Chapitre XXIII : Confusion et Vérité ...

L'aube se levait, grise et pluvieuse. Elle ne parvenait pas à chasser à les lourds nuages sombres qui empêchaient le ciel d'accueillir le soleil estival.

Les gouttes ruisselaient avec force sur les toits noyés de Londres. Elles s'abattaient en crépitant contre les vitres des maisons ou contre les volets.

L'appartement de Tisiphone était encore plongé dans la pénombre. La jeune femme était étendue sur son lit, non défait. Elle portait encore ses vêtements de la veille. Le sommeil l'avait vaincue dans sa douleur et ses pleurs. Il l'avait emportée comme ça, dans un repos bienveillant et réparateur, faisant s'envoler ses soucis. La sorcière tenait toujours dans le creux de sa paume le cadeau de Lucius qu'elle n'avait même pas ouvert.

Mana entra sur la pointe des pieds dans la chambre. La pluie tambourinante n'avait pas réveillé sa maîtresse. La petite elfe l'observa pendant quelques secondes. Elle se faisait du souci pour elle. Elle avait emprunté une voie sombre et elle n'en sortirait pas indemne ... mais qu'est-ce qu'une petite créature comme elle pouvait faire pour l'aider ... Rien, si ce n'est faire ce qu'elle faisait depuis toujours, ramasser les morceaux et le recoller tant bien que mal, sans trop poser de questions ...

Mana ouvrit les rideaux, barrière inutile ce matin contre la lumière. Elle soupira. Comme elle regrettait le chaud soleil grec, le ciel d'azur. Ici, tout était gris et même lorsque le soleil brillait, il était souvent masqué par les fumées de véhicules ou des usines moldues.

L'elfe fit apparaître le café qu'elle avait préparé dans la cuisine. Les effluves chatouillèrent Tisiphone et la tirèrent de son sommeil.

Elle ouvrit les yeux, les paupières gonflées de larmes.

-Bonjour, lança Mana.

Tisiphone lui sourit avant de la saluer à son tour.

- Déjà debout ? Demanda la sorcière.

- Mana ne dort pas beaucoup ... Mana n'en a pas besoin ...

Tisiphone s'était assise en tailleur sur son lit.

Mana remarqua qu'elle n'avait pas lâché le petit présent, mais elle ne fit aucune réflexion. Sa maîtresse semblait assez perturbée comme ça, inutile de remuer le couteau dans la plaie.

Tisiphone se décida enfin à lâcher le présent. Elle se saisit d'une tasse brûlante. Elle mit ses mains en coupe autour du mug. Elle renifla l'odeur forte du liquide noir, en fermant les yeux. Un peu plus, elle se serait crue en Grèce. Mais le bruit de la pluie au dehors lui rappelait la cruelle vérité.

Elle ouvrit de nouveau ses yeux.

- Je retourne au Ministère, annonça-t-elle à son elfe.

Mana sursauta, surprise.

- Mana croyait que vous n'y retourneriez pas ...

- C'est ce que je pensais aussi ... mais il en est autrement ...soupira-t-elle.

La sorcière termina rapidement son café et se leva. Elle ne se dirigea pas non vers le dressing ou la salle de bains mais vers la cuisine. Mana, intriguée, la suivit comme son ombre.

La cuisine était une pièce très éclairée dans laquelle la petite elfe aimait passer la plupart de son temps. Elle n'avait pas de plafond mais une simple verrière. Tout un pan de mur avait disparu, remplacé lui aussi par d'immenses baies vitrées. L'elfe en avait fait le territoire privilégié des plantes. Des multitudes de végétaux en pot poussaient là comme dans une serre. Une sorte de plante grimpante aux grosses feuilles vert tendre et aux fleurs multicolores courait sur les murs, les vitres et au plafond. De petits palmiers poussaient au côté d'un minuscule olivier tandis que les orchidées moldues ou sorcières côtoyaient les lys, les bougainvilliers entouraient des pots remplis de simples et d'herbes aromatiques. Mana avait également installé un petit aquarium dans lequel s'ébattaient de minuscules poissons multicolores.

Tisiphone n'accorda aucun regard aux végétaux. Elle se dirigea vers un placard et pour l'ouvrir dut écarter une branche un peu trop entreprenante. A l'abri de la lumière, la sorcière y rangeait la plupart de ses ingrédients pour les potions.

Elle chercha d'abord un grimoire, l'ouvrit et après avoir trouvé ce qu'elle cherchait, elle commença sa quête d'ingrédients. Elle sortit de nombreux pots, de nombreuses fioles, les disposant au fur et à mesure sur le plan de travail. Elle se dirigea ensuite vers le meuble d'apothicaire et ouvrit différents tiroirs, parfois énormes, parfois minuscules.

- Que faites-vous ? Finit par demander Mana.

Tisiphone ne lui répondit pas immédiatement.

- Pourrais-tu allumer le feu sous le chaudron ? ordonna la sorcière.

L'elfe s'exécuta.

Rapidement de grosses flammes oranges vinrent lécher le fond du chaudron.

-Je dois préparer une potion, annonça finalement Tisiphone. Pour ... mon retour au Ministère. Je ne vais tout de même pas arriver là-bas la bouche en coeur.

- Quelle potion ?

- Un philtre de Confusion ...

- Très bien, répondit Mana qui commença à sélectionner quelques ingrédients et à les réduire en poudre.

La petite elfe était une aide précieuse dans la préparation de potions, domaine dans lequel Tisiphone n'était pas forcément très à l'aise.

La sorcière suivait du doigt les instructions et les dictait à Mana qui s'empressait ou de couper les feuilles de Belladone ou de hacher menu une poignée de cervelles sèches de vers marins.

La mixture qui était à présent dans le chaudron bouillonnait à grosses bulles. La sorcière réduit le feu avant d'ajouter du foie de dragon.

La potion fut rapidement finie. Pendant qu'elle refroidissait sous la surveillance de l'elfe, Tisiphone s'éclipsa dans sa salle de bain pour se préparer.

Elle finissait de se brosser les cheveux, lorsque, par la porte ouverte qui donnait sur sa chambre, elle aperçut, abandonné au milieu du lit, le petit cadeau de Lucius.

Elle lâcha sa brosse et alla s'asseoir sur le lit. Les idées toujours embrouillées à propos de sa conduite envers lui, elle défit le noeud et ouvrit la boîte.

Elle souleva le couvercle et aperçut un éclat argenté. A l'intérieur de l'écrin sur un petit lit de velours noir reposait une délicate petite bague. Un magnifique saphir étincelant de mille feux bleutés était entouré par les fines pattes reptiliennes d'un minuscule dragon, dont la queue formait l'anneau. L'animal était en or blanc, finement ciselé. Il rappelait sans conteste le pendentif que Lucius lui avait déjà offert par le passé.

Sa raison lui soufflait de refermer l'écrin et de l'abandonner dans un tiroir, mais Tisiphone ne l'écouta pas et passa l'anneau à son doigt en souriant.

Elle finit de se préparer et retourna dans la cuisine.

La potion était à présent prête. Tisiphone relut les instructions puis, à l'aide d'une louche en cuivre, versa une partie du philtre dans une petite fiole. La texture en était étrange, légèrement noirâtre, à mi-chemin entre le liquide et le solide.

- Tu sais ce que tu dois faire, demanda-t-elle soudain à Mana. Après que j'aie bu cette potion.

L'elfe hocha la tête, en silence, assez perplexe.

La sorcière soupira avant d'avaler le contenu de la fiole. Elle fit la grimace. Contrairement à d'autres mixtures sans aucun goût, mais loin d'égaler l'amertume du Polynectar, le philtre était assez immonde à avaler. Tisiphone retint un haut-le-coeur, elle était sur le point de tout vomir. Elle lâcha brutalement la fiole qui allait s'écraser au sol en mille éclats aussi coupant qu'une lame aiguisée. Mana les fit disparaître tandis que Tisiphone se retenait à la table pour ne pas glisser au sol.

L'effet de la potion était immédiat. Elle sentit ses jambes flageoler sous elle, des tremblements parcoururent son corps et remontaient le long de sa colonne vertébrale. Elle eut soudain l'impression d'être prise au milieu d'une nappe étrange de brume qui obscurcissait tous ses sens. Sa bouche était pâteuse, ses yeux larmoyants observaient ce qui l'entourait d'une nouvelle manière : les objets avaient des contours flous et filants. Même les sons lui parvenaient étrangement assourdis comme s'ils devaient traverser des murs de ouate. Aussi bizarre que cela puisse paraître, son sens du toucher s'était amélioré. Ses doigts qui s'agrippaient farouchement au bois de la table en sentaient toutes les aspérités, toutes les fibres qui, autrefois, avaient été vivantes, nourries par la sève odorante. C'était comme si le bois lui racontait sa vie, son bonheur de sentir quelques gouttes pluies lui tomber dessus, la chaude caresse du vent ou d'un rayon de soleil, puis la douleur de la mort, tranché par les dents coupantes des objets qui l'avaient détruit, l'acier brutal et froid qui le charcutait au plus profond de son être. Tisiphone secoua la tête comme pour se sortir de cette vision des plus bizarres. Elle lâcha brutalement la table. Son équilibre était incertain et elle tituba avant de pouvoir faire quelques pas assurés.

Mana s'approcha de sa maîtresse.

- Mana se demande si c'est bien raisonnable, murmura-t-elle.

Tisiphone éclata alors de rire.

- Je n'avais jamais remarqué ... mais tes oreilles ... on dirait des ailes de chauve-souris, s'esclaffa-t-elle.

Mana fit la moue.

Tisiphone essaya de reprendre son sérieux et de se contrôler, mais les idées se mélangeaient dans sa tête, la potion était vraiment efficace. Cependant sa volonté de fer la guidait parmi les sentiers tortueux du labyrinthe de ses pensées.

- Tu dois le faire, déclara finalement Tisiphone avec difficulté.

La comparaison qu'elle avait faite quelques instants auparavant ne pouvait la quitter et elle s'imaginait très bien Mana en train de voler grâce à ses oreilles. Elle retint son rire.

Elle réussit à sortir sa baguette avec des gestes maladroits et la tendit à Mana. La petite elfe semblait presque apeurée.

- Il ... le ... faut, bredouilla Tisiphone.

- Mais ...

- La ... douleur ... la potion ... ça ... ça ...

Elle ferma les yeux, tout tanguait autour d'elle. Se concentrer était difficile, mais elle n'avait pas le choix.

- Ca ira, finit-elle par dire.

Mana avait pointé la baguette sur sa maîtresse. Soudain, elle baissa la tête et laissa tomber la baguette.

- Non, murmura Mana. Mana n'y ... arrivera.

- FAIS-LE ! Lui hurla Tisiphone. FAIS-LE ... tant que j'en ai ... encore ... le courage.

Les larmes se mirent à couler sur ses joues. Elles étaient salées, salées comme la mer. Elle ferma les yeux.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Leur arrivée était passée inaperçue, malgré le sang qui s'écoulait sur le sol impeccablement blanc.

- S'il vous plaît, gémit la voix fluette.

Quelques visages se tournèrent vers ce son. Une femme poussa un petit cri d'horreur. La sorcière qui était à l'accueil décida enfin à réagir.

- Par Merlin ! S'écria-t-elle.

Elle agita sa baguette en tout sens. De petites boules argentées et dorées apparurent, des visages à l'intérieur se tournèrent vers la sorcière.

- Nous avons une urgence à l'accueil, lança la sorcière.

Trois têtes disparurent aussitôt. Les boules s'évanouirent.

Quelques secondes plus tard, le calme fut troublé par l'apparition de trois médicomages. Ils entourèrent aussitôt l'elfe qui soutenait tant bien que mal la sorcière.

Un brancard apparut et la femme fut étendue dessus.

Les médecins l'emmenèrent plus au calme, l'elfe les suivit.

Un rideau avait été tiré autour du lit. Mana s'était assise sur une chaise, se faisant toute petite, ses grands yeux ne perdaient pas une miette de la scène. Elle avait posé ses mains à plat sur ses cuisses. De temps en temps, elle lissait le tissu blanc de son vêtement. Elle n'était pas vraiment inquiète ... Tisiphone n'avait rien de bien grave. Mais elle se demandait si sa maîtresse n'avait pas présumé de ses forces : elle n'était qu'une petite elfe ... une petite elfe qui n'était pas très douée pour les mensonges.

Beaucoup de monde s'affairait autour de la sorcière ensanglantée. Elle savait que, bientôt, les questions arriveraient.

Après de longues minutes, les médicomages reculèrent, satisfaits, puis ils sortirent. Une femme suivie d'une parchemin s'approcha de Mana. Une plume voletait près de son oreille. Mana suivait des yeux l'évolution de celle-ci, ses couleurs chatoyantes brillaient.

- Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle d'une voix douce pour ne pas effrayer l'elfe.

La plume s'était figée, dans l'attente de prendre des notes. Mana la regarda encore quelques secondes avant de fixer la sorcière qui l'encourageait d'un sourire.

- Mana ne sait pas trop ... chuchota-t-elle. Cela faisait plusieurs jours ... que ... que ... Mana n'avait plus de nouvelles. Mais Mana ne s'était pas trop inquiétée ... Ses missions pour le Ministère durent parfois plusieurs jours ...

- Ah ? S'exclama la sorcière. Ta maîtresse travaille pour le Ministère ?

L'elfe hocha la tête.

- Ma maîtresse est Auror, ajouta-t-elle fièrement.

- Vraiment ? Il faut que je les avertisse immédiatement. Le reste n'est plus de notre ressort alors ...

Elle quitta précipitamment la pièce. Mana se retrouva seule avec Tisiphone. L'elfe sauta au bas de sa chaise et s'approcha du lit sur la pointe des pieds.

Les blessures de la sorcières s'étaient refermées. Elle ouvrit les yeux. Elle adressa un petit sourire à Mana.

- Mana a fait ce qu'il fallait, murmura l'elfe.

Le philtre faisait toujours son effet, malgré les potions que les médicomages lui avaient administrées. Elles ne réduisaient en rien l'impression de confusion, et pour cause, une seule chose pouvait le faire ...

Mana ouvrit alors la paume de sa main : une petite boule translucide reposait dans le creux de la main de l'elfe. A l'intérieur de la boule, un liquide chatoyait : ses couleurs oscillaient entre le bleu, le vert, le turquoise. Tisiphone le regardait avec amusement. Les teintes bleutées lui rappelaient celles de la mer, changeantes sous les rayons du soleil qui tentaient de percer les hauts fonds.

- Du sang de lamantin et de fée ... marmonna Mana en tendant la boule à la sorcière.

Pendant de longues secondes, Tisiphone contempla les éclats irisés mouvants, perdue dans les volutes colorées.

Mana regardait avec anxiété la porte, qui pouvait savoir quand leur tranquillité serait rompue ...

- Il faut l'avaler, ordonna-t-elle soudain.

Tisiphone la dévisagea surprise par le ton sec de son elfe.

- Mana a peur que quelqu'un arrive à l'improviste, se justifia-t-elle.

- Pourquoi devrais-je avaler une si jolie chose ? Je devrais plutôt m'en faire un pendentif ! C'est si beau, on dirait une mer miniature ... Regarde, si on secoue la bille fortement, on déclenche une tempête.

L'elfe pesta contre la potion de confusion.

Tisiphone continuait à s'amuser avec la boule. Mana perdit alors patience, elle reprit l'objet des mains de la sorcière, la força à ouvrir la bouche et y enfonça la boule de sang.

- Il faut avaler ! Ordonna-t-elle.

Trop surprise pour répliquer, Tisiphone s'exécuta comme une enfant. Elle fit la moue et toussa.

- Et ne pas recracher, compléta l'elfe.

- Qu'est-ce que tu m'as fait prendre ? gémit la sorcière. C'est dégoûtant ! On dirait du jus de Dragées Surprises de Bertie Crochue à la poubelle, aux épinards, aux crottes de nez, aux cacahuètes et à la cire d'oreille ... Comment une chose aussi jolie peut avoir un tel goût ?

- C'est pour aller mieux, expliqua alors Mana. N'était-ce pas ce qui était prévu ?

- Je ... je ... je ne me rappelle plus ... Tout est si ... confus ...

La sorcière ferma les yeux.

Peu à peu l'étrange sentiment qui l'avait saisie se dissipa légèrement. Les brumes qui entouraient son esprit et l'empêchaient de réfléchir normalement levaient lentement leurs voiles opaques.

Les idées se firent plus claires. Son regard étincela.

- Je me souviens maintenant, chuchota la sorcière. Le philtre de confusion, le sang de lamantin et de fée ... C'est censé me conserver la tête froide et me permettre de « penser » normalement tout en gardant les symptômes de confusion ...

Elle regarda Mana avec un sourire.

- C'est une sensation étrange : comme marcher sur un chemin mouvant, au milieu des ténèbres avec une lampe qui n'apporte autour de soi que des ombres ...

Mana semblait soulagée de voir sa maîtresse tenir des propos un peu plus cohérents.

- - Ca a marché ? marmonna Tisiphone.

- Oui. Le Ministère ne va pas tarder à venir.

- Parfait.

La sorcière soupira et reposa sa tête contre l'oreiller. Un mal de tête lui vrillait le front.

- Mana ... Mana ... se ... demande si ... si cela en vaut vraiment la peine ...

Tisiphone rouvrit soudain ses yeux. Elle regarda son elfe avec étonnement.

- Bien sûr que ça en vaut la peine ... s'exclama-t-elle ...

Elle referma ses paupières.

- De toute façon ... c'est ... eux ... ou moi, avoua-t-elle dans un souffle.

Mana ne dit rien. Elle retourna s'asseoir sur la chaise.

Tisiphone était allongée et regardait le plafond. Les lumières s'y reflétaient et formaient d'étranges arabesques. Elles prenaient des formes bizarres qui se mouvaient entre les ombres et les flaques lumineuses. Cette danse avait quelque chose d'hypnotique. Elle se laissa emporter dans une torpeur embrumée. Pour le moment, elle préférait garder ses forces, elle en aurait besoin plus tard, quand elle devrait lutter contre cette potion, pour que son histoire ait l'air de tenir la route. Le sang qu'elle avait ingurgité n'était pas une solution miracle, mais c'était la seule parade qu'elle avait trouvée. Si, comme elle le pensait, Maugrey débarquait, il ne me mettrait pas longtemps à essayer de sonder son esprit : le philtre de Confusion aurait alors toute son utilité, mais, connaissant aussi la procédure, elle savait que rapidement, ne trouvant rien, il aurait recours au Véritaserum ... Si les informations que Voldemort lui avait données étaient vraies, à elle d'avoir les idées suffisamment claires pour ce jouer de ce faux sérum de vérité et faire tourner les événements à son avantage.

La sorcière ne savait pas combien de temps elle était restée en extase devant le plafond de sa chambre d'hôpital.

La porte s'ouvrit brutalement et elle eut l'impression qu'une troupe de trolls lui piétinait le crâne.

Des visages apparurent dans son champ de vision, le philtre de confusion aidant, elle mit quelques temps avant de mettre un nom sur ces têtes.

- Tisiphone ! S'exclama une voix familière. Tu es en vie ?

Elle tourna la tête ; le moment était arrivé pour elle d'entrer dans la danse.

- Que ... que s'est-il passé ? Marmonna-t-elle, hébétée.

Elle regarda tout autour d'elle.

- Où suis-je ?

- Tu es à Sainte-Mangouste, tout va bien aller, ne t'en fais pas.

Elle dévisagea avec attention la sorcière qui lui parlait. Ses traits étaient tirés, son visage plus pâle que d'habitude, de grosses cernes noires sous les yeux.

- Alice ? Finit-elle par chuchoter.

L'Auror lui sourit doucement.

Tisiphone tenta de s'asseoir sur son lit, mais elle retomba vite contre son oreiller.

- Reste tranquille, lui intima Alice. Ne te fatigue pas.

Un grognement retentit soudain dans un coin. Les deux sorcières se tournèrent vers la source du bruit. Lui, aussi, Tisiphone le reconnut sans problème : Alastor Maugrey qui ne semblait pas très ravi de ces démonstrations.

- Quand vous en aurez fini avec vos retrouvailles, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses, marmonna-t-il d'un ton toujours aussi sympathique.

- Voyons, Alastor ! Rétorqua Alice. Tu ne vas pas la harceler maintenant, elle n'est pas en état ...

Alastor fixa longuement Tisiphone. Elle le sentit qui essayait d'entrer dans sa tête, elle le repoussa sans trop de douceur, mais avec quelques difficultés : le philtre de confusion n'était pas un allié contre cette attaque.

- Elle me paraît pourtant en pleine forme. Un peu confuse, certes, mais en pleine forme ... Alors ? Que s'est-il passé ? Comment se fait-il qu'on ne t'ait pas retrouvée avec les autres ? Où étais-tu passée ? Comment as-tu fait pour atterrir ici ?

- Je ... Je ... ne sais pas ... De ... de ... quoi parlez-vous ?

Elle sentit de nouveau Maugrey qui tentait de pénétrer ses défenses. Fort heureusement, la potion de confusion n'emmenait pas uniquement la sorcière dans les brumes de ses pensées, elle y entraînait aussi Maugrey.

Alice lança un regard mauvais à Alastor et alla s'asseoir sur le lit de Tisiphone, à ses côtés. Elle lui prit doucement la main.

- Ne t'inquiète pas pour Maugrey ... Tu sais comment il est ... Nous allons te laisser te reposer ; les questions pourront bien attendre.

Le visage de l'Auror passa au rouge en entendant les paroles d'Alice, il alla répliquer en s'emportant lorsque la porte s'ouvrit de nouveau. La mère d'Alice fit alors son entrée, poussant un petit chariot rempli de fioles multicolores et de pots aux formes toutes plus étranges les unes des autres.

- Je ne dois pas dire que je sois vraiment ravie de vous revoir ici ... lança-t-elle comme bonjour, mais au moins vous êtes en un seul morceau. Mes collègues m'ont dit que vous alliez bien ... rien de très grave ...

Alice soupira.

- Je vais néanmoins vous examiner à nouveau. Certaines conséquences d'un tel choc peuvent se produire avec quelques retards ... Je préfère être prudente.

Elle lança alors un regard noir à Maugrey.

- Par contre, il y a beaucoup trop de monde dans cette pièce ! Je vais vous demander de sortir ! Ordonna-t-elle.

- - Nous n'en avons pas fini avec nos questions ! Rétorqua-t-il sèchement. Cela relève d'une enquête du Bureau des Aurors !

Maugrey s'était approché d'elle, il dépassait d'une bonne tête, mais la médicomage ne se laissa pas intimider par la forte stature de l'Auror.

- Ministère ou pas, ici c'est moi qui commande ! Je dois examiner cette patiente !

Elle dévisagea longuement Alastor : ni l'Auror ni la médicomage ne voulaient bouger de leur position.

- Très bien, finit par céder la mère d'Alice. Je vois que vous êtes borné ... mais laissez-moi encore vous dire une chose : il se peut que son état empire soudainement ... et vos questions ... resteraient sans réponse, je suis certaine que vous ne souhaitez pas cela ...

- Vous venez de dire qu'elle n'avait rien de grave ... Et maintenant, elle est au seuil de la mort ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire, s'insurgea l'Auror.

- Je vous ai aussi dit aussi que certains chocs ou certaines blessures n'apparaissent qu'au bout d'un certains temps et que passé le délai, il est impossible d'y remédier ... Le syndrome d'Eath ? Vous connaissez ? L'interrogea-t-elle en pointant sur lui son index.

- Non, non, bredouilla Alastor.

- Très bien, donc laissez-moi faire mon travail et vous pourrez faire le vôtre ensuite ! Est-ce clair ?

- Très clair, finit par céder Maugrey contre son gré.

- Parfait, vous pouvez donc aller attendre dans le couloir, je n'en aurai pas pour longtemps ajouta-t-elle plus doucement.

Du bras, elle montra la porte à Maugrey qui sortit à pas lents de la chambre.

Alice était toujours assise auprès de son amie.

- Ce que j'ai dit à ton collègue est aussi valable pour toi Alice ! La sermonna sa mère.

- Mais ... je ne te dérangeais pas ...

- Voyons, je le sais très bien ... mais n'oublie qu'ici nous avons une certaine éthique : pas de visite pendant les consultations des médicomages ... Toi aussi va attendre dans le couloir ...

Alice soupira mais se leva et alla rejoindre Alastor dans le couloir. Mana en avait profité pour s'éclipser : elle ne tenait pas trop à rester dans les parages de Maugrey, cet Auror ne lui disait rien qui vaille.

La médicomage avait approché son chariot du lit de la patiente et commença son examen. De sa baguette, elle pointa différentes parties du corps de la sorcière, des filaments apparurent, formèrent d'étranges arabesques avant de disparaître. Certaines faisaient échapper un sourire à la médicomage, d'autres lui faisaient le front et des rides soucieuses apparaissaient.

- Effectivement, vous n'avez rien de très grave ... Cependant, quelques petites variations de votre métabolisme m'inquiètent quelques peu.

Elle observa sa réaction à cette annonce, mais Tisiphone resta impassible.

- Que vous est-il arrivé ? Demanda la médicomage. D'après ce que Alice avait pu me dire, vous êtes tombés dans une embuscade ? C'est ça ?

- Je ... je crois, répondit Tisiphone. Pour être franche, je ... je ne me rappelle plus ... Tout est flou ... confus ... Je revois des choses ... mais ... de très loin, comme à travers une brume ou un épais brouillard.

- Rien d'étonnant à cela, vous avez subi un sortilège de confusion, à moins qu'on ne vous ait fait ingurgité un philtre de confusion ... Peu importe la méthode, le résultat est le même : rendre les souvenirs opaques, confus et vous perturber afin que rien ne puisse ... « filtrer » ... Ce qui est étonnant ce que ce sort, tout comme vos blessures semble être récent...

- Je ... je ... crois ... qu'ils ... en avaient fini avec moi ...

- Cela ne m'étonne guère, l'interrompit alors la médicomage. Vous leur étiez « inutile » et c'est un moyen comme un autre de ne pas « déranger ».

Tout en parlant, la sorcière finit son examen.

Elle s'approcha du chariot de potions et commença à sélectionner quelques fioles.

- Voilà qui devrait vous remettre sur pieds rapidement. Je suis vraiment désolée de ne pas pouvoir vous garder ici longtemps, mais depuis quelques semaines nous sommes vraiment débordés ici et la place manque ... Votre état n'est pas ... prioritaire.

Tisiphone fit signe de la tête qu'elle avait compris.

- Cependant, je vous demanderai de revenir ici tous les deux jours, pour être sûre que tout aille bien ...

La sorcière prit les potions que la médicomage lui tendait. Cette dernière la regarda, attendant qu'elle les avale. Mais elle en fut empêchée : au même moment, une boule apparut, flottant dans l'air. La tête de la sorcière à l'accueil se montra et réclama de l'aide, une urgence venait encore d'arriver.

La mère d'Alice se dépêcha donc de quitter Tisiphone.

- Et surtout n'oubliez pas de prendre ces potions ! Lui recommanda-t-elle en ouvrant la porte.

Tisiphone n'écouta pas le conseil et s'en débarrassa. Quelques instants plus tard, Maugrey était de retour, Alice sur les talons.

-Bon ! Commença-t-il sans préambule. Puisque tu peux sortir de Sainte-Mangouste, autant aller immédiatement au Ministère pour l'enquête !

- Alastor ! S'insurgea Alice. Tu n'es pas sérieux, voyons !

- Autant en finir, marmonna Tisiphone.

- Parfait, alors ! Lève-toi !

Avec quelques difficultés, la sorcière s'assit au bord de son lit. Alice s'approcha de son amie pour lui donner un coup de main et la soutenir. Elle lança un regard mauvais à son collègue lui reprochant sans doute de faire passer le travail avant toute autre préoccupation.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L'étage réservait aux Aurors était en effervescence. De nombreux sorciers couraient un peu partout de bureau en bureau.

Alice, Tisiphone et Maugrey se dirigèrent vers une petite pièce, à l'écart de tout ce brouhaha.

L'endroit n'était guère plus grand qu'un placard à balais. Le seul mobilier était constitué d'une table et de deux chaises qui semblaient avoir connu des jours meilleurs. Tisiphone s'assit sur l'une d'entre elles tandis qu'Alastor prenait place en face de la sorcière. Alice resta debout, non loin de son amie.

Tisiphone se tourna vers elle, et ignorant totalement Maugrey qui faisait apparaître parchemin et plume, elle la questionna.

- Alors, que s'est-il passé ?

Alastor sursauta.

- C'est moi qui pose les questions, ici, pas toi, Argos ! Grogna-t-il.

Alice leva les yeux au ciel mais ne répondit pas à son amie.

Maugrey s'était levé. Étonnées, les deux femmes le regardèrent se diriger vers le mur. Il sortit sa baguette et tapota une tache sur la tapisserie. Une sorte de porte apparut, une porte minuscule.

- Alastor Maugrey, tonna-t-il. Auror !

La porte se mit à luire et s'entrouvrit sur une armoire, encastrée à même le mur, aux volutes étranges telle des fumées s'échappant de chaudrons. Quelques dessins accompagnaient ces arabesques boisées sculptées dans le meuble.

- Voyons, Maugrey ! Tu n'y songes même pas ! S'emporta Alice.

Il ne lui répondit même pas.

Il ouvrit un des battants de l'armoire.

Tisiphone ne perdait pas une minute du spectacle.

Les étagères étaient presque vides, une seule comportaient de petits casiers remplis de fioles toutes identiques.

Alastor en prit une et referma l'armoire derrière lui. Le mur reprit sa place et la cachette fut de nouveau invisible. Il retourna à sa place, un sourire satisfait aux lèvres.

Il posa la fiole transparente entre lui et Tisiphone.

- Sais-tu ce que c'est ? Demanda-t-il ravi.

Connaissant la réponse, elle fit pourtant signe que non.

- Du véritaserum !

Le coeur de Tisiphone battait la chamade. Elle espérait que la potion qui était sous ses yeux étaient telle que le Seigneur des Ténèbres l'avait dit : une pâle imitation du véritable sérum de vérité et que ses effets étaient comme Il les avait décrits.

Alice prit de nouveau la parole.

- Il n'est pas question que tu fasses boire cela à Tisiphone ! Son emploi est plus que réglementé ! Je pourrais très bien faire un rapport !

Lentement, il se tourna vers elle.

- Un rapport ? Vraiment ? Et à qui ? Le chef, ici c'est moi ! Croupton n'est qu'un pantin, au final ... Il ne pourrait que m'approuver ... n'oublie pas qu'il m'a laissé carte blanche dans la chasse aux Mangemorts ...

- Aux Mangemorts, oui, mais pas pour interroger ainsi Tisiphone !

- C'est la même chose, tous les moyens sont bons pour arriver à nos fins ...

- Que dirait Albus ? Lui demanda alors Alice.

- Malgré tout le respect que je lui porte, et Merlin sait combien je le respecte, je ne suis pas toujours en accord avec ses méthodes – trop douces et pondérées ... De plus Albus n'a rien à voir avec le Ministère ... Et puis dans un tel cas, le véritaserum est utilisable !

- Un tel cas ? Quel cas ?

- - J'ai pris mes renseignements à Sainte-Mangouste, elle a subi sans doute un sort ou une potion de Confusion ... Le véritaserum peut passer à travers pour nous livrer l'entière vérité ...

Tisiphone n'avait toujours rien dit. Elle soupira puis se tourna vers Alice.

- Laisse tomber, chuchota-t-elle.

- Quoi ?

Elle regarda son amie avec étonnement.

- Si Maugrey veut que je boive cette potion, je la boirai ... Non pas pour lui donner raison ... mais pour y voir plus clair ...

Une lueur de triomphe traversa les yeux d'Alastor, mais une certaine perplexité aussi. Tisiphone capitulait trop rapidement. Cependant, il se réjouit ... ce revirement d'attitude, encore un petit avantage des sorts qu'elle avait dû subir.

- Bien, commençons, alors !

La voix forte de Maugrey fit sursauter les deux sorcières.

Il ouvrit le flacon et le tendit à la sorcière. Le regard absent, elle le prit. Son coeur battait la chamade, mais sans hésitation, elle avala le liquide puis reposa le flacon vide.

- Avant de commencer, voyons si cela marche !

Tisiphone sursauta. Elle se sentit acculée, prise au piège.

Alastor était aux anges. Un sourire énigmatique se dessina sur son visage. Tisiphone sentit une sueur glacée descendre le long de son dos.

- Que fais-tu ici ? Demanda-t-il dans un souffle.

Le coeur de la sorcière battait la chamade. Son esprit encore emprisonné dans les brumes de la Confusion était incapable de lui souffler la bonne réponse à cette question ... Comment répondre tout en laissant croire que la potion de vérité était vraiment efficace ...

L'attente intriguait Alastor qui pianotait vivement sur la table.

- Je ... je suis ici parce que vous m'avez fait venir dans cette pièce, répliqua alors Tisiphone.

Une douleur lui vrillait le front.

- Très bien, je vois que je n'ai pas été assez précis dans ma question !

L'Auror n'abandonna pas sa proie aussi facilement, il était plus coriace qu'une bande de Quintaped. Ses yeux brillaient étrangement.

- Pourquoi es-tu revenue en Angleterre ? Pourquoi avoir quitter la Grèce et devenir Auror ?

Tisiphone soupira.

Elle essaya de répondre le plus sincèrement possible en dissimulant ses vraies motivations.

- La Grèce ... était trop pleine ... de ... souvenirs ... Je ... je ne pouvais plus y rester ... Alors je suis revenue sur les ... terres de ma ... mère. Quant au boulot d'Auror, je pensais ... que ... ça me permettrait ... d'apprendre la vérité ...

Quelques larmes perlèrent au coin des yeux, involontairement.

Alice l'entoura de ses bras. Elle dévisagea Maugrey.

- Satisfait ? Lui cracha-t-elle.

Il eut un sourire.

- La vérité ... c'est ce que nous recherchons tous, au final ...

Il regarda une dernière fois Tisiphone, énigmatique. Puis le véritable interrogatoire commença.

- Que s'est-il passé ? questionna-t-il. Comment se fait-il que nous ne t'ayons pas retrouvée avec les autres ? Où étais-tu passée ?

Tisiphone soupira.

- Je ... je ne sais pas trop ... J'ai dû mal à me souvenir des derniers jours ...

Alice intervint à ce moment.

- Ce n'est pas grave, commençons par le début. De quoi te rappelles-tu exactement ?

La plume grattait furieusement le parchemin, retranscrivant fidèlement les paroles des Aurors.

- La Mission, murmura alors Tisiphone.

- Oui ? L'encouragea Alice.

- Nous étions en mission, ensemble ! Une maison ... je crois ... sinistre et lugubre ... Il faisait noir ... si noir ...

Elle frissonna.

- Nous étions censés y trouver des Mangemorts, t'en souviens-tu ? Demanda alors Alice.

Maugrey grogna et râla contre l'incompétence de l'Auror à mener un interrogatoire.

- Autant faire les réponses directement ...

Alice lui jeta un regard noir.

Tisiphone hocha la tête, ignorant les récriminations de son collègue.

- C'est eux qui nous ont trouvés ... finit-elle par ajouter.

Elle réfléchit un instant.

- Caradoc ! Cria-t-elle soudain. Il y avait du sang ... tant de sang ... Comment va-t-il ?

- Il s'en est tiré ... de justesse ... marmonna Alastor. Les renforts sont arrivés à temps ... et ont réussi à sauver ceux qui pouvaient encore l'être ... Mais bizarrement, tu es la seule à avoir disparu totalement ... Pourquoi ?

- Qu'est-ce ... que ... j'en sais ...

La migraine revenait avec violence. Tisiphone se prit la tête dans ses mains.

Au moins, sur ce point, elle ne jouait pas la comédie. Elle avait hâte que cela se termine ... l'interrogatoire, les effets du philtre ... et tout le reste ...

- Ils ... ils ... voulaient ... savoir des choses ... sur ... le Ministère ... Mais ... tout est si confus ...

Maugrey faisait la tête.

- Tu vois, Alastor, rien de bien compliqué ... la même histoire que nous tous ... lança alors Alice.

- Mais cela n'explique en rien pourquoi elle, elle n'était pas là quand nous sommes arrivés ...

- Qu'est-ce que j'en sais ! Finit par s'énerver Tisiphone.

- Ni comment tu as fait pour t'échapper, compléta-t-il, nullement déconcerté par la colère de la sorcière.

- C'est simple ... expliqua-t-elle finalement. Entre toutes les potions et les sorts que j'ai reçus, j'ai entendu ... qu'il ... était question d'aller ... ailleurs ... J'ai compris que ... ce serait sans doute ... une dernière destination ... J'étais affaiblie ... mais ... quand .. quand nous sommes sortis de la maison pour ... aller ailleurs ... J'... j'en ... ai profité ...

Maugrey se gratta le menton.

- Pourquoi sortir de leur repaire ? Pourquoi ne pas utiliser un portoloin ou quelque chose dans le genre ?

- Je ... ne sais pas. Je ne savais ... même pas ce qu'ils me ... voulaient, sanglota-t-elle épuisée.

- Il suffit, Alastor, finit par dire Alice. Tu as eu ce que tu voulais.

Alice aida Tisiphone à se relever et la fit sortir de la pièce. Maugrey, lui, ne bougea pas. Immobile comme un gryffon de pierre, il scrutait la fiole de véritaserum vide.