent rapidement la muraille qui séparait la cité du palais. Des gardes en armes escortèrent le navire dans l'étroit canal, l'air menaçant.
Le Thalatheon se leva alors que l'embarcation touchait le quai.
- Halte ! Tonna un garde.
Sans dire mot, l'homme brandit son pectoral. Aussitôt, les soldats s'inclinèrent. L'homme descendit, suivi de près par Tisiphone. La sorcière savait exactement où aller. Un peu étonnée, alors qu'elle arpentait les couloirs férocement gardés, elle remarqua que le Thalatheon semblait aller là où elle se dirigeait.
Effectivement, il s'arrêta devant la porte des appartements de Cleito. Il tapa trois coups discrets à la porte. Aussitôt, elle s'ouvrit. Le Thalatheon se glissa à l'intérieur. La porte se referma presque sur Tisiphone, mais elle avait réussi à passer.
Cleito était là ... Mais la princesse avait changé. Ses cheveux étaient coupés courts, son visage très pâle avait les traits tirés et fatigués. Elle était d'une maigreur extrême : tous les os saillaient sous sa peau tendue.
Elle accueillit le visiteur avec un timide sourire résigné.
- Alaban, murmura-t-elle.
- Comment vas-tu Cleito ? Demanda-t-il.
-J'ai connu des jours meilleurs, avoua-t-elle.
- Je m'en doute, je m'en doute ...
Tisiphone avait fait quelques pas dans la chambre. Beaucoup de choses y avaient changé. Le miroir, lui, était toujours là. Elle s'en occuperait plus tard, elle avait encore le temps. De nombreux aquariums avaient été installés le long des murs. Tisiphone flânait et regardait les animaux qui évoluaient dedans. Aucun poisson derrière les vitres claires, tous les bassins étaient habités par des céphalopodes : des seiches qui changeaient de couleur, des calmars, des pieuvres ... Des espèces inconnues en Méditerranée. Tisiphone se demanda par quelle magie les animaux étaient arrivés là. Elle reconnut une petite pieuvre aux anneaux bleus qui ne vivait que sur les côtes de l'Australie. Comment Cleito avait-elle pu en obtenir ... l'Australie, à cette époque, était une terre inconnue.
Des pleurs se firent soudain entendre. Tisiphone détourna ses yeux des petites seiches. Elle venait d'apercevoir un berceau. Elle s'en approcha. A l'intérieur, un bébé venait de se réveiller. Cleito aussi s'était approchée. Elle prit l'enfant dans ses bras et le berça, il calma aussitôt ses pleurs.
Alaban regardait l'enfant et Cleito à tour de rôle.
- Ne perdons pas de temps, dit-il à contrecoeur. Qui sait combien de temps nous avons.
Quelques larmes perlèrent au coin des yeux de Cleito mais elle acquiesça. Elle posa l'enfant sur le lit et l'emmaillota avec soin.
- Où ? Demanda-t-elle simplement.
- Loin de l'Atlantide, répondit simplement le Thalatheon.
Ils se dévisagèrent puis Cleito baissa la tête et se concentra sur son enfant.
- Il reste une place, murmura soudain Alaban. Tu ...
- Non, je ... je ... je ne peux pas partir.
- Mais pourquoi ? S'exclama-t-il. Pourquoi ?
- Je ne peux pas l'abandonner ...
- Après tout ce qui s'est passé ? Après ce que tu vas faire ... Tu risques ta vie ...
- Je sais, mais ...
Sa voix se brisa et elle pleura doucement.
-Et Julius, insista Alaban. Y as-tu pensé ?
Tisiphone, en entendant ce nom, sursauta. Il résonnait si familièrement à ses oreilles.
Les pleurs de Cleito redoublèrent.
-Mon fils ... murmura-t-elle ... sera mieux ... sans ... ses parents.
- Tu ne peux pas dire cela ... Il a besoin de toi ...
- Je ... je ... ne suis pas une mère pour lui.
Cleito avait fini d'emmailloter Julius. Elle le tendit un peu trop vivement à Alaban.
- Pars, MAINTENANT, supplia-t-elle. Emmène-le loin de toute cette folie. Je t'en prie ...
Alaban posa l'enfant contre sa poitrine et rabattit sa cape pour le dissimuler.
- Tout ira bien, promit Alaban.
Cleito ne répondit rien.
Elle tourna alors le dos à l'homme qui emportait son fils au loin. Alaban s'en fut aussi silencieusement qu'il était venu. La porte se referma et Cleito s'effondra. Elle tomba à genoux sur le sol marbré et pleura.
Tisiphone en lâchait pas la princesse des yeux. Elle finit par secouer la tête. Il lui fallait faire ce pour quoi elle était venue.
Elle se dirigea vers le miroir.
Son coeur battait la chamade ... Et si ... et si cela ne marchait pas ...si ... il y avait des protections auxquelles elle n'avait pas songé.
Elle leva son bras et lentement, l'approcha de la surface de la glace. Tisiphone n'y voyait pas son reflet. Ses doigts effleurèrent le miroir froid qui aussitôt se troubla. La sorcière poussa un soupir de soulagement. Elle enfonça son bras à l'intérieur : c'était comme traverser un voile d'eau. Sa main toucha un objet rectangulaire. Elle s'en saisit.
Elle sortit la boîte et l'ouvrit. Le pectoral était à l'intérieur. Vivement, elle le passa autour de son cou. Cleito n'avait rien remarqué, trop enfermée dans son chagrin. Tisiphone remit la boîte à sa place.
Au même moment, la porte de la chambre s'ouvrit avec violence. Des gardes firent leur intrusion, escortant Theronos. Ses traits étaient déformés par la fureur.
Cleito se releva brusquement.
Tisiphone s'était figée, immobile.
- Qu'as-tu fait ? OU EST-IL ? Tonna l'Atlante furieux.
La femme ne répondit rien.
Il se tourna vers les soldats.
- Fouillez tout le palais, le temple. Surveillez tous les canaux et les rues !
Le soldats s'inclinèrent et s'exécutèrent aussitôt.
Theronos et Cleito se retrouvèrent seuls.
- Où est-il ? Répéta-t-il dans un souffle glacé.
- Loin de toi et de ta folie meurtrière.
Theronos gifla soudainement la princesse.
- Réponds moi !
- NON ! Jamais tu ne mettras la main sur lui !
Elle se mit alors à sangloter.
-Que t'est-il arrivé ? Murmura-t-elle. Pourquoi as-tu tellement changé ...
Cleito avait reculé de quelques pas. Elle buta soudain contre un aquarium. Elle sursauta comme un animal aux abois.
- Pourquoi ? Répétait-elle inlassablement.
- Arrête ! Dis-moi plutôt ce que tu en as fait.
- Jamais ...
Le ton de sa voix était résigné.
Elle tourna tout à coup le dos à Theronos. Avant que Tisiphone réalise ce qu'elle faisait vraiment, elle avait plongé sa main dans l'eau de l'aquarium. Elle se saisit d'une petite pieuvre aux anneaux bleus et la posa sur son bras.
Les larmes coulaient sur les joues de la princesse atlante.
Theronos bondit, mais trop tard.
Cleito avait retiré la pieuvre de son bras. Sur la peau si pâle, une minuscule trace de piqûre était apparue.
Trop rapidement, Cleito s'effondra. Theronos la rattrapa.
- Qu'as-tu fait ? Gémit-il, comme s'il se réveillait soudain d'un mauvais rêve.
Sa respiration était déjà difficile.
Tisiphone accourut vers Cleito en criant.
- NON !
Tisiphone ouvrit soudain les yeux. De la sueur perlait à son front. Un instant, elle se demanda où elle se trouvait et tout lui revint.
Elle baissa les yeux : à son cou pendait le pendentif.
Elle releva la tête. Et son regard croisa Celui de Voldemort.
- Alors ? Demanda-t-Il. Ce petit voyage a-t-il été instructif ?
- J'ai ramené le pectoral, marmonna-t-elle.
Elle l'ôta et le lui tendit.
- Excellent !
- Je ... j'aimerai examiner les autres pectoraux, finit-elle par demander, les étudier pour en apprendre plus.
- Non, répondit sèchement le Seigneur des Ténèbres.
- Je ... je croyais que Vous vouliez que je travaille dessus ...
- C'est effectivement ce que Je veux ... Mais des choses sont plus urgentes ... Comme Je te l'ai dit tout à l'heure, la Boîte de Pandore peut attendre encore un peu ...
- Que dois-je faire ? S'étonna Tisiphone, un peu inquiète à l'idée de ce qui l'attendait.
- Tu dois reprendre ton poste d'Auror, au Ministère ... Les instructions te parviendront plus tard ...
- Il va falloir que je trouve une bonne excuse pour l'absence de ces derniers jours.
- Je te fais confiance pour cela ! Tu ne devrais pas avoir trop de mal ...
- Encore faut-il qu'on me croit ... marmonna Tisiphone.
- Soumets-toi au Véritaserum, proposa alors le Sorcier.
- Mais ...
Voldemort éclata de rire.
- En ce moment même une bonne partie du stock de cette potion a été remplacée ... par une potion totalement différente. Celui qui veut vraiment cacher quelque chose le peut sans aucun problème ...
- Il y a d'autres Mangemorts chez les Aurors ?
- Bien entendu !
- Quelqu'un est assez doué pour fabriquer du faux véritaserum ?
- J'ai effectivement trouvé un tout jeune sorcier qui excelle dans cette matière ... D'ailleurs, tu le rencontreras sous peu, c'est lui qui te fournira d'autres potions à introduire chez les Aurors ...
Il Se leva, signifiant que l'entretien était terminé.
Le passage dans le mur s'ouvrit soudain. Tisiphone quitta le bureau du Seigneur des Ténèbres. Sans bruit, les pierres reprirent leur place.
Elle descendit les escaliers, pensive : les différents événements se bousculaient dans sa tête : Cleito, son fils, sa nouvelle mission au Ministère.
Elle franchit la porte dissimulée et se retrouva au premier étage. Sebastian avait disparu.
Dans le couloir, nulle trace de Lucius.
Elle continua donc sa route et arriva au rez-de-chaussée.
Une porte était entrouverte, des voix s'échappaient de la pièce. Tisiphone reconnut celle de Lucius, elle s'avança sans bruit.
Par l'entrebâillement de la porte, elle aperçut Narcissa, visiblement dépitée et en colère. Un sourire naquit soudain sur son visage lorsqu'elle tourna les yeux et vit Tisiphone pousser la porte.
Lucius était là. Debout près de Bellatrix, il avait posé sa main sur son épaule. Les deux sorciers discutaient vivement, visiblement amusés.
Tisiphone avança. Bellatrix l'aperçut à son tour et son visage se fit plus dur. Lucius, surpris, se retourna vivement.
Il lâcha la sorcière et s'approcha à grandes enjambées de Tisiphone. Cette dernière fulminait en silence, ses yeux s'étaient assombris sous le coup de la colère.
- Te voilà ! S'écria Lucius.
- Oui, marmonna Tisiphone entre ses dents.
Il l'avait prise par le bras, elle se laissa faire, ne voulant surtout pas donner à ses cousines la joie d'une scène.
- Alors ? Demanda-t-il.
- Je suis fatiguée, dit-elle d'une voix éteinte. Je vais rentrer ...
- Soit !
Il l'entraîna vers la sortie, sans un regard pour Bellatrix et sa soeur.
Le retour se fit dans le silence.
La nuit tombait doucement sur la campagne anglaise. Le ciel prenait des teintes mauves et roses, tandis que les fleurs refermaient lentement leurs pétales pour dormir. Les petits animaux regagnaient avec célérité leur abri pour y passer la nuit tranquillement.
Tisiphone avait pris quelque avance sur Lucius. Elle avançait à grand pas vers le cottage.
- Attends-moi, s'écria ce dernier.
Elle fit la sourde oreille. Elle arriva devant la porte, l'ouvrit et la claqua. Le son résonna et une volée de petits oiseaux effrayés s'envolèrent.
Tisiphone alla directement dans le petit bureau. Elle appela son elfe.
- Mana !
La petite créature apparut aussitôt.
- Va chercher Ratatouille, nous rentrons à Londres.
Tisiphone rassemblait ses affaires sauvées de l'éruption lorsque Lucius arriva enfin.
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il quand il vit que la sorcière faisait ses bagages.
- Je range mes affaires, grogna-t-elle.
- Et peut-on savoir pourquoi ?
Elle suspendit son geste. Le livre à la main, elle leva les yeux vers Lucius, effarée.
- Tu me demandes pourquoi ?
- Je ... Je ...
Elle l'arrêta d'un geste de la main. Le rouge lui était monté aux joues.
- Tu me demandes pourquoi ? Répéta-t-elle.
Sa voix avait monté d'un ton.
- Tu ne manques pas de culot ! Poursuivit-elle.
Lucius la dévisgeait avec étonnement.
- Puisque tu n'as pas l'air de savoir de quoi je parle, je vais mettre les choses au clair !
Elle posa brutalement le livre sur la table.
- Que tu me mettes à l'écart de certaines choses, passe encore ! Votre petit voyage en Atlantide, je peux comprendre ! Mais là ... là ... S'il existe bien une chose que je déteste, c'est qu'on se fiche de moi !
- Mais ... enfin ...
- Ne m'interromps pas ! Cria-t-elle soudain. Ce n'est pas parce que tu es beau comme un dieu qu'on puisse tout te pardonner ! Mais là, j'en ai marre ! Je ... je me suis démenée pour récupérer ce fichu pectoral, j'ai vu des choses ... qui ... qui ... et quand je reviens, je te trouve avec Bellatrix en train de ... de minauder !
Elle avait repris son dernier livre qui traînait et le jeta avec violence dans son sac.
Mana venait de réapparaître, l'elfe prit sans mot dire le sac et disparut.
- Attends, Tisiphone, tu te trompes !
Elle passa devant lui, il essaya de la retenir par le bras. Elle se débarrassa de lui et avança jusqu' à la porte. Avant de la franchir, elle se retourna.
- Tu vois, tu n'essayes même pas de te défendre ...
- M'en as-tu vraiment laissé le temps ?
- Très bien, je t 'écoute alors ! Vas-y, explique-moi ce que ton bras faisait autour des épaules de Bellatrix !
- Enfin, Tisiphone, ça ne veut absolument rien dire ... Tu sais bien ... que ... que ... c'est toi ... que ... j'aime, finit-il par avouer dans un filet de voix.
- N'est-il pas un peu tard pour me dire cela ?
Une pointe de tristesse était apparue dans sa voix.
- Tu ne peux pas partir comme ça, Tisiphone, je t'en prie. Surtout pour une raison aussi ...
- Aussi quoi ? L'interrompit-elle. Aussi bête ?
Lucius ne répondit rien.
- Cela te paraît peut-être insignifiant pour toi, mais ... pour moi ... Je ... je ...
Quelque larmes venaient d'apparaître aux coins de ses yeux.
- Après tout ce qui m'est arrivé, j'ai besoin ... de ... stabilité ...
- Et tu crois que je ne peux pas t'apporter cela ? C'est ce que tu penses.
- Pour le moment, je ne pense plus rien, avoua-t-elle usée. J'ai ... j'ai besoin ... de temps ...
Son visage s'était radouci.
-D'accord ... d'accord. Mais, reste ... supplia-t-il.
Lucius s'était de nouveau rapproché. Les deux sorciers étaient si proches que leurs haleines se mêlaient.
Il prit soudain la main de Tisiphone, la posa à plat sur la sienne. Elle sentit quelque chose de lourd y tomber. Lucius lui referma sa paume ouverte.
- Ne pars pas, murmura-t-il.
Elle se défit de son étreinte.
- Je ... je suis ... désolée, pleura-t-elle.
Elle s'enfuit en courant dans le jardin. Elle savait que si elle restait une minute de plus, elle allait une nouvelle fois lui pardonner ...
Elle sortit du jardin, serrant toujours dans sa main le présent de Lucius. Elle se transplana.
